Turbulences bis

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Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Ven Oct 11 2013, 23:00

Pleurer n’était pas son style, déserter non plus mais elle en avait trop vu, trop. Elle s’était trompée et avait, en idiote amoureuse, tout accepté mais ça non, NON ! Le transplanage réussi, elle vérifia les possibilités de se rendre en France. Pas chez ses parents, oh que non ! À Beauxbâtons on l’accueillit mitigés. Mme Maxime la toisa de pied en cape à son arrivée :
 
Tu reviens de loin, on dirait…
 
Madame, je n’ai pas toujours été une élève exemplaire, je le reconnais. Là, j’ai besoin d’aide et ne sait pas vers qui me tourner d’autre que vous.
 
Que veux-tu au juste ?
 
Disparaître. J’aime un homme mais il m’a trahie, je ne veux pas qu’il me retrouve, jamais !
 
Tu veux te rendre incartable ? Raconte-moi d’abord ce que tu as fait depuis ta sortie si peu brillante…
 
Ysaline raconta tout depuis hôtesse de l’air à médecin moldu en passant par médicomage. La géante fut impressionnée de la rapidité d’exécution de ces études et leurs applications.
 
Vous voyez, j’ai bien utilisé le retourneur de temps demandé. Là, je quitte l’Afrique, je dois échapper à cet homme, et…
 
Je pense surtout que tu en as trop fait. Aucune personne normale ne peut résister à tant de pression.Tu es affreuse !
 
Excusez-moi, j’ai pas dormi depuis sais plus combien de temps. J’aidais des gens à Dar mais… il a tout foutu en l’air et je ne veux jamais le revoir.
 
Toujours hyperactive, je vois…  
 
Le sort reçu la fit sombrer trois jours d’affilée. Elle en sortit régénérée. Itinéraires et conseils l’attendaient pour son plus grand plaisir. Des nouveaux papiers d’identité, des visas, elle allait pouvoir se déplacer sans cesse et ne se gêna pas de le faire.
L’Afrique lui plaisait, elle y passa deux mois avant de filer en Amérique latine. Pour l’œuvre des médecins du monde elle était tantôt Olivia Decooning ou Estelle Nobel. Elle s’en foutait. Boulot, boulot, boulot.
Quand elle s’évanouit en salle d’op, on la tança :
 
Estelle, trois jours de suite, vous exagérez, surtout dans votre état.
 
Mon état ?
 
Elle ne pigeait rien mais les tests s’avéraient positifs.
 
Vous êtes enceinte de trois mois, et…

La foudre lui serait tombée dessus, pas mieux…
Attendait-elle réellement un enfant ? De Max, assurément. Elle n’avait rien remarqué, senti, suspecté.
 
On peut encore éliminer ce parasite ? J’EN VEUX PAS !
 
Il était trop tard sans risque. Elle fut effondrée. Tant pis, elle accoucherait dans un quelconque coin et abandonnerait l’enfant à quelqu’un de meilleur.
Sa décision prise, elle voyagea énormément.
 
Malgré son ventre qui s’arrondissait, elle fit ce qu’elle avait à faire.  Si des questions se posèrent elle répéta invariablement la même fable :
 
Mon mari est mort, j’assume.  
 
Six mois, ça n’allait pas fort. Le bébé, très vigoureux, la faisait chier. Elle travaillait alors en équipe avec le docteur Diego Alvarez qui respectait généralement ses avis.
Ils venaient de terminer une intervention délicate, elle était en nage :
 
Estelle, allez dormir !
 
Je dois encore…

Vous vous négligez, ce n’est pas bon pour le bébé…

Docteur, je sais parfaitement ce que je fais. Un conseil : fichez-moi la paix !

Le sortilège la prit de court.
Jamais elle n’avait suspecté Alvarez d’en être mais il en était un sans savoir qu’elle-même en était une.
Se reposer… Un don du ciel !
Durant ce qu’elle pensait trois jours, elle vécut dans des limbes confortables dont elle émergeait pour être gavée comme une oie. Diego apparaissait et disparaissait régulièrement de son champ de vision. Ça lui rappelait vaguement Lausanne… Au moins ce qui concernait son état mental.
Comme dans un rêve, elle pensa entrevoir Arabella Von Falkenberg. Malgré ses efforts, elle ne comprit rien et se rendormit telle une souche.  
 
Docteur Alvarez, qu’en est-il de la situation ?
 
Elle ne se doute de rien, votre plan marche.
 
Le bébé ?
 
En fort bonne santé !
 
Elle en est à huit, là ? Ne peut-on pas…

La délivrer maintenant ? Excusez-moi, Madame mais je préférerais la laisser arriver au terme naturel.
 
Ysaline est quelqu’un de coriace. Si vous ne lui enlevez pas ce gosse maintenant, Merlin sait ce qu’elle pourrait en faire. Moi, je le veux !  Préparez une césarienne !  
 
Arabella avait bien couvert ses traces. Grâce à ses nombreux contacts, en dépit des efforts de Max, elle avait su pister Ysaline. La découvrir enceinte avait été un crève-cœur. Elle n’en avait pas soufflé mot à sa complice Adélaïde qui se serait très probablement insurgée devant les moyens employés et, surtout les suivants prévus.
 
Mais que fait-on de la mère… après ?
 
Lavage de cerveau, tout ce que vous voudrez, puis jetez-là à la rue, on s’en fout.
 
Ysaline s’éveilla, ventre plat, dans les favelas brésiliennes.  
 
Fainéante, tu vas te lever ?
 
Un coup de pieds dans les reins, elle obtempéra. Anna Garcia, complètement larguée, prit les objets tendus et entreprit de laver le sol de l’auberge sordide.
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Ven Oct 11 2013, 23:16

La tenace rancœur d’Adélaïde avait eu le dessus. Faisant fi du bonheur de sa fille, elle avait agi, selon son bon vouloir, avec les résultats connus. Chose étonnante, la mère de Max, même détestant vertement celle d’Ysaline, avait conclu que l’avoir comme complice l’arrangeait bellement pour arriver à ses fins, à elle. À deux, ces dames avaient plus d’un atout dans la manche et trouvèrent le moyen de pister Mlle. de Bettancourt qui s’y prenait, tout de même, très bien pour effacer toute trace de son passage. Ce n’avait pas été chose facile, mais circonvenant ci, menaçant là, ces mères obstinées découvrirent Ysaline en Amérique Centrale.
 
Tu vois, elle va bien, fait ce qu’elle veut et déteste mon fils assez comme pour nous rassurer.
 
Si elle le revoit, ça risque de recommencer !, grinça Adelaïde, et de ça, je ne veux rien savoir !

Arabella fit un effort pour rester tranquille et ne pas lui tordre le cou comme à un poulet.
 
*Mon fils est parfait, pauvre idiote, c’est moi qui ne veux rien savoir de ton évaporée de fille, trop peu pour mon Max !*
 
Et ainsi de suite. Mme. Von Falkenberg parvint à convaincre sa complice du besoin de laisser les choses se tasser seules. Son fils adoré avait, apparemment, renoncé à retourner toutes les pierres du chemin pour retrouver sa chérie, et  avait, Dieu merci, laissé aussi de côté son stupide projet humanitaire  et ne vivait plus dans ce campement de misère. Certes, il continuait de courir le monde après toute aventure trépidante, sans intention de passer une seconde de plus que nécessaire au foyer familial.
Ce qui ne l’empêcha pas, elle, de poursuivre sa petite croisade faisant cavalier seul.
 
Temps de chagrin. Temps de colère. Max fluctua longtemps entre les deux.  La colère finit par prendre le dessus. Pas contre Ysaline qui l’avait abandonné, mais contre celles qui avaient si bien orchestré ce malheur. Il fallut beaucoup de diplomatie à son père et celui d’Ysaline pour freiner ses élans meurtriers et le raisonner sur le besoin de réunir suffisamment de preuves pour mettre les intrigantes au pied du mur. 
 
Si on y arrive un jour...jusqu’ici nous n’avons la certitude que de l’intervention d’Adélaïde avec l’Amortencia, diable de femme que la mienne, soupira Adémar, défait, lors d’un de leurs réunions, et aucun tribunal ne prendra ça au sérieux…J’ai tout essayé, croyez-moi…même de l’hypnotiser  mais ça n’a rien donné…Je ne peux tout de même pas la torturer, Max…c’est ma femme !

Donnez-moi dix minutes avec elle et on verra bien !, grommela t’il mauvais.
 
Restons civilisés, conseilla Karl Theodor, que s’est-il passé à Beauxbâtons, Ademar ?

Nouveau soupir, plus profond.
 
Rien de plus que ce que nous savions déjà…La géante ne sait pas plus que nous…et si oui, me suis pas senti le courage de l’affronter ! On a bien pu retrouver la trace d’Ysaline grâce à ses informations…
 
Oui, on a retrouvé sa trace pour la perdre au Brésil…un pays parfait pour y disparaître à jamais !, dit Max, sombre.
 
Surtout quand on ne veut pas être retrouvé ! Ma fille est l’être le plus obstiné du monde, si elle a décidé de disparaître…Max, cela me fait un mal terrible, c’est mon enfant…je veux aussi la retrouver…et suis sûr que quand elle le voudra je la reverrai…mais si j’étais toi…je commencerais à me résigner !

Karl Theodor secoua la tête, sans rien dire. À mulet, mulet et demi. Max ne lâcherait pas prise jusqu’à avoir eu le dernier mot.
En attendant que cela arrive, il s’arrangeait pour détourner l’attention d’Arabella des faits et gestes de leur fils, se plaignant opportunément de la vie délurée que menait ce cher rejeton. Madame buvait du petit lait et on avait la paix pour un moment.
Rien plus éloigné de la vérité que passer ses jours à se tourner les pouces en regardant les jolies filles sur la plage d’Ipanema. Mis sur une piste sûre, Max trouva un petit hôpital de banlieue pauvre de Rio. Exactement le genre d’endroit  qu’aurait choisi Ysaline pour faire ses bonnes œuvres.  On se souvenait vaguement d’elle, qui n’y était restée que peu de temps avant de disparaître un beau jour sans laisser d’adresse, mais une jeune infirmière, conquise par l’éclat torturé de ses yeux si bleus, fit un aveu capital qui lui ficha la vie en l’air en question de secondes :
 
Elle avait l’air fatiguée, peu avant de partir…Ça pouvait bien se comprendre, avec sa grossesse et la chaleur de ces jours, c’était éprouvant.

Cela s’était passé trois mois auparavant. Cela faisait presque un an qu’il courait après une ombre esquive et voilà que, sans préavis, on lui apprenait  l’existence d’un enfant.
Adémar de Bettancourt eut peur en le voyant apparaître sans se faire annoncer, l’air fou.
 
Ysaline était enceinte…le saviez-vous ?
 
Adélaïde qui avait été prête à lui envoyer un sort cuisant, lâcha sa baguette et s’évanouit avec un cri étranglé. Peu après, en pleurant et se tordant les mains, elle reconnut ses torts mais jura par tous les saints, n’avoir rien su de sa fille après avoir cerné sa piste au Guatemala.
 
Demande donc à ta mère…elle a été ma complice depuis le début…
 
Arabelle Von Falkenberg devait se souvenir de ce jour-là jusqu’à son dernier soupir. Max, son adoré, déboula dans son petit salon avec l’impétuosité d’une tornade et presque le même pouvoir destructif. Curieusement, son mari qui avait suivi ce démon démené, ne bougea pas  son petit doigt pour lui venir en aide.
 
Arrête de te comporter comme un rustre, mon chéri !, dit-elle, doucement au temps de lever sa baguette.
 
Un Expelliarmus furieux la lui ôta de la main et un autre sort la cloua à sa place. Elle émit un hoquet affolé qui n’émut personne.
 
Je sais que tu as trempé dans cette intrigue tordue depuis le début, inutile de nier, ta complice a parlé et crois-moi, est toute prête à venir te faire la peau…mais j’ai fait valoir mon bon droit pour être le premier !

Je ne sais pas de quoi tu me parles !
 
Vraiment !? Tu me prends pour un fieffé idiot…Qu’as-tu fait, Mère ? Tu as découvert qu’elle était enceinte, n’est-ce pas ?

Toute sa maîtrise de soi ne put empêcher Arabella de blêmir.
 
Tu le savais donc !, exulta Max, hors de lui, je te savais tordue et manipulatrice, mais pas à ce point…Que sont-ils devenus, elle et le bébé ?...Parle ou je me verrai obligé à te faire du mal…Me fous que tu sois ma mère…en ce moment, tu es ma pire ennemie !
 
Arabella se tassa dans son fauteuil, éperdue, pensant à toute vitesse à une possible sortie.
 
Oui, je l’ai su…et ce que j’ai fait n’a été que pour ton propre bien.
 
Ne me fais pas rire…Où sont-ils ?
 
Je ne sais rien pour la fille…elle ne voulait pas de l’enfant et l’a rejeté. Dieu seul sait ce qu’il en serait advenu si je ne m’en étais pas chargée.

Un silence de mort suivit à cette déclaration. Karl Theodor crut bon s’interposer entre sa femme et son fils, pour prévenir une tragédie. Max était pâle comme un mort, une expression d’horreur et dégoût déformant son beau visage, ses yeux avaient un éclat dément qui laissait présager le pire.
 
C’est un garçon, dit Arabella enfin, avec un fil de voix, un merveilleux petit garçon !
~~
Après l’avoir appelé « bébé » pendant les premiers six mois, Max  arriva à la conclusion que celle qu’il languissait encore de toutes ses forces ne reviendrait pas revendiquer le droit de donner un nom à son enfant. Bébé fut baptisé Alexander, son parrain fut Lev, sa marraine Ny’ala, et seuls ses grands-pères furent invités à la cérémonie.
Alex était un gosse heureux, qui ne faisait pas de problèmes. Il étain brun comme sa mère mais avait les yeux bleus de son père.
 
Sacrement réussi, le petit !, assurait son parrain, mais tu crois que c’est une vie pour un môme d’un an?
 
Et qu’est-ce que tu prétends que je fasse ? Que je le laisse chez une de ses grands-mères ? Allez, radote pas, il va très bien, regarde le, il est heureux comme tout et a le pied marin…Rien de mieux pour un mioche que grandir au grand air et au soleil, il aura assez d’emmerdes dans sa vie quand il sera grand…là, il est libre !
 
Ouais, comme les mouettes…
 
Le magnifique trois mats, filait comme le vent sur les vagues de l’Atlantique. La plupart pensait qu’il était assez fou pour avoir élu domicile à bord d’un bateau, même si celui-là offrait tout le confort souhaitable, avec un enfant de l’âge du sien. L’équipage était réduit mais suffisant et tous raffolaient d’Alex qui ne demandait pas mieux qu’être avec son père, son parrain et jouer avec son chat et son chien.
 
Joaquim et Maria Elizabetta Da Silva Moreira, reçurent leurs invités sur l’embarcadère privé de leur superbe propriété.  Max était un magnifique associé d’affaires et une grande amitié liait le couple au jeune homme, malgré la différence d’âge, ils avaient eux-mêmes des enfants  plus âgés que lui. En voyant le petit Alex, la dame de céans le cueillit des bras de son père en gloussant de bonheur.
Le  petit avait trouvé des grands-parents alternatifs et s’en déclarait tout à fait ravi. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ils sirotaient un cocktail assis dans la grande terrasse ombragée, face à la mer. Alex s’était endormi dans les bras de Maria Elizabetta, fourbu de tant d’agitation.
 
J’appelle Anna, elle le portera à sa chambre pour qu’il y dorme plus à l’aise…Tout est prêt, Max…j’ai des petits enfants, je sais comment ça marche !
 
Trois minutes plus tard, Max et Lev crurent à une hallucination. Sur le seuil de la terrasse, vêtue de blanc, un sourire paisible aux lèvres, venait d’apparaître une jeune femme brune.
 
YSALINE !!!
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Sam Oct 12 2013, 08:12

YSALINE !
 
Hein ? Mais qu’est-ce que c’était que ce fou qui se serait jeté sur elle avec un regard… dément si son copain – un grand noir – ne l’avait empêché ? Anna savait que ses protecteurs recevaient des invités, dont un bambin de 1 an. Elle avait personnellement veillé à leur installation en tout confort et bienêtre. Souvent, les Da Silva Moreira lui avaient parlé de leur grand ami allemand mais, apparemment, ils avaient omis de lui signaler qu’il était givré. Les hôtes semblaient aussi effarés qu’elle, cependant.
 
Max, qu’est-ce qui te prend ? C’est Anna, notre pupille…
 
Celui qui se prénommait Lev, accrocha fermement le fou et le tira à l’écart. Du coup, le bébé se mit à brailler dans les bras de Maria Elisabetta.
 
Donne-le-moi, insista la jeune femme. Là, là, ça va aller mon pauvre chéri. On s’en va loin de ces personnes si bruyantes !
 
Dorloté, câliné, l’enfant finit par récupérer sa sieste dans la chambre aménagée pour lui seul.
Il était si mignon qu’Anna préféra nettement le regarder dormir que d’affronter l’agitation d’en bas.
Il lui fallut pourtant quitter son chevet pour superviser le repas prévu.
Très discrète, comme toujours, elle descendit aux cuisines.
 
Où en êtes-vous Maria ?
 
Ça va, mademoiselle Anna. Pourquoi ça a bardé tantôt ? demanda la petite boulotte d’une cinquantaine d’années.   
 
Si seulement je le savais ? Tu avais déjà vu ce Von Falkenberg ?
 
Oui, mademoiselle Anna. D’habitude, il est plus… correct…
 
Il était peut-être saoul ? suggéra Anna.
 
Non, sûrement pas. Monsieur Max est toujours sobre même s’il a, dit-on, subi des revers récemment. Ce bébé lui est tombé… du ciel !
 
Quelle étrange affaire ! Pas ses oignons, en tout cas.
 
Je peux t’aider Maria ? Tu sais que si je suis inoccupée…
 
La cuisinière lui sourit, complice, et lui fit hacher poivrons et oignons.
Depuis qu’elle avait mis les pieds dans cette splendide demeure, Anna louait le ciel. Tous l’avaient accueillie, aimée et respectée. Il était même question d’adoption prochaine. Elle leur devait tant !  
De l’auberge crasseuse dont elle voulait effacer tous souvenirs à cause des brutalités répétitives subies, elle avait fui dans l’aube. Errer dans un endroit inconnu, avec pour seul bagage sa pauvre tenue n’était pas rassurant. Sans trop savoir comment, elle avait trouvé le centre-ville où on la regarda assez de travers. Par hasard, elle suivait les pas d’un couple âgé quand l’homme perdit son portefeuille. Elle aurait pu le ramasser, filer avec mais non. Elle interpela en portugais le propriétaire à qui elle le montra sur le trottoir :
 
C’est à vous, monsieur…
 
Il la dévisagea si… bizarrement…
Sa femme avait l’air aussi paf que lui. Mais Anna ne voulait aucun ennui ; fuir était la meilleure solution. Ils le comprirent, s’interposant gentiment. Ils s’installèrent à une terrasse où, fatalement, on fixa cette étrange invitée. Les Da Silva voulurent tout savoir, d’où elle sortait, ce qu’elle faisait là, etc. Son portugais anthologique, suivi d’anglais parfait et de manières trop raffinées pour une fille du bas peuple sembla les convaincre d’un geste envers elle, et quel geste ! Aucun ne regretta son introduction dans la vie de l’autre. Anna ne fut jamais considérée comme une domestique. Si elle « jouait » à l’intendante c’était parce qu’elle aimait ça, sinon elle jouissait de tout, tout ce dont elle n’avait jamais rêvé : un vrai foyer. Dans ses souvenirs, elle avait été élevée dans les favelas, elle donna le nom supposé de ses parents et autres détails. Rien ne put être confirmé ou infirmé.  Cependant, ils apprirent à se connaître et l’amour filial grandit : ils avaient toujours rêvé d’avoir une fille ! Très vite cependant, se révéla une anomalie chez Anna : elle aimait bouger. Dormir, elle ne le faisait que peu sauf par moment très prolongés. Le médecin appelé la déclara tout à fait saine, qu’on n’avait rien à redouter. Il s’inquiéta au sujet de sa cicatrice abdominale sur laquelle elle déclara avoir été, enfant, opérée de… elle ignorait de quoi.  
 
Mademoiselle Anna, vous devriez aller vous préparer pour le dîner…
 
Maria, tu penses qu’ils seraient fâchés si je n’y assistais pas ? J’ai… peur de ce fou !  
 
D’après la cuisinière, tout irait bien. En remontant, elle jeta un œil à la chambre du chérubin qui dormait comme l’ange qu’il était. Le baby-phone ne l’avait pas quittée, elle alla se rafraîchir rassurée.
 
*Bon Dieu, ils en tirent tous une tête !*
 
 À son entrée, le grand blond avait pâli. Lev était gris, ses futurs parents mitigés. Max se leva comme monté sur ressort, elle marqua un recul, prête à détaler :
 
*Il recommence !*
 
Mais non. Il lui présenta ses plates excuses pour son attitude, jurant avoir été victime d’une ressemblance troublante avec une personne qui lui avait été chère.
 
Vous êtes tout excusé, ces cas existent. Je suis navrée si je vous l’ai rappelée… Oui, Alex va très bien, il est merveilleux, sage comme une image.
 
Le démarrage des conversations connut des ratés. L’observation soutenue dont elle faisait l’objet la mettait extrêmement mal à l’aise. Une idée ou bien des coups de pieds s’échangèrent-ils sous la table ?
 
… Alors ainsi vous avez participé activement à un camp de réfugiés africains ? Pourquoi en être parti ? *Zut, j’ai gaffé...*… Et que faites-vous de beau à présent sinon élever votre enfant car on ne peut douter de la filiation…
 
Il avait un air de martyre. Du coup, il changea la conversation et, par façon détournée, posa des questions sur elle à leurs hôtes. Elle ne le rata pas :
 
Vous pouvez me les poser directement vous savez, je n’ai jamais mordu personne !
 
Non, s’empressa Maria Elisabetta, Anna est la fille rêvée, la plus sage du monde, je vous assure !
 
Il n’en doutait pas mais, après l’entrée, un Bobo de camarão, ce Von Falkenberg orienta le sujet vers la médecine voulant savoir si elle n’avait jamais envisagé cette carrière.
 
… Euh, non, pas particulièrement… répondit-elle troublée.  
 
Joaquim intervint :
 
Tu sais bien que tu as un don, ma chérie ! Le petit Rhaul te doit la vie…
 
J’ai eu de la chance, c’est tout !  
 
Observatrice, Anna repéra des échanges de regard ainsi qu’un certain air triomphant chez Max mais aussi l’expression atterrée de ses protecteurs.
 
*Qu’est-ce qui se passe ici ?*  
 
Dans l’ensemble la soirée se passa bien malgré tout. Anna se retira tôt, la migraine invoquée n’étant pas une invention. Après deux cachets, elle trouva le ressort pour se plonger dans la lecture, non sans garder une oreille attentive au baby-phone.  Le petit pleura. Vite, elle y alla, sauf que son père l’avait devancée. Elle les vit dans la salle de bains. Avec des gestes d’une mère, il changeait son gamin mouillé.  C’était… attendrissant. Elle s’éloigna sans bruit.  
 
Le lendemain matin, Anna eut énormément à faire, chose qu’elle adorait. Tout fut prêt au quart de tour pour le petit-déjeuner. Après, elle supervisa des comptes, lut un peu, puis décida de piquer une tête dans la piscine. 10 traversées plus tard, un grand plouf non loin d’elle. Max, évidemment…
 
Bonjour ! Bien dormi ?... Moi ?  J’estime que dormir est une perte de temps… Oui, Alex se porte comme un charme. Il a eu son bain, et ses jouets lui plaisent beaucoup… Vous n’avez pas à me remercier, c’est… normal… Quoi ?
 
Non mais quel toupet ! Il lui proposait une balade en bateau !  
 
… J’ai prévu tout autre chose pour aujourd’hui… ben, comptabilité entre autre… des vacances ? Vous rêvez, je n’en prends jamais !... Quoi ?
 
Ses futurs parents étaient d’accord, même insistaient, pour lui accorder sa journée. Abella et Lev s’occuperaient d’Alex.  Après tout…  
Il loucha de façon étrange sur son ventre découvert par son bikini au sortir du bain, de quoi l’alarmer.
Qu’est-ce qu’il cherchait ?
 
*S’il pense retrouver en moi sa fiancée perdue, il peut courir… aussi mignon soit-il *
 
Elle pensa furtivement à Ramon, que tous – même elle-agréaient comme un parti plus qu’acceptable. Des fiançailles officielles étaient prévues le samedi suivant…
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Dim Oct 13 2013, 16:49

C’était à en devenir fou. Elle était là. Elle, son Ysaline, son amour. Impossible de s’y méprendre, il ne pouvait pas s’agir d’une erreur. Sauf que quelque chose clochait terriblement. La jeune femme sur le seuil le considéra avec des yeux élargis de surprise effrayée et en rien feinte, il aurait pu le jurer.
Lev le retint avec force .
 
Fais pas le con, lui souffla t’il, elle te reconnait pas ! Calme-toi !
 
Max, qu’est-ce qui te prend ? C’est Anna, notre pupille, dit doucement Maria Elizabetta.
 
Euh…désolé…c’est que…
 
On revient tout de suite !, informa Lev en le tractant à sa suite jusqu’à rester assez à l’écart des  autres, reprends-toi, mon vieux… suis aussi paf que toi.

Lev…c’est elle !
 
À première vue, oui…mais…Bon sang, Max…reprends-toi !
 
Cela lui demanda un drôle d’effort mais en rejoignant leurs hôtes, ils  les trouvèrent seuls. La belle avait déserté rapidement en emmenant Alex.  Max se laissa tomber à sa place, conscient de qu’on attendait une explication concluante.
 
Suis désolé, Maria Eli, Joachim…mais c’est que…votre Anna…elle…est identique à Ysaline…ma fiancée disparue…la mère d’Alex. 
 
Silence consterné.  Ce fut Maria Elizabetta qui le rompit.
 
Nous savons que tu as passé des moments difficiles, Max…peut-être qu’Anna ressemble à ta fiancée mais…
 
Non, Maria Eli, je vous jure que ce n’est pas une certaine ressemblance…elle est son portrait tout craché et croyez-moi…je connais bien Ysaline…où est Alex ?

Anna l’a emmené se reposer dans la chambre d’enfants…Calme toi, mon garçon, bois quelque chose, tu es pâle comme un cadavre !, Joachim lui servit un verre, compatissant, mais raconte nous…sur la disparition de ta  fiancée…

Son amitié avec les Da Silva datait. Ils n’avaient pas été longs à se percer mutuellement et se reconnaître comme sorciers. Cela avait affermi encore plus la sympathie, et peu à peu, Joachim et Maria Elizabetta avaient commencé à le voir et le traiter comme à un de leurs enfants. C’étaient des gens chaleureux,  dont la générosité était proverbiale.
Max parla, sans contrainte. Lev à l’appui, pour les détails qui lui échapperaient. Sa singulière histoire fut écoutée, sans interruption, du début à la fin.
 
Ma mère a fini par avouer ses méfaits…enfin, pas tous, je suppose mais l’essentiel…Ça m’a permis de retrouver Alex…mais je n’ai pas pu savoir plus sur Ysaline. Elle me déteste, m’en veut à mort…peux pas l’en blâmer…Elle m’aimait et…tout portait à croire que je l’avais trompée sciemment…mais, et vous…comment avez-vous connu Anna ?
 
Joachim soupira, échangeant un éloquent regard avec sa femme avant de raconter à son tour l’histoire de leur rencontre avec la jeune femme.
 
Tout nous a frappés chez elle, sa prestance, son éducation, son honnêteté… Elle n’appartenait pas à ce milieu, pourtant selon ses souvenirs, c’était bien le cas…Mais Anna n’est pas une fille des favelas, ma main à couper…
 
Elle est merveilleuse,  la fille dont nous avons toujours rêvé, Joachim et moi…tant et si bien que nous allons l’adopter. Nos fils s’entendent parfaitement avec elle, qui sait être si douce et discrète…elle sera notre fille.
 
Ysaline aussi est une femme merveilleuse…elle est  avec Médecins du Monde…aider son prochain, c’est son fort, c’est pour ça qu’elle est venue avec moi en Afrique…

Médecin, dis-tu ?...Serait-ce possible ?...Maria Eli…souviens toi, sa façon de soigner ce petit garçon lors de l’accident…, M. Da Silva se tourna vers Max, elle n’a pas hésité…là, sous la pluie, sur la route, elle a pris l’affaire en main et a sauvé la vie du gamin…quand les secours sont arrivés, personne ne savait s’expliquer comment elle s’y était prise…

Depuis combien de temps est-elle avec vous ?
 
Cela fera un an, le mois prochain…Mon Dieu, Max…te sens tu mal ?
 
Oui…affreusement mal…C’est elle…pas de doute…les dates coïncident…

Mais…pourquoi aurait-elle joué cette comédie avec nous ?, s’étrangla Maria Elizabetta, les yeux noyés de larmes.
 
Elle ne la joue pas, Madame, intervint Lev, entre sa vraie mère et celle de Max, elles se seront arrangées…On lui a effacé la mémoire…non ! En suis pas un…mais commence à savoir comment ça marche, depuis le temps !
 
Cela expliquerait beaucoup de choses, en effet, soliloqua Mme. Da Silva, comme sa cicatrice…Ah, tu ne le savais pas, bien sûr, Max, Anna a une cicatrice que notre médecin de chevet a identifiée comme étant  celle d’une césarienne.

Max se sentit basculer dans un gouffre noir où se mêlaient rage et désespoir. Une césarienne ! Ysaline n’avait donc pas accouché sans aide…et le pire des pressentiments se fraya dans son esprit pour se muer rapidement en certitude.
 
Ma mère, gémit-il, ma mère a fait tout ça…ma mère a volé son enfant à Ysaline et…lui a fait tout oublier !
 
Mon Dieu, cette femme est un monstre, murmura Maria Elizabetta, en se signant.
 
Oui, elle l’est!, reconnut Max, absolumment abattu.
 
Joachim De Silva vida son verre, essayant de reprendre ses esprits.
 
Si comme je commence à le croire notre Anna est  ton Ysaline...alors nous devrons nous y prendre avec le plus grand tact possible...pas question de la brusquer...elle ignore tout...Tu devras faire preuve de patience, Max...
 
Celui ci eut un geste résigné. Au train où ça allait sa patience commençait  à être  le moindre de ses soucis.
 
 Le reste de la conversation dériva entre commentaires et conseils pertinents. Ils feraient front commun pour pallier à cette nouvelle échéance. La dame de céans lui recommanda de se reposer un peu pour être plus d’aplomb lors du dîner qui les réunirait tous, Anna, inclus. Avant qu’il ne veuille se trouver une occupation quelconque pour tuer le temps au lieu de dormir comme on lui disait, Lev le prit en remorque et il manqua de peu de lui chanter une berceuse après l’avoir poussé sur le lit.
 
DORS !...Misère de moi qui n’a pas un bout de bois…j’arrangerais ce bordel en deux temps trois mouvements…
 
Si c’était si facile…c’est pas faute d’avoir essayé, crois-moi…Dois aller voir Alex !
 
Fous la paix, ferme-la, sois humain et ronfle un peu…ça te fera pas de mal…m’occupe de mon filleul, au cas où il en aurait besoin !
 
À peine Lev sorti de sa chambre, Max se leva et alla vaquer dans les alentours dans l’espoir de se remettre les idées en place.
Le dîner fut une épreuve pour ses nerfs déjà ébranlés. Qu’il se lève à peine Anna entrée faillit la faire détaler, il esquissa son  sourire le plus angélique et contrit.
 
Je suis désolé, Anna, de vous avoir effrayée tantôt…votre ressemblance avec une personne qui m’a été très chère m’a frappé…veuillez m’excuser !
 
Vous êtes tout excusé, ces cas existent. Je suis navrée si je vous l’ai rappelée.
 
Maria Eli m’a dit que vous vous occupiez  de mon fils…je…
 
Alex va très bien, il est merveilleux, sage comme une image.

Oui, c’est un gosse fantastique !, assura t’il, fier comme un paon.
 
Un coup de pied direct au tibia de la part de Lev  faillit le faire grogner de douleur mais se reprit assez comme pour retomber sur terre et poursuivre une conversation sensée, sans fixer Anna comme le dernier des imbéciles. De quoi parlait-on, au fait ?
 
Alors ainsi vous avez participé activement à un camp de réfugiés africains ? Pourquoi en être parti ?
 
*Et comment en est-on arrivés là ?*

Ma présence n’est pas indispensable, je ne m’occupe que de la logistique et avec les moyens de nos jours, je peux faire ça depuis n’importe quel point de la planète !
 
Cette commode explication ne sembla pas la combler.
 
Et que faites-vous de beau à présent sinon élever votre enfant car on ne peut douter de la filiation…

Oui, c’est vrai qu’il a quelque chose de moi…mais il ressemble plus à sa mère, le petit chanceux…Je veux disposer de tout mon temps pour être avec lui…disons que j’ai pris quelques années sabbatiques jusqu’à ce qu’il aille à l’école…

*Ou retrouve sa mère !*
 
La suite fut un ping-pong entre Lev et les Da Silva, chantant, d’un ton sincère, ses louanges comme père et être humain. Cela forçait un peu la main. Une de deux ou la miss pensait qu’il était un crétin perdu ou la 8ème merveille du monde moderne. Si Anna conservait un peu de l’essence d’Ysaline, elle pencherait pour la première option. Il opta pour dévier l’attention de sa personne et se mit à bavarder avec les Da Silva en s’enquérant, mine de rien, sur elle. Touché ! But en blanc ! Anna réagit au quart de tour. 
 
Vous pouvez me les poser directement vous savez, je n’ai jamais mordu personne !
 
Future maman  adoptive jura qu’il n’en était rien. Lui, bien sûr, aurait juré sur son honneur que jamais pareille idée n’avait croisé son esprit, mais préféra laisser tomber pour jouir du fameux bobo de crevettes présenté en entrée.
 
Mais dites-moi, Anna, la médicine vous intéresse t’elle ?
 
Il ne fut pas dupe de son trouble. Joachim lui rappela le petit garçon sauvé, et elle l’attribua à la chance.
 
*Réflexe conditionné…ça ne m’étonnerait guère si elle avait employé la magie sans le savoir !*
 
Elle avait fui avant la fin de la soirée.  Lev  ne le lâchant pas d’une semelle, ils restèrent encore un moment en tête à tête avec les Da Silva.
 
Je le retrouve dans ses gestes…sa façon directe de dire les choses…c’est elle, Joachim…Maria Eli…je comprends votre suspicion…Il suffirait d’un examen d’empreintes…Oui, elle a une famille…sa mère est  aussi  bonne pour l’asile que la mienne mais son père est un homme de bien…Mais on n’en est pas là…suis aussi perdu et confus que vous…mais je l’aime comme un dingue…ça presque deux ans que je lui cours après…c’est la mère d’Alex…elle a le droit de le savoir…si après, en conscience, elle ne veut plus de nous…ben…on verra bien…
 
Alex pleurait. Comme mû par un ressort, Max se leva, alla dans la chambre du petit, attenante  la sienne.
 
Salut, toi…à la bonne heure que je te vois…Viens là !
 
Le petit gazouilla ravi, à moitié endormi, mais ravi de savoir que Papa était là. Max était passé maître en l’art d’être …la maman parfaite. Il changea Alex, lui donna  un petit biberon et le berça jusqu’á ce qu’il s’endorme de nouveau.
 
*Tu es ma raison d’être, mon pote…ensemble on va récupérer maman, ok ?...Allez, endors toi, suis claqué*

Quelques heures de bon sommeil, chose rare, et il était sur pied pour aller voir de quoi serait fait ce jour-là. Début prometteur.  Anna faisait des longueurs à la piscine. Avant de plonger, il la contempla à souhait, à s’en emplir les  yeux et se crever le cœur.
 
Bonjour ! Bien dormi ?
 
À quoi s’attendre de plus ? Elle était la parfaite fille des parfaits hôtes. Elle s’était occupée d’Alex et lui, pour une fois, avait pu dormir tout son soûl mais n’ayant été du genre marmotte, il était toujours debout à une heure plutôt décente.
 
Merci de vous en être chargée…mais dites-moi Anna, ça vous dirait de faire une petite sortie en voilier plus tard ?
 
J’ai prévu tout autre chose pour aujourd’hui… ben, comptabilité entre autre…
 
Prenez de vacances !
 
Il aurait nommé le diable !
 
Des vacances ? Vous rêvez, je n’en prends jamais !
 
Ben , faudra apprendre…J’ai demandé à Joachim et Maria Eli…Ils sont d’accord…

Elle pas trop, mais autant profiter de l’aubaine.
 
On n’ira pas bien loi….Il y a des endroits fantastiques pour plonger…Vous aimez la plongée, non ?

Le petit voilier, fourni par Joachim, les mena jusqu’à un ilot voisin, offrant un incomparable site de plongée.
 
Ysaline, elle, adorait l’exploration sous-marine. Anna assura n’en avoir jamais fait, mais sitôt dans l’eau, après les explications de rigueur, elle s’y prenait merveilleusement bien. Ils explorèrent les environs  et se retrouvèrent sur la petite plage de sable blanc.
 
Alors, ça vous a plu ?...Pourquoi je fais ça ?...Euh, sans aucune mauvaise intention, je vous assure…oui…j’avoue vous me la rappelez beaucoup…C’est une triste histoire que vous ne voulez pas entendre…Oh, Alex et moi on s’en tire très bien…enfin, je fais ce que je peux…Non ! Je ne me sens pas pris au piège avec mon gosse…c’est la meilleure chose qui me soit arrivé…À part sa mère…oui, Anna, je l’ai aimée par-dessus tout…

Comment pouvait-il parler d’elle en passé alors qu’elle était là, face à lui, sur cette plage solitaire ? C’étaient bien ses yeux noir de nuit qui le fixaient avec cette attention presque gênante, comme s’ils voulaient dénuder son âme.
 
Non, je ne l’ai pas abandonnée…c’est elle qui est partie suite à une épouvantable erreur…mais enfin, ne parlons pas de ça… Parlez-moi de vous plutôt…hier soir j’étais, disons largué…quels projets avez-vous pour le futur ?

Elle en avait, et pas des moindres.  Des fiançailles ! Pas avec lui, évidemment.
 
Ah, vraiment ?... Un homme merveilleux ?...Bien sûr, vous méritez ce qui aura de mieux au monde…
 
Mille dards empoisonnés venaient de lui perforer le cœur. Son Ysaline, amoureuse d’un autre homme ? Non, ça   jamais…pas tant qu’il lui restât un souffle de vie.
 
Et que fait ce cher homme ?, ton à peine contrôlé pour ne pas tomber dans l’amertume totale.
 
C’était l’homme parfait ! Bien établi, il veillait sur l’affaire familiale et tout le monde était parfaitement ravi avec cette future union...sauf lui !
 
Ah !...Il en a de la chance, le bougre !, marmonna t’il, et vous ? Excusez-moi de le dire, mais vous n’avez pas l’air…extraordinairement ravie !

Elle le fustigea d’un regard féroce lui conseillant de ne pas se mêler de ce qui ne le regardait pas.
 
Mais ça me regarde, au contraire… Prenez pas la mouche…non, je ne suis pas fou , pas trop du moins…c’est que…Vous croyez au coup de foudre, Anna ?

*Tu trouves rien de mieux ?...Tu perds les moyens, mon vieux !*
 
Oui…ces choses arrivent…et…Oui, vous lui ressemblez…mais je suis très conscient que vous n’êtes pas elle…

Elle le traita de quelques noms aux connotations très sonores, dans son portugais fleuri. Il n’en comprit pas un mot mais l’éclat furibond de ses yeux noirs suffisait amplement.
 
Anna, plaida t’il, donnez-moi une opportunité…juste une…
 
Apparemment la seule qu’il aurait serait de courir pour sauver sa vie mais au lieu de fuir, il se pencha vers elle et l’embrassa…
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Dim Oct 13 2013, 17:14

Max voulait faire de la plongée. Bien qu’elle en ait eu les possibilités, elle n’avait jamais pratiqué. Quoique… Apprenait-on si vite ? Elle adora ce milieu si coloré avec tous ces poissons aux reflets changeants avant d’aller sécher sur une petite plage de sable blanc. Max était indiscutablement un bel homme.
 
*Un très bel homme…*  
 
Assis côte à côte, il fallait bien approfondir des choses.
 
… Je lui ressemble à ce point ?  
 
Il aimait son gamin mais avouait sans honte avoir aimé son Ysaline par-dessus tout.
 
*Elle en a de la chance celle-là !* Pourquoi l’avoir quittée alors ?

Elle qui est partie suite à une épouvantable erreur…mais enfin, ne parlons pas de ça… Parlez-moi de vous plutôt…hier soir j’étais, disons largué…quels projets avez-vous pour le futur ?
 
Elle émit un sourire sans joie :
 
Je me fiance samedi prochain. Ramon est idéal pour moi, je ne pouvais rêver mieux… *Il en tire une tête…*  … Vous voulez son CV complet ? rigola-t-elle à moitié. Il a trente ans, nos familles se connaissent depuis des lustres, il est beau et travailleur. * Et d’un ennui mortel…*  Nos familles sont ravies…
 
Ah !...Il en a de la chance, le bougre !, marmonna t’il, et vous ? Excusez-moi de le dire, mais vous n’avez pas l’air…extraordinairement ravie !
 
Ce que je sens ou ressens ne vous regarde en rien ! … Ça y est, vous redevenez fou !
 
Il jura que non mais qu’un coup de foudre l’avait frappé et que sa ressemblance avec son ancien amour n’y était pour rien. À d’autres !
 
Vous êtes taré ! Il y a des asiles pour des aliénés tels que vous ! Vous allez immédiatement me ramener chez moi espèce de malade !
 
Il freina sa fuite par un baiser fulgurant qui la fit d’abord ruer dans les brancards. Elle se débattit, le griffa partout où ses ongles pouvaient se planter puis… Un tourbillon s’empara de ses sens. Répondre, recevoir. Elle lui permit des gestes jamais accordés à Ramon, se délectant, gémissant avant qu’un éclair de lucidité la frappe.  
 
NON !  Ce serait une erreur. Ramène-moi, c’est la seule issue possible.
 
Elle pleurait à l’avant du voilier ; il barrait. Anna avait senti sa vie se fracasser.  Ramon ne méritait pas d’être traité ainsi, surtout pour un fou issu de nulle part qui se basait sur une ressemblance avec un amour perdu.  Trop de tension, de stress. Son hyperactivité avait des travers. Elle ne contrôlait rien. La narcolepsie, ça ne prévient pas… Elle bascula du bastingage.

Ma chérie, tu vas bien ? Dis-nous si ça va… ?
 
Maria Elisabetta  lui caressait le front, inquiète.
 
Me suis endormie, c’est ça ?  
 
Tu ne l’avais jamais fait depuis l’avant d’un bateau ! Max t’a repêchée, sans lui…  
 
Toute son énergie revenant, elle se redressa de son matelas :
 
IL est encore là ?  
 
Un mot, jamais issu de sa bouche sortit :
 
Maman… il faut qu’il s’en aille, il doit partir, s’il te plait, s’il te plait…
 
Dieu que Maria Eli semblait torturée. Un baiser sur le front, une tisane :
 
Bois ma fille, tu vas avoir besoin de force. Je reviens vite.
 
Senhora Da Silva était quelqu’un d’aimant, de compréhensif.  Elle avait adoré Anna dès la première minute et n’était pas prête à la renier pour tout l’or du monde voire l’eldorado complet.  Mais il est des choses qu’un cœur de mère doit reconnaître. Toute l’histoire contée par Max lui avait paru farfelue jusque-là. Cependant, un fil indiscutable reliait ces deux-là. Même si c’était un crève-cœur, elle remettrait les pendules à l’heure.
À son entrée, Ramon Santos se leva, déférent, inquiet.
 
Rasseyez-vous cher Ramon, elle vient de se réveiller.
 
Elle m’a demandé, je peux monter la voir ?
 
Pas… pour le moment, asseyez-vous, je vous prie.  
 
Des larmes dans les yeux, elle regarda Joachim :
 
Anna, pour la 1ère fois, elle m’a appelé…  maman ! Je… je ne peux plus lui cacher ça !
 
Le mari se précipita sur sa femme qu’il enserra fortement tandis que Ramon fronçait les sourcils :
 
Lui cacher quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Je sais qu’Anna tombe parfois dans le pommes mais…
 
Senhor Da Silva alla poser une main compatissante sur l’épaule du futur fiancé :
 
C’est… complexe. Nous avons obtenu des informations sur le vrai passé d’Anna. L’enfant qui dort là-haut est… le sien…
 
QUOI ? Vous êtes en train de me dire qu’elle et ce Max ont eu une aventure et…
 
Je te l’ai dit c’est compliqué. Nous ne savons pas ce qu’Anna décidera une fois au courant car, la pauvre, ne sait encore rien.
 
Je veux la voir !
 
Ramon, il n’en est pas question ! Nos familles sont alliées depuis des années, je ne souhaite aucun affrontement…  
 
Des forces ? La mixture avalée l’envoya dans les limbes, des limbes tordus où des histoires de fous s’entremêlaient.  Max, Max, Max… il occupait tout son horizon. C’est fou ce qu’un esprit dérangé peut créer en ineptie.     
Lors de son nouveau réveil, Maria Eli la bordait encore.
 
*Un bout de bois en main ? *
 
Ma chérie crois-moi…  
 
Des choses elle en entendit, des vertes et pas mûres. Elle était l’Ysaline de Max, Alex son fils, un complot honteux entre leurs mères, des sorciers ?  Elle retomba sur son oreiller en priant tous les saints du Paradis de lui venir en aide. Toutes les pièces d’un puzzle monstrueux s’assemblaient trop parfaitement pour que ce ne soit pas vrai.  
 
Maman, laisse-moi, je dois… réfléchir.
 
Dès sa mère adoptive partie, elle se leva et alla regarder Alex dormir. Cet enfant serait le leur ? Elle et Max l’avaient conçu ?  Une rage comme jamais elle n‘en avait connue la submergea toute.  
 
Mon fils, pleura-telle, en déposant un baiser sur le front rosé.  
 
Elle n’était pas du tout amène en descendant. Ils se levèrent à son arrivée.  
 
Ramon, je t’aime beaucoup mais pas de fiançailles !  Max, je sais. On nous a menti, on nous a trahis mais ce que tu as fait, ce que ta mère a fait est... insurmontable. Merci Maman pour la baguette, je prends Alex et…
 
Des discussions éclatèrent, des cris, des pleurs, des menaces, etc. Très énervée Ysaline pouvait s’avérer dangereuse. Elle expédia Ramon dormir avec un grosdodo car il n’avait rien avoir là-dedans. Ses entrailles avaient été torturées, son cœur broyé, son cerveau lessivé, merde !  
Des compromis s’établirent.
 
Six mois plus tard
 
Sous un parasol Ysaline riait devant l’air ronchon d’un bambin qui venait de rater son pâté de sable.
Quel gamin merveilleux ! La merveille des merveilles !  Adémar de Bettancourt, marrant dans sa chemise à fleurs et son short assorti, vint les retrouver.
 
Max va arriver !
 
Ok, je pars. Maman et Joachim seront heureux de me voir, comme d’habitude…
 
Ysaline, ma chérie, tu ne pourrais pas…  
 
Non, stop ! Je sais ce que tu vas dire. Je ne supporte plus de le voir lui ou qui ce que soit qui ait été mêlé à… à tout ça !  
 
Il t’a cherché si longtemps… Il était fou de douleur, et…
 
Je m’en fous !
 
Ce n’était pas tout à fait vrai, mais elle passa, confiant l’enfant à son grand-père pour aller prendre quelques affaires.
Un bruit dans son dos. Mince, il était venu plus tôt...              
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Lun Oct 14 2013, 10:31

Pendant un instant merveilleux et unique, Max pensa avoir retrouvé son Ysaline. D’abord, elle s’était débattue, tentant de lui échapper, le griffant comme un fauve furieux puis, ô  miracle, céda à l’étreinte avec cette fougue passionnée qui  les avait unis jadis.  Mais ce fut un miracle de bien courte durée.
 
NON !  Ce serait une erreur. Ramène-moi, c’est la seule issue possible.
 
Ce ne serait jamais une erreur…tu le sais, tu l’as senti…
 
La belle ne voulut rien entendre et force fut de se plier à sa demande. Elle s’installa à l’avant du voilier, en pleurant.  Accablé, il ne pouvait que la regarder en sentant son propre cœur se déchirer, un peu plus, si possible. 
Et puis soudain, elle bascula dans la mer. Sans réfléchir, Max plongea à sa suite et la repêcha, inconsciente.  Le voilier, livré à lui-même s’éloignait rapidement.  Un sortilège suffit pour l’immobiliser. Il ne fut pas long à parvenir au bateau et y hisser  sa chérie.  Leur retour causa bien d’émois. Maria Eli se précipita vers eux, suivie de Joachim et Lev. On la lui arracha pratiquement des bras  pour l’emmener à l’intérieur, le laissant là, à se poser mille questions.
 
Ben dis donc, tu sais t’y prendre, toi…on te confie la belle et tu la ramènes dans les vapes…Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Max secoua la tête. Il avait envie de trouver un trou, s’y tapir et pleurer à en mourir mais évidemment, ce n’était pas comme ça que les choses allaient s’arranger. Lev, pratique, se rendit compte qu’il ne tirerait rien de son copain et faute de mieux l’entraîna vers la maison et lui servit à boire.  Joachim Da Silva ne fut pas long à revenir, apparemment plus calme.
 
C’est une de ses crises de narcolepsie. Cela se suscite généralement suite à une expérience stressante…que s’est-il passé, Max ? Avez-vous discuté ?

Que dire ? Qu’il n’avait rien trouvé de mieux qu’essayer de la séduire ? Il hocha la tête, contrit.
 
On peut dire ça, oui…Je suis désolé, Joachim…ce n’était pas mon intention…

Da Silva lui tapota l’épaule compatissant.
 
Elle va dormir, mon garçon…un, deux jours, ça dépend… Anna nous a déjà causé ce genre de frayeur…mais une fois réveillée, tout ira bien !
 
Max aurait voulu avoir cette belle confiance mais pressentait que ce n’était que le début d’un nouveau chapelet de misères. L’apparition d’Alex dans les bras d’Abella aida à dissiper un peu le malaise régnant. En voyant son père, le petit garçon sourit ravi en tendant ses bras potelés.
 
Papa !
 
Il cueillit son gamin en sentant une bouffée de folle tendresse l’envahir. Ce petit bout de bonhomme avait été sa raison de vivre, ces deniers mois, sans lui, Dieu sait ce qu’il serait advenu de lui. Lev inventa une balade pour aller voir une nichée de chatons. Max suivit le mouvement, à la comme on peut, essayant de se défaire du carcan d’angoisse qui lui serrait le cœur.
Maria Elizabetta se montra diplomatique mais inflexible,  pas de visites. Elle voulait que son Anna se repose en toute tranquillité, Max étant le tiers perturbateur, mieux valait l’en tenir éloigné. Il accepta cette décision, la mort dans l’âme. Les Da Silva ne lui en voulaient pas, c’était déjà ça de gagné. Mais cela ne suffisait pas pour apaiser son esprit torturé et comme si ce n’était pas suffisant Ramon Santos  eut la bonne grâce de faire acte de présence et fut aussitôt entraîné à l’écart par le senhor Da Silva. Ce dut être une  dure mise à jour, ça en revenant, le fiancé arborait une mine de condamné à mort, ce qui ne l’empêcha pas de lancer à Max un regard étincelant de haine.
 
*Ok…on dirait qu’on lui a servi la version non résumée !*
 
Pas le temps d’en savoir plus, la cause de tant d’émois venait de faire son apparition et n’avait pas l’air content du tout. Dans son style direct et sans détours, elle mit les choses au clair :
 
Ramon, je t’aime beaucoup mais pas de fiançailles !  Max, je sais. On nous a menti, on nous a trahis mais ce que tu as fait, ce que ta mère a fait est... impossible. Merci Maman pour la baguette, je prends Alex et…

Ramon avait pâli, Joachim semblait dépassé, Maria Eli pleurait , Max eut de la peine à admettre ce qu’il venait d’entendre   mais bondit de sa place :
 
Tu ne peux pas faire ça…
 
Le fiancé éconduit voulut en placer une mais Ysaline, furieuse, l’octroya d’un Grosdodo fulminant.  Baguette levée, elle affronta Max et lui fit savoir ses raisons, puissantes, sans équivoque. Elle avait été la victime d’une intrigue monstrueuse qui l’avait même privée de son enfant.
 
J’ai aussi été victime de la même intrigue, Ysaline…Alex est notre enfant, oui… mais…le prendre et partir avec lui…et moi quoi ?
 
Pathétique. Elle resta inflexible. Il eut beau  s’emporter, tempêter, supplier, rien n’y fit.
 
Six mois plus tard…
 
Il avait toujours été un habile négociateur mais face à Ysaline, il avait eu tout le mal du monde à faire admettre ses droits. Elle proclamait les siens et  avait toutes les raisons du monde pour l’assister.  Ce jour-là, chez les Da Silva, le monde de Max avait basculé, de nouveau. Il accusa une douloureuse défaite et ne put rien faire pour empêcher Ysaline de partir avec leur fils.
Une fois par mois, il se présentait chez Ysaline, sans jamais la rencontrer, et emmenait Alex avec lui, pendant une semaine.  Il vivait pour ces sept jours qui filaient trop vite. Rien n’avait aucune importance face à ces visites.  Il n’avait manqué aucun de ces rendez-vous !
De retour au Campement, il  travaillait comme un forcené  avec le vain espoir de mitiger le chagrin qui le rongeait.  Il n’était pas rare que Karl Theodor fasses des apparitions intempestives pour passer quelques jours avec son fils. Les faits d’Arabella n’avaient fait que renforcer la complicité toujours existante entre Max et son père.
 
Un message urgent de Karl Theodor le somma de se rendre au manoir familial, en Allemagne. Cela tombait assez mal, il se préparait pour partir au Brésil  mais le ton d’urgence, le fit obtempérer. La nouvelle qui l’attendait le secoua. Sa mère, enfermée depuis quelques mois dans une institution sorcière spécialisée en dérèglement nerveux, avait été trouvée morte dans sa chambre.  Les détails qui suivirent avaient de quoi le secouer plus encore.
 
Contrariant l’ordre spécifique de ne jamais se présenter en avance, Max s’approcha de la jeune femme qui finissait d’emplir une valise. Elle se tourna vivement, le dévisageant sans aucune aménité. Max leva la main, en geste de conciliation.
 
Je sais que tu ne veux pas me voir mais là, je suis porteur de nouvelles…Où est Adémar ?
 
Il était avec Alex. Sans rien dire, il la prit du coude et ensemble, ils allèrent chercher  M. De Bettancourt, qui se surprit agréablement en les voyant réunis.
 
Rien de ça, Adémar…malheureusement…je suis venu un peu plus tôt parce que j’ai quelque chose à vous annoncer…Ma mère est morte !
 
L’éclat des yeux d’Ysaline fut de profonde satisfaction.
 
Elle a été assassinée, en fait…et c’est Adélaïde qui l’a tuée pour après…sauter par la fenêtre. Je sais qu’elles nous ont causé tout le mal possible, je ne me sens même pas capable de sentir une once de chagrin mais en quelque sorte, par son geste…Adelaïde a vengé ce que ma mère a fait à Ysaline…et à nous tous !  
 

Les coupables de leur misère avaient disparu, ce qui en soi, était, sans doute, motif de soulagement mais ce n’était pas pour autant que leurs peines arriveraient à leur fin.
 
Tu ne pourrais pas essayer…juste pour une fois…Comment que quoi ?...Rester là, parler avec moi…arrêter de me voir comme si j’étais ton pire ennemi !...Je t’aime, Ysaline…j’aime notre fils…vous me manquez tous les deux… As-tu une petite idée de ce qu’est ma vie, sans vous ?
 
Discret, Adémar avait emmené Alex, les laissant en tête à tête.
 
*Bienvenu l’orage, tu vas prendre ton compte de foudre, mon vieux*
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Ven Oct 18 2013, 07:46

Devenir maman d’une minute à l’autre, entendre des révélations que la potion lui avait laissé suspecter, tout ça alla si vite. Elle avait besoin de temps ! D’abord récupérer SON enfant, leur enfant, celui qu’on avait arraché de son ventre avant même le terme naturel.  Certes, elle n’en avait pas voulu… au début. Mais là…  
 
Max, tu verras notre fils, j’en fais serment. Une semaine par mois, je sais que c’est peu mais après ce que ta mère m’a fait… Je ne serai jamais présente. J’ai… j’ai des choses à régler.
 
Elle s’installa avec Alex aux abords de Rio. Les Da Silva, généreux, lui apportaient tout leur soutien.
Avec l’enfant, elle avait pris un portoloin et mis les choses au clair avec son père. 
 
Papa, voici ton petit-fils Alexander Von Falkenberg.  J’ai su que toi et mère…
 
Nous avons divorcé. Elle
 
Inutile d’en rajouter. Elle le pria de continuer à être dans sa vie, et tout fut dit.  
 
Sans l’aide de Lev, d’Adémar, Ny’Ala et le Da Silva, sans doute qu’Ysaline ne serait jamais devenue une vraie maman. Très ponctuel Max venait, lui emportait son trésor. La plaie était immense, son amour intense. Dire qu’au fond d’elle-même, elle aimait cet homme, encore, toujours !  
Et il débarqua plus tôt que prévu.  
En six mois, on ne pouvait pas dire qu’il avait une mine resplendissante.
 
Je sais que tu ne veux pas me voir mais là, je suis porteur de nouvelles…Où est Adémar ?  
 
Ça lui fit mal de voir les visages rayonnants de son gamin et de son père. D’après sa tête à lui, Max n’était pas venu conter fleurette. Immédiatement, elle demanda à la bonne d’emmener l’enfant à distance. Ce qu’elle entendit ensuite aurait dû la transporter de joie :
 
*La salope a crevé, bien fait !*

 Hélas, ce n’était pas tout !  Adélaïde, sa propre mère, était responsable et s’était suicidée juste après. Choc ! Adémar, abattu, s’éloigna avec le petit bonhomme tandis que Max tentait :
 
…Je t’aime, Ysaline…j’aime notre fils…vous me manquez tous les deux… As-tu une petite idée de ce qu’est ma vie, sans vous ?  

 Manifestement, il ignorait à quel point elle y pensait depuis six mois !  Mais là, il était d’un égoïsme tellement…  
 
MAX, pour une fois cesse de penser à toi !  Tu viens de perdre ta mère et moi la mienne, bon Dieu !  Moi, je… je pense à nos pères qui, même s’ils les ont reniées avec les meilleures raisons du monde, les ont aimées durant des années ! Tu as ta semaine avec Alex, je vais rentrer en France avec mon père. On… on verra plus tard.
 
La cérémonie fut brève et très intime. Adémar paraissait avoir pris dix ans d’un coup. Ysaline se montra une fille parfaite, le remontant du mieux possible avec moyens moldus et sorciers.  
Puis, un soir, la sonnerie de la porte. La soubrette demanda la permission d’introduire un hôte très inattendu en la personne de Karl Théodore Von Falkenberg.  La jeune femme fut prête à refuser mais son père insista.  Il est vrai que  ceux-là se connaissaient de longue date mais les voir s’enlacer avec de grandes tapes dans le dos en renfort avait de quoi surprendre.  
 
Ysaline chérie tu dois savoir que Karl et moi avons continué notre bonne entente qui ne s’est jamais démentie. Je souhaiterais que tu l’écoutes, s’il te plait…  
 
Très sincèrement, Karl avait dû être avocat dans une autre vie. Il plaida, plaida… Mais la demoiselle était du genre têtu même si sa décision elle l’avait déjà prise.
 
Puisque Max lui avait fait le coup d’être là plus tôt, elle le fit aussi. Visage de marbre, elle l’accueillit avec Alex endormi dans ses bras.
 
Tu peux me le rendre ?
 
Air misérable :
 
*Chic !*  
 
Très sérieuse, elle réceptionna son enfant puis ses yeux changèrent et un sourire mutin se dessina :
 
Tu serais partant pour une évasion à trois aux îles vierges ?...    
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Ven Oct 18 2013, 10:48

Son plaidoyer ne connut pas le succès espéré. Loin de là. Assez remontée, Ysaline lui largua un petit sermon bien senti où il fut question de son égoïsme. Selon elle, leurs pères étaient affligés par la perte de leurs épouses, malgré les manquements de ces dernières, et lui, buté, ne pensait qu’à lui-même.
                                      
*Ouais, bien sûr…t’es un âne sans cœur !*
 
Dix minutes plus tard, elle disparaissait en compagnie d’Adèmar , à qui Max avait eu juste le temps de présenter des condoléances assez mitigées. Resté seul avec son fils, il mit en exécution ses propres plans de voyage.  Il n’avait jamais été question d’abandonner son père en ces moments d’affliction, même si Ysaline semblait penser le contraire. Karl avait un faible pour son dernier petit-fils et Max comptait avec la présence du petit pour lui remonter un peu le moral.
 
S’il n’avait tenu qu’à son veuf, les obsèques d’Arabella auraient eu lieu dans la plus stricte intimité familiale. Mais ses trois filles  poussèrent des hauts cris, assurant que si bien leur mère n’avait pas été un exemple de vertus, elle ne méritait pas des adieux si misérables. Vaincu d’avance, il leur donna carte blanche pour agir à leur guise.
La cérémonie terminée, Karl Theodor s’excusa et alla s’enfermer dans son bureau. Sa fille aînée, Barbara crut bon de s’en plaindre mais Max lui ferma le clapet et sans perdre de temps, migra avec son père et Alex sous d’autres cieux plus cléments.
Après quelques jours de paix, Max retourna à Rio avec son fils et Karl retourna chez lui. Ces mini-vacances avaient fait le plus grand bien à Karl Theodor. Il avait pu vivre de près son propre fils dans son rôle de père et il devait reconnaître que, contre toute attente, Max s’y prenait merveilleusement bien.
 
*Quel crève-cœur…mon pauvre fils, ces séparations à répétitions le minent.*
 
À mesure que le moment de prendre congé d’Alex approchait, Max se sentait de plus en plus déprimé. C’était chaque fois plus difficile. Il regarda le petit garçon essayer de courir après un chat, mais il n’était pas encore assez doué et le minet esquivait facilement ses essais de l’attraper, ce qui déclencha  les pleurs  du gamin. Il le cueillit au vol.
 
T’en fais pas…laisse toi du temps, mon pote…
 
Alex renifla  et dit quelque chose dans son baragouin mélange de portugais, français et Dieu sait quoi d’autre, puis nichant la tête dans l’épaule paternelle,  s’accommoda pour faire une petite sieste. Max remontait l’allée vers la maison quand une des domestiques vint à sa rencontre encourant :
 
Senhor Max…Senhora Ysaline est là !
 
Il jura à voix basse.
 
*Il me reste encore un jour !*
 
La jeune fille lui offrit de s’occuper d’Alex mais il ne voulut rien entendre de lâcher son précieux fardeau. Ralentissant le pas, il prit tout son temps pour parvenir au petit salon où l’attendait Ysaline, arborant un petit air dur.
 
Je ne t’attendais pas avant demain !, grommela t’il, en guise de bonjour.
 
Tu peux me le rendre ?
 
J’ai encore un jour !, plaida t’il, sachant que la partie était perdue d’avance.
 
Il déposa un baiser sur la tête du petit endormi et le tendit à sa mère, le cœur serré. Elle le berça contre elle puis, de manière surprenante, sourit et ses yeux noirs eurent un éclat malicieux.
 
Tu serais partant pour une évasion à trois aux îles vierges ?
 
Estomaqué, Max crut avoir mal entendu.
 
Partir…nous trois ?, il était trop abasourdi pour ne pas sembler parfaitement idiot.
 
En toute évidence, c’était bien de cela qu’il s’agissait : de partir, eux trois, au paradis des îles Vierges. Il avait du mal à  croire à tant de chance mais vraisemblablement, la miss avait bien préparé son coup. Tout était prêt pour les accueillir là-bas. S’ils se dépêchaient, ils pourraient jouir encore d’un après-midi à la plage, sous le soleil des Caraïbes.  Inutile de dire, qu’ils furent prêts à partir en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
La maison était nichée au creux d’un jardin tropical, exubérant de couleurs et senteurs, à travers lequel on accédait à la plage privée. Un véritable coin de paradis, inaccessible aux hordes touristes ébaubis, friands de soleil et sable fin.  La mer, enfermée dans une crique paisible, prenait des allures de piscine aux eaux d’un azur transparent.  Ils découvrirent les lieux, ensemble, ajustant leurs pas à ceux d’Alex qui après ce voyage éclair, avait envie de bouger.
 
Il est très dégourdi pour un gosse de son âge, dit Max, plein de fierté, mes neveux n’ont pas la moitié de sa vitalité…gosses de grande ville !
 
Sans doute Alex avait aussi hérité des gènes hyperactifs de ses parents, ce qui expliquait beaucoup de choses.  Ysaline s’amusait beaucoup en le voyant courir après le bambin, ravi, qui détalait vers la mer, avec la saine intention d’y faire trempette.  Il le cueillit au ras des vagues, parfaitement trempé et heureux de l’être.
 
Tu veux un bain…alors va pour le  bain !
 
Sans se soucier d’être complètement habillé, Max  fit plaisir à son fils et entra dans l’eau, alors que le petit poussait des cris de pur bonheur. Ysaline resta sur le rivage, les mains sur les hanches en pensant Dieu sait quoi. Ils barbotèrent en toute joie de cœur pendant un court moment avant de retourner auprès de Maman qui secouait la tête. Alex courut vers elle en tendant les bras.
 
Tu aurais dû nous rejoindre…Ça fait un bien fou, ces bains improvisés !
 
Mais on n’avait pas encore atteint ce degré de détente. Leur installation était plus que plaisante. Sans être trop grande, la maison offrait tout le confort nécessaire. Ysaline et Alex prirent d’emblée la chambre principale et Max eut l’embarras du choix entre les trois chambres restantes. Pas de domestiques à l’horizon, ils allaient essayer de ressembler à une véritable petite famille, le temps de leur séjour. Il n’avait pas idée de combien de jours Ysaline avait décidé de rester là et ne s’aventura pas à le demander, il s’arrangerait avec son emploi de temps.
Le frigo était bien rempli, les placards bien garnis, ce qui laissait supposer que la belle avait eu le temps de bien planifier ce séjour. En attendant l’heure des questions/réponses, il s’offrit volontaire pour donner son bain à Alex  et lui donner à manger pendant qu’Ysaline, en parfaite Maman s’occupait de préparer le dîner.
 
Je l’emmène se coucher…trop d’émotions pour un si petit gars !
 
Il borda le petit et après un baiser sur le front, Max resta la, à le contempler, attendri. La sensation d’être observé le fit se retourner. Ysaline se tenait sur le seuil, un doux sourire aux lèvres.  Il la rejoignit après avoir éteint la lampe de chevet.
 
Il va dormir comme un loir jusqu’à demain…oui, le baby-phone est connecté  même s’il n’est plus un petit bébé…Oui, je comprends que tu sois nerveuse…Moi ? Euh, non…quand Alex était tout petit, je l’avais tout le temps avec moi…jour et nuit. Lev me comparait à ces singes qui se baladent avec  leur descendance sur le dos…Non, ça n’a jamais été un problème ou un lest pour moi…je ne l’ai pas adapté à ma vie…je me suis adapté à la sienne et c’était parfait comme ça… On doit rester au milieu du couloir ?

Conversation assez neutre pendant le dîner.  Ysaline ne semblait pas prête à toucher des thèmes algides. Max suivit le mouvement en douceur, décidé à tout, pourvu de ne pas se faire mettre à la porte. Pour autant, une fois qu’elle décida qu’il était temps d’aller dormir, il n’insista pas. On se souhaita bonne nuit le plus poliment du monde et chacun se retira à sa chambre.
Dormir ? À d’autres. La savoir si près et si loin à la fois, était une véritable torture. Aux premières lueurs du jour, il était déjà debout et s’apprêtait à sortir quand l’apparition d’Ysaline, en robe de chambre ne l’étonna pas trop, elle dormait si peu.
 
Non , je ne fiche pas le camp…quelle idée ! Vais aller pêcher des langoustes…le coin est réputé…Je serai de retour pour le petit déjeuner, il osa lui flatter doucement la joue, je t’avais déjà dit que tu es merveilleuse tôt le matin ?
 
Il fila sans demander son reste, se sentant le cœur léger et soudain plein d’optimisme. La pêche fut fructueuse et l’exercice revigorant, à sa grande surprise, en émergeant des flots, il trouva  ses deux raisons de vivre l’attendant sur la plage avec le petit déjeuner sur une nappe à carreaux.  Alex courut vers lui en piaillant ravi alors qu’Ysaline s’approchait avec un mug de café qu’il échangea contre son filet de langoustes frétillantes.
 
Je pourrais m’habituer à ça !, et sans le penser, lui vola un petit baiser qu’elle ne pénalisa pas d’un regard de travers.
 
*Serait-ce possible ?*
 
Tout porta à le croire pendant les jours suivants. Ysaline ne refusait pas ses manœuvres d’approche. Il aurait même pu jurer qu’elle était aussi heureuse que lui. Leur vie tournait autour de leur enfant qui semblait très content d’avoir ses parents en même temps. Il s’épanouissait à vue d’œil, leur bout de bonhomme, dont la voix fluette fusait allègrement  en employant à tout va ses mots favoris : Maman, Papa et veux…et pour vouloir il en voulait des choses !
 
Ça c’est un crabe, Alex…et tu n’en veux pas…la perruche non plus, on en a assez avec toi…
 
Ils allaient partout ensemble. Pendant une de leurs virées en ville, Max demanda la permission à sa belle pour la laisser un moment à seules avec Alex.
 
Je ne tarde pas…et toi, tu défends le fort, dit-il à son fils, si quiconque s’approche de Maman, tu cries très fort, ok !...Euh, non, peux pas dire où je vais…disons que c’est une surprise !
 
La transaction ne prit pas longtemps, Max savait exactement ce qu’il voulait et ce fut très satisfait qu’il retourna auprès d’Ysaline qui avait du mal à retenir son turbulent gamin.
 
Maintenant, si tu veux, on finit nos courses et on va dîner à ce restaurant fabuleux en bord de mer. Alex  a besoin de son bain et son repas ?...Sois pas trouble-fête, mon ange, Alex est un globe-trotter…et sa poussette est tout confort, c’est pas rater un bain qui va lui ruiner l’enfance, va !

Sage comme une image, sans sortilège de derrière les fagots, Alex accepta ce changement à sa routine, mangea gentiment ce qu’on lui présenta et eut la bonne grâce de s’endormir sans faire de chichis.
 
Tu vois…il s’accommode à tout !...Profitons du moment !...Oui, il me semble qu’il est temps de parler sérieusement, Ysaline…Ces jours avec vous deux sont la preuve que nous allons bien ensemble…mais à part ça…Alex mérite d’avoir une famille normale…Ah, tu y avais pensé aussi ?...Alors, c’est parfait, on est d’accord sur le principal…Je sais que tout ce qui s’est passé t’a fait un mal affreux…Nous ne pouvons rien pour changer le passé, ma douce…mais nous pouvons envisager un meilleur futur. Je t’aime, Ysaline…j’aime notre enfant…je ne pourrais pas vivre sans vous sans être plus malheureux que les pierres…Oui, je suis égoïste…l’amour fait ça…

Il enlaça ses doigts aux siens sur la table au temps de poser face à elle un petit écrin en velours noir.
 
On n’a jamais eu le temps d’en parler mais le moment me semble le bon…Veux tu m’épouser, Ysaline ?...Faisons tout correctement…soyons une famille…
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Ven Oct 18 2013, 11:05

Comme prévu, sa proposition déclencha un scepticisme certain :
 
Partir…nous trois ?
 
Non, bien sûr ! J’ai demandé au Pape de nous accompagner Alex et moi !
 
Trop abasourdi, il n’agréa pas moins l’offre.
Le décès de sa mère, la visite de Karl Theodore, tout l’avait confortée dans le mal qu’elle avait de lui depuis si… longtemps. Elle désirait le voir en face avec leur enfant, suivre ses comportements, pour être certaine que…  Et... Il ne la déçut en rien. C’était un papa parfait, mieux père qu’elle maman parfois.  Le petit semblait absolument ravi de ce changement, profiter de ses deux parents à la fois l’épanouissait davantage.  Nul ne pouvait nier que Max adorait son gamin et… qu’il nourrissait aussi des sentiments envers elle.    
 
*M’aimer encore après tout ce que je lui ai fait endurer…*  
 
Que c’était bon de se sentir une « famille ». Alex en avait besoin, elle en était consciente. Balloté d’un côté puis de l’autre à cet âge… ça lui crevait le cœur. 
Préparer un repas, elle avait appris. Le partager en tête-à-tête avec le père de son fils ne fut cependant pas facile. Il s’était comporté plus qu’honorablement, déjà ça.  
Dormir ? À d’autres ! Elle lut énormément, cuisina beaucoup, regarda la tv, tenta d’échapper à l’attraction de la chambre dévolue à Max qui se leva tôt :
 
Tu désertes déjà le camp ?
 
Non, il allait à la pêche à la langouste. S’il y avait eu une nounou, elle l’y aurait accompagné, mais…
S’occuper d’Alex était un pur bonheur, renouvelé d’heure en heure.
 
On va faire une surprise à papa, tu veux mon amour ?
 
Qu’il veuille ou pas c’était le même prix !  
Un petit déjeuner très complet attendit le retour de l’athlète.  
 

*Dieu qu’il est craquant…*
 
Café, croissants, pancakes…
 
Trois jours s’écoulèrent dans la certitude confirmée. Chaque nuit, Ysaline posa la main sur la poignée de la porte de la chambre de Max puis se retint.
 
*C’est injuste, ce n’est pas de sa faute si mère a…*  
 
Quelle obscure raison la retenait-elle encore ?
Puis, une insistance lors d’une balade : la laisser seule avec Alex.
 
*Qu’est-ce qu’il mijote ?*
 
Le gamin devint vite insupportable. Il voulait son père… elle aussi.
 
Mon chéri, maman est là, papa revient vite. Regarde comme il est beau ton petit chien…  
 
Les clients alentours râlaient du dérangement causé par les braillements. Pour un peu, elle les aurait supéfixés. Heureusement revint Max qui calma jeu et petit.  
Tous mangèrent, Alex s’endormit sans sortilège.  
L’instant redouté débuta :
 
… il me semble qu’il est temps de parler sérieusement, Ysaline…Ces jours avec vous deux sont la preuve que nous allons bien ensemble…mais à part ça…Alex mérite d’avoir une famille normale…
 
Je te signalerai que ça fait bien longtemps que j’y songe aussi…
 
…. Je t’aime, Ysaline…j’aime notre enfant…je ne pourrais pas vivre sans vous sans être plus malheureux que les pierres…Oui, je suis égoïste…l’amour fait ça…
 
Et de lui enlacer les doigts et de poser un écrin devant elle :

On n’a jamais eu le temps d’en parler mais le moment me semble le bon…Veux tu m’épouser, Ysaline ?...Faisons tout correctement…soyons une famille…

 
De sa main libre, elle se tint la bouche, complètement prise au dépourvu.  Mais pour rien au monde elle n’aurait lâché ces doigts-là.  Elle passa des lèvres à son front, fermant les yeux, gorge nouée. Une larme s’échappa :
 
Tu… tu es sûr de toi ?  Tu sais ( yeux grands ouverts) je n’ai pas besoin de ça ! ( Petit rejet de l’écrin) On peut très bien élever Alex ensemble sans passer par les serments… Bien sûr que je te veux, je… je t’en ai voulu mais j’ai compris… pardon pour le mal causé…  
 
Un baiser fou, un écrin ouvert, une bague très originale s’enfila.   
 
Le bonheur existait, il suffisait juste d’y mettre un peu du sien. Leur entente parfaite reprit là où elle s’était arrêtée et ne se démentit pas un seul jour de ce séjour idyllique. Quand Alex les surprit au lit, ils rigolèrent en l’accueillant contre eux :
 
… Oui mon chéri, les papas et les mamans qui s’aiment dorment ensemble…
 
Patir papa ? Patir maman ?
 
Toujours partir à trois mon cœur !   
 
Ils nageaient en pleine liesse des retrouvailles, se débitant toutes les âneries que les amoureux peuvent se débiter.  Projets, dates, comment, où, etc. aussi.  
 
Il faut annoncer la nouvelle aux Da Silva… Oui, chez eux, je leur dois tant…  
 
Les yeux de Maria Eli brillèrent de larmes joyeuses en les réceptionnant à la villa. Mais derrière cette joie, ils ne furent pas sans déceler comme une angoisse qui n’avait rien à voir avec eux :
 
Maman, qu’est-ce qu’il y a ? s’effraya Ysaline.  
 
Joachim n’était pas bien depuis deux jours : attaque cérébrale.
 

JE DOIS LE VOIR !
 
Attends, ma chérie. J’ai appelé le meilleur médicomage et le meilleur médecin moldu, ils disent pareil : il est perdu.  
 
NON !
 
Elle laissa Max et Alex pour courir comme une folle mais que pouvait-elle contre la mort ? Cependant elle eut l’impression qu’il lui avait souri avant de rendre son dernier soupir dans ses bras.  
Dire qu’elle n’avait pas versé une larme à l’enterrement de sa mère… Des tonnes de mouchoirs plus tard, elle se mit en devoir de soutenir Maria Eli. Tous ses « frères » accoururent, le reste de la famille, les amis. Ysaline se plongea dans l’organisation des funérailles, cherchant là l’occasion d’échapper à sa propre peine.  De temps à autre, elle croisa son Max, pleura contre son épaule :
 
Je… Je suis navrée de t’imposer ça… ça ne change rien. Je t’aime…
 
Ils n’eurent pas conscience du regard haineux de Ramon tandis qu’ils s’embrassaient…   
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Mer Oct 30 2013, 11:32

Jours merveilleux à se redécouvrir, à s’aimer comme des fous, à jouir pleinement de cette nouvelle harmonie qui les unissait. Alex s’épanouissait avec le bonheur de ses parents et ceux-ci  faisaient des projets sans fin, comme tous les amoureux du monde, qui croient que leur amour durera jusqu’à la fin des temps.
 Bonheur parfait ? Oui, sans doute, pendant ces jours au paradis. Aussitôt de retour à Rio, la réalité les rattrapa, impitoyable. Joachim, victime d’une attaque cérébrale,  mourut le lendemain de leur arrivée, précipitant leurs vies dans un tourbillon exténuant. 
Ysaline se voua en corps et âme à consoler sa mère Maria Eli, à organiser les funérailles, à recevoir parents et amis. Bref, elle prit en beauté sa place de fille de la famille, ce que se « frères » semblaient accueillir avec grande bienveillance. Max, assez relégué, occupait le clair de son temps avec Alex, se contentant de voir sa chérie quand ses obligations sociales lui donnaient un bref répit. Joachim Da Silva avait été un homme admirable et admiré, pas de quoi s’étonner que la maison soit envahie par une foule venue présenter ses doléances et assister à la longue veillée funèbre.
 
Je… Je suis navrée de t’imposer ça… ça ne change rien. Je t’aime…
 
Je comprends…je t’aime aussi !
 
Comme on pouvait s’y attendre, Ramon Santos ne rata pas l’occasion pour s’incruster. Il arriva en compagnie de ses parents, amis de longue date des Da Silva. Max les vit bourdonner autour de son Ysaline, démontrant une sympathie presqu’exagérée  alors que lui, était ignoré de manière insultante.  Il tint bon pendant la veillée, ne voulant pas faire du foin, se pliant au protocole intrinsèque des relations publiques à la brésilienne. Il avait beau être ami de la famille, lui aussi, en plus de fiancé de celle que tous appelaient Anna, il ne demeurait pas moins, un étranger. Ces gens chaleureux, si généreux et bruyants, se montraient néanmoins très suspicieux vis-à-vis de lui.
 
Il faut nous comprendre, mon cher, minauda la mère de Ramon en lui décochant un regard peu amène, nous étions si heureux que notre chéri épouse Anna et voilà que vous apparaissez et…
 
Tombe comme cheveu dans la soupe, vais pas dire que je suis désolé, Senhora Santos, je ne suis que venu récupérer ce qui m’appartient…Ysaline est ma femme et la mère d’Alex…Il n’y a rien d’autre à dire.
 
Pour nous, elle est et sera toujours Anna. Elle appartient ici, nous sommes ses amis, celle-ci est sa famille. Joachim l’a voulu ainsi. Sachez que pour nous ces liens sont sacrés.

C’était tout dire. La guerre était déclarée, très poliment et sans menaces évidentes, mais guerre est guerre et Max se le tint pour dit. S’ils restaient là, on ne leur ferait pas la vie facile.
 
Un calme apparent s’était instauré une fois les funérailles splendides terminées. Il ne manquait jamais des amis venus, à toute heure, offrit leur appui moral à la famille.
 
On est un peuple chaleureux, Max !, disait patiemment Raoul, le frère aîné, c’est notre nature, on aime être ensemble...pour rire ou pour pleurer. Anna fait partie de tout ceci maintenant, tu dois l’accepter. Ici, quand on se marie, on n’épouse pas seulement la femme qu’on aime mais aussi sa famille, amis et connaissances.
 
*Tu vas de mieux en mieux, mon vieux !*
 
J’essaye de comprendre, Raoul, mais ma vie est ailleurs, tu le sais bien. Ysaline s’est retrouvée ici suite à un jeu de circonstances tragiques mais elle n’appartient pas vraiment à ce milieu…
 
Oublie le passé, Max, c’est le présent qui compte. Regarde donc ma mère, elle est si heureuse, sans Anna, elle se serait effondrée. Elle adore Alex…Papa était si heureux, lui aussi et je suis reconnaissant qu’Anna ait apporté tant de joies à mes parents. Nous l’aimons tous comme la sœur que nous n’avons jamais eue, elle a su gagner nos cœurs…et crois-moi,  une fois qu’on s’attache à quelqu’un de cette façon, on ne lâche jamais plus prise !

Raoul…Ysaline sera bientôt ma femme…officiellement parlant, et est la mère d’Alex, ça te dit rien ?
 
Si ça lui disait quelque chose, ce n’était pas pour autant qu’il allait changer d’avis. Selon lui, et le reste de la famille, qui vint tenir, amicalement, le même discours à Max, celui-ci ne ferait preuve que d’un égoïsme inconsidéré s’il arrachait Anna de ce cocon d’amour et chaleur humaine.
Adémar de Bettancourt vint  présenter ses doléances et visiter sa fille.  Au bout d’une semaine, il fut clair que le cher homme n’avait pas l’intention de repartir de sitôt. Attrapé, sans s’en défendre,  dans cette chaleureuse ambiance, il oublia vite fait son propre deuil et s’appliqua, de tout cœur, à faire plus léger celui de la charmante veuve.
 
Max suivait les événements en essayant d’être à ton avec ce qu’on attendait de lui. Une patience à toute épreuve sans perdre le sourire.  María Eli, ne le rata pas. Il jouait avec son fils, quand sa future belle-mère vint prendre place près de lui.
 
Je sais, Max, que cette situation chamboule tes plans…vos plans. Je suis une égoïste finie,  profond soupir, la perte de Joachim est un coup atroce…et en ce moment encore, je me sens incapable de me séparer d’Anna…elle est ma lumière…elle et Alex, sont mon bonheur…Ils adoucissent si bien mon chagrin.

*Si tu l’ouvres, t’es un monstre !*
 
C’est pour cette raison que je vous retiens ici…Il y a de la vie dans cette grande maison…et j’ai besoin de le sentir pour ne pas mourir de chagrin.
 
Nous resterons autant qu’il sera nécessaire, Maria Eli…
 
Tu as un cœur d’or, Max…mais tu n’as qu’une envie, prendre ta femme et ton enfant et partir à toute vitesse… mais je te prie de me les laisser encore un peu…
 
*Les lui laisser et moi…je fous le camp ? Fais pas partie du tableau bonheur familial ou quoi ?*
 
C’était quasi évident, on n’attendait pas autre chose de lui. Qu’il en ait marre, boucle ses bagages et aille prendre de l’air ailleurs. Bien entendu,  personne ne commit l’impair de le dire de vive voix. Max finit presque par se convaincre qu’il se faisait des idées biscornues, mais à force de voir Ramon Santos apparaître quand il s’y attendait le moins, affichant l’air satisfait de qui pense être en territoire conquis,  il finit par voir rouge, surtout après avoir, bien malgré lui, surpris une conversation entre sa chérie et son ex, où il était question d’amour inconditionnel et autres sentiments de toute noblesse.  Ne parlant pas couramment portugais, Max ne saisit pas les nuances mais si l’essentiel, comme quoi le cher homme était disposé à passer un trait sur son « aventure » avec lui, à accepter Alex  comme son propre fils, etc…
 
Dès que sa chérie apparut, un peu plus tard, il ne perdit pas son temps. Il devait arborer un air pas trop commode qui la mit sur avis :
 
Non, non…je ne suis pas fâché… *Pas encore !*…C’est juste qu’on n’a plus le temps de croiser deux mots…Mais, nous devons parler de notre futur…
 
Cela ne tombait pas bien, ce soir ils recevaient une douzaine d’intimes pour le dîner et elle devait s’occuper que tout soit parfait.
 
Ma chérie, c’est très bien tout ça…mais…on a notre vie… En plus, j’en ai marre de voir cet imbécile de Santos rôdant autour de toi avec ses airs d’agneau éperdu…Ah ? Bien ça…un fidèle et loyal ami de la famille ? Mon œil, il n’attend que le bon moment pour…Je sais ce qu’il manigance, figure toi…Non je n’écoute pas aux portes…pas de ma faute s’il fait des aveux pareils, comme qui déclame Shakespeare !

Il était conscient d’être en train de tout gâcher mais ne pouvait pas faire autrement. Impossible pour lui d’envisager une vie à végéter entre ces gens charmants, mais parfaitement envahissants et en plus avoir à se farcir un amoureux éconduit.
 
C’est ça…suis un égoïste perdu…ce doit être ça…On se refait pas, mon amour…Ah…je fais une scène ?!?...C’est mon bon droit, il me semble…Nous devrions au moins aller vivre chez toi…Je sais que Maria Eli a besoin de toi…mais nous avons aussi besoin d’un peu de recul…
 
Il devina que c’était demander la lune.
 
Je t’aime par-dessus tout, mon Ysaline…Comprends-moi…Alex et moi on te veut, pour nous…sans partage…Comment ça que je ne dois pas mêler Alex de tout ça !?...On dirait qu’on ne s’entend pas là…Non, je ne veux pas me disputer avec toi…quelle idée !...Que veux-tu, à part que je te fiche la paix pour le moment ?...Que j’aille me faire voir ailleurs en attendant que ça se tasse dans le coin ?
 
Il eut droit à un regard indéchiffrable. Les préparatifs du dîner ayant priorité, Max n’eut rien d’autre à faire que patienter poliment, en rongeant son frein.  Son humeur prit un sale coup en découvrant que Ramon était un des « intimes » réunis pour la soirée…
 
Le temps était à l’orage, dans tous les sens de l’expression…
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