Turbulences bis

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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Ven Nov 01 2013, 22:56

 Difficile ? Affreux surtout ! Ysaline aimait ces gens qui avaient dépensé pour elle cœur et générosité sans compter. Maria-Eli ne s’illuminait qu’à son approche, quel calvaire. Au lieu du banquet de fiançailles, on eut veillées funèbres, chants de deuil, parfois gais mais qui finissaient toujours par des pleurs.  Pas question de partager la chambre de Max sous ce toit familial. De toute façon, pour ce qu’elle dormait, Ysaline s’en fichait un peu. Ils auraient toute la vie pour se rattraper.  Abeille de jour, lutin de nuit, elle s’activait quasi sans discontinuer.

Les funérailles furent éprouvantes pour tous surtout que, comme tous les enfants légitimes, on l’invita au lutrin y dire quelques mots sur le défunt. Elle n’avait rien préparé, aussi laissa-t-elle parler son cœur de fille aimante :
 
Joachim… Papa ( glubs) Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de te dire ouvertement à quel point tu comptais pour moi. Toi et Maman vous vous êtes montré les meilleurs parents dont une fille puisse rêver. J’espère ne pas vous avoir déçus et de continuer à ne pas vous décevoir. Merci papa… au revoir papa.

Elle pleura dans les premiers bras à la réceptionner sans remarquer que c’étaient ceux de Ramon Santos.  Le corps déposé dans le caveau familial, une énorme réception fut donnée.  

Il ne se passa pas un jour sans que ça défile à la grande maison sans compter ceux qui y séjournaient. Adémar se pointa aussi. Il tenait à remercier la famille Da Silva pour les délicatesses apportées à son Ysaline, non sans constater à quel point cette famille était accueillante et Maria-Eli femme d’exception. Bien sûr, Mademoiselle de Bettancourt ne fut pas sans remarquer l’air bougon de son Max. Il affichait un sourire tellement… faux ? Du coup, elle était très malheureuse d’autant que le gugusse la pourchassait de ses assiduités. Il la coinça :

Anna, je t’aime toujours ! Peu importe cet aventurier, ta vie est avec moi. Souviens-toi de nos beaux projets, de...

J’ignorais qui j’étais alors, et…

Alex sera bien plus à l’aise dans une famille unie, stable. Il sera notre fils…

C’est notre fils, à Max et moi. Rien, ni personne ne changera ça, ni ce que nous ressentons l’un pour l’autre. Je suis désolée, Ramon.  

Il râlait, cela la peinait. Un autre qui râlait était Max. Quand elle le croisa un peu plus tard, au premier coup d’œil, elle capta son humeur :

Tu es fâché pour quelque chose ?   

Non, non…je ne suis pas fâché… c’est juste qu’on n’a plus le temps de croiser deux mots…Mais, nous devons parler de notre futur…

C’est que je n’ai pas beaucoup de temps, là ! Je viens d’apprendre que nous serons entre 12 et 15 à dîner ce soir, et…  

 Ma chérie, c’est très bien tout ça…mais…on a notre vie… En plus, j’en ai marre de voir cet imbécile de Santos rôdant autour de toi avec ses airs d’agneau éperdu…

Qui se soucie de Ramon à part toi ? C’est juste un fidèle ami de la famille…  

Il s’avéra que Max avait surpris sa conversation avec Ramon.

Charmant d’espionner mais tu n’as pas saisi les nuances, pas du tout !

Quand Max se voulait sourd, il était pire qu’une bourrique ! Cela tournait à l’aigre, juste par stupide jalousie. Blablabla comme quoi il ne cherchait pas la dispute, etc. Puis ces mots :

Que veux-tu, à part que je te fiche la paix pour le moment ?...Que j’aille me faire voir ailleurs en attendant que ça se tasse dans le coin ?

Elle fut sciée en deux. Où allait-il chercher des idées pareilles ?  Une part d’elle se fâchait :

*C’est ça, va te faire foutre !*

Une autre le réclamait :

*Fais pas ça, je t’aime…*  

Elle inspira un grand coup :

On en reparlera sois-en sûr. J’ai à faire maintenant !

Un dîner presque parfait… Sauf l’humeur des participants. Ysaline avait bien placé les convives. L’Archevêque près de Maria-Eli, Adémar de l’autre côté. Elle, exprès entre Max et Ramon. Les autres étant disposés selon leur âge ou leur rang.  Max broyait du noir, le fiancé éconduit aussi. Belle ambiance ! Dehors le temps se gâtait.  Bon an mal an, entre gens civilisés, cela se déroula sans grands éclats. Adémar était marrant en débitant des anecdotes parfois hilarantes sur la vie en France.  Maria-Eli riait… Elle ne se rendit pas compte que sa « fille » manipulait les débats et sortit :

Vous en avez de bonnes, cher Adémar ! Mais parlez-nous de l’enfance d’Anna, notre chère enfant…

Comme prévu son père se troubla, Ysaline sauta sur l’occasion :

Vas-y papa, dis leur qui je suis, QUI est Ton Ysaline !

Dieu que Maria-Eli semblait en souffrance. Ça faisait mal mais quand Ysaline faisait quelque chose, elle le faisait bien. Toute la journée, elle s’était déchirée à chercher la solution et n’avait trouvé que celle-là. À prendre ou à laisser. Ça passe ou ça casse ! Elle se leva :

Tu n’oses rien dire, papa ?  Je le dirai pour toi alors…

Anna, ne fais pas ça !

Ramon, la ferme !  Je suis Anna mais surtout et avant tout Ysaline de Bettancourt. Une enfant pourrie gâtée outrageusement qui n’en fait et n’en fera jamais qu’à sa tête, qu’à son coeur. Je ne veux décevoir personne et que l’on soit fier de moi en toute circonstance. J’aime énormément cette famille chaleureuse, mais j’ai fait le choix d’un époux et vous demande de le respecter. Votre Excellence, ce serait un privilège de recevoir votre bénédiction dans un mois, en France.

L’archevêque, un peu pris de court, en donna une générale de suite. Tous se signèrent.

Là-dessus, Ysaline les excusa, elle et Max, et les « fiancés » désertèrent en courant. Dans le couloir, Ysaline s’accrocha au cou de son élu :

Dis-moi que tu ne m’en veux pas de te forcer la main…  

Apparemment, non…        

Orage dedans, orage dehors, ils s’en foutaient.  Déroger aux conventions ? Et alors ?  Ils s’aimèrent comme jamais, trop heureux de se le prouver.  

Sens apaisés, rassurée sur les intentions de Max, Ysaline ne tarda néanmoins pas à déserter le lit en pagaille et le beau ronfleur du centre. Un œil à Alex, l’ange dormait. Dehors, ça bardait.

Une pluie diluvienne tombait. Ça résonnait partout mais à la porte ça tambourinait plutôt. Resserrant sa robe de chambre, elle alla ouvrir. Trempé en soupe, un domestique d’un des voisins implora :

Perca, eu venho procurar o doutor; ele está em sua casa (com você) como é dito.

Euh… Le docteur était là mais je ne sais pas si…

Il s’agissait d’une urgence. Sa maîtresse enceinte de huit mois avait glissé…  

Entrez, je vais chercher le docteur.

Elle courut à toutes les chambres, utilisant sa baguette pour distinguer les occupants mais pas de docteur.  Enfilant un ciré, sa trousse attrapée au vol, elle rejoignit Luis.

Je ne l’ai pas trouvé ; il sera rentré. Faudra se contenter de moi.  

Ce n’était pas trop loin, heureusement. O professor Chavès était au chevet de sa jeune épouse en souffrance. Il tiqua en voyant Ysaline débarquer :

Anna mais…

Je suis médecin. Plus d’Anna mais Ysaline de Bettancourt.  Laissez-moi faire.  

L’examen fut alarmant : décollement placentaire. Dans ce coin, réclamer une ambulance… Seule solution : la césarienne.  Convaincre le mari fut épique mais il finit par céder en voyant l’état de sa femme se dégrader rapidement.  

Ysaline se battit comme une lionne et, si la magie entra enjeu, nul ne s’en aperçut. Garçon et mère allant bien, Ysaline rentra au bercail non sans avoir été changée, félicitée, etc.  Rêvant de se réinstaller près de son chéri, elle fut encore coincée par des soucis domestiques qui l’occupèrent toute la matinée. Au déjeuner, elle commença à s’intriguer :

*Pourquoi il ne se montre pas ? Je ne l’ai quand même pas épuisé à ce point ?*  

Dès que l’occasion se présenta, elle fila dans la chambre partagée : pas de Max. Plus aucun effet personnel… une lettre sur le lit. À sa lecture, son monde s’écroula...
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Dim Nov 03 2013, 15:28

Pour une remise de pendules à l’heure, celle-là valut le détour. Sans laisser quiconque placer un mot, Ysaline fit étal de ses vérités, qui n’étaient pas des moindres, sans se soucier du mal fait à certains. Ramon Santos était blême…de rage. Les autres stupéfaits. Max, lui, essaya de maintenir une expression neutre mais l’éclat exultant de ses yeux, n’échappa à personne. Sans jamais faire les choses à moitié, Mlle de Bettancourt , fixa même la date de leur mariage en sollicitant la bénédiction de l’archevêque présent. Ceci fait, ils filèrent sans que personne ne songe à les retenir.
 
Dis-moi que tu ne m’en veux pas de te forcer la main !
 
T’en vouloir ?...Suis le plus heureux des hommes !
 
Il le fut encore plus après des heures magiques à se prouver leur allégeance, insouciants et amoureux fous, se fichant des conventions. Leur monde était en ordre.
Max la sentit déserter le lit, au petit matin mais ne se réveilla pas tout à fait, sûr de son retour.  La suite fut extraordinairement confuse. Que diable faisait cet encagoulé au pied du lit ? Tiré abruptement d’un sommeil profond, Max perdit des secondes précieuses à saisir ce qui se jouait là, un Imperium brutal fit le reste.  Il ne garderait aucun souvenir de ses faits et gestes suivants…
 
Les ordres donnés étaient clairs : annuler l’individu, le contraindre à écrire une lettre d’adieu, disparaître avec lui faisant croire qu’il s’agissait là d’une désertion pure et simple. La phase suivant consisterait à se défaire de l’encombrant de façon définitive, après lui avoir fait subir quelques tortures raffinées. Rien de plus facile, le sorcier renégat était spécialiste dans ce genre de mission.
 
Max émergea difficilement de la pesante torpeur qui l’engourdissait et aussitôt la douleur lancinante se manifesta, comme si mille aiguilles de feu perçaient sa peau. Sortilège ou drogue moldue, le résultat revenait du tout au même, ses nerfs, sensibilisés au maximum hurlaient de souffrance au moindre attouchement et ses tortionnaires silencieux ne se privèrent pas  de le faire hurler à en perdre la voix. Chaque fois qu’il demandait  la raison de ces tortures, le degré de souffrance augmentait d’un cran.
Ils le maintenaient assez éveillé, se repaissant  de chaque cri, de chaque plainte. Avec un sadisme raffiné, ils poussaient son esprit à s’égarer, attendant  qu’il supplie en demandant pitié. Mais même perdu dans ce vortex  d’inhumaine souffrance Max luttait, frénétique pour garder un éclat de folle fierté.
 
Il va crever sans l’ouvrir, celui-là !, constata l’un des sbires, on ferait mieux de se défaire de lui…dans cet état…il ira pas bien loin !
 

Nous avons été payés pour le faire souffrir…on se fout du reste…Cet arrogant est dur à la détente…on va lui apprendre !
 
Instant de répit. Max reprenait un peu son souffle, sûr que l’enfer ne tarderait pas. Il avait le cerveau en compote, incapable d’aligner deux idées cohérentes. Quelque part dans son esprit embrumé persistait le regard velouté de son Ysaline ou le rire joyeux d’Alex…ses deux uniques repères !  Mais personne ne vint le piquer, ou lui faire passer des voltas dans le corps…Il était seul. Réflexe de soulagement, il sombra dans un sommeil très proche à l’inconscience profonde.
 
Cela faisait des heures qu’il était réveillé mais restait là, tel quel on l’avait abandonné, Dieu seul sait quand.  Essayer tant soit de détendre sa grande carcasse était un calvaire de douleur. Les liens à ses poignets et chevilles, lui sciaient la peau et la corde qui les unissait rendait impossible tout mouvement sans sentir la morsure brûlante du nylon. Il avait soif, une soif torturante, exacerbée à l’infini par le bruit de la pluie, son odeur fraîche…
 
Combien de temps se passa t’il jusqu’à pouvoir penser plus ou moins correctement ? Max n’avait aucune idée. Il devenait fou de soif et se libérer de ses liens devenait sa priorité numéro 1. Ses poignets étaient plaie béante  en parvenant à ses fins, ses chevilles ne valaient pas mieux. Il souffrait comme un damné mais parvint se traîner jusqu’à la porte de sa prison. Un simple panneau de bois, qui n’était même pas fermé… Mauvais signe ! La raison de ce relâchement lui tomba dessus comme un coup de marteau en découvrant ce qui l’entourait…
Une jungle dense, sombre, humide à souhait, aux arbres immenses dont les faites entrelacés filtraient à peine la lumière du jour. Il pleuvait. Incapable de faire deux pas de plus, Max s’étala sur le sol détrempé, au prix d’un effort éreintant, il se retourna sur le dos et ouvrit la bouche, laissant l’eau de pluie baigner son corps meurtri et désaltérer sa soif.
 
Personne ne revint. Ses capteurs et tortionnaires l’avaient évidemment abandonné à son sort. La jungle se chargerait de lui tout aussi efficacement. Ce serait lent ou rapide, en dépendant de son endurance mais elle finirait par le dévorer et le faire disparaître sans que personne ne sache jamais plus de lui.
Lev apparut de derrière un arbre, il riait, l’invitant dîner…Max avança péniblement. IL se mourait de faim. Son pied se prit dans une  racine saillante et il tomba. Relevant la tête, il se demandait pourquoi son ami ne venait pas l’aider mais Lev avait disparu…Ces hallucinations à répétition le rendaient fou…Son père,  Ysaline, Ny’ala se succédaient, cruellement…Certaines de ses blessures s’étaient infectées…
Dans son état normal, Max aurait su se débrouiller jusqu’à trouver de l’aide mais son organisme bourré de drogues réagissait autrement. Il était incapable de penser, encore moins d’élaborer un plan efficace pour se tirer d’ennui.  Celui ou ceux qui avait cherché sa perte étaient très près d’y parvenir. Il restait peu du fringant athlète qui avait conquis l’Everest ou tenu d’autres défis impossibles… Affamé, blessé, fiévreux, perdu,  Max vaguait dans la forêt comme une ombre incertaine. Mangeant ce qui lui tombait sous la main, des baies, des fruits. Il ne savait plus chasser, à peine s’il parvenait à laper l’eau des ruisseaux  ou des mares. Les insectes faisaient un festin de lui, Dieu sait par quel miracle, aucun autre animal ne s’en prit à cette dépouille ambulante.
 
On volait les maniocs ! Ses maniocs ! Martinha lança quelques malédictions en l’air, dans l’espoir de faire déguerpir les intrus. Tenue comme la sorcière des alentours, cela donnait toujours des bons résultats. Rien ne se produisant, elle décida d’aller constater sur place. Ses yeux n’étaient plus ceux d’avant, bien de lunes étaient passées depuis qu’elle avait vu vraiment clair, mais sa capacité visuelle suffisait quand même pour s’apercevoir que ce qui gisait entre ses plantes n’était ni un cochon sauvage ni un des petits vauriens du coin. Elle s’approcha de la grande forme inerte en murmurant des incantations destinées à la protéger des mauvais esprits de la forêt. Il gisait, face à terre, elle le retourna avec mille précautions. Une exclamation d’horreur mourut sur ses lèvres.  Il s’agissait d’un homme jeune et blanc, vêtu uniquement d’un pantalon. Son corps entier était couvert de blessures, coupures ou brûlures  mais c’était surtout son visage qui avait le plus souffert…la moitié intacte, même si souillée de boue et sangs, était celle d’un ange, l’autre apparaissait déformée par une blessure horrible qui le mutilait du menton à la tempe. Elle se signa trois fois. Celle-là était l’œuvre du diable !
 
Ysaline…YSALINE !!!
 
Il hurlait ce nom, dix, vingt fois par jour, quand les démons le reprenaient. Martinha déployait tout son art de guérisseuse pour le calmer. Elle était sortie, la nuit, cueillir les meilleures herbes, prélever du ruisseau secret, l’eau la plus pure, et de sa berge, la terre la plus riche, ajoutant à cela quelques ingrédients de sa seule connaissance, elle avait obtenu une pâte verdâtre, aromatique et onctueuse, qu’elle avait soigneusement étalé sur ses blessures. Pour celle du visage, elle avait employé une recette, vielle de mille ans, transmise de mère en fille depuis des générations. Herbes pilées d’une certaine façon, sous de certaines circonstances. La lune devait être à point, autant que certaines étoiles. L’étranger demeurait un mystère mais Martinha devinait qu’il était spécial. Au début, se basant en des superstitions ancestrales, elle avait pensé avoir affaire à un dieu déchu…mais tant de souffrances ne pouvaient parler que d’un humain.
 
Max revint du monde des morts, un soir, alors que l’orage faisait rage. Son esprit était merveilleusement clair et il pouvait percevoir l’extraordinaire décor  qui l’entourait.  Santons aux coloris criards, se mêlant à la Sainte Vierge, Jésus, le St. Esprit, Iemanja et autres déités de coloris local…Un odeur âcre de cigare, alcool et cierges rendait l’ambiance presque irrespirable. Il se redressa sur un coude, abasourdi. Une très vieille femme, tirait sur un cigare en l’observant, attentive, de ses yeux sans éclat.
 
Où…suis-je ?
 
La femme fit un geste de la main, lui indiquant de se recoucher puis expira la fumée de son cigare sur lui en  entamant une mélopée  obsédante pour après procéder à lui souffler dessus des bouffées d’alcool de canne à sucre qu’elle enfilait comme de l’eau. Max sut alors qu’il était  le centre d’une cérémonie millénaire destinée à le rendre à la vie.
 
La caresse d’une main fraiche sur son front le fit revenir à lui.
 
Ysaline !
 
Mais non, c’était la vieille femme, avec son sourire édenté et ses yeux voilés.
 
Tu vivras, dit-elle, l’air ravi.
 
Je…ne sais pas ce qui s’est passé…
 
Mauvais dieux jouent faux. Tu es fort, noble…Ils n’ont pas pu, tu es un Protégé…Chance, beaucoup de chance.
 
Combien de temps ?...Ça fait combien de temps que…
 
Elle leva la main en écartant deux doigts.
 
Deux jours !?
 
L’aïeule secoua la tête.
 
Lunes…
 
Deux mois ?...Je ne sais plus rien…
 
Elle lui caressa lentement la tête et le visage, avec un tendresse inouïe.
 
Martinha sait, tout va aller bien ! La mort ne veut pas de toi…pas encore…je lui ai dit de partir…tu n’étais pas prêt…
 

Où suis-je ?
 
Amazonia, la forêt…tu as un grand esprit, la nature l’a compris et t’a épargné, ange doré.
 
Je…je ne suis pas un ange, assura t’il, tout bêtement.
 
Sourire édenté, ses doigts déformés par l’âge filèrent  une mèche de ses cheveux blonds.
 
Doré…Nature n’épargne pas l’homme blanc, toi  par contre  as survécu.
 
*Je dois avoir une chance folle !*
 
Pas chance, reprit elle, doucement,  esprit…
 
Je ne comprends rien…
 

Ton Dieu, les miens…et celle qui t’aime…Grandes forces…
 
Il ne savait plus où en donner de la tête. Il était là à parler avec une vieille femme, il comprenait sa langue, mélange de portugais et allez savoir quoi d’autre, alors qu’il était à peine capable de saisir les nuances du portugais familier. Elle le fixait de son regard éteint, le touchait de ses mains anciennes et il sentait son esprit s’ouvrir, s’apaiser.
 
Je dois retrouver Ysaline…mon fils…je dois les retrouver…
 
Loin, très loin…mais, ils viendront…patience !
 
IL était attrapé dans ce piège vert, isolé de toute civilisation, dans un état minable qui ne le mènerait pas bien loin, même si aux dires de Martinha, la nature était bienveillante avec lui. Au deuxième jour après son réveil, il voulut sortir de la hutte. Elle voulut guider ses pas, lui servant d’appui… Ils se trouvaient dans une clairière, près d’une rivière. La lumière du soleil l’éblouit, c’est en portant la main aux yeux pour masquer le soleil qu’il remarqua être barbu.  Mais ce qu’il découvrit en regardant son reflet au fil de l’eau, l’épouvanta.  La cicatrice qui balafrait son visage était hideuse…il retomba assis sur le sable, le souffle court.
 
Qu’est- ce qu’on m’a fait ?
 
Martinha sourit et caressa ses cheveux.
 
Mutilé visage, mais âme intacte…Moitié beau, c’est mieux que rien…

 
Tu veux me consoler ?
 
Non, dit-elle, gravement, seulement te faire comprendre que l’apparence n’est rien…tu en conserves une bonne moitié, c’est ton cœur qui est important…Si elle t’aime…, elle suivit doucement le profil de la balafre, ça n’existera pas…Martinha a demandé aux dieux de l’effacer…ils n’ont pas voulu…pas encore…
 

Qui peut me haïr de la sorte pour me faire subir tout ça !?

 
Martinha se pencha sur l’eau claire, en la touchant d’un doigt noueux.
 
Bois, cela te rafraîchira la gorge puis viens avec moi…les coquillages diront.
 

Il n’était plus à ça près mais prit son temps pour se détailler dans le miroir de la rivière. L’ombre de lui-même. Il avait des allures de naufragé  hirsute et mal en point. L’eau fraîche le désaltéra  comme dit, mais il prit son temps avant de rejoindre la vieille femme. L’examen de son corps révéla les tortures subies. La science de Martinha avait guéri l’essentiel, les traces persistaient. Elle l’attendait, près du petit feu où cuisaient deux poissons. Elle prit le sachet qui reposait sur sa poitrine et l’agita avant de l’ouvrir et laisser rouler des coquillages sur la natte où elle était assise.
 
Envie…jalousie…haine…mort…Tu n’es pas gâté.
 
Merci de le dire.
 
Elle ramassa le jeu et le fit rouler de nouveau après avoir soufflé dessus une incantation étrange.
 
Bonne étoile. Chance…Force…elle viendra.
 
Qui viendra ?
 
Celle qui t’aime…la forêt a porté le message…ça prend du temps.

 
Peux-tu me dire qui m’a fait ça ?
 
Elle le regarda, avec un petit sourire un peu narquois.
 
Qui d’autre ?...Celui qui la convoite !...je sais que tu penses à la magie…il l’a fait oui…toi victime de grande magie noire…haine…beaucoup de haine…
 

Elle fit tinter ses coquillages de nouveau, lui demandant d’y souffler.  Leur formation la fit ricaner.
 
Commanditaire…cruel…pas capable lui seul…autre a fait ça !
 
Un sorcier ?
 
Elle acquiesça, comme en transe.
 
Lui noir, toi blanc…
 
Je vois...et toi tu es  une sorcière blanche aussi…
 
Il n’avait jamais vu un si beau sourire, elle inclina doucement la tête et soudain, il ne s’agissait plus d’une vieille femme, mais d’une créature de rêve, entourée d’une aura argentée , faite de souffle et illusion.
 
Je suis ce que je dois être…tu as su voir…je suis la gardienne des bois, de l’eau, de la vie...Tu es à sauf, suffit d’attendre…Longue vie à toi,  Max !
 

Il gisait sur le sable chaud, la rivière à ses pieds, rien n’avait plus grande importance…tout voguait un peu ailleurs, au creux d’allez savoir quelle illusion…
 
Les pales de l’hélicoptère élevèrent une petite tempête de sable sur l’étroite  frange de plage.
 
Homme blanc, git au sol !, annonça le pilote, pense qu’on a, enfin, trouvé !
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Dim Nov 03 2013, 17:39

 
       Combien de minutes resta-t-elle sans réaction, assise sur le lit avec ce papier en main ? Elle l’avait bien relu vingt fois mais les mots restaient vides de sens.
 
*Partir… besoin de recul… trop vite… désolé… patience… temps…*
 
On frappa discrètement à la porte. À travers le panneau, la voix de la bonne résonna :
 
Tout va bien, Mademoiselle ? On s’inquiète en bas. Le petit bébé vous réclame…
 
Je… j’arrive.
 
Elle plia la lettre en quatre et la mit dans sa poche.   
Le bambin gazouilla à sa vue. Elle trouva qu’il chauffait un peu. De sa pharmacie spéciale, elle sortit un flacon dont elle versa trois gouttes dans le lait destiné au biberon puis confia l’enfant à la nounou :
 
Je reviens, mon chéri.  
 
Imperturbable, elle s’assit à la table où une place vide semblait narguer tout le monde.
 
Max ne descend pas, ma chérie ?
 
Non maman… Max est parti pour ses affaires. Tout va bien.  
 
Son père, qui la connaissait mieux que quiconque, flaira quelque chose de travers mais ne l’ouvrit pas. À part Adémar, nul ne parut rien remarquer. Ysaline pouvait être une excellente comédienne quand elle le voulait. Là, elle se sentit en passe de remporter un Oscar.  
Fatalement, on reparla de l’éclat du soir précédant.
 
… Il n’y a rien à ajouter à ce qui est décidé. Je pense bientôt rentrer en France préparer nos noces. *Et aller chercher Max au bout du monde s’il le faut bande de faux culs !*  
 
Pourquoi en France ? On pourrait tout aussi bien les organiser ici, n’est-ce pas Adémar ?   
 
*Et vas-y que je t’embobine ! Et L’autre qui court…* Parce que c’est… la tradition voyons !  
 
À qui faire confiance, de qui se méfier ?  
La longue journée lui laissa peu de temps pour faire quoique ce soit d’autre que du train-train routinier.  Plusieurs fois, elle visita Alex qui semblait assez patraque. Ses gouttes étaient-elles éventées ?  On reçut moins de visites, au moins ça de gagné.  Plusieurs fois elle avait essayé le portable de Max, en vain. Elle essayait encore quand son père frappa à sa porte. Glissant le téléphone sous son oreiller, elle le laissa entrer. Sourire radieux affiché:
 
Ça va papa ?
 
Ce n’est pas plutôt à moi  de te demander ça ? Tu ne me la fais plus depuis longtemps, tu sais…  
 
Je sais Papa mais je n’ai rien à dire…
 
C’est Max, non ? Qu’est-ce qui se passe mon petit? Tu as beau sauver la face, moi je sais quand ça cloche.  
 
Elle pointa sa baguette et lança un assurdiato à la pièce.  
 
Rien de ce que je vais dire ne doit sortir d’ici, compris ? Ce midi, j’ai trouvé ça sur son lit.  
 
Adémar chaussa ses lunettes et se décomposa au fil de la lecture :
 
Bougre de salaud ! gronda-t-il, rouge de colère. Il te fait un gosse, te cherche puis te plante ? Il est givré ton Max !
 
Max est le plus droit des hommes. Jamais il n’aurait écrit ça de lui-même ! Ne cherche pas à me prouver le contraire papa, ça ne marchera pas. Hier encore il me disait être le plus heureux des hommes et il ne mentait pas.  Quelque chose s’est produit et je veux savoir quoi et… par qui !  Je… je n’ai confiance qu’en toi ! Aide-moi car si je montre des doutes, si je fais mine de le chercher, ça pourrait mal tourner pour nous tous tant que l’on ne saura pas qui est responsable et… ce qu’on a fait de lui.  
 
Adémar fut tout ému. Son bébé avait bien grandi. Il n’avait pas toujours approuvé ses choix mais elle semblait si sûre cette fois.   
Que veux-tu que je fasse ?
 
Prépare le retour en France pour nous trois, avec Alex. Je ne nous sens plus en sécurité ici…
 
Maria-Eli ne te fera jamais de mal, voyons !  
 
Sans doute pas mais je… je ne sais plus ! Oh papa, il me manque tellement !  
 
Pleurer fait du bien même si ça ne sert qu’à ça.  Adémar promit, la réconforta puis sortit. Voyager une telle distance par portoloin avec un bébé n’était très indiqué. Il fallait réserver un vol.
Après bien des démarches, il en trouva un pour le surlendemain pas le plus direct mais rien d'autre n'était disponible.  
Ysaline vaquait, en bonne fille, allant même jusqu’à chantonner, comme si rien.  Alex l’inquiétait un peu. La fièvre montait, descendait sans cesse.  Maria-Eli s’en mêla :
 
Je n’ai pas pu m’empêcher de l’examiner. C’est… étrange, non ?  On dirait qu’il est…
 
Envouté, oui !  Ça ne me plait pas du tout non plus !  
 
Des nouvelles de Max ?
 
Merci de demander mais non. Tu sais, depuis sa brousse…  
 
Pour Alex, je connais un… spécialiste… différent.  
 
Pas maintenant ! Il est si petit !
 
Tu vas l’emmener dans cet état ?  
 
Elle n’en savait rien encore.  Mine de rien, elle demanda des nouvelles de Ramon Santos. Sa mère répliqua que, vu la façon éclatante dont elle l’avait éconduit, il ne s’était plus pointé.  
 
*Il joue bien son jeu, lui aussi !*  
 
Pour elle, aucun doute ou presque : Ramon était mêlé à la disparition de Max. Le hic est qu’Ysaline ne pigeait pas comment un parfait moldu avait pu organiser un truc pareil.
En douce, elle avait pu mettre au parfum l’autre personne de confiance de son mini répertoire : Lev !  
Les recherches étaient lancées.  
Enfin, les bagages étaient bouclés. Le temps n’était pas des plus cléments.
On commençait la distribution des baisers d’au revoir quand Ramon Santos se pointa :
 
Vous ne pouvez pas partir ce soir !  
 
Qui t’a prévenu ? Ton sixième sens nouvellement acquis ?
 
Ysaline, un peu de respect !  
 
Sa mère avait enfin adopté son vrai prénom.  
 
La météo est contraire. Vous devez passer par le golfe du Mexique. Vous ne regardez donc pas la télévision ?
 
*Ben, non, pauvre con !*  
 
Furieux, Ramon alluma le poste et les images satellites ne mentaient pas. Adémar fila se renseigner par téléphone et tout fut annulé avant de commencer.
Se sentir piégée de la sorte faisait ruer Ysaline dans les brancards mais elle devait poursuivre sa couverture.
Comme par hasard, les tempêtes se succédèrent toute la semaine. De plus Alex ne récupérait pas. Tantôt bien, tantôt moche, le petit maigrissait. Quand, un soir, il convulsa, prise de panique Ysaline courut chez Maria-Eli :
 
Appelle ton gourou truc machin ! Alex va mourir si on ne fait rien !  
 
Heures de folles angoisses. Ongles rongés au sang, elle ne savait plus à quel saint se vouer. Quel rituel barbare se déroulait-il derrière la porte dont on lui refusait l’accès ?  Le sorcier appelé devait bien avoir… cent ans ?  Il connaissait les Da Silva depuis des lustres et s’était toujours montré fidèle. La grande maison ressemblait à un tombeau. Déjà frappée d’un deuil récent, tous se préparaient au pire.  
Maria-Eli sortit enfin, en pleurs. Ysaline, la main sur la bouche haleta :
 
Non… non… pas ça…
 
Dans les bras l’une de l’autre, sa mère lui souffla :
 
Ce n’est pas bon, pas bon du tout ! Viens.  
 
Des odeurs épouvantables régnaient dans la pièce close très obscurcie. Sur un petit matelas, Alex toussotait, blême, chétif.
Le très vieil homme soupira :
 
Magie très forte entrave enfant.  Olakma a vu. Magie noire plus puissante que sienne. Fils perdu, autre viendra.  
 
Un hurlement de bête déchirée secoua la maisonnée.
Elle souffla, haleta, but le viatique, expira encore, déglutit. Froide enfin, elle déglutit :
 
Où est Ramon Santos ?
 
Ma chérie, qu’est-ce que ça peut faire ? Faut se préparer, et…
 
Maman, il a tout à y voir. Je pense savoir ce qu’il veut. Ne juge rien. Tiens. Demande à papa, il sait.  
 
La lettre de Max donnée, elle transplana chez les Santos.
Assis dans un fauteuil, fumant un cigare, un verre de whisky à portée, il lui sourit, ce bellâtre :
 
Pas trop tôt…  
 
Sauve mon fils et je ferai tout ce que tout voudra.  
 
Il rigola, mauvais :
 
Et je dois te croire sur parole ? Prouve-le !
 
Je viens d’annuler le mariage en France. Que veux-tu d’autre ?  Tu es bien derrière tout ça, n’est-ce pas ? La disparition de Max, la maladie d’Alex, les tempêtes…  Qu’en… qu’en est-il de Max ?
 
Ne te soucie plus de lui. Dommage collatéral. Il est mort après d’atroces souffrances !
 
Un poignard dans les tripes ne lui aurait pas causé plus de mal.  
 
Comment as-tu osé ? As-tu pu…  
 
Je n’ai jamais aimé que toi, Anna…
 
YSALINE !
 
NON ! Tu es Anna et sera Anna le restant de tes jours. Si tu veux sauver ton bâtard, tu obéiras à tout.

Nos noces auront lieu dans une semaine. Tu seras une épouse modèle, consentante, parfaite. Pas de divorce envisageable. Donne-moi ta baguette maintenant.  
 
Si Max était mort, pour sauver Alex que lui restait-il ?  Rien…  
 
Quel beau mariage ! Inattendu pour la plupart. On avait rarement vu mariée aussi sérieuse à l’autel.  Adémar voulut savoir, Maria-Eli s’en mêla. Ysaline se tut, ne surveillant que son garçon qui reprenait vie doucement. Nuit de noces infecte. Il la frappa pour manque de participation. Menaces à l’appui, elle fit semblant.  Entièrement à sa merci, elle ne pouvait rien faire, rien tenter. Juste serrer son bébé et verser quelques larmes à vite effacer de temps à autre.
La maison des Santos était vaste, les obligations multiples. Ramon la privait de tout contact autre que ses relations professionnelles ou familiales directes.      
Un jour se pointa un Karl Théodore pas content du tout.  Il adorait son petit-fils, sa future belle-fille et avait appris depuis peu la disparition de Max.
Elle n’avait pas d’arme dans le dos mais c’était tout comme :
 
Max nous a laissé tomber. Ramon est un très bon père *Au secours !*
 
Dupe ou pas, Von Falkenberg n’aimait pas Ramon.  Malgré un maquillage dont elle n’usait jamais avant, les traces de coups se cachaient mal.
Elle n’arrivait pas à correspondre à ce que Santos espérait d’elle.  Il lui fit des choses innommables qui la firent vomir plus d’une fois. Protéger Alex était SA priorité.  Poupée de cire, de son, de plastique… plusieurs fois par jour, elle subit.  Puis, alors qu’elle filait un coup de main en cuisine, la télé allumée révéla…  
 
Identification incertaine d’un individu retrouvé sur une plage d’Amazonie.  
 
Elle s’accrocha à deux mains au plan de travail. Images horribles. Qu’avait-on fait de lui. ? Mais c’était lui, lui, lui !
 
Dieu est bon : il vit ! Et… je suis morte…
 
Alex ? Partir ? Téléphone ? Téléphone !
 
Karl, on l’a retrouvé ! Suivez les infos ! Je peux rien dire.
 
Angoisse, tourmente, à se taper la tête aux murs.  Ramon arrivait prendre une de ses multiples  doses de sexe quotidiennes. Elle alla dans la chambre et se déshabilla sans un mot.  Il flaira quelque chose de nouveau ; elle crâna devant le martinet de cuir qu’il lui agita sous le nez :  
 
Tu… tu ne vas quand même pas frapper la mère de ton futur enfant ?  
 
Tu… tu es sûre ?
 
Test positif ce matin, regarde. Tu es content, papa ?
 
Avec une seule baffe, elle s’en sortait bien.  Il allait lui ficher la paix maintenant. Eh non…
Ses « affaires » faites, il partit hautain. Elle chercha des moyens de se renseigner, fébrile, énervée, terrorisée aussi pour la vie d’Alex, celle du petit qui croissait en elle et qui n’était pas de Ramon, elle en était sûre.  
Dans ses furies délirantes Ramon avait parlé d’un mage noir. Il fallait contrer ce salopard. Si seulement elle avait pu mettre la main sur sa baguette, ses fioles.  Il lui semblait avoir fouillé chaque recoin de cette immense maison. En bas, ça tempêtait.  Elle reconnut les voix.
 
*Papa, maman…*   
 
Ils voulaient passer, Ramon refusait.
La porte était bouclée, ne restait que la fenêtre.
 
*Max prendra soin d’Alex…*
 
Elle ne pourrait plus le regarder en face dans sa honte. Alors… Elle sauta.     
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Lun Nov 04 2013, 18:31

Karl Theodor Von Falkenberg resta un long moment à fixer le téléphone muet. Dès l’instant où il avait reconnu la voix de son interlocuteur  Karl avait eu la terrible certitude que le jeune homme n’appelait pas pour prendre de ses nouvelles. Il ne s’était pas trompé. Lev semblait hors de lui et allant contre son habitude, fut très concis pour lui annoncer qu’à l’autre bout du monde Max avait disparu.
Tout était très confus. Lev n’y comprenait rien. Max semblait s’être tout simplement évaporé dans la nature. Absurde.
La maison Da Silva se remettait à peine de la mort de Joachim. Karl  avait été là pour les obsèques et avait vu Max, pour la dernière fois. Il était heureux, son fils, enfin…et maintenant ça… Maria Eli, accompagnée d’Adémar de Bettancourt le reçut, les larmes aux yeux.
 
Comment est-ce possible que personne ne me dise rien !?, tempête Karl Theodor, c’est de mon fils qu’il s’agit…Il disparait et …

Calme-toi, mon ami, conseilla Adémar, nous ne savions rien…Ysaline nous a laissé croire qu’il était parti pour affaires…mais après…elle nous a remis ça !
 
Karl prit la lettre et la parcourut rapidement.
 
C’est ridicule…mon fils n’aurait jamais écrit pareilles inepties, il est amoureux fou d’Ysaline…Où est-elle ? Je dois lui parler…

Ysaline n’est plus ici, dit Maria Eli en s’essuyant les yeux, elle…elle a épousé Ramon Santos. Tout s’est passé très vite…trop vite…Alex était malade…Il va bien maintenant…je crois…Karl…quelque chose d’épouvantable se passe ici…mais nous ne savons pas quoi exactement…nous devons être discrets…
 
DISCRETS !? C’est quoi cette histoire de fous…Max disparait, sa fiancée se marie avec un autre, mon petit fils est malade et on doit rester DISCRETS !!! Je crois que vous êtes tous tombés sur la tête !!!
 
Longues et laborieuses explications. Rien de concret. Juste des suppositions. Ysaline ne disait rien.
 
Elle ne peut rien dire, argumenta Adémar, chaque fois qu’on est allés la voir…IL était toujours présent. Elle a peur, ma main à couper.
 
Vous êtes sorciers, bon sang…

Karl…il semblerait que Ramon a un associé, très puissant…qui a fait disparaître Max, rendu Alex malade et poussé Ysaline à prendre la décision  d’épouser Santos alors qu’elle ne l’aime pas du tout !
 
Il en eut la confirmation en se présentant chez les Santos. Ysaline jouait très bien son rôle de jeune épousée mais Karl ne fut pas dupe. Son maquillage savant ne parvenait pas à dissimuler certaines évidences de coups.  
 
Max nous a laissés tomber. Ramon est un très bon père.
 
Le très bon père se tenait à deux pas, souriant, satisfait. Mais le regard d’Ysaline démentait ses mots, en lançant un appel muet.
 
IL la tient en son pouvoir !, déclara Karl, plus tard, cette petite est là par contrainte et en plus, je suis sûr que ce monstre la bat…
 
Mon Dieu !, Maria Eli éclata en sanglots désespérés qu’Adémar essaya, en vain, de consoler.
 
* Il ne perd pas son temps, celui-là !*
 
La veuve Da Silva avait certes tout pour plaire et s’il n’avait pas eu la tête occupée à d’affaires bien plus graves, Karl  se serait amusé de la situation. Son ami était dans son bon droit de chercher le bonheur après les terribles événements du passé. Lui, se remettait bon an mal an de tout ce qui avait si tristement fini et qui, même après la mort des coupables continuait d’affecter la vie de Max et Ysaline.
 
Les recherches s’avéraient infructueuses. Ils avaient tous déployé leurs connaissances magiques  mais aucune trace du disparu ne se révélait.

Celui qui a perpétré cette infamie s’est bien assuré qu’il soit impossible  de détecter Max…il l’a rendu incartable et cela n’est que possible qu’en utilisant de la magie noire…nous avons affaire à un mage aussi puissant que tordu…
 
Et puis, cet appel.
 
Karl, on l’a retrouvé ! Suivez les infos ! Je peux rien dire.
 
Course éperdue. On zappa les chaînes jusqu’à tomber sur les informations.  Les images révélées causèrent un émoi indescriptible.  C’était bien de Max qu’il s’agissait, impossible de s’y méprendre mais…
 
Seigneur Dieu…que lui a-t-on fait ?, s’écria Maria Eli, consternée.
 
Karl ne pouvait articuler un traître mot. Il se sentait mourir de douleur, d’horreur en découvrant l’être martyrisé, défiguré que montraient les images. On l’avait transporté à un hôpital à Manaos. Dix minutes plus tard, les trois touchaient le portoloin confectionné par Adémar.
 
La Dr. Clara de Moraes  fut très surprise de voir ces trois personnes réclamer le droit de voir son patient inconnu. Cela ne faisait que deux heures depuis que la nouvelle avait été diffusée pour la première fois.
 
Nous sommes à Manaos depuis quelques jours, mentit Karl Theodor avec une suffisance indéniable, nous sommes à la recherche de mon fils… Nous avons vu les nouvelles. L’homme qu’on a trouvé dans la jungle est Max…Max Von Falkenberg, mon fils.

Le pauvre gars qu’on avait ramené la veille était en bien triste état mais la ressemblance avec  cet homme qui se disait son père était quand même remarquable. La Dr. De Moraes obtempéra mais crut bon faire quelques avertissements.
 
Le patient  est inconscient. Il n’y a pas de doute qu’il a vécu une expérience terriblement traumatisante et vu ses blessures, on peut assurer qu’il a été torturé…Senhor Von Falkenberg, il…est…défiguré…c’est un miracle qu’il soit encore en vie…
 
Je veux le voir…je dois le voir ! Max est fort…s’il a survécu…tout ira bien !
 
Clara n’en était pas si sûre que ça mais ne se trouva pas le cœur de l’avouer. Elle conduisit le père bouleversé au chevet de son fils.
Max était l’ombre de lui-même. Émacié, hâve. Il avait sans doute eu droit à une toilette sommaire mais on n’avait pas ôté la barbe qui ombrageait son visage en dissimulant une peu l’affreuse cicatrise que balafrait sa joue.
 
Mon pauvre enfant…tu reviens de l’enfer !
 
Il dut se contenter de serrer sa main amaigrie et d’écouter sa respiration. L’attente commençait…
Maria Eli et Adémar rentrèrent à Rio, disposés à affronter Ramon Santos et lui tirer la vérité. L’affaire tourna affreusement mal, comme l’apprit Karl Theodor plus tard, quand un Adémar terriblement éprouvé appela pour prendre des nouvelles de Max et en donner d’Ysaline.
 
Ma pauvre fille, Karl…ma pauvre fille…ce monstre…Elle s’est sacrifiée pour sauver Alex…en croyant Max mort…
 
Karl ne comprenait pas grand-chose mais avait sais l’essentiel : Ramon Santos était le commanditaire de tout ce malheur. Ce qui lui apprit son ami par la suite, le fit sombrer dans une colère immense. Ysaline, avait tenté de se suicider en sautant d’une fenêtre.
 
Nous avons pu la sauver, Karl…mais elle est si bouleversée, à moitié folle…elle était enceinte…et a perdu le bébé… l’enfant de Max…et la raison…Karl…quand finira cette tragédie ?
 
Il n’en savait rien, ne pouvait rien savoir mais une chose fut très claire à partir de cet instant : Santos semblait pouvoir s’en tirer comme si rien. Il avait si bien mené son intrigue maudite qu’il était impossible de lui imputer quoi que ce soit.
 
*Il ne perd rien pour attendre !*
 
Max revint lentement des limbes où il avait vogué pendant d’interminables jours. Perdu, affreusement confus.
 
Tout va aller bien, Max…tu es de retour…tout va aller bien !
 
Il regarda son père, comme si rien au monde ne le surprenait plus que de le voir là.
 
Papa…comment…je…la forêt…j’étais…perdu…
 
Oui, tu étais perdu mais on t’a retrouvé, tu es à l’hôpital, à Manaos…et tout va aller bien !
 
Ysaline…
 
Elle n’a pas pu venir !
 
Ce qui n’était pas mentir, impossible de lui déballer toute l’histoire à peine revenu au monde des vivants. Max ne réagit pas trop à cette information si vague et peu après se rendormait. La Dr. De Moraes se montra rassurante.
 
Il est sorti de cette espèce de coma mais est encore très éprouvé, le sommeil est un mécanisme de défense de son corps et aussi de son esprit…mais votre fils est un homme tenace…il s’en sortira…mais on doit envisager des fortes retombées psychiques… ce qu’il a vécu…
 
*Si ce n’était que ça…*  Je voudrais emmener mon fils à Rio…Là sont nos amis…son fils…peut être que…
 
Max accepta le changement sans commentaire. Il parlait à peine, de toute façon et semblait, quand il était éveillé, indifférent à ce qui se passait. Il fit le vol Manaos-Rio sous les effets des sédatifs que la Dr. De Moraes avait jugé opportun lui administrer et ne se réveilla que le lendemain, installé dans  la chambre qu’il avait occupée chez les Da Silva.
 
Pourquoi suis-je ici ? Papa…pourquoi suis-je de retour ici ?
 
C’est le meilleur endroit pour toi, Max…Ici, nous pourrons te donner les soins nécessaires…d’autres soins que ne peut te donner la médicine moldue, tu le sais, non ?

S’il le savait, Max sembla s’en ficher comme d’une guigne. Il n’avait qu’une idée en tête.
 
Pourquoi Ysaline n’est pas ici ?...Je veux la voir…ou est-ce que…elle ne veut pas me voir, c’est ça ? Elle ne veut pas…

Ne dis pas des sottises, Max…ce n’est pas ce que tu crois...Je ne voulais pas te le dire avant mais…Ysaline est malade…très malade. Elle est à l’hôpital…
 
Malade…qu’est-ce qu’elle a ?...Ysaline n’est jamais malade…Papa…dis-moi la vérité ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
 
Il…faut être fort, Max…
 
La mort dans l’âme, Karl Theodor livra sa version des faits. Max tremblait de rage, de douleur, d’horreur.
 
Karl n’oublierait jamais l’expression paniquée de Santos quand il était apparu dans son bureau, la veille au soir.
 
Tu as voulu tuer mon fils, tu es coupable de tant de souffrance et misère.
 
Affolé certes, mais l’homme reprenait néanmoins rapidement ses esprits. Il affronta Karl Theodor avec insultante morgue.
 
Personne ne peut rien prouver…personne !, assura t’il, crâneur, qui va croire une histoire pareille ? Des sorciers…qui va gober pareille fable ?
 
Tu te crois décidément hors d’atteinte, n’est-ce pas ?...Tu aurais tout de même dû penser que nous, les sorciers, ne voyons pas les choses sous ta même optique. Tu as attenté contre la vie de mon fils et ça, je ne puis le pardonner.

Et qu’allez-vous me faire… ?
 
Te donner un  aperçu de  la souffrance que tu as infligé !
 
D’un coup de baguette la pièce fut insonorisée. Ramon avait tiqué, comprenant sans doute que la suite ne serait pas agréable. Il n’eut pas tort.  Karl Theodor avait, toute sa vie, évité la violence, mais il lui suffisait de penser au mal fait à Max, pour sentir la rage le secouer sauvagement. En cet instant, il ne voulait que vengeance.
 
DOLORIS !!!
 
Le voir se tordre de douleur, lui provoqua une intense satisfaction. Il maintint le sortilège le temps suffisant pour rendre Ramon à moitié fou et le laisser, défait, tremblant, suppliant, abject dans sa terreur.
 
Ce n’est rien en comparaison de ce que tu as fait à mon fils et à Ysaline…dommage que je n’ai pas plus de temps…sinon…

Je vous en conjure…pitié !
 
Pitié ? Quelle audace ! Tu demandes pitié…immonde rebut ? , il le pointa de nouveau de son bout de bois, se repaissant de son expression d’animal pris au piège, je devrais te tailler en pièces mais vais rester civilisé et ne pas laisser d’évidences… Imperium !...Écris ta lettre d’adieu. Montre toi repentant…tu es désolé du mal fait à ta femme chérie, tu ne peux pas te remettre de l’avoir perdue de la sorte…

Ramon écrivit sagement et  suivit, docile, l’ordre suivant. Il prit le pistolet dans tiroir du bureau, le contempla un instant puis le porta à sa tempe.
 
Mais avant que tu ne tires de la gâchette, tu vas me dire qui t’a aidé à perpétrer cette horreur ?
 
Le senhor Santos avoua paisiblement le nom de son complice avant de mettre fin à sa triste existence.
 
Santos est mort, Max…Hier soir, il s’est fait sauter la cervelle.
 
Papa…qu’est-ce que tu as fait ?
 
Justice, mon fils, rien que justice.
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Jeu Nov 07 2013, 15:25

Un petit cri de temps en temps, c’est tout ce qu’elle savait émettre.  Il faisait beau ? En tout cas elle n’avait pas chaud ni froid. Jambes plâtrées ? Fauteuil roulant ? Tout ce qui importait c’était la poupée qu’elle berçait inlassablement d’avant en arrière en baragouinant des sons inintelligibles.  Elle l’avait piquée dans une salle traversée et hurlait si on tentait de la lui enlever.
 
*Dors bébé, dors !*  
 
Arrière avant, avant arrière, Ysaline ne dormait pas plus qu’antérieurement.
 
Le docteur Fortes n’était pas optimiste en recevant les proches de cette jeune femme récemment admise :
 
Outre les séquelles du trauma de défénestration, d’autres blessures sont apparues : elle était sauvagement battue, violée, et… était enceinte.
 
Maria-Eli verdit, mouchoir sur les yeux. La main d’un Adémar anéanti tenta de la soutenir mais la suite n’envisageait rien de bon :
 
Les jambes guériront, la tête… ce qu’il y a dedans… c’est une autre affaire.  
 
Ma fille est forte ! Elle…
 
Personne ne lui a dit pour la fasse couche, mais elle le sent. Nous savons qu’elle a un autre fils mais je déconseille fortement de lui laisser voir sa mère ainsi.  
 
Et… Le père des enfants, pensez-vous que…
 
Monsieur de Bettancourt c’est trop tôt.  Cette unité de soin et de psychiatrie est la meilleure qui soit par ici. Laissez le temps au temps. Le plus gros souci est le manque de sommeil. Elle écrit la nuit durant. C’est illisible, n’importe quoi !  On ne peut pas forcer trop les doses de narcotiques, or…   

 
Par la fenêtre, ils virent Ysaline bercer sa poupée puis sursauter avec un cri et geste défensif quand un infirmier voulut juste rajuster sa couverture. Mortifiés, ils allèrent à un autre chevet. Karl Théodore Von Falkenberg avait réglé des choses qu’eux n’auraient pas osées. Ysaline était veuve et l’ignorait tandis que son amour récupérait doucement des sévices subis, lui aussi, par pure haine et jalousie. À trois, ils avaient coincé le mage noir responsable de tant de souffrances. Pour la première fois – et il espérait bien la dernière – de sa vie, Adémar avait lancé le sortilège extrême sur l’être abject qui avait conduit des amoureux dans cet état calamiteux.  
Max, décidément, n’était pas beau à voir, dans tous les sens du terme.  Maigre comme un clou, des cicatrices affreuses partout sans compter cette horreur sur une joue…
Mais, inlassablement, il clamait un prénom…   
 
On ne peut quand même pas lui dire la vérité, s’épouvanta Maria-Eli.
 
Si on ne la lui dit pas, il l’aura seul… et les retombées…
 
Mais Karl, tout est clos, justice est faite !  
 
Vous ne connaissez pas mon Max…  
 
On n’osa cependant pas lui soumettre le petit Alex.  Ce père défiguré, sa mère folle, quels tableaux pour un gamin si jeune !
Karl et Adémar s’étaient toujours très bien entendus. L’épreuve commune les unissait davantage. Que la femme de l’un ait assassiné celle de l’autre ne ternissait rien. Et là c’était de leurs enfants qu’il s’agissait.  Chaque père souffrait. Ils auraient pu se rejeter la faute l’un sur l’autre mais à quoi bon ? Quelque part oui, le père d’Ysaline regrettait que le tortionnaire de sa fille chérie n’ait pas plus souffert que ce que Karl Théodore avait raconté.  L’important, maintenant, était que les agneaux sacrifiés à l’autel de la jalousie puissent récupérer et, si Dieu le voulait, qu’ils soient enfin réunis, unis comme ils le souhaitaient avant tant de drames. En attendant, ils faisaient d’inlassables navettes entre les pavillons de l’hôpital.
 
Max a beaucoup déliré, n’est-ce pas inquiétant docteur ?
 
Mr. Von Falkenberg, si vous craignez pour son état mental, soyez rassuré. Ses délires sont assez cohérents… nul ne connait à fond les secrets de la forêt d’où il est sorti. Peu importe sa sorcière sylvestre, les coquillages, les fumées. Je vous assure que c’est très possible qu’il ait réellement connu ça…  
 
Et… ma fille ? Elle… elle ne s’exprime toujours pas. Hier j’ai essayé de lui montrer un album de photos mais…  Elle refusait de regarder autre chose que sa poupée…  
 

Apportez-lui des cahiers, des crayons. C’est son seul exutoire même si nul n’y pige rien.  Nous aimerions tant la faire dormir plus !
 
Elle… Elle a toujours été ainsi, vous savez… hyperactive…  
 
Avec les doses administrées, je crains que ça dépasse cet état.  
 
Assis à l’ombre chez les Da Silva, longtemps, les trois sorciers discutèrent. Adémar soupira :
 
Je vais conduire Ysaline à Ste Mangouste. On dirait que les soins moldus sont inappropriés ici.

Bien sûr Maria-Eli, tu peux nous y accompagner et si Karl le souhaite, rien n’empêche que Max achève sa convalescence là-bas.
 
La « maman » d’Ysaline n’aimait pas l’idée d’un changement aussi radical de climat d’autant que la distance l’éloignerait de ses fils et de leurs familles.  
Elle connaissait quelqu’un à Miami, un docteur du genre d’Ysaline, qui touchait les deux bords.  
Les pères accordèrent, le transfert s’organisa. Deux avions différents pour l’évidente raison qu’il valait mieux encore éviter les contacts entre les fiancés malmenés.  
 
Le docteur Lavinia Dexter était très… particulière. Un peu farfelue, extrêmement dynamique et professionnelle. Elle adorait les cas complexes et les nouveaux venus lui firent se frotter les mains.
 
Qu’avons-nous-là ? sourit-elle en entrant dans la chambre d’Ysaline.
 
Elle connaissait déjà le dossier sur le bout des doigts mais devait s’assurer.  
 
Donc, Mademoiselle refuse de parler, elle ne fait qu’écrire. Où sont ses cahiers ?
 
C’est pas important, dit Adémar en fronçant déjà les sourcils, contrarié.
 
Ce n’est pas à vous de juger si ça l’est ou pas. Vous les avez ou non ?
 
Il les avait et les donna quasi à contrecœur. Vite feuilletés, le Dr Dexter se montra très intéressée.
 
Je les lirai en détail plus tard. Voyons les réflexes de notre patiente. Ysaline, regardez-moi !  
 
Balancement, yeux vagues au plafond.
 
J’AI DIT REGARDEZ-MOI !
 
Déjà Adémar voyait rouge. De quel droit cette femme osait-elle rudoyer son enfant ? Maria-Eli le retint.  
 
C’est bien Ysaline, moi, c’est moi que vous devez regarder, rien que moi. Il n’y a personne d’autre, personne qui vous veuille du mal. *pauvrette*
 
Derrière le vide apparent du regard, Lavinia détecta quelque chose qui la chamboula. Tant de peine…
Une larme roula sur la joue d’Ysaline :
 
C’est excellent mon enfant, s’étrangla presque le docteur. Parfait ! On va travailler bientôt. Là, JE VEUX que tu te reposes !  
 
Une mixture ; Ysaline docile but.  Dix secondes plus tard, elle dormait.  
 
Les parents s’inquiétaient, Lavinia sourit :
 
Il y a beaucoup d’espoir. Ysaline est encore sous… influence directionnelle. Là, elle va m’obéir puis passera sûrement par une période agitée de lutte mais ça devrait aller. Patient suivant !
 
*Mon dieu !*  
 
Le dr Dexter en avait déjà vu des vertes et des pas mures mais la cruauté humaine la dépasserait toujours.  D’un naturel optimiste, elle imaginait souvent que la bonté régnait plus que le mal. Ce grand gaillard avait été beau, très beau même. Là… lacéré de partout… brûlé…
Délicatement, elle le palpa dans les moindres recoins de cette anatomie jadis parfaite. Des muscles manquaient… Nerfs, tendons… inimaginable ce qu’il avait enduré.  
 
Nous commencerons des greffes demain. Il restera des traces mais je pense que cette belle gueule sourira bientôt !  
 
Une tape sur la laide joue, elle alla vaquer à d’autres cas.  
Le soir, elle entama le décryptage des cahiers gribouillés par la jolie folle.  À première vue, oui c’était du chinois ou de l’hébreu mais des répétitions subtiles lui mirent la puce à l’oreille.
 
*J’ai pigé !*
 
Toute contente, Lavinia expédia plusieurs sortilèges aux écrits.
 
*Seigneur ! Du français inversé, tout à l’envers et comme dans un miroir…*  
 
Ce qu’elle comprit la bouleversa mais lui fit aussi entrevoir une solution au problème de Miss de Bettancourt. C’était une longue, longue et répétitive confession de ce qu’elle estimait être ses fautes. C’était aussi une déclaration d’amour fracassante… douloureuse…   
Au matin, s’assurant que les parents n’étaient pas dans le secteur, Lavinia alla voir Ysaline qui n’avait pas encore ouvert un œil depuis sa potion grosdodo.  
Avec l’aide de l’assistante, Ysaline fut redressée sur ses oreillers. Regard toujours vague.
 
*Allez Lavinia, du cran* YSALINE PARLEZ-MOI !
 
Tremblements, déni.
 
ANNA ! RÉPONDS !  
 
Oh, là, là ! Lavinia faillit paniquer devant la réaction extrême de fuite.
 
Chut, chut ! Pas d’Anna, plus d’Anna, plus jamais ! Nomar tse trom. Tu me comprends ? Dis-moi quelque chose Ysaline, un mot, un seul.
 
Xam…
 
Lavinia en eut les larmes aux yeux. Faudrait qu’elle se débarrasse de cette sentimentalité un jour ! Mais pas aujourd’hui.
 
On va te remettre à l’endroit ma belle !
 
Elle lui fila un bisou sur le front et un autre godet de grosdodo.  
 
Au moins elle a cessé de se balancer avec sa stupide poupée, soupira Adémar qui regardait sa fille dans le fauteuil placé sur une terrasse protégée à proximité de la plage.  
 
C’est un net progrès, insista Maria-Eli. Faut pas brûler les étapes.
 
Ça fait un mois ici…  Elle continue à parler à l’envers…  
 
J’aime bien quand elle m’appelle namam…  

 
Oui mais toi tu es si… patiente…  Oh… Mon Dieu, non !
 
Stupéfaits, ils virent le petit Alex gambader dans le champ de vision d’Ysaline. Elle se leva et tituba dans la même direction. La barrière se franchit difficilement mais le fut.  
Les parents devinrent comme fous, voulant intervenir, tempêtant déjà sur le manque de sécurité des lieux.  
 
Adémar, attends…
 
À petites foulées quelqu’un d’autre courait après le gamin. Lavinia récupéra l’enfant en observant très attentivement la suite. Ils n’étaient qu’à quelques mètres l’un de l’autre et ne pouvaient se rater.  Même à distance, les parents perçurent le cri du jeune homme qui fonça sur sa proie.  Pétrifiée d’abord, Ysaline ne savait pas réagir. Puis la fuite lui parut la seule solution sauf que ses jambes fraîchement déplâtrées ne la soutenaient que peu encore. Trois pas, la chute.  
 
Non, non…
 
Elle se débattit mollement dans ces bras qui la soulevaient puis perdit conscience…        
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Jeu Nov 07 2013, 22:42

Cauchemar sans fin. Allers et retours vagues à la réalité, pour avoir à peine conscience de ce qui l’entourait, de ce qu’on lui disait. Max avait pourtant parfaitement compris ce que lui avait dit son père. Ramon était mort, justice avait été faite mais de quelque manière inexorable la douleur persistait, unique, atroce, affreusement présente à chaque seconde de ses jours et de ses nuits confondus : Ysaline. Il avait mal d’elle à en mourir…et on la lui refusait !
Régression. Aux dires des éminences sorcières et moldues consultées, ce n’était que normal chez quelqu’un qui avait subi ce que lui. Il les avait entendus parler de lui, à son chevet, comme s’il n’existait pas, tout comme il avait senti  leur pitié et horreur.
Il était retourné à l’hôpital. On pensait que ce serait mieux pour lui. Ce devait être donc ainsi. Max ne se sentait ni l’envie ni la force de donner son avis. Les seules visites qu’il recevait étaient celles de son père, d’Adémar et Maria Eli.
Puis Lev arriva. Max le trouva à son chevet au retour d’une de ses régressions aux limbes. Son ami sourit mais aussitôt ses yeux se noyèrent de larmes en s’approchant pour prendre la main amaigrie tendue vers lui.
 
Mon pauvre Max…si j’avais su…
 
T’en fais pas…vais pas mourir…c’est ce qu’on dit…Pleure pas…
 
Dis pas de conneries, veux chialer…cela me brise l’âme de te voir comme ça !
 
M’en doute…c’est pas du joli à voir !, dit laconiquement Max.
 
Gros nœud à la gorge, en regardant autour de lui, Lev ne découvrit rien qui pourrait offrir à son ami le loisir de voir son reflet.
 
Ouais…pas de miroirs, mais je sais…me suis regardé à la rivière, informa calmement le malade.
 
On va te raccommoder, tu verras !
 
Faudra bien…on me laisse pas la voir, tu sais…Alex non plus…Ils ont peur que je l’épouvante, on me l’a pas dit mais ce doit être ça.
 
Il serra sa main.
 
Ça l’impressionnerait un moment, sans doute, mais tu sais comment sont les gosses…c’est surtout pour te ménager, toi…Donne toi du temps, mon vieux…t’es faible comme un petit chat…Suis là, m’occuperai bien de lui…en tout cas, il va très bien, ses grands-parents le gâtent outrageusement, tu ferais bien de te remettre vite sans cela, Dieu sait ce que va donner cette éducation permissive.
 
Ça fait du bien de te voir, Lev…t’es le seul à pas faire de chichis…Tu…vas m’aider, hein ?
 
Sûr !, même s’il se demandait à quel genre d’aide son ami pouvait bien faire référence, tout ce que tu voudras, vieux frère !

Il y avait des bons  et mauvais jours. Max faisait des efforts pour se maintenir lucide mais entre les médicaments et son état général, parfois c’était impossible. Il sombrait alors dans un monde de délires douloureux pendant lesquels il appelait son Ysaline sans relâche ou  de cauchemars affreux dont il pouvait se réveiller en hurlant. Après ces crises, il restait là, extenué, le regard perdu, pleurant, sans se rendre même compte de la présence de son ami fidèle, qui faute de mieux, pleurait aussi.
 
Peux pas le voir ainsi, disait Lev, à mode d’excuse, pas un type comme lui…Il doit bien avoir quelque chose qu’on puisse faire…pour lui, pour eux ! M’est avis que les toubibs du coin, ils ne savent pas grand ’chose !
 
Il accompagna Max pendant son transfert aux États-Unis, à Miami. Sous sédatifs, celui-ci ne remarqua rien ou presque du voyage. Arrivés à destination, une ambulance l’emmena directement à la clinique privée dirigée par la Dr. Lavinia Dexter. Un endroit très spécial, comme le découvrit Lev. En très peu de temps. Là, on appliquait autant la médecine moderne autant que la sorcière. Comme moldu à part entière, mais  étant dans le secret depuis un bon moment, on exigea simplement de lui, qu’il la boucle. Il jura silence, sans le penser deux fois.
Ysaline était internée dans une autre aile de la même clinique, soumise au traitement nécessaire à reverser sa condition. Max de son côté, dans des délais extraordinairement courts subit quelques opérations, destinées à lui rendre son apparence normale et ses forces. 
 
Celle-ci a été la dernière greffe, Max…je suis très fière des résultats obtenus. Votre beau visage est presque comme avant…Il reste une fine cicatrice, qui s’estompera presque avec le temps, mais si j’étais vous, je ne m’en soucierais pas…elle vous donne un charme farouche…un peu moins angélique, mais je suis sûre que les filles vous tomberont plein les bras, elle rigola en douce de son air parfaitement rogue,  mais je sais que ça ne vous intéresse pas…c’était simplement informatif !

Il posa la question devenue routine de ses jours.
 
Quand pourrai-je voir Ysaline ?
 
On en  a longuement parlé, Max…ce ne sera pas pour demain, vous devez  le savoir…son état physique est bon, elle réagit bien à la rééducation mais son esprit reste très fragile… Elle  n’est pas encore prête et je ne veux pas que vous cherchiez à contrevenir cela, est ce compris ?

Oui…j’ai compris. Elle a besoin de temps…mais de combien ? Toute notre vie ?

La Dr. Dexter soupira, compatissante et s’asseyant face à lui, prit sa main.
 
Je voudrais tellement pouvoir dire que d’ici un mois ou deux mais je ne peux pas mentir…Elle fait des avances mais ça va très doucement, on ne peut pas la brusquer…elle culpabilise terriblement…de tout ce qui s’est passé…Vous savez bien de quoi, je vous l’ai déjà dit…

Il voulait oublier ce jour-là, quand on lui avait enfin livré la vérité complète sur l’état d’Ysaline et les raisons qui l’avaient induit. Avec une douceur d’ange, Lavinia Dexter avait préféré ne lui cacher détail.
 
Elle doit savoir que je l’aime toujours…que ça ne fait rien…que tout ce qui s’est…
 
Max, l’esprit humain est extraordinaire…et très puissant…elle est focalisée sur l’horreur vécue, sait, sans le dire, avoir perdu  son bébé…En déchiffrant ses cahiers, je déduis que son esprit déjà très affecté par sa situation, s’est effondré en apprenant que vous étiez en vie…Pour elle, son sacrifice pour sauver Alex est devenu une trahison envers le seul homme qu’elle a aimé…vous !

Il prit une longue inspiration et se leva brusquement, lui tournant le dos. Lavinia devina qu’il pleurait en silence, en serrant les dents de rage impuissante.
 
Peu à peu, avec infinie patience, on pourra la mettre sur le bon chemin…ce sera dur pour tous…pour vous, pour Alex, pour ses parents…mais on y arrivera. Maintenant, il faut vous appliquer à recouvrer la forme, Max…Dans quelques jours, vous pourrez quitter la clinique…reprendre votre vie avec votre fils…un si gentil petit garçon !
 
Il me reconnait à peine !
 
Ça  reviendra très vite… les enfants sont magiques.
 
Oui, ils le sont…
 
Je sais que vous pensez à tous ces petits que vous aidez si bien en Afrique…Vous y retournerez, pas demain mais vous le ferez, Max…avec elle.

Un jour, oui !
 
Mais c’était si difficile à croire, en ce moment. Sa vie d’avant, si active et diversifiée, semblait appartenir à quelqu’un d’autre, à une autre vie. Lev restait l’unique lien entre le hier et son présent. Il allait et venait, s’occupait de tout, et avait toujours une bonne histoire à raconter.
 
Tu as vraiment bonne mine, mon vieux !, s’exclama l’africain en le voyant en nage après avoir fait son jogging matinal, tu reprends du poil de la bête, pas à dire…et Ysaline ?
 
Pas bien, pas mal…enfin, tu vois le genre.
 
Tu l’as vue ?
 
De loin…La Dr. Dexter assure que me voir ne lui ferait pas trop de bien…pour le moment !
 
Il en eut la confirmation deux jours plus tard sur la plage partagée entre la clinique et sa nouvelle résidence. Alex avait pris l’habitude de prendre la poudre d’escampette dès qu’on lui ôtait l’œil de dessus, cette fois, il ne rata pas l’occasion.
 
Mais regarde-moi ça…reviens ici, petit diable !
 
Lev rigolait comme un malade mais ne fit rien pour rattraper son filleul, force fut à Max de le faire. Pour avoir de si courtes jambes, Alex se débrouillait comme un champion.  Il déboula comme un petit bolide dans l’aire réservée aux patients de la clinique.
Ysaline reposait sur un transat à l’ombre d’un parasol. La suite sembla se dérouler au ralenti. En voyant le petit, elle s’était levée, pas trop assurée encore sus ses jambes. Lavinia,  surgie de Dieu sait où récupéra le fuyard mais Max lancé à sa suite apparut dans le décor.
 
Ysaline !, il n’avait pas pu réprimer ce cri.
 
La femme qu’il adorait, le regarda un instant avant de vouloir fuir mais ses jambes ne la portèrent pas et elle tomba. En deux enjambées, il fut à côté d’elle pour la soutenir. Elle se débattit, sans forces, pour lui échapper…avant de s’évanouir, pur et simplement. Max resta là, sans savoir que faire, déjà Adémar et Maria Eli accouraient ainsi que du personnel.
 
Je…ne voulais…vraiment pas !, balbutia t’il, perdu, c’est Alex qui…
 
Du calme, Max…ce n’est pas si terrible que ça…je suis même positivement surprise de sa réaction en voyant Alex…Je pense qu’on est en train d’évoluer dans le bon sens…ce qui ne veut pas dire que je veuille vous voir apparaître d’improviste dans le coin…

Je m’abstiendrai, je le jure.

Elle sourit. Il n’était pas pour le savoir mais Lavinia jubilait, son petit plan avait bien marché, au-delà de toute prévision, la magie servait à beaucoup de bonnes fins. 
 
Très bien…mais quand je vous le dirai…je veux voir Alex courir par là comme un petit fou…
 
Il eut l’air si penaud qu’elle ne put réprimer un soupir.
 
Mais compte tenu que vous êtes un père exemplaire, on ne jugerait pas convenable de savoir que vous laissez courir votre rejeton par-là,  comme un enfant perdu, n’est-ce pas ?
 
Le sourire ravi de Max, le premier depuis très, très longtemps, suffit amplement.
 
Mais rien de résolutions héroïques, compris !?, crut t’elle néanmoins nécessaire d’ajouter, vous êtes, pour les effets, un inconnu, juste poli…

Reçu 5/5 !
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Sam Nov 09 2013, 18:32

À son réveil Ysaline avait un fort mal de tête que calma le Dr. Dexter de sa baguette :
 
Comment te sens-tu aujourd’hui Ysaline ?
 
Ia’j évêr. Je… J’ai rêvé d’un… enfant.
 
Intérieurement, Lavinia se frotta les mains. Son petit plan fonctionnait parfaitement. La vue de son fils avait tellement chamboulé sa patiente que certaines billes avaient repris leur place.  Un énorme progrès, malheureusement encore insuffisant.  Un seul faux pas et on risquait la régression plus profonde.  La médicomage mesura ses paroles :
 
Il y avait bien un petit garçon sur la plage, Ysaline. C’est le fils turbulent d’un patient en chirurgie dans le pavillon voisin. Ça pourrait encore arriver que tu les croises. Est-ce que cela t’ennuierait ? Car alors je l’empêcherais
 
Non…

Pour la première fois depuis longtemps, Ysaline souriait.
En fait elle se mit à guetter la plage dans l’espoir de voir le joyeux lutin y apparaître. Rien ne se produisit pendant deux jours. La déception perceptible de l’une fit le bonheur de l’autre.
Enfin, alors qu’elle laissait les vaguelettes lui lécher doucement les pieds, un rire joyeux la fit se tourner. Tout blond, peau dorée, bien potelé, il accourait vers elle.  S’accroupir, le cueillir, le serrer dans ses bras… Yeux clos, elle savoura intensément la joie qui l’inondait. L’entrave ne satisfaisait pas trop le bambin qui lui tirailla les cheveux tout en explorant son visage de ses doigts ensablé.
 
Oui, oui, je te lâche. Où est ton…
 
Papa se tenait à quelques mètres, figé, hésitant.
Bouleversée sans en comprendre la raison, mais la peur au ventre, Ysaline libéra l’enfant sans pouvoir s’empêcher de pleurer.
 
C’est… votre fils, je crois. Pardon de… de l’avoir retenu. Excusez-moi.  

Il la laissa filer sans un mot.
Séances de kiné intensive, massages, le corps d’Ysaline se remettait. Elle put courir jusqu’à sa chambre où elle haleta longuement. Lors d’un de ses entretiens quotidiens avec Lavinia, Ysaline fut contrainte d’exposer son ressenti suite à cette rencontre :
 
Je… je dois aimer les enfants, je crois.
 
Parce qu’ils sont innocents, inoffensifs ? C’est cela Ysaline ?
 
Oui… oui ! Plus tard ils sont… méchants !  
 
Qui, qui sont les méchants Ysaline ?
 
Les hommes !  
 
Tous les hommes ?
 
Je… euh… oui !  
 
Lavinia Dexter sourit. Ce n’était pas gagné mais on progressait.
 
Ce qui se passait dans son dos, Ysaline n’en savait évidemment rien mais Max et leurs familles respectives reçurent un tas d’instructions strictes pour que l’ « opération » se déroule au mieux.
Trois jours de thérapie plus tard, la rencontre se renouvela à l’immense joie de la « folle » à qui, cette fois, le père adressa la parole :
 
… Non, il ne me dérange pas du tout, au contraire… J’aime beaucoup le voir... Alex ? C’est un joli nom. Vous… vous êtes en cure aussi ici ? … blessé ? Je vois, oui.
 
Comment rater certaines marques sur le torse bronzé ? Le visage, elle s’en détournait, ne le regardant jamais en face.  Il proposa très gentiment de faire quelques pas avec elle au bord du rivage. Tenant chacun l’enfant par la main, ils marchèrent lentement.
De leur poste d’observation, Lavinia et les parents ne rataient rien. Émus à des degrés divers, ils jouirent du trait d’union créé.
 
C’est bon signe, n’est-ce pas ? demanda Maria-Eli en s’épongeant les yeux.
 
Je ne veux pas être rabat-joie. Max fait preuve d’une grande patience et tempérance, je l’en félicite. Mais tout peut encore basculer… n’importe quand.
 
Un jour, un autre. D’épisodiques et courtes, les rencontres devinrent quotidiennes prolongées. S’habituant peu à peu à la présence de ce grand gaillard qui adorait son gamin, Ysaline riait plus souvent en sa compagnie. Cependant, elle tenait ses distances et ne le regardait toujours pas franchement, évitant tout contact direct.  
Un jour, le Dr Dexter décida qu’il était temps de porter un coup décisif.
 
Ysaline, je connais vos aptitudes médicales. Là, j’ai besoin d’un coup de main pour une intervention chirurgicale.
 
Mo…Moi ?
 
C’est comme la bicyclette, ça ne s’oublie pas. On y va !
 
Effectivement, Ysaline retrouva des gestes très enfouis dans son mental. Seule la joue balafrée du patient apparaissait sous les champs opératoires.
 
C’est sa dernière chirurgie. Oh zut, j’ai une crampe dans le pouce ! Chargez-vous-en, Ysaline. Ne ratez pas votre coup !  
 
Ouvrir, débrider, recoudre finement. On put réveiller le patient. Ce visage… Ysaline se sentit fondre sur place en le contemplant. Il dormait, si paisible. Avec une infinie tendresse, une main tremblante effleura le front du bel endormi.
Un sanglot monta en elle :
 
Max… mon Max…
 
Il ouvrait des yeux vagues.  Elle fuit.  
Elle bouclait sa valise quand Lavinia l’interpela dans sa chambre :
 
Tu veux vraiment partir alors que tu viens de le retrouver ?
 
Oui ! Enfin… non… je ne sais pas. Il me détestera quand il saura ce que j’ai fait… je ne peux pas supporter ça !  
 
Il sait tout depuis longtemps et… il est resté tout le temps… D’ailleurs, il veut te voir.  
 
Donnez-moi ma baguette, je veux…
 
Trop tard, il entrait…
Tel un animal aux abois, Ysaline courut se tapir dans un coin, bras levés au-dessus de la tête. Il s’avança…     
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Lun Nov 11 2013, 12:06

M. Untel, un inconnu poli. Il resta , comme convenu, à prudente distance. Ysaline, émue serrait doucement le bambin contre elle. Alex n’agréa pas trop cette confiance.
 
*Quelle misère !*
 
Elle pleurait. Ça faisait un mal dingue.
 
C’est… votre fils, je crois. Pardon de… de l’avoir retenu. Excusez-moi.  
 
Il se contenta d’un simple hochement de tête. Alex libéré vint s’accrocher à ses jambes alors qu’elle se sauvait.
 
Papa…qui ?
 
Une gentille dame qui est triste.
 
Veux un château…grand !

Max ne se sentait pas le cœur à faire des pâtés de sable. Lev venu à la rescousse, prit en charge son filleul, peu après on les entendait rigoler, insouciants, au bord de l’eau.  Il se laissa choir dans le premier transat à portée et resta là à regarder le ciel, sans le voir, jusqu’à ce que les parents d’Ysaline ne le rejoignent.
 
La Dr. Dexter est plutôt satisfaite de la tournure que cela a pris !, dit Maria-Eli, toujours si conciliante, notre chérie a fait tellement de progrès…

Elle s’est évanouie de l’impression !, marmonna Adémar.
 
J’en suis aussi désolé que vous, croyez-moi, c’était pas prévu au programme !, grogna-t’il, mais…ç’aurait pu être pire…
 
On en resta là, en attente des instructions que la Dr. Dexter ne manquerait pas de donner. Cela ne rata pas. Ce n’étaient pas des simples directives, plutôt un plan tactique en plusieurs phases à observer rigoureusement.
 
Max, votre Ysaline avance doucement sur un sentier périlleux, on ne peut pas courir le risque d’un faux pas.
 
C’était tout dire.  La prestation innocente d’Alex fut tout un poème.
 
Excusez-le, s’il vous plait…viens ici, petit diable.
 
Elle leva à peine la tête pour le regarder et dit rapidement :
 
Non, il ne me dérange pas du tout, au contraire… J’aime beaucoup le voir...

Alex en sera ravi…Il s’ennuie un peu, ici…
 
Alex ? C’est un joli nom. Vous… vous êtes en cure aussi ici ?
 
Oui…j’ai eu…un accident…, euphémisme poli  mais pas besoin d’entrer en détails.
 
Elle avait vu ses cicatrices, impossible autrement mais Lavinia avait exigé qu’il se balade sans chemise, cela devait obéir à quelque bonne raison. Ysaline se détourna sans le regarder en face mais au moins ne détala pas comme un lapin effrayé.
 
Alex et moi on aime bien se balader au bord de la mer…, pour les effets le petit garçon le tiraillait de la main, est-ce que ça vous dirait…de marcher un peu avec nous ?
 
Résolument Alex mit fit aux doutes et la prit aussi de la main.
 
On y va, oui ?, s’impatienta t’il.
 
Faut l’excuser…il est un peu tyran sur les bords !
 
Ce fut une courte promenade avec le bambin entre eux.  Puis Alex décida que c’était trop paisible et  les lâchant,  fila en riant.  Force fut pour Max de le suivre.
 
À la prochaine !
 
Cela devint une gentille habitude. Se retrouver sur la plage, sans trop parler, Alex faisant diversion avec son babil et ses idées.  Chercher des coquillages ? Pourquoi pas ? Ysaline s’y pliait de bonne grâce, elle avait commencé à sourire.  Alex s’attachait de plus en plus à celle qu’il appelait « la dame de la plage ». Elle parlait un peu plus, Max trouvait toujours quelque histoire drôle à raconter, parvenant de plus en plus souvent à la faire rire.  Instants magiques.
 
Dernière intervention. La Dr. Dexter jouait habilement de sa magie et va sans dire que de sa fameuse jugeote. Max revint des limbes soyeux, un peu perdu, mais pas assez comme pour ne pas sentir cette caresse sur son front ou entendre sa voix enrouée de larmes murmurant son nom. Il ouvrit les yeux, à temps pour voir son Ysaline s’enfuir.  La vision suivant fut celle du visage souriant de Lavinia Dexter.
 
Je pense que nous y sommes, Max…
 
Alors, je dois la voir !
 
Elle acquiesça et finit de fixer le dernier stéristrip sur sa joue.
 
Attendez un moment et rejoignez-nous …vous  savez où !

Ménageant son impatience, il lui laissa un quart d’heure avant de gagner la chambre  d’Ysaline. Il arriva à l’instant où elle demandait sa baguette. Une valise bouclée attendait  sur le lit. En le voyant, son expression fut d’affolement et son réflexe, se tapir dans un coin, bras levés au-dessus de sa tête pour se protéger de coups éventuels. C’était la réaction instinctive d’une victime.
 
*J’aurais dû le tuer de mes propres mains !*
 
Un coup d’œil à la Dr. Dexter  lui suffit pour savoir qu’il avait feu vert. Il avança vers Ysaline et s’accroupit face à elle.
 
Tu n’as rien à craindre, Ysaline…c’est moi…Max…je ne te ferais jamais du mal, ma douce…N’ai pas peur de moi, je t’en supplie…
 
Il osa la prendre doucement dans ses bras, la sentant trembler comme une petite bête prise au piège., caressant lentement sa tête, murmurant des mots apaisants, en la berçant comme il le faisait avec son fils.
 
Tout va bien, mon ange…tout va bien…tout doux ! Il ne va rien t’arriver…
 
Peu à peu, elle se relâcha, et pour la première fois depuis leur rencontre sur la plage, Ysaline le regarda face à face.  Il essaya de sembler le plus rassurant possible et sourit en passant  deux doigts sur sa joue meurtrie.
 
Ça aura meilleure allure dans quelques jours…On m’a dit que tu y as fait un excellent travail.
 
Il se redressa lentement, après l’avoir lâchée. Elle fit de même, sans chercher à fuir. Au contraire, de gestes très posés, elle commença à défaire sa valise et remettre ses affaires à leur place.
 
Tu voudras venir voir Alex, après ?...Il est énervé chaque fois que je disparais pour une intervention…il sera heureux de te voir aussi…
 
Alex ne fut pas simplement heureux, il fut ravi. Comme s’il devinait que tout avait pris une nouvelle tournure, il décida de prendre l’affaire en main et s’installa sur les genoux d’Ysaline en toute confiance et joie de cœur.
 
Tu pars plus, hein ?
 
Non, Alex…Maman ne part plus. On partira ensemble, quand elle voudra !
 
L’idée de travailler de nouveau, en aidant les plus démunis, attirait toujours Ysaline et mérita l’accord et total appui de Lavinia Dexter. Elle était convaincue qu’un changement de décor serait bénéfique pour la jeune femme autant que pour Max. Être ensemble et seuls avec leur enfant aiderait à rétablir des liens.
 
Et quand je dis seuls, c’est exactement de cela que je parle,  Mme. Da Silva, M. De Bettancourt,  je comprends que vous aimiez votre fille par-dessus tout et que vous vouliez la protéger de tout mal, mais là, le moment est venu pour elle et Max de faire leurs preuves…Ils partiront et je ne veux pas un spectacle navrant de parents éplorés.

Amen !
 
Lev les attendait à l’aéroport. Il avait, lui aussi, reçu ses instructions. Bienvenue sans épanchements. Il s’en donna à cœur joie avec son filleul. Une nuit en ville avant de poursuivre le périple jusqu’au Campement. 
Chaleureuse réception. Cela faisait près de deux ans que Max était parti. Ysaline bien plus. Celui qui surprit tout le monde par sa bienvenue enrouée et ses larmes aux yeux, fut le bougon Dr. Thidiane, qui  assura néanmoins que cela se devait à une gênante affection grippale.
 
Je vais te montrer les logements…t’en fais pas pour Alex, Ny’ala et Lev ne le lâcheront pas de l’œil…

Il y avait deux bungalows mis à leur disposition. Sans laisser à Max l’heur de placer un mot, elle visita les deux pavillons et décida qu’ils devaient prendre le plus grand, là où il y avait assez de place pour Alex et eux.  Qu’elle veuille occuper une chambre, lui laissant l’autre, ne le surprit pas.
 
Tu choisis celle qui te va le mieux, on se mettra d’accord pour la salle de bain, pas besoin de se bousculer le matin…
 
Il la laissa s’installer à son aise, sans la brusquer en aucun moment. Lavinia avait été très spécifique, elle devait avoir son calme. Max s’assurerait qu’il en soit ainsi et décida en toucher deux mots à Thidiane dont les éclats étaient légendaires.  Le bonhomme se montra extraordinairement compréhensif.
La vie prit son cours. Ysaline réintégra le service à l’hôpital. Alex allait à la petite école avec les autres enfants, sous la houlette de Ny’ala. Max reprenait le poil de la bête et s’acharnait au travail, comme toujours.  Tout semblait si parfait et merveilleusement normal.  Sa relation avec Ysaline ne variait pas. Il se comportait en parfait colocataire charmant , toujours attentif , à peine vexé par la défection de son fils qui avait décidé un beau soir, qu’il voulait aller avec Maman.
 
Et puis, un matin, une jeep officielle se gara devant la maison d’administration et une femme, portant un bébé en descendit. Elle voulait rencontrer Mr. Von Falkenberg pour une affaire prioritaire. On alla le quérir au puits.
 
Je suis Mariam Habtame et représente le bureau d’assistance à l’enfance.  Je suis désolée d’être porteuse de tristes nouvelles, Mr. Von Falkenberg, c’est au sujet d’Emilie et Martin Dampierre.
 
Max sentit un frisson le parcourir, cette entrée en matière ne présageait rien de bon. Il ne se trompa pas. Les Dampierre, amis de vieille date, avaient trouvé la mort dans un accident lors d’un voyage en Afrique du Sud. Seule survivante du drame : leur fille de deux mois, Sophie. Dans leur testament, déposé à l’ambassade française à Dodoma, il apparaissait comme administrateur de leurs biens et tuteur de leurs possibles futurs enfants. Cela datait de trois ans auparavant, juste après leur mariage. Avec tout ce qui s’était passé entretemps, il ne les avait plus revus…
 
Le testament est parfaitement valide, même si à votre expression, je conclus que vous ignoriez tout de l’existence de l’enfant. Elle a été rapatriée en Tanzanie, puisque c’est ici qu’habitaient ses parents…et nous voici, pour  faire effective leur dernière volonté.
 
Il dut reconnaître que c’était bien ainsi, mais voulut tout de suite tenir le bébé. Miss Habtame le trouva plutôt doué pour s’y prendre et n’eut aucun mal à croire à sa sincérité quand il accepta, sans aucune contrainte ni hésitation, de prendre en charge la fille de ses amis. Quelques documents furent signés, Taylor fut témoin, on se serra la main et Max se retrouva nanti d’une fille de deux mois, nommée Sophie, qui dormit tout du long dans ses bras.
Resté seul, il s’appuya sur le bureau de Taylor et regarda attentivement le bébé endormi. Un petit bout d’être parfait.  Sa mère, Emilie avait été une rouquine sémillante, au sourire resplendissant et mille taches de rousseur. Martin avait dû être blond, en son temps, quand Max l’avait rencontré il avait le crâne plutôt dégarni malgré son âge mais c’était improbable que sa fille soit chauve comme lui. Peu importait, cet enfant représentait pour lui, en cet instant précis, ce qu’il y a de plus proche à un cadeau du ciel.  Sophie sauverait son Ysaline des dernières ombres qui la hantaient, guérirait son cœur blessé et effacerait la douleur de ses yeux…cette douleur muette, jamais communiquée, causée par la perte de leur enfant…
Et ils pourraient  alors, peut-être, enfin envisager  un futur heureux, ensemble, comme une famille normale…
 
Ysaline se trouvait à l’hôpital, son service touchait à sa fin. Elle se surprit en voyant Max apparaitre avec un bébé endormi.
 
Je crois, ma douce…qu’il y a un changement au plan initial…voici Sophie…
 
Sans rien dire de plus, il déposa  la petite fille dans ses bras. Elle le regarda, ébahie, avant de flatter très doucement la joue du bébé qui s’agita, finit par se réveiller et se mettre à pleurer avec énergie.
 
Pas à dire, elle a des bons poumons…je pense qu’elle a faim…ses affaires sont au bureau…Non…je te raconte dans un moment…mais vaut mieux que tu t’y habitues…je pense qu’elle restera avec nous au moins les prochains 18 ans…Tu viens ?
 
En voyant son visage s’illuminer d’un sourire rayonnant, il sut que tout irait bien…
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Re: Turbulences bis

Message par Ysaline de Bettancourt le Jeu Nov 14 2013, 09:50

La peur, encore et toujours la peur vrillée aux tripes. Max, à peine remis de l’anesthésie était venu la retrouver. Son besoin de lui, de ses bras aimants, ses douces paroles vainquirent certaines appréhensions mais pas toutes. Malgré tout ce qu’elle avait fait, IL était resté. Lui pardonnerait-il un jour ? Max ne chercha pas à la forcer à quoique ce soit. Il la relâcha assez vite, l’aida à se relever. Que faire sinon déplier ses bagages :
 
Je pense devoir rester encore un moment ( ton neutre)
 
Tu voudras venir voir Alex, après ?...Il est énervé chaque fois que je disparais pour une intervention…il sera heureux de te voir aussi…
 
L’enfant était adorable, son père aussi.
 
Tu pars plus, hein ?

Non, Alex…Maman ne part plus. On partira ensemble, quand elle voudra !
 
Quelque part, elle l’avait su dès la première fois qu’elle avait vu le gamin courir sur la plage, sentiment confirmé en pouvant le prendre dans ses bras. Cet enfant était le leur, fruit de leurs amours si contrariées.
 
Je ne partirai plus sans vous, jamais, tant que… vous voudrez de moi, dit-elle dans un sourire noyé de larmes.
 
Lavinia Dexter tint à une dernière séance avec elle seule :
 
Toi et Max avez subi d’énormes épreuves. Là, vous avez une chance de vous retrouver complètement. J’insiste pour que tu viennes en thérapie au moins une fois par mois les six premiers. Après, nous espacerons selon tes progrès. Et ne t’avise pas de rater un rendez-vous ou c’est moi qui débarquerai ! Encore une chose : dialoguer est essentiel !   
 
Ainsi fut fait.
L’accueil chaleureux reçu au retour en Afrique fit chaud au cœur d’une Ysaline encore meurtrie. Max poussa la délicatesse jusqu’à lui laisser le choix du bungalow à habiter. Chambres séparées, elle pouvait au moins passer des heures avec Alex, et parfois une soirée avec Max. Entre son boulot et le sien, peu de chance de dialogue.  
Visite mensuelle à Miami…  
 
… D’après ce que tu me racontes Ysaline, je vois que tu es très… occupée. Tu n’as, évidemment pas, encore parlé ouvertement à Max, non ?  
 
Sanglot :
 
Qu’est-ce que tu veux que je lui dise qu’il ne sache déjà ? Je ne pense pas que les détails sordides l’intéressent.  
 
Tu es psy maintenant ? Est-ce que Max a fait ou dit quelque chose qui te contrarie ?
 
Non… rien, rien… du tout !
 
Je sens comme un reproche, là ! Explique-toi. Tu ne voudrais quand même pas qu’il t’abreuve de reproches, quand même ?  

 
Non, bien sûr que non, mais il agit comme si… s’il ne s’était rien passé du tout !
 
Il ne te vient pas à l’esprit qu’il a peut-être aussi peur que toi de ces révélations ?
 
Lavinia marqua des points cette fois-là. À son retour de Miami, l’attitude d’Ysaline se modifia légèrement.  Plus ouverte, un peu moins craintive, elle chercha les occasions de parler à Max sauf que ce dernier – volontairement ou non – était toujours très occupé, crevé en rentrant au bercail.  
Qu’elle s’en défende ou pas, Ysaline restait fragile surtout quand ses patients étaient des enfants. Elle déléguait alors ces cas à Ny’ Ala voire à une infirmière de service, histoire d’échapper à des responsabilités trop lourdes de conséquences.
Son hyperactivité ne l’arrangeait pas, même si cela aidait souvent les autres.  En silence, aux heures creuses, elle pleurait parfois en se caressant le ventre plat, si plat, trop plat.  Une sorcière sait très tôt et de manière formelle quand elle attend un heureux événement ainsi que le sexe du bébé à venir. Tout le monde, Lavinia comprise, avait cru à une tentative de suicide de sa part mais… Jamais elle n’aurait mis la vie de sa petite fille en danger. Elle voulait juste sauter pour retrouver ses parents que Ramon laissait dehors. Son coup raté, les conséquences furent plus que cruelles. Elle en payait encore le prix.
 
Au moins, Alex la considérait enfin comme sa maman. Il faisait sa petite crise d’Œdipe en ne voulant qu’elle pour tout ce qui était jeux, repas, même nuits.  Elle adorait son fils donc tout semblait bien. Sauf en ce qui concernait Max. S’en rapprocher n’était pas évident. Pourtant Ysaline savait qu’il ne lui ferait jamais, au grand jamais, volontairement de mal. Parfois, ils se baladaient côte à côte, sans plus. S’ils se touchaient, c’était par l’intermédiaire d’Alex en se l’échangeant des bras l’un de l’autre.  
 
Son plus gros souci restait cependant son manque de fermeté avec le petit personnel qui n’avait pas tardé à remarquer la faille à exploiter. La nonchalance habituelle des autochtones reprit vite le dessus quand il apparut qu’Ysaline ne se fâchait plus en cas de manquement aux ordres donnés.
Lorsque pour la troisième fois de la journée Ysaline demanda à la belle assistante Masego d’aller changer la perfusion du pauvre Okou, celle-ci osa l’impensable, lui crier dessus :
 
Si c’est si pressé, fais-le toi-même !  
 
Verte, Ysaline dut se raccrocher à la table derrière elle. Heureusement, le Dr Thidiane veillait. Il rabroua fortement la fainéante, et ordonna – gentiment – au docteur Zaline de rentrer chez elle, ce qu’elle refusa. Déserter équivalait à la fin de toute autorité. Masego râla mais se tint à carreau.
 
Puis, un soir, alors qu’elle rangeait des dossiers avant d’aller reprendre Alex chez la nounou, Ysaline tomba des nues en voyant entrer un Max rayonnant avec un bébé dans les bras.
 
*Un bébé blanc, ici ?*

Aussitôt, elle prit son stéthoscope, prête à intervenir :
 
Il est malade ?
 
Et de lui passer le bout de chou endormi :
 
Je crois, ma douce…qu’il y a un changement au plan initial…voici Sophie…    
 
C’est une très… très belle petite fille ! Chut, chut bébé, ça va aller…
 
La petite brayait ferme. Preuve de bons poumons comme le reconnut Max :
 
 … je pense qu’elle a faim…ses affaires sont au bureau…
 
Elle n’est pas malade, alors pourquoi ? Raconte !
 
Non…je te raconte dans un moment…mais vaut mieux que tu t’y habitues…je pense qu’elle restera avec nous au moins les prochains 18 ans…Tu viens ?
 
Pendant que l’enfant buvait le biberon chauffé au micro-onde, Max consentit à lui révéler les dessous d’une triste affaire. Sophie était orpheline, ses parents avaient désigné Max en tuteur légal.
 
Alors… si je comprends bien… elle est à… nous ?  Tu es certain, on ne va pas nous la reprendre, hein ?  
 
Devant tant d’affirmation, Ysaline sentit de grandes vannes s’ouvrir en elle :
 
Tu es… incroyable Max ! Le… le meilleur des hommes… le plus beau… Je… je t’aime Max !  
 
Pour la première fois depuis des mois, au-dessus du couffin du bébé, ils échangèrent un petit baiser.  
 
Être hyperactive ça aide dans certains cas notamment quand on a un bébé sous son toit. Ce n’est pas Ysaline qui allait se plaindre de veiller sur son ange brailleur à toute heure.  Enfin elle pouvait effectuer tous les gestes maternels refusés jusque-là et pas question qu’une autre femme s’en occupe ! Avec un harnais dorsal ou ventral selon les cas, elle promenait Sophie partout. Du moment qu’il était repu, le bébé était très sage et donc cela ne dérangea personne. Enfin… presque.
Le seul qui râlait était Alex. Du jour au lendemain, sans qu’il ne pige rien, voilà qu’une pisseuse lui volait l’affection de sa maman. Cette chose hurlante n’avait même pas de zizi !!  Max et Ysaline avaient bien essayé de lui expliquer mais le bonhomme refusait d’admettre voir son monde autant chamboulé.
À peine trois semaines plus tard, il ne rata aucune occasion pour poser sa question tantôt à l’un, tantôt à l’autre, tantôt aux deux :
 
Quand est-ce que tu la rapportes au magasin ?
 
Réponse invariable :
 
Jamais, c’est ta petite sœur maintenant !
 
Lui, l’enfant si doux et docile, devint un véritable diablotin. Refus de s’alimenter, mettre la pagaille en jetant son assiette par terre, cassant des jouets, piquant des colères inédites, recommençant à mouiller ses draps. Ysaline sentait la moutarde lui monter au nez. Il fallait que ça cesse !
Un matin, elle décida :
 
Mon chéri, ça ne t’ennuie pas de veiller sur Sophie aujourd’hui ? J’ai pris congé, j’emmène Alex à Mwanza. Lev doit récupérer une livraison là-bas !   
 
Si Max sembla inquiet, il le cacha bien, donnant son feu vert.
 
Boudeur, sanglé sur son siège de l’avion, Alex ne pipa mot mais Ysaline savait qu’il regardait partout  autour de lui. Tandis que Lev vaquait aux « courses », elle loua une voiture et s’arrêta près d’un parc où elle libéra son fils taiseux :
 
Tu cherches Sophie ? Elle est avec papa aujourd’hui.
 
Il eut un regard effrayé :
 
Tu vas me rendre au magasin parce que je suis méchant, tu ne m’aimes plus, c’est ça ?
 
Fallait-il rire ou pleurer ? Elle fut mitigée :
 
Viens, on va acheter une glace.
 
Attraction irrésistible.  Il lécha son cornet avec une lenteur consommée, comme pour faire durer le plaisir. Autant en profiter pour une petite mise au point :
 
Alex, sais-tu comment on fait les bébés ? Il n’y a pas de magasin, je te le jure. *Quoique…* Tous les bébés du monde naissent parce qu’une maman et un papa s’aiment beaucoup. C’est comme ça que tu es venu dans notre vie, mon amour. Maman avait ta petite sœur dans son ventre quand elle a eu son accident. Tu te souviens de l’hôpital, n’est-ce pas ?
 
Il était intéressé mais feignait de ne s’occuper que de sa crème.  
 
Elle est partie et ne reviendra plus jamais. Sophie avait un papa et une maman mais c’est eux qui ont disparu. Elle était toute seule ! Tu n’aimerais pas être tout seul, hein ?  Papa et moi avons décidé que Sophie serait ta sœur, elle a besoin de nous, elle a besoin de toi, Alex.
 
Moi ? Pourquoi ?
 
Parce qu’avoir un grand frère est une fameuse chance ! Papa n’a que des sœurs, moi… personne. Tu as donc plus de chance que nous car tu vas pouvoir apprendre plein de trucs à Sophie quand elle aura grandi. Mais pour ça il va falloir te montrer grand et fort, toi aussi !  
 
La glace avait fondu, le gamin était poisseux. Un discret récurvite arrangea les choses.
Ysaline arrêta de le seriner et ils firent des tours de manège en plus d’un shopping d’enfer. Quand, dans un magasin de jouets Alex en dénicha un pour sa soeur, Ysaline faillit pleurer de joie.
 
La vie prit un nouveau tournant beaucoup plus serein. Avec tous ces changements Ysaline avait raté sa séance avec Lavinia qui, comme promis, débarqua un beau jour. Elle ne s’attarda pas, jugeant le tableau très sain et plein de promesses.  
 
Deux mois plus tard…  
 
La petite poussait comme un champignon. Très éveillée, elle faisait le bonheur de tous, même de son grand frère très investi dans son nouveau rôle. Entre Ysaline et Max les choses évoluaient plutôt favorablement et, au moins, dormaient-ils ensemble maintenant même si les grandes preuves de  passions n’étaient pas encore au programme.
Ce jour-là, Ysaline entrevit à peine Max qu’elle jugea fuyant, tracassé. Elle mit ça sur la tonne de boulot qui l’assommait. Il découcha cette nuit-là, la suivante aussi.  Que fabriquait-il ?
 
*Tu as fini par le lasser avec ta non participation… Non, non ! Pas Max… c’est… plus grave !*
 
Au matin, elle accrocha Lev :
 
Que se passe-t-il, où est passé Max ?
 
Euh… Il est rentré en Allemagne, son père va mal…
 
Lev mentait mal. Elle le mit au pied du mur :
 
Je fabrique un très bon sérum de vérité, tu sais…
 
Je sais, pas besoin de tes trucs de sorcière. Il… il a reçu un courrier et depuis s’active comme un fou. J’étais supposé ne rien dire !  
 
Elle imagina n’importe quoi, menant un harcèlement téléphonique féroce dont tous les appels furent rejetés.  En désespoir, elle envoya son patronus qui revint en disant avoir délivré le message mais qu’il faudrait attendre pour la réponse.  
Pour râler, elle râla.
Quand la belle Masego eut le malheur d’encore mettre en doute son autorité, elle s’en prit tellement verbalement dans la figure que Thidiane se frotta les mains.  
Enfin, Max rentra. Il n’avait pas bonne mine du tout. Tant de douceur, d’attentions envers elle l’alarmèrent davantage :
 
Où étais-tu passé ? Pourquoi ce silence ?... Mais parle-moi ou je vais redevenir folle !  

Mince, Lavinia l’accompagnait.  
Redoutant le pire, elle but la potion donnée et se cala dans le fauteuil…
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Re: Turbulences bis

Message par Max Von Falkenberg le Sam Déc 07 2013, 23:57

Cela faisait longtemps que Max avait laissé de croire aux miracles. Les deux dernières années de sa vie avaient trop ressemblé à un cauchemar pour qu’il lui restât encore une bribe de foi aveugle, pourtant en mettant la petite Sophie dans les bras  de son Ysaline, il avait enfin cru percevoir de la vraie lumière au bout du tunnel.
Qu’il affirme que Sophie était toute à eux, sans autre condition qu’être chérie, sembla rompre  une digue qui réprimait beaucoup.
 
Tu es… incroyable Max ! Le… le meilleur des hommes… le plus beau… Je… je t’aime Max !  
 
Un baiser. Un seul. Le premier depuis combien de temps ?...Il ne savait plus. Ça fit du bien, mais aussi du mal, en sachant que ce n’était pas près de se répéter et encore moins aller plus loin. Elle lui manquait, son amour lui faisait défaut, l’avoir si proche et la sentir si lointaine en même temps…
Sophie s’empara de leurs vies,  les retourna, les secoua  et fit ce que des mois de thérapie intense n’avaient pas réussi à faire, les rapprocha, subtilement au début, de plus en plus le temps passant. Ysaline s’était appropriée du bébé, de SA fille, comme elle proclamait, ravie. Elle ne la lâchait jamais. Le jour, la portant avec un harnais, la nuit veillant son sommeil, attentive au moindre petit bruit, soupir ou mouvement.
Max avait beau dire, faire ou même se payer un peu sa tête. Rien ne changeait. Celui qui ne se priva pas de donner clairement son avis fut Alex, qui encaissait très mal la défection de sa mère au profit de cette «  chose braillarde et moche qui ne peut même pas s’asseoir !», comme il déclara vexé à son parrain.
On eut beau retourner la question dans tous les sens, Alex demeurait irréductible et faisait des scènes chaque fois plus éprouvantes, tant et si bien que son père, homme plein de patience, considérait secrètement l’idée d’une bonne raclée. Il s’en abstint, sachant que de le faire, les foudres d’Ysaline le réduiraient en cendres. Ce fut d’ailleurs elle qui trouva la solution.
 
Mon chéri, ça ne t’ennuie pas de veiller sur Sophie aujourd’hui ? J’ai pris congé, j’emmène Alex à Mwanza. Lev doit récupérer une livraison là-bas !  
 
Chéri n’était pas ravi avec l’idée mais eut l’heur de la boucler, prendre sa fille en charge et regarder femme et fiston s’embarquer à bord de l’avion aux commandes de Lev. Pour si jamais il entama un Notre père bien senti.  Une journée avec Sophie pour lui tout seul.  Il n’avait jamais eu de problèmes pour s’entendre avec les enfants et la petite fille ne fut pas l’exception.  À leur retour, Ysaline et Alex, en parfaite paix et concordance,  le trouvèrent endormi  dans un fauteuil de la véranda  Sophie gentiment lovée dans ses bras, endormie aussi et se suçant le pouce.
 
Pauvre Papa, il est claqué !, décréta Alex, assez fort comme pour le réveiller, j’ai apporté un cadeau pour MA sœur…tu peux me laisser le lui donner ?...Je peux lui faire des chatouilles pour le réveiller aussi ?
 
Sans aucun besoin de chatouilles, Sophie émergea de sa petite sieste de très bonne humeur, fut ravie avec le lapin que lui offrait son frère et en échange l’octroya de son plus beau sourire. Affaire réglée. À partir de ce jour, Alex fut le frère aîné par excellence, un peu brute à ses heures, comme tout gosse de 4 ans mais Sophie ne trouvait rien à redire et l’adorait irrémissiblement.
Lavinia, avait fait une apparition intempestive et assez alarmée car Ysaline avait raté deux sessions de thérapie. Elle s’attendait sans doute à quelque spectacle de désolation domestique et fit très agréablement surprise en constatant la nouvelle tournure de leurs vies. Elle était repartie très satisfaite.
Le temps pour parler était denrée rare. Ils travaillaient tous deux d’arrache-pied toute la journée, le soir en se retrouvant, les enfants les réclamaient, quand les petits étaient enfin au lit, ils étaient si fatigués que les conversations finissaient presque avant de commencer.  Un de ces soirs, sans rien dire, Ysaline l’avait pris de la main et entraîné dans sa chambre.  À partir de ce soir-là, Max passa de gentil colocataire à compagnon de lit, chose qu’il agréa entièrement même si cela n’entraînait rien d’autre qu’à s’endormir en la sentant tout près.
Et puis, ÇA arriva, sous l’anodine apparence d’une lettre de plus dans le courrier ramené par Lev.
L’en-tête, d’un cabinet d’avocats français, l’étonna. Au fur et à mesure de la lecture, Max sentait que l’air commençait à lui manquer. Lev qui entrait juste en ce moment, s’alarma de le voir blême.
 
Hey, toi…on dirait que t’as vu le diable !
 
Pour toute réponse, Max lui tendit la lettre, l’air accablé. Le juron de Lev fit trembler les murs.
 
Mais c’est pas possible…sont dingues…c’est qui ces Delahaye ?
 
La famille d’Emilie…
 
Lev agita la lettre, dérouté, énervé.
 
Mais pourquoi maintenant ?...Ça fait six mois…

Max se passa la main sur le visage, harassé.
 
D’après ça, ils n’ont eu vent de leur décès qu’il y a peu de temps. C’est possible, remarque…Martin et Emilie avaient fait un testament parfaitement valide, exprimant leur décision…On en avait parlé…Tu sais, Emilie était des nôtres…magie et tout ça… sa famille l’a envoyée balader quand qu’elle était très jeune, parce qu’elle était soi-disant, différente…Quand je lui ai raconté que j’étais  aussi comme ça…
 
Ouais, normal …t’étais leur ami et leur meilleur choix, la petite n’aurait pas pu mieux tomber …
 
Merci de le dire, mon vieux…mais je crois que ça ne compte pas…cette lettre n’est qu’un prélude poli…
 
Il n’eut pas tort. Deux jours plus tard, une grosse enveloppe brune arriva par courrier spécial Fedex. Max éplucha consciencieusement tous les documents. Les Delahaye contestaient le testament de Martin et Emilie Dampierre et de ce fait, réclamaient la tutelle entière et définitive de leur petite-nièce Sophie.
 
Ça jamais !
 
Il passa des heures enfermé dans le bureau à passer des appels, à faire des consultations via le Net, prenant à peine le temps pour faire une apparition éclair au foyer, embrasser les enfants et souhaiter bonne nuit à Ysaline avant de repartir sous prétexte d’avoir une tonne de travail. Lev appelé à al rescousse fut mis au parfum de ses plans.
 
J’ai un rendez-vous demain matin, chez les avocats des Delahaye !
 
Mais…sont à Paris !
 
Je sais, Lev…c’est justement là que je me rends !
 
Et…Ysaline ? Tu lui as dit ?
 
T’es fou ! Ça la rendrait malade…Je dois arranger cette histoire sans qu’elle sache…veux pas la perdre une autre fois ! Raconte-lui n’importe quoi…que je suis allé voir mon père qui se trouve mal…

T’es fou…elle saura ! Et me fera la peau…
 
Arrête de gémir…tout va aller bien…Je dois y aller, là !

Mais…
 
Pas de « mais » qui tienne, Max venait de toucher un coupe-papier virant au bleu et s’évaporait.
 
Et merde…farcis toi le gros mensonge, Lev…t’es cuit !
 
Passage éclair à Stillworth House, à Londres pour prendre une allure digne  d’homme sérieux et responsable. Trois heures de sommeil agité. Il prit le premier vol pour Paris et se présenta pile à l’heure à son rendez-vous.
Me.Ducasse, en charge du dossier Delahaye  se faisait n’importe quel genre d’idée quant à son visiteur de ce matin. D’après les informations glanées çà et  là  le tel  Von Falkenberg  correspondait au type aventurier casse-cou. Impossible autrement s’il habitait au fin-fond de l’Afrique dans une espèce de camp pour réfugiés.  Quand sa secrétaire lui annonça  son arrivée, l’avocat prit son mal en patience et resta comme deux ronds de flan en découvrant l’homme qui entrait dans son élégant bureau.
 
M. Von Falkenberg ?
 
Le même,  vous semblez surpris, Me.Ducasse !, dit l’impeccable Max, en costard Armani, en tendant la main que l’autre serra mécaniquement.
 
*Vais pas l’être…je m’attendais à une espèce de Tarzan !* Euh, non…pas du tout…enfin, à peine un peu…Vous étiez en Afrique hier matin.
 
Les avantages d’un jet privé ! Mais je ne suis pas ici pour discuter moyens de locomotion, vous vous en doutez bien, il ouvrit son élégant porte-documents et en tira l’enveloppe brune,  ceci doit être mis au clair.
 
Me.Ducasse se racla la gorge.
 
M. Von Falkenberg, tout est clairement exposé les époux Delahaye sont parfaitement habilités pour prendre en charge la petite orpheline. Le droit les assiste puisque étant la seule famille de l’enfant.

Il se trouve, renchérit Max, que ses parents m’ont nommé, légalement, tuteur de Sophie et j’entends honorer la confiance qu’ils ont déposé en moi.
 
S’en suivit une mise à jour de la situation qui ne fut pas pour plaire à Max.  Selon laquelle, il ne semblait pas être précisément l’homme destiné à être le père idéal. Les Delahaye n’avaient pas perdu leur temps pour mener une enquête à fond le concernant et avaient découvert certains points incompatibles avec l’idée d’une vie stable. Père célibataire, un enfant d’une union  qui se prêtait à interprétation avec une femme tenue pour déséquilibrée. Il avait lui-même disparu de la circulation pour un temps assez long comme pour se poser des questions.
Max encaissa ces déclarations avec un calme olympien, apparemment, en vérité chaque mot lui faisait aussi mal qu’un coup de poignard.
 
Vous comprendrez, M. Von Falkenberg, qu’avec un historique pareil, aucun tribunal ne vous concèderait la tutelle d’un enfant de six mois…ni d’aucun âge.
 
Croyez-moi, Me.Ducasse,  le dernier mot de cette entourloupe n’a pas été dit. Veuillez transmettre le message à vos clients.
 
Monsieur, cette cause est perdue !
 
Il fut foudroyé sur place d’un regard glacial qui ne permettait pas de réplique.  Quelques heures plus tard, il reçut une communication d’un buffet d’avocats de réputation internationale qui représentait Maximilian Von Falkenberg. Rien qu’á lire les divers sièges de la société cités, Me. Ducasse en eut le tournis et le méchant pressentiment de s’être mêlé à une affaire qui  allait très vite le dépasser.  
 
Lavinia Dexter fut très surprise de sa visite.
 
Je suis très contente de vous voir, si beau et bien portant, Max, mais quelque chose me dit que vous ne venez pas tout juste me dire bonjour.
 
Vous avez raison…j’ai besoin de votre aide !
 
Exposé le problème, Lavinia n’hésita pas un instant.
Ysaline était à la maison avec les enfants quand Max se présenta après deux jours d’absence et silence, arborant une mine de déterré qui ne disait rien de bon.
 
Où étais-tu passé ? Pourquoi ce silence ?...
 
Je t’explique, chérie…viens, allons-nous asseoir…Tout va bien ici ?
 
Elle le dévisagea, sourcils froncés.
 
Mais parle-moi ou je vais redevenir folle !
 
Il lui passa le bras sur les épaules et la mena vers le fauteuil le plus proche, alors que Lavinia Dexter entrait.  Elle tendit un verre à Ysaline en lui demandant doucement de le boire.  Max en aurait accepté un lui aussi, il se sentait à bout mais se força à garder un semblant paisible tout en déballant toute l’histoire.
La réaction  d’Ysaline fut surprenante, au lieu de s’effondrer en pleine crise de nerfs, elle se redressa furieuse, houspilla Max en le traitant de quelques noms d’oiseau et exigea être mise au parfum en tous détails. Lavinia, mine de rien, préparait une autre dose de sa potion, mais ce fut Lev, venu à la rescousse qui finit par la boire avant de prendre son filleul et Sophie et les emmener se promener alors que leurs parents  discutaient allègrement, comme depuis longtemps on ne les avait entendus le faire. La Dr. Dexter, jugeant être de trop était partie, les laissant arranger leurs vies, ce dont elle était sûre, ils étaient à nouveau, parfaitement capables.
 
C’est bon…arrête de me crier dessus…J’aurais dû te le dire, j’ai eu peur…Comment que de quoi ?...Ysaline, ça fait des mois que je jongle pour essayer de …Je n’ai pas dit ça !...Tu étais encore si fragile…Ah bon ! Tu ne l’es plus ?...Magnifique, suis content de te l’entendre dire…Tu te sens vraiment d’aplomb ? Comme avant ?...Mais non voyons pourquoi vais-je douter de ta parole ?...

Elle lui tapa dessus avec l’argument qu’il sonnait ironique et était en train de se ficher de sa poire. En fait, elle lui fit toute une scène et enragea encore plus en le voyant sourire comme un idiot, ses mots textuels.
 
Tu m’as tellement manqué, Ysaline…Je t'aime à en mourir!

Si elle le crut fou, ce n’est pas pour autant qu’elle l’envoya se faire voir en enfer quand en la prenant dans ses bras, Max coupa court ses répliques virulentes en l’embrassant à en perdre haleine.
 
Taille moi en pièces si tu veux mais avant dis-moi…On se marie quand ?
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