De qui se moque-t-on?

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Re: De qui se moque-t-on?

Message par Angel Grisham le Sam Avr 12 2014, 09:41

Fuir, fuir !
Elle avait prévu beaucoup mais pas ça !
 
… Et je vous en suis reconnaissant aussi, vous me devez, n’empêche, quelques aveux, Miss Wild ou devrais-je dire…Miss Grisham !?
 
Il savait ! Comment, de quand, peu importait !  
Fuir, fuir !
 
Une once la coinça, se transformant aux marches de l’escalier :

Alors, c’était quoi, ton plan ?...Libérer ta conscience en me rendant la santé pour filer de nouveau, une fois le devoir accompli ?...Dis quelque chose, je t’en supplie…à moins que tu préfères le faire sous ta forme normale…j’avoue  ne pas trop pincer pour vous, Miss Wild, c’est Angel que je veux de retour…si elle le veut, bien sûr !
 
*IMBECILE !*
 
Fuir, fuir !
 
Pleurer ne servait à rien, elle le savait mais ne pouvait empêcher les larmes de couler seules.  
Il savait, l’avait démasquée, et s’imaginait… n’importe quoi !  
Son bagage bouclé, visage inondé, elle se devait pourtant d’un acte ultime : ses adieux aux parents.  La transformation la saisit au dernier linge posé.
Qu’importait cette douleur ? Mrs. Wild était morte à présent. Ce qui restait de Miss Grisham descendit les marches. Fidèle au poste, il lui barra le passage :

Tu peux t’asseoir, s’il te plait…je crois qu’on doit parler…
 
*Raconte, ce que tu veux, j’ai pigé !*
 
Les larmes revinrent, sans en avoir conscience. À défaut de pouvoir dénouer sa gorge contractée, elle écouta. Elle faillit pouffer :
 
… J’étais à point de déclarer ma flamme à Miss Wild…j’aime les femmes énergiques…c’est vrai qu’elle faisait fort, n’était pas trop mon genre…
 
Pas le mien non plus, souffla-t-elle, fermée. J’ai pas voulu ça…  Fallait te secouer, J.O !
 
… sais pas toi, mais pour moi le compte est bon…c’est  vrai que vu comme ça, j’ai fichu en l’air ton besoin de recul…mais tu crois pas que c’est déjà assez de temps pour réfléchir ?
 
Soupirs…
 
J’ai tout foutu en l’air, comme toujours. Pardonne à tes parents, je voudrais...  
 
..Tu sais, Angel, suis un type aux idées fixes…je veux toujours la même chose que ce soir-là…mon manque de style est navrant, c’est su…mais je te demande, de nouveau, ici, au bas des escaliers…veux-tu de moi comme je veux de toi ?...
 
Elle se révolta, prête à filer, pleurant encore et encore :
 
Te fous pas de moi, James Oliver Westwood-Strang ! Tu crois que j’ai pris mon pied en te faisant souffrir ? Il fallait que quelqu’un te botte les fesses ! Par « hasard », j’étais là ! M’en fous que tu sois handicapé ! Sans bras ni jambes, m’en fous ! Il n’y a que ta tête qui compte ! Ça, sais pas souder, je le déplore. Je n’ai jamais souhaité autre chose que de te rendre ta vie, J.O., TA vie ! Je ne veux pas que tu m’aimes par… considération, par… reconnaissance. Je te veux pour moi et moi pour toi ! Est-ce trop...


Belle façon de la lui boucler.
 
L’ambassade de France à Londres était assez habituée aux éclats de Mademoiselle de Beaufort. Pourtant, cet après-midi- là, les vitres tremblèrent sous les cris de colère de la « charmante » Athénaïs. Le carton d’invitation reçu n’y était évidemment pas étranger.
Comment une telle chose avait-elle pu se produire ?
 
DES FIANÇAILLES DANS UN MOIS ??? Il LA préfère à MOI ???
 
C’était tout bonnement inacceptable, inconcevable, IN… able, tous les qualificatifs se succédèrent.
Oh, bien sûr, depuis qu’elle avait eu vent d’une possible idylle entre son « promis » et cette né-moldue, Athénaïs n’était pas resté les bras croisés.  Immédiatement, elle avait mis ses espions sur la brèche. Quelle gourde, quelle empotée, cette Angel ! Comment pouvait-elle seulement imaginer rivaliser avec la noblesse française ? Les Strang étaient des gens d’honneur. Un beau petit scandale, le tour serait joué. Hélas, quoiqu’elle fasse fouiller le passé de Miss Grisham, à part avoir un père moldu, on ne pouvait strictement rien lui reprocher. Conduite parfaite, pas le moindre écart…      
La rencontre avec cette intrigante – il ne pouvait en être autrement - n’avait que renforcé la haine d’Athénaïs. Certes, l’accident de James avait refroidi les ardeurs de la Française. Elle, épouser un grabataire ? Plutôt crever !  
Si elle prit quelques rares nouvelles de l’état de santé de son « fiancé », Athénaïs pensa surtout à une solution diplomatique pour rompre toutes les promesses antérieures. Ne pas froisser son père, ne pas paraître mesquine, primait. Puis ça ! ÇA ! James était rétabli et avait convaincu sa famille d’accepter cette… AH, non !
Si James ne voulait pas d’elle, restait à le contraindre. De gré ou de force, elle – Athénaïs de Beaufort – serait duchesse de Gilmore. Rirait bien qui rirait le dernier !
 
Un mois plus tard.
 
La réception battait son plein. Tout le monde souriait, semblait nager dans l’euphorie. Angel et J.O, rayonnants, flanqués de leurs parents respectifs, avaient accueilli la foule venue en leur honneur. Seule fausse note peut-être, la retenue de Mademoiselle de Beaufort. Pâlotte, chagrine, elle n’essaya pas – pour une fois – de captiver sa cour personnelle. Au contraire, d’une discrétion exemplaire, elle laissa les futurs fiancés partager leur joie avec la fine fleur.
 
Est-ce vrai que vous vous êtes fait passer pour son infirmière ?
 
James a un faible pour les dragons !, rit Angel.
 
Tu lui dois la santé, James ! Ne l’oublie, jamais !
 
Chère tante Violette…
À chaque fiancé cette situation pesait mais si c’était le prix du bonheur…   
Fidèle à lui-même, Howard Strang se démultiplia afin d’échanger des paroles aimables avec tous.
 
Tu as vu, sourit Angel, lui et Mamy Rose sont vraiment complices !... Ouais Papa jubile, ça m’énerve un peu, mais je m’en fous puisque nous sommes enfin ensemble !  
 
Elle ne put s’empêcher de remarquer une certaine tension chez son bientôt officiellement promis. Il lançait de si fréquents regards vers la splendide Athénaïs qu’Angel s’inquiéta :
 
Que craindre d’elle ? Tu n’as rien à te reprocher, n’est-ce pas, J.O ?  
 
Son anxiété valait mille mots.  Ne lui aurait-il pas tout dit à leur sujet ?  
 
L’apéritif touchait à sa fin. Perdu en amabilité de convenance, Howard s’agaça d’être tiré par la manche par un Cébius en émoi :
 
Elle pleure, et alors ? Qu’elle se fasse porter pâle ! On en sera tous soulagé !
 
Sous l’insistance de son domestique préféré, le Duc ne put que l’accompagner au boudoir où il découvrit un tableau affligeant. Écroulée sur la bergère, Athénaïs en gâchait le tissu de ses larmes. Telle une biche aux abois, elle sursauta bellement à l’entrée du maître de céans.
 
Pardon, pardon, votre Grâce, je… je comptais me retirer sans tracas, mais…
 
Allons Mademoiselle… Vous me voyez marri de causer tant d’émois en mettant en terme à un arrangement qui aurait dû satisfaire nos deux familles, seulement… James…  est…
 
James est James, vous avez raison !  Que lui importait de me séduire, il y a presque deux ans, lors d’une permission, n’est-ce pas ?
 
Interloqué, Howard fronça les sourcils. Athénaïs lui coupa la parole :
 
JE suis coupable… d’être une idiote. J’étais aux USA, nous nous y sommes vus… je pensais la chose entendue. Ai-je été sotte !  

Devant tant de détresse, le Duc de Gilmore fut plus qu’embarrassé :
 
Mon petit… je suis navré si James a outrepassé la mesure, et…
 
Ne vous reprochez rien ! Tout est de ma faute mais… qu’en sera-t-il de… de… de notre fruit ?
 
VOTRE… QUOI ???  
 
Sous le choc, Howard porta une main sur son côté gauche. Il suffoqua en s’asseyant lourdement :   
 
Ave… avez-vous des… preuves, que…        
 
L’enfant… Francis James est en nourrice en Suisse mais… À L’AIDE, SA GRÂCE SE SENT MAL !
 
Décidément, J.O semblait tendu. Il est vrai que cela faisait plus d’un quart d’heure qu’ils auraient dû passer à table. Le ballet incessant des extra allongeait la sauce de l’apéritif, imperturbable.  
Puis ce remous… Dans son champ de vision, Angel vit la duchesse fermée suivre le valet du Duc, et J.O se décomposer. Il fila bientôt à la suite de sa mère, la plantant-là ainsi que tous les invités. Elle lui aurait bien emboîté le pas si Mamy Rose ne s’était pointée :
 
1ère règle de la noblesse : ne jamais fléchir ! Fais comme si de rien n’était !  
 
 Sourire bêtement alors que Dieu sait quel drame se déroulait ?  Angel fit ce qu’elle put, donnant des répliques inconsistantes à gauche et à droite.
 
Vint une annonce qui en perturba plus d’un :
 
Vos seigneuries, mesdames, messieurs, déclara un Cébius tangent, sa grâce le duc de Gilmore et son épouse ont le profond regret de nous priver de leur présence. Ils vous prient de leur pardonner cet ajournement… temporaire et vous prient de néanmoins profiter amplement de la soirée.

*HEIN ?*
 
La tempête des interrogations la submergea :
 
Qu’en est-il, très chère ?.... Vous annulez ? … Une rechute de James ?  
 
Faire face ? À d’autres ! Elle courut comme une folle vers l’habitation. Deux cerbères lui barrèrent la porte du boudoir :
 
Désolés, Miss Grisham. Il s’agit d’une affaire de… famille !
 
 Je vais en faire partie de cette famille. Je m’estime en droit de…

Déjà elle levait sa baguette quand, cadavérique, James apparut. Il avait un air si… bizarre, qu’elle pâlit à son tour :
 
Ton… ton père va bien ?... Comment ça oui et non ? Me diras-tu ce qui se passe à la fin ? C’est quoi ces façons de me larguer aux invités sans un mot ? Je…  

Il se passait que tout était rompu…
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Message par J.O West le Jeu Avr 24 2014, 23:35

Je ne veux pas que tu m’aimes par… considération, par… reconnaissance. Je te veux pour moi et moi pour toi !
 
Le bonheur était là, enfin ! Elle voulait de lui, et lui, ne voulait que ça ! Mais…
Tout est bien qui finit bien !?
Cebius, avec la componction d’un évêque  annonça la visite de Mlle. De Beaufort.  De quoi le surprendre, depuis son accident la belle ne s’était contentée que de prendre des nouvelles polies.
 
Tu es splendide, James…je ne me serais pas attendue à une récupération si…éblouissante, roucoula la beauté brune en ondulant vers lui.
 
Merci !, dit-il, sec, quel bon vent t’amène ? Que je sache, aucun devoir ne t’oblige à venir prendre de mes nouvelles, il me semble que tu as pris soin de laisser au clair que nos prétendues fiançailles n’étaient que du bluff…ce qui est vrai, Dieu merci.
 
Mais, James, je…
 
Écoute, Athénaïs…il n’y a rien qui nous attache…On a pu avoir, à moment donné, une espèce de concordance mais ça n’a rien signifié…Tu le sais, je le sais. Les choses ont bien changé, maintenant, je vais me marier avec la femme que j’aime et que j’ai choisie pour partager ma vie.
 
L’éclat virulent de la belle ne le surprit pas, il s’y attendait.
 
Tu ne peux pas la préférer à moi…pas elle…pas cette petite chose si…
 

Ferme-la, Athénaïs…il n’y a rien eu entre nous, ou si peu…chapitre clos, maintenant si cela ne te dérange pas, vais faire mes exercices.
 

Il l’avait plantée là, furibonde, et avait oublié l’affaire…Mal lui en prit.
 
James a un faible pour les dragons !, riait Angel.
 
Tu lui dois la santé, James ! Ne l’oublie, jamais !
, commentaire de tante Violette, appuyé par un discret coup de coude destiné à le faire retomber sur terre.
 
Non…pas de souci, je ne suis pas prêt à le faire !, répondit-il en se scotchant un sourire ravi aux lèvres, alors qu’en fait il commençait à se faire de la bile pour d’autres raisons. 
 
Déjà de mauvais goût s’être présentée à cette réception de fiançailles, pire encore arborer cette mine de martyre résignée, affichant un triste sourire, destiné, sans aucun doute, à attirer des sympathies.  Mlle. de Beaufort jouait sur tous les registres et n’allait pas se contenter, de ça il en était sûr, de rester là, à soupirer.
 
Que craindre d’elle ? Tu n’as rien à te reprocher, n’est-ce pas, J.O ?  
 
Hein ?...Euh…non…, un tel manque de conviction ne pouvait qu’éveiller des suspicions, rien de ce que tu penses…enfin, rien de grave ! *Tiens, elle est passée où, cette fichue femme ?*
 

Il ne tarda pas à la savoir, de la façon la plus fracassante qui soit.
Désolant spectacle.  Son père d’une pâleur alarmante, à moitié évanoui, sa mère affolée essayant de le ranimer et Athénaïs de Beaufort,  feignant consternation.
 
Mais qu’est ce qui se passe ?...Papa, qu’est-ce que tu as ?
 
Ton père s’est trouvé un peu mal, dit Magnolia, mais ça va aller…Miss de Beaufort semble avoir eu le besoin impératif de faire une certaine confession !
 
Mots accompagnés d’un regard féroce envers la jeune femme qui sembla se tasser à sa place.
 
Ah bon ? Et quel genre de confession, si on peut savoir ?
 
Et la voilà qui reprenait son air accablé en disant, à voix basse.
 
Je me suis vue forcée à dire la vérité à ton père…cela semblerait l’avoir choqué, il s’est soudain trouvé mal !
 

Vérité ? Quelle vérité ?
 
Inutile de feindre, James, coupa le Duc en se redressant, nous savons tout…Comment as-tu pu…enfreindre de la sorte ton devoir, ta responsabilité ?
 

Mais de quoi diable…
 

De ton enfant, James, de cet enfant que tu comptais ignorer comme si rien !, riposta son père, le teint cramoisi de colère.
 
QUOI ?...MAIS C’EST QUOI CETTE FABLE !?...
 
Aucune fable, renchérit Athénaïs sans lever la voix, rien que la vérité…tu n’as pas voulu entendre mes raisons…je me devais d’éviter que…
 

MAUDITE GARCE !!!
 
Seigneur, James…, s’étouffa sa mère, ce ne sont pas de …
 
On s’en fout de quoique ce soit…cette créature n’est que perfidie et manigances…
 
Je ne mens pas !
 
Tu le fais, et comment…Tu n’es qu’une pauvre, futile et sale garce qui ne veut qu’en faire à sa tête et qui ne veux que devenir un jour duchesse!
 
Il se fallut de l’intervention de sa mère pour  éviter un drame sanglant.
 
Tu ne peux pas me traiter de la sorte…j’ai le droit…j’exige que mes droits soient respectés…, sanglotait la « victime » de service.
 
Ils le seront, chère enfant, ils le seront, je vous en fais promesses ! Mais pour le moment, je vous prierai de vous retirer discrètement…Toi, reste ici, James !
 
Impossible de désobéir à son père.  Tremblant presque de rage mal contenue, J.O se tourna vers le Duc qui le jaugeait d’un air pas du tout commode.
 
Aucun besoin de te dire combien ton inconduite m’écœure. Cette pauvre fille…un enfant non reconnu et  toi, à jouer le fiancé heureux d’une autre…Blâmer tes actes serait peu faire et non ! Ne t’avise pas à ouvrir la bouche, tu as perdu tout droit de défense, désormais tu obéis…
 

Vraiment ?, persifla J.O, hors de lui, que pense faire Sa Grâce, le tout puissant Duc de Gilmore ? Me fouetter ? Me mettre aux arrêts? Me jeter au cachot?
 

Il ne s’attendait à la gifle de sa mère.
 
Tais-toi, insensé, tu n’es plus un petit garçon…celle-ci n’est pas une sottise moindre. Ton père a raison, sur tous les points…j’ai honte de toi, James Oliver, honte de toi , de tes actes, de ton arrogance inouïe…
 

Elle ment…elle ment sur toute la ligne !
 
Piètre défense face à ses juges fermés. Le verdict était déjà trouvé : il était coupable et rien ni personne ne semblait vouloir croire le contraire.  La mort dans l’âme, obéissant à l’ordre tranchant de ses parents, il sortit affronter sa plus dure mission. Il ne dut pas aller bien loin. Angel s’insurgeait face à un valet qui lui barrait passage. En le voyant apparaître, son adorée accourut, anxieuse.
 
Ton… ton père va bien ?
 
Oui, enfin, non, pas trop …viens, sortons d’ici…j’ai besoin d’air…
 
C’était se méprendre sur le caractère de sa miss chérie, elle ne voulut rien entendre d’Aller prendre l’air, l’acculant, sans le savoir à des aveux dont il se serait bien passé.
 
Me diras-tu ce qui se passe à la fin ? C’est quoi ces façons de me larguer aux invités sans un mot ? Je…  
 
Angel, ma chérie…Pour rien au monde je n’aurais voulu ceci mais…c’en est fait de notre fête…de l’annonce de nos fiançailles…Non, mon père n’est pas en danger…il a eu un choc…et moi aussi…Il se passe que…Athénaïs a inventé une fable pitoyable…, il se passa la main dans les cheveux, inspirant profondément, cherchant son courage envolé, une histoire minable…selon laquelle, elle aurait eu un enfant de moi…
 
D’attendri, le regard de son Angel se fit dur, glacial, déjà elle reculait d’un pas.
 
Ce n’est pas vrai, ma chérie…rien de ce qu’elle dit n’est vrai, je le jure… j’étais en permission….elle est apparue là, sans préavis…On faisait la fête…on était tous soûls…sais même plus si j’ai couché ou non avec elle…Angel, je t’en supplie, crois-moi…Si ce qu’elle prétend était vrai…s’il y avait un enfant, j’aurais…Angel…ne me lâche pas…pas  maintenant…
 
Peine perdue. Rien de ce qu’il pourrait dire ou faire ne serait d’utilité en ce moment. Angel,  avec plus de bon sens que lui, préféra  se passer de ses pauvres explications, sans pour autant le vouer aux enfers, comme il l’aurait certainement mérité. À lui d’annoncer aux invités que la fête était finie. Il s’y prit de la meilleure façon possible, ce qui, bien entendu, ne  laissa pas de susciter des commentaires.
Du reste se chargèrent les colporteurs de ragots.  Et La Gazette. Et quelques feuilles de chou moldues. Athénaïs n’avait pas lésiné au détail et, comme qui ne veut pas la chose, avait fait des aveux éplorés à une certaine Rita Skeeter, ce qui était déjà  tout dire.
 
« La vérité éclate. Scandale de la haute société. Les fiançailles de l’héritier rompues. Enfant illégitime en cause, mère éconduite réclame ses droits… »
 

Et ainsi de suite, jusqu’à l’écœurement.
Athénaïs de Beaufort ne se gêna pas à jouer les surprises quand un J.O, vert de rage, fut introduit au petit salon où elle lisait.
 
Je suis contente que tu sois là, mon cher, comme ça nous pourrons peaufiner les détails de ce qui va s’en suivre.
 

Il ne va rien s’en suivre, triple garce, et tu le sais très bien!
 
Seigneur, quelles manières, n’oublie pas que tu es le fils d’un duc et pas un débardeur quelconque et ne t’avise pas à essayer la violence avec moi…Un seul geste déplacé et trois policiers se feront un plaisir de t’écrouer en bonne et due forme.
 

Il aurait voulu pouvoir l’étrangler, sans plus de préambules mais ce n’était, certainement pas, la meilleure façon de s’y prendre.
 
À quoi bon t’entêter, Athénaïs…je ne vais pas me marier avec toi…avec ou sans gosse !
 

Elle sourit, et se levant, avança vers lui, splendide et gracieuse.
 
Tu sais que tu DEVRAS le faire, James, pour l’honneur de ta famille et tout le reste…Je ne suis pas une pauvre fille démunie, mon père est l’ambassadeur français, ma famille est d’aussi noble lignée que la tienne, nous sommes, tous deux, des élus destinés à …
 

Tes beaux discours ne me valent rien…même Merlin en personne ne saurait m’obliger à t’épouser…j’aime Angel et c’est avec elle que je veux passer le restant de mes jours.
 
Rire de gorge, blessant d’ironie.
 
Pauvre idiot…cette pauvre chose n’est pas à la hauteur de ton rang, ton père n’en sera que plus heureux de s’en débarrasser…tandis que toi et moi, on est…
 
On n’est rien !, riposta t’il, emporté, et tiens-toi le pour dit…tes manigances ne te mèneront à rien…si enfant il y a, reste à prouver qu’il est de moi, cas étant, je le reconnaitrai, lui verserai une rente mais n’attends rien de plus de moi…je ne veux pas de toi qui sous ton vernis de grande dame n’es qu’une sale petite garce dévergondée qui n’hésite face à rien pour sauter dans un lit chaud…Insiste dans tes réclamations absurdes et je me verrai obligé à faire appel à quelques gars de ma compagnie qui ne douteront pas à raconter une paire de choses très édifiantes à ton sujet.
 

Tu me menaces ?, siffla t’elle, légèrement décomposée.
 
Je te mets sur avis…mais visons plutôt la réalité du moment…tu assures avoir un enfant, eh bien, je veux le voir, lui faire passer une paire de test…tu sais, la routine !
 
Point à sa faveur. La belle avait pâli, un peu moins assurée que voulu. Sans lui laisser le temps de se reprendre, il fixa une date pour la rencontre avant de, sans plus, s’en aller.
 
Mamy Rose ouvrit la porte, son sourire avenant gela sur ses lèvres en découvrant le visiteur impromptu.
 
Je suis désolée, James, mais vous vous imaginez bien que vous n’êtes pas exactement le bienvenu.
 
Cela faisait un moment qu’il s’y était fait, à cette idée.
 
Je le sais, Mrs. Peventies…mais je dois insister…j’insisterai toujours, jusqu’avoir gain de cause…J’aime Angel, elle est tout pour moi… cette histoire absurde ne peut pas ruiner nos vies…
 
La vieille dame hocha la tête, avec un soupir. Dix minutes plus tard, Angel, plus pâle, plus mince, ses beaux yeux entourés de méchants cernes faisait son apparition.
 
Mon ange…m’en veux pas…Je sais, c’est idiot de ma part prétendre ça…surtout avec toute cette couverture médiatique de l’affaire…Elle se joue le tout pour le tout mais elle ment…je le sais…tu le sens…Tu le sens, n’est-ce pas ?...Il n’y a que toi que j’aime…rien que toi…et tu le sais…Aide-moi à mettre à découvert cette imposture…Je t’en supplie, ne m’abandonne pas…sans toi rien n’a plus de sens…
 

Ce ne serait pas facile du tout, mais au moins Angel ne l’envoya pas paître de mauvaise façon. Elle lui laissait un certain bénéfice du doute, à lui d’en profiter.
 La relation avec ses parents était une autre paire de manches. Ils exigeaient de lui réparation immédiate, c’est-à-dire mariage , selon eux, seule façon de redresser la situation.
 
Je ne vais pas me marier avec cette femme, dussiez-vous me traîner en enfer !
 
Tu l’épouseras, reconnaitras votre enfant, point barre ! On ne joue pas avec la moralité et encore moins avec la respectabilité d’une De Beaufort. Cette jeune femme a toujours été, en quelque sorte, ta promise…
 
Décision que tu as prise sans même demander mon avis, gronda J.O, je m’en tape de ton avis et de celui des autres, je ne vais pas céder à ce stupide chantage d’honneur bafouée …Athénaïs est une garce, un point c’est tout !
 
Il faillit bien se prendre encore une paire de claques, mais sa féroce détermination fit son petit bonhomme de chemin et  mal que bien, le Duc accepta d’attendre jusqu’à des preuves concluantes.
 
Elles ne seront pas aisées à trouver, assura J.O, encore très énervé, cette femme est capable de n’importe quoi, faudra pas s’étonner si demain elle ameute tout le monde en jurant que le gosse a disparu !
 
Athénaïs ne ferait jamais une chose pareille, c’est une fille bien née !
 

Bien née ou pas, la miss joua à fond son beau rôle. Éperdue, hagarde, en larmes, elle fit irruption, juste la veille du jour fixé pour la rencontre.
 
Misérable…tu as enlevé Francis…
 
J.O regarda son père.
 
Qu’est-ce que j’avais dit ?
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Re: De qui se moque-t-on?

Message par Angel Grisham le Jeu Mai 01 2014, 09:18

Tout était bien qui finissait bien ?? Les apparences sont souvent trompeuses, hélas.
 
Pour ce qui fut de la préparation de leurs fiançailles, les amoureux eurent deux possibilités : laisser tout faire ou ne rien faire du tout. Ce qui était du pareil au même, de quoi s’évertuer à trouver un compromis en râlant « gentiment »
On leur accorda d’inviter qui bon leur semblerait à condition que BCBG, bien-né, si possible… La belle affaire ! La course aux relations s’engagea alors.
Qui s’était soucié de leur sort après le retour dans un mondé décalé ? Peu, en fait. 
Angel aurait dû se ficher du peu d’intérêt de ses « amis ». Il est vrai que paumée comme elle l’avait été avec J.O, ils n’avaient pas été très en contact avec eux depuis longtemps.
Elle avait raté les noces d’Opal, celles de Justin, avait appris ces dernières en même temps que celles des de Brent seulement à la fin de ses propres ennuis. 
Cela aurait chouette de les avoir autour d’elle pour les fastes prévus par les Gilmore, mais…
Lorsque le refus d’assister – très justifié – émana des Nielsen, Angel insista auprès de J.O pour au moins leur apporter un petit cadeau et prendre des nouvelles de leur santé.
Ceux-là aussi avaient eu leur lot de tracas et, même si Opal était contrainte au repos, son amie rayonnait.  
 
Des jumeaux, tu te rends compte ?
 
Ils avaient ri, échafaudé quelle serait leur vie avec ne fut-ce qu’un bébé si vite après les noces.
Eux n’en étaient qu’aux prémices…  
Patatra.
Là, dans le couloir des Gilmore en émoi après des allées et venues incompréhensibles, la révélation :
 
 Angel, ma chérie…Pour rien au monde je n’aurais voulu ceci mais…c’en est fait de notre fête…de l’annonce de nos fiançailles…
 
Ton père… ?
 
… Athénaïs a inventé une fable pitoyable…, elle aurait eu un enfant de moi…
 
Un pieu dans le cœur ne devait pas faire plus mal que ce qui déchira Angel sur place. Elle savait que J.O avait cavalé, eu une jeunesse agitée mais… ça…
 
*Comment peut-on ignorer… ça…*
 
Blabla où il reconnut avoir, après des libations, eu – peut-être - des relations poussées avec Melle de Beaufort. Il plaida – très minablement – sa cause :
 
… sais même plus si j’ai couché ou non avec elle…Angel, je t’en supplie, crois-moi…Si ce qu’elle prétend était vrai…s’il y avait un enfant, j’aurais…
 
Évité de me courtiser ? Merci, je suis servie !
 
Angel…ne me lâche pas…pas  maintenant…
 
Il est des gouttes qui font déborder les coupes. La mienne est pleine ! Assume enfin tes responsabilités. Adieu !
 
S’imaginant n’importe quoi, aux quatre cents coups, Mamy Rose transplana direct chez elle dès le petit discours débité par un J.O livide à l'assemblée. Peu importaient les raisons du garçon, mais ce qu’il venait de faire – car aux yeux de l’aïeule, il ne pouvait être que fautif – était d’une cruauté telle qu’elle en redoutait de dramatiques conséquences. L’ordre et le calme régnant dans l’habitation, Rose se rassura à moitié. Puisque des bruits émanaient de la cuisine, elle s’y dirigea à pas lents.
Là, son chignon défait sur sa sage chemise de nuit, Angel s’appliquait à réaliser un plat élaboré.
 
An… Angel… Tu cuisines à cette heure ? avança-t-elle doucement.
 
Pourquoi pas ? On n’a rien mangé depuis le matin. Nous aurons une splendide bisque de homard suivie de cailles aux raisins. En dessert, des profiteroles, ça te va ?
 
*Au moins, elle ne prépare pas du poison…* Excellent, mais, euh… tu vas bien ?
 
Évidemment, je vais bien ! Je suis enfin débarrassée des Gilmore and co, donc tout baigne !  
 
Angel, dis-moi… Qu’est-ce que J.O a fait cette fois ? osa Rose en se posant sur une chaise tout en observant avec attention sa petite-fille qui – selon elle – maniait un peu trop lourdement le hachoir.
 
J.O ? C’est qui ? Ah oui, suis-je bête, le fils du duc qui a engrossé la fille de l’ambassadeur de France et l’a plaquée avant de me demander de l’épouser?
 
Il… il a fait ça ??? Mais… ça ne lui ressemble pas, voyons… il…
 
 Il quoi ? Il est un homme à femmes qui m’a bien eue avec ses beaux discours. Qui sait combien d’affaires de ce genre n’ont pas déjà été étouffées par son cher père ? Il a peut-être déjà dix bâtards qui courent dans la nature ou dix avortements grassement payés sur le dos. Sauf que là, il s’agit d’Athénaïs de Beaufort, quelqu’un issu de leur monde stupide. Devoir et honneur feront le reste. JE tourne la page !  
 
S’il y a quelque chose ou quelqu’un de stupide maintenant, c’est toi Angel Grisham !  Et puis arrête de cuisiner des trucs que tu ne mangeras pas, ni moi du reste ! EVANESCO !

Maintenant tu vas m’écouter ! Depuis quand t’y connais-tu en hommes, hein ?
 
Peu, et ça me suffit pour…  
 
Rien du tout ! Tu es bourrée de préjugés, de préventions, d’âneries. Au risque de te faire rougir, délicieuse enfant, j’en connais un peu plus que toi sur eux, et je sais dépister les beaux parleurs. J.O n’en est pas un !
 
Il t’a embobinée aussi, je vois !
 
Un peu de respect, enfant !  Ma chérie, tu tranches trop sévèrement et, permets-moi de te dire que tu ne connais rien à la nature humaine, ni celle des hommes, encore moins celle de certaines femmes…  
 
Ah ???
 
Posément Angel écouta les tirades révélatrices de sa grand-mère.
Elle n’en dormit pas ni cette nuit-là, ni les suivantes, réfléchissant beaucoup, peut-être trop.
Ainsi des femmes pourraient s’inventer des grossesses pour se faire épouser ? Rose prétendait qu’Angel avait le grand tort de croire que seuls les hommes pouvaient être coupables de roublardises.
 
*Ce serait monstrueux…*
 
Des monstres, elle en avait croisés avec les Mangemorts mais, autant qu’elle sache, Melle de Beaufort n’en était pas un… D’ailleurs pourquoi vouloir forcer J.O avec des mensonges ? Quels
buts réels poursuivait cette femme ?
 
*Elle doit être folle amoureuse… ou alors c’est par pur dépit…*
 
Angel ne savait plus sur quel versant pencher. Elle avait cru en J.O, avait été prête à lui donner sa vie, son âme. Maintenant… ?
 
Mrs. Peventies interrompit ses cogitations en apparaissant, une tisane chaude en main :
 
Bois ça, ma chérie, il… il est à la porte.  
 
Tu l’as fermée, j’espère ?
 
N… Non… Tu devrais l’écouter, il fait peine à voir, tout comme toi, du reste. Bois ça, habille-toi et va le voir.
 
J’ai pas envie. Je veux tourner la page…
 
L’insistance grandissante de sa grand-mère eut le dessus : elle descendit.
C’est vrai qu’il n’avait pas bonne mine :
 
*Grand bien lui fasse !*
 
Mon ange…m’en veux pas…Je sais, c’est idiot de ma part prétendre ça…surtout avec toute cette couverture médiatique de l’affaire…
 
C’est TON problème. Je ne lis pas la presse ni n’écoute les ragots de bas étages.     
 
Il aurait fait pleurer un caillou :
 
… Il n’y a que toi que j’aime…rien que toi…et tu le sais…Aide-moi à mettre à découvert cette imposture…Je t’en supplie, ne m’abandonne pas…sans toi rien n’a plus de sens…
 
Que tu m’aimes ou que je t’aime est sans objet. Rien n’a plus de sens. Est-ce que cela en a jamais eu ? C’est TA merde, tire-t‘en si tu peux, on… en reparlera… peut-être après.  
 
N’empêche que sitôt la porte claquée au nez, Angel regretta presque sa froideur.
Si tout cela n’était qu’un infâme chantage au mariage, des preuves existaient, non ?
 
*À lui de les trouver…*  J’ai pas à m’en mêler…
 
Et depuis quand les Peventies baisseraient-ils les bras ? rigola sa grand-mère en retrait. Tu crois que je me les suis croisé depuis ta cassure ? Si ça t’intéresse, j’ai déjà un beau petit dossier sur Athénaïs de Beaufort…
 
La curiosité fit le reste.
Comment la douce Mrs. Rose Peventies avait-elle réussi à obtenir ces renseignements pointus ? La question n’était pas là. Mais dans ces documents Angel trouva des évidences… troublantes.
Oui, il y avait des preuves que la garce était aux USA en même temps que J.O et avait participé à de nombreuses fêtes arrosées. Peu après, Athénaïs avait « disparu » de la circulation, résidant longuement en Suisse. Admise dans une clinique très privée pour une raison tout aussi privée, elle en était sortie fraîche et dispose pour reprendre activement ses débauches.  
Tout concordait avec la possibilité d’une grossesse cachée…  Néanmoins, durant sa virée américaine, il semblait que Melle de Beaufort n’avait pas fréquenté que James, loin de là. Trois autres noms, accompagnés d’une courte biographie, apparaissaient dans les feuillets.
 
Mamy, tu es merveilleuse. Tous les doutes sont permis quant à la paternité réelle de J.O.

Je suppose que tu ne me diras pas comment tu as eu ce dossier ?  
 
Fais-en bon usage, ma chérie !  
 
Revigorée, Angel se pomponna rapidement et passa à l’attaque. Avec en tel filon d’or, la piste fut facile à remonter.
Très excitée, elle se présenta chez les Gilmore où Cebius se décomposa à son entrée :
 
Miss Grisham, je suis désolé mais ce n’est… vraiment pas le moment.  
 
Que se passe-t-il encore, Cébius ? Athénaïs est là ?... Génial !
 
Elle força le passage.  
Tombant en plein drame familial, Angel sourit face à une Athénaïs accusatrice :
 
Misérable…tu as enlevé Francis…
 
Qu’est-ce que j’avais dit ? répliqua J.O en regardant son père avant de constater la présence d’Angel.
 
Vous ? s’énerva la belle française. Sortez ! Vous n’avez plus rien à faire ici !
 
Je crois que si, au contraire. Bonjour votre Grâce, bonjour James. Je passais par-là et me suis dit que, peut-être, la lecture de ceci serait assez édifiante…
 
La farde fut posée sur la table autour de laquelle se passait l’affrontement des parties.
Athénaïs pâlit un peu, Howard fronça les sourcils tandis que J.O ne la regardait qu’elle.
 
Ici (ouverture du colis) sont réunies les preuves incontournables - puisque rassemblées par l’Ambassadeur de France lui-même – des multiples frasques auxquelles s’est livrée notre « chère » amie.     
 
Et alors ? Je suis libertine. Papa le sait ! Ce qui n’empêche que mon fils a disparu et c’est James qui…
 
James n’a pas quitté la maison depuis deux jours, Mademoiselle ! affirma le Duc que la lecture rendait amer.  
 
Implacable, Angel poursuivit :
 
Que voulez-vous Athénaïs ? Un procès où seront révélées publiquement toutes vos turpitudes ? Je doute que papa l’ambassadeur y tienne…  
 
Mon fils… Francis a disparu ! C’est lui qui… qui…
 
En ce moment, la police Suisse procède à des tests ADN sur un enfant mâle de près de deux ans, retrouvé sur leur territoire où il était gardé par Melle Pauline Lannoy et… Mr. Henry Bride. Comme c’est bizarre, Mr. Bride n’a-t-il pas été un de vos multiples amants américains ?  

Il parait que le gamin allait être « endormi » au moment de la saisie…  
 
Toutes griffes dehors, Athénaïs voulut se jeter sur celle qu’elle haïssait. Les deux Gilmore unis empêchèrent le massacre.  
Tandis que sa Grâce s’occupait des formalités d’incarcération de Melle de Beaufort, Angel put à nouveau savourer les baisers de son aimé :
 
… je n’ai rien fait du tout ou si peu… C’est Mamy qui a fait le plus gros du boulot… Pardon d’avoir été si aveugle, si bornée…
 
Hum, hum, toussota Howard Strang dans leurs dos, je propose de nous passer de fiançailles officielles. À quand vos noces, mes enfants ?
 
On rit…  
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Re: De qui se moque-t-on?

Message par J.O West le Jeu Mai 22 2014, 12:19

Tous les regards se braquaient sur lui, censeurs, outrés, furieux…une gamme d’émotions adverses dont il se serait bien passé. Athénaïs  s’apprêtait  à poursuivre sa diatribe passionnée quand une apparition inattendue interrompit le début du deuxième acte du drame en cours, et le fit bondir de sa place.
 
Angel !
 
Mlle de Beaufort ne se priva pas de se montrer désagréable, difficile autrement, mais  cela n’eut pas le résultat escompté, bien au contraire. L’ignorant gracieusement, Angel  tira le grand as de sa manche et en deux temps trois mouvements, l’édifice de mensonges bâti par Athénaïs, se disloqua pitoyablement, laissant à découvert les turpitudes de cet esprit malsain.
 
Ces preuves sont accablantes, Mlle.de Beaufort, votre intrigue vous éclate à la face, j’espère que vous êtes consciente des retombées, disait le Duc se redressant, majestueux.
 
Telle furie démenée, la coupable voulut bondir sur Angel, artifice de sa défaite. J.O se fit un plaisir inouï en la retenant brutalement et lui aurait envoyé quelques gifles bien senties si son père, plus diplomate, n’était intervenu, assurant que la justice se chargerait de la miss.
 
Mon père ne permettra jamais pareil impair !, glapissait Athénaïs, hors d’elle.
 
Il devra d’abord te sortir de prison !, riposta James, mauvais, ferme-là d’une bonne fois pour toutes !
 
Un Bloclang la réduisit au silence alors que Cebius intervenait avec un valet de pied et l’entrainait hors du salon. Pour alors Angel se retrouvait de nouveau dans ses bras et il s’accorda le sursis d’un long baiser, sans se soucier de la présence  de son père et de sa mère, qui alertée par l’esclandre, venait d’entrer.
 
Tu es merveilleuse, ma chérie…unique…
 
 Je n’ai rien fait du tout ou si peu
, assura t’elle en rosissant délicieusement, c’est Mamy qui a fait le plus gros du boulot !
 
J’adore cette femme…et on dirait qu’elle m’aime bien aussi mais jamais autant que je t’aime toi !
 

Et de l’embrasser, délirant.
 
Pardon d’avoir été si aveugle, si bornée.
 
N’en parlons plus, ma douce, c’est fini…oublions tout ceci…Je t’aime et tu es enfin là…
 
Il aurait continué à l’embrasser comme un fou heureux si son père n’avait cru bon intervenir.
 
Je propose de nous passer de fiançailles officielles. À quand vos noces, mes enfants ?
 
J.O regarda sa chérie et adora l’éclat de son regard.
 
Ce sera quand tu voudras, mon amour…c’est toi qui as le dernier mot !
 
Madame la Duchesse crut bon intervenir après un soupir attendri.
 
Je suis d’accord avec James, ce doit être Angel qui décide, mais ma chérie, il faut tenir en compte qu’un mariage, mérite des préparatifs conséquents…Je pense néanmoins que nous devons fêter la fin de ce cauchemar…
 

Avant qu’on ne songe à dire quoique ce soit, Madame avait pris l’affaire en main, mandé Cébius et en un clin d’œil, organisé une petite fête, tenant avant tout à que Mrs. Peventies soit présente.
 
Sans Rose, nous nagerions encore en pleine embrouille ! Quelle femme merveilleuse, quel  entrain…et nous nous entendons si bien !
 

Mamy Rose ne fut pas longue à les rejoindre, la mine réjouie, l’œil étincelant de satisfaction. L’accueil dont la fit objet Magnolia ne laissa aucun doute quant à leur joyeuse complicité.
 
Maman a trouvé qui la seconde dans ses idées, commenta J.O en riant, on en sera pour nos frais…
 
Et c’était peu dire. Égayées par le champagne, ces dames  s’adonnèrent allègrement à l’organisation du mariage. Les voir dresser des listes et faire des plans divers, en toute joie de cœur, donnait des frissons à J.O.
 
Si on les laisse faire, murmura t’il, on en aura pour une éternité de préparatifs…
 
Je t’ai entendu, James…sois patient, mon chéri …Toute jeune femme a droit à un beau mariage…rien de fait à la sauvette, c’est le plus beau jour de sa vie !...N’est-ce pas, ma chérie ? Je suis si heureuse de pouvoir organiser tout ceci…avec Rose on a pensé que…, et d’entraîner la belle à sa suite pour lui faire part des projets en cours.
 
Compatissant son père vint lui tenir compagnie.
 
Celle-ci est une mission de longue haleine, James, rien ni personne ne peut résister à deux femmes entreprenantes ravies de pouvoir planifier un mariage qui n’est pas le leur…Tu devras tenir bon, ne pas t’énerver…courage, petit !, et de lui tapoter le dos en rigolant en douce, on annoncera vos fiançailles comme chose faite et dès que vous aurez fixé une date, le mariage…
 

Il me semble qu’on se fiche un peu, de mon opinion, là, reconnut-il, déconfit, pourquoi ne pas faire les choses faciles et…
 
Ta mère l’a bien dit…ce sera un beau mariage, rien à discuter là-dessus, en plus n’oublie pas qui tu es !
 
Comme s’il pouvait le faire, être le fils d’un duc lui avait rapporté plus de problèmes que de joies, jusque-là !
Être invités au réveillon de Noël chez les Nielsen les surprit agréablement, d’autant plus que cela leur permettrait d’échapper un peu au cercle familial décidé à leur rendre la vie impossible, force invitations de toute sorte, comme si soudain leur couple était devenu la coqueluche de la société.
 
Chaleureuse réunion. Bruyants et joyeux, les McLane en plein mettaient la note d’insouciance, pas d’esprits guindés au rendez-vous. Cela faisait du bien de retrouver des vieux amis, perdus de vue à la suite de tant d’embrouilles. Opal resplendissante les accueillit avec sa vivacité habituelle.
 
Alors, vous vous mariez ou pas ?
 
Bien sûr que oui, assura J.O, ce sera en Mars…si personne ne décide autrement !
 
La future mère  soupira, en caressant son gros ventre, d’un petit air dépité.
 
Je voudrais dire que je serai là mais on sait de quoi il en va !
 
J.O n’avait pas été sans remarquer le teint gris d’Erik et son air anxieux. Tout n’allait pas aussi bien que voulu, déduisit-il tout en émettant de souhaits de merveilleux optimisme pour le futur. Leurs autres compagnons d’aventure étaient aussi présents. Tous semblaient avoir été en même temps pris la folie du mariage. Michael et son Alix, en parfaite harmonie, autant que Justin et sa vélane, même si Davenport n’avait pas l’air en trop bonne santé, et selon ce dont J.O avait eu vent dernièrement par la presse, le cher homme avait de quoi en faire une jaunisse si ce n’est pire, mais le moment n’était pas à parler problèmes.
On devisa de tout et rien, en profitant de la joie de la fête, avant que tout ne bascule abruptement. Opal se trouva mal, toute insouciance envolée, la réunion tourna à l’angoisse totale, alors que dans un trasplanage affolé le mari éperdu emmenait la future mère à Ste. Mangouste. Michael suivit son frère et comme normal, le reste de la famille en fit autant. Angel aurait voulu être avec son amie mais compte tenu des circonstances, leur présence ne ferait que gêner la famille, aux abois, qu’ils ne connaissaient pas du tout.
 
On ira demain prendre des nouvelles, ma douce, ce ne sera rien de grave, tu verras *J’espère !*
 
Il se trompa, malheureusement.  L’état d’Opal  était plus que préoccupant, et empirait à mesure que passaient les jours. L’entrain pour les préparatifs de leur mariage s’en vit terni, Angel essayait de dissimuler mais savoir que son amie dépérissait, sans qu’on ne trouve la raison, la taraudait.  Ils allèrent souvent prendre de ses nouvelles, pour se trouver toujours face au même tableau laconique et triste d’une famille effondrée et d’un Erik inabordable.
Et si cela avait été tout ! Non. Il y avait mille détails à régler auxquels, évidemment, il n’avait pas pensé ou du moins pas envisagé comme le faisait si bien son prochain immédiat. Mine de rien, tout le monde s’occupait de leur avenir, avec bien plus de précision que s’il ne s’agissait du leur propre. Où habiteraient-ils ? Prendrait-il la place de son père au Ministère ? Avait-il songé à ceci ?…avaient ils contemplé cela ?…Tout y passait, comme si jamais de la vie il ne pouvait être question de régler les choses au fur et à mesure du besoin…
 
Le réveillon de la St. Sylvestre avait été occasion de réunir Strang et Grisham.  Mamy Rose avait été très claire d’emblée :
 
Mary est aveugle pour tout ce qui touche son mari…et lui est le dernier des empotés qu’ait porté la terre.
 
Il fallait avouer que c’était charitable comme commentaire.  J.O ne ressentit aucune sympathie pour ses futurs beaux-parents et ceux-ci adorèrent l’idée d’avoir un futur duc dans la famille. C’était tout dire ! Angel, digne comme une reine, géra la situation à merveille et Rose Peventies y mit aussi du sien. Curieusement, Mr. Grisham tenait très mal l’alcool, on ne lui en voulut pas du tout de dormir comme une souche grande partie de la soirée.
 
Encore une réunion familiale, éprouvante pour les nerfs, comme toujours.  Tante Violette pérorait, tante Louise intervenait, oncle Augustus racontait n’importe quoi, on s’agaçait les uns les autres sans le démontrer et il fallait se scotcher un sourire ravi, pour faire semblant.
 
Tu es sûre qu’on ne peut pas se tailler en douce ?...Marions nous en Écosse…à Hawaï…n’importe où…demain même…je ne supporte pas ma famille !
 
Bien entendu, Angel n’était pas partante pour se défiler de la sorte même si ses inepties semblaient beaucoup l’amuser.
 
Au moins tu rigoles…moi, je deviens dingue…Maman continue d’insister que le Manoir est assez grand pour y loger quatre familles sans loisir de se croiser par hasard…mais sincèrement ça ne me botte pas le moins du monde vivre avec eux… Moi ?...Euh, une île déserte me conviendrait parfaitement…Non, sérieusement…Je sais que tu veux rester en Angleterre…
 

Elle voulait lui faire plaisir, il avait la même idée, comme quoi, on tournait amoureusement en rond !
 
Oublie ce que je peux vouloir, mon amour…c’est ce que tu veux qui compte…je sais que cette maison dont on nous a parlé la semaine dernière a attiré ton attention…C’est énorme ? Et quoi ?...On aura plein d’enfants…plein de chiens, de chats…on fera un labo pour toi…La seule chose au monde que je veux est que tu sois heureuse…si tu l’es, je le suis aussi !
 
Ne pouvait-on pas embrasser sa fiancée sans qu’un cousin n’en fasse un plat et se marre comme le dernier des crétins ? Apparemment, non !
 
Tenons bon…encore un moment, après on file…et pour la prochaine fois, on se déclare en quarantaine…
 
Et ils s’échappaient, tant qu’on leur en laissait le sursis, alors ils se baladaient sans destination prévue, au bonheur de la route. Bavardant, complices, bâtissant leurs rêves, dessinant leur futur, se rendant fous de baisers et caresses, sans outrepasser jamais les limites. Il respectait ineffablement les désirs de son Angel même si cela lui valait de passer des heures sous une douche froide.
 
Je t’aime…je t’aime comme un dingue…et si tu le veux ainsi…ainsi ce sera…
 
La date avait été fixée au troisième samedi de Mars. Pas par hasard, il le savait. Angel ne perdait pas l’espoir de de compter avec la présence de son amie Opal, qui pour alors devrait, selon les prévisions, tirée d’affaire et capable d’assister au mariage.
Si le mois de Janvier fut gérable, que dire de Février, quand se déclencha la folie en plein ? À peine s’il voyait sa chérie, entraînée dans un tourbillon fou de préparatifs et achats. Magnolia et Rose se chargeaient bien de la tenir occupée presque 24h sur 24.
 
Bon sang, combien de fois une femme doit-elle essayer sa robe de mariée ?
 
Autant qu’il faut, mon fils…et encore au dernier moment, il y aura quelque chose à dire !
 
Merci, Papa…c’est fou ce que tu es rassurant, toi !
 
Et ainsi de suite. Si ce n’était pas la robe, c’était autre chose. Draps monogrammés ? Qui avait besoin de ça !? Parfois on se souvenait qu’il faisait part du couple en vues de mariage et on l’entrainait, mi-figue, mi-raisin faire un tour, éreintant pour choisir, à deux, quels seraient les cadeaux à inclure dans la liste, énorme et extrêmement dispendieuse. Il prit Harrod’s en horreur quoique la bonne humeur d’Angel l’aida à passer ce cap d’angoisses. Il avait beau se montrer le plus conciliant des fiancés, il y avait toujours de quoi discuter…il s’en fichait des assiettes du service de table, ou si les couverts étaient lisses ou avec motif gravé, ou si la cristallerie était de Bohème ou d’IKEA, si  ceci ci ou là…
 
Mais qu’est-ce que ça peut me faire ?...Je me marie avec toi, Angel…pas avec tout le tralala…me fous si je dors dans du coton ou de la soie…je veux dormir avec toi, n’importe ou comment…Je mange aussi bien dans des assiettes en carton, moi…
 
On le remisait à un miséricordieux oubli, pour un petit moment. Entre temps, Papa avait pris les devants et acquis la fabuleuse maison de campagne, son cadeau de mariage. J.O se demandait ce qui lui restait à faire, il avait voulu l’acheter, lui, cette fichue maison, pour son Angel mais non…on lui raflait le cadeau sous le nez. Faute de mieux, il put au moins, en parfait secret, programmer leur lune de miel.
Mars se pointa sous des augures incertains. 
Lors d’un violent orage, la foudre tomba sur la magnifique petite église choisie pour la cérémonie, cramant le toit et part des installations…Magnolia en fit presque une crise de nerfs mais Mamy Rose dénicha un autre endroit aussi charmant, qu’elle prémunit  judicieusement contre les avatars de la nature.  
Le couturier merveilleux qui se chargeait de la robe de mariée fut pris d’un accès de folie, très prévisible compte tenu de l’instabilité émotionnelle d ce génie créateur, et détruisit grande partie de son œuvre avant qu’on ne puisse l’arrêter, la robe d’Angel fut réduite à état de lambeaux déchirés. Encore là, Mamy Rose joua de sa magie et redressa le tort, à sa façon.
 
Ne t’en fais pas, mon amour…tu peux apparaitre en sac de jute…je t’aimerai toujours autant !
 
Au moins, il y avait, entre temps eu une nouvelle réjouissante : Opal avait accouché de deux petits garçons parfaits, pleins de santé. Elle allait bien et Erik aussi.
 
Deux jours avant le mariage, le maître-pâtissier  chargé de faire le somptueux gâteau de quatre étages, capable de faire verdir d’envie tous  les nouveaux mariés d’Angleterre, fit une crise cardiaque, le stress, sans doute, il s’en tira mais le gâteau ne serait jamais plus aussi spectaculaire.
Et la veille du grand jour, les employés du super traiteur engagé pour le fabuleux banquet se déclarèrent en grève pour demander une augmentation de salaire.
 
Ils ont bien prévu leur coup…on peut toujours griller de hamburgers, hasarda J.O, écroulé de rire.
 
Belle journée. Le soleil luisait pour la première fois après des jours pluvieux et mornes. Un soupçon de printemps se pointait. Plus nerveux qu’il n’aurait voulu l’avouer, J.O se tenait à sa place et attendait. Ses garçons d’honneur, un bon ami américain et le moins idiot de ses cousins  se marraient comme des débiles mentaux, Papa, de loin, souriait placide, alors que Maman, cédait, d’ores et déjà à l’émotion du moment.  Opal, dès sa place lui fit un signe d’encouragement.  Angel tardait.
Il lui sembla qu’une éternité s’écoulait jusqu’à ce que la musique, magnifique ne démarre, annonçant l’entrée de la fiancée. À partir de cet instant, il oublia le reste, n’ayant d’yeux que pour elle qui avançait du bras de son père, aussi fier qu’un paon.
Et tout se déroulait comme prévu…
 
Si quelqu’un a un motif pour s’opposer à cette union qu’il parle maintenant ou taise pour toujours !, énonça le prélat de sa belle voix grave.
 
Bien sûr, on s’attendait à un silence poli, mais au lieu de ça :
 
MOI !!!, clama une voix masculine. 
 
Et tout le monde de se tourner vers l’entrée.
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Re: De qui se moque-t-on?

Message par Angel Grisham le Dim Mai 25 2014, 17:24

Un beau mariage ! C’est ce à quoi tous s’attendaient alors que si on lui avait laissé quartier libre, Angel aurait très volontiers plié bagage avec son fiancé.
Une date, ils devaient fixer une date. Les Strang s’étaient montré conciliants : à elle de décider.  
 
Que dirais-tu de fin mars, mon chéri. Ainsi, nous aurions une chance d’Opal et Erik nous rejoignent…  
 
Le cas de son amie la préoccupait beaucoup. Le réveillon de Noël ne fit que confirmer ses pressentiments, hélas. Un espoir de sauver tout ce monde naquit à la St Sylvestre lorsqu’il fut décidé d’endormir épouse et mari Nielsen.
Pour échapper un peu au tourbillon de folie créatrice déclenché par sa future belle-mère complice avec sa grand-mère, Angel avait rouvert son officine sur le chemin de traverse. Cela fit plisser plus d’un nez, froncer plus d’un sourcil. À les croire, Miss Grisham ne devait s’occuper de rien d’autre que de réussir sa réception et, qu’une Strang travaille de ses mains semblait vraiment très inapproprié. Elle s’en moquait du moment que J.O approuvât.  
Des projets, on en laissait peu le loisir aux fiancés.  Que de fois ne voulut-elle pas dire oui à une désertion subite ? Convenances, etc. eurent malheureusement le dessus.  
En février, Angel entra dans la tourmente passionnée des essayages et discussions sans fin entre les dames patronnesses qui, évidemment, savaient mieux qu’elle ce qui lui conviendrait pour le grand jour. Fallait les voir, ces dames, agiter leur baguette ici où là pour rallonger, raccourcir, relever, abaisser un ourlet, une perle ou un bout de voile.  Soie sauvage, mousseline, organdi, dentelles : à devenir fou !
 

Ton trousseau est prêt depuis ta naissance, mon Angel, rosissait Mamy Rose. Mais nous n’avions pas envisagé un mariage aussi princier…
 
J.O n’est même pas duc, et…
 
Tatata ! Avec Magnolia, Rose, Mary et consort, Angel en vit de toutes les couleurs à « choisir » nappages, literie et autres babioles.
J.O râlait que ces préparatifs déments le prive si souvent de sa présence :
 
...Je me marie avec toi, Angel…pas avec tout le tralala…me fous si je dors dans du coton ou de la soie…je veux dormir avec toi, n’importe ou comment…Je mange aussi bien dans des assiettes en carton, moi…
 
Ce sont leurs idées à elles, mon chéri ! On ne va pas leur gâcher ce seul plaisir qui ne se représentera pas de sitôt, hein ?
 
Ils prirent le parti d’en rire en décomptant les jours, profitant au mieux de quelques instants volés ici ou là.  Néanmoins, si Angel avait été superstitieuse, elle se serait posé des questions en raison des incidents qui plurent coup sur coup.
D’abord l’église… Le terrible orage imprévisible la crama.
 
C’est rien, calma le jeu Mamy Rose, j’en ai une autre sous la main…  
 
Que le grand Ernesto Grimaldi, dépassé par les changements multiples à sa création, soit pris d’un accès de démence qui ravagea son œuvre, faillit en faire pleurer plus d’une, sauf Angel qui gardait un as dans sa manche et était ravie de pouvoir l’utiliser même si elle fit mine d’adopter toutes les lubies des dames.  Puis le pâtissier engagé à la réalisation de la pièce-montée eut une crise cardiaque avant que le traiteur ne se déclare en faillite.
J.O le prit en rigolant, Angel moins.
 
Je veux bien faire un barbecue géant mais tu avoueras que tant d’anicroches… ça fout la trouille, pas que je veuille me mettre à croire aux signe, mais...  

Ne manquait que l’apparition de Mrs Trelawney leur annonçant une mort imminente pour compléter le tableau !
Seule bonne nouvelle dans l’accumulation des catastrophes : Opal accoucha de ses jumeaux.  
Ravie d’être bientôt marraine, Angel en oublia le reste.  
D day…
Sortie du lit de grand matin par Mary et Rose hyper excitées, Angel se prêta aux manipulations de sa chevelure. Elle renâcla ferme :
 
J’ai l’air d’un chou frisé ! Laissez-moi faire !  
 
Elle envoya balader tout le monde, s’occupant seule de sa mise. Un chignon mi sage, mi fantaisiste, et voilà. Elle avait toujours détesté sa robe d’avant qui la faisait ressembler à une meringue couverte de chantilly. Celle qu’elle avait dénichée avait fait fondre ses petites économies mais en valait la peine. Épaules nues, corsage et jeté en dentelle de calais rebrodée, c’était simple, chic et  très romantique.  Voile court, sage avec sa voilette, il ne manquait que le bouquet.
J.O avait tapé dans le mille en lui faisant parvenir ce mélange inédit d’orchidées blanches, lys et fleurs des champs. Les longs gants blancs en place, la future inspira et soupira avant d’accrocher le bras de son père qui ne devait rien à Artaban en ce jour.
Elle se ficha royalement du regard des autres, seuls les yeux de J.O comptaient. Était-il paniqué ? Sûrement autant qu’elle après tout ce qu’il leur était tombé dessus. Bon, pas de Trelawney à l’horizon, l’office débuta comme il se devait. Blabla rituel, reniflements multiples dans l’assemblée puis :
 
 Si quelqu’un a un motif pour s’opposer à cette union qu’il parle maintenant ou taise pour toujours 
 
Instinctivement, Angel agrippa les doigts de J.O. Ces paroles, en général, tous s’en moquaient, mais…
 
MOI !!!
 
Remous immédiats vers l’outrecuidant qui, faisant fi du barrage, poursuivit sa route vers l’autel :
 
Angel, mon amour, tu ne peux pas épouser cet homme, tu es ma femme !  
 
Déjà le clan Strang s’outrait. Des erreurs de vérification avaient-elles eu lieu ? J.O, lui, virait au rouge intense.
Un peu déboussolée par cette intrusion, Angel vit défiler toute sa vie, de la prime enfance au moment actuel, essayant de relier souvenirs, images, sons disparus. L’autre se jeta à ses pieds :
 
Je suis resté dans l’ombre des années, espérant qu’un jour, tu me reviendrais. Là, je n’en peux plus de tenir ma langue et de te rappeler nos serments.  
 
La révélation la surprit toute. Assez tôt toutefois pour empêcher J.O de rosser le malvenu :
 
A… Anatole Fairshow, c’est toi ?
 
Évidemment, c’est moi, tu t’es mariée combien de fois sinon une seule avec moi !
 
Scandale ! Un poing faillit atterrir sur le menton de l’amoureux transi.
 
Arrête, J.O ! Il dit la vérité !
 
Remous plus vifs !
Elle s’accroupit près du pâmé, et expliqua lentement en lui caressant la joue :
 
Anatole… je me suis souvent demandé ce que tu étais devenu après que nous ayons échangé nos vœux sur les marches de la chapelle quand nous avions… quatre ans !  (Étonnements, soulagements)
 
J’attendais d’avoir assez d’argent pour te donner la vie que tu mérites, mon ange !  
 
Angel dut repousser de la main tous ceux qui voulurent ceinturer le jeune fou.
 
Anatole, tu seras toujours mon chevalier en armure mais là, tu vois, je suis occupée. C’est mignon tout plein de te soucier encore de moi mais maintenant tu vas suivre le gentil docteur qui approche…
 
Affaire réglée :
 
Je vous déclare mari et femme !
 
OUFFF !
 
Ce fut une belle journée finalement. Sam et Opal avaient réglé le problème des traiteurs en grève, de quoi aussi booster leur clientèle avec cette publicité inattendue. Photos de famille, d’amis, tous souriaient à cette conclusion tant accidentée. Même les beaux-parents fraternisèrent, vive les vins français !  Angel, centre de la fête, fut sollicitée de partout. Parfois, sous des dehors aimables, des questions ressemblaient à des piques mais elle était de trop bonne humeur pour en tenir rigueur à qui que ce soit. L’assemblée comportait tant de têtes inconnues ! Même le nouveau ministre sorcier les honora brièvement de sa présence. Déboussolée par l’affluence de parents Strang, Angel bénissait ses amis d’avoir répondu présent. Opal, demoiselle d’honneur et témoin, s’éclipsa fréquemment pour veiller sur ses anges dormant à l’étage. Justin lui parut plus sombre qu’à l’ordinaire mais plus en forme que trois mois plus tôt. Que quatre personnes de plus participent à l’événement n’ennuya pas du tout la mariée. Si ces Von Falkenberg et Smith connaissaient les de Brent, Nielsen et Davenport, ça lui convenait d’élargir son cercle d’amitiés si restreint.  
 
Alors, chère enfant, l’accrocha la tante Violette, vous allez donc vous perdre à la campagne ?
 
C’est un projet de James, l’endroit est magnifique magnifique mais…
 
Howard a tout arrangé. La maison sera prête à votre retour de voyage de noces. Ce sera où ?
 
Je n’en sais rien ! Excusez-moi, le bal va commencer !  
 
Si d’aucun doutaient encore du grand amour unissant ce nouveau couple, les voir évoluer ensemble sur la piste les convainquit définitivement. Alliage de grâce, force et audaces, les nouveaux époux en firent soupirer plus d’un.  
Afin d’éviter une mauvaise blague au moment de quitter le manoir, sitôt le gâteau découpé et goûté, Angel fila se changer non sans avoir confié son bouquet à Opal :
 
Tu le lanceras à ma place ! … oui, il est pressé, et n’est pas le seul !
 
Clin d’œil, bisou ! À bientôt.
Un quart d’heure plus tard, avec sa petite valise, elle rejoignit un J.O ravi de la voir paraître en tailleur de voyage :
 
… j’ai voulu t’épargner les trente-cinq perles qui fermaient mon dos, rit-elle. Où est la voiture ?
 
Il n’y en aurait pas, d’avion non plus : un portoloin brilla.
 
Les pieds quittèrent les graviers froids et humides pour se retrouver plantés dans du sable blanc face à une mer sans ride au-dessus de laquelle l’astre du jour s’élevait dans ses rayons chatoyants. Soufflée par la beauté des lieux, Angel ne réalisa pas de suite que J.O l’embarquait dans une course folle vers les flots :
 
…Mais on va être trempés !
 
Qu’à cela ne tienne, Adam et Eve entrèrent au paradis.  
 
Bali !!
Pour quelqu’un qui, comme Angel, n’avait jamais quitté l’Angleterre sauf pour une virée temporelle, le changement fut radical.  Heureusement J.O se débrouillait avec les dialectes locaux et la station touristique pratiquait l’anglais sinon elle aurait été très larguée dans cet univers étranger.
Deux jours furent nécessaires pour se remettre du décalage horaire et assouvir leurs sens si longtemps refoulés. Ensuite, on put enfin explorer cette île indonésienne aux multiples facettes.
Ils s’amusèrent beaucoup avec la mobylette louée pour leurs petits déplacements. J.O était casse-cou, ça elle le savait. Mais qu’il semble jouir de la voir verdir quand il chevauchait les vagues sur sa planche de surf ou risquer des plongeons insensés lui déplut.
 
Pourquoi avoir choisi un tel endroit, mon chéri ? lui demanda-t-elle au 4èeme jour en buvant un cocktail de fruits… non, je ne m’ennuie pas un instant. Les gens sont très sympathiques, accueillants et leur culture fascinante mais si tu cherches à me faire peur, Disneyland aurait été aussi bon !
 
Dans une lubie, J.O désira absolument à ce qu’elle apprenne à conduire. Selon lui, la voiturette ne présentait aucun danger et la familiariserait avec un véhicule plus sérieux en cas de besoin.  
Tu parles d’un sport ! Routes défoncées, conducteurs de tous types – charrettes, bicyclettes, motos, taxis, etc. – donnèrent des sueurs froides à l’apprentie. Visiter les innombrables temples, s’imprégner des saveurs exotiques en tout genre ne fut plus trop apprécié au bout de la semaine.
À l’hôtel où – parfois – ils se reposaient, J.O fanfaronnait à la piscine, déclenchant l’admiration des filles avec son physique frisant l’Adonis. Elle, dans son sage maillot une pièce, en faisait rigoler en douce.  Elle savait qu’il avait souhaité la perfection et s’était démené pour ces vacances au bout du monde qu’il essayait de la satisfaire en toute chose mais, franchement, elle commençait à regretter l’île déserte suggérée plus tôt…
 
*Encore deux semaines à tirer ? Je ne tiendrai pas le coup !...*
 
Bien sûr, elle garda ses remarques pour elle.  
Déambuler dans les marchés était peut-être rasoir pour J.O mais ça lui plaisait à elle quoique le marchandage ne l’emballait pas. 12000 roupies pour ce châle, et alors ? Elle aimait voir les artisans à l’œuvre et leur travail, souvent délicat, valait bien la menu-monnaie dépensée. À même le sol, on pouvait observer ces artistes en pleine création.  Bois, argent, broderie, c’est fou ce qu’ils proposaient. Pourquoi se serait-elle méfiée de cet artisan qui, affable dans son anglais incertain, lui monnaya ces figurines en terre cuite peintes à la main non sans lui avoir soutiré des informations sur son hôtel et son pays d’origine ? Ces masques grimaçants plairaient sûrement à Opal, elle paya et les emporta sans plus penser.
Ils étaient gentiment sur le chemin de l’hôtel, riant, bavardant, insouciants, quand une Jeep les rattrapa, la forçant à s’arrêter. Les hommes qui en descendirent ressemblaient à des policiers. Autant qu’elle sache, Angel n’avait pas commis d’infraction au code de la route même si la signalisation manquait cruellement. Un dialogue vif s’engagea entre un « officier » et un J.O qui tentait de le faire rigoler, conseil reçu à l’hôtel.   
 
Les papiers ? C’est ça qu’ils veulent ?
 
 Oh, là, là, elle n’avait pas de permis de conduire. La conversation reprit, moins amène. Ne pigeant que dalle, il ne fallait pas être devin pourtant pour comprendre que l’amende serait salée.  
 
Paie-les J.O et rentrons chez nous ! implora-t-elle, dépassée, sentant la panique monter.
 
Tout se serait arrangé à l’amiable si un des agents n’avait eu un flair incroyable.  Sans permission, il s’était mis à fouiller leur petit bagage. Dès qu’il mit la main sur les terres-cuites, il les fracassa  par terre. S’en échappa une fine poudre blanche…    
 
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Re: De qui se moque-t-on?

Message par J.O West le Dim Juin 08 2014, 11:49

Angel, mon amour, tu ne peux pas épouser cet homme, tu es ma femme !  
 

Celle-là était le genre de déclaration qu’on ne souhaite jamais entendre lors de SON propre mariage. Décidément, épouser Angel Grisham demandait endurance et nerfs d’acier !  Cette diversion malvenue prit toutefois fin quand des hommes en blanc, s’excusant à tout azimut, embarquèrent le pauvre fou et on put finir de se marier en paix.
Et bien sûr après il fallut se plier à l’ordre strict régissant l’évènement. Aucun détail n’avait été laissé au hasard. Tout y passa ! Les félicitations, les photos, les commentaires idiots, les moins idiots, les insidieux et le reste. Famille, en long et en large, amis, les vrais, les seuls qu’on avait envie de voir. J.O se scotcha un sourire ravi et essaya de ne pas perdre son adorable petite femme des yeux, ou mieux dit, n’avait d’yeux que pour elle. 
Bonjour, M. le Ministre. Au revoir, M. le Ministre. Le chapitre officiel clos on passa à de plus plaisantes occupations, ouvrir le bal, par exemple. Quel plaisir merveilleux, leurs pas s’accordaient avec une perfection surprenante, comme s’ils n’avaient fait que danser ensemble toute leur vie.
 
On leur fait plaisir, on découpe le fameux gâteau et on file…avant qu’il n’arrive n’importe quoi…un autre amoureux éperdu, par exemple !
 
Il n’y en eut aucun, pas plus qu’autre surprise inattendue. Et ils avaient filé, complices heureux, vers d’autres cieux. Le Paradis les accueillit, dans toute sa splendeur tropicale. J.O n’avait su trouver plus bel endroit pour commencer sa vie avec la femme qui avait su si bien lui voler le cœur…et qu’il avait eu autant de mal à convaincre de ce fait.
Mais évidemment, il n’avait pas contemplé la possibilité que sa bien-aimée ne partagerait peut-être pas les mêmes loisirs que lui. Pour être sincère, Angel ne semblait pas trop apprécier ses idées casse-cou, pour autant que rouler en mobylette ou faire du surf soient des activités de haut risque, pas pour lui en tout cas.
 
Pourquoi avoir choisi un tel endroit, mon chéri ?, et cela ne faisait que quatre jours qu’ils étaient là.
 
Tu n’aimes pas ?...Tu t’ennuies, mon ange ? Dis le moi, on fera ce que tu veux…
 
Non, je ne m’ennuie pas un instant. Les gens sont très sympathiques, accueillants et leur culture fascinante mais si tu cherches à me faire peur, Disneyland aurait été aussi bon !
 
Disneyland ?, de quoi rigoler de bon cœur, mais voyons, ma douce…on n’est plus des gosses…je pensais que découvrir …je suis un idiot, j’aurais dû te demander …*Et on aurait fini en découvrant les plages normandes !*
 

Mais au bout d’un moment, il oubliait la déconvenue et avait une autre brillante idée. Angel suivait le mouvement mais on ne peut pas dire que cela la rendait folle de joie. Surtout quand, entre ceci et cela, elle avoua ne pas savoir conduire.
 
Alors, chérie, on n’en parle plus…je t’apprendrai…tu verras, c’est amusant…et utile !
 
C’était son avis très personnel. Chérie, elle n’apprécia pas du tout. Elle était trop nerveuse, coincée, et sans doute assez fâchée. Il est vrai que pour apprendre à conduire n’importe quel autre endroit aurait été préférable…une route de campagne en Angleterre ou qui sait si mieux un parking désert ! J.O ravalait son impatience et se montrait sus son meilleur jour comme instructeur…au milieu d’une circulation bruyante, bigarrée et désordonnée, sur toute classe de chemins plus ou moins défoncés, tout en jouant les touristes.
Au moins trouvait-elle plaisant de parcourir les marchés, découvrant le très riche artisanat local. Si elle était capable de le suivre, un peu à contre cœur,  dans ses aventures, le moindre à faire était de l’accompagner dans ses virées artisanales…
 
Tu vas vraiment acheter ces trucs ?...Oui, tu as raison…ça plaira sûrement à Opal… j’espère qu’elle ne les accrochera pas dans la chambre des jumeaux…ça risque de les faire cauchemarder !

I
ls avaient rigolé et après un bisou, il s’était intéressé par une délicate sculpture qui pourrait plaire à sa mère mais il abandonna vite l’idée en se souvenant de la collection d’objets exotiques de Lady Strang.
Angel conduisait sur le chemin du retour à leur hôtel. Elle se montrait déjà plus relâchée et il aurait pu jurer qu’elle y prenait presque plaisir.
 
Tu vois…c’est pas si méchant que ça… tu t’y prends très bien…tu pourras avoir ton permis et ta voiture…voyons, ma chérie…on va vivre chez les moldus…Attention…oui, arrête toi…un contrôle, pas de souci !
 
Une jeep venait de leur barrer la route de façon assez cavalière et trois agents de la police locale en descendaient. J.O fit de même et avança vers eux. Leur attitude peu amicale le mit sur avis.
 
*Contrôle aux touristes…ils cherchent de la drogue !*
 
Qui ne doit rien, ne craint rien, il sourit, poliment et s’enquit, en indonesien, sur ce qui les intéressait.
 
Vous parlez bien notre langue, fit remarquer le plus haut gradé.
 
Je l’ai apprise enfant…je suis né à Djakarta…
 
Angel, encore au volant de leur véhicule, était nerveuse, de quoi éveiller des soupçons. On leur demanda leurs papiers, il en ressortit très vite qu’elle n’avait pas de permis de conduire.
 
Je lui apprenais à conduire…on vient de se marier…ce n’est pas si grave, elle n’a causé aucun accident !
 
Regards d’intelligence, sourire quasi obséquieux, on les voyait venir. Peu importait, il payerait l’amende et fin de l’histoire. Mais bien sûr, quand ça doit clocher, ça cloche ferme…
La figurine éclatée laissa échapper une fine poudre blanche. Arrêt sur image. Stupéfaction. Horreur.
 
Nous venons d’acheter ces masques au marché…, minable explication, nous ne savions pas qu’elles contenaient…ÇA !...NE TOUCHEZ PAS MA FEMME !
 
Finie l’amabilité. Sans plus on leur passait les menottes.
 
Calme-toi, ma chérie…calme-toi…je vais arranger ça…où l’emmenez-vous !?...NON !...LAISSEZ-LA !!!
 
L’un des flics entraînait Angel éperdue vers la jeep alors que les deux autres l’embarquaient lui dans leur véhicule. On le poussa sur la banquette arrière, au milieu de leurs achats éparpillés. Il hurla, se débattit et se prit un coup de crosse qui l’envoya gentiment dans les vapes.
Un baquet d’eau sur la tête le ramena des limbes, son crâne sourdait cruellement. Habitation étroite, fenêtre haute, grillagée. Il avait atterri en prison.
 
Où diables…
 
Bienvenue à l’hôtel K, ricana un des gardes.
 
Kerobokan, la plus célèbre des prisons balinaises, destinée surtout à la détention d’étrangers inculpés de trafic de drogues.
 
Impossible…ce n’est pas…jamais…
 
Ferme-la…ta copine a reconnu l’avoir achetée…tu sais quelle est la peine pour ça, hein ? Tu sais ?
 
C’est ma femme et elle n’a acheté que les masques sans savoir ce qu’il y avait dedans…
 
Ici, glapit un autre agent, la peine pour trafic est la mort…et on se fout d’autre chose !
 
Un vrai dialogue de sourds ! Impossible de faire entendre raison à ces gens-là, qui, c’était plus que clair, ne voulaient que lui soutirer une somme considérable en échange de leur coopération. L’argent ne lui posait pas de problème mais se plier si facilement ne ferait qu’encourager un négoce immonde qui ne consistait en autre chose que piéger des touristes naïfs et les plumer allègrement.
 
Je veux contacter mon ambassade !
, se limitait-il à répéter.
 
Celui qui menait la ronde se contentait de feuilleter son passeport comme s’il cherchait  Dieu sait quel indice douteux. Il finit par le reposer sur la table d’un coup sec et dévisagea J.O qui faisait des efforts pour garder son calme et ne pas lui sauter sur le râble.
 
Nous devrions pouvoir nous entendre, Mr. Strang-Westwood, commença t’il à dire d’un ton onctueux.
 
Cela ne me semble pas bien compliqué en effet, quelle partie de ma requête est celle que vous n‘avez pas compris ?...Je veux contacter mon ambassade !
 
Petits sourires narquois.
 
Cette malencontreuse histoire pourrait se régler facilement…vous me comprenez, n’est-ce pas ?
 
Je pense bien mais même si vous le pensez ce n’est pas si facile que ça…, il consulta sa montre, si d’ici une heure nous ne sommes pas, ma femme et moi de retour à notre hôtel, ils se chargeront de notifier l’ambassade de notre disparition, ce qui risque de vous causer plus d’ennuis que prévu, croyez-moi !  
 
Généralement, les touristes arrêtés en pareilles circonstances paniquaient à la seule mention de la peine de mort, sans importer qu’ils soient innocents  et cédaient très vite à la pression  pour payer des sommes plus ou moins exorbitantes en échange de leur liberté. Trop heureux de l’aubaine, ils quittaient aussitôt le pays, jurant n’y jamais revenir. L’affaire tournait rond. Sauf que là, ce touriste en particulier, ne semblait pas du tout prêt à marcher dans leur combine. De quoi s’énerver.
 
La procédure peut être longue, Mr. Strang, très longue !, glapit le plus petit des agents.
 
Je connais vos procédures  mais aussi mes droits !
 
Vous êtes accusé de trafic de drogues !, s’énerva l’autre.
 
Même le plus minable des trafiquants a des droits, que vous vous devez de respecter, l’Indonésie pour autant que sache a souscrit à la Charte des Droits de l’homme, non ? Ma femme et moi sommes des étrangers détenus par les autorités indonésiennes, donc notre droit est de notifier notre ambassade de notre situation, c’est la procédure la plus basique et élémentaire, toute négation de ce droit sera prise comme une violation grave des Droits de l’homme…ce qui peut donner lieu à des pénibles incidents  diplomatiques, ce qui, entre nous, risque de mettre en péril certains privilèges dont vous semblez jouir.
 

Il attendit tranquillement que son petit discours fasse son effet alors que les deux policiers s’écartaient pour tenir conseil. Un nouveau coup d’œil à l’heure le renseigna que leur heure de retour à l’hôtel étant largement dépassée, si tout se déroulait comme prévu,  le numéro de téléphone fourni au gérant, avait dû être déjà contacté.
Contrairement à ce que beaucoup pensaient, sa femme chérie entre eux, il n’était pas un indolent oisif, fils à papa  quasiment bon à rien. Il avait largement fait ses preuves avant de retourner en Angleterre et s’il avait réussi à être un membre respecté et honorable du Corps des Marines des USA, ce n’était surement pas pour ses beaux yeux.  Jamais de la vie il ne se serait aventuré à voyager en terres lointaines avec sa jeune épouse, sans prendre les précautions pertinentes.
Les agents étaient encore en pleine discussion quand un troisième policier, celui qui avait emmené Angel, se pointa, hors d’haleine.
 
Deux hommes sont là, le consul britannique et un avocat américain !
 
Les trois agents se tournèrent vers J.O qui se contenta de hausser les épaules en souriant, l’air pacifique et innocent. Tirer les choses au clair prit une petite demi-heure de franche discussion. L’accusé se vit disculpé plus rapidement qu’il ne faut pour le dire, on alla même jusqu’à lui demander des excuses pendant qu’on allait chercher Mrs. Strang, confinée jusque-là dans la section des femmes de la même prison.
Échevelée, blême, les yeux bouffis et encore tremblant de peur, Angel atterrit dans ses bras en sanglotant éperdue.
 
Tout va bien, ma chérie…c’est fini ! On s’en va !
 
Escortés de leurs sauveurs très dignes et empesés, les époux quittèrent ces lieux de triste mémoire sans même un regard pour leurs capteurs déconfits.  Une voiture les attendait, ils s’y engouffrèrent et le chauffeur démarra sur les chapeaux des roues.
Sans arrêter d’étreindre sa chérie en choc, il procéda aux présentations :
 
Ma chérie, voici Robert Tyrell et Peter Chambers, deux bons amis…euh, non…ils n’ont absolument rien à voir avec l’ambassade…ce dont deux vieux compagnons d’armes…je savais qu’ils se trouvaient à Bali, en vacances…deux précautions valant mieux qu’une, ils savaient à quoi s’en tenir au cas où…j’espérais ne pas avoir à vous déranger, les gars mais après toutes les histoires qu’on entend…
 

Un plaisir, capitaine…on s’est bien marrés…l’accent d’Oxford de Paul aura servi à quelque chose, rigola Tyrell, mais calmez-vous, petite dame, tout est bien qui finit bien, vous aurez été quitte pour une bonne trouille…faut dire que d’autres n’ont pas autant de chance !
 

On bavarda encore un peu jusqu’à leur arrivée à l’hôtel, les complices prirent congé avec la promesse de se revoir un jour ou l’autre. Le gérant en personne, consterné au plus haut point les accueillit en se défaisant en excuses et les escorta jusqu’à leur suite où les attendait du champagne au frais et autres attentions pour adoucir l’impact des événements.  À peine la porte fermée, reprit Angel dans ses bras, l’embrassant doucement…
 
Comment vas-tu, mon ange ? Ils ne t’ont pas fait du mal ?...Tu as eu très peur, m’en doute bien…je n’ai rien pu faire…on m’a assommé d’entrée de jeu…Ah bon, ça n’a pas été si moche…ça me rassure…non, ça n’a pas été affreux non plus…ils voulaient de l’argent, c’est tout…ils sont leur petit réseau bien monté…Non, pas un cent…euh…je les ai assommés avec un discours de droit international…et demandé à contacter l’ambassade…ils auraient fini par me laisser faire mais Robert a été plus rapide qu’escompté…Quoi si ça n’avait pas marché ?...Pourquoi y penser si ça a marché ?...Bon, si tu veux savoir, je me serais vu obligé de m’en prendre aux deux agents, les désarmer, prendre des otages et  te libérer par la force…je me serais sans doute fait descendre avant de te revoir et  on ne serait pas là à bavarder…Non, malheureusement j’avais laissé ma baguette ici…me transformer en once ?...Ça aurait fait chat mort, ma chérie…Demander de l'aide à mon père? Pourquoi donc? Tu vois bien que je suis très capable de me tirer d'affaire tout seul...

Il servit un peu de champagne frais à point et la fit s’asseoir près de lui dans le divan de la terrasse.
 
Non, bien entendu que nous n’allons pas rester ici…Demain nous irons à Djakarta où je déposerai une plainte au Ministère en dénonçant le réseau pour piéger des touristes…puis nous nous envolerons vers une île…toute petite, quasi déserte, sans voitures, ni marchés suspects…seuls toi et moi…dis-moi que l’idée te plait ?
 
En tout cas, il n’avait aucune envie d’aller à Disneyland, pas pour le moment…
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