Qui cherche trouve...

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Qui cherche trouve...

Message par John Smith le Jeu Fév 06 2014, 22:31

1 an ? Déjà ? Pour compter, John savait. Son cercle d’amis pouilleux ne le surnommait-il pas « le comptable » ? Méticuleux, extrêmement observateur, il enregistrait les menus détails de… d’à peu près, tout. À croire qu’il s’agissait d’une seconde nature. À moins que ce ne soit SA nature ?  
Entrer dans la communauté des SDF n’avait pas posé gros souci. Le jour même où il débarqua en catastrophe à Londres, Smith avait réalisé ne posséder que short, T-Shirt, espadrille, et… une baguette. Pluies, vent, il claqua vite des dents avec la différence de température additionnée du dépaysement.  
Il se terra dans un recoin, tentant de faire le point. Réflexe « naturel » ? Il ne demeura pas immobile longtemps. En ces lieux, nul ne devait le connaître mais son accoutrement ne correspondait pas à celui des autochtones. Pour se fondre dans la masse, John fouilla les poubelles. Un vieux pardessus râpé, des godasses éculées : parfait. À la nuit tombée, il osa s’approcher d’un brasero autour duquel d’autres paumés de la vie réchauffaient leurs doigts fanés aux ongles sales. Aucune parole ne s’échangea avant un long moment, avant qu’un malabar à peau sombre ne vienne le bousculer alors que tous les autres s’étaient respectueusement écartés de la source de chaleur pour lui céder le passage :
 
Dégage, morpion !
 
Trop froid pour céder. Son « non » parut figer espace et temps. L’autre rigola :
 
T’es nouveau dans le coin, toi ! T’as jamais entendu parler de Big Iron ?
 
Non !
 
Alors vais t’apprendre les règles, minus ! Quand j’arrive près d’un feu, il est à moi. Si je lorgne ta gonzesse, elle est à moi. De chaque tune gagnée, la moitié est à moi. Pigé ?
 
Non.
 
L’énorme rire comparable à la bedaine du grand type résonna :
 
Z’entendez ça ? Il pige que dalle, ce nul ! Zip, la leçon !
 
Bondissant, un individu dépenaillé, maigre comme un clou édenté, effectua un saut périlleux pour se planter face à John qui ne bougea pas un cil. Sa posture grotesque se voulait celle d’un ninja expérimenté. Avec des cris de chat écorché, il moulina des bras dans la direction de l’insoumis, Tentait-il de l’intimider ? Imperturbable, John le laissa approcher jusqu’à ce sentir sur son visage râpeux  l’air dégagé par les mouvements du belliqueux. Plus vive que celle d’un cobra, la riposte fulgurante expédia Zip valser à cinq mètres. Stupeur, murmures. L’auditoire s’interrogea. Comment ce grand type avait-il fait ça sans que nul ne le voie bouger ? Même Big Iron était scié mais aussi fâché. D’un claquement de doigts, il commanda à ses troupes d’élite en retrait d’attaquer. Le spectacle valut le coup aux yeux d’une population pourtant habituée aux combats de rue.  En quelques secondes les cinq expéditeurs allèrent rejoindre le premier sur le pavé. Seulement alors, John releva la tête pour toiser le chef des raquetteurs qui se décomposa instantanément. Son lard tremblota autant que sa voix :
 
Tout… Tout doux l’ami, on… on oublie ça, hein ?
 
L’absence de réponse valait tous les discours. Jamais cette mini cour des miracles n’avait retenti d’autant de rires que quand B.I détala comme un lapin effrayé.  
Peu à peu, intimidés, les SDF osèrent se regrouper autour du vainqueur ayant repris de se réchauffer au braser. Un vieil homme barbu portant un bonnet mité se plaça à ses côtés :
 
Tu comptes rester dans le coin, fils ?
 
Sais pas.
 
On m’appelle Wiseman. On doit causer, viens.  
 
L’entretien dans la cambuse du vieillard fut des plus éloquents. John en ressortit avec un nouveau statut : protecteur. Le deal ? Un simple échange de bons procédés. John s’engageait à écarter la bande de B.I contre bouffe, et renseignements.
La collaboration fut payante, surtout pour une des parties. Pas celle de Smith qui ne gagna que respect de sa communauté et l’assurance que nul ne s’intéressait à lui, là-bas.  Parfois, il reçut le milan de Max Von Falkenberg qui donna des nouvelles de sa famille et des résultats de son enquête. Bien peu de choses, hélas. John aurait bien aimé répondre par cette voie, mais ne parvenait pas à créer un patronus convenable. Manque de souvenirs heureux, sans doute.
Piétiner ne le gênait pas, cette vie de semi-vagabond lui convenait. Wiseman essaya bien de le pousser à se trouver un vrai job, seulement… sans papier d’identité – des faux étant très onéreux – sans autre capacité qu’un flair pour les embrouilles et une prédisposition à la castagne, dur de se faire engager honnêtement, même côté sorcier où il paraissait n’avoir pas réellement sa place non plus.
Le petit business du groupe était réglo, surtout en ne cherchant embrouilles à personne. Bien sûr Big Iron essaya de reprendre son territoire, et d’autres après lui, en vain. John avait fini par se résigner à cette condition et le serait encore s’il n’y avait eu cette rencontre qui allait tout  changer…
Cela faisait plusieurs jours qu’il avait senti les curieux picotements de sa nuque prouvant qu’on l’observait. Son pisteur était adroit mais lui encore plus. Quand John put jouer à son tour aux observateurs, il fut surpris :
 
*Une femme ?*
 
Un drôle de jeu tantôt chat, tantôt souris se déroula. Elle était tenace la bestiole !  S’il l’avait vraiment voulu, John se serait débrouillé pour disparaître aux yeux de cette fouine mais la curiosité le tenaillait. Un jour qu’il était le « chat », les événements accélérèrent les choses. Un gars de la bande à B.I osa déposséder la belle de son gros sac, pire, un second la molesta. Quand un troisième larron entra en scène, impossible de laisser les malfrats s’en sortir. En un clin d’œil il régla l’affaire, libérant la jeune femme des pattes crasseuses la souillant.
 
Bonjour chez vous, Miss !
 
Il pensait s’évaporer après l’avoir relevée, elle l’accrocha :
 
… parler ? Si c’est pour dire merci, voilà, c’est dit. Excusez-moi, je dois…
 
Bon dieu quel moulin à parole ! Des mots le frappèrent pourtant. Journaliste… observation… enquête… SDF… gang… président.  
Elle voulait une interview ? Pourquoi pas ?
avatar
John Smith

Messages : 30
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par Megan Reese le Jeu Fév 06 2014, 22:42

Les SDF ! Il en avait des bonnes Davidson. Il ne fallait pas être un génie pour savoir que le brave homme avait trouvé cette solution, à la va vite, tout simplement pour ne pas l’avoir sur le dos.
Megan n’était pas exactement ravie en quittant la rédaction mais déjà ses idées s’ordonnaient en prévision de cette nouvelle mission, qui même semblant assez anodine, pouvait donner quelque chose d’intéressant.  Ce n’était en aucun cas un thème à être entamé à la légère, un problème social en reste un, même si on veut l’ignorer.
 De retour chez elle, Miss Reese décida prendre la journée pour peaufiner certains détails pour réussir une entrée discrète au monde des sans-abri londoniens.  Il ne s’agissait pas d’arriver sur les lieux pour mener une enquête à tambour battant avec tout l’éclat des médias, mais de s’assimiler au mieux à ce milieu « délicat » où la susceptibilité était de rigueur.  Invariablement, au cours de ses reportages, Megan avait, par-dessus tout, scrupuleusement veillé à ne jamais blesser la dignité humaine. Les multiples raisons qui pouvaient entraîner un être humain à devenir, par choix ou nécessité, une personne sans domicile fixe, ne devraient pas donner lieu à transformer l’individu en un rebut de la société digne du mépris de ses semblables mieux nantis. Malheureusement, celui-là était, par règle générale, le cas.
 
La nuit tombait. Il avait commencé à pleuvoir. Megan resta un peu à l’écart, cherchant discrètement des yeux, un coin où poser son maigre bagage, aucune place disponible aux alentours immédiats. Son allure ne disait pas grand-chose mais cela avait l’énorme avantage de ne pas trop  attirer l’attention sur sa personne.
 
T’avais pas vue avant!
 
S’attendant si peu à qu’on lui parle, Megan sursauta en entendant la voix un peu éraillée de la femme qui la regardait avec un sourire jauni de nicotine.
 
Euh…non…suis de Salisbury !, dit-elle, faute de mieux.
 
Et tu cherches un hôtel pour la nuit ?...c’est pas le bon endroit !
 
Megan soupira, contrite et reconnut être en ville depuis une semaine, à la recherche d’un travail, presque tout  son argent avait fondu mais elle ne voulait pas rentrer au bercail, vaincue.
 
Ouais, connais ça…Suis partie un jour, aussi…après, c’était trop tard pour faire marche arrière ! Suis Peg…on va te chercher un coin…on est pas exclusifs, tu sais !
 
Chemin faisant, Peg la présenta à la ronde. Zack, Viv, Leroy, Vince, Loulou, Patty, le vieux Wiseman.  On lui dénicha un coin au sec, près de Peg et Viv. Elle agréa le geste et s’accommoda de son mieux. Le lendemain, elle s’arrangerait pour avoir un sac de couchage.
La vie n’était pas compliquée dans cette petite communauté. Les règles étaient simples. Ne pas voler, ne pas agresser. On partageait tout et on se protégeait les uns les autres. Si l’un avait un jour de chance, on célébrait l’aubaine, si ça tournait mal, on se serrait les coudes. Tous et chacun avaient leurs petites combines pour survivre, rien de bien malheureux ni pendable. Quelques-uns optaient pour faire la manche, mais la plupart préférait faire des petits boulots qui leur permettaient de gagner de quoi survivre avec un minimum de dignité. Les plus créatifs avaient opté pour une modalité assez surprenante : ils faisaient des visites guidées  et connaissaient un franc succès auprès des touristes toujours avides de nouveauté.
Elle avait dû faire preuve de sa bonne foi pour intégrer la petite communauté vivant sous la férule de Wiseman, figure de sagesse paternelle qui veillait pour le bon ordre et entente. Des petits apports modestes de sa part lui méritèrent l’acceptation de tous.  Agissant par d’autres moyens très discrets et détournés, elle avait réussi que certains dons utiles soient faits par des généreux anonymes, cela l’aidait à compenser la mauvaise conscience de devoir mentir sur son identité et  le vrai but de sa présence là.
Et puis un jour, elle le vit en action. Le Protecteur. À lui tout seul il mettait en échec les tentatives de certaines petites frappes et leurs gangs pour s’approprier de ce « territoire » et soumettre les gens de Wiseman à leur loi. On le respectait, ce grand taiseux, qui ne souriait jamais et préférait se tenir un peu à l’écart, n’intervenant  que quand on avait besoin de lui. Comme tous et chacun dans cette cour des miracles, son identité restait floue et personne ne cherchait à en savoir plus.
Elle commença à l’observer avec plus d’attention.  Smith, nom d’emprunt, le plus sûr, donnait mal le type de sans-abri commun. C’est en le voyant en action, lors d’un raid d’un de tant de gangs que Megan reconnut un style de combat que personne n’apprend en courant le rues.
 
*Ce type a reçu un entraînement spécial…très spécial…*
 
À partir de ce jour, Megan focalisa son attention sur le mystérieux Smith. Cherchant à se fondre dans le décor, se mêlant à la foule quand il quittait les alentours, elle suivit ses déplacements, s’étonnant des choix perçus. Tantôt il entrait dans une bibliothèque et y restait des heures, tantôt elle le découvrait attablé face à un ordinateur dans un cybercafé.
 
*Il est en planque ?...S’il se trouve, suis pas la seule à vouloir faire un papier sur les SDF !*
 
Mais plus elle y pensait, cette idée lui semblait ridicule. Une autre puissante raison devait pousser Smith à ce choix de vie.
Perdue dans ses réflexions, elle gribouillait des notes dans son calepin, quand une main rustre lui arracha son sac au temps qu’une voix goguenarde raillait sa proteste outragée. De rien ne servit bondir toutes griffes dehors essayant de récupérer son bien. Un deuxième larron s’en mêla, la saisissant à bras le corps. Elle eut beau se débattre, la partie semblait perdue d’avance surtout quand un troisième balèze entra en cause. La suite fut rapide et surprenante. Jailli de nulle part, Mr. Smith remit les pendules à l’heure en deux temps trois mouvements, les trois malfrats mis en échec déguerpirent sans demander leur reste.
Encore à moitié sonnée, elle accepta sa main pour se relever.
 
Bonjour chez vous, Miss !, dit-il en faisant demi-tour.
 
Non…attendez…ne partez pas comme ça! Je…je vous remercie infiniment de m’avoir tirée de ce mauvais pas…Je…voudrais parler avec vous…s’il vous plait…, pour mieux faire, elle l’accrocha du bras, ce qu’il ne sembla pas trop agréer.
 
… parler ? Si c’est pour dire merci, voilà, c’est dit. Excusez-moi, je dois…
 
Non, pas simplement pour dire merci…Faut excuser mes manières si cavalières mais il se trouve que…enfin, je suis journaliste…cela fait des jours que je vous observe…non, je ne travaille pas de mèche avec les autorités ni rien de semblable…disons que c’est du travail social, c’est ma spécialité…je le fais partout dans le monde, pourquoi pas ici, à deux pas de chez moi ?...Je veux aider ces personnes, améliorer leur qualité de vie…mais vous…vous avez attiré mon attention, vous n’êtes pas comme tous ici…je vous ai vu vous battre contre ces brutes, vous mettez les gangs en échec, vous êtes le héros de la communauté SDF…Ce n’est pas donné de croiser un homme comme vous dans ce milieu…
 
Tiens, son discours décousu avait retenu l’attention de Mr. Smith, ce qui ne l’empêchait pas de la considérer avec une certaine suspicion, ce qui, tout compte fait, était compréhensible.
 
Donnez-moi un interview, parlez-moi de vous…de votre parcours…
 
Elle se serait plutôt attendue à une véhémente négative, mais, contre toute attente, il accepta. De quoi l’intriguer encore plus. Autant sauter sur l’aubaine.
 
Si ça vous dit…on pourrait s’éloigner un peu…je ne voudrais pas que les autres découvrent si vite qui je suis…cela pourrait les mettre mal à l’aise…vous savez…Il y a un petit café, non loin d’ici…
 
Il accepta. Peu après, assis à une petite table en retrait de porte et fenêtre, elle sortit un petit enregistreur du fond de son gros sac.
 
Cela ne vous dérange pas, n’est-ce pas ?...C’est plus facile et rapide que prendre des notes…je ne retranscrirai que ce que vous m’autoriserez …je suis très sérieuse avec mon travail.
 
Apparemment aucun inconvénient de ce côté-là. Les surprises commencèrent à partir de la première question.  John Smith reconnut ne rien savoir sur lui. Il était là, faute d’avoir d’autres choix, sans avoir idée d’où il pouvait tenir  cette connaissance approfondie en méthodes de défense  et survie.
 
Vous n’avez pas appris ça chez les scouts, soyez en sûr.  Je ne rigole pas, John…je peux vous appeler John, oui ?...Au fait, je suis Megan…mais enfin, revenons à nos moutons…Vous êtes là, parfaitement amnésique, sans aucun document ou piste apparente…mais vous êtes quand même sorti de quelque part, non ?

Là, il marqua une hésitation digne d’être tenue en compte, avant d’opter pour le flou artistique.
 
Là, non plus aucune idée ?...cela fait un an que vous êtes avec le groupe de Wiseman…Vous êtes apparu là…sans idée d’où vous sortiez…Étiez-vous malade ? Blessé ?...Ah bon…Non !, elle soupira et éteignit l’appareil pour le dévisager sans gêne, si vous ne voulez pas me le dire, à votre aise…mais il m’a semblé que vous-même êtes curieux de savoir un peu plus…Je peux vous aider, sans doute mes moyens d’enquêter sont plus affinés que les vôtres…parce qu’à moins que vous pensiez être une personnalité planétaire, je doute que vous alliez trouver quelque chose dans les bouquins de la bibliothèque ou dans le Net…
 
 Moue en coin, qu’elle crut bon interpréter comme une esquisse de sourire. Déjà une petite avance, Mr. Smith pouvait essayer de sourire !
 
Bien sûr, nous irions plus vite en besogne, si on mettait votre photo dans le journal…quelqu’un vous cherche, sans doute…vous avez peut-être une famille qui se fait une bile monstre…des amis…

*Ou des ennemis…ou une réalité pas belle du tout…*


Dernière édition par Megan Reese le Mar Aoû 05 2014, 23:45, édité 1 fois
avatar
Megan Reese

Messages : 29
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par John Smith le Sam Fév 08 2014, 18:29

Qui était-il ? Quoiqu’il ait été dans le passé, John Smith n‘était certain que d’une unique chose : il était actuellement obsédé. D’autres auraient peut-être tourné la page devant l’inutilité des efforts déployés à restaurer une trame inexistante. Pas lui ! Le docteur Zaline l’avait prévenu lors des « séances » de restaurations auxquelles elle avait parfois mêlé Lavinia Dexter, une de ses amies médecins, génie des cerveaux ramollis, qui ne put que constater les lésions anatomiques comme très profondes voire irréversibles. Preuve en était l’absence de flashes même en rêves. Si, à un moment donné, un John Smith – ou quel que soit son nom – avait existé, il n’existait plus. Une partie du cerveau de John était morte à jamais. Seuls subsistaient réflexes et aptitudes particuliers, à part ça… rien. Mais ce rien de suffisait pas à John. Il n’admettrait pas de commencer une nouvelle vie avant de savoir pourquoi l’autre s’était arrêtée brusquement, quitte à remuer ciel et terre pour y parvenir.
Durant cette année au sein des SDF, il avait prouvé être – ou être devenu – quelqu’un de bon et… d’efficace. Parfois, ses capacités l’effrayaient lui-même. Où avait-il appris tout ça ? Pourquoi ne tolérait-il pas l’injustice ? D’où lui venaient ces intuitions à flairer les mauvaises ou bonnes intentions d’autrui ? Il cherchait, cherchait et ne trouvait que dalle. Restait à supposer qu’il s’y prenait mal ou, tout bêtement, qu’il n’y avait rien à découvrir. Seulement ça, il ne parvenait pas à en démordre : on ne cherche pas à abattre un innocent ! Alors il fouillait, que faire d’autre ?
 
Protéger devait être une seconde nature. Il excellait dans cet exercice et son pote Wiseman n’avait pas usurpé son surnom en lui reconnaissant ce talent. Intervenir alors qu’une femme se faisait agresser fut un réflexe même si cette nouvelle venue dans la communauté lui avait semblé singulière à plus d’un titre. La beauté de la Miss n’entrait pas en compte. Elle possédait un je-ne-sais-quoi de… différent des vrais sans domicile fixe.  Trop propre, trop polie ? En tout cas, elle l’avait dans son champ de tir, et le jeu du qui-suit-qui en fut amusant jusqu’à l’accrochage au bout duquel elle lui proposa une interview. Oui, non ? Au point où il en était…
 
Un café banal, coin discret à souhait. Le petit enregistreur branché, elle se lança dans un flot de questions. Dès la première, il exposa froidement les faits :
 
Inutile de me demander qui je suis, d’où je viens. Je n’en sais rien, c’est tout. Disons que j’ai eu un accident qui m’a fait… oublier.
 
Il marqua plusieurs pauses dans son déballage car, à aucun moment, il ne souhaitait impliquer Max ou Ysaline dans l’affaire.  
Évidemment, cette fouineuse professionnelle ne rata pas ses hésitations, ses survols de semi-vérités. Elle éteignit l’enregistreur :
 
…si vous ne voulez pas me le dire, à votre aise…mais il m’a semblé que vous-même êtes curieux de savoir un peu plus…
 
Vous n’imaginez pas combien. Ça vous embêterait de revenir au sujet de votre papier initial. J’en dois une à Wiseman, et… *Raté*

 … Je peux vous aider, sans doute mes moyens d’enquêter sont plus affinés que les vôtres…parce qu’à moins que vous pensiez être une personnalité planétaire, je doute que vous alliez trouver quelque chose dans les bouquins de la bibliothèque ou dans le Net…
 
Elle l’avait donc suivi pas à pas, cette usurpatrice ! Il ne put s’empêcher de tordre une sorte de sourire en hommage à sa sagacité. Mais cette humanité fondit lorsqu’il entendit :
 
Bien sûr, nous irions plus vite en besogne, si on mettait votre photo dans le journal…quelqu’un vous cherche, sans doute…vous avez peut-être une famille qui se fait une bile monstre…des amis…
 
NON !
 
Rôt irrépressible où trouille et nerfs se mêlaient, ce cri sortit. Il se leva, blême :
 
Je vous remercie de votre attention. L’entretien est clos. Faites un bon papier, oubliez-moi !
 
Il fit deux pas, revint, s’éloigna à nouveau, resta à mi-chemin entre table et porte puis, lentement, la perça de son regard sombre :
 
Ne vous risquez pas dans ces eaux-là, Megan. Des gens, devenus de grands amis, ont failli y aller de leur peau pour avoir osé. Écrivez votre article, qu’il vante Wiseman et son désir d’équité mais ne me mentionnez pas. Si vous le faites, Dieu vous garde ! Adieu.
 
Vive la magie ! Si l’appliquer avait du bon, il y recourait peu. Pas de sa faute s’il avait des lacunes là aussi.   
Plusieurs jours s’écoulèrent sans heurts, pas plus que d’ordinaire et, surtout, sans surveillance.
 
*Elle a plié bagage. Bon vent !*
 
Mi-soulagé, mi-frustré, il ne savait pas ce qui le dérangeait le plus des deux cas. D’ordinaire, il jugeait  à coup sûr d’où le vent venait. Fallait croire qu’il s’était gouré.
Et pourtant…
 
Depuis trois mois, Ian Derek occupait un boulot fixe, le plus cool dont puisse rêver un gars comme lui. Lire ? Il adorait ça ! Éplucher la pile de gazettes posée chaque matin sous son nez ne lui prenait que quelques heures à peine. Comparé à certains collègues, il était ultra rapide à repérer les mots-clés prévus par contrat. Il jugeait idiot d’être rémunéré pour ce jeu stupide mais tant que ça payait…
Ce jour-là, il décrypta sa feuille de chou en un temps record. N’était-ce pas son tour d’être de corvée sandwiche ? Privés de leur café et en-cas, ses potes risquaient l’endormissement.
Plusieurs mots apparurent dans un article émanant d’un truc anglais. Il les copia, les transmit par ordinateur puis collecta la monnaie des courses prévues. Ses tâches accomplies bien avant la pause déjeuner, il profita de ses heures de loisir méritées en flânant au square proche où il échangea quelques coups d’échiquier avec un habitué avant d’acheter de quoi sustenter ses collègues.
Guilleret, il sifflotait en entrant dans la salle de lecture.  Mais une odeur âcre, jamais flairée auparavant lui coupa la chique.
 
B… Bob ? Ted ? Laurel ? Kate ? Que…
 
Une horreur indicible lui souleva les tripes. Tous… abattus. Ce sang, cette odeur…  Appuyé contre une cloison, il vomit. Deux balles transpercèrent poitrine et tête.
 
Tout est propre ! annonça l’homme en noir à son supérieur.
 
Bien ! répondit X. Phase deux.
 
Le costume s’inclina et tourna les talons.
Sitôt la porte close, X soupira. Le jeu en valait-il la chandelle ? Encore des victimes ! Probablement inutiles… Après deux années de traque, une piste de plus, de moins ? Peu importaient les dommages collatéraux. Le protocole primait.
 
Par Megan Reese…
 
Sitôt lu, l’article vira le foie de John. Pas qu’il soit moche, loin de là ! À la fois touchant et objectif, malheureusement l’encadré, en filigrane, le laissait transparaître, lui !
Pas de photos, ni de nom, mais pour qui savait décrypter cela sonnait comme les trompettes de la mort.  
Elle avait observé ses recommandations mais… Et son nom s’étalait en gras.  Il blêmit, jura et se précipita chez le « chef » :
 
Wise, il va se passer un truc. Cherche pas à comprendre. Dispersez-vous, oubliez-moi ! Ou… Oubliette !
 
Le sort retrouvé d’on ne sait où frappa Wiseman et plusieurs de ses amis. Possédé d’une fièvre inédite, John raya tout souvenir de son passage parmi ceux qui l’avaient si bien supporté. Restait la journaliste. Un transplanage, il fut dans ses locaux. Avant de se quitter, elle lui avait glissé sa carte de visite professionnelle.
 
Pas de question ! On y va !
 
Il l’empoigna dans un parcours pendant lequel – ô merveille ! – elle ne sut placer un mot contradictoire.  Chaudron baveur, mur qui s’ouvre via baguette, chemin de traverse… Pas étonnant qu’elle tourne de l’œil.  
 
Megan ? Meg ? Si tu m’en veux tant pis ! Allez, ouvre les yeux !  
 
Une heure qu’elle roupillait. Ça commençait à bien faire. Un revigor ? Il n’osa pas. Il tournait en rond quand un hurlement le fit bondir vers la réveillée…
avatar
John Smith

Messages : 30
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par Megan Reese le Sam Fév 08 2014, 19:11

Drôle de bonhomme ! Quoiqu’en y pensant bien, elle aurait pu s’y attendre, à cette soudaine négative, jaillie des tréfonds de son âme…de sa peur ? Il s’était levé, blême, prêt à déguerpir, mais resta extraordinairement poli en disant, d’une voix voulue mesurée :
 
Je vous remercie de votre attention. L’entretien est clos. Faites un bon papier, oubliez-moi !
 
*Tu veux rire…fameuse énigme, la tienne !*
 
S’en aller ? Ne pas le faire ? Il hésitait. Megan, elle, ne bougea pas d’un poil, l’observant, fascinée par ce duel interne. Près de la porte, il fit encore demi-tour et revint pour la dévisager intensément.
 
Ne vous risquez pas dans ces eaux-là, Megan. Des gens, devenus de grands amis, ont failli y aller de leur peau pour avoir osé. Écrivez votre article, qu’il vante Wiseman et son désir d’équité mais ne me mentionnez pas. Si vous le faites, Dieu vous garde ! Adieu.
 
C’était bien plus qu’un simple conseil. Une mise en garde. Contre qui ? Contre quoi ? Inutile vouloir en savoir plus, John Smith fit demi-tour, et cette fois s’en alla pour de bon. D’abord tentée de lui courir après, Megan opta pour rester à sa place, en fixant la porte, cent questions au bout de la langue. Quels étaient les démons qui hantaient cet homme ? Cette fuite polie obéissait plus à l’instinct de survie qu’à une cause rationnelle, sa main à couper. John Smith craignait, sans savoir exactement quoi.
 
*Pas une histoire quelconque…il y a gros là-dessous…Il veut savoir mais en même temps, craint de le faire pourtant, avant tout, il protège les autres…qui es-tu, John Smith ?*
 
Celui-là aurait été un superbe titre pour un article. Un titre qu’elle n’utilisa pas. Les derniers mots de Smith résonnaient toujours dans sa tête. Elle ne devait pas le mettre en évidence, pour les raisons qu’il soit et ne le ferait pas.
 
C’est superbe, Megan…Objectif, touchant, humain. Cela remuera des consciences mais dis-moi… le mystérieux protecteur…c’est un élément vital pourtant tu n’en fais qu’une mention minime…
 
J’ai mes raisons, Mr. Davidson…je respecte mes sources d’information.
 
Le rédacteur en chef accepta l’explication comme bonne et l’article parut, tel quel.  Megan reçut des appels la félicitant, entre autres un de sa mère, émue et fière de son beau travail mais souhaitant sa présence le week-end, pour célébrer l’anniversaire de ce cher Sir Albert.
 
Je ferai de mon mieux, Maman…mais ne promets rien, tu sais comme c’est…s’il y a une assignation importante, faut faire avec !
 
Dame Mathilda Reese n’admettait pas facilement mais dut se contenter de cela. Megan venait de raccrocher, avec un soupir soulagé. Son assignation la plus urgente était éviter, envers et contre tout, les assommantes réunions familiales.
 
Pas de question ! On y va !
 
Miss Reese avait les nerfs bien trempés et peu de choses parvenaient à la surprendre vraiment, mais que John Smith se matérialise à côté d’elle, sans préavis, la fit faire un bond d’un demi-mètre.
 
Non mais…vous sortez d’où…et que…
 
Pas le temps d’en dire plus. Il semblait pressé. Deux secondes pour prendre son gros sac, qui ne la quittait jamais et  la voilà entraînée dans un parcours du combattant digne d’un film d’action.  Tout s’accordait pour une sortie discrète.  Son petit bureau était le plus proche des ascenseurs, la plupart de ses collègues se trouvaient dans la salle de conférence subissant les foudres de Davidson, en plus c’était midi, et ceux qui restaient par-là, s’occupaient  plus de leur casse-croûte que de remarquer sa sortie en remorque, tractée par un grand bonhomme énervé.
Cela ressemblait beaucoup à une fuite échevelée. Megan suivit le mouvement, sachant les questions malvenues, on verrait après. Elle remarqua la préférence pour les transports en commun, c’était tout à fait impersonnel. Un chauffeur de taxi, ça risque de vous remarquer, et en toute évidence, Mr. Smith tenait surtout à la discrétion.  Se retrouver à Charing Cross Road l’étonna un peu, sûre que son compagnon de route n’était pas là pour acheter un livre. Mais il ne démontra aucun intérêt aux nombreuses librairies du coin.
La porte ouverte, il la poussa doucement à l’intérieur.  Un pub ? Une salle d’auberge ? Enfumé, assez miteux, va et passe, mais ce fut l’extraordinaire clientèle là réunie qui retint toute son attention, le temps de traverser la salle à toute vitesse pour aboutir à une cour fermée.
 
*Cul de sac…et maintenant, Mr. Smith ?*
 
Megan n’oublierait pas  la suite du restant de ses jours. Sortant un bout de bois de sa poche, le mystérieux de service se livra à un curieux manège, tapotant certaines briques de son artefact désuet. Ce qui se passa ensuite, la laissa sans souffle. Le Mur s’ouvrait, leur livrant passage. Rue marchande animée, foule bigarrée costumée pour un Halloween précoce, lampadaires antiques, pavés luisants, enseignes étranges des magasins…un autre monde.  Pour la première fois de sa vie, Megan Reese s’évanouit…
 
Megan ? Meg ? Si tu m’en veux tant pis ! Allez, ouvre les yeux !  
 
Sa voix lui parvenait, angoissée, mais ce limbe cotonneux où elle flottait était douillet, rassurant. Cependant, le souvenir de sa dernière expérience revint en force.  L’étrange auberge, le mur, le bout de bois faisant pivoter les briques…l’extraordinaire spectacle découvert…
Cette évocation finit par la réveiller. Se redressant, à bout de souffle, tremblant presque, Megan parcourut du regard l’endroit où elle se trouvait.  Petite chambre, chichement meublée, fenêtre étroite laissant passer une clarté glauque…
 
*Enlevée…on m’a enlevée…*
 
Son hurlement eut l’heur d’amener dare-dare Mr. Smith sur les lieux. Il avait l’air passablement tracassé mais elle n’avait que faire de ses états d’âme.
 
Pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce que vous m’avez fait !?...J’avais confiance en vous…À quoi rime tout ça ? Où sommes-nous ?
 
Il se préoccupait plutôt de sa santé, s’avouant coupable de lui imposer ces moments pénibles, mais que ses agissements obéissaient à un seul désir : la sauver.
 
Me sauver ?...Me sauver de quoi, bon sang ?...Ah bon ? Un grand danger se cerne sur moi ?...Quel danger ?...Dis donc, pour un amnésique tu en sais, des choses…Au fait, cela ne te dérange pas…le tu, voyons…Non ? Tant mieux…
 
Sans demander son avis, elle sauta du lit et faillit s’étaler de tout son long tant ses jambes flageolaient. Il la retint de justesse mais avec un effort de volonté, elle se reprit, s’obligeant à tenir debout malgré tout. Curieusement, elle n’avait plus peur. La présence tranquille de John avait un effet lénitif sur ses nerfs.
 
Tu me dois une sacrée explication, assura t’elle en avançant à petit pas vers la porte sans qu’il essaye de la retenir, on est où ?..., elle quitta la chambre, dis donc…c’est plutôt riquiqui, le coin…pas le Ritz !
 
Un petit séjour, peu de meubles. L’essentiel et encore ils semblaient sortir tout droit de la brocante. La cuisine découverte ensuite la laissa sans mots un instant.
 
C’est quoi…ça ?...Une cuisinière à bois …du temps de mon arrière-grand-mère, oui…et le frigo ?, il n’y en avait pas, euh…et alors ? Glacière ?...Pardon, Mr. Smith…je devrais peut-être demander à quel siècle on est ?...

Selon lui, on n’avait pas quitté le 20ème. La salle de bain, exiguë, et aussi désuète que le reste n’aida pas à conforter cette affirmation.
 
Disons que je te crois…mais pour le reste,  va falloir avoir vraiment une très bonne histoire…En commençant par ton apparition…je lisais mais ça ne veut pas dire que je sois devenue sourde ou empotée…tu es sorti du néant !...Et puis ce tour de passe-passe avec ce bout de bois…va sans dire le petit monde biscornu…ces gens attifés bizarrement…j’ai jamais vu une rue pareille de ma vie…ces magasins…Oui, j’ai tout remarqué…suis journaliste, moi, suis douée pour l’observation rapide et pour retenir les détails marquants…or là, pour marquants, ils l’étaient, les détails…
 
Prévenant, il l’invita à prendre place dans le petit divan et s’assit face à elle, avec une mine de circonstance qui avançait la couleur de ce qui allait suivre. Megan écouta, sans interrompre, l’histoire la plus farfelue de tous les temps, où il était question de la déjà connue menace-fantôme, des dangers encourus et puis, la cerise sur le gâteau : l’option de fuir à un monde inaccessible pour la plupart. Un monde parallèle, existant tout à côté du sien, si normal, où la magie était de rigueur. Pour alors, elle sentait la tête lui tourner bellement en essayant d’assumer ce flot d’information inédit.
 
Euh…ça veut dire que…tu es une espèce de…mage ?...ah bon, sorcier…excuse –moi…non, m’attends pas à que tu tires un lapin d’un chapeau…restons pratiques…tu y arrives avec un whisky bien tassé ?...Je crois en avoir besoin !
avatar
Megan Reese

Messages : 29
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par John Smith le Dim Fév 09 2014, 17:48

Réfléchit-on dans l’urgence ? Oui et non.
Dans le feu de l’action, John n’avait pas pris le temps de peser le pour et le contre de cette décision d’évacuer Megan d’une source potentielle de danger. À la lecture de son article, une sorte de lampe rouge s’était mise à clignoter avec insistance, et le reste s’était déroulé très vite.
La retombée de l’adrénaline lui fit mesurer l’énormité de sa précipitation. Amener une moldue chez des sorciers ? Quelle folie !
 
*Sans doute aussi, quelle connerie !*
 
L’éveil de la belle au bois fut à la hauteur de ce qu’il redoutait. La foule de questions plut :

Pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce que vous m’avez fait !?...J’avais confiance en vous…À quoi rime tout ça ? Où sommes-nous ?
 
Est-ce que vous vous sentez bien ? Je suis désolé Megan. Je n’avais pas le choix. J’ai agi très vite, peut-être trop, dans le seul but de vous mettre à l’abri... Vous courez un grand danger…
 
Questions, questions… Elle se leva, il dut la retenir. Plus calme, elle redevint, hélas, sagace :
 
Tu me dois une sacrée explication, on est où ?..., dis donc…c’est plutôt riquiqui, le coin…pas le Ritz !
 
Tu es chez moi, là où je vis parfois, quand je veux m’isoler.
 
Mais, déjà, elle inventoriait les lieux à sa manière critique, sensée et de s’étonner de tout cet ensemble aussi miteux que désuet :
 
…je devrais peut-être demander à quel siècle on est ?...
 
Nous n’avons pas bougé d’époque. Les gens d’ici vivent autrement que chez toi. Ils sont plus… rétrogrades, moins… avancés en technologie que dans tes habitudes.
 
Convaincue ? Peut-être. Cependant, cela ne suffisait évidemment pas à tout expliquer, notamment les choses qu’elle n’avait pas ratées malgré la tourmente.  
 
… suis journaliste, moi, suis douée pour l’observation rapide et pour retenir les détails marquants…or là, pour marquants, ils l’étaient, les détails…
 
Viens t’asseoir. Écoute-moi sans m’interrompre, veux-tu ?  Je suis vraiment navré de t’imposer tout cela. Dès que j’ai lu ton article, très bon du reste, j’ai su, oui su, que tu risquais, comme mes amis, de terribles retombées. L’unique endroit – du moins le plus sûr pour toi actuellement – est ici. Sache que TA réalité, le monde dans lequel tu vis, n’est pas le seul à exister. La barrière est mince entre les deux, et peu d’entre nous la franchissons en nous mêlant à vous du mieux possible. On se ressemble tout en étant très différents car, s’il nous manque l’industrialisation, le modernisme, nous compensons grâce à des aptitudes… particulières, des pouvoirs spéciaux, si tu préfères.
 
Yeux écarquillés, lèvres entrouvertes, Megan goba l’ensemble avec – il fallait le reconnaître – une parfaite maîtrise d’elle-même. Sciemment, John avait omis les mots directs tels que magie et sorcellerie, mais la journaliste lut entre les lignes :
 
 Euh…ça veut dire que…tu es une espèce de…mage ?
 
Ici, nous préférons le terme de sorcier. Meg, il s’agit de vraie magie, pas d’illusions grotesques qui te sont familières.
 
Pour une moldue, elle encaissait plutôt bien. Elle ne lui fit pas l’affront d’exiger qu’il fasse apparaître un lapin du chapeau qu’il ne possédait pas, mais réclama de l’alcool. Puisqu’il en avait besoin aussi, il se leva et alla tout simplement chercher son unique bouteille dans la cuisine :
 
C’est un bon cru. Tu m’en diras des nouvelles !  
 
Le tord-boyaux – cadeau de trottoir d’amis reconnaissants – fit tousser copieusement Reese, ce qui lui arracha un coin de sourire :
 
Désolé, j’ai rien de mieux. Faut pas croire que la magie soit gratuite. Tout ce que l’on fait apparaître est débité de notre compte en banque, sinon ce serait trop… simple… Ben oui, j’en ai un, par obligation. Tu te doutes que mon coffre n’est pas rempli… La banque ? C’est Grigotts ; des gobelins la tiennent… Oui, oui ? je comprends que tu veuilles tout savoir, mais…
 
Elle voulait des preuves, voir de ses propres yeux. Bouger devint indispensable. John préféra cela que de subir un interrogatoire serré.
 
Ok, ok, on sort. Tu as vu, dehors, les gens ne sont pas habillés comme… toi. On… on va aller chez Mme Guipure, elle est très… compréhensible. Je m’habille, on y va.
 
Quand elle le vit affublé de sa robe usagée, Megan partit d’un éclat de rire aussi irrépressible que vexant.
 
*Rira bien qui rira le dernier !*
 
Sur les pavés, force fut de retenir la journaliste par le bras afin d’éviter qu’elle ne colle son nez à toutes les vitrines croisées en chemin. Il commentait, sobre :
 
La chaudronnerie, pour les potions ou la cuisine… Ouais, on est ringards… Non, non ! On n’entre pas là ! On n’y vend que… c’est pour le Quidditch, notre sport… Ouais, on vole dessus… pas moi, non !
 
Y avait-il joué ? Il n’était pas prêt de s’y risquer en tout cas. Ysaline et Max l’avaient rééduqué mais pas à ce point-là.  Chose certaine après avoir dû tracter Miss Reese dans leur parcours épique : il détestait le lèche-vitrine ! Impossible de ne pas s’arrêter à chaque boutique.
Passée la librairie, ils arrivèrent enfin chez la couturière qui, bien en chair drapée de mauve, s’enquit de leurs désirs. Maussade, John répondit : 
 
Une robe pour mademoiselle. Pas trop…
 
Vu la vôtre, très cher, nous comprenons.  
 
Ce qui se passa dans l’arrière-boutique ne parvint pas aux oreilles d’un Smith tourmenté d’avoir laissé seule une moldue avec une sorcière inconnue. Le résultat devait pourtant satisfaire les deux parties puisque l’accorte dame rigolait en raccompagnant sa cliente.
 
On fera porter les paquets ! Merci encore de votre visite. Au plaisir !
 
Sitôt la porte franchie, il sermonna Megan :
 
DES paquets ? Il ne s’agissait que d’une robe, UNE seule robe ! Je n’ai pas les moyens de…
 
Toute contente,  la journaliste assura avoir obtenu un bon accord avec la commerçante mais réclama de suite une visite à la banque.
Les Gobelins, très aux faits des transactions monétaires et du change, traitèrent l’affaire rondement. Megan s’amusa comme une folle, lui ressortit vert de la balade aux tréfonds de Gringotts. Tandis qu’il avait la nausée, elle, elle avait faim.
 
Je connaissais un endroit sympa avec un chef cuisinier pas regardant à la note. La guerre a… Ouais, nous aussi, nous en avons. Viens par là, Florian a rouvert depuis peu. Il vend plus que des glaces maintenant, il est réglo.
 
Se poser fit du bien à un John assez déboussolé par une situation qu’il avait lui-même créée. S’il espérait que la pause calmerait les impatiences de Miss Reese, il déchanta. Tandis qu’il se contentait d’un œuf dur et de pain, la belle enfourna quantité de plats, non sans cesser son interrogatoire. La moutarde d’accompagnement ne fut pour rien dans l’énervement soudain qui le saisit :
 
Meg stop ! Tu t’amuses ? Tant mieux ! Hélas, tu n’as pas l’air de te rendre compte que nous sommes dans une merde pas possible ! Comprends-tu que tu ne peux plus rentrer chez toi pour le moment ? Que ton joli petit monde cruel ne sera plus jamais pareil, que tu vas devoir la boucler sur tout ça si nous parvenons à rester en vie ?.. oui, oui, rester en vie !
 
Au moins, elle cessa de mastiquer pour se concentrer sur leur cas. Néanmoins, elle doutait encore de la réalité de la menace.
 
… Bon sang, tu ne crois quand même pas que j’ai inventé tout ça, juste pour te faire voir de nouveaux horizons ou pour tes beaux yeux ?  Non, il ne s’agit pas d’exagération !... Ok, je te détaille.
 
Là, il ne lui cacha plus rien, ni de son réveil, sa rééducation aidée par ses amis, l’attaque du camp après les recherches de Max sur compte, son transfert involontaire à Londres.
 
 … J’ai eu de leurs nouvelles mais n’ai pas osé leur répondre… Ouais, la magie aiderait, suis pas un très bon sorcier, je le crains… Vérifier ? Tu es marteau ou sourde ? Je… Je ne peux pas t’empêcher de faire ce que tu veux mais n’implique pas mes potes, jamais… Sinon…
 
Sinon quoi ? Bonne question. Il pouvait la menacer de furonculus ou autres méchancetés, elle ne le croirait pas.
 
Sinon, je disparaîtrai, tout simplement. Tu pourras raconter ce que tu veux, tu seras la risée du monde entier. Salut !
 
Il s’éloigna de quelques pas en jetant des mornilles sur la table pour régler sa note, en ajoutant :
 
Bonne chance pour trouver la sortie ! Ciao !
avatar
John Smith

Messages : 30
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par Megan Reese le Sam Fév 22 2014, 12:25

Extraordinaire ! Tout était extraordinaire dans cette histoire. Décor, aveux et même ce tord-boyaux volcanique qui lui fit presque cracher les poumons, fait qui, ô miracle, amena un soupçon de sourire aux lèvres du sorcier. Il présenta des plates excuses pour la qualité de l’alcool, Megan secoua la tête et avala vaillamment une nouvelle gorgée.
 
C’est pas de la mort aux rats mais, tu pourrais pas avec ton bout de bois… ?
 
Ben non ! Il ne pouvait pas, et cela pour des bonnes raisons.
 
Tout ce que l’on fait apparaître est débité de notre compte en banque, sinon ce serait trop… simple…

Débit automatique. Compte en banque. Banque tout court, cela signifiait organisation, système.
 
Intéressant.  Ça veut dire, si je comprends bien, qu’il y a une seule banque qui gère toute cette histoire de débits magiques, n’est-ce pas ? Elle est où cette banque ? Sans doute pas une filiale de la banque de Zürich, hein ?, petit sourire ironique , et bien sûr…tu y as un compte…
 
Ben oui, j’en ai un, par obligation. Tu te doutes que mon coffre n’est pas rempli…
 
*M’en doute, oui…suffit de voir ce palace !* Parle-moi de la banque…
 
La banque ? C’est Grigotts ; des gobelins la tiennent…
 
Des Gobe…quoi ? Excuse-moi de poser autant de questions mais comprends, tout est si nouveau…fascinant…
 
L’homme était la compréhension même, somme toute quoi de plus naturel qu’une journaliste avide d’information.
 
Je veux tout voir…avoir des preuves, voir ce monde en action…montre-moi tout !
 
Pas de choix, elle eut gain de cause.
 
Tu as vu, dehors, les gens ne sont pas habillés comme… toi. On… on va aller chez Mme Guipure, elle est très… compréhensive. Je m’habille, on y va.
 
*Chic…faut se mettre à la mode du coin !*
 
John habillé en sorcier valait le détour. Elle ne put pas éviter de rire comme une digue en le voyant attifé d’une longue robe noire qui lui fit penser à un curé de province. Malgré le terne du vêtement, il avait une allure princière mais elle n’eut pas le temps d’en faire commentaire, son rire idiot avait eu l’heur de le vexer, elle en était sûre.
 
*Zut, maintenant il va croire que je me fiche de sa poire…Il est susceptible, Mr. Smith et affreusement sérieux aussi…m’enfin, allons voir de quoi est fait ce jour !*
 
À peine foulé le pavé de la rue, elle ouvrit tout grand les yeux, baya d’admiration, se laissa emporter par une curiosité quasi enfantine, toutes les vitrines attiraient son attention, d’unes plus que d’autres, commentaires allant, il y répondait sobrement. Inutile de dire que son manège de touriste ébahie, était notoire. On les regardait, murmures à l’appui, Megan s’en fichait comme d’une guigne, jouissant pleinement de cette expérience inédite.
 
Wow…un magasin rien que de balais…vous êtes férus  de ménage, ma parole, quoique, me vois mal en balayant avec ça !
 
C’est pour le Quidditch, notre sport…
 
Nez collé à la devanture, la jeune femme arqua un sourcil interrogatif.
 
Sport ? Vous vous battez à coups de…ou vous…volez avec ?
 
C’était trop beau pour être vrai, pourtant elle avait tout bon.
 
Ouais, on vole dessus…
 
Merveilleux !, elle le dévisagea, admirative, c’est comment voler ? Tu le fais, n’est-ce pas ?
 
Pas moi, non !, s’empressa t’il de dire, tranchant.
 
Compte tenu du ton frayant l’agacé, elle déduisit qu’il en avait marre de jouer les guides et essaya de se montrer moins exubérante. Peine perdue, deux vitrines plus loin, elle perdait toute mesure face à l’animalerie magique. John dut carrément la tracter loin de la folle tentation d’y entrer.
 
Sois pas casse bonbon…j’adore les petites bêtes du Bon Dieu…il y avait des crapauds, ou j’ai mal regardé ?

Il s’en fichait des crapauds et autres créatures étranges qu’elle n’avait eu le temps d’identifier. Menée, manu militari, Megan ne put même pas s’ébaubir en passant devant la librairie, qu’elle se trouvait, enfin, en train d’entrer à un de ces boutiques uniques.  
Mme. Guipure était tout un personnage, haut en couleur, ne mâchant pas ses mots. Megan la trouva assez odieuse de faire une remarque peu charitable sur la tenue de John mais la suivit à l’arrière-boutique, non sans s’arrêter pour admirer certaines créations.
 
Je ne pense pas que cela entre dans le budget  de…votre ami !, fit remarquer la dame avec un brin de sarcasme.
 
Ne vous en faites pas pour son budget, je vous prie, je suis parfaitement capable de subvenir à mes propres besoins…et goûts !, dit-elle, un rien hautaine, je suppose que vous n’avez pas de problèmes pour accepter un paiement en livres sterling, je suis nouvelle dans ces alentours et pas encore eu le temps de passer à la banque !
 
Argent étant argent, la couturière ne s’en formalisa pas, tout lui convenait. Affaire réglée. Le reste fut de la pure joie. Mme. Guipure avait le sens des affaires et ne douta pas un instant que cette moldue curieuse en serait une de très bonne. Elle guida les choix de sa nouvelle cliente et à la fin, celle-ci se retrouva nantie d’une gentille garde-robe sorcière, dépassant de beaucoup l’idée initiale d’une seule  robe pas trop…
 
Il ne s’agissait que d’une robe, UNE seule robe ! Je n’ai pas les moyens de…
 
Elle soupira et leva la main pour calmer tant de véhémence à la proteste.
 
T’énerve pas…il se trouve que cette charmante dame n’a eu aucun problème pour accepter mes livres sterling, donc tout va bien, calme toi, je ne prétends pas te ruiner, et pour mieux faire, je dois aller à ta banque…À Gringott’s !

Cela fut loin de le ravir mais il la guida. Une fois-là, elle dut prendre sur soi pour ne pas rester bouche-bée en découvrant l’endroit et ses singulier employés. Le monde sorcier avait beau avoir quelques siècles de retard sur celui moldu,  dans cette banque gobeline, les affaires se menaient avec une exactitude efficiente qui n’avait rien à envier à une moderne banque suisse.  La transaction fut rondement menée. Comme nouvelle cliente, elle eut droit à un fascinant voyage aux entrailles mystérieuses de Gringott’s.  John, lui, n’apprécia en rien ce parcours ressemblant à une folle montagne russe. Il était légèrement vert, elle opta pour passer outre et poursuivre leur intéressant parcours.
 
Mais avant, j’avoue mourir de faim…
 
Je connaissais un endroit sympa avec un chef cuisinier pas regardant à la note. La guerre a…
 
Guerre ? Ici ?
 
Ouais, nous aussi, nous en avons. Viens par-là, Florian a rouvert depuis peu. Il vend plus que des glaces maintenant, il est réglo.
 
Elle le suivit en se posant mille questions mais Mr. Smith s’avérait assez inabordable pour le moment. Chez le tel Florian Fortarôme,elle eut le cœur gros en le voyant ne commander qu’un œuf et du pain, alors que  Megan s’en donna à cœur joie en  choisissant tout ce qui la tentait, bénissant sa chance de pouvoir manger à sa faim sans prendre un gramme.
 
Parle-moi de la guerre, John. Raconte-moi ceci, décris moi cela. Explique-moi le pourquoi du comment de ce monde.  Quelles sont les raisons de tant de mystère ?,  Et ainsi de suite, sans arrêter de déguster le sublime repas, sans pourtant perdre miette de ses réactions. John Smith voulait le dissimuler, mais elle avait développé un sens inné pour détecter les sautes d’humeur de ses interviewés et là…ça ne rata pas !
Il lui largua tout un sermon allant jusqu’à supposer qu’elle ne comprenait rien et prenait encore moins au sérieux la teneur de cette affaire.
 
Comprends-tu que tu ne peux plus rentrer chez toi pour le moment ? Que ton joli petit monde cruel ne sera plus jamais pareil, que tu vas devoir la boucler sur tout ça si nous parvenons à rester en vie ?
 
Tu ne parles pas sérieusement…
 
Oui, oui, rester en vie !
 
Megan posa les couverts et le considéra, sans sourire.
 
John, pardon…mais tu ne vas pas un peu loin avec la paranoïa ?

Sa réaction ne la surprit presque pas.  On n’était pas à la blague, là !
 
Bon sang, tu ne crois quand même pas que j’ai inventé tout ça, juste pour te faire voir de nouveaux horizons ou pour tes beaux yeux ?  
 
Moue de travers.
 
Me doute bien que non, mais reconnais que c’est chaque fois plus difficile à saisir, ton histoire…Arrête plutôt de tourner autour du pot et raconte tout…LA vérité, John, pas la version romancée !
 
Et pour raconter, il en raconta. Un parcours du combattant extrême, celui du bonhomme, depuis son réveil en pleine cambrousse, aux bons soins de deux êtres dévoués qui avaient tout fait pour l’aider à se renflouer, à retrouver ses vérités englouties dans cette amnésie hermétique qui le privait de tout, de lui-même. Le résultat avait failli être catastrophique.
 
Ce Max est un ami incroyable…donc, il t’a envoyé ici, t’a sauvé la vie...Tu sais ce qu’ils sont devenus ?
 
J’ai eu de leurs nouvelles mais n’ai pas osé leur répondre…
 
Elle fronça les sourcils.
 
Euh, sais rien sur l’usage de la magie mais tu ne crois pas que ça aiderait un peu ?
 
Ouais, la magie aiderait, suis pas un très bon sorcier, je le crains…
 
Tu crains ? Tu n’as pas fait l’essai ? C’est débile, tu as le moyen et tu ne vérifies pas si tu peux l’utiliser ?!?
 
Vérifier ? Tu es marteau ou sourde ? Je… Je ne peux pas t’empêcher de faire ce que tu veux mais n’implique pas mes potes, jamais… Sinon…
 
Il en avait des bonnes. Elle ne voulait que l’aider, et vu la situation, le mec avait besoin d’un sacré coup de main pour s’en sortir, sauf qu’il semblait avoir rudement peur de le faire.
 
*Mécanisme de défense  inconscient…il se bloque lui-même pour éviter des maux majeurs…* Sinon quoi, John ? Tu vas lever ton bois magique et me transformer en grenouille ?
 
Compte tenu de son regard d’acier, cela lui était sans doute passé par la tête, à moins qu’il n’y ait pire.
  
Sinon, je disparaîtrai, tout simplement. Tu pourras raconter ce que tu veux, tu seras la risée du monde entier. Salut !, et de se lever après avoir laissé son dû pour ses consommations.
 
Non mais, le comble…
 
Bonne chance pour trouver la sortie ! Ciao !
 
Tant de toupet la sidéra un instant, déjà il s’éloignait vers la porte. Sans se soucier des autres clients, soudain follement intéressés par leur discussion, elle se leva à son tour en renversant sa chaise , laissa tomber quelques gallions sur la table et lui courut après.
 
Franchement, tu en as des bonnes, John Smith…tu viens, m’enlèves à mon lieu de travail, m’entraînes dans cette cavale endiablée et maintenant tu me menaces d’abandon flagrant en lieu inconnu…Arrête-toi !!!
 
Rien n’ y faisait, le bougre envie de fuir de sa présence. Faute de mieux, elle s’accrocha à son bras et le retint de force en sachant qu’il lui suffirait d’une chiquenaude pour l’envoyer valser à deux mètres.
 
Bon sang, Smith…tu penses vraiment me larguer ici, et te tailler comme si rien ?...Oui, je sais, je suis une enquiquineuse accomplie…manque de pot, mon cher, tu es tombé sur le mauvais sujet, je suis une journaliste d’investigation très persistante…Non ! Ça ne sert plus de fuir pour me mettre à sauf…je suis impliquée, tout comme le sont tes amis…Ils se sont défendus, je le ferai aussi…Ok, ils sont sorciers …suis pas née de la dernière pluie, moi…je sais me défendre, John…j’ai parcouru le monde entier, été en zones de conflit, en lieux de haute dangerosité…je sais à quoi m’en tenir…Arrête de me regarder comme ça !...Je suis très sérieuse…
 
Elle l’était et lui ne l’était pas moins. La paranoïa menait le jeu pour John. Aucune précaution n’était suffisante pour se protéger d’un ennemi dont il ignorait tout. Accordant, enfin, son pas au sien, sans toutefois lâcher son bras, sait-on jamais, elle le suivit dans cette balade sans but apparent, à part calmer les nerfs.
 
Écoute, John…sais que je suis mal placée pour te donner des conseils, mais là, il faudrait que tu reprennes les choses en main…et arrêtes de te comporter commun lapin paniqué…non, je ne dis pas que tu sois un lâche en te cachant de la sorte, je ferais de même à ta place…le temps d’étudier la chose de près et passer aux actes…Oui, là, c’est difficile parce qu’on ne sait pas le pourquoi du comment…mais d’après ce que tu m’as raconté, je peux supposer que tu étais dans quelque chose de très…très gros…Ton amnésie est traumatique, entre autres…si ce que ton copain Max a déduit, c’est pas d’un balai que tu es tombé…et puis, je t’ai observé, tu n’as pas appris à te défendre de la sorte en étant dans un gang de rue…J’en connais quelques-uns qui savent se battre de la sorte et ce ne sont pas des gentils scouts qui vendent des biscuits…

Un petit square paisible leur offrit le répit d’un banc, ils s’y installèrent. Elle n’avait pas lâché son bras, ni songeait le faire.
 
Il nous faut un mode d’action…Oui, oui…je ne vais pas te laisser tomber, si comme tu le dis, on est dans la merde jusqu’au cou, autant surnager de notre mieux…récapitulons…ils t’ont cerné en Afrique, mais les recherches de Max n’ont rien eu de magiques, il a fait bouger des ficelles très à la mode de chez nous…faudra que tu me présentes cet homme, il est plein de recours…ok…j’oublie ça !...Laisse-moi poursuivre,  ces recherches ont mis la puce à l’oreille de quelqu’un…le même que tu craignais de voir débarquer chez Wiseman ou au bureau…Raisonnons bien…la chose se passe de l’autre côté…donc, on est en sécurité ici…et si tu sais exploiter tes connaissances magiques…tu sauras les prendre de court, non ?
 
Selon lui, cela demeurait plausible ainsi mais insistait sur le fait de n’être qu’on minable sorcier.
 
Tu vas m’excuser, mais comme je le vois, si tu as paumé le reste, l’usage de la magie doit être aussi endormi par là…pourtant, tu as des bons réflexes…enfin, d’autant que je puisse en juger…ce qu’il nous faut est ranimer ces réflexes…Tu sais pas comment ?...Pas de souci, moi oui ! Viens !

Lâchant son bras, elle le prit de la main pour refaire le chemin en sens contraire, jusqu’à la librairie si franchement ignorée lors de leur premier passage.
 
S’il se trouve, ils ont aussi de manuels d’instruction…Attends !...
 
Faute d’un employé efficient, elle s’entretint personnellement avec Mr. Fleury…ou peut-être était-ce Botts, et expliqua la délicate mission de remettre en cours un sorcier avec des problèmes de mémoire. Le résultat fut bluffant.  John sembla effaré en la voyant le rejoindre chargée de livres.
 
On a tout ce qu’il faut…Te fais pas de la bile pour l’argent…mes fonds sont garantis !...John…écoute-moi, je ne vais pas te laisser tomber, compris ?...Je sais que je ne pourrai jamais piper mot sur cette affaire…mais pour moi, tout n’est  un scoop, c’est une affaire de conscience, tu comprends ? Tu m’as impliquée, voulu ou pas, dans cette histoire…et veux arriver au fond de l’embrouille…alors on s’y met, à deux…Fais-moi confiance…et arrête de râler si poliment…Oui, j’envahis ta vie et t’emmerde…la faute à qui ?...À l’heure qu’il est je serais tranquillement chez moi…ou qui sait si bousillée dans un coin sombre…on le saura jamais…c’est ce qu’on a maintenant qui compte…

De retour chez John, elle s’adonna à la lecture. Il dut l’en distraire pour aller dormir. Encore là, il fallut trancher sur un problème immédiat.
 
Soyons raisonnables, tu mesures plus de 1.85, ce qui fait de toi un trop grand gars pour aspirer dormir dans ce divan…je ne fais que 1.72, suis mince et m’accommode n’importe où…Reconnais que le lit est un peu riquiqui pour y dormir à deux…et puis on n’est pas si copains que ça…celui qui se lève en premier fait du café, ok ! Bonne nuit, John Smith…


Dernière édition par Megan Reese le Lun Mar 31 2014, 00:45, édité 1 fois
avatar
Megan Reese

Messages : 29
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par John Smith le Dim Fév 23 2014, 17:21

Il ne regrettait pas, pas encore,  sa décision d’avoir fait franchir une certaine porte à une journaliste moldue. Qu’elle le juge parano… soupir. À la limite il aurait préféré cette maladie-là à celle qu’il suspectait lui-même. Mais quoiqu’il dise, la Miss semblait bornée, obtuse, persuadée qu’il exagérait les risques encourus, voire qu’il n’était qu’un pleutre refusant d’affronter la réalité en préférant se donner bonne conscience tout en restant planqué sagement dans son coin. Autant parler à un mur. Certes, il était conscient de s’y prendre pire qu’avec un balai dans ses explications vis-à-vis de Megan mais, à son corps défendant, il était lessivé. Après de multiples oubliettes, un transplanage, une balade en chariots souterrains et un flot de bavardage… normal.
Bien sûr, il n’avait pas réellement eu l’intention d’abandonner Miss Reese dans ce milieu inconnu par elle. Il voulait la paix, se ressourcer un moment... seul. Elle ne le comprit pas et lui courut après, normal aussi somme toute.  
 
Arrête-toi !!!
 
Espérer poursuivre sans elle tenait de l’impossible. Elle le ferra au bras et, bon gré mal gré, il dut la subir encore.              
 
… Oui, je sais, je suis une enquiquineuse accomplie.
 
Peu de le dire…
 
Manque de pot, mon cher, tu es tombé sur le mauvais sujet, je suis une journaliste d’investigation très persistante…
 
Tu es peinarde ici. C’est pour ton bien, uniquement pour ton bien.
 
 Non ! Ça ne sert plus de fuir pour me mettre à sauf…je suis impliquée, tout comme le sont tes amis…Ils se sont défendus, je le ferai aussi…
 
Tu n’as aucune idée de par où ils sont passés par ma faute et eux sont des sorciers doués.  
 
 Apprendre que la journaliste en connaissait un bout sur les zones de conflit l’étonna quelque peu. Néanmoins, il doutait que ses expériences antérieures puissent l’aider dans les circonstances actuelles, et s’il n’avait pas été si crevé sans doute l’aurait-il sommé de se taire. C’est qu’elle en débita des choses !  Même si la plupart des tirades furent vexantes ou en dehors de sa réalité à lui, John enregistra plusieurs remarques étonnamment sagaces dont une en particulier :
 
… ils t’ont cerné en Afrique, mais les recherches de Max n’ont rien eu de magiques, il a fait bouger des ficelles très à la mode de chez nous…faudra que tu me présentes cet homme, il est plein de recours…
 
Laisse tomber !
 
Une fois de plus, elle se méprit sur la teneur de ses lamentables tentatives de remettre les pendules en ordre et poursuivis, imperturbable, ses propres déductions pas toutes hors contexte sauf que cette journaliste tenait dur comme fer à ses idées propres. Selon elle, avec de la pratique, Smith recouvrerait des capacités soi-disant refoulées de son chef. Trop las, abattu, il la laissa mener leur barque qui passa par un pillage en règle de la librairie principale dont elle sortit toute fière en possession d’un nombre impressionnant de manuels pratiques.
 
*Si ça l’amuse…*
 
Enfin ses quatre murs ! John ne pensait qu’à cela depuis un bon moment. La Miss, d’une énergie inconcevable, entreprit illico de potasser sur le divan ses bouquins auxquels John ne prêta pas l’aumône d’un œil. Sa douche ne le revigora pas ; il ne visait qu’une chose : dormir.
 
Potasse tant que tu veux. Moi : dodo ! Tu ferais mieux d’en faire autant. Prends le lit, c’est mieux.   
 Là encore, Miss Reese se montra très éveillée :
 
Soyons raisonnables, tu mesures plus de 1.85, ce qui fait de toi un trop grand gars pour aspirer dormir dans ce divan…je ne fais que 1.72, suis mince et m’accommode n’importe où…Reconnais que le lit est un peu riquiqui pour y dormir à deux…et puis on n’est pas si copains que ça…celui qui se lève en premier fait du café, ok ! Bonne nuit, John Smith…
 
Je m’en voudrais de bousiller ton dos, ironisa-t-il.
 
Au point où il en était, une dépense d’énergie de plus ou de moins… Un réducto réduisit les meubles inutiles tandis qu’un sort agrandit le lit. Sous les yeux en soucoupe de Miss Reese, John tordit un sourire avant de s’affaler dans sa moitié appropriée, près de la porte.
Ce que ferait ou pas Megan, il s’en fichait, sombrant d’un coup dans sommeil proche du coma.
D’ordinaire, John roupillait, paisible, cinq heures d’affilée puis était d’attaque sans aucun souvenir d’avoir rêvé à quoi ou à qui que ce soit.  Cette nuit-là marqua un tournant… marquant. D’abord, il y eut ce tableau adorable d’une balançoire agitée sous un soleil radieux ; un bambin rieur s’y accrochait, bercé en douceur dans son harnais sous l’œil attendri d’une splendide jeune femme blonde qui souriait en veillant sur le paquet rose reposant dans ses bras. La scène éclata dans l’éblouissement de projecteurs au centre desquels John ne figea, désorienté. Nu sur un cadre métallique, poignets et chevilles entravés, ébahi, il contempla son corps ensanglanté en divers endroits.
 
Tous craquent, Warren ! Soumets-toi, on abrègera.    
 
La voix grave émanait d’une haute silhouette enveloppée d’ombres. Lui succéda une douleur effroyable qui le transperça du bas de reins vers le cerveau. Hurler soulageait ? Il ne s’en priva pas.
 
NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNN !!!!
 
En finir ? Oh oui ! Perdu dans son cauchemar, il ne réalisa pas être secoué par des mains secourables autant qu’angoissées. Considérant qu’on l’agressait, il riposta. Ses doigts se refermèrent sur une gorge frêle qu’il serra inéluctablement. Sa proie battant de l’aile, la raison revint, brutale :
 
Meg ? Oh mon Dieu !
 
Affolé, il récupéra la journaliste en poupée de chiffon qu’il accommoda à la-va-vite sur un coussin avant de lui prodiguer un revigor de tous les diables.
 
Megan,.. ça va ? Tu veux de l’eau… je suis tellement désolé, je…  
 
Toux, coassement… pas la joie les propos suivants.
 
… J’y suis pour rien, moi ! Je t’ai pris pour… Non, pas celles-là ! Ajoute vampire et un tas d’autres créatures immondes dont tu n’as pas idée, je pourrais t’en citer de belles ! JE RÊVAIS, MEG ! Non mais tu te rends compte ?
 
Non, apparemment, elle ne pigeait pas. D’un côté John se morfondait de son attitude, d’un autre… il s’en réjouissait, chose inacceptable pour Miss Reese.
 
… ça va paraître bizarre, mais tu n’es pas à ça près, non ? C’est la première fois que je me souviens de faire un… ouais, cauchemar, c’est le mot… euh… c’est flou encore… Je crois que mon vrai prénom doit être… rigole pas : Warren.  
 
Il tut ce qui concernait la femme blonde et les deux enfants, se contentant de la scène de torture.  
Espérait-il de la compassion ? Allez savoir. Quoiqu’il en soit une Miss Reese éveillée valait un chrono amorcé. Elle bouillait d’excitation. Avec un prénom, il ne lui manquait soi-disant qu’un bon ordinateur pour relier des faits. Parler, parler,  il calma le jeu :
 
Megan, chut ! Je vois que malgré ce que je t’ai infligé – encore mes excuses – tu es remontée à bloc. C’est très… sympa de de pencher ainsi sur mon sort mais je voudrais que les choses soient bien claires, une fois pour toutes, ok ?
 
Se mordit-elle la langue ? Au moins accepta-t-elle de la boucler un peu, d’autant qu’il les abreuva du fond de la bouteille de mauvaise gnole dans l’appartement redevenu à ses dimensions normales. Côte à côte, verre en main, John soupira :
 
Tu l’as remarquablement constaté, je ne dois pas être une star internationale en goguette. Pendant que je me la coulais douce du fond de mon terrier de lapin apeuré, j’ai mené ma propre enquête depuis un an maintenant… Tu n’as pas tort : j’ai la trouille ! Trouille d’être un assassin commandité par des instances aussi supérieures que secrètes... Parce que je n’apparais nulle part ! J’ai creusé, Max a creusé et il s’en est fallu de peu pour que lui et sa femme… Oui, je redoute ça : ceux qui m’approchent risquent gros !
 
Oh, là, là ! Croyant fermer des vannes, il en avait ouvert d’autres. Fou ce que cette bonne femme pouvait gamberger vite. Suppositions, rapprochements avec des affaires connues, ses conclusions – toutes personnelles – le scièrent :
 
… ESPION ? rit-il ( jaune)  J’en sais fichtre rien. Tu as peut-être raison, mieux vaudrait ça que d’être un serial killer ; mais là… à mon tour d’avoir faim… D’air ma jolie, j’adore prendre l’air, ça te dit un tit déplacement ? Profites-en tant que j’ai de la gomme. Quand je suis crevé, suis vraiment minable sorcier !
 
Il rigola en douce des suites du transplanage imposé.  Pauvre Megan… N’empêche que lorsqu’elle vit où il l’avait emmenée, tous ses malaises fondirent.  
 
On va secouer le cocotier ! T’es prête pour la photo du siècle ?
 
Le photomaton ne fut qu’une courte escale avant le cyber café.   
Elle était assez excitée par l’aventure. Cependant, faisant preuve d’une grande maîtrise d’elle-même, elle ne voulut rien entreprendre sans précautions. Son métier l’ayant amenée à fréquenter des gens plus ou moins recommandables, avant de déclencher les hostilités, elle tint à assurer leurs arrières en contactant le type qui connaissait le type, etc.  
 
Pas con, admit-il. Si tu es certaine que personne n’est au courant de vos « relations »…
 
Angus Hilderman habitait en banlieue, un quartier peu reluisant pour une personne pourtant très habile, selon Megan.
Il ne fallut pas tambouriner longuement à la porte avant qu’elle ne s’ouvre en coup de vent. John, aux aguets dans ces lieux inconnus, fut assez soufflé par l’accueil du grand gars efflanqué aux cheveux aussi peu reluisants que vêtements et intérieurs :
 
Reese ! Dieu que je suis content de te voir ! dit-il en étreignant follement la jeune femme qui souriait… de travers. C’est qui… lui ?
 
Une personne sans intérêt, grogna John.  Répondez à cette question, s’il vous plaît : vous a-t-on interrogé au sujet de Miss Reese récemment ?
 
Non ! rigola-t-il avant de se détourner de John pour se concentrer sur Megan :
 
Ça prouve que notre système fonctionne, ma mignonne.  J’ignore dans quoi tu t’es fourrée mais ça fait des remous, crois-moi !  
 
L’air de « je te l’avais bien dit » John émit un bref sourire puis fixa innocemment le plafond tandis que Megan harcelait son copain. Celui-ci les entraîna dans une pièce bourrée d’électronique où il les installa sur une caisse-siège en leur servant un verre :    
 
T’as pas vu les infos ? s’ébahit Angus. On n’y parle que de toi et de ta disparition. Ton récent article a mis le feu à je ne sais quelles poudres. Pagaille chez les sans-abris, trafics, vengeances et autres.  Au moins, t’es sauve ! Je brûle de raconter ça à tout le monde !  
 
Avec une patience dont il ne l’aurait pas crue capable, John entendit la journaliste calmer le jeu. Non sans réclamer des détails, elle parvint au but de leur visite. L’autre fourragea son épaisse tignasse de ses ongles jaunis de nicotine puis agréa :
 
Ok ! Je vais la diffuser ta photo ainsi que tes infos bidons. Même la CIA ne remontera pas jusqu’ici : garantis !
 
En silence, Megan et lui assistèrent à un récital diabolique de clavier d’ordinateurs. Exerçant la très nouvelle, excitante et illégale profession de hacker, Mr. Hilderman dispersa aux quatre vents une question banale accompagnée d’une photo :
 
Qui suis-je ?
 
Restait à attendre les réactions… 


Washington
 
La sonnerie insistante de sa ligne particulière força Edmond McGovern à décrocher. Qu’est-ce que c’était encore ? Depuis plus de quarante-huit heures, il était sur les dents. Ayant accompagné, une fois de plus ses fauves dans l’arène, il s’attendait à tout et n’importe quoi. La piste avait semblé si prometteuse, pourtant ! Un fiasco de plus ? Bah…
 
Branchez-vous. Réunion à 7 heures 00.
 
Wow, si X en personne le contactait…
Sitôt les branchement effectués, il se prit la photo en pleine gueule :
 
*NDD l’enfoiré ! Il nous provoque, merde !*
 
Très réveillé cette fois, McGovern lista tous les scénarios envisagés de longue date.
Depuis trois longues années, il traquait cette vipère de Warren Fletcher. Pourquoi ? Pas son problème. Si on voulait sa peau, il la fournirait, bien tannée de surcroit. Dire qu’en Afrique, il avait pu se mesurer à ce type, et avait vraiment cru avoir rempli sa part de contrat. Mais X n’était pas convaincu. Il ne le serait que lorsqu’il pourrait poser le pied sur la proie abattue. Connaissant absolument tout du passé du traqué, Edmond avait tiré ses propres conclusions. Ce qui était en train de se passer ne faisait que les confirmer. Fallait encore persuader X de leur justesse.
Vaste salle pour si peu de monde. McGovern ne se formalisa pas de n’être adjoint qu’à une seule personne et à un écran sur lequel, à l’heure pile, apparut la silhouette du boss qui attaqua d’emblée :
 
Bonsoir ! Patrick, Ed, qu’en dites-vous ?
 
C’est notre homme, incontestablement, répliqua le premier. J’ai suivi les relais de l’émetteur mais c’est pire que la toile actuelle. Il se fait aider, c’est sûr.  
 
Avec votre permission, j’aimerais de nouveau exposer ma théorie qui…
 
Encore celle de l’amnésie ? On s’en fout, Ed ! Qu’il le soit ou pas ne change en rien la mise : tuez-le !  
 
TOUT le prouve, Monsieur ! Muet et invisible tout ce temps, la perche qu’il nous tend signe ses abois : il veut se rendre, que cela cesse, mais ignore à qui s’adresser. Si on lui tombe dessus, il filera encore, ma main au feu ! Faut…
 
Quoi ? rigola Patrick. Lui envoyer des photos de famille ?
 
Exactement, collègue ! Si, comme je le pense, il manque des cases à notre homme, il ne verra pas le piège tendu cette fois…  
 
On ne ressuscite pas les morts, Ed ! gronda X.
 
J’ai contacté l’agent Snow : elle est prête à assumer.
 
Des ordinateurs crépitèrent…           
avatar
John Smith

Messages : 30
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par Megan Reese le Mer Mar 05 2014, 11:02

Je m’en voudrais de bousiller ton dos !
 
Que c’est gentil d’y penser, dit-elle en souriant amusée sans jamais s’attendre à ce qui s’en suivit. Deux temps, trois mouvements, magie en action  et voilà le lit doublant sa taille, incroyable…rien que hop, hop et c’est fait…fascinant !

Sans, vraisemblablement, aucune envie de s’étendre sur les utiles bienfaits de ses pouvoirs, il occupa la place près de la porte et avant qu’elle ne place un mot, dormait profondément, de quoi penser que l’usage de la magie devait être plus fatigant que supposé. Encore une question à lui poser, mais ce serait déjà pour le lendemain. 
Celle-là avait été une folle journée, chargée d’émotions diverses. Megan reconnaissait souffrir une certaine addiction à l’adrénaline et à l’action corsée, mais même pour elle, cette dingue suite d’évènements était exténuante, sans plus penser la jeune femme occupa son côté du lit, s’accorda encore deux minutes pour récapituler puis s’endormit tranquillement.
Être tirée du sommeil par un hurlement torturé n’entrait pas dans les saines habitudes de Megan Reese. Le cœur cognant férocement dans sa poitrine, elle chercha à reprendre le fil de la réalité qui était de douloureuse simplicité : Mr. Smith faisait un mauvais rêve. Un drôlement mauvais rêve.
 
Hey…John, réveille-toi…, elle le secoua doucement d’abord, avec un peu plus d’énergie ensuite pour le tirer des griffes de son cauchemar.

Le résultat de sa manœuvre salvatrice fut loin d’être celui escompté. Perdu dans allez savoir quelle situation horrible, Mr. Smith réagit inespérément . Megan se retrouva plaquée au matelas par un homme hagard qui cherchait à l’étrangler. Elle se débattit, voulant lui échapper mais le bougre était fort et ne cédait pas. L’air lui manquait, des points noirs valsaient dans ses yeux, elle croyait déjà à sa dernière heure quand enfin, il sembla retrouver sa lucidité.
 
 Meg ? Oh mon Dieu !
 
*Ouais, t’as failli m’envoyer le voir…*
 
Trop prise dans ses efforts pour reprendre souffle et esprits, Megan ne remarqua pas les faits et gestes de son compagnon d’aventure mais  d’une seconde à l’autre, elle se sentit beaucoup mieux et fut capable de s’asseoir convenablement, en se massant la gorge maltraitée.
 
Megan,.. ça va ? Tu veux de l’eau… je suis tellement désolé, je…
 
Elle pouvait à peine parler mais ne se priva pas de l’abreuver gentiment de quelques épithètes recherchés. Il se défendit, assurant n’y être pour rien. Il en avait des bonnes.
 
Tu…as failli m’étrangler !, grommela t’elle de sa voix toute éraillée.
 
Je t’ai pris pour…
 
Les Harpies vengeresses ?, rigola t’elle malgré tout.
 
Non, pas celles-là ! Ajoute vampire et un tas d’autres créatures immondes dont tu n’as pas idée, je pourrais t’en citer de belles ! JE RÊVAIS, MEG ! Non mais tu te rends compte ?
 
Miss Reese secoua la tête tout en se passant la main dans ses cheveux ébouriffés. Se rendre compte de quoi, à la fin ? Qu’elle était embarquée dans une aventure incertaine avec un mec assez siphonné sur les bords, sorcier en plus, qui faisait des cauchemars dangereux et apparemment la jugeait inapte pour y piger quelque chose ? Un peu difficile, en tout cas, surtout si on tenait en compte que le brave gars semblait plutôt se réjouir de ce qui venait d’arriver.
 
*Du coup ça lui manquait étrangler quelqu’un ?...Il a peut-être des drôles d’habitudes qui reviennent !*
 
Et voilà qu’il se livrait à un commentaire digne d’être relevé.
 
Ça va paraître bizarre, mais tu n’es pas à ça près, non ?
 
Ben, si on y pense bien…plus trop, non, qu’est ce qui est bizarre maintenant ?, s’enquit-elle résignée à entendre n’importe quoi, mais ce qu’il ajouta eut l’heur de la faire réfléchir à toute, soudain très éveillée.
 
C’est la première fois que je me souviens de faire un… ouais, cauchemar, c’est le mot… euh… c’est flou encore… Je crois que mon vrai prénom doit être… rigole pas : Warren.
 
Pourquoi je vais rigoler ? Warren est un prénom très réglo, s’empressa t’elle de dire  alors qu’il livrait des détails de son mauvais rêve. Rien de trop gai, à vrai dire : on le torturait, rien que ça ? On te torturait…tu as retenu quelque chose d’autre ?
 
Selon lui, ça restait flou. Elle ne le crut pas, convaincue qu’il cachait quelque chose qui avait su le remuer à plus d’un titre, mais préféra ne pas insister sur ce point, ce qui ne l’empêcha pas de se lancer sur d’autres hypothèses.
 
Tu te rends compte ? Un nom…c’est déjà un énorme début…Oui, je sais, ce n’est qu’un prénom…es-tu sûr que c’en soit un ? Ça peut être aussi un nom de famille…ok, t’es sûr que c’est pas le cas…Il me faut un ordinateur performant pour lancer une recherche à fond…oui, je connais quelques astuces, pas de souci et aussi pas mal de gens utiles…On trouvera la vérité sur toi, je te le promets…ce ne sera pas demain mais on y arrivera… Je suis sûre que tu n’es pas une célébrité internationale ni rien de semblable, ça se serait su de suite mais…

Il la fit taire, sans doute assommé par son intarissable débit et faute de mieux lui donna à boire du tord-boyaux en disant, laconique :
  
Tu l’as remarquablement constaté, je ne dois pas être une star internationale en goguette. Pendant que je me la coulais douce du fond de mon terrier de lapin apeuré, j’ai mené ma propre enquête depuis un an maintenant… Tu n’as pas tort : j’ai la trouille !
 
Et pas des moindres, ses craintes. Compte tenu du secret hermétique qui semblait l’entourer, il y avait gros à parier que sa disparition obéissait à des raisons peu communes. Il jouait avec l’idée d’être un tueur à gages ou quelque chose dans le genre. Megan la rejeta, sans rien dire, la trouvant presque obscène. John ne pouvait pas être quelqu’un de mauvais…elle le sentait, et son instinct ne l’avait jamais trompée, jusque-là !
 
J’ai creusé, Max a creusé et il s’en est fallu de peu pour que lui et sa femme…

Et maintenant tu as peur qu’on fasse du mal à ceux qui t’aident ?, soupira t’elle, pleine de compréhension.
 
Oui, je redoute ça : ceux qui m’approchent risquent gros !
 
Ben tant pis, risques du métier, je les connais, je les prends.  Revenons-en à ton rêve…, elle lui fit répéter chaque détail dont il gardait souvenir, se borna à imaginer ce qu’il voulait taire, passa en revue quelques cas connus et moins connus, tourna la chose à sa façon, se livra à quelques suppositions hasardeuses, repassa des évidences et tira ses conclusions, non moins logiques, tu as reçu un entraînement spécial, très dirais-je,  plus que paramilitaire, plus que du soldat normal…Forces spéciales, peut-être mais j’oserais plutôt dire que tu es une espèce de James Bond…oui, ce doit bien être cela…ça cadre bien avec le contexte…tu détiens un secret ou as été mêlé à une affaire très grosse qu’on veut passer sous silence…une conspiration mondiale ?...enfin…ça doit aller dans le genre, sinon pourquoi se donnerait-on tant de mal pour te cerner ?
  

ESPION ? rit-il ( jaune)  J’en sais fichtre rien. Tu as peut-être raison, mieux vaudrait ça que d’être un serial killer…
 
Oui, c’est sans doute un peu plus honorable…mais on est toujours pas sortis de l’auberge, des espions, il y en a partout…partons de l’idée que tu n’es ni chinois, ni arabe…quoique…peut-être des pays de l’est…
 
Elle aurait pu poursuivre son analyse avec grand entrain s’il n’avait pas coupé court en assurant avoir faim.
 
Faim ? Tu en as des idées…
 
D’air ma jolie, j’adore prendre l’air, ça te dit un tit déplacement ? Profites-en tant que j’ai de la gomme. Quand je suis crevé, suis vraiment minable sorcier !
 

La suite prouva qu’il était en pleine forme. Ce fut remuant, désagréable et comme cela commençait à devenir habitude avec John Smith : surprenant.
 
Bon sang…tu pourrais m’avertir…Ma tête tourne…parlons pas de mon estomac…Où diables sommes…Seigneur…nous sommes de mon côté !...Génial…que…
 
On va secouer le cocotier ! T’es prête pour la photo du siècle ?

Elle sourit d’un petit air entendu. Pas à dire, ce gars avait de la suite dans ses idées. Escale photomaton.  Megan examina le résultat. Expression neutre qui ne parvenait pas à enrayer la lueur chagrine du regard. Cela correspondait bien à l’idée qu’on peut se faire d’un homme qui a perdu tout repère. L’intention de ces clichés était on ne peut plus claire, sans rien dire, elle les rangea dans son sac  et dicta le suivant mouvement : cybercafé.
 
C’est le moyen le plus sûr de brouiller les pistes, informa t’elle en cherchant une console en retrait face à laquelle ils s’installèrent sans éveiller aucune curiosité entre les autres cybernautes du coin, dans un moment on va avoir juste ce dont on a besoin !, ajouta t’elle avec un petit clin d’œil.
 
Chat room anodin. Identifiant fourni, Lazlo1711 entra dans le flood généralisé. À simple vue, des propos dénués d’intérêt. On y parlait de tout et n’importe quoi, frayant parfois le stupide le plus navrant en passant par demandes de rencontre, commentaires météo,  recettes cuisine ou conseils divers. Rien de plus innocent. En apparence. Qu’elle s’intéresse à l’élevage de setters irlandais n’avait rien d’extraordinaire. Il y avait 87 autres à partager cet intérêt.  Sans rien dire, elle signala un pseudo  en hochant la tête, avant de s’engager dans un échange d’avis sur les particularités de la race, deux minutes plus tard, son interlocuteur fantôme lui conseillait de basculer sur une autre plateforme où  trouver le conseil d’un spécialiste plus avisé.
 
Cela semble compliqué, en fait ça l’est  pour le non-initié, c’est juste la façon la plus sûre de  se contacter.  Faut juste reconnaître les codes !
 
Pas con, admit-il. Si tu es certaine que personne n’est au courant de vos « relations »…
 
Pas de souci, je le suis ! On y va…Le chemin est long. Mon ami préfère habiter  en dehors de la cohue du centre, petit quartier  un peu minable mais ça lui convient…C’est un des types les plus brillants que je connaisse mais il a ses lubies…de génie !
 
Il fallait le connaître et savoir que sous cette allure de hippie hors temps et son air de fou surexcité, se cachait une génialité parfois incomprise. Angus Hilderman avait été un étudiant extraordinairement avantagé mais difficile, déjà dès son plus jeune âge, ses traits de génie l’avaient transformé en une espèce de phénomène lui-même digne d’étude. Peu attiré par les feux de la célébrité qui le guettait, il avait préféré s’isoler pour vivre à sa guise, tout en continuant  ses éternelles études, ajoutant reconnaissances et diplômes à sa déjà bien nourrie collection.
 
Reese ! Dieu que je suis content de te voir !, et de l’enserrer dans une délirante étreinte d’ours efflanqué.
 
Idem, Hillie…idem ! Lâche moi un peu, oui…
 
À peine s’il fit attention à sa requête, honorant John d’un regard distrait et s’enquérant sur son identité juste par un minime effort de politesse.
 
Smith ne lui laissa pas le loisir de faire des présentations.
 
Une personne sans intérêt, grogna-t’il en passant au sérieux de l’affaire, sans détours,  répondez à cette question, s’il vous plaît : vous a-t-on interrogé au sujet de Miss Reese récemment ?
 
Hilderman sembla trouver la question très amusante, niant tout de go cette possibilité, il concentra son attention sur sa copine en assurant que leur combine marchait parfaitement bien, n’empêche qu’il y avait du remous notoire par sa faute.
 
Tant que ça ?...Raconte un peu…non, pas vu les infos…ah bon ? Ma disparition donne de quoi parler, ça m’étonne pas…ça a été…inopiné.
 
Ton récent article a mis le feu à je ne sais quelles poudres. Pagaille chez les sans-abris, trafics, vengeances et autres.  Au moins, t’es sauve ! Je brûle de raconter ça à tout le monde !
 
*Mon Dieu…tout comme John a dit…* Écoute, Hillie, tu ne vas pas piper un mot de tout ceci…je suis sur un truc énorme mais faut rester discrets…tu me comprends, discrets !...Bien sûr que ça ne plait pas à tout le monde, sinon quel intérêt …et j’ai besoin de ton aide…tu es le seul à pouvoir me donner ce coup de main…Il s’agit de chercher à connaître la véritable identité de John…Amnésie totale, oui…, un bref résumé des misères de Mr.Smith s’en suivit ainsi que le besoin impératif d’un flou monumental, du bidon à gogo, dans la mesure exacte pour éveiller certains intérêts  dans le but d’avoir plus d’information, tu conviendras avec moi, Hillie qu’ici se joue plus gros qu’un simple potin…on court des risques énormes, pas besoin de te dire qu’au cas de nous faire pincer, les retombées seraient…définitives !
 
Hilderman capta la totale essence du problème et, compte tenu de son air de chat alléché, n’en était que plus ravi.
 
Même la CIA ne remontera pas jusqu’ici : garanti !
 
Vaut mieux, sans ça…, elle d’un geste plus qu’éloquent se passa  la main sous la gorge.
 
Sans perte de temps, Angus se mit au travail. Megan s’écarta un peu, rejoignant John  qui assistait à ces manœuvres d’un air dubitatif.
 
Si quelqu’un peut parvenir à nos fins, c’est bien Angus…Bien sûr que j’ai une confiance totale en lui…en plus d’être le génie par excellence, ce fripon est un ami de longue date…du bac de sable, si tu vois le genre…c’est à la vie à la mort avec lui…On devrait le laisser travailler…ce ne sera pas de suite qu’on saura à quoi s’en tenir…

Elle se doutait bien, si ses calculs s’avéraient exacts, que cette photo et cette innocente question allaient soulever des vagues et encore dire vagues était peu dire, ce serait un vrai tsunami et il vaudrait mieux être à sauf quand cela arriverait.
 
On rentre ?...Chez toi, bien sûr…vois pas où d’autre on pourrait aller ! Tu as entendu ce qu’a dit Hillie…ça barde !
 
Ils prirent congé d’Angus, trop concentré dans son pianotage endiablé pour faire vraiment attention à eux. Megan n’insista pas. Ils seraient en contact à travers leur réseau secret, promit-il sans écarter les yeux des écrans,  au temps que ses doigts couraient sur le clavier.
La rue était déserte et il avait commencé à pleuvoir.  Megan jeta un regard suspicieux aux alentours.
 
Tu crois que tu pourrais faire un de tes tours de voyage instantané ?...Non, pas que je sois friande de ce genre d’émotions…mais cet endroit n’est pas fameux et on finira en soupe avant de compter dix…
 
Mais elle était surtout curieuse de savoir s’il pouvait utiliser sa magie à volonté. Selon lui, ses pouvoirs étaient rouillés, enfouis Dieu sait où.
 
J’ai lu qu’il fallait insister…insister…insister, la magie n’est pas un état temporaire, tu nais ainsi et ça dure jusqu’à ta mort, ce qui veut dire que tu es toujours sorcier…donc…faut s’activer ! , elle accrocha son bras et leva le nez pour le regarder, juste question d’y mettre toute ta  force et confiance…tu l’as fait avant,  donc…rentrons, on caille !
 
Le trasplanage était loin d’être son moyen de transport favori, cela  la laissait tremblante et remuée mais il fallait reconnaître que cala épargnait temps et détours.  Ils se matérialisèrent dans une petite ruelle adjacente au Chemin de Traverse parce qu’elle insista sur le besoin de faire quelques emplettes.  Si John s’attendait à qu’elle prépare un dîner cordon-bleu, il fut sûrement déçu. Megan n’avait rien de la parfaite petite femme d’intérieur et se contenta de  grignoter des sandwiches tout en lisant à voix haute, posant des questions à tout va, demandant une démonstration, refusant toute négative.
 
Ta magie est le recours …le grand et tout puissant recours. Grâce à elle tu es encore en vie, j’en suis sûre, ce qui veut dire que celui ou ceux qui te cherchent ignorent tout de ce pouvoir…Tu ne l’as utilisée qu’au minimum…or selon ce que je lis là, il existe infinité de sorts de défense et attaque…tu les connais, John…ils sont dans ta tête…souviens toi…
 
Facile à dire. Il y eut des moments où Megan devina qu’il luttait contre l’envie de l’étrangler proprement et la faire disparaître, mais elle ne se laissa pas amoindrir. Au troisième jour de leur réclusion volontaire, ils retournèrent chez Hilderman, qui les reçut excité comme une puce.
 
Sais pas ce que vous attendiez mais là, ça dépasse presque mes espérances ! La photo et la question ont fait le tour du Net…une heure après la parution a commencé le déluge…, il rigolait en leur montrant d’un geste indifférent le tas hallucinant de papier imprimé qui squattait un coin, on pouvait s’y attendre…ce genre de trucs génère des réactions absurdes chez les gens…
 
Megan souleva le dernier pli de papier continu, antiquité des années 80 à laquelle Hilderman continuait d’être très adepte. On y lisait n’importe quoi. Des réponses on ne peut plus farfelues, hasardeuses, stupides, moqueuses.
 
Mais suivant des paramètres fixés d’avance j’ai pu faire un tri entre le bidon et ce qui pourrait être important…Voilà !
 
Il leur tendit quelques plis, très peu et attendit leur réaction avec l’impatience d’un gosse face au sapin de Noel.  Megan parcourut rapidement les feuilles imprimées. Son cœur battait à rompre, partagée entre impatience et un sentiment  d’angoisse croissante. Quand ses yeux se posèrent sur la série de photos, ses jambes flanchèrent  et un nœud d’anxiété lui serra la gorge.
 
Je…je…pense que tu dois voir ça, John…
 
Elle était belle, la jeune femme blonde, elle avait l’air si heureux même si son regard avait un « je ne sais » quoi de tristesse piégée. Quelques mots accompagnaient les photos.
 
« Je t’attends toujours, je t’aime. Reviens ! », signait Caroline.
 
Megan ne sut définir exactement le mélange de rage et chagrin qui la paralysait soudain en voyant l’expression au-delà de toute description arborée par Mr. John Smith…
[size=15.6][/size]



avatar
Megan Reese

Messages : 29
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par John Smith le Dim Mar 09 2014, 18:58

Rêves, cauchemars ? John était perdu après cette première expérience. Repoussant les effets, il fut convaincu de devoir en finir avec les hésitations. Savoir primait. On lui en voulait, qui, pourquoi ? À lui… eux ? De le découvrir. Dieu qu’il s’en voulait de l’avoir quasi étranglée alors que Meg ne tentait que l’aider. Bizarre cette fille ! Elle ne lui en voulut pas, tirant ses conclusions personnelles, pas piquées de vers. Désireuse de l’aider, elle lui présenta un pote capable de prouesses informatiques. Si même la CIA ne pouvait remonter jusqu’à eux… Pourquoi hésiter ?

Tous semblaient parfaitement responsables, au courant des tenants et éventuels aboutissants, la question cruciale fut posée. Puis, sur les doctes conseils de Miss Reese, ils laissèrent Hillie s’activer en rentrant… étudier. 

Incroyable cette bonne femme !   

Ta magie est le recours …le grand et tout puissant recours. Grâce à elle tu es encore en vie, j’en suis sûre, ce qui veut dire que celui ou ceux qui te cherchent ignorent tout de ce pouvoir…

Je l’ignorais moi-même !

Tu ne l’as utilisée qu’au minimum…or selon ce que je lis là, il existe infinité de sorts de défense et attaque…tu les connais, John…ils sont dans ta tête…souviens toi…  

Ben voyons ! Si c’était si simple, cela ferait belle lurette que sa mémoire aurait repris le dessus. Miss Reese semblait avoir omis que le cerveau de John avait bel et bien été endommagé de façon irréversible dans l’ « accident » mais au moins avait-elle raison sur un point : la magie ne s’oubliait pas. Si on la renforçait par l’étude, elle était ou pas présente en vous de façon définitive.

Fort de ce fait, John mordit dans sa chique pour s’exercer sous les directives de son professeur… moldu, un comble ! À plus d’un titre, il était agacé. Non seulement Megan lui bassinait les oreilles à longueur de temps mais, de surcroit, ne cuisinant pas du tout, c’était sandwiche tous les menus. Menus qu’elle payait de sa poche, le summum quoi !  

Néanmoins, John appréciait son dynamisme dénué de fatalisme et son air de petite fille ravie lorsqu’il réussissait un sortilège imposé le forçait à sourire en retour.

N’empêche qu’au bout de trois jours d’entraînement en confinement, John en avait ras-le-bol :  

Faut qu’on se bouge ! Je suis certain d’une chose : je ne suis pas casanier. Si on allait voir où en est Hillie ?

Ouf ! Elle était d’accord.

Chez Hilderman, une belle pagaille régnait. Très heureux et fier de ses performances, l’ami de Meg leur montra foule de réponses dont la majorité n’était qu’un fatras d’idioties, voire de propositions indécentes.

*Ah ? J’ai une belle gueule ? Me rencontrer pour me faire… hein ? *

Marrant et frustrant. Cependant, Hillie avait sélectionné les réponses les plus intéressantes et les leur soumit. La feuille tendue par Megan tremblait en changeant de mains. Il lut ; son cœur rata des battements :

« Je t’attends toujours, je t’aime. Reviens ! »

 John ne parvint pas à détacher ses yeux de la photographie jointe, du prénom qui l’accompagnait avant plusieurs secondes. Il secoua plusieurs fois la tête, se racla le gosier et, blême souffla :

Je crois reconnaître cette femme. Je… je l’ai vue… en… rêve !

Aussitôt Megan exigea des descriptions de ces images nocturnes, cachées jusque-là.

… Rien de précis, c’est flou…

Complètement paumé, il ne cessait de fixer la photo tentant de reconnecter des neurones perdus. Le verre tendu par Angus s’avala d’un trait, sans conscience du contenu. Sous le feu de l’alcool, il recouvra un peu ses esprits :

On va répondre. Il y a moyen, n’est-ce pas ?

Le serveur est sécurisé. J’émets dans toutes les directions, mon pote ! Que veux-tu que je tape ?

Je taperai moi-même, si tu le permets.

Avec regret, dès la connexion établie, Hilderman lui céda le clavier.

Il fallut à John un grand effort de concentration avant d’oser pianoter :

Bonjour Caroline. Si je suis celui que tu attends, dis m’en plus sur moi… sur nous, s’il te plait.  

À Washington, des voyants clignotèrent.

McGovern s’endormait doucement devant son ordinateur quand celui-ci chanta.

 *NDD ! Il a mordu !*

Saut au téléphone, branchements particuliers de traçage, il reprit place :

Mon chéri ! Enfin de tes nouvelles ! Cela fait deux ans que je cours partout à ta recherche. Que s’est-il passé Warren, mon amour ?

Je suis Warren ? Warren qui ? Je faisais quoi dans la vie, tu es qui pour moi ?

Pourquoi ces questions, mon cœur ? Tu as oublié ? M’as oubliée ? Que s’est-il passé Warren, où es-tu ?

Je n’ose pas te le dire.

Tu es Warren Fletcher, agent de sécurité. Nous sommes mariés depuis six ans !

Je veux des preuves !

Je… quel genre ?

Des photos de nous… avant. Lieux, dates, tout !

Mais mon chéri, tu en avais emporté beaucoup pour ton voyage en Afrique ! Quand on m’a dit que tu y avais disparu, suis devenue dingue.

Trouves-en ! Cette conversation est terminée.  

Longtemps, John fixa l’écran devenu obscur. Fermé, mâchoires serrées, il repoussa son siège et se leva :

J’ai besoin… D’air, oui... je voudrais être seul, est-ce trop demander Miss Reese ?  

Pas question, blabla, elle promit de respecter ses distances, etc.

Bourru, mains dans les poches de son mauvais imperméable, il la négligea complètement en battant le pavé. Au moins elle fut tellement discrète qu’il en oublia sa présence, se permettant d’émettre à haute voix le décours du chaos de ses pensées :  

Caroline… Oui, oui, je la reconnais… Bon Dieu, comment peut-on oublier sa femme ? … Agent de sécurité… Ouais, plausible… Qu’est-ce que j’allais foutre en Australie ? Elle l’a pas dit, mauvais signe.

Une toux gênée, l’interrompit. Megan, évidemment.

Impossible de ne pas écouter ses excuses et ses propres remarques sur l’affaire.  

Elle trouvait la correspondance aisée, suspecte.

… moi aussi mais c’est l’unique fil dont je dispose !… Ouais, tu as raison, faut se renseigner sur ce Fletcher... ; Ben non… ce nom, je ne l’encaisse pas trop.

Ils firent demi-tour, remercièrent Hilderman puis, avec la promesse de repasser le lendemain, ils s’évaporèrent.

Alors qu’il s’apprêtait à transplaner, la miss émit une suggestion :

… Quoi, dîner ailleurs ? J’ai pas faim, Meg. Suis out. On en rentre.

 De l’autre côté de l’Atlantique, on s’activa comme jamais sur le cas Fletcher. Lors de la réunion d’urgence, McGovern, très éveillé, maintint sa version des faits :

Notre bonhomme a la mémoire plus trouée qu’une passoire, impossible autrement.

Son homologue rigola :

Touchant ces dialogues entre vous ! T’en pincerais pas pour lui… chéri ?

Ta gueule, Pat ! On fait le même boulot, mais toi, tu ne réfléchis pas plus loin que le bout de ton flingue.  

On n’a pas à le faire, mec ! On doit juste faire le job prévu, point barre. Snow est prête, faut juste que tu appâtes davantage la cible. Avec tes « talents » tu arriveras à le convaincre de se pointer.  

As-tu seulement étudié le profil du gars ? C’est un vicieux de la pire espèce ! Il a réussi des trucs… quasi impossibles !  

Ouais… Il était doué. Mais si ta théorie est exacte, il doit l’être beaucoup moins aujourd’hui, et c’est pas moi qui m’en plaindrai. Voilà les photos à transmettre avec les précisions voulues.

Mais s’il ne sait plus rien, pourquoi encore vouloir le…

Risque zéro ! Désolé, vieux ! Un conseil : arrête de t’attacher à ta cible !  

Avec amertume, Edmond s’en fut remplir ses obligations. Il n’était qu’un exécuteur exécutant. Certes, il en voulait à Fletcher d’avoir reparu alors qu’il était certain de l’avoir éliminé. Comment il s’en était tiré ? Peu importait. Mais ça l’avait poussé à faire une chose hautement interdite : s’interroger. Qu’avait pu découvrir Fletcher pour que tous veuillent sa peau à ce point ? Déjà qu’on lui avait supprimé sa famille… Bien belle famille selon les photos qu’il contempla, pensif, en les transmettant. Même retouchées, elles étaient éloquentes.

Warren chéri, c’est nous à Hawaï, peu après la naissance de Bobby. Le petit a bien grandi ; il parle et marche maintenant. Leslie n’arrête pas de me poser des questions sur toi. Pour ses cinq ans, elle est très autonome et m’étonne par son sérieux. Tu lui manques, mon amour ; tu me manques. Nos enfants ont besoins d’un père, et moi… d’un mari. Reviens, chéri ! Fixe toi-même un rendez-vous. Je suis tout à toi, à jamais.  

S’ajoutèrent de nombreux clichés d’une maison agréable, d’un chien joyeux, de groupes de gens heureux, datés, nommés.  

En découvrant ce qu’Hillie lui soumit, John fut pris de nausée. Il fila dans les toilettes du copain de Meg et y déversa contenu d’estomac et larmes.

Tout n’était donc que du vent ? Il n’avait rien commis d’irréparable et avait seulement oublié que des êtres chers l’attendaient en dépit de tout ?  

Un verre d’eau et des aspersions à la gueule plus tard, il reprit du poil de la bête.

Ce sandwiche de dinde me vire le foie, dit-il en excuse à sa fuite. On va fixer date et lieu : je veux les voir !  

Megan rouspéta, argumenta, plaida comme de bien entendu.

… Suis pas complètement idiot, Meg. Ces photos me parlent, et … oui, je suis d’accord : Caroline ne dit rien sur ma disparition, ni du pourquoi on me traque ! Ce qui ne signifie pas nécessairement qu’elle ment ! … Je veux y aller, « JE » DOIS y aller, tu piges ?

Elle plissa son joli minois et exigea un truc de ouf :

… T’es dingue ! Je ne t’ai pas encore causé assez d’emmerdes ainsi ?  Tu dois avoir une famille… des gens qui s’inquiètent de ton sort, et…

Elle prétendit que non, le laissant assez démuni face à une argumentation déroutante.

Bon, soupira-t-il... Non, vais pas t’entraver, évidemment !... J’ai pensé à l’endroit et...Ok ! Ça va les désorienter ! Ils me croient en Angleterre, même si les relais d’Hillie passent par Hong Kong, ils seront dans le cirage si j’utilise un portoloin, comme tu le suggères.  

Washington

Edmond désespérait, la réponse tardait.  Qu’est-ce que Fletcher mijotait ? Puis, il sursauta en lisant :

Mesquite, 55 km nord. Le 12, 15h. Sois-y avec les enfants, nul autre.  

Il pianota :

Ok ! Mais pourquoi si loin ? Sans personne à la ronde ?

Tu sauras…

L’échange achevé, McGovern s’activa comme jamais. Mité ou pas, le cerveau de Warren fonctionnait : il se méfiait. Tout s’organisa à la vitesse grand V.

Soir même, Londres.

Habillés pour la circonstance, un couple se présenta dans un resto chic. Megan, superbe dans un fourreau assorti à la couleur de ses yeux, semblait… déboussolée.

Choisis ce que tu veux, tu ne règleras pas la note cette fois… Ben oui, j’ai les moyens ! Mon copain Max m’a filé son double de clé de Gringotts, je ne l’avais pas encore employée… Oui, je crois détester dépendre des autres ! Un martini ?

La commande effectuée – après bien des hésitations puisqu’il ignorait s’il aimait ou pas tel ou tel truc – John osa poser sa main sur celle de Miss Reese :

Megan, je ne sais pas par où commencer pour te remercier de toute l’aide apportée… Un dîner c’est, euh… chiche ? … Chut, chut, t’énerve pas, c’est pas le moment, ni le lieu ! Traite-moi de tous les noms, je m’en fous mais baisse d’un ton, de deux même. C’est un truc que je dois faire en solo. Tu m’as secondé, épaulé, et ce repas n’est qu’une piètre compensation, je sais... je pars ce soir, ils ne s’attendent sûrement pas à ça ! Tu prends quoi en entrée ? Saumon, Noix de St Jacques ?

Elle fulminait, il le voyait bien.

Commande passée au serveur empressé, ils sirotèrent leur apéritif :

Tu t’es tant investie, je t’ai tant mouillée et… je ne sais rien de toi, Megan ! C’est… pas équitable, non ? 

Aveux soutirés, comme à contrecœur, la miss en revint au nœud du souci que freina illico John :

Stop ! Je ne veux plus que tu t’en mêles ! Que Caroline soit ou pas ce qu’elle prétend, je t’ai assez… Chuuuuuut ! C’est peut-être notre dernière soirée ensemble. On danse ? … Euh… sais pas si j’alignerai deux pas mais, j’en ai envie ( petit rire )

Apparemment il savait, elle aussi.

Leurs pas accordés, John avait la tête ailleurs. Il devait tant à cette femme ! Gauche, il tenta :

J’ai une famille, Megan ! Caroline, Leslie, Bobby sont tout ce que j’ai de réel, de concret… Peut-être n’est-ce qu’un piège mais suis prêt à assumer. Je découvrirai de quoi il en retourne, mais toi, promets-moi une chose… C’est ça : ne t’en mêles plus ! Je te rembourserai tout et…

Il fut largué au beau milieu de la piste. Sourire en coin, il régla l’addition salée, prit son manteau et alla dénicher l’objet voulu. Une canette vide vira au bleu dans une ruelle sombre. John Smith partit alors à la rencontre avec lui-même...
 
avatar
John Smith

Messages : 30
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par Megan Reese le Dim Mar 16 2014, 19:43

Instant éternel à le voir  s’émouvoir au-delà de tout. Mêlés chagrin, doute, confusion…Que sentait-il vraiment ? Quel souvenir enfui remuait cette image ? Puis, elle décela l’espoir, minime d’abord, grandissant ensuite, l’emplissant. Absurde éloquence. Il espérait…du fond de son âme troublée, John espérait. De toutes ses forces. Megan le devina. Il s’accrochait à n’importe quoi qui puisse le tirer de ce néant qui avait tout englouti.
 
Je crois reconnaître cette femme. Je… je l’ai vue… en… rêve !
 
*Tiens donc…rêve prémonitoire !* Et…pardon que je m’en mêle, mais c’était quoi comme rêve, exactement ?, s’enquit  d’un ton plus pointu que voulu, qu’est-ce que…tu as vu…qui as-tu reconnu ?...Elle était seule ?...C’était où ?
 
Trop de questions. Plus paumé que ça, tu meurs !
 
Rien de précis, c’est flou…
 
*Bien sûr…et je dois te croire !?*…John, fais un effort…
 
Hillie, plus pratique lui fila un verre d’alcool qu’il avala sans respirer, ce qui sembla lui rendre un peu de maitrise de soi, perdue dans l’émoi.  Il voulait répondre au message, le génie de service assurant la sécurité du serveur s’en suivit un échange consciencieux duquel John tint à s’occuper lui-même. Pendant que John  restait face à l’écran, elle prit Hildermann à l’écart.
 
Tu sais d’où émane le signal, Hillie ?
 
Côte Est des U.S.A…ils ne se cachent pas…pas de relais biscornus…signal satellite direct…
 
Il est 10 :37 ici…tu me dis côte Est…cinq heures de décalage, heure d’été…bon sang, c’est 5.37 du matin là-bas…Elle vit scotchée à l’ordi, la telle Caro ?
 
Euh…va savoir, elle est anxieuse d’avoir des nouvelles de son mari perdu…
 
Hillie…

Ok, c’est un peu extrême, j’avoue…mais si tu penses bien…elle a vu la photo, l’a reconnu et depuis…
 
Depuis, il y a 2heures 35 minutes, Hillie, j’ai bien vu l’heure du message…c’est beau l’amour, mais je doute fort qu’une femme passe collée à son ordi pendant Dieu sait déjà combien de temps, à l’attente d’une hypothétique nouvelle…d’ailleurs John a vu des gosses dans son rêve, s’il se trouve, il en a vraiment…dis-moi, une maman  à 3 heures du mat, ça dort…je le sais…mes sœurs sont une grande source d’info sur les délices de la maternité…
 
Mr. Smith papotait toujours avec sa Caroline  qui, pour autant que Megan put juger, était une professionnelle de l’informatique, vu la vitesse à laquelle elle acquitta les demandes de son mari.
 
Ouais…des photos de famille maintenant…à 5.38 du matin, Madame est si bien éveillée qu’elle trouve tout ce dont elle a besoin en un clin d’œil…suis vachement organisée, mais crois-moi, Hillie, ça me prend plus de temps…

Avec une espèce de soupir, John venait de clore la conversation, mais resta un moment à fixer le noir de l’écran avant de se lever.
 
*Le voilà redevenu huître…NDD, que lui a dit cette femme ?*…Ça va, John ? Tu as tiré quelque chose au clair ?
 
À part un nom complet : Warren Fletcher et s’être trouvé en Australie lors de sa disparition…photos et autres…
 
*Ouais…et on gobe tout. Amen !*
 
J’ai besoin… D’air, oui... je voudrais être seul, est-ce trop demander Miss Reese ?
 
Elle crispa la bouche, l’humeur morose ou pire que ça…fâchée ?
 
Tu peux oublier ça, tu ne vas nulle part seul… pas de souci, volerai pas ton air mais resterai pas loin…
 
Le pauvre, considérant le peu d’options, accepta qu’elle reste à distance et en silence. Megan eut envie de lui taper dessus mais Hillie, compatissant freina tout élan non-civilisé.
 
Finirai par croire que tu tiens à lui, ma toute belle !, murmura t’il, goguenard, ce qui lui valut un coup de coude dans les côtes, pas à dire…
 
La belle balade. Le quartier ne valait pas un sou, au moins pouvait-on espérer ne pas faire des mauvaises rencontres à cette heure. Ça dura ce que ça devait durer.  Et puisqu’il soliloquait à voix haute.

Caroline… Oui, oui, je la reconnais… Bon Dieu, comment peut-on oublier sa femme ? … Agent de sécurité… Ouais, plausible… Qu’est-ce que j’allais foutre en Australie ? Elle l’a pas dit, mauvais signe.
 
Dernier recours, toux polie.
 
Sorry…si tu pensais en plus discret…mais là…Suis désolée, j’ai promis de ne rien dire, mais c’est impossible de ne pas…enfin…John…plus j’y pense, plus je trouve ça…trop…euh…facile !, et de lui faire part des mêmes remarques auxquelles Hillie avait eu droit un peu plus tôt,  je trouve ça…trop suspect !


Moi aussi mais c’est l’unique fil dont je dispose !
 
Oui, je sais …parce que c’est juste ça qu’on te sert en plateau d’argent…hop, voilà, tu voulais savoir, tu sais…soyons pas naïfs, John… Tu as peut-être paumé ta mémoire mais tu n’es pas devenu idiot du coup…c’est qui, ce Fletcher, pour commencer ?
 
Il fut d’accord sur le besoin de plus de renseignements, demeura fermé en rentrant chez Hillie dont ils prirent congé sans plus. Elle pensa aller manger quelque chose mais il avoua ne pas avoir d’appétit.
 
*Et zut, je meurs de faim, moi !*
 
Tant pis, elle dut se contenter d’ un sandwich fait maison en feuilletant des grimoires. Tout essai de communication avec John s’avéra nul. Il était vraiment out et dormit, ou fit semblant.
 
*Ma chance, l’histoire la plus incroyable de tous les temps : impubliable…le seul sorcier connu : inabordable. La question se pose, ma fille : que fous-tu là encore ? Il doit bien avoir quelque chose d’autre à faire !*
 
Il fallut attendre le lendemain et encore, ce ne fut pas la gaité. Hillie les attendait, circonspect et n’attendit rien pour fourrer dans les mains de John la dernière ponte de Madame outre-Atlantique. Cette fois, Megan ne se gêna pas pour lire par-dessus l’épaule de Mr. Smith.
Photos, mots d’amour. Hawaii. Fleur bleue. Mièvre. Famille, Toutou. Parfait. Trop parfait. Bobby, Leslie…Chéri.
Megan dut faire un effort quasi surhumain pour ne pas vomir. John lui, fila s’enfermer dans la salle de bains, pâle linceul.
 
C’est misérable…dégoûtant…ils se jouent de lui…Qui ? Comment vais-je le savoir, Hillie ? Mais sûrement pas le Rotary Club ou les Pathfinder !...Tu as ta petite idée…moi aussi…
 
Inutile d’en dire plus, ils se comprenaient au demi-mot. John tarda à revenir, la mine ravagée, accusant un sandwich à la dinde de tous ses maux.
 
On va fixer date et lieu : je veux les voir !  
 
Bon sang, John, à quoi bon !? C’est truqué, ça pue l’embrouille…tu te feras pincer comme le dernier des cons…excuse-moi, ils ont déjà essayé…souviens toi  en Afrique, avec Max…là, tu te …

Il lui ferma le clapet d’une tirade bien sentie, contemplant le fait de ne pas être complétement idiot mais  remué par ces photos, reconnaissant que Caroline ne disait pas tout ce qu’il voulait savoir , s’accrochant comme un dingue à une minime bribe d’espoir, encore et toujours…
 
*Il veut tellement y croire…qu’on peut lui servir n’importe quoi…Mon pauvre John…ils ne feront de toi qu’une bouchée…*

Je veux y aller, « JE » DOIS y aller, tu piges ?
 
Ok, tu veux y aller, c’est ton droit, je te le concède mais si tu vas, je vais avec toi !

On pouvait s’y attendre, à sa réponse.
 
T’es dingue ! Je ne t’ai pas encore causé assez d’emmerdes ainsi ?  Tu dois avoir une famille… des gens qui s’inquiètent de ton sort, et…

Tout le monde est habitué à me voir disparaître quand je suis sur une histoire…t’en fais pas pour ça…j’enverrai un message à mon boss pour lui expliquer qu’il n’y a rien de quoi s’inquiéter…si tu veux, j’appelle ma mère aussi…mais on doit peaufiner ton « apparition »…Hillie les déroute avec ses relais…ils ne savent rien, même s’ils doivent être à s’y casser les dents…Tu connais le moyen parfait pour les prendre de court !, regardant par-dessus son épaule, elle vit Angus très occupé avec ses ordis mais baissa la voix pour dire, tu sais…Portoloin…suis épatée avec vos moyens de locomotion…tu me feras essayer, dis ?

Fichu pour le badinage destiné à  alléger l’ambiance dense comme pâté de coing. Au moins, il reconnut son idée de transport magique comme bonne. Il reconnut ne pas vouloir l’entraver mais ne parla pas de l’emmener, non plus.
 
*Quelle mule têtue, ce sorcier !* Alors, tu as décidé d’Aller à Mesquite…joli choix, ça et le c*l du monde à gauche, ça revient au même…Voyons donc ce qu’ils disent…
 
Bien entendu, « ILS » acceptèrent.  Pour alors, même Hillie, dont le calme était proverbial commençait à désespérer.
 
Je te tiens au courant, Hillie…là, on y va…sais pas où mais on y va !
 
Il faut dire, qu’il sut la surprendre, pas plus tard que le soir même.  Une invitation pour dîner chic. Elle ne posa pas de question mais n’en resta pas moins soufflée. Il s’arrangea pour lui fournir une toilette de ouf et lui-même apparut, sapé comme prince. Déjà qu’en SDF il faisait de l’effet, en costard, il était à tomber. Megan fit des efforts pour rester pragmatique et lucide, ce qui ne lui évita pas un air déboussolé impossible de dissimuler.
 
Le restaurant, par excellence. Table pour deux.
 
Choisis ce que tu veux, tu ne règleras pas la note cette fois !
 
Tu me rassures, ironisa t’elle, retrouvant un peu d’aplomb, tu as dévalisé une banque ou quoi ?
 
Son explication était on ne peut plus simple et acceptable, ce qui est plus. Son magnanime ami Max lui avait filé le double de sa clé à la banque sorcière.
 
Wow…c’est pas un ami, ça…c’est une fée marraine !...Mais tu n’es pas ravi de l’arrangement, je me trompe ?
 
Oui, je crois détester dépendre des autres ! Un martini ?
 
Elle faillit rire, pas à dire, il s’arrangeait avec ses états d’âme.  Martini accepté, elle faillit hoqueter de surprise quand il posa sa main sur la sienne. Premier geste d’approche. Dormir ensemble n’était qu’un arrangement pratique, rien d’autre.
 
Megan, je ne sais pas par où commencer pour te remercier de toute l’aide apportée…
 
Tu m’invites à ce dîner, dans cet endroit si…
 
Un dîner c’est, euh… chiche ?
 
Chiche !?...À quoi penses-tu que je m’attendais ?...Bonté divine, John Smith, tu n’es peut-être pas idiot mais là…Tu crois que tu achètes mon silence et loyauté avec…ÇA ? Pardon de te le dire, mais là…tu deviens crétin et…

Chut, chut, t’énerve pas, c’est pas le moment, ni le lieu ! Traite-moi de tous les noms, je m’en fous mais baisse d’un ton, de deux même. C’est un truc que je dois faire en solo. Tu m’as secondé, épaulé, et ce repas n’est qu’une piètre compensation, je sais...
 
Merci quand même de le reconnaitre, siffla t’elle avec envie de lui envoyer le verre d’eau à la tête.
 
Je pars ce soir, ils ne s’attendent sûrement pas à ça ! Tu prends quoi en entrée ? Saumon, Noix de St Jacques ?

Va au diable…Coquilles St Jacques ! Je te déteste…

Elle n’y croyait rien. Ça lui faisait un mal fou qu’il soit Là à penser à  son hypothétique épouse et sans doute à la joie des retrouvailles. Lui, il restait si poli et charmant.
 
Tu t’es tant investie, je t’ai tant mouillée et… je ne sais rien de toi, Megan ! C’est… pas équitable, non ?

Savoir ? Qu’est-ce que tu veux savoir ?...Pour ce que ça changera quelque chose, mais enfin, si tu veux…je te file mon CV ! Ok, sans ironies…Papa riche, Maman réglo, deux sœurs parfaites, j’ai eu envie de rompre un peu la monotonie familiale, ça ne me dit rien courir après mari et gentille famille…c’est beau pour les albums photo…D’autres chose m’attirent...Il y a tant à dire sur ce monde dans lequel…et puis tu sais, ça suffit…on s’en fiche de ma vie…c’est la tienne qui me fait du souci…


Stop ! Je ne veux plus que tu t’en mêles ! Que Caroline soit ou pas ce qu’elle prétend, je t’ai assez…

Tu m’as pratiquement enlevée, tu oublies ? Tu m’as emmenée dans u monde incroyable dont personne ne soupçonne l’existence…Tu as bouleversé tous mes schémas sur le vrai et le faux…sur l’imaginaire…Tu ne peux pas me…
 
Chuuuuuut ! C’est peut-être notre dernière soirée ensemble. On danse ? … Euh… sais pas si j’alignerai deux pas mais, j’en ai envie ( petit rire )
 
Coup vache. Elle ne s’y attendait pas. Et en plus, il dansait divinement bien.

J’ai une famille, Megan ! Caroline, Leslie, Bobby sont tout ce que j’ai de réel, de concret…
 
C’est un piège, John, je le sens, je le sais…Je t’en prie…n’y va pas…
 
C’était quoi cette angoisse qui lui serrait le cœur ? Elle aurait voulu pouvoir l’accrocher, l’enfermer quelque part pour éviter cette folie dans laquelle il se lançait tête en bille.
 
Peut-être n’est-ce qu’un piège mais suis prêt à assumer. Je découvrirai de quoi il en retourne, mais toi, promets-moi une chose…

Quoi ?...que je ne m’en mêle plus ? Que je te laisse courir à…

C’est ça : ne t’en mêles plus ! Je te rembourserai tout et…

Pourris en enfer, John Smith !
 
Sans trop savoir comment, elle s’échappa de son étreinte, prit son sac sur la table et quitta les lieux comme une trombe, sans se soucier du serveur qui pour l’éviter envoya valser son plateau, ni des gens qu’elle bouscula dans sa fuite éperdue.  Il pleuvait doucement. Megan frissonna, sa toilette n’était pas trop accorde à la fraicheur de la soirée, bien sûr, personne n’avait supposée qu’elle finirait en pleine rue, la nuit…seule ! L’air frais eut quand même l’heur de lui rendre ses esprits. Journaliste un jour, journaliste toujours. Soit, Mr. Smith, sorcier de son état, ne serait pas le scoop de sa vie, cela ne signifiait pas qu’elle ait perdu tout intérêt. Il ne tarda pas à quitter le restaurant.  Megan n’hésita pas à enlever ses escarpins et le suivre, à distance et nu pieds.
Pendant un instant, elle pensa, bêtement, qu’il retrouvait ses habitudes de SDF en ramassant des canettes vides dans la rue,  mais lorsque elle qu’il tenait dans ses mains vira au bleu scintillant et qu’il disparut, elle sut enfin ce qu’était un Portoloin.
 
*Et tu crois que je vais rester comme si rien, sorcier borné ?...Vais pas laisser qu’ILS te pincent…s’ils voulaient ton bien, ça irait autrement…mais là…*
 
Angus Hildermann avait ses habitudes. Sa vie, c’était le Net. Amour peu permissif qui le tenait scotché 24h sur 24 à ses écrans multiples, pianotant sur autant de claviers. Un autre en serait devenu fou, lui, développait sa génialité. Mais qu’on sonne, avec insistance, 22h, un soir de pluie…quand même.
 
Reese !!!  T’es trempée, ma jolie…
 
Ben, il pleut. Pardon de venir comme ça…mais du coup je me suis retrouvée sans savoir où aller…John est parti…Comment ? Vaut mieux pas que tu saches, Hillie…pas encore…mais voilà, j’ai un petit problème…il faut que je le rejoigne…même s’il ne veut pas…

Tu ne serais pas amoureuse de lui, par hasard ?
 
Dis pas de bêtises, j’ai pas le temps pour ça. C’est sérieux, Angus…Je dois être à Mesquite, Nevada, le plus vite possible…Tu n’aurais pas, par hasard…une idée…je dois y aller en toute discrétion…on peut associer mon nom à celui de John…tu comprends…

Il comprenait. Il savait…et il agit en conséquence.
 
Apocalypsia ! Groupe de heavy-metal in. Jet privé soit. Mais si on lui avait dit à quoi s’attendre, elle l’aurait pensé deux fois. Où diable un type comme Angus Hildermann allait se chercher des copains pareils ?  Ceux-là semblaient venir d’un autre planète  et cette musique, du moins ils voulaient appeler ce boucan tonitruant ainsi…c’était à en être malade. En tout cas, ces gars extravagants, déguisés en Dieu sait quoi mêlant passé viking et futurisme imminent, surent se montrer charmants et pleins d’attentions avec elle.
 
Hillie nous a bien mis sur avis…pour le reste du monde, tu es notre bassiste, Pam …voici son passeport, pas de souci, elle est chez elle avec un rhume épouvantable mais est d’accord…qui va remarquer la différence ? Suffira un peu de maquillage une perruque…le tour est joué ! On est Apocalypsia, on nous attend…
 
C’est ainsi que Megan atterrit à Los Angeles, vêtue de cuir et clous,  avec un maquillage qui la faisait ressembler à la jumelle d’Alice Cooper. Fans, massés à l’aéroport, service de sécurité, traitement préférentiel, vive le statut VIP.  Elle suivit le mouvement jusqu’à l’hôtel et une fois-là, put respirer, soulagée. Son incognito était parfaitement assuré. Troy, le chanteur principal et chef de la bande la rassura quant aux conséquences : il n’y en aurait pas.  Elle pouvait aller poursuivre sa mission en toute paix de conscience.
Hillie avait tout prévu. Un génie sur tous les fronts, cet homme. Il avait fait bouge tous ses contacts, qui n’étaient pas des moindres et Megan put prendre la route vers Mesquite, le soir même. Voiture de louage dont le coffre lui réserva plus d’une surprise.
 
Pas à dire, il pense à tout…Béni sois tu, Angus Hildermann !
 
Arrivée très tard la nuit, elle s’octroya quelques heures de sommeil dans l’hôtel où l’attendait une chambre réservée au nom de  Pamela Dawlish.
55km, Nord. Plein désert. 14h.  Pas âme qui vive à la ronde. Elle savait pourtant que John devait être dans les alentours.  Des rochers lui fournirent l’endroit idéal pour dissimuler le véhicule et aussi pour avoir, d’en haut, une bonne vue d’ensemble. Les longues vues très performantes fournies avec le reste de l’équipement lui permirent de faire un balayage exhaustif  des alentours. Le caméscope était prêt, avec captation de son réglée au maximum. Pas question de rater miette de ce qui allait se dire là.
14.54. Une Dodge SUV rouge entra dans son champ de vision. Une minute plus tard, jailli de nulle part, John Smith était là aussi. Seul, exposé, vulnérable.
 
*Agneau offert en sacrifice…Mon Dieu…viens nous en aide !*

15.00 pile. La portière côté chauffeur de la SUV s’ouvrit et, comme prévu, la femme blonde en descendit. Megan concentra son attention sur elle. La netteté de l’image lui permettait de capter le moindre de ses gestes, son expression et ce qu’elle perçut fut loin de lui plaire. La femme semblait anxieuse, mais pas émue. Le regard dont elle balaya l’endroit était analytique, froid, consciencieux, en aucun moment celui d’une femme aimante ayant l’espoir de revoir son mari tant langui.
 
*Tu es Caroline, je suis la reine d’Angleterre !*
 
John n’avait pas bougé. Megan fut tentée de faire un zoom sur lui mais préféra rester sur la femme, celle-ci se plaqua un sourire radieux aux lèvres et fit descendre deux enfants de la voiture. Un petit garçon blond, d’à peu près trois ans, jugea t’elle, tenant la main d’une fillette  un peu plus âgée.
 
*Le petit devrait être à peine un peu plus qu’un bébé…la fillette ne devrait-il pas avoir déjà plus de cinq ans ?...*
 
Tout semblait se dérouler comme prévu. Une rencontre familiale où il ne manquait que le chien mais pour quelque raison la scène semblait figée, empruntée…enfants trop dociles ? Femme trop souriante ?
 
Warren…chéri !
 
Elle avança vers lui, suivie des enfants  impavides.  Le vent du désert plaqua sa robe fleurie contre son corps mince et Megan ne fut pas dupe de la bosse suspecte à sa cuisse.
 
*Merde…elle a une arme…*
 
Un retour rapide vers la SUV avec la caméra.  Il y avait quelqu’un d’autre là…sans doute pas le chien ! Zoom sur la rencontre imminente. Froid au dos, mal au cœur. La femme se jetait dans les bras de John et l’octroyait d’un baiser à retourner les sens.
 
*Eho…les enfants sont là !...*
 
En fait, les deux petits étaient comme pétrifies à deux pas du couple, muets, sans expression. Pas tout à fait ce qu’on peut s’attendre de deux mioches, supposément  retrouvant Papa.  Et puis la blonde fit un geste…sa main descendit vers sa cuisse…
Megan n’attendit pas à voir ce qui pourrait se passer. Sans hésiter, elle leva la carabine de chasse, incluse dans le barda et tira deux fois en l’air…
avatar
Megan Reese

Messages : 29
Date d'inscription : 02/02/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Qui cherche trouve...

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum