Amour, quand tu nous tiens

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Amour, quand tu nous tiens

Message par Alix Blackstorm le Dim Mar 30 2014, 22:15

Amour quand tu nous tiens…
 
Malgré la grisaille de l’Ecosse, tout semblait bleu et rose à Alix enfin dans les bras de celui qu’elle chérissait par-dessus tout. Elle ne pouvait pas se plaindre d’un manque d’attention de la part de son amoureux et, puisque c’était la réaction normale dictée par les films romantiques visionnés, elle se comporta comme voulu : en petite fille absolument ravie de chaque nouveau jouet. Si Michael était heureux, alors… elle aussi, même si, en son âme et conscience, Alix se fichait des cadeaux, lui seul suffisait.  Elle serait bien restée indéfiniment nichée contre Michael si celui-ci n’avait pas été atteint de bougeotte aigüe. Ils avaient pourtant bien mérité un peu de répit à deux, non ? Enfin à quatre avec les chats ou à 6 en comptant les elfes.
Recevant des nouvelles de son frère qui épousait son australienne, il était naturel que Michael désire assister aux noces. Du moment que l’on n’y restait pas plus de quelques jours, va pour le Pays des kangourous.
Quand  il n’était pas stressé par le danger, Mr. De Brent pouvait se montrer amusant, voire… délirant.
 
C’est vrai qu’on est déjà liés, à la vie à la mort par un Inviolable…ça te dirait de faire un peu plus…À notre façon ?...Sans contraintes…Veux-tu de moi, Alix ?...Pour toujours ?
 
*Pour toujours ? Pourquoi ? Il y a une autre possibilité ?*

Voulait-il se rassurer ? Pensait-il réellement qu’elle veuille un jour d’un autre homme ? Voudrait-il d’une autre femme ? Quelque chose d’indéfinissable échappait encore à Alix dans les relations de couple. Pour elle c’était si simple : on se donne l’un à l’autre, et c’est à la vie à la mort !
 
Quoi qu’il se passe Michael, je serai toujours tienne et toi toujours mien !  
 
Cela dit, l’Australie d’accord mais, en plus, aller emmerder son pote préféré en pleine lune de miel, elle trouva qu’il poussait le bouchon :
 
Tu exagères ! Ils ont mieux à cirer que de nous voir débarquer ainsi…
 
… bonjour, au revoir…et on file…après lui avoir demandé de nous marier…  
 
Se marier, pourquoi ? Ils ne l’étaient pas déjà d’une certaine façon ? Si cela rendait Michael heureux d’en passer par là…  
Visite éclair s’il en fut-une, juste le temps d’offrir le cadeau prévu par Michael au nouveau couple et de recevoir – vite fait bien fait – un petit sermon du capitaine Davenport sur les valeurs du mariage, un anneau, signer des documents, embrasser Justin et Sam et filer vers d’autres cieux.  Peut-être aurait-elle dû se montrer plus émue ? Qu’est-ce qu’un bout de papier et une bague quand on a l’être aimé à ses côtés ?  
 
Au premier abord, l’Australie ne lui plut pas beaucoup. Certes Melbourne était civilisée mais ensuite…  Au moins trouvèrent-ils l’exploitation McLane sans se perdre indéfiniment dans la nature.  
Quel accueil chaleureux et… émouvant. Sincèrement, Alix se réjouit de constater à quel point Michael aimait son frère et réciproquement. À mode de boutade, lorsqu’ils furent installés dans une chambre agrandie pour les effets, elle pouffa :
 
Très généreux de ta part d’offrir à Erik la moitié de tes avoirs, moitié qu’il aurait pu réclamer de par la loi. Hier, tu as dit à Justin qu’il était ton frère, tu vas aussi lui concéder la moitié de ce qui te reste ?
 
Ils en rirent beaucoup.  
La suite fut un tourbillon assez étrange. Le clan McLane ne faisait pas les choses à moitié, pas pour célébrer dignement les noces de l’unique fille de la tribu. Qu’Opal la choisisse en témoin déconcerta Alix. Cela signifiait-il qu’elle compte aux yeux de cette future belle-sœur ?  L’idée plut énormément à Alix qui n’avait jamais connu de réelle fraternité.  Sa famille personnelle n’était pas très… reluisante.  
300 personnes ! Alix félicita mentalement son chéri de la discrétion de leurs épousailles.  
Buffet extravagant, danses à gogo, la suite des vœux fut… étourdissante. Mais Alix était heureuse. Un sentiment inédit l’habitait. Pour la première fois de sa vie, personne ne la jugeait, ne la jaugeait. Elle n’était qu’une femme amoureuse de son mari, intégrée à une famille, et ça lui convenait parfaitement.   
On dansa, but, bavarda avec des gens très sympathiques, peu maniérés de surcroit.  
La tête lui tournant un peu, quand elle put enfin s’accrocher aux bras de Michael sur la piste, elle souffla :
 
C’est bien beau tout ça mais…  
 
Il pigea au quart de tour de piste et, après des adieux discrets, prirent voiture avant portoloin.
 
Je suis claquée, avoua-t-elle, en s’étirant dans leur suite luxueuse de Melbourne. Je prends une douche, puis… Non, non, non, monsieur mon époux ! J’y vais seule, cette fois ! ( rires)  

Faudra quand même penser à la suite, mon chéri !
 
Un peu plus tard, ils le décidèrent ensemble sur l’oreiller. Il voulait du chaud, elle ne voulait pas trop de soleil. Alors, ils testèrent.  Quelques jours ici, quelques jours-là, rien ne convenait vraiment.  
Puisqu’il n’y avait aucun risque d’ouragan là où ils se plurent, une grande ( très grande) villa accueillit leur petite famille, plantes comprises ; Alix veillerait à maintenir une température convenable en serre. L’océan était beau quand calme, leur large bout de plage privée permettait aux chats de batifoler sans attirer l’attention et, vu qu’ils ne fréquentèrent personne, nul ne s’étonna de la présence de deux elfes au domicile.
Vie simple, naturelle, insouciante… Sea, sex and sun, que demander de plus ?
Aucun rituel particulier dans leur gîte. Lever à des heures parfois indues, déjeuner de fruits ou poissons, baignade, achats en ville, et rebelotte, le tout ponctué d’ébats grandioses. Si Michael s’adonnait à la plongée sous-marine, Alix préférait nettement jouer avec l’ordinateur ou s’occuper de son jardin. Elle avait la main verte - c’est prouvé- un visiteur intempestif se serait étonné des variétés exotiques qu’elle parvint à élever dans ce petit Eden. Sinon, elle lisait beaucoup et, avec Bikita, complétait son apprentissage culinaire.     
La béatitude dura… un mois.
Le courrier suivait magiquement. Alix ne regardait jamais la boîte, n’en attendant de personne. Michael, par contre…
Ce matin-là au petit-déjeuner, elle vit sa mine et comprit :
 
Mauvaise nouvelle ?... Ah…
 
Sa figure s’allongea. Appétit coupé, les pancakes refroidirent dans l’assiette fixée sans la voir.
 
… Combien de temps ?
 
Il plaida beaucoup. Elle devait comprendre, patrie, honneur, pas de risque, blabla…
 
Plutôt que d’éclater, elle annonça :
 
Je sors ! Venez, les chats !  
 
L’air du large ne la calma pas. Sans même en avoir conscience, elle pleura tout du long.
Pourquoi ? Pourquoi n’avait-il pas fait comme Justin et démissionné des tous les trucs dangereux ?
 
*Parce qu’il n’est pas une plante qu’il suffit de mettre en terre en lui donnant amour et eau…*
 
S’ennuyait-il déjà tant avec elle pour…  
Ni le jeu des mouettes, ni les cabrioles des chats ne la tirèrent de son abattement. Elle rentra à l’heure du déjeuner, toujours fermée.
La préparation du repas se fit en silence. Du coin de l’œil, elle surveilla casseroles et chéri qui pianotait l’ordinateur, concentré.
Une fois les assiettes servies, elle s’assit posément, servit le vin blanc et annonça :
 
C’est quand tu veux…
 
Comme mu par un ressort, il s’avança. Dédaignant la table, il lui prit les mains, bouleversé puis parla, parla, parla :
 
… OK ! dit-elle plus sèchement que voulu. J’ai pigé ! Tu veux mon aval pour te faire tuer ? Ça, tu peux courir : jamais !... Ouais, on dit ça… Ça consiste en quoi, au juste, cette mission ?
 
Banale infiltration, selon lui. Pour le reste : top secret. De quoi lui faire une belle jambe !
Il partait le soir-même prendre d’ultimes instructions en promettant tout ce qu’elle voulait.
Rire sarcastique :
 
Tu m’appelleras tous les soirs ? … m’en doutais !... Michael, Michael, écoute-moi ! Je ne suis pas une empêcheuse de tourner en rond mais pas imbécile non plus ! Tu veux aller jouer au petit soldat, à ta guise ! Je te tricoterai des mitaines car, en échange, on filera au Canada à ton retour !  
 
Les assiettes refroidirent une fois de plus. Ils n’allaient pas gâcher leurs dernières heures communes en chamailleries inutiles.  
Vint le moment cruel de la séparation. Enlacés, quasi pleurant tous les deux, elle murmura :
 
Faites gaffe à votre peau, monsieur mon mari ! Si je suis sans nouvelles de ta part, gare à tes fesses ! Contacte-moi quand ce sera possible, suis du genre impatient !  
 
Un baiser délirant, il partit.
 
La solitude, ça n’existe pas ! Qui avait eu l’audace de pondre une chanson pareille ? Alix s’en fichait. Pourtant, elle avait l’habitude des longues journées en solo, avant… Avant que Michael ne chamboule tous ses schémas établis de longue date.  Il lui manqua soirs et matins, affreusement.
Au bout d’une semaine, elle reçut un patronus bref : tout baignait. À peine rassurée, Alix vaqua à la va comme on peut avec un vide immense au corps et à l’âme. Un projet la distrait… un peu.  Lorsque Michael avait partagé équitablement ses avoirs avec Erik, elle n’avait pas pu s’empêcher de penser au trésor de guerre légué par son oncle infect. Nul ne l’empêchant d’aller et venir, se rendre à Londres ne prit qu’un portoloin.  Lorsqu’elle annonça désirer accéder au coffre 666, les Gobelins rampèrent presque devant elle.  Elle comprit pourquoi en pénétrant dans l’immense salle à côté de laquelle la caverne d’Ali Baba faisait pâle figure.  
Inimaginable ! À en avoir le tournis. Voilà de quoi occuper ses longues heures stériles : la réparation. Beaucoup de familles avaient souffert à cause des Mangemorts. À elle de les réconforter, au moins matériellement.  
Quinze jours, rien ! Alix commença à se ronger les ongles. Trois semaines, elle grimpait aux murs, sans aide. Débuta alors l’épluchage systématique du courrier de Michael, papier ou électronique. Un nom s’en dégagea : Maureen Applewithe.
 
*Pas compliqué à trouver !*
 
Jamais le bureau n’avait connu pareille tempête que celle accompagnant le débarquement d’une Mrs. De Brent énervée. Barrières de sécurité ?  À d’autres ! Tirs à vue ? Bah !  Rien n’entrava la marche farouche vers la responsable directe de Michael. Petite, cheveux blancs soigneusement coiffés, la dame âgée n’en menait pas large :
 
Vous… vous êtes Alix, n’est-ce pas ?  
 
À votre avis ? Qui d’autre se soucierait du sort de mon mari ?
 
Il… Il est en mission… c’est le black out ! Cela ne signifie pas que…
 
Qu’en est-il au juste ? JE VEUX TOUT SAVOIR ! Vous n’êtes pas en mesure de vous opposer à moi ! De gré ou de force, je saurai.  
Une pression savante sur le poignet, Alix sut. Colère, frustration, panique. Faisant un effort désespéré sur elle-même pour maîtriser sa fureur, elle dit :
 
Une semaine sans aucune nouvelle ne vous dérange donc pas ? Manque d’effectif pour vérifier sur place ? C’est beau la solidarité, le soutien tactique !  J’ai toutes les coordonnées, j’y vais !
 
Vous ne pouvez pas !
 
Vous pensez réellement m’en empêcher ?
 
Vous risquez de tout compromettre. Si ça tombe, Michael est simplement en train de peaufiner un plan d’action, et…
 
Tout comme il peut être découvert et exposé à Dieu sait quoi !
 
Quoique vous pensiez, le sort de Michael me préoccupe aussi.  Je sais qu’il vous a formée à certaines de nos pratiques. Néanmoins, excusez-moi de le dire, vous manquez de… finesse. Débarquer en Némésis ne vous attirera que des ennuis, à lui aussi. Un renfort sur place sera le bienvenu, je propose de…
 
Colombie
 
Quel coin splendide ! Avec en contre-bas les sinuosités du rio Cauca, cette colline surplombait un paysage grandiose. La Jeep cahota au gré des virages jusqu’à l’immense domaine du Senior Cortès. Des serviteurs en livrées blanches accoururent à l’arrêt du véhicule dont descendit une élégante jeune femme hautaine qui éventait copieusement la moustiquaire de son couvre-chef.
Sur le perron l’attendait un être qu’elle jugea infect au premier regard. Gras, teint olivâtre, cheveux gominés sous son panama, il l’accueillit pourtant avec toutes les civilités dues à son rang :
 
Senora Campbell, quelle joie !
 
Joie non partagée ! Quelle idée saugrenue de me faire venir ici !
 
Nous en avons discuté au téléphone. Venez donc vous rafraîchir à l’intérieur, très chère.
 
Une couverture ! Applewithe en avait de bonnes. Comme si, vu ce climat, on en avait besoin. Parfaite dans son rôle de future acquéreuse d’un nouveau marché aussi juteux que bourré de caféine, Alix-Beatrice Campbell suivit le libidineux homme d’affaires empressé.
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Michael De Brent le Jeu Avr 03 2014, 00:43

Le bonheur parfait existe, Michael pouvait en donner foi, mais il ne dure jamais autant qu’on voudrait. C’était arrivé un matin, avant le petit déjeuner, en allant regarder s’il y avait du courrier. Simple habitude, qui diables penserait à lui écrire ? Surtout compte tenu qu’il avait omis de notifier son adresse à quiconque. Son portable vibra, inquiétant. Avant d’y répondre, Michael savait déjà que ce ne seraient pas des bonnes nouvelles.
Maureen Applewhite se montra directe et concise, polie aussi, comme toujours.  Ce fut une conversation très courte, mais largement suffisante. En coupant la communication, il resta debout au milieu de l’allée en se demandant comment s’y prendre pour en parler à Alix. De retour à la maison, aucun besoin d’ouvrir la bouche, rien qu’à sa mine, elle avait deviné que quelque chose clochait.
 
On m’appelle pour une mission !
 
Combien de temps ?, s’enquit-elle d’un fil de voix.
 
Mal à l’aise face à son expression pincée, endolorie même en gardant sa maîtrise de soi, Michael essaya d’adoucir l’impact.

Ce ne sera pas long…on juge qu’une semaine devrait suffire …Ils m’ont fichu la paix tout ce temps mais je suis toujours en service actif…
 
Son laïus ne la convainquit pas. Faut dire qu’il manquait de foi, lui-même. Pas de risques ? C’était risible prétendre ça.  Alix le savait très bien, lui aussi. Il y allait aussi d’honneur et autres vertueuses raisons mais le fait demeurait : il partait, sans elle.
Jamais début de mission ne fut plus dur. Faire ses adieux à Alix lui déchira le cœur et ce ne fut qu’au prix d’un gros effort qu’il ne finit pas en pleurant dans ses bras. Un dernier baiser. Il était parti.
 
Maureen Applewhite s’accorda un sourire en le voyant entrer dans son bureau. Fidèle à lui-même, Michael De Brent arborait un masque composé de froideur et une certaine indifférence. N’empêche qu’elle sut déceler un éclat chagrin dans ses yeux. Bien entendu, elle en connaissait la cause mais n’allait pas en faire état, se limitant à le féliciter pour son mariage avant de passer directement au visionnement d’une vidéo suivie d’un diaporama détaillé.
 
Juan Manuel Cortés Buendía. Riche planteur de café, a des intérêts importants dans l’exploitation de canne à sucre mais bien entendu, ce n’est pas le côté parfaitement légal de ses affaires qui retient notre attention, vous vous en doutez bien.
 
Impossible autrement. Cortés Buendía était fortement soupçonné de vouloir émuler un des défunts chefs de cartel, allié à la narco-guérilla qui, moyennant  armement et espèces, se chargeait de la sécurité  de ses plantages irréguliers.
 
Le démantèlement  de l’opération est en passe de bien réussir avec l’intervention d’un agent infiltré, Gregorio Henao, il a gravi des échelons jusqu’à devenir homme de confiance, or depuis un certain temps ses rapports se sont espacés, sont flous, erratiques même. Nous craignons qu’il ne soit sous une quelconque influence, ce qui nous conduit au suivant homme en cause, nouvelle photo sur l’écran, Stefan Adzovic, serbe, entré au service de Cortés il y a quelques mois. Certains faits jugés inexplicables sont liés à sa présence. Il s’est rapidement placé dans la sphère d’influence, on le dit implacablement ambitieux. Il a fait ses études à Durmstrang.

 Ah !, ce qui voulait tout dire.
 
Aucun besoin de s’étendre plus sur le thème. Michael avait parfaitement saisi l’ampleur du problème. Acte suivi, il reçut des indications concernant spécifiquement  l’identité qu’il endosserait pour la mission.
 
Kyle Montgomery, ex-Forces Spéciales, définitivement mis à pied  suite à multiples incidents violents et indiscipline. Mercenaire, vous revenez d’une longue mission en Afrique. Vous trouverez tous les détails dans le dossier que vous aurez le loisir d’étudier à fond pendant les trois jours que vous passerez à La Grange, pour une rapide série de tests et remise en forme.
 
Pedro Bonilla, de mauvaise humeur, fut chargé d’accueillir la nouvelle recrue dégottée par le Boss. Impossible de le rater. Grand, blond, l’air pas commode, « el gringo » fut embarqué manu militari dans le double traction, sans avoir échangé plus d’un demi-mot, pour partir sur le chapeau des roues.
Michael  alluma une cigarette, fumant sans se soucier du conducteur qui râla en silence avant de se mettre à tousser.
 
Si la fumée te dérange, t’as qu’à ouvrir la fenêtre !, lâcha t’il, rogue, en espagnol.
 
L’autre obtempéra, surpris, pour après lui couler en douce un coup d’œil curieux.  Confortablement installé, « el gringo » semblait plus intéressé par le paysage qu’à engager une conversation. Il fallut respecter cela et le reste du chemin, assez long, se fit en parfait silence, alors que le passager silencieux, fumait, perdu dans ses propres réflexions.
 
*Une semaine…tu veux rire.  Alix va m’écharper…Dieu, qu’elle me manque…*
 
Roulant à train de diable, ils ne furent pas longs à atteindre les premiers contreforts de la montagne. Le paysage changea radicalement. L’air rafraîchit. En contre-bas, le cours de la rivière. Il savait exactement où on l’emmenait.  En fin d’après-midi, après avoir roulé plus de deux heures, Bonilla freina face à une grille, haute de trois mètres, avec garde armée au portail.
Sans piper mot  le chauffeur en s’arrêta enfin face au perron d’une superbe villa style colonial. Un homme vêtu de blanc, fumait nonchalamment un cigare et sourit en allant au-devant du nouvel arrivant.
 
Bienvenue à La Bella, mon ami. Vous avez fait bon voyage ? Bonne route depuis Cali ?
 
Parfait, dans les deux cas, señor Cortés, vous avez là un vraiment bel endroit !
 
Mais venez donc, entrons, il rafraîchit à cette heure, allons à la terrasse !
 
Un domestique se chargea de ses bagages alors qu’il suivait le maître de céans à travers sa demeure. Luxe…luxe et plus de luxe encore. Pas toujours du meilleur ton.
 
Celle-ci est ma retraite, mon havre de paix, racontait Juan Manuel Cortés, évidemment très fier de pouvoir épater son invité, qui, à son grand dépit, n’ouvrait pas des grands yeux admiratifs, nous pourrons parler affaires sans être dérangés.
 
*Ainsi soit-il !*
 
Il en fut. Sans plus de préambules sociaux, son hôte le mena jusqu’à son bureau, lui signifia la place À prendre, prit la sienne, et ouvrit un dossier. Tout y passa. Interrogatoire serré, sans rien laisser au hasard. Sa vie passée consciencieusement en revue.
 
Pas de doute, vous êtes l’homme qui me convient. Votre parcours est admirable.
 
La rencontre avec  Adzovic fut délicate. Il n’était pas question que ce dernier décèle sa filiation sorcière, cela l’aurait mis sur avis d’immédiat. Une paire de bons sortilèges firent l’affaire, ce qui n’évita en rien le manque flagrant d’empathie entre eux dès le premier instant.  Gregorio Henao fut toute une autre paire de manches. De l’homme fort, décidé et plein d’entrain qu’on lui avait décrit il n’en restait que l’ombre. Hésitant à la conversation, regard fuyant, il semblait à bord d’un effondrement nerveux ou collapsus total.
 
*Il est sous Imperium, ma main à couper…*

Et si ce n’avait été que ça… Impossible de se communiquer avec Alix. Il avait mis en place un détecteur d’activité magique, pas improbable qu’Adzovic, qui semblait se méfier de son ombre ait fait de même. Le téléphone ? Valait mieux pas ! Le serbe, mine de rien, question de le mettre dans le bain, lui collait aux basques à chaque minute de la journée. Henao, lui, flottait entre ici et là, plus paumé chaque jour. Et comme si on n’en avait pas assez, la fille de Cortés eut l’heur de se pointer en toute sa splendeur…
À partir de ce moment, son souci, en plus d’Adzovic, porta le nom de Mariela, l’adorable et sémillante brunette, qui  avait 20 ans et un faible certain pour les blonds bien faits de leur personne.
 
Tu es un homme fascinant, Kyle !, roucoulait-elle, pendue à son bras alors qu’on prenait l’apéritif en attente du dîner.
 
Pas autant que tu ne croirais, petite…en tout cas, pas ton genre…
 
Elle était d’un tout autre avis et n’avait cure qu’il l’envoie paître trois fois par jour, sûre de parvenir à ses fins, après tout n’était-elle pas la fille de Juan Manuel Cortés Buendía ? Le beau Kyle était le joujou qu’elle avait choisi et ferait en cause pour que Papa arrange tout. Ne le faisait-il pas toujours ?
 
Kyle…je veux aller en ville, tu m’y emmèneras ?
 
Non, j’ai à faire. Tu peux demander à German, suis pas ton chauffeur, ma jolie, mon travail ici est tout autre !
 
Et de toute façon, plus le temps de penser à ce que débitait cette écervelée,  Cortés venait d’entrer en scène, escortant une superbe créature, qui accapara tous les regards.
 
Mes amis, permettez-moi de vous présenter la señora Beatrice Campbell, avec qui, nous aurons très bientôt le plaisir de…
 
Le reste du discours de présentation se perdit, pour Michael, dans une espèce d’épais brouillard mental, dans lequel il était incapable de raisonner. Il n’avait d’yeux, Merlin merci comme la plupart des mâles présents, que pour la belle brune hautaine qui les regardait comme à une foule de cafards.
 
Mon Dieu, rouspéta Mariela, qu’est-ce que tu as à la dévorer des yeux ? Qu’est- ce qu’elle a que je n’ai pas, moi ?
 
*Mais que diable vient-elle faire ici !?...Alix…bon sang…elle est folle !*
 
Folle ou pas, elle venait de jeter sur lui un regard glacial, à fendre une roche….mais étant donné qu’il en allait de même pour le reste du monde, ça passait inaperçu.
 
Kyle !, petit cri agacé qui le rendit à la réalité immédiate. Mariela trépignait comme gosse privée de sa gourmandise, force fut de la calmer. Pas question d’un esclandre en ce moment.
Il s’arrangea, sans trop savoir comment, pour se placer dans la même orbite que les quatre ou cinq pots de colle, sans compter Cortés qui détenait le bras de la belle, sans envie de le lâcher.
 
Ah…Señora Campbell, voici Kyle Montgomery, un de mes proches collaborateurs!.
 
*Première nouvelle…Alix…ne me regarde pas si …*
 
Froide, exquise, lointaine, reine incontestable, très au-dessus de cette plèbe braillarde qui réclamait son attention, elle se limita à tendre le bout de ses doigts, d’un air presque dégoûté. Baisemain obligé, alors qu’il avait envie de la dévorer de baisers, pas du tout polis.
 
Enchanté, Mrs. Campbell…*Nom de soupe !* Quel bon vent vous amène à ces terres lointaines ?
 
Si les regards tuaient, il serait mort sur place mais Mariela en rajoutait déjà une couche, toujours accrochée à son bras.
 
J’espère que ce que vous avez à traiter avec Papa ira vite, ce climat ne sied pas à votre teint.
 
*Ferme-là, chipie !* J’ai soif !
 
Et de la tracter à suite, le plus loin de l’épicentre de la catastrophe en cours.  Le dîner fut une torture de laquelle il se serait bien passé. Mariela, d’humeur jouette, n’en rata pas une alors que son père monopolisait l’attention, et la main, de son Alix à lui, en se fichant éperdument du reste du monde. Il réussit, quand même, à placer quelques regards voulus éloquents, par-dessus la table et au-delà des convives placés entre eux.
Mariela fut envoyée se faire voir ailleurs. Mrs. Campbell se retira en prétextant une migraine, la réunion se dispersa et peu après, mal que bien, la maisonnée s’endormit.
Parcours du combattant. La dame occupait l’ailé des invités V.I.P à l’autre côté de la maison, qu’il fallait contourner sans se faire repérer des  gardiens nocturnes et leurs chiens. Il arriva à destination, après plus d’un quart d’heure passé à se balader entre les arbustes et dans les arbres , égratigné de partout mais décidé à parler avec  sa belle.
Elle fumait appuyée à son balcon quand il y atterrit sans préavis. Alix ne dégaina pas sa baguette, se contenta de le regarder une seconde avant de lui décrocher la baffe de sa vie.
 
Suis désolé, tu as raison…tue-moi si tu veux…mais je t’en supplie, embrasse-moi avant !
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Alix Blackstorm le Sam Avr 05 2014, 19:04

ÇA ? IL LUI AVAIT FAIT ÇA ?
 
Merlin que sa baguette la démangea quand elle le vit avec cette… oie stupide pendue à son bras !  Dire qu’elle avait imaginé n’importe quoi et subi bien des misères pour en arriver à… Ça !  
Mais les consignes strictes de Maureen Applewithe furent respectées à la lettre.  
Puisqu’il fallait marcher sur des œufs, autant y aller en douceur et donner le change.
En quelques jours, Alix eut l’impression d’être transformée en une sorte de Mata Hari. Puisque nul ne pourrait la retenir d’aller voir de quoi il en retournait avec Michael, on utiliserait cet atout à bon escient. Des photographies furent truquées, de même qu’un CV particulier. La vraie Béatrice Campbell n’avait – heureusement – fait que de très rares apparitions publiques.  D’aucun, cependant, juraient qu’elle était le cerveau du nouvel empire Campbell. Ne se mouillant jamais, elle avait un regard pointu sur tous les marchés en développement qu’elle promouvait selon ses aspirations. Veuve de fraîche date, on ne s’attendait pas à ce qu’elle se montre enfin au grand jour.
Si on avait cru devoir la driller des heures, on s’étonna de sa rapidité d’adaptation. Un rôle parfait pour une créature… parfaite…
Applewithe avait beaucoup insisté :
 
En mission sous couverture, il est possible que nos agents soient amenés à faire des choix qui ne seraient pas nécessairement pris en temps normal. Ne vous leurrez pas, ne vous laissez pas abuser ! Restez sur vos gardes tout le temps et… ne compromettez pas la mission de Michael.
 
Pour autant qu’il soit encore debout pour l’effectuer, votre maudit truc !  
 
L’avion… Quelle horreur ! Il avait pourtant bien fallu s’y soumettre, histoire de faire correspondre… l’histoire.  Béatrice Campbell partit en tournée de ses filiales dont la sud-américaine. En chemin, contacts établis, elle devait s’allier le señor Cortès, ses cannes à sucre, son café.  
 
 … voici Kyle Montgomery, un de mes proches collaborateurs!.  
 
Enchantée…
 
Tu parles, qu’elle l’était ! Et la gamine – jolie, certes – qui en rajoutait, faute d’attentions :
 
 J’espère que ce que vous avez à traiter avec Papa ira vite, ce climat ne sied pas à votre teint.
 
Cela ne valait même pas l’aumône d’une réplique, ni d’un regard.  
 
Le dîner… galère ! Déjà qu’il lui fallut subir les pressions répétitives de la main poisseuse de Juan Manuel sur la sienne, en plus il fallait se farcir les roucoulements de la sémillante Mariela. 
 
*Papa pourri, enfant gâtée…*  
 
Regarder Michael comme si rien ? Pas évident mais elle y parvint. N’était-ce pas ce qu’il méritait, l’indifférence ?  
On parla peu business autour de cette table. Alix-Béa ne participa pas réellement, sachant que le lendemain serait ardu. Pas d’Adzovic ni d’Henao à cet instant.  
 
*Dommage…*
 
Elle aurait bien aimé capter ce qui clochait dans la mission de Michael, le pourquoi de son silence. À moins, bien sûr, qu’il ne soit tombé sous le charme de Mariela… rien ne justifiait un tel black out.
Son prétexte de migraine n’était pas feint. Si elle était demeurée une minute supplémentaire aux côtés de Cortès, avait entendu deux rires idiots de plus, elle aurait explosé.
Enfin seule !
Ses appartements étaient moyennement satisfaisants. Comment pouvait-on manquer aussi totalement de bon goût ? Justin aimait s’entourer de jolies choses de prix mais pas de cette façon grotesque, abusive, contraignante, ostentatoire…   
Peu lui importait, Alix souhaitait se vider l’esprit. Très agréable, la douche combla ses vœux.
D’attaque, elle réintégra sa chambre.  Il ne lui fallut pas trente secondes pour repérer les mouchards.
 
*La confiance règne…*
 
Qu’espérer d’autre ? Mrs. Campbell avait beau posséder un pédigrée impeccablement trafiqué, cela n’empêchait pas la suspicion d’opérer. D’après Applewithe, un sorcier serbe régentait à présent les affaires de Cortès.
 
*Normal qu’il tienne à s’assurer des nouveaux contacts de son « patron »… Allez, joue le jeu…*
 
Néanmoins, agir sous l’œil espion de caméras lui déplaisait hautement. Quoi de plus « naturel » que d’aller se détendre en fumant sur le balcon ?  D’autant qu’elle avait fortement besoin des deux ! Lançant ses volutes au vent, elle ne put empêcher la ronde de ses pensées :
 
*Tu ne paies rien pour attendre, De Brent ! C’est donc ça tes « missions » ? Séduire la fille du boss pour parvenir à tes fins ? Tu ne l’emporteras pas au Paradis…*
 
Quand on pense au loup…
 
*M***e !*
 
Qu’est-ce qu’il foutait-là ? Action= réaction. D’autant qu’elle en avait fort envie…
VLAM !
 
Suis désolé, tu as raison…tue-moi si tu veux…mais je t’en supplie, embrasse-moi avant !
 
VOUS ÊTES MALADE ! Ôtez vos sales pattes de moi ! (tout bas) caméras et micros, idiot !
 
Ouf, il pigea au quart de tour, balbutia, se confondit en plates excuses, plaidant… n’importe quoi, un genou par terre. Elle joua les flattées, fâchée, mais condescendante :
 
… je le répète : vous êtes malade. Nous n’orbitons pas dans la même sphère au cas où vous ne vous en seriez pas rendu compte. Retournez à vos oies blanches, gamin !   
 
Il fut parfait dans son rôle d’amoureux transi, incapable de gérer ses pulsions.  
 
… j’ignorais pouvoir susciter de tels émois.  Néanmoins, tenez vos distances à présent, s’il vous plait.
 
Devant ses écrans, Juan Manuel Cortès buvait du petit lait :
 
Elle est merveilleuse…
 
L’homme sec aux cheveux gras, bras croisés à ses côtés ne fut pas du même avis :
 
Elle est… artificielle… Je ne la sens pas…
 
Tu as approuvé Kyle. Tu ne l’aimes pas ce gars, mais admets qu’il fait correctement son boulot. Moi, elle me botte, cette femme…
 
Si ce n’est que pour écouler les productions réglos, ok…
 
Tu crois qu’elle plairait à Francisco ? Je me porterais bien volontaire mais je perçois qu’elle ne m’apprécie pas trop...
 
Ton fils est une limace…
 
Je sais ce qu’il est ! Il fera ce que je lui dis de faire.
 
Si pas toi, moi il m’écoutera, elle aussi !
 
Le plateau du petit-déjeuner lui fut apporté au lit par une domestique ultra discrète. Tout y était, de quoi combler les plus grandes exigences, fleurs incluses.  Pour les spectateurs éventuels, Alix sourit en humant le bouquet, grignota un croissant, mais dédaigna les boissons chaudes, se contentant de l’eau minérale scellée.   
Cortès, la veille, l’avait conviée à un tour du propriétaire. En tenue appropriée d’amazone, Alix-Béa descendit le grand escalier, royale. Une cour dévote l’accueillit au pied de ce dernier :
 
¡ Espléndida! Usted es muy bella... Avez-vous bien dormi? Ne vous manque-t-il rien ?
 
*Mon mari, pauvre con !* Tout est parfait Señor Cortès. Y allons-nous ?  
 
Dans un instant, je vous prie. Je tenais à vous présenter… Mais où est-il encore ?( énervement) Francisco ! FRANCISCO !
 
Et parut le bellâtre, le chéri à son papa après la pupille de ses yeux : Mariela.
Beau ? Peut-être qu’avec moins de poches sous les yeux dues à l’excès d’alcool, ou pire…
 
Mon fils va nous accompagner. Je dois malheureusement vaquer ailleurs. Kyle sera votre chaperon et…
 
J’en suis aussi ! trépigna la « délicieuse » gamine de 20 ans.  
 
En soupirant, Juan donna sa bénédiction.
 
Chevaucher… Un balai va et passe mais un animal ??? Alix n’était pas préparée à ça. Les bestioles et elle, à part Apache et Baghee…
 
*Du cran ! Tout est dans ton CV, conformes-y toi*  
 
La jument, par bonheur, était la plus paisible du lot des montures.
 
Autant monter Bacchus, l’âne du palefrenier, rigola Mariela.  ¡ Haz plancha! ¡ Si se rompe la cara, papá te lo querrá!
 
Bonne mise en garde !
Apparemment bien réveillé, Francisco se montra très… dévoué. Au pas lent, on s’orienta vers les gigantesques plantations.
 
La canne, comme vous devez le savoir, pousse mieux en fort ensoleillement. Nous avons réussi récemment à en faire croître même à l’ombre des montagnes. Là-bas, on a le maïs au pied duquel prolifèrent nos caféiers. Rentabilité et écologie… le goût du jour…  
 
Chapeau, Mr. Cortès. D’autres productions ne sont-elles pas moins… exigeantes ?
 
Le jeune homme se troubla un court instant :
 
ans… Sans doute ! Mon père est rigoureux, il a toujours refusé de s’adonner à… à la facilité….
 
*Ouais…* Tant mieux ! Si nous tombons d’accord sur certains termes, peut-être que ma société marchera de concert avec la vôtre. Rendement annuel, je vous prie ?  
 
Balader dans un champ de cannes à sucre n’est pas donné. Les pièges comportent tournants, et… serpents…  La placide Fanny connut la peur de sa vie d’équidé, Alix aussi.  
 
HEEEEEEEEEEEEEEELP !!!

La jument folle partit au grand galop. Désorientée, paniquée, Alix s’accrocha comme elle put, ne se rendant pas compte qu’elle gueulait :
 
HEEEEEEEELP !
 
Et Zorro vint. Dans un élan incroyable, il la dévissa de Fanny pour la poser contre lui, l’enserrant fortement :
 
Tout va bien, tu es sauve…
 
Fran… Francis… ?? Je…
 
Des lèvres sur les siennes ? Des étoiles en plein jour ? Une première !
 
*C’est quoi ça ?*
 
Énervé, Adzovic vérifia les données. Une perturbation du champ anti-magie ? Ou son dispositif foirait, ou un sorcier était dans le secteur et venait de…   
 
¡ Cayó! Hace ya horas que usted delira, señora Campbell. Todo está bien.
 
Revenue des limbes avec les bons soins et serviettes rafraîchies de sa « servante », Alix  récupéra :
 
Déliré ? J’ai dit quoi ?
 
Je ne sais pas… vous causiez… bizarre.  
 
Avec un peu de chance, elle avait repris le bulgare. Complètement alerte, elle s’informa :
 
Que s’est-il passé ? Je ne me souviens que d’un cheval emballé…
 
Il… Francisco vous a ramenée. Il est très… affecté. Ils le sont tous. Je crois qu’el señor Kyle… déguste…    
 
Dé.. Déguste ? Tu veux dire qu’ils le tiennent pour responsable de… C’est ridicule !  Aide-moi, je dois me lever !  
 
Non, non ! Mrs. Campbell doit rester couchée. Ordres formels.  
 
ON S’EN FOUT ! Toute ma vie, j’ai obéi. Faut que ça change. Esperanza, je ne suis pas devineresse mais je vois clair maintenant. Francisco ne m’intéresse pas, tu m’entends ? Je te le laisse avec plaisir. Je conclus un marché et je fous le camp mais ne tolèrerai pas qu’un innocent paie pour moi. Où sont-ils ?  
 
Chahin-clopant dans les couloirs, bientôt des cris furent perceptibles. Forte dans sa tête mais pas sur ses jambes, Alix dut s’appuyer maintes fois aux épaules de sa guide.
 
*Tiens bon mon amour, j’arrive…*
 
Zut ! Un Francisco empressé s’interposa à mi-chemin :
 
Querida ! Tu devrais être au lit…
 
Sans doute ! La seule à blâmer, c’est moi ! J’entends des cris depuis ma chambre : ça doit cesser. Je te plais, n’est-ce pas Francisco ? Alors, arrête tout, on… s’arrangera.

Promesses, flou…
Mal de crâne, mal partout. Une Esperanza empressée la briqua comme un sou neuf pour le… déjeuner.  
Il lui manquait des cases, elle en était consciente.  
Accueil chaleureux s’il en fut lorsqu’elle s’assit à table. Juan Manuel, ému, resta debout et leva son verre de vin en s’adressant à la ronde :
 
Mes enfants ! Mrs. Campbell, Béatrice… je suis le plus heureux des pères ce midi. C’est avec joie et émotions que j’annonce officiellement les fiançailles de mon Francisco et de ma Mariela avec ceux qu’ils ont choisi !
 
Complètement à la masse, Alix jeta un regard ahuri vers son mari…
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Michael De Brent le Mar Avr 08 2014, 23:51

Stefan Adzovic  méprisait les moldus. Un moldu en particulier : Juan Manuel Cortés, qu’il jugeait infatué, pompeux, ridicule, dénué de bon goût mais absurdement riche. C’était ce dernier détail qui l’agaçait outre-mesure,  mais il s’employait consciencieusement à le dissimuler.  Sorcier de sang-pur mais d’humble condition, il avait quitté sa Serbie natale à la recherche d’autres horizons et fortune, sachant, à son grand dam, que ce n’était pas comme sorcier patenté, quoique sans talents extraordinaires, qu’il y réussirait. La solution, malgré ses griefs déjà connus, ne fut pas trop pour lui déplaire.
Établir ses pénates en Colombie  avait été une décision facile. Le pays était somptueux, le climat agréable, les gens charmants, la vie facile et la prolifération de négoces troubles tentante. La rencontre, casuelle, ou pas trop, avec Cortés avait arrangé bien de choses et moyennant un subtil usage de ses pouvoirs, il était exactement là où son ambition lui disait de se trouver.  Le reste viendrait tout seul, c’était une simple question de tact et patience.
Mais en attendant, il en avait ras le bol des bêtises de son employeur qui pour l’instant bavait comme un adolescent boutonneux face à l’objet de sa convoitise. Scotché aux divers écrans de surveillance, il suivait les faits et gestes de sa nouvelle lubie.
 
Quelle femme…Si belle, si exquise, si…Mais, qu’est-ce qu’il fait là, celui-là ?
 
Adzovic aurait pu rire, au cas d’avoir un peu de sens de l’humour, en voyant la scène. L’insupportable Montgomery faisait acte de présence là où personne ne l’avait convié, et se prenait la tarte de sa vie, pour après se faire renvoyer comme un malpropre par une dame, ça oui…très dame et très imbue de soi, indignée au plus haut point par tant d’audace.
Cortés était ravi. Lui, pas trop convaincu. Mais étant donné qu’on se fichait de son avis, pour le moment, il écouta les projets du Patron, comme s’ils étaient de prodigieux intérêt.
 
Moi, elle me botte, cette femme…
 
C’est assez évident, se contenta t’il de dire en pensant que l’homme était un parfait imbécile, quoique peut-être pas trop, compte tenu de la suite.
 
Tu crois qu’elle plairait à Francisco ? Je me porterais bien volontaire mais je perçois qu’elle ne m’apprécie pas trop...
 
Le rejeton visé était un bon à rien mais conviendrait, avec un peu d’aide, aux idées paternelles que Cortés sentait si propres alors qu’il aurait été incapable d’y penser tout seul.  Béatrice Campbell était une femme de notoire importance et fortune, en plus de franchement attractive. Bien en main, elle ne serait pas seulement un ajout très décoratif, mais extraordinairement utile.
 
Il fera ce que je lui dis de faire.
 
Si pas toi, moi il m’écoutera, elle aussi !, assura le serbe, impavide. *Surtout elle !*
 
Cortés parti dormir sur ses rêves de grandeur, Adzovic put enfin se laisser aller à son agacement. Quelque chose clochait mais il ne parvenait pas à y mettre le doigt dessus. Il visionna de nouveau la vidéo  de Béatrice Campbell dans la solitude de son balcon. L’apparition de Kyle Montgomery l’avait prise de court, sans aucun doute, mais sa réaction n’avait pas été exactement celle qu’on aurait pu attendre d’une femme comme elle.  Malheureusement le son n’était pas au rendez-vous, de quoi maudire copieusement les techniciens, mais il aurait pu jurer qu’à part crier sur le malappris, Mrs. Campbell avait ajouté des mots à voix basse, il pouvait voir le mouvement de ses lèvres.
 
*Tu te fais des idées…Cortés a raison, tu ne supportes pas cet arrogant de Montgomery…mais là faut dire que l’animal vise haut…quel culot…il se croit tout permis avec sa belle gueule… ça ne va pas lui durer…j’ai déjà rangé Henao du bon côté…dire que tout allait si bien et il a fallu que cet imbécile de Cortés s’entête avec l’idée d’engager ce mercenaire…enfin, faudra s’occuper de ça aussi, pour la bonne cause !*
 

Michael, lui, avait un tout autre genre de souci, ce matin-là. La veille, il s’était comporté comme le dernier des idiots, du point de vue de la mission assignée. L’envie de retrouver son Alix l’avait emporté sur  les précautions à prendre. Certes, elle avait remis les pendules à l’heure avec un savoir-faire stupéfiant et avec un peu de chance, la gaffe avait pu être dissimulée mais le fait demeurait : cette maison était truffée de mouchards, il les avait tous repérés et devait reconnaître que Cortés ne lésinait pas sur les moyens pour assurer sa sécurité. Quelque part cela frayait une paranoïa galopante mais tout compte fait, le bonhomme avait plus d’une raison pour se méfier de tous et chacun. D’un autre côté, Henao demeurait inaccessible et de toute façon parfaitement inutile pour quoi que ce soit vu son état de quasi-zombie télécommandé. Puis restait Adzovic, une autre paire de manches, celui-là.
 
*Pas perdu son temps, mine de rien, tout est sous son contrôle mais il est trop rusé pour dévoiler ses intentions ouvertement…une fois le magot assuré, Merlin sait de quoi il sera capable…*
 

Ce qu’on avait supposé serait une mission rapide et sans encombres s’avérait comme un véritable nœud d’embrouilles, et comme si ce n’était pas assez compliqué déjà, voilà qu’Alix se pointait. Applewhite devrait trouver vraiment une très bonne explication.
 
Hola Kyle !
 
Finie la paix pour réfléchir. Mariela s’accrochait à son bras, prête à lui ruiner chaque minute de la journée, si possible. Un instant plus tard, ce fut au tour de sa femme chérie de faire une apparition remarquable, en tenue d’équitation dans toutes les règles de l’art.
 
*Seigneur…on est pas à Hyde Park !*
 
Déjà telle mouche alléchée, Cortés sorti d’on ne sait où, fonçait sur la belle, se livrant à toute sorte de salamalecs ridicules.
 
Elle lui plait, souffla Mariela en ton de confidence, il fera n’importe quoi pour l’avoir…et l’aura, Papa est un homme à femmes !,ajouta t’elle avec émouvante conviction.
 
*Sa fortune, oui…satanée famille !*
 
Apparemment, une balade à cheval dans les environs était prévue pour donner à Mrs. Campbell un aperçu des plantages et installations. La dame se montra impatiente de commencer mais Cortés tint d’abord à lui présenter  le tiers manquant de la famille.  Kyle avait eu l’occasion de le rencontrer et ne l’avait pas du tout en bonne estime, ce qui était très réciproque.
 
Mon fils va vous accompagner. Je dois malheureusement vaquer ailleurs. Kyle sera votre chaperon et…
 
*Hein ? Quoi ?...* Ce sera un plaisir, grommela t’il sans que son manque d’enthousiasme échappe à personne et ça n’alla pas mieux quand son pot de colle personnel s’ajouta à la séance.
 
Acceptant sa destinée avec résignation, Michael s’appliqua plutôt à observer  l’objet de toutes les attentions. Si la tenue était parfaite, le talent l’était moins. Beaucoup moins. D’autant qu’il sut sur sa femme chérie, monter à cheval n’entrait pas en cause, là, face la placide jument qu’on désigna pour elle, Alix démontra une belle maitrise de soi mais décidément n’était pas dans son assiette, ce qui, ironiquement, était bien le cas.
 
*Tant qu’on ira au pas…elle pourra tenir !*
 
Mais bien entendu, arriva ce qui devait arriver. La jument prit peur et fila au galop avec une Alix épouvantée tenant à peine en selle. Il voulut se lancer à ses trousses mais déjà Francisco Cortés le devançait alors que Mariela jouait les idiotes effrayées.
 
J’ai très peur des serpents, Kyle…ne me laisse pas toute seule…sinon, je le dirai à Papa !
 
Trêve d’enfantillages, petite…c’est sur elle que je dois veiller, pigé !?
 
Le jeune Cortés avait géré la situation  à la comme on peut, en tout cas Michael/Kyle avait raté le sauvetage et faillit disjoncter pour de bon en arrivant sur les lieux. Alix gisait à terre, penché sur elle, Francisco, pâle de trouille, lui tapotait infructueusement les joues.
 
Écarte-toi !, ordonna Michael enragé, tu n’as pas pu la rattraper ?
 

Si…si…pero se me escapó y se cayó ! (oui, oui mais elle m’a échappé et est tombée !)
 
Triple crétin…écarte toi, je te dis !, et comme Francisco ne bougeait pas, il ne se gêna pas pour lui enfiler un Stupefix suivi d’un Repulso qui l’envoya rouler plus loin, Alix…Alix, ma chérie…, un examen rapide avec la baguette ne détecta  d’os cassés, il s’agissait sans doute d’un drôle de coup à la tête et la conséquente frousse, un Revigor la ranima un peu, tout va aller bien, mon amour…, il l’embrassa doucement, allez…on rentre !
 
Pour mieux faire, Mariela qui l’avait suivi, n’avait raté miette de ses manœuvres et se mit à hurler comme possédée.
 
La ferme, toi !, et de lui envoyer un Oubliettes qui la laissa bouche-bée sans trop savoir ce qu’elle faisait là. Francisco ranimé subit le même sort, il faut rentrer au plus vite…Francisco alerte la maison pour qu’on envoie une jeep à notre rencontre…, il lui balança la radio au temps de sauter en selle et relever dans ses bras une Alix chancelante qui repartit dans le cirage la minute d’après.
 
* Pour peu que le système de cette plaie d’Adzovic marche, il n’aura pas raté la prestation…Suis bon pour la mise à jour !*
 

Mais cela ne se passa pas exactement comme escompté. Le jeune Cortés avait bien rameuté de l’aide, qui ne tarda pas à se pointer, avec Papa, hors de lui, en tête. En voyant la chère Mrs. Campbell évanouie dans les bras de son employé, il se lança dans un chapelet de lamentations  intercalées de jurons. Son fils devançant les probable retombées, ne laissa personne placer mot et se lança dans une description, assez extraordinaire des faits, où, on pouvait s’en douter, il avait le beau rôle. Son poison de sœur, vexée de la défection de Kyle, corrobora allègrement la version.
 
Toi, au bureau !, vociféra Juan Manuel Cortés une fois l’accidentée installée et sous observation médicale.
 
Michael ne tiqua même pas. Il connaissait la routine des patrons imbus de soi.
 
Je t’ai ordonné de veiller sur elle, bon à rien !!!
 
Le coup ne le surprit pas, mais la force oui. Cortés ne payait pas de mine, mais là, il était furieux. Michael se força au calme.
 
Te voy a matar, hijo de p**a ! Te voy a matar !
 
On s’en doutait bien qu’il en voulait, à sa peau, mais il savait aussi que de le vouloir, le mercenaire n’aurait aucun mal à le réduire en pâtée pour chiens si l’envie lui en prenait. C’est alors que, silencieux comme une ombre, Stefan Adzovic  entra.
 
Laisse-le moi, je m’en occupe ! Va avec tes enfants…faut les calmer !
 
*Et c’est reparti pour un tour !*

 
Le Serbe, très maître de la situation,  se plaça face à lui, le dévisageant sans aucune aménité.
 
Ainsi on a bâclé le travail, hein ?...Faillir à une telle responsabilité peut avoir des sévères retombées, vous vous en doutez, n’est-ce pas, Montgomery ?
 
Faites ce que vous avez à faire et finissons-en avec le cirque, suis pas patient !
 
Un dur ! Intéressant !
 
*Tu n’as pas idée de combien !*
 

La suite fut la prévisible. Le tout à un degré très supportable.  Adzovic, même imbu de perfides intentions, ne donnait pas trop la taille. La force de ses sortilèges suffisait pour manipuler un moldu  démuni mais aucunement pour soumettre un sorcier ayant fait ses preuves sous les ordres d’un Maître assez sadique. N’empêche que le Serbe était consciencieux et avait du temps.  Des Endoloris à répétition, même si peu puissants, finissent par user la résistance. Son Imperium aurait été risible dans d’autres circonstances mais là, il fit son petit chemin d’effet.
 
À partir de cet instant, tu m’obéiras en tout…en commençant par boire ceci !
 
Et Michael d’avaler le contenu de la fiole tendue, sans même regarder de quoi il s’agissait, du reste, il n’en eut pas la moindre idée.
Douloureux réveil.  Sa tête éclatait, ses idées étaient parties en vadrouille et une nausée tendancieuse était au rendez-vous mais, bien entendu, les misères ne viennent jamais seules.
 
Enfin réveillé, mon amour !
 
Cette voix, tout près de son oreille, lui fit l’effet d’une bombe  H explosant entre ses tempes déjà endolories. Pas besoin de se retourner, la seconde d’après la frimousse rieuse de Mariela Cortés  occupa son champ visuel...et si ce n’avait été que sa frimousse…elle était là toute entière, nue comme Eve au paradis, splendide jeunesse.
 
Qu’est-ce que…

 
Allons, ne me dis pas que tu ne sais plus, dit-elle, un rien boudeuse, je sais…on a un peu trop bu de l’aguardiente…mais tu as été…merveilleux !
 

*QUOI !!??*
 
Tout semblait pourtant correspondre, lui-même était là, dans son lit, avec cette beauté,  dans le plus simple appareil et un black-out qui battait tous les records. Ce qui se passa ensuite échappa à son entendement mais tout à coup, on ouvrait tout grand la porte de la chambre et le Patron en personne, faisait acte de présence, dans toute sa splendeur, pour peu qu’il en eut, furibonde. Tout y passa. Discours outré, menaces, malédictions, imprécations de toute sorte, manqua seulement l’acte dernier de vindicte du père indigné. Mariela pleurait à chaudes larmes, couverte à la hâte, s’accrochant à son papa chéri, gémissant, suppliant. Michael essayait de saisir quelque chose mais finit plié de nausée, en train de vomir au pied du lit alors que Cortés, majestueux dictait sentence :
 
Impossible autrement, et puis que ma Marielita ainsi le veut, vous vous marierez !
 

La nausée reprit de plus belle. Curieusement après cette scène d’horreur, Mariela sembla l’oublier et fila. Papa resta là à faire un discours qu’il n’entendit pas, puis fut remplacé non pas par un docteur, ce qui commençait à être souhaitable, mais par Stefan Adzovic.
 
Brave imbécile, te voilà bien parti…mais avoue, il y a pire. Tiens, bois ceci, douche toi, on t’attend pour le déjeuner.
 
Sommé d’obéir, il ne sut s’y résister.  En pleine confusion, avec la sensation de se mouvoir dans de la semoule, Michael aboutit face au petit monde, là réuni.  Mariela le prit en chargea, babillant ravie, l’entraînant vers la table dressée pour un repas de fête. Francisco était là, un sourire idiot scotché aux lèvres.  Ricardo Henao, blême, essayait d’en faire autant. Adzovic, énigmatique se tenait près de papa Cortés, exultant…et puis, Alix fut là, pâlotte, pas trop assurée, aussi perdue que lui, subissant d’immédiat l’assaut du maître de céans qui la conduisit à sa place pour après se livrer au discours inaugural :
 
Mes enfants ! Mrs. Campbell, Béatrice… je suis le plus heureux des pères ce midi. C’est avec joie et émotion que j’annonce officiellement les fiançailles de mon Francisco et de ma Mariela avec ceux qu’ils ont choisi !
 
Le regard de sa femme l’atteignit, interrogateur. Il ne sut que secouer la tête, en signe d’ignorance. On portait des toasts en honneur des frais fiancés, sans que personne ne s’étonne qu’au moins deux de quatre n’aient pas l’air de s’en réjouir. Repas éternel et fameusement arrosé. Tout essai de refuser aliments ou boisson, se vit enrayé efficacement. Adzovic menait la ronde à sa façon. 
Fini le banquet, on passa au salon où se poursuivit la réunion. Sa « fiancée » l’ayant lâché un instant, Michael chaloupa, vers la future Señora Campbell de Cortés qui semblait à point de faire un malaise. Pas le loisir d’échanger un traitre mot, déjà leurs respectifs reprenaient leurs droits. Il ne se passa pas longtemps avant que le futur gendre du Patron ne s’effondre, selon tous, ivre-mort. Évacué en douce, on le largua sur son lit, telle épave, pour qu’il cuve en paix.  Tous auraient été très surpris s’ils avaient pu le voir se redresser, plus alerte que supposé, guettant les bruits de la maison.  En bas, la fête continuait bon train.
 
*Je dois…euh…parler à Alix, c’est ça…On est dans la merde jusqu’au cou…Adzovic…c’est lui…qu’est-ce qu’il nous a refilé ?...Alix saurait…ou pas ?... Mon crâne explose…*
 
Des idées, confuses, erratiques, insensées cavalaient dans sa tête, avec pas mal d’effort, il parvint à en rassembler quelques-unes, dont celle de récupérer sa baguette, habilement dissimulée avant que le Serbe ne s’en mêle et embrouille tout.
De l’eau froide sur le visage, le remit un peu d’aplomb, assez pour songer  à  envoyer son patronus en prospection avant de s’y risquer lui-même.  On pouvait espérer qu’Adzovic serait trop pris à festoyer avec les autres et négligerait sa surveillance.
Le cougouar argenté ne fut pas long à revenir. Alix avait, elle aussi abandonné la fête et se trouvait dans ses appartements. Le message avait été bien livré et la réponse était positive.
Provoquer une panne au système de surveillance de Cortés fut  plus facile que prévu. Ils se retrouvèrent  au lieu accordé. Un instant de délicieux oubli les réunit mais le pressant de la situation prit le dessus.
 
Il sait pas encore ce que nous sommes…son système ne doit pas être trop performant…ou il est bon acteur…peu importe, d’une ou autre façon on doit le contrer…il nous faut un antidote…Bien sûr que j’ai confiance en toi, mon ange…tout va aller bien…après tu auras le temps de m’expliquer une paire de trucs…Je t’aime, Alix…
 

Bruit de pas et voix en approche.  Un dernier baiser, Alix fila. Plus le temps de faire de même, à moins emploi de la magie… Les trois vigiles le virent débouler en titubant et chantant  Oh, Danny Boy à toute gorge, avec émouvante conviction.
 
Gringo de m****a !

 
Oh Danny boy, the pipes, the pipes are calling
From glen to glen, and down the mountain side…
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Alix Blackstorm le Jeu Avr 24 2014, 16:46

Depuis l’interrogatoire musclé du sieur Montgomery, Adzovic se sentait rassuré. Si ce gars-là était sorcier, alors lui était curé.  Certes, il savait ses capacités magiques très moyennes mais était persuadé que nul ne pouvait résister à autant de doloris que ceux infligés. Ce Kyle demeurait cependant un obstacle dans ses plans. Henao n’avait pas réalisé n’être devenu qu’un pion, Kyle ne s’en rendrait pas compte non plus. Mais alors d’où venait la perturbation du système. De la fille ? Dites ça a un cheval de bois, il ruera. On avait besoin d’elle pour encore mieux écouler la marchandise, et de Monsieur biceps pour casser les fortes têtes en assurant le bon fonctionnement des plantations « particulières ».  
Deux jouets de plus, quel pied ! Hélas, il ne pouvait prétendre jeter des sortilèges impardonnables à longueur de temps. À ce compte-là, il perdrait aussi le contrôle d’Henao. La solution ? Les potions !  
La faiblesse de Mrs Campbell rendait la chose aisée.  Quant au type, il faudrait bien qu’il boive aussi ! Mariela bavait tellement devant Montgomery qu’il ne fallut pas la forcer à accepter la petite comédie d’un réveil compromettant. Francisco, cet être sans consistance, faisait simplement ce qu’on lui disait, donc…
 
La soirée se déroula de façon hautement satisfaisante. Le mage eut beau observer avec attention ses nouveaux joujoux, il ne décela aucun signe probant d’inefficacité des drogues ingérées.
Pour Alix, il en allait tout autrement.  S’étant soumise elle-même des années en cobaye à bien des expériences, elle était quasi immunisée contre tout et savait détecter une trace infime de saleté introduite dans n’importe quoi. La migraine, l’état d’acceptation frisant le somnambulisme, elle en reconnut immédiatement cause et effets.
Les contrer ? Pas trop complexe. Bien évidemment, elle n’avait pas emporté son attirail complet de potionniste mais beaucoup d’objets anodins contenaient des ingrédients « spéciaux ».  
Sitôt retirée dans ses quartiers, elle avala ce que tous auraient pris pour de la banale aspirine.
Les idées clarifiées, elle poursuivit l’attitude attendue, celle de la belle fiancée ayant mal au crâne.
 
Vous ne vous sentez pas mieux, Mrs Campbell ? demanda sa servante, sèche.
 
Esperanza ne me déteste pas. Il me manque une case ou plusieurs. On était dans le couloir du sous-sol, puis…  
 
Puis vous vous êtes offerte à Monsieur Francisco !  
 
Je me souviens avoir dit qu’on s’arrangerait lui et moi, de rien d’autre ! Que s’est-il vraiment passé ?
 
Le Serbe ( crachat par terre) est arrivé. Je me suis retrouvée dans mon lit, ensuite on m’a donné ordre de veiller sur vous qui étiez aussi au lit. Vous y êtes restée longtemps. Si j’avais su que vous vous fianceriez avec…  
 
C’est une comédie Esperanza, tu dois me croire !  Tout comme celle des fiançailles de Montgomery avec Mariela. Maintenant, je voudrais que tu…
 
Arrêt sur image. Un patronus ? Pas n’importe lequel, son pouls s’accéléra. Elle seule pouvant le voir et l’entendre, Alix confirma le rendez-vous fixé avant de se tourner vers sa servante qui ne pouvait que la prendre que pour dingue :
 
Aie confiance ! Suis pas folle ni n’ai d’hallucinations en parlant aux murs. Je vais sûrement réclamer beaucoup de toi prochainement. Ne te pose pas de question, obéis et Francisco sera à toi! 

Se faufiler en douce en pensant aux caméras donna la trouille à Alix  mais la perspective de retrouver son Michael la fit voler.
Il était là, fidèle, assez sensé pour l’enlacer immédiatement :
 
… mon amour, c’est un cauchemar ! C’est Adzovic qui manipule tout le monde ici…

Il sait pas encore ce que nous sommes…son système ne doit pas être trop performant…ou il est bon acteur…peu importe, d’une ou autre façon on doit le contrer…il nous faut un antidote…
 
Elle ne put s’empêcher de pouffer :
 
Ne suis-je pas un antidote à moi seule, mon chéri ? Prends ces pilules régulièrement. Il n’y en a pas des masses mais assez pour trois jours. Je n’aurais pas dû employer la magie quand je suis tombée. Tu ne doutes pas de moi, au moins ?

Bien sûr que j’ai confiance en toi, mon ange…tout va aller bien…après tu auras le temps de m’expliquer une paire de trucs…Je t’aime, Alix…
 
Je t’adore !
 
Filer avec le goût de ses lèvres sur les siennes…
 
Comment diable faisait sa maîtresse pour aller et venir sans se déplacer ? Esperanza n’en savait fichtre rien et s’en moquait du moment que certaines clauses entre les parties étaient respectées.
Fidèle au poste, elle avait interdit le passage à un Francisco empressé ainsi qu’à son père venu en renfort devant la porte de la belle Américaine.  
Fameuse comédienne, celle-là ! À peine rentrée en pleine forme de son escapade, la voilà qui adoptait de nouveau des signes de fatigue intense dès l’introduction des visiteurs tardifs.
 
Excusez ces faiblesses, senior Cortès...

Trop d’émotions, ma chère fille ! Nous comprenons.  Nous tenions juste à nous assurer de votre bonne santé, reposez-vous, très chère !  
 
Ouf, ils ne s’incrustèrent pas.
Par décence, ni la chambre ni la salle de bains n’étaient pourvues de surveillance électroniques. Alix en profita pour éclairer la lanterne de sa domestique attitrée.
 
Esperanza, vous êtes une jeune fille intelligente. Vous n’êtes donc pas sans savoir que certaines pratiques illégales s’exercent ici.  
 
Madre de Dios, on le sait tous, mais…
 
Garantie d’emploi contre le silence, je m’en doute. Avez-vous vu les ravages de ces substances sur les humains ? Francisco vous semble-t-il… normal ?
 
Il ne se drogue pas ! se rebiffa la belle. Son père ne le tolèrerait pas !

Juan ne pense qu’à lui et au profit…  Francisco n’a pas dégringolé tout seul, on l’y a contraint.
 
Adzovic ?

Les choses n’ont-elles pas changé lorsqu’il est apparu ?
 
Effectivement, des évolutions bizarres étaient intervenues. Peu à peu, au lieu d’honnêtes travailleurs, les plantations s’étaient dotées de gens louches, grossiers, méchants. Mais le train de vie avait augmenté de façon significative, et nul n’osait se plaindre.  
 
Je te promets que cela redeviendra normal. Tu le veux aussi, n’est-ce pas ?  Demain, je parlerai avec mon soi-disant futur beau-père.
 
Vous épargnerez le senior Francisco, n’est-ce pas ?
 
On lui rendra fierté et liberté. *J’espère…*
 
Nuit d’insomnie.
Bâtir des plans ! Dire qu’elle n’avait fait que cela sa vie durant. Contrer en retrait son oncle maudit n’avait pas été de tout repos, loin de là. Si elle avait cru ces épisodes révolus, elle s’était bien trompée !  Pour Michael, elle serait prête à tout et demeurait persuadée – serment inviolable ou pas – qu’il ferait de même pour elle.
 
*Peut-être qu’après ceci, on sera… tranquille…*
 
Durant cette longue nuit, Alix en élabora des stratégies. Une lettre s’écrivit suite aux cogitations multiples. Confiée à sa panthère des neiges argentée, elle disait ceci :
 
Mon amour, suis nulle en tactique. Je ne sais que me défendre, nous défendre. Mon bref contact avec Francisco m’a révélé beaucoup d’emplacements, de transactions, projets auxquels il a eu accès. Ce n’est peut-être pas l’ensemble mais j’escompte mener Cortès à me révéler le reste. Si tu peux, occupe Mariela et Adzovic pendant que je cuisinerai papa. Contacte Pomme blanche, si possible. À toi, toujours, Alix !  
 
Fut joint un plan précis des installations connues. Restait à voir qu’en faire.  
 
Petit-déjeuner au lit via une servante empressée, qui s’en plaindrait ?
S’essuyant délicatement les lèvres en ayant dédaigné un fruit, Alix déclara ses intentions :
 
Esperanza, veuillez annoncer au maître que je désire une entrevue avant ce midi, s’il vous plait.
 
S’il fallait y aller, autant y aller, le plus vite serait le mieux. Ce que fabriquait Michael ? Aucune idée. Savoir qu’il mourrait en cas de dérapage ne l’enchantait pas, mais l’arrangeait plutôt…
 
Salutations au-dessus d’un large bureau d’acajou tourné, on se rassit. Alix alluma sa cigarette, refusant la flamme présentée :
 
Trêve de plaisanteries, voulez-vous ? Senior Cortès m’allier à votre famille de manière aussi… cavalière, ne me sied aucunement !
 
L’autre en perdit toute contenance. Adzovic ne l’avait-il pas assuré que…   
 
JE SAIS ! Peu importe mes sources, je sais que sous des dehors honnêtes votre, vos commerces sont loin de l’être. Hey, toi, sors de l’ombre, ne veux-tu pas me regarder en face ?
 
La baguette de Stefan se pointa en tremblant :
 
C’est… C’est elle, la sorcière ! Pourtant, on n’a pas trouvé de baguette, ni de…  
 
Rires ténus, écrasement de mégot dans le cendrier.
 
Petite, misérable vermine, va donc jouer ailleurs ! Juan, pensez-vous réellement qu’il faille nous encombrer de ce rebut ? Si, comme je l’imagine, vous désirez la grandeur, je crains que vous ne deviez vous séparer de ce minus. Ensemble, vous et moi, nous pourrions atteindre des sommets.

Un peu de véritaserum, cher « collègue » ou craindrez-vous certaines révélations sur vos buts véritables ?
 
Je… Buvez-en aussi ! Ainsi, Senior Cortes saura qui de nous deux est… clean.  
 
Le vôtre ou le mien ? À vous de choisir…
 
Une autre cigarette sortit de son paquet, Adzovic présenta une flamme incertaine qu’Alix accepta avec un sourire fielleux :
 
Juan, je crois que nous pouvons à présent profiter à fond  du jus de vos cannes, non ? Dites m’en plus, voulez-vous ?
 
Bien des volutes de fumée, paroles plus tard, Alix en apprit, des choses…
 
La conversation dura une petite heure. Bien qu’Alix n’y connaisse rien en trafics illégaux, il lui sembla que cette « entreprise » manquait singulièrement d’envergure. Un potentiel pareil dans des mains habiles aurait pu, réellement, créer des ravages aussi affreux que planétaires. Pas de chance pour elles, le pigeon serait tué dans l’œuf. Certaines précisions devaient encore être fixées. Alix se leva :
 
Ah, cher Juan, avant que j’oublie, inutile de forcer votre fils à m’épouser, il n’est pas mon genre d’homme. Nous n’avons pas besoin de ce type d’alliance à présent que les choses sont claires, n’est-ce pas ? Ne pourriez-vous pas, dans la foulée, mettre plusieurs gifles à Mariela ?
 
Mais pourquoi… ? s’ébahit le boss.
 
Parce qu’elle a critiqué mon teint, ça vous suffit comme raison ?  En grattant bien, vous en trouverez plein d’autres, je n’en doute pas un instant. Bonne journée !
 
Fameuse partie de poker engagée là !   
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Michael De Brent le Jeu Avr 24 2014, 22:54

Sa prestation musicale connut le succès escompté.  On l’abreuva d’injures tout en le traînant vers sa chambre alors qu’il s’entêtait à jouer les ivrognes réticents. Pour mieux faire, on lui tapa un peu dessus puis on lui ficha royalement la paix.
Les pilules d’Alix eurent un résultat quasi instantané. Les idées claires, il put se pencher tranquillement sur la situation et bâtir un plan d’action conséquent.  La priorité immédiate : s’occuper de Henao et le remettre en état de livrer ses informations, sans lesquelles, l’affaire risquait de traîner plus de temps que voulu.
Un Finite suivi d’un Revigor à titre gracieux, tirèrent Gregorio Henao autant de son profond sommeil comme de l’état d’abrutissement  devenu habituel. Soudain plus alerte qu’il ne l’était depuis longtemps, l’homme bondit sur ses jambes en découvrant Kyle Montgomery  planté au pied du lit.
 
Mais que… ?
 
Pas le temps de longues explications, mon vieux, la surveillance est annulée pour quelques minutes, Je suis un allié, Applewhite m’envoie. Il est de vitale importance que tant Adzovic comme Cortés croient que vous êtes toujours  en état de lavette…

Mais qui diables…qu’est ce qui se passe ?
 
Suis de la section spéciale, si vous voyez ce que ça signifie, ma mission est de vous sortir d’ici d’une pièce et de démanteler cette opération, avec votre aide, ce sera plus vite fait, compris ?

Adzovic…
 
Ne vous en faites pas pour lui, je connais ses magouilles…Vous sentez vous d’aplomb ?
 
Acquiescement vigoureux. En fait, le pauvre Gregorio ne finissait pas de comprendre ce qui se passait mais était sûr de vouloir apporter toute son aide. Il écouta attentivement les directives de son « collègue » et n’eut d’autre recours que gamberger le reste de la nuit alors que l’autre s’enfumait aussi discrètement que possible.
Le patronus d’Alix livra sa lettre au petit jour. Sa belle assurait ne rien savoir de tactique, ce qui fit sourire Michael. Elle ne serait peut-être jamais chef de guerre mais avait les idées parfaitement à leur place, ce qui l’avait si bien aidée à survivre à la rude école de son oncle maudit.
 
« … occupe Mariela et Adzovic pendant que je cuisinerai papa. Contacte Pomme blanche, si possible. À toi, toujours, Alix ! »

La première partie, aisée. La seconde, difficile. La fin lui réchauffa le cœur. Elle l’aimait, ça lui suffisait pour se sentir capable de n’importe quoi.
Comme prévu, Mariela avait sacrifié des heures de sommeil-beauté pour le piéger de bon matin. Pas de problème pour l’occuper, il était son occupation de prédilection.  Par contre, Adzovic semblait avoir trouvé à faire ailleurs.
Après une demi-heure à supporter les roucoulements énamourés de Miss Cortés, il l’envoya se faire voir ailleurs, le plus gentiment qu’il put et se mit en quête des absents du jour, à savoir Adzovic et Cortés  qui avaient pourtant l’habitude d’être présents dès très tôt le matin. En arrivant au bureau du maître de céans, le gorille de service lui barra passage avec un ricanement peu amical.
 
T’es pas invité là, Gringo ! Le Patron a des affaires à traiter qui ne t’incombent sûrement pas !
 
*Comme tant d’autres choses, dirait-on…Je me demande ce que je fous ici !*
 
Si l’autre s’attendait à le voir faire demi-tour, il en fut pour ses frais. Le plus tranquillement du monde, Kyle Montgomery s’installa dans un fauteuil, bien décidé à attendre son tour et en plus en se donnant des airs de maître à bord.
 
Au lieu de me lorgner comme à un indésirable tu pourrais aller me chercher un café, ordonna t’il au temps de déplier un journal, t’en fais pas…je garderai la porte !
 
Le bonhomme s’apprêtait à l’envoyer au diable mais le regard mauvais que lui décocha el Gringo le fit changer d’avis. Il s’en allant en grommelant Dieu sait quoi.  À peine l’autre eut disparu, Michael quitta sa place et déploya rapidement le micro-dispositif d’écoute. Un petit gadget moldu qui valait bien les oreilles à rallonge.
Et a conversation surprise le laissa pantois, pas seulement à cause du thème traité. Alix, ce ne pouvait être autre qu’elle, avait la voix chantante. Impérieuse, assurée, fielleuse, froide, elle décortiquait l’affaire comme si ces genre de négoce était son jour le jour. Cortés assumait en plaçant un commentaire  quand elle lui en laissait l’opportunité. S’il y avait quelqu’un d’autre là, on ne l’entendit piper mot mais d’après ce que disait sa chérie, le tiers silencieux était en train d’en prendre pour son grade. Finalement, bruit de pas, la session était finie, même si Mrs. De Brent se fit plaisir en laissant choir quelques petites remarques :
 
Ah, cher Juan, avant que j’oublie, inutile de forcer votre fils à m’épouser, il n’est pas mon genre d’homme. Nous n’avons pas besoin de ce type d’alliance à présent que les choses sont claires, n’est-ce pas ? Ne pourriez-vous pas, dans la foulée, mettre plusieurs gifles à Mariela ?
 
Michael aurait éclaté de rire mais n’ayant pas l’intention de se faire remarquer, récupéra son mini barda et s’abîma dans la lecture du journal, juste quand la porte s’ouvrait.  Alix sortit, suivie d’un Juan Manuel Cortés soudain très humble et, ô surprise, d’un Adzovic blême, de colère mais aussi de peur.
 
*En voilà un qui connait son problème, et encore, seulement la moitié !* 
 
Et toi, que fais-tu là !?, s’enquit Cortés en le découvrant, où est cet abruti de Gonzalez ?
 
Je l’ai envoyé me chercher un café, riposta t’il avec morgue, sans même octroyer un regard à Mrs. Campbell, si vous avez fini, Cortés, je dois parler avec vous !
 
L’autre accusa le ton blasé, le manque du Señor qui aurait été de rigueur mais l’air pas commode de son employé lui fit réviser la réplique.  Mentalement il maudit Adzovic d’avoir peut-être dépassé les bornes avec l’anglais et l’avoir rendu enragé. Ce gars n’était pas le genre d’ennemi qu’il désirait avoir.
 
Pas maintenant,  Montgomery…mais dans une heure nous allons en ville, Mrs. Campbell et moi, tu nous conduiras.

Ouais, au moins il servira à quelque chose !, grommela Adzovic à son dos.
 
Tu perds rien pour attendre !, riposta Michael, sans même se retourner, c’est bon pour moi…aller-retour ? Madame nous quitte déjà ?
 
Madame le fustigea d’un regard lourd de dédain avant de leur tourner le dos et s’éloigner en assurant qu’elle prendrait le temps nécessaire pour être prête, ce qui voulait tout dire.
 
Mon Dieu, quelle femme, quel aplomb de reine…, soupira Juan Manuel.
 
Une belle garce avec trop d’argent, lâcha Michael, hargneux, feriez bien d’être sur vos gardes…ce genre de femme, ça vous achève en un rien de temps…mais enfin, ce ne sont pas mes oignons ! *Mais tu lui mets un doigt dessus et ce seront les tiens, crois-moi !*
 
Tu parles en connaissance de cause ?, demanda Adzovic, persifleur, parce qu’elle t’a envoyé paître…pauvre idiot…

Cortés coupa court l’entretien avant que cela ne s’envenime. Adzovic s’en alla vaquer à ses affaires, Merlin saurait bien lesquelles, et Mr. Montgomery  fut délégué à réviser la limousine qui devrait les emmener en ville.
 
*Tu veux rire…banquette arrière somptueuse, et toi qui te la donnes de séducteur…*
 
Mariela, mise au courant de ce voyage-éclair voulut en être de la partie mais pour une fois son père lui refusa le caprice. Évidemment, son « fiancé » ne lui fut d’aucune utilité pour plaider sa cause.
À l’heure fixée, le Patron piqua sa crise en découvrant qu’au lieu de la belle limousine tout confort, Montgomery avait avancé la Jeep Cherokee, étincelante il est vrai.
 
Mais tu te fiches de moi !...J’avais expressément dit la limousine !, tempêta Cortés, cramoisi de rage.
 
Problème de freins, informa le frais promu chauffeur, pas question de prendre cette route à tournants comme ça…Suis responsable de votre sécurité et ai pas envie de finir dans un ravin et puis, c’est plus discret !

Ceci dit, il croisa les bras et attendit qu’on embarque corps et biens. Au grand dam du Patron, Mrs. Campbell communiqua que dans ce genre de véhicule, elle voyageait plus volontiers  à côté du chauffeur pour ne pas trop souffrir du mal de route.
 
Faites à votre guise !, bougonna Montgomery en prenant place au volant, bouclez les ceintures !
 
Et pour tourner, elle tournait, la route. S’il avait mis à preuve le talent de conducteur de son nouveau chef de sécurité et futur gendre, Juan Manuel Cortés aurait sans doute préféré conduire lui-même. Le gars avait la main sûre au volant, mais semblait imbu d’une confiance en soi irrationnelle et sa façon de conduire frayait le suicidaire, compte tenu que le leur n’était pas le seul véhicule  sur la route et que les autres chauffeurs étaient des durs à cuire avec complexe de coureurs de Formule 1 même avec leurs poids-lourds ou bus de passagers.
 
Seigneur, Montgomery, ralentissez !, glapissait la Patron, livide, y a pas le feu…vous allez effrayer Mrs. Campbell !

Mais non, voyons, elle ne dit rien, elle…ça va, Madame ?

Regard meurtrier, il rigola en douce mais passa en quatrième vitesse. Deux minutes plus tard, par intervention divine ou peut-être pas si divine que ça, Juan Manuel dormait à poings fermés.
 
On aura la paix pendant un moment !, il allongea la main pour prendre celle de la belle qui n’arborait plus du tout un air pince sans rire, je me faisais une bile folle pour toi, ma douce mais tu m’as bien eu…j’ai entendu part de la conversation que tu as eue avec Cortés et Adzovic…Je m’en doutais, oui…Il sait à quoi s’en tenir avec toi…Mais non, pas du tout, ça ne me dérange pas , au contraire…Cela expliquera toute activité magique en dehors de la sienne, il est trop con pour en détecter une seconde source…ça nous facilitera les choses !
 
Il ne fut pas long à trouver où arrêter la voiture pour pouvoir enfin la prendre dans ses bras et l’embrasser à  en perdre haleine.
 
Je t’aime comme un fou, mon Alix, et déteste de te voir mêlée à tout ça…promets-moi de ne pas courir de risques, on ne sait jamais quand un revirement peut se présenter…Oui, je le crains à tout moment, surtout après avoir parlé avec Henao…Oui, il est à nouveau maître de ses actes…Cortés, tu t’en doutes, a des ennemis…et vue sa façon de gérer son affaire, ça va faire un grabuge de tous les diables dans peu de temps…Je contacterai  Applewhite, elle doit attendre de nos nouvelles avec impatience…Ce sera plus facile maintenant que tu es pratiquement l’associée de Cortés…

Force fut de reprendre la route et tirer le Patron de son doux sommeil. Celui-ci  reprit gentiment le poil de la bête et acte suivi passa à faire un exposé détaillé de leurs activités des prochains deux jours.
 
Je tiens absolument à que vous soyez à ces réunions, ma chère Béatrice…Important que vous connaissiez Roberto Araujo et son frère Fernando…des potentiels associés…

*Il est dingue…Adzovic a infecté leurs plantages !*

Et ainsi de suite avec trois autres propriétaires de son voisinage, tous affligés de diverses misères, incendie, sabotage, maladies du café et autres.  On était loin du compte. La tactique était minable mais portait ses fruits, sauf que…
 
Vous êtes le seul qui n’a jamais eu de pépins, Cortés…doivent pas être ravis !
 
Michael fut trucidé par un regard assassin via rétroviseur mais se contenta de sourire bon enfant, et accélérer un peu plus.
À Cali, on les attendait au luxueux, impossible autrement, immeuble du Patron. Domestiques et hommes d’armes qui les convoyèrent dans l’énorme duplex avec vue imprenable sur la ville. Situé au 15ème étage, l’endroit  se voulait inaccessible et était nanti de tout ce que la haute technologie du 20ème pouvait fournir en question sécurité, avec héliport au toit au cas où on devrait dégager le plancher par la voie des airs.
 
*Ça si on ne sabote pas l’hélico…tu en verras des vertes et des pas mûres, Cortés !*
 
Béatrice Campbell, belle à couper le souffle recevait aux côtés du Patron, plus fier qu’un paon. Les frères Araujo  se démarquèrent dès leur arrivée comme des invités difficiles. Ils se fichaient d’être aguichés par luxe ou beauté. Ils étaient de mauvaise humeur, gonflés de ressentiment, envie, haine…enfin, toute la complexe gamme de sentiments décidément contraires aux bonnes relations de fructueuse alliance.
Petit sourire carnassier aux lèvres, Montgomery ne se gêna pas pour laisser bien en évidence la Walter PPK dans son holster.
 
*Quelle soirée réjouissante !*
 
Mais on y survécut, avec grand décorum et quelques sortilèges informulés…
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Alix Blackstorm le Lun Mai 05 2014, 18:15

Les hommes étaient donc si idiots ? Un beau sourire, quelques flatteries, jouer avec un dédain doublé de suggestions alléchantes suffisait à leur tourner la tête ? Alix n’en revenait pas de la facilité de ses manipulations. Bien que ce jeu offrît de multiples possibilités dont un certain amusement, Mrs. De Brent ne l’appréciait pas. Oui, elle était douée pour tricher. Ne l’avait-elle pas toujours fait ? Si elle était parvenue à duper son oncle démoniaque, personne ne devait lui résister. C’était amusant de jongler avec la crédulité, sans plus.
Du moment que Michael, lui, la sache sincère, le reste importait peu.
Une réunion avec les autres planteurs clandestins fut agencée. Selon Juan, il était temps que sa nouvelle partenaire en affaire les rencontre pour leur signifier soit allégeance soit fin des accords avec conséquences dramatiques.
Que Michael- Montgomery veuille s’instaurer chauffeur particulier la fit rigoler tout en la soulageant. Elle se sentirait beaucoup plus à l’aise avec lui à proximité.
 
Je monte devant, s’horrifia-t-elle pour le principe en abordant l’espèce de Jeep prévue pour le déplacement. Derrière, on est secoué comme des pruniers, ça me rend nauséeuse !  
 
Trop tordant de jouer les femmes fortes et délicates à la fois.  
Ignorant complètement les intentions réelles de son époux, elle ne put que lui faire confiance sur cette route épouvantable où il mena un train d’enfer.
 
*Qu’est-ce que tu veux, mon amour ? Nous faire verser dans le fossé, me démontrer ta maîtrise du volant, me faire crever de trouille ?*  
 
Après avoir bien ballotté ses passagers, Michael expédia Cortès dans ses rêves et ne tarda pas à s’arrêter. Être embrassée avec passion fit énormément de bien à Alix. Son époux exprima aussi ses inquiétudes à son sujet et révéla que l’autre agent avait recouvré ses esprits. Avec lui dans leur manche, ils s’en sortiraient à coup sûr. Alix promit de rester aussi prudente que vigilante puis la route reprit ; il ne fallait pas s’attarder au risque d’éveiller les soupçons.  
Pas à dire Cortès aimait le luxe. L’immense duplex dominait la ville grouillante de Cali. Si Alix n’avait pas déjà voyagé en compagnie de Michael, elle serait restée sans voix. Là, entièrement dans son rôle de blasée, elle se contenta d’un bref sourire en réclamant immédiatement sa chambre. Ce propriétaire était décidément bonne poire. Plus elle le malmenait, plus il lui baisait les pieds.  
 
*Tant que ça dure…*
 
On dînerait « simplement »…
Suave à en être écœurant, Cortès la présenta aux conviés.
Les frères Araujo ne se laissèrent aucunement impressionner par les fastes déployés. Très grands et bien bâtis, leur ressemblance était frappante de même que leur air renfrogné. Débarquèrent également Marco Aguirre, Harjod Ferrà et Sebastian Molines. Tous étaient de grands planteurs locaux ayant connu récemment bien des déboires.
Dès l’apéritif, le ton fut donné par les Araujo :
 
Quand même étrange que nos pertes soient si élevées alors que vous, Cortès, vous prospérez… railla Fernando.
 
Vous n’allez pas m’en vouloir d’être mieux protégés que vous ? ironisa le petit coq empâté.
 
Alix n’intervint pas, elle étudiait les comportements, décortiquait les sens cachés des paroles émises. Elle ne prit la parole qu’après l’entrée :
 
Nous accuseriez-vous de commander la pluie et le beau temps, Señores?  Nul ne peut infliger ces plaies mais si vous en connaissez la recette, donnez-nous-la vite !

 
L’atmosphère se détendit aussitôt, sans doute aidée par quelques sortilèges apaisants.
Quoiqu’il en soit, on se quitta en très bons termes avec promesses d’exposé plus précis sur l’avenir à envisager.
 
Parfait Mrs. Campbell ! Vous avez le chic pour vous attirer les sympathies. Désirez-vous que nous allions profiter des attractions de cette ville ? Je connais plusieurs bars, qui…
 
Non merci, Juan ! Allez-y, si vous y tenez.

 
Il parut soudain méfiant en la lorgnant elle puis Kyle qui, impassible comme tout bon garde du corps, semblait se ficher de la conversation.
 
Montgomery, tu m’accompagnes. J’appelle Luis qui veillera sur votre repos, très chère Béatrice.  
 
*C’est ça ! Va faire la tournée des grands ducs pendant que je moisis ici !*
 
En rigolant à l’avance de la tête que tirerait Maureen Applewithe, dès qu’elle fut isolée Alix invoqua son patronus à qui elle délivra un message très clair et précis, promettant un complément d’information le lendemain.  
En effet, à des milliers de kilomètres de là, la directrice des opérations spéciales connut la frousse de sa vie. Elle ronflait encore dans l’aube naissante quand elle ressentit comme une présence dans sa chambre. En découvrant un truc argenté en forme de fauve, elle faillit hurler ou hurla pour de bon, nul ne le sut. Elle en tremblait encore des heures plus tard en vérifiant les coordonnées transmises. Si quelques rares sorciers s’étaient engagés à ce boulot, aucun n’avait eu le culot de la déranger de la sorte.
 
*Dans le fond… C’est moins risqué que les postes émetteurs cryptés…*  

 
Après une telle dépense d’énergie magique, Alix fut claquée. Elle roupilla tout son compte avant que la comédie ne reprenne.  
 
À 9 heures, la réunion de la veille recommença avec les mêmes acteurs. Pas de champagne ni de zakouskis cette fois, rien que des cafés et de l’eau.  Vu la tête du boss et de son protecteur, ils n’avaient pas dû s’ennuyer de la soirée…
Le débat fut un peu houleux. Chaque futur associé trouvant la barre réclamée trop haute, les exigences de Cortès exagérées en fonction des risques inhérents à ce type de commerce.
 
Ce sera rentable, très rentable ! assura Cortès.
 
Faudra d’énormes pots-de-vin pour que les autorités ferment les yeux sans compter ceux à distribuer aux ouvriers pour qu’ils la bouclent ! s’insurgea un Araujo.  
 
Les contrats sont justes, assura Beatrice. Soit vous nous laissez exploiter à votre place en prenant tous les risques, soit vous faites semblant de ne rien voir. Dans le premier cas, vous toucherez du 50%, dans l’autre du 5, au choix !
 
Blablabla.
Les uns marchèrent à 50, d’autres – les couillons – à 5.
On trinqua à la nouvelle association qui démarrerait dans les trois jours suivants, le temps d’établir les coordonnées des lieux de culture et d’envoyer les plants.
On revint chez Cortès après un voyage qui ne comporta qu’un petit – trop petit arrêt – pour Alix selon la manœuvre employée à l’aller.
Les folles embrassades accomplies, les époux firent le point :
 
J’expédie un nouveau patronus à Applewithe ce soir… je sais que ça va me crever mais plus vite on sortira d’ici mieux ce sera, non ? La majorité des effectifs doit être en route. Ça va flamber de partout d’ici demain soir. On va rentrer Michael. Je veux rentrer…
 
Pour péter de partout, cela le fit bellement. Pour Cortès and co adieu veaux, vaches, couvées…
Les précisions transmises évitèrent bien des dommages collatéraux. Bien sûr, le trafic redémarrerait ailleurs, nul n’était dupe. Mais en attendant, un puissant cartel et ses ramifications étaient démantelés jusqu’à la racine.  
Dans l’avion du retour, Alix écrasa comme jamais contre l’épaule de son adoré. On leur avait signifié avoir droit à un débriefing complet à l’atterrissage, autant profiter de ces heures d’accalmie.
 Un peu vaseux après des heures de vol, le couple fut conduit au siège des OS. Dopés de caféine, ils attendirent les instructions. Maureen tint à les rencontrer personnellement, à leur grand étonnement, du moins à celui de Michael habitué aux procédures.
 
Félicitations, dit la directrice, c’est un succès sur toute la ligne mais pas le temps pour le débriefing, vous repartez immédiatement.
 
Mais non ! se plaignit Alix qui ne rêvait qu’à d’intenses moments à partager avec son époux.
 
Michael fut prêt à se fâcher, sauf qu’Applewithe lui coupa la chique :
 
Nous manquons d’effectifs, c’est pas neuf. Or là, il s’agit de récupérer l’agent Forrester à moins que l’on ne doive dire Davenport à présent…
 
Hein ? Vous l’avez envoyée en mission en plein voyage de noces ? Vous êtes malades ! s’ébahit Alix tandis que Michael bondissait sur place en réclamant des infos.
 
Ils surent tout. Pas difficile puisque le tout s’avéra très peu. Un signal de détresse avait été capté et retransmis à la base avec de très, trop, vagues explications. Naufrage, île déserte, piratage : la belle jambe. Le point d’émission était flou, impossible à trianguler avec précision. C’était loin, point final.  
Michael s’énerva comme lui seul savait le faire. Il en sortit des vertes et pas mures à sa chef qui piqua un fard peu commun si bien qu’Alix crut bon d’intervenir :
 
… Mon chéri, on va y aller. D’abord, tu te calmes et on révise les éléments connus.
 
Eux connaissaient l’itinéraire prévu par le « Lady Sam ». En extrapolant…
Michael se plongea dans les cartes exigées qu’il étudia avec attention. Alix calcula mentalement. Ensemble, ils déterminèrent un périmètre de fouille au plus près possible.
 
Y a-t-il eu des rescapés du naufrage supposé ?
 
Non ! Le yacht s’était évaporé ou avait sombré corps et biens, nul n’avait rien signalé et aucune balise de détresse n’avait été activée : la chance !
 
En faisant vos… trucs sorciers, vous ne pouvez pas les localiser ?
 
Michael s’emporta de nouveau, il avait de quoi !
 
*Elle nous prend pour Dieu, celle-là !*

 
Le périmètre étant établi, ils ne seraient en mesure d’agir correctement qu’en étant à proximité au risque de graves défaillances physiques ou mentales ; ils devaient ménager leurs capacités. Cela expliqué, on s’organisa.
 
Oh misère, la galère !
Portoloin, décollages, atterrissages, avions, hélicos pour finir en bateau, le couple était un peu vert – Alix surtout – à bord de la navette réquisitionnée.
Le coin aurait pu être charmant… sans le mauvais temps. Les îlots abondaient, les tempêtes aussi.
La voyant très mal en point, Michael essaya de la convaincre de retourner à terre :
 
… Pas question ! Je suis malade, et alors ? On a plus de chance à deux, et tu le sais !
 
Depuis le ponton de poupe sautant tel un bouchon capricieux, malgré la pluie démentielle, des patronus prospectèrent les environs.
Tourmenté au-delà des mots, Michael passa sa rage sur elle qui avait failli basculer par-dessus bord. Se réfugiant en cabine, Alix prit beaucoup sur elle pour se calmer mais quand, confus, il la rejoignit, elle aboya :
 
T’as pas le droit de me traiter de boulet !... Je tiens autant que toi à les retrouver, NDD ! J’ai pas le pied marin, je suis crevée, tu l’es aussi, admets-le !
 
Pleurer, se réconforter l’un l’autre, c’était tout ce qu’ils purent faire dans cette tourmente.
Le second jour dans le secteur, grâce à une potion de son cru, Alix avait pu récupérer un peu. La météo était un handicap certain, il était temps de manipuler les éléments.
Retrouvant son mari en vigie à la poupe, elle s’accrocha à lui pour lui hurler contre le vent :
 
Vais faire cesser ça !... Ouais, un truc de cette envergure va me mettre KO, mais tu sauras mieux les repérer alors !... Je t’aime ! T’en fais pas pour moi !  
 
Se vider l’esprit dans de telles conditions pour appeler les forces bienfaitrices était loin d’être facile. Michael se chargeait de faire oublier à l’équipage ce qui se passerait.
La concentration vint, descendant sur elle comme un voile délicat l’englobant toute. Une formule du fond des âges émergea de sa gorge libérée. Tout s’apaisa.  
 
Il faisait rudement chaud dans cette cabine. Battant des cils, Alix sortit de sa torpeur.  Tiens, on ne bougeait quasi plus. Avaient-ils accosté ?
 
Les jambes en guimauve, elle partit à la recherche de son époux. Sur le pont, elle découvrit un équipage anxieux :
 
Ah, bon retour parmi les vivants, Mrs. De Brent, la salua le capitaine Dunbar, mitigé. Votre mari est persuadé que ses amis sont sur cet îlot. Lui et Frost sont à terre depuis une bonne heure. Vous allez bien ? Du café, peut-être ?
 
Elle remercia mais réclama les jumelles. Beau coin, pas à dire ! Plage, rochers, palmiers…
Puis son œil capta des mouvements. Ils étaient trois à courir. Deux hommes portaient une civière, accompagnés par une jeune femme athlétique.
 
ILS SONT LÀ ! cria-t-elle. Préparez les secours, il y a un blessé. *Seigneur, c’est Justin…*  
 
De loin, elle observa la mise en mer du canot de sauvetage, les visages des sauveteurs. Sam n’était pas bien et Michael angoissait à mort. N’attendant pas leur retour, elle fila dans sa cabine et y entreprit une sélection de potions et d’onguents. Elle ignorait l’étendue des maux mais s’attendait au pire. Vu le remue-ménage perçu, elle sut que tous étaient à bord. Elle courut.
 

SAM, mon Dieu Sam !
 
Juste le temps de la rattraper au vol avant étalement.
 
Tiens, bois ça ! Ça va aller !... Il ira bien. Le médecin s’en occupe déjà… oui, oui, j’y vais de suite !  
 
Tu parles d’un médecin, ce gars était infirmier, tout au plus, et pas doué en sus. Affolé, il plaçait une perfusion, et auscultait ce qui avait été le fringuant Justin Davenport.  
Pétrifiée d’abord devant le spectacle, Alix réagit vite. D’abord, il lui fallut obliger Michael à lâcher son pote :
 
Mon chéri, je m’en charge, tu m’écoutes : JE M’EN CHARGE ! Occupe-toi de Sam, et bois ça en passant. Vous, vous dégagez, ordonna-t-elle ensuite à l’infirmier qui devant un regard virant au noir n’osa pas rouspéter.  

 
Obstinée, Alix exigea qu’on ne déplace pas plus le blessé. On pouvait redémarrer en installant un coupe-vent et un parasol. Pour le reste, le pont était interdit à tous sauf aux proches.  
Une dure lutte s’engagea alors…  
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Re: Amour, quand tu nous tiens

Message par Michael De Brent le Mer Mai 07 2014, 16:39

Il y a deux sortes d’imbéciles.  La première, l’imbécile commun, espèce  très répandue qui ne représente pas de danger pour les autres, à part saper leur patience. La seconde, l’imbécile avec accès à un pouvoir quelconque, argent surtout, qui se croit capable de tout, généralement au détriment de son prochain et pour el malheur de tous. Juan Manuel Cortés appartenait à cette dernière espèce.
Avec ses airs de coq en pâte, le bonhomme avait le don d’exaspérer tous et quiconque, bien que tout le monde le dissimula avec plus ou moins de grâce. Les frères Araujo avaient des envies de meurtre mais étaient des fines mouches ;  Marco Aguirre tirait carrément la gueule et les deux autres, Ferrà et Molines suivaient le mouvement, tétanisés. Ils se savaient tous pris au piège et finiraient par céder, de bonne ou mauvaise façon aux exigences, parce que ce n’était pas autre chose du sieur Cortés.  Dès son poste d’observateur attitré, Kyle Montgomery n’en ratait pas une, prêt à intervenir si les choses se corsaient. Ce fut quasi miraculeux d’arriver indemnes  au dessert. Sortilèges par ci, alcools par-là la réunion toucha à sa fin dans une ambiance presque détendue. On remettait le deuxième round pour le lendemain.
Content comme s’il était l’artifice de quelque génialité, Cortés eut même la « délicatesse » de  féliciter Mrs. Campbell de ses apports au succès de la soirée avant de l’inviter courir les attractions locales, ce que la belle déclina, catégorique.
 
*C’est ça, qu’il aille se soûler ailleurs et nous fiche la paix !*
 
C’est beau rêver ! Comme s’il devinait ces pensées, le Patron décida de l’embarquer dans sa petite aventure nocturne.
 
Comme vous voudrez !, grogna t’il, agacé en lui emboîtant le pas.
 
Alcool, musique, belles femmes, et un  imbécile claquant son argent en toute joie de cœur.
 
Bon sang, Montgomery, détends toi un peu…Bois doc, amuse toi, tu plais aux filles, pas vrai, mes chéries ?

Un chœur de voix roucoulantes  et des regards enflammés donnaient foi de l’acceptation connue auprès de la gent féminine mais il joua, très décidément, les difficiles et tint bon aux assauts répétés des beautés locales. La virée dura jusqu’à très tard dans la nuit, ou tôt le matin, au choix. Libéré de ses fonctions, Michael s’accorda trois heures de sommeil avant d’entamer la journée décisive où se cloraient les accords. L’enjeu final.
Et tout le monde marcha dans la direction voulue, avec plus ou moins de chance, cela dépendant des qualités de négociateur de chacun.  Les frères Araujo affichaient leur satisfaction, si tout allait comme prévu,  ils assuraient fortune et pouvoir en quasi égalité de conditions que Cortés.
 
On rentre à la Bella, il y a beaucoup à faire !, annonça le Patron.
 
*Ça, tu peux le dire !*
 
Petite sieste assurée pour Cortés, les De Brent eurent droit à leur petit aparté passionné qu’il fallut néanmoins écourter pour des raisons de logistique. Alix n’avait pas perdu son temps, la veille au soir. Elle avait contacté Mrs. Applewhite, à sa façon.
 
Tu lui as envoyé…un Patronus ? Tu es dingue, mon amour, on n’envoie pas ça à Mme. Le Directrice des O.S…mais enfin, c’est chose faite…je parie qu’elle aura son petit mot à dire là-dessus…euh, pour rien, ma douce…juste qu’elle est une Moldue pure et dure…ça lui aura fait un drôle d’effet !
 
En tout cas, cela les avançait joliment, le message ayant été bien reçu,  les effectifs devaient être en route ce qui permettrait de mettre fin à l’affaire dans les délais prévus ou presque.
 
Ça va flamber de partout d’ici demain soir. On va rentrer Michael. Je veux rentrer…
 
Oui, mon amour, on va rentrer, c’est ce que je veux, moi aussi ! Ménage-toi le plus possible, s’il te plait…ce sera très bientôt fini !
 
De retour à la Bella, sa première occupation fut s’entretenir avec Henao, qui venait de recevoir des instructions cryptées.
 
Tout sera en place demain soir ! Ça va faire un fameux feu de joie. Les laboratoires sont en pleine production et avec l’acheminement des « suppléments » émanant des nouveaux associés, ça triplera d’ici quelques heures. Ils comptent faire un envoi énorme en Europe en fin de semaine et un autre aux USA…pas à dire, la collaboration de sa nouvelle chérie, a donné de l’essor à l’affaire, pas mal de la pincer  aussi.
 
Moue de travers.
 
Te soucie pas pour elle, je m’en occupe. Tu sais ce que tu as faire !
 
Sans plus. Invoquant un souci de sécurité, Michael s’absenta de la maison. Cortés ne trouva rien à redire, satisfait de le voir s’acquitter à fond de son boulot. Magie à l’appui, il put faire une reconnaissance approfondie des lieux où se déroulerait le gros de l’action. Ayant récupéré son équipement spécial, il s’occupa  à mettre en place certains dispositifs, réglés à une heure déterminée. Ceci fait, il rentra avec le seul désir de dormir quelques heures d’affilée, ce qui, bien sûr ne fut pas possible vu que Cortés réclama sa présence.
On était nombreux à table, ce soir. Le Patron se montrait d’humeur festive, enjouée. Ses nouveaux associés n’étaient pas aussi heureux que lui mais l’ambiance était néanmoins agréablement détendue. Qu’au milieu des réjouissances en cours, Kyle Montgomery se lève et quitte la table avec un mobile collé à l’oreille, n’étonna personne  mais que une minute plus tard, Mrs. Campbell décide faire de même, agaça le Patron.
 
C’est parti !, annonça t’il succinctement à sa femme qui venait de le rejoindre, assure toi que les innocents restent en dehors !
 
Quel chambard de fin de monde ! En question de minutes, dans une séquence réglée comme horloge suisse, laboratoires et installations diverses sautèrent.  Dans la maison, après un instant de totale stupeur se déclencha la folie et ce fut pire encore quand un groupe d’agents de la DEA, armé jusqu’aux dents investit les lieux.
Sans plus d’explications. Qui en avait besoin ? Tout le monde fut embarqué. Adzovic eut droit à un traitement de choix, Michael se chargea personnellement de l’expédier à la prison sorcière concernant les Amériques.
 
Commandant De Brent , nous avons reçu l’ordre de vous ramener au siège principal, on vous y attend pour un débriefing. Si vous voulez me suivre !
 
On avait mis à leur disposition un Gulfstream V, un de ces joujoux hors prix qui vous rendent la vie facile. Installés en tout confort, ils n’eurent qu’une idée : repos.  On les réveilla une demi-heure avant l’atterrissage. Le temps de faire une toilette sommaire et ingurgiter  autant de café que possible pour tenir le coup. Que Mrs. Applewhite en personne se dérange pour leur donner la bienvenue fit tiquer Michael.
 
On a droit à traitement spécial…ça ne me dit rien de bon !, souffla t’il à Alix.
 
Il n’eut pas tort. Après quelques mots de félicitation pour le succès de la mission, Madame les informa qu’il n’y aurait pas de débriefing, parce qu’ils repartaient d’immédiat.
 
C’est insensé, s’écria Michael, on vient de rentrer, on est claqués…et où diable prétendez-vous que…
 
Sans perdre le calme, Madame lui coupa vertement la parole en énonçant les faits.
 
Il s’agit de récupérer l’agent Forrester à moins que l’on ne doive dire Davenport à présent…
 
De quoi lui faire aiguiser l’oreille et la fermer alors que la Directrice brossait un navrant tableau de la situation.  Le Lady Sam, porté disparu, apparemment sombré corps et biens, pas de signaux des balises de détresse, aucun appel au secours, jusqu’à  cinq jour auparavant, quand un message avait été capté. La communication était mauvaise, très brève.
Michael s’emporta  et largua une tirade bien sentie à Madame qui, contrite, ne sut que rougir comme collégienne prise en faute. Passé en mode énergumène déchaîné, il ne s’en émut pas le moins du monde et l’aurait réduite en cendres si Alix ne l’avait finement remis à sa place.
 
Désolé…ça me rend fou, cet homme est mon meilleur ami…il s’est toujours coupé en quatre pour me sauver la mise et maintenant qu’il est en danger, qui sait si mort…, cette idée l’accabla mais il se reprit assez pour réclamer tous les détails susceptibles d’aider aux recherches.
 
En faisant vos… trucs sorciers, vous ne pouvez pas les localiser ?
 
La naïve simplicité de cette requête faillit le faire exploser de nouveau.
 
Mais elle est bonne celle-là, il me semble pourtant vous avoir déjà expliqué comment ça marche, ces trucs…On peut pas faire des miracles ! …Ils ont fait naufrage en plein océan Pacifique, pas dans l’étang du parc, bon sang…Triangulons les données…précisons le périmètre approximatif…au moins on saura, à peu près, où commencer !
 

Douze heures plus tard, après un éreintant exercice de magie et moyens moldus de pointe, ils descendaient d’un hélicoptère sur le pont du navire australien destiné aux recherches. Ils étaient à bout de forces. Le temps était à la tempête, sans espoir d’amélioration rapide.
Alix était verte.
 
Mon amour, ceci n’est pas pour toi…repose toi un peu puis retourne sur terre ferme…
 
Sa réplique cinglante ne le surprit pas du tout.
 
Pas question ! Je suis malade, et alors ? On a plus de chance à deux, et tu le sais !
 
Mais que peu après, alors qu’ils expédiaient leurs patronus, elle faillit basculer par-dessus bord. Il la rattrapa de justesse.
 
Et tu veux me dire en quoi ça me sert si tu finis à la mer !? C’est  absurde que tu restes là…J’ai trop à faire comme pour en plus m’occuper de toi…
 
Vexée, elle chaloupa vers l’intérieur, non moins remué mais au moins sec. Il resta là, perdu, affolé face à l’impossibilité de faire quoique ce soit.
 
Faut attendre que le temps se calme, dit le capitaine Dunbar en le rejoignant sur le pont, vous prendre des paquets d’eau au risque d’être balayé par une vague n’arrangera rien…Notre équipement est des plus performants mais même nous ne pouvons rien face à la nature…Allez-vous reposer un peu, vous en avez rudement besoin…si nouvelles, on vous prévient !
 
Force fut de donner raison au brave marin. On leur avait adjugé une petite cabine, pourvue du confort essentiel. Aucun luxe.  À son entrée, l’air mitigé, Alix ne le rata pas.
 
T’as pas le droit de me traiter de boulet !
 
Je…je ne voulais pas te crier dessus…suis dépassé, cette situation me rend dingue…
 
Je tiens autant que toi à les retrouver, NDD ! J’ai pas le pied marin, je suis crevée, tu l’es aussi, admets-le !
 

Je sais…pardonne-moi…tu as raison, on est crevés, en fait il n’en pouvait plus. Tout en parlant, il s’allongea dans la couchette, l’entraînant avec lui sans qu’elle proteste,  ne m’en veux pas, ma douce…je t’aime  tant…
 
Sa déclaration en resta là, avec Alix serrée contre lui, il s’était endormi.  Au petit jour, le temps n’avait pas amélioré mais cette fois, son patronus revint avec des nouvelles. Il avait retrouvé Justin et Sam, mal en point mais vivants !  Convaincre le capitaine de mettre le cap vers  l’île désignée ne fut pas affaire facile. La tempête faisait rage et les récifs à fleur d’eau pouvaient signifier leur perdition.
 
Il faudra attendre, impossible d’approcher !
 
Essayer un trasplanage dans ces conditions tenait du suicidaire, mais rester là, croisé de bras à attendre une accalmie le rendait carrément fou.  Combien de temps resta t’il là, à scruter en vain la côte entrevue ? Ce fut sentir Alix à ses côtés qui le rendit à la réalité.
 
Ils sont là…je le sais…mais on peut pas s’approcher…on ne peut rien faire…
 
Vais faire cesser ça !, hurla t’elle pour se faire entendre dans le vent.
 
Non ! Pas ça !...C’est trop dangereux, Alix…non ! 
 
Elle demeura intraitable, ferme dans sa résolution, sûre qu’une fois les éléments apaisés il saurait rejoindre les naufragés et les tirer d’affaire.
 
C’est trop, Alix…ça va te vider…
 
Je t’aime ! T’en fais pas pour moi !
 
Ne pas s’en faire ? Elle en avait des bonnes, son amour ! D’autant qu’il fallut s’occuper de l’équipage, pas question qu’on commence à poser des questions à tout azimut.
Personne n’en revenait de ce revirement si soudain de la tempête. En quelques minutes, le vent avait cessé, la mer se calmait. Il descendit un instant à la cabine où on avait ramené Alix, évanouie, le temps de l’embrasser avant de partir vers l’île.
Un seul homme l’accompagnait. Plus que suffisant pour explorer les lieux, si besoin d’aide, le canal de communication avec le Ocean Quest restait ouvert et depuis le pont, on suivait tous leurs mouvements.
 
On ira plus vite si on se sépare…prenez le côté Nord de la plage, je prends le Sud…le premier qui trouve,  coup de feu, compris ?
 
La plage était jonchée de débris ramenés par la mer démontée, la nature avait aussi souffert avec la tempête. Michael s’éloigna au pas de course, et s’interna dans la forêt. Hors de la vue des autres, il envoya son Patronus , qui tarda moins d’une minute à être de retour. Le campement se trouvait à une cinquantaine de mètres, près d’une petite lagune.
 
JUSTIN !!! SAM !!!
 
Pas de réponse. Le cœur lui manqua en arrivant face à l’abri construit par son ami, pendant  quelques secondes, il fut incapable de bouger, la seule pensée que les Davenport étaient là, sans doute morts, le paralysait de chagrin. Enfin, il se décida à franchir l’entrée.  Le spectacle navrant le bouleversa mais constater que le couple vivait encore lui redonna  espoir. Justin était inconscient, Sam, dans un état de faiblesse alarmant, ouvrit les yeux et le fixa abasourdie.
 
Tu…es venu !
 
Bien sûr que oui, aussi vite que possible…, il se pencha sur son ami, le trouvant brûlant de fièvre, le pouls filant, la respiration difficile, on va te sortir de là, mon pote, tiens bon !
 
L’évacuation des naufragés s’effectua rapidement. Michael avait eu le temps de réunir les effets personnels de ses amis, entre lesquels un sac étanche contenant des documents, ce qui l’étonna un peu, mais le moment ne se prêtait pas à ce genre de considération.
Alix les attendait à leur arrivée et eut juste le temps de cueillir Sam quand celle-ci s’effondrait pour de bon. Les premiers soins furent administrés à Justin sur le pont même. Après un examen rapide, le toubib de service, pâlit, dépassé par l’étendue des maux.
 
Faut l’évacuer au plus vite à un hôpital…demandez l’hélicoptère !
 
C’était sans compter avec Alix qui fonça dans le tas, très décidée à mener l’affaire à sa façon.
 
Mon chéri, je m’en charge, tu m’écoutes : JE M’EN CHARGE ! Occupe-toi de Sam, et bois ça en passant. Vous, vous dégagez !
 
Le toubib fut envoyé au diable, ce qu’il ne prit pas trop bien, mais on s’en fichait un peu.  Personnellement, il avait plus confiance en la science de sa femme qu’en la médicine moldue, sauf exceptions. Il avala docilement la potion refilée et prit en charge l’installation de Mrs. Davenport. Faute de mieux, le praticien évincé fut mandé auprès de la malade. Le diagnostic fut plutôt rassurant de ce côté-là. Déshydratation, épuisement, une légère infection pulmonaire, en somme, rien de trop grave.  Perfusion appliquée, médicaments en conséquence, on la laissa dormir.
Pour Justin il en allait tout autrement.  À part les os cassés, il souffrait d’un pneumothorax et d’une infection grave. Son état était très délicat. Alix avait exigé qu’on ne le bouge plus et on avait installé une espèce de tente  pour le protéger de vent et soleil.

Je me demande que fabrique votre femme…en tout cas, les résultats semblent positifs !, marmonna le toubib rencontré au chevet de Sam, ce pauvre gars ne semblait pas près de s’en sortir…Elle est médecin ?
 
Oui, bien entendu !
, assura Michael, sans hésiter, elle a ses méthodes…et se spécialise en cas difficiles !...Mais dites-moi, comment évolue Mrs. Davenport ?
 
Tout allait bien. Pour si jamais, juste par précaution, le Dr. Barnes subit un petit Oubliettes et ne posa plus aucune question concernant Alix…ni Justin. Michael resta au chevet de Sam, attendant son réveil.  Le sac étanche avec les documents était posé sur une chaise. Intrigué, il finit par l’ouvrir pour réviser son contenu, et ce qu’il découvrit le laissa d’une pièce, abasourdi et furieux.
 
*Impossible…Justin ne peut…Bon sang…ça voudrait dire que…C’est donc ça…naufrage soudain, pas de balises…rien du tout…Celui qui a orchestré ça est malin comme le Diable… et bien sûr…Justin était censé de ne pas s’en tirer…*
 

Samantha  revenait doucement des limbes. D’abord affolée, elle se reprit  dès qu’il la rassura sur l’état de son mari, mais l’idée de le faire séjourner dans un hôpital moldue ne fut pas bien reçue.
 
Il deviendra fou…tu devrais le connaître…mais il y a plus que ça…
 
Oui, je le connais très bien, on arrangera ça…et je sais aussi, pour le reste…J’ai lu ces documents, mais tu n’as aucun souci à te faire à ce respect, tout va aller bien, Sam, je m’en charge…je dois bien plus que ça à ton mari…et maintenant, tu vas continuer à dormir, tu as besoin de beaucoup de repos…Tout va bien…Chut, dors, ma belle, dors !
 
C’était mieux ainsi. Il alla rejoindre Alix au chevet de Justin.
 
Comment va-t-il ?...Stabilisé ? Assez pour faire un petit voyage ?...Tant mieux alors, parce que nous rentrons aux Bermudes, mon ange…avec Justin et Sam…On donnera une belle explication bidon, on les embarque dans une ambulance…et puis, tu connais la routine…Oui, je suis pressé d’en finir, nous devons rentrer chez nous et eux ont besoin de notre aide…Je te raconterai tout, après. Je t’adore mais encore m’occuper d’une paire de choses.
 
Bikita poussa des hauts cris, de joie la plupart, pour après passer en mode alarme de pompiers en découvrant Justin, postré et inconscient, en plus de sa belle épouse jouant la belle au bois. Elle mit un moment à se reprendre assez comme pour s’assurer que ses maîtres, eux, étaient intacts. Rassurée, elle prit l’affaire en main et mit toute sa science elfique en branle-bas de combat.
 
Nous voilà à bon port…Justin va bien, Sam idem…je crois qu’on peut se permettre un peu de repos, on l’aura bien mérité…Je suis si crevé que je n’ai ni faim ni soif…seulement envie de retrouver mon lit, avec toi près de moi et de dormir…au moins jusqu’à demain.
 
Elle fut parfaitement d’accord avec son idée, mais une fois dans leur chambre, à seules enfin, après trop de temps séparés, ils en vinrent à oublier aussi leur fatigue. Ce ne fut que beaucoup plus tard qu’ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, parfaitement heureux.
Le lendemain, Michael contacta le père de Samantha pour le mettre au courant de son sauvetage et l’inviter à la rejoindre chez eux, à Hamilton. Il se trouvait dans son bureau, révisant pour énième fois les fameux documents quand Alix le rejoignit, curieuse de savoir en quoi il occupait tant de temps. Pour toute réponse, il lui tendit la liasse.
 
C’est une cession totale, signée, valide et si j’en crois à mes connaissances sur le thème, incontestable…je crains que Justin  ne soit ruiné, du moins du point de vue moldu, et ça, crois-moi, c’est cuisant pour lui…celui qui a fait ça, savait exactement comment s’y prendre…Non, pas de piste sur son identité, tout est fait au nom d’une société avec siège à Singapour…à l’heure qu’il est, les avoirs de Justin doivent être répartis entre au moins une dizaine de banques dans le monde entier, pratiquement impossible de retracer…à moins, bien sûr, qu’on ne mette pas le gant sur le commanditaire…difficile mais pas impossible.
 
Peu à peu, une espèce de normalité s’instaura. Au bout de quelques jours, les Forrester rentrèrent  à Miami, Justin reprenait du poil de la bête et Sam commençait à penser à ses restaurants.  Sans rien dire à son ami, le jugeant encore fragile pour affronter trop de tracas, Michael avait mené sa petite enquête et mis certaines personnes sur le peu de pistes disponibles. La seule, à peu près consistante avait été retrouver une des membres de l’équipage du Lady Sam à Rarotonga, l’homme assurait ne rien savoir et de toute façon, peu après on le retrouva mort, sans que la police locale se donne trop de mal pour élucider quoique ce soit.
 
*Ça donne le ton …les autres se seront noyés ou on les aura éliminés…*
 

L’arrivée d’une lettre d’Erik lui changea gentiment les idées. Son frère lui annonçait, coup sur coup, s’être reçu en médecine et droit, pour trois lignes plus loin, le mettre au courant de sa quasi imminente paternité. Opal attendait des jumeaux mais espérait tenir le coup pour célébrer Noel en famille. Les McLane seraient de la partie et bien entendu, on s’attendait que lui et Alix en soient aussi.
 
Ce sera notre premier Noël, ma chérie…et aussi le premier avec mon frère. Je n’ai jamais fêté Noël avec trop de conviction, je n’avais pas avec qui et du coup…maintenant, tout a changé, je vais même être oncle…Oh oui, on va fêter ça et comment !
 
Mais parfois, rien n’est comme on s’y attend…
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