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Message par Angel Grisham le Mar Juin 10 2014, 08:25

Londres !
Les trois semaines de voyage s’étaient achevées et Angel ne les regrettait pas même si elles ne furent pas de tout repos, loin de là. J.O s’était montré très inventif pour les sortir de la prison de Kerobokan où Angel avait beaucoup craint divers sévices qui, heureusement, lui furent épargnés de par sa condition d’étrangère liée à la possibilité de gagner du fric sur son dos. Sa baguette avait été confisquée en même temps que son sac à main avant qu’elle ait pu faire le moindre usage tant la vision d’un J.O assommé l’avait assommée elle-même.  Angel apprit deux choses à Bali : se méfier de tous les objets creux vendus à la sauvette et, surtout, pouvoir compter sur J.O pour veiller sur elle.  Même s’il sembla prendre l’incident comme une bonne blague, son époux ne rechigna pas à vider ces lieux pour leur offrir un petit séjour très agréable dans une île peu peuplées où ils n’eurent qu’à flâner, bronzer, et pêcher. Bien sûr, il y eut quelques incidents si minimes qu’ils ne valent pas la peine de s’y attarder.
Avec leur teint biscuit, les frais époux détonaient assez fort dans la grisaille anglaise. Un comité d’accueil restreint les reçut dans ce qui devenait leur demeure. Le Duc, son épouse et Mamy Rose ne s’incrustèrent pas longtemps ce qui permit au jeune couple de découvrir leur nid.
Immense était la première impression lorsque l’on apercevait la bâtisse du dehors. Murs de crépi blanc, toit de chaume, avec ses douze pièces à l’étage et quasi autant au rez-de-chaussée, Angel se demandait comment entretenir correctement un tel endroit aussi agréable soit-il. Dans une pièce – pas la plus petite – s’entassaient les multiples cadeaux de mariage reçu des amis et parenté de J.O. Serrée contre son époux, Angel soupira :
 
On va avoir du boulot pour remercier tous ces gens et inventorier ce…*fatras !*
 
Ils en rirent mais pas longtemps car, décidément, ils avaient eu grand tort de laisser le champ libre à leurs parents en ce qui concernait décoration et ameublement. Il est vrai qu’ils n’avaient rien eu à dire non plus…  
Ne voulant pas vexer J.O sur les goûts des Gilmore, Mrs. Strang s’abstint de commentaires. Marrant, J.O fit de même, pensant sans doute qu’elle agréait cet amoncellement de fauteuils, coussins, lourds meubles disposés n’importe comment dans un décor fleuri. La cuisine, très vaste ne bénéficiait hélas que de peu de modernisme, de même que la salle de bains antique et solennelle. Leur chambre, au moins, était… passable.
Ravalant son amertume, calculant déjà mentalement au prix à débourser pour améliorer les choses, Angel soupira :
 
C’est parfait… pour un début. Chemin faisant, on pourrait peut-être…
 
Sans crier gare, J.O l’enlaça et l’embrassa en tournoyant follement. Lorsque sa tête revint en équilibre, Angel se stupéfia :
 
Oh… mais c’est… Magique !
 
Oh oui, cela l’était. Au moins, ils partageaient la même conception de l’alliance du confort pratique et de bon ton. Là, enfin, Angel se sentit chez elle et l’inventaire se réitéra en riant franchement d’imaginer la tête des parents à leur prochaine visite.
Grâce à de nombreux coups de baguette la corvée rangement fut vite réglée leur permettant ainsi d’étrenner leur nouvelle chambre au lit démesuré.
Ronronnant telle une chatte satisfaite au creux des bras aimés, Angel s’enquit :
 
Tu reprends le collier demain, n’est-ce pas ?... moi aussi ( soupir)… je sais que je n’y suis pas obligée mais as-tu une idée du coût réel de l’entretien d’une propriété pareille ? … Non ! On ne peut pas aller solliciter l’aide de ton père pour ces questions, voyons ! C’est déjà une veine que nous soyons sorciers, ça nous évitera d’engager du personnel de maison, sauf quand nous recevrons du monde… Bien sûr que je ferai le ménage et la cuisine moi-même ! J’ai l’habitude, n’oublie pas !
 
La vie reprit son cours normal. Tôt le matin, les époux se séparaient pour œuvrer chacun de leur côté. Ils déjeunaient souvent ensemble et Angel se débrouillait pour être à temps à l’heure de préparer le dîner hormis les fois où son époux accompagnait le Duc à l’étranger. Dans l’ensemble, cela allait ou du moins elle s’efforçait de le croire car J.O ne lui semblait pas très heureux, lui. Il n’en disait jamais rien, ne se plaignait qu’à peine de son travail au ministère.
 
Tu comprends, dit-elle à son amie Opal avec laquelle elle préparait le baptême des jumeaux, il est sans arrêt sous la coupe de son père, il fait office de subalterne aux yeux des autres membres du ministère, ce n’est pas idéal et là… l’OTAN organise des frappes dans le conflit au Kosovo. Il ne dit rien mais je sens qu’il a envie d’être utile… Qu’est-ce que je dois faire ? Je ne peux quand même pas l’encourager à aller se faire descendre, même si je le sais très capable de se défendre…
 
Son amie fut, comme toujours, de bons conseils. Elles s’attendrirent de concert devant les deux poupons Nielsen qui, pour leur 3 mois, se montraient déjà très éveillés et très… différents.   
Jean qui rit et Jean qui pleure… L’un blond, l’autre brun, les frères étaient sans arrêt décalés. Même s’ils épuisaient leurs parents, ils n’en étaient pas moins adorables. La question d’Opal agaça légèrement Angel :
 
… Tu ne vas pas t’y mettre aussi, hein ? Magnolia et Rose ne cessent de m’asticoter avec ça ! J.O et moi ne sommes pas pressés… tu sais aussi qu’on ne roule pas sur l’or non plus ! … ça viendra si ça doit venir, je ne fais rien contre et ce n’est pas faute d’essayer, crois-moi !
 
Elles rirent, complices comme toujours.
L’argent… Bien beau de posséder une immense bicoque sauf que son entretien à lui seul bouffait la moitié de leurs gains communs. Avec sa petite pension militaire et ses émoluments du ministère, J.O assumait pleinement ses responsabilités financières, lui. Les revenus d’Angel étaient hélas plus aléatoires.  Son officine tournait rond mais le coût exorbitant de certains ingrédients donnait parfois des angoisses à la jeune potionniste qui tentait d’équilibrer dépenses et recettes tout en essayant d’améliorer son rendement. Déjà débutées avant même sa rencontre avec J.O, certaines expériences novatrices semblaient sur le point d’aboutir. Le prix des recherches étant élevé, elle pestait intérieurement de devoir les interrompre faute de… carburant.  Ce serait dommage. Si ses projets aboutissaient…
Soigneusement, elle évitait d’embêter J.O avec ces considérations matérielles ; il avait déjà assez de souci ainsi.
 
Ce soir-là, elle posait à peine sa cape dans l’armoire du hall qu’elle se vit surprendre par un époux déjà présent :
 
… Déjà là ? Un problème ?
 
Que non ! Il avait décidé qu’ils iraient dîner en ville. Dur de jouer au rabat-joie ! Ils sortaient si peu… N’empêche qu’elle flaira immédiatement une embrouille. Le connaissant à présent suffisamment, Angel savait dépister certains signes avant-coureurs. Là, il ne faisait aucun doute que son mari était à la fois ravi et… embarrassé.
 
*Qu’est-ce qu’il me cache ?*
 
Jouant l’innocente, elle alla se préparer en vitesse et le coupé sport fila bientôt vers l’hôtel-restaurant le plus chic du coin.
Installés à une table discrète, les Strang purent déguster vins et mets raffinés. La conversation roula, anodine en apparence sur les sujets du quotidien, en évitant d’évoquer les factures en attente.
 
… oui, j’ai eu une bonne journée, merci. Et toi… Je suis allée voir les jumeaux aussi ! Ils sont si mignons !... ils s’en sortent très bien même si deux enfants aussi différents, ça perturberait n’importe qui. Être marraine me plait beaucoup. Tu n’as pas oublié que le baptême est ce dimanche, au moins…
 
Ouille, elle venait de mettre le doigt sur le nœud qui gênait J.O. Plus nerveux soudain, il piqua du nez dans sa coupe de sorbet. Lui posant une main sur la sienne, elle creva l’abcès :
 
Et si tu me disais enfin le but réel de cette petite fête ?... J.O, dis-le franchement : qu’est-ce qui ne va pas ?  
Heureusement qu’elle était assise quand l’annonce redoutée tomba : il était requis dans une mission diplomatique en Europe de l’Est. Inquiet, excité, il se mit à plaider. Elle écouta, puis :
 
… Ah !... bien sûr que je ne suis pas emballée mais… si c’est ton choix, je ne m’y opposerai pas… C’est une opportunité pour toi, je ne vais pas la gâcher en t’attachant au pied du lit… Tu me connais bien mal, J.O !... ok, je comprends. J’expliquerai aux Nielsen…
 
Elle n’était pas ravie mais de quel droit s’opposerait-elle à ce projet qui le tenait à cœur.
Plus tard, sous la couette, elle essaya de chasser la mélancolie envahissante en soupirant :
 
Je m’en sortirai J.O, je ne suis si simplette que ça ! Tâche au moins de revenir entier, le noir me va mal et puis… je t’aime trop !  
 
Il promit n’importe quoi dont de la contacter fréquemment et embarqua en compagnie de plein d’individus bcbg par un beau matin de juin.
 
Enfin seule, elle put pleurer tout son soul. En fait, elle crevait de trouille qu’il arrive quoique ce soit à son époux. Les parents de J.O étaient très fiers que leur rejeton ait été choisi pour cette mission, lui aussi, donc elle se devait de l’être et l’était d’une certaine façon.
 
Sans J.O dans leurs murs, Angel se sentit comme rapetissée sous le vide immense créé. Compatissante, prêchant un besoin d’aide, Opal l’invita à passer ces jours de solitude chez elle.
Après tout, pourquoi pas ? Ils seraient tous gagnants dans l’affaire.
Si elle avait cru à de petites vacances, Angel fut déçue. Pas étonnant qu’Opal affiche souvent un air las avec les marmots qui se relayaient pour troubler le sommeil de la maisonnée en pagaille.  
Apportant ses coups de mains autant qu’elle pouvait – bon écolage du futur métier de maman, cela dit – Angel n’en négligea pas moins son travail.  
Le dimanche arriva. Par acquis de conscience professionnelle, Anel se devait de passer dans son mini laboratoire avant que les réjouissances commencent. Elle avait plusieurs mixtures en couvaison et ne désirait aucunement récidiver une explosion malencontreuse. Tout baignait gentiment, ouf ! Pourtant, en vérifiant la cage des vieux rats cobayes, elle s’attrista : deux étaient décédés. Relisant le protocole opératoire, elle voulut savoir ce qui avait cloché. Hélas, elle ne releva rien d’anormal. Bien que très âgés – les seules bestioles qu’elle pouvait s’offrir – ces rats se portaient à merveille la veille.
 
*Je les autopsierai demain !*
 
Le temps manquant, joyeuse malgré tout, elle fila se préparer à ses nouvelles fonction de marraine. Marrant, elle devait soutenir Nicolas, le plus sage des deux, au-dessus des fonds baptismaux tandis qu’Alix se farcissait Matthew, brailleur par excellence. Une veine qu’Opal ait choisi Matt en parrain et non J.O… son absentéisme aurait fait tache.
La réunion fut fort animée et, malgré ses tracas, Angel s’amusa beaucoup en devisant avec tous.
 
… non Michael ! Il est actuellement au Kosovo. Ses talents de diplomates sont enfin reconnus, je suis sûre qu’il s’en tire à merveille…Non, Sam, rien chez nous de ce côté, et chez vous ?...
 
Tant de blabla lui firent oublier ses petits cadavres dans leur glace.
On se sépara en parfaite harmonie et, en soirée, Angel fut encore plus contente lorsqu’elle put communiquer avec son J.O.  Pouvait-elle croire ses affirmations quant à un déroulement paisible des négociations ? Il avait l’air sincère…
 
La cérémonie fut émouvante même si troublée par les cris de Matthew. Nicolas, par contre, est le bébé rêvé… oui, le cadeau a été apprécié… tes parents ? Non, aucune nouvelle, vais pas m’en plaindre !!  

Dur, beaucoup plus dur que prévu que de crâner en prétendant que cela roulait.  Son expérimentation avait à nouveau échoué. Tant d’argent jeté à la poubelle… Le jeu en valait-il la chandelle?
 
Levée tôt, après une courte nuit pendant laquelle elle essaya de calmer les jumeaux en alternance avec leurs parents, Angel fila à l’officine où une triste tâche l’attendait. Elle n’aimait pas les autopsies pourtant indispensables mais sa tête, en ouvrant la glacière où elle avait rangé les corps, valut de l’or.  En lieu et place de deux macchabée rachitiques gigotaient deux ratons bien vifs quoique frigorifiés. Qu’est-ce que cela signifiait ? Qui lui jouait ce tour ? Bon, l’antivol était intact et rien n’avait été dérangé, mais ça… ÇA ???
Comme tétanisée, elle s’occupa d’abord de réchauffer les animaux qui furent remis en cage près du feu permanent du labo. Ensuite, fébrilement, elle relut ses notes. Les six gouttes au lieu de trois dans sa formule étaient-elles responsables ? Il fallait renouveler l’expérience.
 
*T’emballe pas, si ça tombe, ils seront bel et bien morts demain…*
 
Néanmoins, cette fois, elle prit toutes les précautions voulues. La veille elle avait été négligente, trop pressée de festoyer. Là, on ne l’y prendrait plus ! Un coursier alla signaler sa défection chez Opal tandis qu’elle achetait les spécimens les plus obèses ou âgés à l’animalerie du coin.
La journée complète y passa en sélection des lots avec ajustage des dosages et observation minute par minute. Les résultats la sidérèrent. Sous ses yeux, elle vit les rats ayant reçus quatre gouttes s’amincir et rajeunir après un court sommeil.
 
*J’ai réussi…* J’ai RÉUSSI !!!
 
Pour un peu, elle aurait parcouru le chemin de traverse en clamant la nouvelle mais prudence et  bon sens reprirent vite le dessus. Il ne fallait rien précipiter au risque d’une déconvenue énorme.
Elle allait avoir besoin d’aide pour vérifier l’innocuité du produit révolutionnaire.
Ses bestioles sagement à l’abri, formule et potion sous clé, elle rentra chez les Nielsen à une heure indue. Opal ne lui tira pas la tête, Erik oui :
 
… je suis désolée. Je suis sur un truc de fou !!!
 
Incapable de dissimuler son excitation, elle lâcha le morceau :
 
Si je ne me suis pas gourée, on va s’arracher mon produit ! Erik… tu pourrais vérifier l’état de santé de mes rats de labo ? Il doit exister une méthode non invasive, non ?  
 
 Pas très heureux de cette mission, Nielsen accorda de le faire dès qu’il aurait le temps. En attendant, Angel trépigna d’impatience face à l’ordinateur afin d‘annoncer la nouvelle à son mari…
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Re: CQFD

Message par J.O West le Jeu Juin 12 2014, 23:05

Finies les vacances ! Une lune de miel quelque peu accidentée au début avait fini placidement au bord d’une mer cristalline, dans l’isolement paradisiaque d’une île, loin de tout danger. Le retour à la routine ne les tentait pas trop mais il fallait bien s’y plier. Voyage en avion, un long vol en tout confort, question de prolonger un peu le plaisir de n’être qu’à deux, ce qui changea aussitôt franchie la porte des Arrivées à Heathrow. Bartholomew, le chauffeur de la famille attendait les voyageurs. Comme d’habitude, plein de bonnes intentions, Sa Grâce le Duc de Gilmore, contrôlait toute situation.
 
*Et nos vies en passant !* Bienvenue à la réalité, ma chérie !
 
Il avait voulu acheter une maison. Papa lui avait soufflé l’idée et en fait son cadeau. La plupart aurait été ravie de tant de générosité. J.O, lui, râlait et savait qu’Angel  partageait son avis, même si elle n’en pipait pas mot. Ça ne s’arrangea pas quand ils découvrirent le cadeau ducal.
 
*Et merde !* Sacrée bâtisse !
 
Angel et lui échangèrent un regard résigné. Déjà le comité d’accueil se pointait. Papa, Maman et Mamy Rose, complices ravis de la bonne surprise. Il fallut faire semblant d’être aussi ravis qu’eux, heureusement, ils ne s’incrustèrent pas.
 
On aura besoin d’une carte, d’un GPS pour se retrouver ici !, marmonna J.O en parcourant les lieux d’un regard mitigé, on pourrait ouvrir un hôtel, tant qu’on y est…
 
Main dans la main, ils parcoururent leur « démesure ».
 
On nous a offert tout ÇA ?, s’effara t’il face à la quantité de cadeaux soigneusement rangés dans une des grandes chambres.
 
On va avoir du boulot pour remercier tous ces gens et inventorier ce…*fatras !*
 
Ouais…*Franchement, pour la déco on repasse…c’est affreux !*

Le reste ne valait pas mieux. Classique, pour ne pas dire vétuste avec des airs victoriens, mal adapté aux goûts de cette fin du 20ème siècle.
 
Va falloir bricoler !, rigola t’il avec une moue.
 
Angel soupira :
 
C’est parfait… pour un début. Chemin faisant, on pourrait peut-être…
 
Vendre partie de cette brocante aux puces, et  avec le pactole dévaliser IKEA !?...Ou alors, pour commencer…, et de l’embrasser comme un fou en valsant dans la pièce encombrée, alors que quelques sortilèges informulés mettaient un ordre rationnel dans ce chaos.
 
Oh… mais c’est… Magique !
 
Surtout va pas regarder au grenier !, rit-il.
 
Bonne humeur au rendez-vous, le déballage commença, ponctue de commentaires et fous rires. C’est dingue ce que les gens peuvent se monter imaginatifs à l’heure des cadeaux ! Ils partageaient une complicité parfaite, s’entendant comme peu peuvent le faire, surtout au tout début du mariage. S’il n’avait tenu qu’à lui, J.O aurait prolongé indéfiniment son retour au sérieux monde qui attendait en dehors de leurs quatre murs.
Angel n’avait pas tort de se faire des idées quant à l’entretien de leur nouveau chez soi. À quoi diables pensait donc son père ? Le plus probable qu’ils demanderaient son aide pour bien s’y prendre et mener un train de vie accord, avis de Papa, à son statut d’héritier ducal. Or, autant que lui sa petite femme chérie préférait se tuer à la besogne que quémander un centime.
Routine ! Sa vie était réglée à la mesure de celle du Duc. Promu, sans qu’on demande son avis en aide de camp, secrétaire, esclave, homme à tout faire et fils exemplaire, il avançait dans le sillage paternel, sans droit d’opinion.  Au moins l’horaire était décent tout comme le salaire mais J.O en avait chaque jour plus ras le bol que la veille.
Et vint l’aubaine rêvée.  Un communiqué officiel , signé par son ex-commandant, promu colonel, demandait son retour au service pour une mission diplomatique, du moins c’était le qualificatif donné, des forces d’intervention de l’OTAN au Kosovo.
Sa Grâce ne releva même pas la tête du document examiné. J.O resta debout face à bureau et se racla furieusement la gorge pour attirer son attention.
 
Attends, je suis occupé !, gronda Papa.
 
Désolé, je n’ai pas de temps non plus, riposta t’il, je venais tout simplement te donner un préavis de cessation de travail. Je reprends le service, on a demandé ma collaboration pour une mission diplomatique. Je dois me trouver à Pristina le 10 Juin.

Pas à dire, il avait capté la totale attention du Duc. Comme on pouvait s’y attendre cela n’alla pas sans discussion. Sa Grâce avait ses arguments, lui les siens. Pour une fois, il remporta le match, haut la main.
Ce serait plus difficile avec Angel…beaucoup plus, car s’il désirait ardemment reprendre le service, quitter sa femme lui brisait le cœur.
Si on l’avait choisi merci son talent comme médiateur, toute sa diplomatie et connaissances du genre lui servirent bien peu pour vaincre la sagacité de sa délicieuse petite épouse. Dîner aux chandelles, resto de choix, il se montrant tout aussi charmant qu’on peut l’être, loquace et amusant, pourtant…
 
Et si tu me disais enfin le but réel de cette petite fête ?... J.O, dis-le franchement : qu’est-ce qui ne va pas ?  
Où passent les bonnes réponses quand on en a besoin ? En tout cas, pas dans sa coupe de sorbet.
 
Je…enfin, non, je n’ai pas oublié le baptême, sauf que…Angel, on a requis ma présence comme médiateur…Mission de l’OTAN…au Kosovo.  C’est un honneur d’être choisi pour ce poste et je suis très fier d’y avoir accédé, même sans avoir présenté ma candidature…cela signifie un avancement dans ma carrière comme officier…et tout ce qui va avec…je comprends que ça ne t’emballe pas…

Elle n’était pas contente, pas du tout. Il ne s’était pas attendu à moins.
 
Mon rôle sera nettement diplomatique mais un certain risque persiste, c’est un zone de conflit en pleine ébullition…Je m’en veux, mon cœur, terriblement de te laisser de la sorte mais…je ne peux pas passer ma vie à être le toutou bien entraîné de mon père.
 
Elle comprenait, acceptait mais la lueur chagrine de son regard faisait plus de mal que de la mitraille fichée dans la peau.
 
Je m’en sortirai J.O, je ne suis si simplette que ça ! Tâche au moins de revenir entier, le noir me va mal et puis… je t’aime trop !

Et moi je t’adore. Et n’ai jamais pensé que tu puisses être simplette, mon amour…On se parlera tous les jours, je le promets, et j’aurai des permissions…  
 
Et tout se passera bien, ce sera vite fini, je serai en sécurité… Il aurait pu en rigoler rien que d’y penser, cet après-midi-là, quand arme au poing, il se planquait derrière un mur écroulé en gueulant des ordres  alors que le véhicule cramait au milieu de la route.
 
*Diplomatique ? Mais voyons donc…ces gens n’entendent qu’une chose…la voix des armes !*
 
Pristina était une ville dénuée du plus élémentaire charme, cela pour dire poliment que c’était laid de partout. Triste, moche, stérile. Pas un vestige d’histoire n’y subsistait. Rasée pour effacer le passé et refaite sans le moindre goût, se voulant fonctionnelle résultant rébarbative. Ville brisée de haine, comme tout ce fichu pays d’exactions épouvantables.
La guerre, s’était son truc. Il s’y entendait mais ne parvenait jamais à accepter la haine aveugle qui pousse un être civilisé à devenir boucher de son prochain. En peu de temps, il avait été témoin de plus d’horreurs que ne peut accepter un homme moyennement sensible. Massacres, violations, mutilations conjuguées dans toutes les aberrantes variations imaginables. À lui de consigner les détails avec toute la précision possible pour établir un dossier qui  s’alourdissait jour à jour. Il fallait des preuves pour traduire les coupables en justice.
 
Major…ennemis à seize heures !

 Tirez à vue…si ces salauds ne savent pas lire, on va pas perdre le temps à leur apprendre ! *Mission diplomatique…la bonne blague !*…Combien de temps pour couverture aérienne ?

 Dix minutes au plus, major !
 
Tenez bon, les gars ! *Dix minutes en enfer…allez, J.O, sois diplomatique !*
 
Une éternité plus tard, lui sembla t’il, deux hélicoptères firent leur apparition et mirent en débandade les insurgés. On évacua les blessés et rentra au Q.G. Pas de mort d’homme, pas encore, mais tôt ou tard…
Une douche chaude. Un verre de whisky, Angel était en ligne. Dieu merci pas d’image en live, pas besoin qu’elle voie sa mine de déterré avec un pansement au front. Elle allait bien. Tout baignait et avait quelque chose de génial à lui raconter. Son cœur rata un battement…serait possible que ?...mais de suite elle embrayait en assurant qu’il s’agissait de son travail, sauf que c’était trop important et encore secret  pour être mis en ligne.
Sans le penser deux fois il décrocha le téléphone et demanda à l’opératrice de le connecter avec son numéro à Londres.
 
Allo, ma chérie…oui, bien sûr que c’est moi… Oui, on s’est parlé avant-hier…et quoi !?  Je mourais d’envie de t’entendre…ici ? Tout baigne ! Non…je vais très bien…Angel…tu es sûre que tout va bien ?...Je sais pas…ta voix…Oui, chérie,  je vais bien…la routine, pas la joie mais on s’en tire…Mais alors…raconte ?
 
Elle en faisait des cachotteries.
 
Finalement, tu ne vas rien me dire…diablesse, tu veux me tuer de curiosité !...Écoute, j’ai deux jours de relâche *Après avoir failli me faire trucider…par erreur !*j’ai une idée…viens me voir…enfin, pas ici…il y a un endroit parfait pas loin *Facon de dire !*… Sveti Stefan…Villa Monténégro…ça va te plaire…Comment que tu ne peux pas ?... Tu ne peux pas lâcher ton travail si…je comprends… Chérie…juste un jour…une nuit alors ?...Quelques heures ?...On prend un verre au bar, tu me racontes…je veux te voir !!! Je t’en supplie…dis que oui !
 
Ruée à la salle de bain, l’image renvoyée par le miroir faisait de la peine à voir. Si Angel avait vent de la véritable teneur de sa fameuse mission elle deviendrait folle de préoccupation et Merlin sait ce qui pourrait se passer après…
 
Finalement je le prends, ce congé !, annonça t’il au mess, le lendemain peu avant midi, on se voit après demain !

S’ils avaient su. En tout cas personne ne sut expliquer comment le major Westwood s’était arrangé pour disparaître si vite.
Il était au bord de la piscine quand Angel fit son apparition, légèrement suffoquée, décoiffée mais les yeux brillants. Au diable les commentaires ! Étreinte délirante, se fichant du public.
 
Dis-moi que je ne rêve pas…Quoi le pansement ? *Zut…j’ai oublié !*…rien voyons, j’ai raté une marche, me suis pris le coin…enfin, tu vois le genre…Tu es magnifique, mon ange…si belle…oui, je sais que ça ne fait que quinze jours…pas le droit de trouver ma femme irrésistible ?...Ce bleu ?...Sais plus, suis pataud, tu sais…Mais non, je ne bois pas…quelle idée…enfin, juste un peu, le soir, avec les gars…au mess…en discutant diplomatie !

Une table discrète, loin des regards curieux, question de pouvoir la dévorer de baisers avant de la laisser parler.
 
Alors, tu le lâches, ton morceau ?
 
Rayonnante de fierté, Chérie passa aux aveux complets, le laissant interdit, ébahi…muet, un instant !
 
C’est…incroyable…génial…TU es incroyable et géniale, mon amour…Tu as réussi…WOW !...Oui, je sais ce que ça signifie… Gloire et fortune pour ma femme adorée…C’est tom mérite, mon ange, à toi toute seule…tu y as travaillé ferme…Bon, moi aussi, je fais ma part…j’ai reçu un avancement…suis major à présent…Euh ! Ça veut dire que je suis un fameux médiateur *Arme au poing, t’es convainquant !*

Brise embaumée, l’Adriatique scintillante de soleil, musique de fond, service exclusif, champagne.  J.O ne l’avait pas remarqué mais non loin de là, à une des tables se trouvait le capitaine O’connell, qui n’avait perdu miette de ses retrouvailles avec Angel et qui ne ratait pas détail de la suite.
 
Ben, dites donc, il se la coule en douce, celui-là, jette l’argent par les fenêtres et sort avec cette beauté…

Il attendit la fin du repas pour se présenter, cavalièrement, à la table des tourtereaux.
 
Bonjour, Major Westwood…quelle surprise de vous trouver ici…en si bonne compagnie !
 
Je pourrais dire la même chose, O’Connell, je vous croyais à Podgorica !

Et moi, je vous tenais à Pristina…
 
Relâche, deux jours, autant en profiter pour être avec MA femme…

L’autre sourit, puis soupira.
 
Je comprends…permission spéciale…on comprend après cette affreuse mission…quel est votre avis sur le massacre ?...C’est vrai  que ces cons auraient dû faire attention à ne pas faire voler votre véhicule en éclats…vous avez de la chance, pas à dire…, il adressa à Angel, figée et blême, son plus beau sourire, fameuse chance celle de votre mari, Madame…les hélicos sont arrivés à point pour vous éviter le veuvage…

Le poing le prit au menton, l’envoyant valser sur la table voisine.
 
Dégage, imbécile…
 
O’Connell se le tint pour dit et disparut sans faire du foin. J.O se rassit, si les regards tuaient…
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Re: CQFD

Message par Angel Grisham le Jeu Juin 12 2014, 23:31

Des années de travaux acharnés enfin récompensées ! Quel chercheur n’en rêve pas ? Jamais Angel n’avait soufflé mot à quiconque sur la teneur de ses expériences. Chez les moldus, la préoccupation première, outre la santé, était l’aspect physique. Au départ donc, elle n’avait pensé qu’à mettre au point une pommade amincissante réellement efficace et non un truc comme il en existait des milliers qui, à part faire fondre votre portefeuille et enrichir le producteur, ne servaient strictement à rien. La formule semblait au point ! Bien des vérifications auraient lieu avant de pouvoir la tester sur des humains mais, au moins, ses rats avaient survécu et tous les espoirs étaient permis.
Dès que J.O se brancha, passés les mamours traditionnels, les échanges écrits s’intensifièrent :
 
J’ai une nouvelle fantastique… Euh, c’est au sujet de mon travail. Je ne peux pas te le décrire ici…
 
Elle interrompit sa frappe pour regarder son téléphone qui sonnait avec insistance :
 
J.O ?... Pourquoi téléphoner !... Suis ravie de t’entendre aussi ! Dis-moi comment ça va là-bas ?

 ici ? Tout baigne !
 
Tu es sûr ? Tu as l’air un peu bizarre et…
 
Non…je vais très bien…Angel…tu es sûre que tout va bien ?...Je sais pas…ta voix…
 
C’est que je suis très excité, mon cœur ! Mais tu n’es pas en train de me cacher un truc, hein ?
 
… chérie,  je vais bien…la routine, pas la joie mais on s’en tire…Mais alors…raconte ?   
 
Je ne peux pas, n’ose pas. J’ai entendu parler d’écoutes téléphoniques et d’espionnage de réseau. Je sais, je deviens parano mais quand tu sauras de quoi il s’agit, tu seras d’accord avec moi !  
 
… diablesse, tu veux me tuer de curiosité !...Écoute, j’ai deux jours de relâche … j’ai une idée…viens me voir…enfin, pas ici…il y a un endroit parfait pas loin … Sveti Stefan…Villa Monténégro…ça va te plaire…   
 
J’aimerais tant te voir aussi mais je ne peux rien lâcher maintenant…
 
 Chérie…juste un jour…une nuit alors ?...Quelques heures ?...On prend un verre au bar, tu me racontes…je veux te voir !!! Je t’en supplie…dis que oui !
 
Cette insistance, ce ton, déclencha un signal d’alarme au cœur de l’amoureuse. Il ne la réclamerait pas ainsi, si…
Elle accorda et raccrocha, pensive.  
Pour être à l’heure, elle accéléra les manœuvres et passa une nuit blanche à donner des biberons tantôt aux jumeaux, tantôt aux ratons. Extrême mesure de précaution pré voyage, elle passa chez Gringotts y enfermer tous les protocoles opératoires.
Il n’était pas loin de midi quand le portoloin la fit débarquer au Monténégro. J.O avait raison : l’endroit était superbe. Grâce à la brise marine, on n’étouffait pas dans ce complexe hôtelier chic avec large piscine et tout. Mais le plus beau de tout, c’était lui, lui son mari qui ouvrit les bras en l’apercevant :
 
Tu m’as tant manqué, tu me manques tant J.O !!
 
Baisers délirants, écartement…
 
Laisse-moi te regarder… Tu as maigri, non ? Et c’est quoi ce truc sur ton front ?... Belle, moi ? Tu rigoles, je viens de passer deux jours de folie pure. Et ce bleu ? Dis-moi, tu ne t’enivres pas au moins ?
 
… Sais plus, suis pataud, tu sais…Mais non, je ne bois pas…quelle idée…enfin, juste un peu, le soir, avec les gars…au mess…en discutant diplomatie !
 
Quelque chose d’indéfinissable dans son ton déclencha de nouveau ses alarmes internes. Mais, toute à la joie des retrouvailles, elle fit mine de ne rien remarquer.
Assis face à un apéritif en attendant leur plat, elle répondit enfin à la curiosité de son époux :
 
Mon chéri, tu as devant toi la créatrice d’un produit révolutionnaire. Minceur et jeunesse, ça te dit ? J’ai trouvé le bon dosage ! D’abord, j’ai cru avoir tué mes pauvres rats de labo mais jusqu’à tantôt ils allaient tous parfaitement bien. Tu aurais dû voir les premiers J.O ! Ils sont redevenus bébés ! N’est-ce pas merveilleux ?

 C’est…incroyable…génial…TU es incroyable et géniale, mon amour…Tu as réussi…WOW !
 
Bien sûr ça doit rester secret et implique une foule de complications mais tu te rends compte du potentiel ??
 
Oui, je sais ce que ça signifie… Gloire et fortune pour ma femme adorée…C’est ton mérite, mon ange, à toi toute seule…tu y as travaillé ferme…   
 
Ne dis pas ça ! C’est notre mérite à tous les deux, mon amour. Sans ton appui et ta paye, on serait sur la paille. Ça avance les négociations ?
 
  Bon, moi aussi, je fais ma part…j’ai reçu un avancement…suis major à présent…Euh ! Ça veut dire que je suis un fameux médiateur…
 
Je suis si fière de toi et que tu te réalises à ta façon !!
 
Ils se dévoraient des yeux, ravis d’être ensemble, quand une intrusion fit exploser le charme. Untel O’Connell se mêla de leur conversation. D’abord innocente, Angel se sentit se liquéfier au fil des échanges entre les deux hommes qui, manifestement, se connaissaient sans s’apprécier. Des mots la frappèrent mieux que des poings :
 
 affreuse mission…  massacre… véhicule en éclats… chance… veuvage…  
 
J.O répondit en expédiant le malotru au sol. Elle ne dit pas un  mot, se contentant de le dévisager, glaciale. D’un trait, elle vida sa coupe de vin puis, la reposant, affronta son mari :
 
Dois-je comprendre qu’il s’agit de « diplomatie » musclée ?... NON ! Toi, écoutes-moi. Je veux juste savoir si tu étais au courant depuis le début, rien d’autre !  
 
Il s’emberlificota joliment les pinceaux avec des oui, non, un peu, tentant d’adoucir la cruelle vérité. Elle qui n’avait fumé de sa vie fut soudainement prise d’une furieuse envie d’en griller une.  Se levant, elle alla poliment demander sèche et feu à la table la plus proche puis revint, les doigts tremblants en consultant sa montre bracelet :
 
J’ai rendez-vous dans une demi-heure avec Erik et Justin. Avant de partir je voudrais mettre à plat  plusieurs points. S’il y a une chose au monde qui me révulse, c’est le mensonge ! Tu veux mener ta vie comme bon te semble ? Ok ! En tant qu’épouse et peut-être mère de tes enfants, tu comprendras que tes décisions m’affectent énormément et que je serais la dernière des idiotes en te donnant mon aval pour poursuivre cette voie… Je n’ai pas fini.  Je pourrais courir chez ton père le supplier de te rapatrier mais je n’en ferai rien. Tes parents me haïront sans doute mais c’est le cadet de mes soucis. Si ça te plait de jouer aux petits soldats, de risquer ta peau pour une cause qui ne nous concerne même pas, libre à toi !( Sa voix s’étrangla) J’espérais juste compter un peu plus que ça pour toi !
 
Il essaya encore de se justifier, elle l’arrêta se sentant prête à craquer lamentablement :
 
Fais ce que tu penses juste ! Je t’aime !

Le mégot s’écrasa dans le cendrier, elle fila sans un baiser.  
Ce fut une Angel ravagée de chagrin qui se présenta à l’officine peu avant l’entrevue professionnelle prévue. Elle avait eu beau tenter d’effacer les traces de son profond désarroi, le résultat n’était pas probant. Il fallait néanmoins aller de l’avant.  Pile à l’heure, ses amis se présentèrent. À qui d’autre se serait-elle adressée sinon à ces seules personnes capables et dignes de confiance ?  
Le topo fut exposé, Erik en toubib et avocat, souleva les nœuds des problèmes multiples à surmonter. L’expérimentation humaine serait déterminante. Les rats allaient parfaitement bien, surtout ceux ayant reçu le bon dosage, les autres quoiqu’en pleine forme avaient trop rajeunis…
Justin envisagea le côté commercial en ralliant les suspicions d’Erik.  
 
Ok, j’ai pigé ! On ne peut pas lancer ce produit avant des tests coûteux et longs… Cependant, si mes analyses sont exactes, et elles le sont, aucun effet secondaire nocif n’est à craindre. Je suis dessus depuis des années et jamais un cobaye n’est mort d’autre chose que de cause naturelle depuis la formule au point. Le sujet dort puis se réveille mince et plus jeune, c’est pas suffisant ?
 
Oui et non…
Il fallait aussi prévoir l’impact populaire d’une telle découverte qui risquait de provoquer des révélations sur le monde magique.
 
Ben, ça vous surprendra peut-être mais les ingrédients sont très normaux…
 
AH ??? Parce que ni eau de jouvence, suc d’ellébore, et marinade de dictame n’étaient  communs ? Seigneur, quels soucis !
 
On devrait pouvoir accélérer le processus, non ? Là, si devant vous, je lance un sortilège de vieillissement on saura si les rats sont viables et…
 
Le mal au crâne lancinant lui fit abandonner la partie plus que tous les arguments contraires soulevés.
Nauséeuse, elle rentra pleurer contre l’épaule d’Opal à qui, en larmes, elle confia ses tourments :
 
… il m’a menti ! Je n’aurais jamais cru ça possible, mais les faits sont bien là !!... ouais, me protéger, c’est une bonne excuse, non ? Si ça lui chante de se faire trouer la peau, eh bien qu’il le fasse. J’aurai une belle étamine en souvenir !
 
Elle pleurait encore à l’heure du rendez-vous nocturne habituel. Se brancher ? Oui, non, oui…
Fermée, elle frappa :
 
Bonsoir ! … Oui, je vais bien. Suis contente que tu vives encore, je vis aussi Bye !
 
Elle débrancha ordinateur et téléphone.
 
Magnolia Strang-Westwood se savait atteinte de bien des défauts mais jamais elle n’aurait qualifié ainsi l’amour démesuré qu’elle possédait envers son fils unique. Howard et J.O avaient beau se détester, ils possédaient plus de points communs qu’ils ne le soupçonnaient eux-mêmes.  Parmi eux : le sens du devoir. Elle avait escompté sur le mariage de fiston comme un stabilisateur aux idées fantasques de J.O mais devait constater la nullité de ses plans.  
 
*Avec une jeune épouse si belle et volontaire dans son lit qu’a-t-il encore à vouloir courir au-devant des dangers ?*
 
Lorsqu’elle avait su son départ pour le Kosovo, Magnolia n’avait pas été aussi dupe que son idiote de belle-fille. Renseignée dûment auprès de diverses sources, elle sut vite à quel point la situation était loin d’être idyllique chez ces barbares fanatiques.  
 
*Diplomatie, mon œil !*
 
Si au moins cette gourde d’Angel était tombée enceinte ! Hélas, pas de bébé en vue aux dernières nouvelles.  De la part d’Howard, elle ne s’attendait à aucun soutien pour récupérer son chéri. Il était pourtant le principal responsable des idées de gloriole de leur rejeton. Pas la peine non plus de demander à Angel de feindre une grossesse ou quoique ce soit qui ne soit pas vrai.  
Heureusement, Magnolia avait bien moins de scrupules.  
Ordres donnés à son chauffeur, elle se fit conduire chez les Nielsen qui hébergeaient temporairement sa bru.  Sa visite imprévue déclencha une quasi crise d’hystérie. Ça la fit marrer de voir Opal courir dans tous les coins pour débarrasser fébrilement son habitat des désordres dû à ses fonctions de mère débordée avec des jumeaux sur les bras :
 
Ne vous donnez pas cette peine, Opal.  Deux enfants d’un coup, ça dévore temps et énergie. Asseyons-nous, pouvons-nous ? Je pensais pouvoir « enfin » bavarder avec ma belle-fille qui met un point d’honneur à nous éviter mon mari et moi… ah ? Occupée ? À quoi donc ? Sans doute à ses chipotages contre les verrues et autres désagréments, passons. Dites-moi, comment va-t-elle vraiment, sans James à ses côtés ?

Bien, bien ! Intérieurement Magnolia se frotta les mains. Angel ne mangeait plus rien récemment et travaillait comme une forcenée.
 
Malheureusement, vous le savez, je suis Moldue et n’ai donc aucun moyen de me rendre seule à la traversière ou qu’importe ce nom sorcier. Puis-je vous charger de transmettre mes salutations à Angel et la prier de bien vouloir nous visiter ? J’aimerais également lui laisser ces petites douceurs…
 
Des chocolats fourrés de somnifères ? Bah ! La belle roupillerait longuement et son mari volage serait bien forcé de rentrer voir ce qui clochait. Magnolia ignorait alors que la substance achetée des années auparavant au chemin de traverse visité en compagnie de son fils pouvait être hautement toxique lorsqu’éventée…
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Re: CQFD

Message par J.O West le Mer Juin 25 2014, 11:21

NON ! Toi, écoute-moi. Je veux juste savoir si tu étais au courant depuis le début, rien d’autre !
 
Rien d’autre ? Qu’y avait-il à dire ? Ses mots avaient tout résumé : diplomatie musclée ! Donner des explications ? Sachant que cela ne servirait à peu près de rien, il obtempéra.
 
Je savais qu’il y avait des risques, c’est une zone de conflit, on n’y vient pas en s’attendant être assis dans un confortable bureau à bavarder poliment avec les parties en cause. Il faut établir un dossier solide et pour cela, il faut des preuves et pour les avoir, faut aller les chercher et celui-là est mon boulot. On pouvait bien se douter qu’on n ‘allait pas en trouver  si facilement…les guerres moldues, ma chérie, sont différentes…très différentes !
 
Mais cette explication se perdit quelque part entre colère et ressentiment. La preuve, Angel se leva et alla demander une cigarette à la table voisine,  et à son retour elle commença par annoncer  un rendez-vous avec  Nielsen et Davenport en 30 minutes. Avant qu’il n’en place une, la belle poursuivit sur la lancée avec grande éloquence et pas moins de véhémence.
 
*Surtout…l’ouvre pas !*
 
C’était vu, jugé et fichu. Tout ce qu’il aurait pu dire ne l’avancerait en rien, on pouvait même dire que sa position déjà précaire était gravement compromise. Il s’efforça de rester tranquille. Pourtant, il partait rapidement en fumée, son calme. Que sa petite femme se sente dans le droit de lui faire une scène, va et passe, encore, mais de là à le laisser tancer comme le dernier des imbéciles, il y avait du chemin, mais il la laissa aller parler, en sentant la colère sourdre doucement à ses oreilles.
 
Si ça te plait de jouer aux petits soldats, de risquer ta peau pour une cause qui ne nous concerne même pas, libre à toi ! J’espérais juste compter un peu plus que ça pour toi !
 

La paix et la justice nous concernent tous, Angel…et tu sais que pour moi, rien ne compte plus au monde que toi…ne mets jamais ça en cause !
 

Elle le considéra un instant, chagrine mais décidée.
 
Fais ce que tu penses juste ! Je t’aime !

 
Moi aussi, je t’aime !, dit-il, sombre alors qu’elle se levait et le plantait là, sans plus.
 
Il aurait pu la suivre, mais ne le fit pas. Cela n’aurait rien donné d’autre qu’une discussion à rallonge et aucune solution.  J.O resta là, en apparence très tranquille alors que les spectateurs non souhaités de la scène commentaient à voix basse. Il s’en ficha et commanda un whisky et le but en regardant l’Adriatique scintillant de soleil d’un œil morne.
 
*Génial, mon pote, le meilleur des médiateurs…tu n’arrives même pas à convaincre ta femme de ta bonne foi …veux pas savoir ce que ça va donner avec le reste !*
 
Les répliques cinglantes de sa chérie lui tournaient dans la tête, ruinant même son solide appétit, l’humeur, elle, était partie en vadrouille avec Angel. Incapable d’avaler  quoi que ce soit, il préféra aller faire un tour dans les pittoresques environs.
 
« S’il y a une chose au monde qui me révulse, c’est le mensonge ! Tu veux mener ta vie comme bon te semble ? Ok ! En tant qu’épouse et peut-être mère de tes enfants, tu comprendras que tes décisions m’affectent énormément et que je serais la dernière des idiotes en te donnant mon aval pour poursuivre cette voie… »
 

*Ouais et moi, je fous tout en l’air parce que je suis un crétin de la pire espèce alors qu’elle pense encore à être la future mère de nos enfants !*
 

Ou encore :
 
« Je pourrais courir chez ton père le supplier de te rapatrier mais je n’en ferai rien… »
 
*Et quoi ? Mon père n’est pas Dieu…mais de toute façon, vaux mieux pas essayer, va savoir ce que ça donnerait !*
 

J.O rentra à l’hôtel de plus mauvaise humeur qu’à son départ. Piquer une tête dans la piscine, se prélasser au soleil était tentant mais apercevoir deux jeunes femmes qui faisaient de même, seules aussi, le fit déchanter de l’idée, pas question d’ajouter d’autres déboires à ceux qui l’accablaient déjà. Alors au lieu de se livrer au farniente, il s’enferma dans sa belle chambre, brancha son ordinateur portable et se mit à travailler avec l’acharnement habituel, après avoir demandé qu’on lui apporte une bouteille de scotch et beaucoup de glaçons.
La nuit tombait doucement, il ne s’en était même pas rendu compte, plongé dans le dur labeur de rédiger  un rapport cohérent se basant sur les preuves jusque-là examinées. Coup d’œil à sa montre. Habituellement à cette heure, Angel était en ligne. Il se connecta, sans se faire trop d’illusions. Elle fut là, à la minute près. Ce fut un très court, et sec, échange. Pas un « mon chéri » ne s’égara, il resta dans le même ton.
 
Ta réunion s’est bien passée ? Tu vas bien ?
 
Oui, je vais bien. Suis contente que tu vives encore, je vis aussi. Bye !
 

Ni plus, ni moins ! J.O ferma son ordinateur d’un geste enragé et se servit à boire avant de sortir à la terrasse. La nuit était splendide, en bas, dans la piscine, une magnifique naïade solitaire faisait la planche. Lâchant un juron, il vida son verre.
 
*C’est toi qui devrais être là, Angel !*
 
Le lendemain soir, il était de retour à Pristina. Angel ne se connecta pas cette nuit, ni celle d’après. Au troisième jour, il partit en mission sans avoir eu de ses nouvelles directes. Opal répondit au téléphone et lui assura, dans son style très à elle, qu’Angel allait bien, cela avec un soupir digne de soupçon, qu’elle travaillait d’arrache-pied et qu’on la voyait à peine. Sans doute son amie l’avait subornée pour ne pas en dire plus.
Décourageante visite à un village serbe mis à feu et sang par les Kosovars assoiffés de vengeance. Mais il s’agissait clairement d’une action militaire contre la population civile. Soldat armés contre paysans, la plupart vieillards, femmes et enfants. Angel disait être révulsée par le mensonge, lui, c’était tant d’impiété et injustice qui lui remuait les entrailles. Il n’aurait cesse de lutter contre cette infamie, si justice pouvait être faite, elle le serait, il y contribuerait de toutes ses forces. Il aurait voulu qu’Angel comprenne, mais pour cela, il aurait fallu qu’elle voit mais J.O n’était pas prêt à partager cette horreur, pas encore.
Les soldats de l’armée du Kosovo n’étaient pas bien loin, en fait, ils observaient la commission de l’OTAN, en riant grassement entre eux, ravis de leur méfait, sûrs ou presque d’être à sauf de tout. Selon leur interprétation des lois coraniques, c’était leur devoir d’éradiquer l’infidèle de leur terre, surtout qu’ils avaient subi leur lot d’horreurs de la part des Serbes pendant la guerre précédente.
 
*Ce qui nous fait revenir, toujours, au même point…pas près de finir !*

 
Et cela durerait encore très longtemps. Trop longtemps.
 
Retour à la base. La mort et la guerre vont de la main, peu en tirent satisfaction, même s’il y a des fanatiques partout. J.O n’était pas de ceux-là. S’il avait choisi cette voie c’était justement parce qu’il aimait la paix, sauf que pour l’avoir, faut savoir la défendre. Idéalisme ? Sans doute un peu, c’était surtout un sens poussé du devoir, du patriotisme, d’un goût certain du risque. Tenant compte tout cela, il n’aurait peut-être pas dû songer au mariage mais ça avait été plus fort que lui, son amour pour Angel avait eu le dessus et il avait cru…
 
*Ouais…c’est joli croire, tu allais la convaincre, hein ? De quoi ? Que ton idéal de la vie est de courir par-là à défendre la paix ?... La paix des autres, en plus !...La guerre sorcière, elle la comprenait pourtant, elle t’a même accusé de ne pas être engagé…d’être sans idéaux, indifférent et commode…mais dès que ton engagement se pointe et c’est hors des frontières du monde sorcier anglais, t’es foutu…et t’es pas parti à la guerre…même si on te tire dessus…Manque que tu te fasses trouer la peau et elle t’achève d’un Avada…*
 

Il ruminait ses noires réflexions quand une ordonnance hors d’haleine déboula dans son petit bureau encombré de paperasse de tout genre.
 
Major, on vous cherche !
 
Respire un bon coup, mon gars, t’as pas vu le diable, non ?...Qui me cherche ?
 

Une commission civile anglaise est arrivée cette après-midi.  Le colonel  Devereaux demande incessamment votre présence.

Sa mise ne disait rien qui vaille, pas encore eu le temps de faire une toilette sommaire. C’est ainsi que crotté de boue, en treillis de combat avec insigne de l’OTAN, J.O suivit l’ordonnance bavard comme une pie, source invraisemblable d’information.
 
Des très importants personnages, si j’en crois…le colonel n’arrête pas de donner de Sa Grâce à l’un d’eux et le général  qui n’est pas là…
 
À la mention de Sa Grâce, J.O s’arrêta pile.
 
Et pourquoi ils me demandent, moi ?
 
L’autre ne savait pas, force fut de le suivre avec un méchant pressentiment, qui ne le trompa pas le moins du monde en entrant dans la salle de conférence où on l’attendait. Salutations de rigueur, présentations idem. Il serra brièvement la main de Sa Grâce le Duc de Gilmore et passa à s’enquérir sur les raisons de la convocation. Elles étaient d’innocente simplicité. Chaque pays participant avait une commission civile, qui venait voir comment se passaient les choses, faire un peu de public relations pour détendre l’atmosphère, etc.
 
*Tiens ! J’espère pour le bien de tous qu’Angel n’a rien à voir avec ça !*
 

Il se scotcha un sourire poli, ignora de son mieux le Duc et dès qu’il put, prit à part le colonel.
 
Expliquez-moi pourquoi c’est à moi de s’occuper des anglais ? Suis pas guide touristique, moi et j’ai un boulot monstre!
 
C’était juste une affaire de collaboration inter-forces. De la commission américaine s’occupaient les anglais et ainsi de suite. On lui accorda le charmant sursis d’aller prendre un bain et passer un uniforme propre avant de commencer son service auprès des notables britanniques.
Ces messieurs logeaient à l’hôtel et comptaient ne pas l’avoir à la dure. Ils venaient pour se faire une opinion de la situation, voir du pays, sans courir de risques et rentrer chez eux pour raconter à leurs amis dans quel genre de merdier se débrouillaient ces braves gars de l’OTAN.
 
*Vais vous en donner pour votre peine !*

 
Lord Untel bavardait avec animation avec Sir Telquel, tandis que Mister Trucmuche bayait aux corneilles en sirotant son scotch. Sa Grâce ne le rata pas. Petit aparté qui passa inaperçu aux autres.
 
Je suis content de te voir si bien portant, mon fils.

 
Ici et pour tout le monde, je suis le Major Westwood et cela me plairait que ça continue ainsi. Pourquoi es-tu ici ? Depuis quand ça t’intéresse ce qui peut ou pas se passer dans ce bled?
 

Je me suis toujours intéressé à la situation mondiale, James…mais surtout je voulais voir de mes propres yeux comment tu allais, le duc souriait, paisible.
 
Eh bien, tu vois, suis d’une pièce !, riposta t’il, rogue, comment va Maman ?...Et Angel ?
 
C’était reconnaître qu’il n’avait aucun contact avec elle. L’expression du duc ne traduisit rien, il masquait bien tout sentiment sous son masque de fin diplomate.
 
Ta mère se fait de la bile, impossible autrement, elle ne dit rien mais l’entendre soupirer à longueur de journée m’a poussé à venir. De ta femme on ne sait à peu près rien, sauf qu’elle travaille beaucoup.  Je pensais avoir gagné sa sympathie, mais elle se fait loi de nous ignorer, dommage, ta mère et moi aimerions entretenir une relation plus familiale avec elle…et avec toi !
 

Ce n’est le lieu ni le moment. Au risque de te sembler d’une inqualifiable impolitesse, je dois vous laisser pour ce soir. Tes collègues et toi voulez parcourir le coin, à votre aise, nous partons demain à 7:00. J’espère que vous avez l’estomac solide !
 
Attends un instant, James…je sais que cela n’a jamais bien marché entre nous, mais je veux que tu saches que je suis très fier de toi…de vous deux, en fait, Angel est une petite femme obstinée mais admirable… je voulais que tu le saches !
 

Pendant un instant, très court, J.O regarda son père droit aux yeux  et parvint à sourire, rasséréné, avant de prendre congé avec un hochement de tête.
 
*À quoi vient tout ça…maintenant !?*
 
À 7 :00 pile, le lendemain matin, il installait la commission civile britannique dans un véhicule tout terrain. Ce ne fut pas une promenade de santé. Une nouvelle attaque avait eu lieu dans un hameau isolé, un échantillon gratuit de l’horreur du jour. Consciencieux, il fit le travail qu’on attendait de lui, conscient du regard de son père, qui suivait attentivement tous ses faits et gestes.
À leur retour à l’hôtel, plus tôt que prévu,  ces messieurs étaient passablement secoués. L’intention de J.O de les laisser faire leur bilan entre eux fut déjouée par le duc, qui insista pour lui parler, selon lui, pour avoir plus de détails sur la situation. Lord Dashwood et  Sir Raymond Dexter préférèrent visiter le bar alors que Mr. Dalwish, d’un vert soutenu, fila à l’étage.
 
Je n’ai pas beaucoup de temps, père…je ne pense pas que la situation ait besoin d’être…
 

Cela n’a rien à voir avec cela, mon fils, je tiens uniquement à te parler. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas claires entre nous. Je n’ai pas été le père idéal et je sais que tu gardes un vif ressentiment à ce respect…Écoute-moi, s’il te plaît, ne m’interromps pas à tout bout portant ! Je ne vais pas faire un acte de contrition de tous mes défauts et manquements mais il est important que tu saches que tu as toujours eu une place prépondérante dans mon affection.
 
La veille déjà, son père l’avait surpris avec ses déclarations, là, J.O était prêt à croire que Sa Grâce avait lourd sur le cœur et la conscience, se livrer à ce genre d’aveux sentimentalistes ne lui ressemblant guère.
 
Qu’y a-t-il, père ?...Es-tu malade ? D’autres problèmes ? Maman t’a largué ?
 
Sourire affaissé, le duc assura pourtant qu’il n’en était rien, sa relation, toujours un peu à couteaux tirés avec Magnolia allait aussi bien que possible.
 
Ta mère et toi avez été les seuls êtres à compter pour moi, les seuls dignes de ma véritable affection, je veux que tu n’oublies jamais cela.
 

Ok, je le tiendrai en compte mais maintenant…je dois vraiment y aller…je rentrerai sans doute en permission dans un mois…nous en parlerons, si tu insistes. Je reviendrai demain, à la même heure, espérons que ce sera plus tranquille !
 
S’il avait su !
La veille, Angel n’avait pas voulu donner signe de vie et ce soir, encore rien.
 
*Elle m’en veut vraiment…ça peut durer…Quelle misère !*


Il essayait de se concentrer au travail en attente quand le téléphone sonna. La voix qu’il entendit au bout du fil, n’était aucune de celles qu’il aurait pu prévoir. À savoir, le colonel, un collègue, Angel…
 
Opal !...Mais, qu’est-ce que…Arrête de pleurer, je comprends rien…QUOI ??? ANGEL À L’HÔPITAL ?...GRAVE !? MAIS QUE…
 

La jeune femme livra sa version des faits, tout en reniflant. On ne savait pas trop bien encore ce qui avait pu se passer mais son Angel s’était trouvée très mal. On l’avait emmenée de suite à Ste. Mangouste où l’on avait établi qu’elle était empoisonnée, on n’avait pas plus de détails mais son état était grave et elle l’appelait sans cesse.
 
J’arrive !*Mon Dieu…mais qu’est-ce qui s’est passé ? Une de ses expériences aura mal tourné!?*
 

Il le saurait bien en son temps. Sa préoccupation immédiate était de demander une permission extraordinaire, sachant très bien qu’on n’en accordait pas facilement.  Heureusement que le colonel était un chic type, un bon ami qui avait sur sa conscience l’avoir embarqué dans cette aventure. Il se montra très compréhensif  et lui accorda le temps demandé.
 
Mais et les anglais ?, s’inquiéta t’il, néanmoins.
 
Pas de souci pour eux, vous n’avez qu’à parler au grand ponte, le duc, il comprendra très bien.
 

L’autre ne sembla pas trop convaincu mais J.O ne s’attarda pas à donner des explications et fila.
Les habitudes sorcières avaient beau s’être adouci quant aux relations avec les moldus, l’infirmière du service d’urgences faillit s’étrangler de stupeur en voyant débouler dans le couloir un gars sapé en soldat en pied de guerre, l’air pas sorcier du tout.  L’apparition d’une Opal échevelée et deux minutes après celle du Dr. Nielsen, mirent les pendules à l’heure. On le mena immédiatement au chevet d’Angel. Seigneur, qu’elle avait l’air fragile, aussi  pâle que les draps du lit ! Il oublia toutes ses récriminations, réflexions ou autres en se précipitant auprès d’elle qui semblait dormir.
 
Je suis là, ma chérie…Angel…, il trouva sa main glacée en y posant ses lèvres, mon amour…je suis venu aussi vite que possible.
 

Erik donna toutes les explications pertinentes, comme quoi Angel était hors’danger, mais devait encore être sous surveillance médicale jusqu’à ce que le dernier résidu du poison soit éliminé.
 
Mais…que s’est-il passé ? Angel est très soigneuse avec ses expériences au labo…
 
Ce que raconta Opal le laissa comme deux ronds de flan. Angel s’était trouvée mal après avoir goûté les chocolats que Mrs. Magnolia Strang avait laissés à son intention. On les avait analysés et ce qui en ressortait était presque terrifiant.
 
Ma mère aurait voulu l’empoisonner ? Mais pourquoi ?...C’est absurde.
 

Encore des explications élaborées. La substance coupable n’était, en principe, pas toxique mais là, sans doute périmée depuis un bon moment, avait eu des conséquences presque fatales. Mme. La Duchesse n’était pas exactement coupable de tentative de meurtre mais il faudrait quand même revoir ses intentions. J.O comptait bien la passer à la Question, mais ça devrait attendre, il n’avait pas l’intention de bouger du chevet de sa femme jusqu’à ce qu’elle se réveille et le rassure elle-même.
Il avait dû s’endormir, à moment donné, sans savoir si c’était jour ou nuit. Ce fut un léger mouvement, des doigts graciles serrant les siens qui le réveillèrent. Angel avait ouvert les yeux et le regardait, avec une certaine incrédulité.
 
Enfin, mon ange…enfin…j’ai eu si peur !, il aurait voulu la prendre dans ses bras et l’embrasser comme un fou mais supposa que ce serait trop pour elle, qui émergeait des limbes. Ce ne fut qu’un petit baiser de rien du tout  mais qui lui fit l’effet d’un cadeau du ciel, ma douce chérie…tout va bien à présent…Non, ne pleure pas…ma chérie…je t’en supplie, ne pleure pas...
 
Désarroi, émoi, peur, soulagement, amour…toutes émotions mêlées, il se faillit de peu pour que J.O pleure de concert avec sa femme, qu’il avait quand même fini par étreindre contre lui alors qu’elle accrochait son treillis comme noyé sa planche de salut.
 
Tout va bien…non, je reste là, avec toi, tout le temps qu’il faudra…n’y pense plus…Calme-toi…Tiens voici Erik…Oui, on te laissera sortir quand il le dira…Oui, on rentrera chez nous…Ah, les ratons ?...Je peux aller voir, si tu veux !
 
De ça, pas question ! Il avait déjà des preuves consistantes quant à l’obstination d’Angel. Rien n’y fit, comme prévu. Aussitôt sa sortie autorisée, la jeune Mrs. Strang sembla oublier qu’elle avait failli mourir et venait de passer trois jours à l’hôpital. Ils se rendirent donc à l’officine où les attendait un spectacle réjouissant : des jeunes ratons pimpants, pleins de santé et entrain.
 
Et…c’étaient des rats vieux et obèses ?...Suis soufflé, mon amour, non, je ne le dis pas comme ça…c’est vrai ! Oui, je m’imagine que ça prendra du temps et de l’inversion…mais là, mon génie adoré, faut pas oublier les recommandations du toubib…faut un peu de repos…Surveiller tes rats ? Oui, je comprends…mais, là je vais me montrer autoritaire, on rentre à la maison…ces petits-là se portent comme un charme…demain, mon ange… On s’en fout si c’est en pagaille…il y a toujours de l’eau chaude…sais pas si tu t’en es rendue compte mais je suis sale comme un porc !
 

Chez soi ! On dit qu’il n’y a meilleur endroit au monde. J.O pouvait en donner foi ! Depuis qu’Angel avait été se réfugier chez son amie, il n’y avait eu personne pour s’occuper de leur intérieur, mais à part de la poussière et quelques toiles d’araignée tout était comme avant. Quelques coups de baguette arrangèrent bien les choses.
Si J.O pensa l’avoir facile, se la couler en douce avec sa chérie, il en fut pour ses frais. Douce mais énergique, Angel fit les choses à sa façon et il ne lui resta qu’à suivre le mouvement sans rechigner. Il n’en eut, d’ailleurs, pas le temps. Accroché pour un trasplanage d’escorte impeccable, il se retrouva dans le sacrosaint laboratoire de Madame, qui une fois sur place, se transforma en une consciencieuse scientifique en quête de la vérité. Les joyeux ratons eurent droit à toute son attention et manipulations, alors que lui, promu secrétaire, notait tout ce qu’elle disait et faisait. Au bout d’un moment il était tellement pris dans l’expérience en cours qu’il en oublia même sa fatigue et commença  à poser des questions, auxquelles elle répondait avec un sourire satisfait, qui alla en s’élargissant.
En aucun moment, il ne fut question de son malaise, ni des fameux chocolats. Elle n’en parla pas, ce ne fut pas lui qui força la confidence. Quand enfin, Angel décida que  ses sujets d’étude étaient parés pour les prochaines 12 heures, il décida qu’il était grand temps de se montrer prosaïque.
 
J’avoue être éberlué de tes connaissances, ma chérie, mais ai pitié de moi…je meurs de faim !...Le resto d’Opal est tout près d’ici, non ? Tu crois que…
 

À la bonne heure, elle fut de son avis ! Son amie avait bien organisé son emploi du temps et avait bellement repris le poil de la bête. Chez McLane tournait à rythme de succès et la cuisine était toujours aussi sublime. Ils eurent droit à un accueil délirant et à un service royal.
 
Tu m’as affreusement manqué, ma douce…ces jours de silence ont été éprouvants…Pas le temps de m’ennuyer, non…Mon père s’est pointé…Je sais, ma chérie, je sais que tu n’as eu rien à voir…personne d’autre que lui…même pas ma mère…Non, il a été…étrange !, et de raconter son entretien avec le Duc, cela ne lui ressemble pas du tout, non…il semblait triste, contrit…comme si quelque chose l’accablait mais bien sûr pas un mot sur quoi que ce soit… je lui ai promis de le retrouver bientôt mais…ça m’a fait l’effet d’un adieu…Oui, c’est bête de ma part…Parlons plutôt de notre situation…Oui, je vais terminer cette mission…le dossier réuni jusque-là est déjà imposant , quelques détails de plus et ça suffira pour traîner quelques de ces monstres au tribunal de La Haye…Après ?, il releva la main qu’il tenait et la porta à ses lèvres, après, tu devras me supporter parce que je ne tiens pas à te perdre de vue…Je t’aime, Angel, je ne veux rien d’autre que toi…
 

Mais il était écrit, quelque part, que rien ne serait comme envisagé.
Dans les jours qui suivirent, les évènements s’enchaînèrent de façon bouleversante. La visite, innocente et ravie de Magnolia Strang, informée de la présence de J.O par son mari le Duc, la lava, sans qu’un mot ne soit dit, de tout soupçon, restait une petite suspicion quant à ses intentions, somme toute très maternelles, ce qui lui ressemblait bien, mais rien de plus grave.
 
Ton père revient ce soir, informa t’elle, ce serait merveilleux si nous nous réunions tous pour fêter d’être ensemble…comme une famille, oui ?
 

Impossible de s’y refuser. Angel et J.O furent donc en lieu et en heure au manoir ducal. Cébius se chargeait de servir des boissons quand un téléphone sonna. Le fidèle domestique répondit et au fur et à mesure de la courte conversation, tous le virent pâlir de façon alarmante en chancelant.  J.O, plus rapide que Magnolia s’empara du combiné. À son tour de pâlir.
 
Il…il y a eu…un accident…, articula t’il péniblement, la voix brisée, sur l’autoroute…ils revenaient de l’aéroport…Suis désolé, Maman…Père est…Papa est mort !
 
Du brouillard sur la route. Un poids lourd perdant le contrôle, la Rolls de Lord Dashwood n’avait eu aucune chance d’esquiver la masse qui lui était tombée pratiquement dessus. IL s’agissait d’un transport de combustible.

Les funérailles de Sa Grâce le Duc de Gilmore eurent lieu par une belle matinée d’été. La maison royale fut dûment présente ainsi que tous les personnages importants et la famille au grand complet. Ce fut une solennelle cérémonie avec toute la pompe et circonstance que méritait la position du défunt,et fut présidée par  l’héritier du titre, sa belle épouse et la duchesse veuve.
J.O sembla retomber sur terre, quand à la fin de la cérémonie, les présents, sauf les membres de la famille royale, s’adressèrent à lui comme Sa Grâce le Duc de Gilmore, Lord James Oliver Strang-Westwood.  Sa main serra celle d’Angel au temps d’échanger un regard paniqué.
S’en suivit le cauchemar des condoléances, le repas qui réunissait la famille, les discours, les bonnes paroles…Quand le dernier invité eut franchi la porte, il y resta adossé, dépassé, à bout…
 
Madame la Duchesse et votre mère vous attendent au petit salon, Milord, dit doucement Cebius.
 
Dis-moi que c’est un cauchemar…
 
Je crains bien que non, Milord !
 
Il le suivit au salon. Magnolia était très calme, affligée mais sereine, elle le serra dans ses bras, sans pleurer, puis le regardant, lui flatta la joue, comme quand il était petit.
 
Tout va bien, mon chéri…Il était très fier de toi, il t’aimait, tu sais…
 
Oui, c’est la dernière chose qu’il m’ait dite…mais je ne suis pas prêt…pas comme ça… , il alla vers Angel qui se coula dans ses bras, presque aussi affolée que lui, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
 

La suite était prévisible.
 
Milord, Milady…
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J.O West

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Re: CQFD

Message par Angel Grisham le Ven Juin 27 2014, 17:49

Angel adorait son mari. Elle aurait fait n’importe quoi pour le rendre heureux et il ne s’en rendait même pas compte malgré les preuves largement distribuées avant leur union...
Cette mission « diplomatique » comptait énormément pour lui, elle le savait et avait accepté la séparation sans se plaindre des tourments auxquels elle était confrontée au quotidien par son travail personnel. Hélas, elle ignorait la dangerosité implicite du boulot confié à J.O, et le bougre s’était bien gardé de la mettre au parfum. Si elle avait su qu’il risquait sa peau à quasi chaque instant, rien n’aurait changé : elle l’aurait laissé faire ce qui lui tenait à cœur, en se rongeant un peu plus les ongles, voilà tout. Pour qui la prenait-il en définitive ? Une petite chose fragile et innocente à protéger en dépit de tout ? 
Il lui avait menti… En fait non, il avait simplement dissimulé certaines vérités. N’empêche que la pilule était amère, très amère. Si une part d’elle admirait J.O, son courage, sa force, sa détermination, une autre détestait cette obstination à vouloir la protéger de tout, à prouver à n’importe quel prix qu’il valait quelque chose. Comme si on en doutait ? Elle pas, en tout cas.
Que de tourments ! Maintenant elle se faisait du souci pour lui et pour ses expériences. Peut-être avait-il eu raison de ne rien dire sur sa réelle situation après tout… N’empêche qu’elle était seule à se débattre avec une tonne de trucs qui la dépassaient à en perdre le boire et le manger en rajoutant sommeil.
Parfois, elle revenait chez les Nielsen dans un état tel qu’Opal la houspillait.
 
… euh, je ne sais pas… oui, je crois avoir avalé un sandwiche vers deux heures. Il est quelle heure, là ? … Zut, j’ai raté la connexion… (haussement d’épaules) si ça tombe, il n’était pas là. Pas grave. Je peux t’aider à quelque chose ? Matt doit être changé, non ?... ne t’énerve pas, je ne critique rien. Je m’occupe de cette manne de linges… comme tu voudras.  
 
Quatre heures de sommeil, vérification du repos des bébés et hop au turbin.
La carte génétique des ratons prouvait l’absence de falsification de son expérimentation. Les récents échantillons étaient tous très prometteurs aussi. Tout baignait.
On lui avait suggéré de faire appel à un laborantin, proposition refusée illico. Pas question que la future révolution soit éventée par la moindre indiscrétion. À un moment, Angel se demanda si elle n’allait quand même pas requérir les services d’une assistance au magasin. Courir du labo à la boutique lui pompait allègrement l’énergie.
Lorsque ce soir-là, elle rata encore involontairement son contact avec J.O, elle sut qu’un peu d’aide ne serait pas du luxe.
Toujours le premier à réclamer sa pitance, Matthew réveilla son monde, frère en premier à quatre heures du matin. Vite ! Préparer des biberons, Angel était experte maintenant. Une Opal claquée la rejoignit bientôt et, chacune un marmot dans les bras dans les chaises à bascule, elles nourrirent les rejetons Nielsen.  
 
… Erik dort encore ? murmura Angel tout en souriant au petit ange qui tétait avec bonheur… Ah… déjà parti. Son boulot le prend à plein temps, on dirait… mais non, je ne juge pas ! Il fait ce qu’il peut, comme… nous tous.  Il est quelle heure ? Wow, déjà ! Allez Nick, fais ton rototo et rendors-toi. Oui, tu es sage mon bonhomme… Hein ? Des chocolats, quels chocolats ?
 
Son petit péché mignon. Sa belle-mère en avait déposés à son intention et Opal avait oublié de les lui donner.
 
Charmante intention. Je penserai à l’en remercier et vais les prendre au labo. Je cours me doucher et j’y go.  
Devant la porte de l’officine s’allongeait une petite file de candidats au poste demandé par l’affichette collée à la vitrine. Misère ! La guerre en avait jeté des gens à la rue. Les jeunes cherchaient un emploi dans n’importe quel domaine et tentaient leur chance partout. Sélectionner le bon collaborateur? Elle n’avait pas le temps !  Les renvoyer lui crevait déjà le cœur lorsqu’elle aperçut la femme de Justin qui passait par là. Elle la héla :
 
Sam, tu as quelques minutes ? Je cherche quelqu’un à la boutique. Je n’imaginais pas que tant de gens verraient l’annonce. Seulement, je n’ai pas le temps de les voir. Peux-tu t’en charger ? C’est un boulot cool, juste me transmettre les commandes et les délivrer ensuite au client…
 
Mrs Davenport ne rechigna pas à effectuer cette tâche, le personnel, elle connaissait.  
L’affaire fut réglée rapidement et Angel hérita de Stanley qu’elle découvrit sur l’heure de midi. Un vrai échalas, ce type ! Roux et boutonneux en plus, il était néanmoins efficient.
 
Stan, c’est ça ? Soignez votre peau je vous prie. Ce produit vous y aidera : une application matin et soir. La paye n’est pas énorme je sais,  mais un bonus n’est pas exclu : c’est cadeau.  
 
Dès l’apparition suivante pour réceptionner une commande particulièrement tordue, tout juste si le Stanley ne lui baisa pas les pieds.
 
… C’est rien Stan sauf que vous avez exagéré la dose. Mettez-en uniquement le matin maintenant sinon  Euh… votre peau partira en lambeau.
 
C’était faux mais, au prix du pot, valait mieux le faire durer.   
Vidée d’énergie, Angel avisa l’horloge. Mince ! Encore un repas raté. Merlin que cette boîte enrubannée était tentante… Un chocolat, deux, trois…
Quand le compte-gouttes lui échappa des doigts, Angel mit ça sur le dos de la fatigue et s’enfila une autre douceur. Quelques instants plus tard, elle sombra.  
Le pauvre Stan fut servi pour son premier jour quand il trouva sa patronne couchée au milieu d’un beau bordel. Il ameuta le quartier et les secours arrivèrent sans tarder.
 
Que se passait-il ? Pourquoi l’embêtait-on avec ces tuyaux qui lui faisaient remettre tripes et boyaux.  Elle dormait si bien…
Des voix résonnèrent, des questions fusaient.
 
Poison… qu’a-t-elle mangé ?... suicide ?... antidote…
 
Même si elle avait voulu, elle n’aurait pas pu émettre un son autre qu’un gémissement.  
 
Là, là, calme-toi…
 
Les limbes…  
Elle était bien, très bien même surtout avec cette chaleur dans sa main. Un battement de cil, deux, et la surprise du siècle.
 
*J.O ? Mais…*
 
 …ma douce chérie…tout va bien à présent…    
 
Qu’est-ce que tu fais ici ? Je suis où d’ailleurs ? Je suis si contente…  
 
Elle ne se rendait pas compte qu’elle pleurait comme une Madeleine.  
 
… Non, ne pleure pas…ma chérie…je t’en supplie, ne pleure pas...
 
T’es là, t’es là… me quitte pas…  
 
Elle l’accrochait tel un noyé à son salut, inconsciente qu’il soit encore en tenue militaire. Elle se fichait du pourquoi : il était là.
Avait-elle été malade ? C’était grave ? Elle n’en avait aucune idée.  
 
… tu restes ? Suis ravie. Je sors quand, je fous quoi ici ? On rentre chez nous ? Et mes bébés rats, quelqu’un les a-t-il … ?
 
..Je peux aller voir, si tu veux !
 
C’est MON boulot. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais je dois aller vérifier si… Mon amour, dans le fond quelle importance, hein ? Tu es là, là…
 
On la réexamina sur toutes les coutures avant d’autoriser sa sortie. Opal, passée la voir, lui expliqua ce que tous, J.O compris, lui taisaient.
 
… Les chocolats de Magnolia ? Ça n’a pas de sens…
 
Sauf que si, cela en avait et même beaucoup à tout prendre. Que ne ferait pas une mère aimante pour ramener fiston au foyer ? Sauf qu’elle avait mal choisi le produit et que sa bru avait failli y passer…
 
*Et on va croire que je l’ai fait exprès…*
 
 J.O ne lui tint rigueur de rien, ouf ! Il se montra même tellement adorable qu’elle n’insista pas sur les causes de son malaise. En tout cas, elle en devait une bonne à Stanley qui y gagna sa place définitive pour avoir maintenu boutique et animaux en ordre pendant son absence et puisqu’il se débrouillait plus que bien, Angel accepta de lui déléguer cette journée en plus.
En pénétrant leur belle demeure, Angel plissa les narines. Elle aurait pu, au moins, songer à venir aérer de temps à autre. On s’arma de baguette et chiffons pour que, bientôt, la maison reluise comme un gallion neuf.
S’allonger contre lui, dans ses bras forts, enfin ! Angel n’avait besoin de rien d’autre pour se sentir bien.  
Le lendemain, presque timidement, elle invita son époux à l’accompagner au laboratoire.  
Lui montrer à quoi elle avait « perdu » son temps valut le coup et c’est fou ce qu’il l’aida sur place en prenant des notes et en posant des questions pertinentes.
 
… il faut savoir s’il n’y a aucune toxicité à long terme sur ces rats avant d’appliquer le traitement à des gens. Je donne un accélérateur de croissance à dose minime à ce groupe, rien aux autres. Ils étaient en fin de vie, tous…
 
Et tous se portaient à merveille, mais l’heure de gloire n’était pas encore arrivée. Par contre celle de s’alimenter oui :
 
J’avoue être éberlué de tes connaissances, ma chérie, mais ai pitié de moi…je meurs de faim !...Le resto d’Opal est tout près d’ici, non ? Tu crois que…
 
Oh ! sursauta-t-elle. J’ai oublié. Oui, allons-y. Je repasserai demain, ils ont tout ce qu’il leur faut d’ici-là !
 
Doux, très doux tête-à-tête. Ainsi elle lui avait manqué ? Elle ne lui avoua pas que le mal de lui avait énormément contribué à sa maigreur et ses insomnies, se contentant, de le questionner délicatement. Les négociations avançaient lentement mais sûrement. J.O s’étonnait surtout d’une visite du Duc qui sonnait bizarre. Mais J.O ne put lui faire plus beau cadeau qu’avec cette conclusion :
 
… Après ? Après, tu devras me supporter parce que je ne tiens pas à te perdre de vue…Je t’aime, Angel, je ne veux rien d’autre que toi…
 
Les autres clients du « chez McLane » s’offusquèrent peut-être de voir un couple s’embrasser aussi follement au-dessus de leurs couverts, tant pis.  
Angel flotta sur son petit nuage rose une paire de jour avant que Magnolia ne se pointe. Lui en vouloir de l’avoir presque assassinée ? Finalement, non ! Apparemment, aucune mauvaise intension n’habitant cette femme, pourquoi refuser une invitation au manoir Gilmore ?
Le Duc tardait. Puis le téléphone sonna. Décomposé, J.O annonça :
 
Il…il y a eu…un accident… sur l’autoroute… ils revenaient de l’aéroport…Suis désolé, Maman…Père est…Papa est mort !
 
Le soutenir à tout prix ! Le rose du nuage se transforma en houle noire. Tant de choses à organiser les dépassaient. Mais ce n’était que le début…  
Le paniqué « qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » de son époux bombardé Duc de Gilmore du jour au lendemain lui donna le vertige. En quelques heures leur vie basculait.
Magnolia, plus sereine qu’on ne s’y serait attendu, prit très vite les commandes sitôt le cercueil enfermé dans la crypte familiale et les condoléances reçues :
 
Mon cher fils, chère bru ! Vos responsabilités vont être énormes. James, tu y es préparé de longue date. Tu feras face ! Voici d’ailleurs ton agenda révisé. Je n’escompte pas que vous emménagiez dès ce soir mais le plus tôt sera le mieux…
 
Mais…
 
Pas de mais ! Cette maison est comme une institution, il doit y résider le duc en titre.  James, va donc dans le bureau qui est le tien à présent. La lecture du testament aura lieu dans quelques jours, mets-toi au courant. Quant à vous, chère Angel, nous avons à discuter.  
 
Ma place est près de J.O. Il souffre, je veux…
 
James dépassera ça ! Venez.  
 
Le cours express qu’elle subit ensuite de la part de sa belle-mère déboussola complètement Angel.
 
Hein ?? 
 
Surveillez votre langue, mon petit ! Une duchesse ne dit pas ce genre de chose, voyons ! Vous assisterez donc demain à la présentation devant les pairs du royaume. Sa Majesté vous recevra probablement peu après. Vous n’ignorez pas le protocole, n’est-ce pas ?
 
Bigre ! Plus ignare que ça…  
 
Pour leur dernière nuit dans leur maison, Angel et J.O n’en menaient pas large, se raccrochant l’un à l’autre comme perdus qu’ils étaient.
Pleine d’un espoir insensé, elle osa entre deux reniflements :
 
Tu ne peux pas renoncer… ?  
 
Il allait déjà devoir abandonner tant de choses…
 
Les premiers jours furent chaotiques. À peine si elle entrevit James une paire de minutes la journée. Crevé, grognon, elle ne put que le soulager par son affection. Pour elle, ce ne fut pas aisé non plus. Belle-maman était sans arrêt sur son dos. Tout juste si elle ne lui interdit pas de retourner dans son labo.
 
Vous ne m’en empêcherez pas ! Je suis sorcière, n’oubliez pas !
 
Et pouf, transplanage avec quasi pied de nez.  
D’une main tremblante, elle but un café en compagnie d’Opal qui se marrait quoique compatissait :
 
… Tu n’imagines pas les emmerdements… Pardon ( ton pincé imitant Magnolia), les petits soucis de notre quotidien…. Ne ris pas, c’est pas drôle ! J.O est si sombre maintenant. Tout s’arrangeait et là… Mais parle-moi plutôt de toi, d’Erik et des enfants…
 
Tout baignait ? Les veinards ! Tiens ? Smith s’était fait tirer dessus ? Le qui, du comment, du pourquoi restait un mystère. Là-dessus débarqua Megan Reese, la compagne dudit Smith. Son John allait bien mais, sachant la nouvelle duchesse en visite chez les Nielsen, elle n’avait pas pu résister à la possibilité d’un scoop.  
Cette journaliste moldue possédait-elle des oreilles à rallonge pour avoir découvert cette visite aussi impromptue qu’amicale ? Déjà drillée, Angel limita ses commentaires, sait-on jamais.
 
… je ne serai pas duchesse à plein temps, ne put-elle s’empêcher de lâcher... je travaille, oui et escompte poursuivre si on me le permet… pas de commentaires ! Opal, ce fut un plaisir. Bien des choses à Erik ! Je reviens dès que je peux.  
 
À la boutique, ça marchait droit. Elle tiqua quand l’échalas de service se courba à son entrée :
 
Pas de ça ici, Stan ! Vous avez suivi mes instructions ?  
 
Ses observations recueillies, la caméra filmant chaque détail en place, elle rentra chez elle… dans  leur nouveau chez eux...   
J.O, encore plus défait que d’ordinaire, tenait un document entre ses doigts inertes.  
 
Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce que c’est ?
 
Elle dévora le papier jauni par les ans. Une écriture inconnue se révéla mais le contenu de la missive l’assomma :
 
Mon amour, je n’ai pas pu me résoudre à me débarrasser de notre enfant. Ton fils ne connaîtra jamais ses origines, je le jure. Tu vivras ta vie, nous la nôtre. À jamais tienne : Lenny.  
 
Tu… tu aurais un frère aîné ?...   
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Re: CQFD

Message par J.O West le Dim Juin 29 2014, 16:49

Sa Grâce…le très honorable…Courbettes, révérences, sourires.  Milord par ci, Milord par-là…Il lui semblait qu’un siècle d’amertumes s’était écoulé  depuis  que le major Westwood, heureusement marié avec la femme de ses rêves, avec des merveilleuses perspectives pour une vie parfaite était disparu à jamais …
 
Permettez-moi de rectifier le nœud de votre cravate, Milord !
 
Et on rectifiait le fichu nœud, jugé impeccable. Un valet de chambre le faisait, alors qu’il aurait mille fois préféré que ce soit sa femme qui s’en charge, mais bien sûr Mme. La Duchesse avait d’autres obligations plus importantes que de s’occuper du nœud de sa cravate. Et avant ça, on avait choisi pour lui le costard, la chemise, les boutons de manchette.
Le secrétaire s’amenait avec son agenda. Incroyable qu’on attende qu’il réussisse à acquitter la liste du jour.  On attendait, bien sûr, et il ne pouvait y déroger. Réglée comme papier musique, sa journée ne contemplait que six heures et demi de sommeil, son seul droit privé. Le reste, petit déjeuner et souper inclus, faisaient partie de la longue liste de devoirs à accomplir toujours en compagnie de personnes jamais vues auparavant, toutes visiblement ravies, et honorées, de sa Gracieuse présence.
 
Où est mon épouse ?, parce qu’en plus il fallait s’exprimer correctement, on n’attend pas moins de Sa Grâce le Duc de Gilmore.
 
Mme. La  Duchesse a pris le thé avec les Dames de la Fondation de Bien-Être pour l’Enfance, elle vous rejoindra à la réception de Lord Winslow, avec Madame votre mère.
 
*Ah, celle-là, elle n’en rate pas une, je ne l’ai jamais vue plus engagée…*
 
Lord James Oliver Strang-Westwood, 11ème duc de Gilmore avait beau adorer sa mère, mais depuis qu’elle était devenue la duchesse veuve, elle commençait à lui taper sévèrement sur le système. Bien entendu, on ne s’attendait pas de lui qu’il l’avoue un jour, être un fils ingrat n’entrait pas en ligne de jeu.
Synchronisation hors ’pair. Ils arrivèrent en même temps face au somptueux perron. Des laquais en livrée se précipitèrent ouvrir les respectives portières.
 
*Seigneur, qu’elle est belle !*
 
Le protocole n’admettait pas qu’il l’embrasse sa femme comme il rêvait de le faire, mais faisant fi des conventions de rigueur, il l’embrassa quand même, à peine, mais déjà ça !  Déjà Magnolia lui administrait une discrète tape de son éventail.
 
Tu es magnifique, ma douce…je ne t’ai vue que cinq minutes avant le petit déjeuner…Bonsoir, Maman !
 
Tiens-toi droit, James ! Et souris !
 
Il se mordit la langue pour ne pas riposter, heureusement ils devaient déjà avancer. Après vint la corvée de l’escalier d’honneur, à descendre avec  toute l’élégance racée inhérente du rang alors que le maître de cérémonies les annonçait de sa voix de stentor.
 
Courage, mon ange, on les aura !
 
Sourire scotché, parcours du combattant. Une réception. Une parmi tant d’autres, et la liste de celles à venir était longue. Après une période deuil  modérée, les obligations leur étaient tombées dessus comme pluie de grêle. À présent, ils avaient chacun un agenda chargé de manière indécente, comme si on voulait les rompre aux usages en temps record.
Pour commencer, on les avait considérés comme entomologiste un insecte dans son bocal, mais peu à peu, la vieille noblesse, bien rôdée en l’art de descendre qui possible en flammes sans espoir de retour, avait dû se rendre à l’évidence que ce jeune couple, assez extraordinaire, lui américain et elle roturière de bon aloi, ne manquaient ni de classe  ni de charme. Ils étaient jeunes, beaux, riches et amoureux, une combinaison tout simplement irrésistible.
Mais bien sûr, si ça marchait avec la noblesse moldue, plus moderne et aérée, il en allait tout autrement du côté sorcier. Tout Duc de Gilmore qu’il voulut être, J.O n’était pas moins un Sang-mêlé, tout autant que sa ravissante épouse, qui tenait une officine au Chemin de Traverse. Mais tradition obligeant, le sang-mêlé avait un titre à consonance indubitable, une fortune de haut degré, siégerait par droit acquis au Magenmagot et occuperait le poste de feu son père, d’irréprochable lignée, au Ministère de la Magie anglais. Difficile à digérer qu’il soit, en plus, plus américain qu’autre chose !
 
Tant de permissivité nous mènera au chaos le plus absolu !, avait assuré un de ces anciens sorciers, d’un ton plein de componction de mauvais augure, américain, sang-mêlé et avec un pouvoir quasi illimité…on peut faire nos valises et migrer sous d’autres cieux !
 
Sauf que personne n’avait trop envie d’aller nulle part, la longue guerre contre Voldemort les avait trop éprouvés et avoir été, à moment donné à point de tout perdre sans la discrète intervention des moldus (fait jamais reconnu de vive voix) avait changé un peu la donne, ce qui bien entendu, personne de bien né ne pouvait accepter de bon cœur.
 
J.O se fichait un peu de ce que pensait son prochain, soit sorcier ou moldu. La seule chose qui l’intéressait est  de vivre le plus normalement possible avec son Angel, ce qui s’avérait parfois hasardeux. Ils avaient des emplois de temps à rallonge et devaient se partager entre deux mondes.
 
À ce train-là, on fera pas long feu, mon amour !, avoua t’il ce soir béni où, enfin, ils avaient pu être enfin en paix, chez eux, je ne te vois plus et on est si crevés…mais ça va changer, je te le jure.
 

Son Angel avait trouvé la force d’en rigoler, mais il était très décidé à faire les choses à sa façon.
 
Ils devront s’y faire !...Après tout, et j’ y ai pensé pendant assez longtemps, vois pas d’où les autres pourraient exiger quoi que ce soit…on n’est pas des moins que rien…ça marche pour les uns, ça devra marcher pour les autres…ce régime de « sois ou meurs », ne me va pas du tout…On est, point c’est tout et puis on a d’autres trucs de quoi nous occuper…
 

Il adorait sa façon d’interpréter ses mots et serait le dernier à s’en plaindre.
 
Je continue à chercher, reprit-il bien plus tard, avec seulement cette lettre, on n’ira pas bien loin…Non, ma chérie, je n’ai demandé à personne…pas encore, je continue à retourner le bureau de mon père…ces vieux meubles sont truffés de tiroirs secrets…faut les trouver…Non, mon amour, la magie ne sert à rien, tu t’en doutes…je ne comprends pas…pour moi, pour qu’un secret soit absolu, il ne faut garder aucun indice…mon père a gardé cette lettre…et deux jours avant de mourir m’a débité un discours sur l’amour qu’il me portait…il voulait s’en assurer, que je le croie…Non, ça ne me gênerait pas le moins du monde avoir un frère, aîné de surcroit…Tu sais ce que cela signifierait, non ?
 
Oui, elle le savait, autant que lui. Liberté, cession du titre, fortune et ce qu’on voudrait. Esclandre social ? On y survivrait.  Magnolia encaisserait mal mais s’en remettrait en rentrant chez elle et oubliant les anglais et leurs manies.
 
Je ne veux qu’être avec toi, mon Angel…chez nous, en paix…on n’a pas besoin de tout ce fatras de manières et faux sourires…je t’aime par-dessus tout…Mais non, voyons, je ne retournerai plus chez les Marines…ça leur a foutu un sacré choc savoir que j’étais un pair du Royaume…non, ma chérie, ce sont des faits irréconciliables…
 
Mais entre vouloir et pouvoir il y a parfois un abîme insondable.
 
La lettre de Lenny, sans lieu ni date, constitua leur unique indice pendant longtemps. Le bureau de feu le Duc n’avait pas livré plus de secrets, à croire que Howard Strang n’avait gardé que ce fragment de son passé parce qu’il s’était senti incapable de s’en défaire, peut-être parce que ce bout de papier constituait le seul lien avec un temps qu’il avait trop chéri et se refusait d’oublier.
 
« Mon amour, je n’ai pas pu me résoudre à me débarrasser de notre enfant. Ton fils ne connaîtra jamais ses origines, je le jure. Tu vivras ta vie, nous la nôtre. À jamais tienne : Lenny.» 
 
Ce n’étaient  pas des mots de chantage, simplement des mots d’amour. Une dernière confession.  Un adieu. J.O les relisait souvent, en essayant de s’imaginer son père autrement qu’il l’avait connu. Jeune, impétueux, amoureux et sans doute pris dans une situation de laquelle il n’avait pu s’en sortir indemne. Cette Lenny l’avait aimé, et sans doute lui aussi, puisqu’il avait gardé ce petit mot comme un trésor. Qu’était-elle devenue ? Où était-elle ? Et l’enfant ?...mais surtout…qui était-elle ?
 
Au grand dam de Magnolia, ils avaient exhumé du grenier, fort ample, un trésor de vieux albums photos, à la moldue et à la sorcière, et passaient, le peu de temps libre à leur disposition, à fouiller dans le passé.
 
On veut juste savoir de quoi il en allait, de ces temps…et faut dire que là, c’est instructif…Quelles têtes de bornés…Pas la joie, les Strang, ça ne rigole jamais…Je ne te vois nulle part, Maman !
 

Butée, Magnolia reconnut avoir emporté toute photo la concernant lors d’une de tant de séparations, ce qui expliquait aussi qu’il n’apparaisse que dans peu de clichés et encore…
 
Maman, tu connais quelqu’un du nom de Lenny ?
 
Question faite à bout portant qui ne déclencha aucune réaction suspecte chez Maman qui avoua, innocemment qu’à part Lenny Krawitz , le chanteur, elle ne connaissait personne de ce nom.  Que Cebius, si discret d’habitude, fasse valser le plateau des boissons juste à cet instant, souleva, comme de juste, quelques suspicions chez Milord et Milady, non ainsi chez Magnolia qui l’attribua à un simple accident domestique. 
 
*En voilà un qui est bon pour passer à la sellette !*
 
On ne le rata pas.
 
Cebius, qui est Lenny ?...Non, pas question de filer…Cela vous a surpris que je mentionne ce nom !
 

Raide comme un piquet et soudain pâle comme mort, le fidèle domestique hocha à peine la tête.
 
Alors ?
 
Mes lèvres sont scellées, Milord.
 
Ne me chantez pas cette mélodie,  cette allégeance est morte avec mon père, maintenant, c’est à moi que vous la devez, je vous relève, et c’est mon droit, de tout serment antérieur, même s’il s’agissait d’un Inviolable, vous savez bien qu’il n’a plus aucun effet…Qui est cette Lenny ?...
 
Sa Grâce saura comprendre que…qu’il y a des histoires du passé qu’on ne doit remuer…
 
Celle-ci, je veux la remuer…et vous allez m’aider, il lui fourra entre les doigts la lettre,  vous étiez au service  de mon père depuis très longtemps…avant qu’il n’épouse ma mère…qui était Lenny ?
 
Très mal à l’aise, le fidèle domestique débattait avec sa conscience. Parler équivalait à ses yeux à transgresser la promesse faite à feu son maître, mais d’un autre côté, le jeune duc avait le droit de savoir de quoi allait cette histoire, puisque, voulu ou pas, cela pouvait affecter son statut d’héritier.
 
Cela devait demeurer secret, à tout jamais, votre père le voulait ainsi, Milord.
 
De ça, je m’en doute bien, mais finissez de tourner autour du pot et parlez !
 
C’était, somme toute, une histoire banale d’amours contrariés. Un homme et une femme qui se rencontrent, tombent amoureux et rêvent d’un futur heureux. Un choix impossible. Lui, futur duc, elle, simple mortelle. Quand  le vieux duc avait eu vent de l’affaire, il était intervenu à sa façon, payant une somme considérable à la demoiselle pour qu’elle disparaisse à jamais et se défasse de l’enfant, fruit de cette passion malvenue. Howard Strang, ramené à d’autres considération avait mal  agréé l’arrangement paternel, mais le devoir avant tout, on connaissait le reste de l’histoire.
 
De toute façon, finalisa Cebius, contrit,  la jeune femme a disparu de sa vie, sans laisser de trace. Son nom était Elaine McCord, votre père l’appelait Lenny.
 

J.O harcela Cebius de questions jusqu’à ce que celui-ci tous les détails connus. Pas grand-chose, en fin de comptes. En rejoignant Angel dans leurs appartements, il référa  mot pour mot son entretien avec le domestique.
 
Une fois empoché l’argent du vieux duc la miss a pris le large sans laisser d’adresse mais, si on croit la lettre, ne s’est pas totalement tenue à l’arrangement initial… me doute bien que ça n’a pas comblé Papa de bonheur, un bâtard du nom courant les rues, ça fait tache…il avait un sens très poussé de l’honneur  et tout le baratin…tu peux t’imaginer le scandale si ça s’était su…
 
Le très honorable James Oliver Strang, duc de Gilmore présidait la barbante séance du jour. Les magistrats débattaient quelques points obscurs de la législation sorcière, emmêlant allègrement les pinceaux, se perdants dans des méandres tortueux.
 
C’est simple pourtant, dit le très honorable soudain, coupant court les débats, c’est de l’abus, ni plus ni moins, en d’autres mots : du vol. Celui qui a profité de la situation pour plumer son voisin menacé, devra rendre le bien acquis au prix proposé par le vendeur initial…et qu’il ne s’en plaigne pas, en bon droit on pourrait l’envoyer en prison !
 
Remous outragés. Plus d’un des présents avait élargi son patrimoine de la sorte, il le savait et n’ignorait pas que le poids de sa sentence l’emporterait, au moins le pouvoir servait à équilibrer des torts, pas tous, ce qui sans lui gagner des sympathies, méritait quand même du respect. Amen !
Magnolia désespérait de voir son fils prendre l’affaire de manière si désinvolte. Au début, il avait semblé accablé, d’humeur morose mais avait repris rapidement du poil de la bête, à sa façon. Pour commencer à bien faire sa loi, il avait interdit toute classe de salamalecs et énonciation  de son titre à tout bout portant. Ses amis le prenaient très bien, les domestiques jasaient sur le manque de pompe et circonstance autour du nouveau maître qui exigeait être appelé Monsieur et qu’on n’en parle plus. Il ne trouvait non plus rien à redire au fait que sa femme, Madame la Duchesse, s’il vous plaît, continue de travailler à son officine du Chemin de Traverse. S’ils sortaient, pas question de chauffeur et Rolls, selon J.O aucun besoin de se faire remarquer comme cheveux dans la soupe. Il conduisait lui-même et pour mettre le bouquet final, s’acheta une grosse cylindrée, un monstre à deux roues, sur lequel il adorait se balader avec sa chérie, qu’il avait fallu convaincre, au préalable.
Ce soir, au lieu d’assister à un de ces dîners à rallonge, chers à la famille Strang, J.O décida aller manger dehors, se fichant comme d’une guigne des commentaires, toujours les mêmes, de ses tantes, oncles et cousins. Magnolia, qui semblait s’y trouver comme poisson dans l’eau, fut dépêchée en représentation.
 
La cuisinière de Tante Violet a un goût marqué pour la haute cuisine anglaise…un pudding de plus et je me suicide à table…ce soir on va se régaler chez Sam ! …Je vois que l’idée te tente, mon ange…J’ai réservé mais on n’a pas pu me garantir qu’on aurait une table tout de suite…On attendra comme n’importe qui d’autre, Sam trouvera bien où nous caser…
 
Ils étaient au bar, sirotant leur apéro, le temps qu’une table soit prête, quand Samantha s’approcha en compagnie d’un couple que J.O se souvenait d’avoir croisé à son mariage. Nouvelles présentations faites, ils convinrent d’attendre ensemble et la conversation ne tarda pas à aller bon train.
 
Votre projet m’intéresse, John…il semblerait que nous avons pas mal d’idéaux en commun…Non, pas facile du tout de faire entre du nouveau dans ces dures caboches…M’enfin, ça va pas si mal que ça, non plus…après tout, la médiation, c’est mon fort…
    
Chose étonnante, comme remarquèrent leurs respectives, deux hommes normalement plutôt réservés avec les inconnus, bavardaient comme des vieux amis, s’entendant sur tout point, rigolant de bon cœur, détendus, si franchement à l’aise que décider de dîner ensemble sembla la chose la plus naturelle du monde.

Et se revoir par la suite, autant…
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Re: CQFD

Message par Angel Grisham le Lun Juin 30 2014, 22:07

Soupirs…
Angel n’était pas malheureuse, loin de là mais que le genre de vie qu’elle avait redouté lui tombe dessus ne cessait de lui peser. Tôt ou tard, ça serait arrivé mais elle avait espéré plus tard que si tôt.  Très mal préparée à son nouveau rôle de duchesse, elle dut quotidiennement subir la houlette de la douairière qui ne se privait pas de la remettre à l’ordre à chaque occasion.
 
Dites-moi mon petit, imaginons que nous donnions une petite réception, disons… 30 personnes, comment vous y prendriez-vous ?
 
Elle voulait quoi Magnolia, le plan de table, le menu ? Si fichant de sa poire, Angel énonça :
 
Je vais aux halles pour obtenir le meilleur prix sur les primeurs, j’achète 6 kilos de filets soles, des belles salades, et à la boucherie, je pencherais pour…
 
Comme c’était réjouissant de voir sa belle-mère verdir et jeter les bras au ciel.  
 
Mon Dieu ! Vous n’allez pas, en plus, les cuisiner tant qu’à faire ?
 
Gaston n’aime pas trop que j’enfile un tablier mais le rôti de veau d’hier n’était-il pas succulent ?
 
C’est vous qui… ?
 
Tout juste si on évita la jaunisse.
 
Autant que faire se peut, Angel s’évadait. Plus question malheureusement de jouer la baby-sitter pour les jumeaux d’Opal mais, au moins, il lui restait son petit labo.
 
*Avec un plus grand, ça irait plus vite…*
 
Mine de rien, être Duchesse avait du bon dans le sens où cela lui ouvrait des portes qui seraient restées hermétiques autrement.
Ainsi, lors d’une visite protocolaire à un hôpital coté, elle put croiser différents pontes de l’élite médicale. Après le passage obligé à la maternité puis au pavillon des cancéreux où elle ne dut rien forcer pour compatir, elle insista pour visiter le laboratoire attaché à l’établissement. On s’étonna à divers degrés de cet intérêt particulier et de ses questions pointues  sur techniques et matériels.  Plusieurs fois, elle dut se mordre la langue pour ne pas lâcher des choses du genre :
 
Trois jours de culture ? Moi, je l’obtiendrais en cinq minutes…
 
Néanmoins, certaines pratiques moldues dépassaient les capacités sorcières ce qui fit germer, non des bactéries, mais des petites idées.  
 
Déjeuner par-ci, thé par-là, rencontres amicales, inaugurations, etc. La plaie !  
Avec tout ça, à peine si elle entrevoyait J.O. Heureusement, parfois, il y avait des soirées… protocolaires, hélas. Pas question d’aller guincher dans un bouiboui quelconque, de faire la bringue, ni quoi que ce soit qui puisse compromettre LA réputation des Gilmore.  
Son pauvre époux était logé à la même enseigne, sinon pis puisque lui ne pouvait déroger à aucune de ses obligations. D’après le peu qu’il lui racontât, il ne s’ennuyait cependant pas, trouvant un malin plaisir à révolutionner les antiques institutions sorcières.  
 
Enfin une soirée de libre pour eux… le pied !
 
Assez crevé, J.O lui lança sa tournure d’esprit. Pas plus qu’elle, il ne désirait de cette vie de carcan imposé :
 
 … ce régime de « sois ou meurs », ne me va pas du tout…On est, point c’est tout et puis on a d’autres trucs de quoi nous occuper…
 
Oh que oui, mon amour…  
 
Elle ne pensait pas exactement à la bagatelle mais tant qu’à faire…  
 
Plus tard, bien lovée contre le torse musclé, elle rêva tout haut :
 
Avoue que ce serait idéal de retrouver ton aîné et lui refiler l’eau du bain et le bébé avec... As-tu eu le temps de creuser, d’interroger des gens, de fouiller à fond le bureau d’Howard ?
 
Hélas non ! Y mettait-il vraiment du sien ou un changement radical l’affectait-il ? Il résolut ses interrogations par une déclaration attendrissante :
 
Je ne veux qu’être avec toi, mon Angel…chez nous, en paix…on n’a pas besoin de tout ce fatras de manières et faux sourires…je t’aime par-dessus tout…
 
Et je ne t’en aime pas moins, mon chéri ! Si... Si jamais on retrouvait ce frère et qu’il accepte la charge, tu ne retourneras pas à l’armée, dis ?
 
Alléluia ! Les ponts étaient coupés de ce côté-là !  
 
C’était beau de rêver… Une gentille propriété à partager à deux, trois ou quatre… un jardin à soigner… un grand laboratoire à faire tourner… Tout cela ne serait possible que si le frère de J.O vivait encore. Elle s’en serait bien mêlée, mais comment ? Elle n’allait pas aller tirer les vers du nez à sa belle-mère, non ?
J.O s’en chargea, en vain, sauf qu’il ne rata pas la réaction du majordome bientôt soumis à la question. Lui narrant un compte-rendu fidèle, Angel réfléchit tout haut :
 
Elaine McCord… il doit en exister des traces quelque part… Tu es sûr que Cebius a tout dit ?... Tu aurais dû m’appeler, j’ai toujours du véritaserum prêt !
 
Bon, elle n’allait pas contraindre ainsi ce brave Cebius, déjà assez secoué d’avoir révélé des choses qu’il aurait préféré taire.  
Tandis que J.O s’appliquait à rendre la justice au Magenmagot, Angel provoqua encore les vapeurs de Magnolia en annulant foule de rendez-vous prévus avec diverses associations.  La meilleure miss potin qu’elle connaissait était… sa grand-mère.  
 
Bonjour mamy !
 
Explosion de joie, papotages immédiats :
 
Ma chérie ! Enfin ! Alors comme ça se passe avec ton duc ?... tu devrais te remplumer… J’ai justement un ragout qui... etc.
 
Raconter sa vie sans trop en rajouter demanda du temps. Au départ, Mamy Rose se méprit sur le but de la visite inopinée.
 
*Elle se plaint moins que prévu… si ça baigne, qu’est-ce qui cloche ?* Tu veux un remède de fertilité ?
 
Angel éclata de rire :
 
Si je voulais ça, tu ne crois pas que je serais apte à me l’appliquer moi-même ? Tout va bien, je t’assure. On a de grands projets, J.O et moi… surtout moi, en fait… oui, mes expériences sont très, très, prometteuses mais là n’est pas la question. J’aurais voulu que tu fasses appel à ta mémoire légendaire, Mamy.
 
Ah ? À quel sujet, ma toute belle ?
 
Que sais, ou saurais-tu de la jeunesse d’Howard Strang ? Il était plutôt... cavaleur, non ?
 
Pourquoi ?? J.O te trompe déjà ? Vais lui flanquer un…

En riant, Angel poursuivit :
 
Ne t’inquiète pas, je crois qu’il sait ce qu’il risquerait à ce jeu-là. C’est pas ça. As-tu déjà entendu parler d’une Elaine McCord… ?
 
Sous ses lunettes, les sourcils de Mamy se froncèrent, des yeux se plissèrent sous la réflexion. D’abord la tête se secoua négativement avec une expression songeuse puis un éclair :
 
Lenny ? La petite Lenny ?  
 
Le cœur d’Angel eut des ratés :
 
Tu sais quelque chose à son sujet ?
 
Ben, attends. (massage de tempes, papillonnements d’yeux) je crois me rappeler de certains bruits... J’ai rencontré Elaine à un concours des plus belles roses… ça remonte à si loin…

Loin comment ? 20, 30 ans ?
 
Plus de trente, je dirais 34 ou 5… Le vieux duc de Gilmore présidait la remise des prix qui fut emportée par cette fichue moldue d’Agatha McCord ! Elaine, sa fille, resplendissait à ses côtés et… attends… je crois bien que le jeune Howard y était… oui, oui, il y était.  Maintenant, je me rappelle. Tu me connais, si quelqu’un a de plus belles fleurs que moi, il faut que je connaisse sa recette, alors j’ai revu Agatha peu après… elle était tracassée, je me souviens… sa fille chérie avait pris ses cliques et ses claques et s’était envolée pour les USA. En tout cas, sa recette m’a permis de gagner le prix l’année suivante et plusieurs ensuite. Tiens, je vais aller t’en cueillir pour un bouquet à donner à Magnolia. Elle ne te bassine pas trop, celle-là ?  
 
Angel participa à la coupe non sans glaner, outre des épines, quelques précisions quant aux dates.
En parler à J.O ? Pas encore…
 
Adorable époux qui aimait se comporter comme un simple quidam moldu. Une escapade chez Sam ? Elle applaudit à deux mains, même s’ils devaient attendre leur tour comme tout un chacun.  
Bizarre les coïncidences. En attente également se trouvaient les Smith-Osborne. Très vaguement, Angel se souvenait qu’ils avaient assisté à leurs noces étant amis d’amis…  Incroyable, J.O et John parurent s’entendre illico. Angel s’en réjouit car sa tendre moitié manquait cruellement de confident masculin désintéressé. Entre elle et Katherine, le courant passa aussi immédiatement.  Tandis que les garons échangeaient des propos politiques ou sportifs, les filles parlèrent boutique.
 
… J’ai lu tes articles ! WOW, ton truc sur la chasse au fantôme ! Tu y étais, vraiment ?... moi j’aurais été morte de trouille… bien sûr que je travaille aussi ! Me sens pas duchesse du tout n’en déplaise à ma belle-mère… ah… tu ne peux pas voir ta famille ?... si ça peut te consoler, parfois vaut mieux ne pas en avoir que trop. J’ai coupé les ponts avec mes parents… mon père moldu est très… trop, enfin… alors comme ça tu attends un heureux évènement ?... non, on n’est pas pressé du tout…
 
On copina tellement de part et d’autre que l’on n’en resta pas là.  
Toutes les semaines, Angel se dégagea une paire d’heures pour rencontrer ses seules amies : Opal et Katherine, Sam étant trop souvent débordée et Alix invisible. La journaliste était vraiment rafraîchissante mais, malgré tout, Angel craignit que leur amitié ne soit un poil intéressée. Kate n’allait-elle pas profiter de confidences pour pondre un papier sur leur dos ?  Cependant, elle s’avéra très utile en lui apprenant le maniement d’un ordinateur.  
Vint le mariage des Smith. J.O semblait si heureux d’être le témoin du marié, il est vrai que l’assistance était… réduite. Pas une seule parenté du côté des frais époux… On s’amusa bien néanmoins.
S’était-il passé quelque chose qu’elle avait raté ? J.O sembla assez tracassé en rentrant au manoir.  
 
Il y a un truc qui cloche ?... John ??? On veut tuer JOHN ???
 
Et de lui confier les incidents subis par son nouveau copain.  
 
Katherine ne m’a jamais parlé de ça… un secret, quel secret ? Pardon, suis idiote parfois, si c’est secret, nul ne le sait ! … Justin est dans le coup, Michael et Max aussi ? Manque que nous, mon chéri !... je sais, on a d’autres choses à faire… mais avec tes relations… ? Ah, il ne veut pas…
 
 Des choses, ils en eurent à faire, en effet. D’abord, Angel osa affronter l’ordinateur domestique. Ses recherches sur une Elaine MCCord en Amérique lui donnèrent le tournis…
 
*Neuf chances sur dix, qu’elle n’ait pas conservé son nom de jeune fille avec la manie de ces femmes de prendre celui de leur époux… mais elle n’est peut-être pas mariée depuis… Agatha vit-elle encore ?... *
 
Une nouvelle visite à Mamy Rose s’imposa.
Tiens, à qui appartenait cette fine silhouette penchée sur les rosiers ?
 
Euh… est-ce que ma grand-mère est là, s’il vous plait… ?
 
Svelte, pimpante de jeunesse et de vitalité, Mamy Rose se précipita sur elle, juste à temps pour l’empêcher de s’évanouir dans les ... rosiers.
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Re: CQFD

Message par J.O West le Sam Juil 05 2014, 17:33

Après tout, ce n’était pas si mal que ça ! Une fois arrivé à cette saine conclusion, tout devint plus facile pour J.O.  On avait voulu lui imposer une nouvelle vie empesée de rigueur et protocole alors il s’était arrangé pour  changer la donne et faire les choses comme bon lui semblait. Des mécontents ? Ça ne manquait pas. En commençant par sa mère chérie qui avait poussé des cris d’orfraie en assurant que son défunt mari remuait sans doute dans sa tombe face à tel opprobre.
 
Sais même pas de quoi tu parles, Maman !...Opprobre ? Lequel ? Venir en aide aux gens qui en ont besoin ?...Ah bon…que ce soient des réfugiés te remue toute…pourquoi ? Ça n’a pas le droit de vivre décemment ? Ah, les SDF, pire encore ?...Dommage pour toi ! M’impliquer à fond pour ces causes me semble bien plus utile que distribuer des prix à un concours floral, ou baptiser un bateau…En plus, j’ai décidé…oui, tu l’entends bien, j’ai décidé que d’ores en avant, c’est toi qui t’occuperas de cela…tu donnes tout le cachet et glamour nécessaire… Angel et moi on se passe très bien de ce genre de trucs…on a mieux à faire !
 
Cela, bien sûr, quand les autres obligations inhérentes au titre, ne lui tombaient pas dessus, et elles ne manquaient pas de le faire. Magenmagot, Chambre des Lords et autres, tout aussi inévitables. Mais, il y avait aussi ces heures bénies pendant lesquelles, Angel et lui réussissaient à échapper aux contraintes créées et vivre comme un jeune couple normal.
Le hasard fait bien les choses, dit-on. Rencontrer John Smith fut une de ces choses positives.  Sympathiser de la sorte avec un inconnu, ami de ses amis et tout ce qu’on voudrait, ne ressemblait pas trop à J.O, mais cette fois il se laissa aller tranquillement à la réciprocité rencontrée. La conversation semblait couler de source et un rien de temps ils s’étaient trouvé pas mal d’affinités, et  leurs femmes avaient aussi trouvé un bon terrain d’entente.
 
John est un grand type…dans toute l’assertion du mot, avait-il commenté à Angel en rentrant chez eux après cette soirée si agréable, et tu t’es très bien entendue avec Katherine, non ?...Oui, ils sont charmants, tous deux…
 
*Sauf que Katherine n’est autre que Megan Reese…de ça, j’en suis sûr !*
 
Il n’en dit rien mais n’en pensa pas moins.  Retrouver John pour jouer au golf, pourquoi pas ? Ce n’était pas sa marotte mais il s’en tirait passablement bien et entre trou et trou, on pouvait causer à l’aise. John Smith ne se livrait pas facilement mais J.O commençait à le cerner. L’homme gardait un secret et pas des moindres mais ce n’était pas lui qui allait le pousser aux confidences, ça vendrait quand ça devrait venir. On parlait plutôt futur, en bâtissant paisiblement des rêves à venir.
J.O en avait pas mal, de rêves. John, un, immédiat : son mariage avec Katherine. Sa Katherine qu’il appelait parfois Meg, sans presque s’en rendre compte.
 
T’en fais pas, je sais que c’est elle…Oh, pas étonnant, mes gars et moi on l’a tirée d’un mauvais pas en Somalie…une journaliste extraordinaire…tu me raconteras quand tu voudras…alors comme ça, vous allez vous marier ?
 
Et si cela n’avait été que ça…John voulait qu’il soit son témoin ! Cette requête le prit un peu de court, après tout, s’il avait bien compris, John avait d’autres amis de plus longue date mais il agréa cette demande en se déclarant honoré.
L’appel, la veille du mariage ne le surprit que très peu. Son copain était nerveux, quoi de mieux pour se défouler qu’un balade en moto. Tous deux étaient férus de leurs grosses cylindrées. Angel, était  d’ailleurs occupée avec la future mariée, il passa le filtre maternel, insouciant, et quitta le manoir sur les chapeaux des roues. Rencontre au point convenu. La belle course et tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il n’y avait pas été question de cet étrange accident.  John avait signalé la fin de la compétition et freiné en douce son bolide mais soudain, encore lancé à bonne vitesse celui-ci avait bloqué. J.O agit en conséquence mais c’était trop tard pour éviter la collision. Freinage à mort, et boum !
 
J.O ? J.O, ça va ?
 
Il se redressa sur le bitume en constatant, avec bonheur, être encore d’une pièce. Casque ôté, il voyait encore trente-six chandelles, mais dans l’ensemble, ça pouvait aller.
 
Ouais…rien de cassé…mais on est bons pour un savon de fin de monde si les filles savent ça !
 
On se jura silence à jamais et chacun rapatria ce qui restait de son bolide le plus discrètement possible. Maman était sortie, Angel pas encore rentrée, ce fut Cebius, le fidèle qui se chargeait de raccommoder son maître sans qu’il reste trop de trace de l’incident.

 La cérémonie avait été émouvante, intime. J.O connaissait tous les présents, après tout, Angel et lui avaient partagé une aventure des plus singulières avec  les Nielsen, les De Brent et les Davenport. Ils s’étaient rencontrés à son mariage, mais aucune relation spéciale d’amitié n’avait surgi, on se connaissait, point c’est tout. Un  presque inconnu, à peine entrevu lors de son mariage, était présent : Max Von Falkenberg dont il connaissait l’existence grâce à John qui en parlait en termes plus que chaleureux.
La réception eut lieu au Sense, le restaurant propriété de son ex-camarade d’école, Samantha, devenue Lady Davenport. Bon chic bon ton, on se retrouvait entre amis. Sans chichis ni protocoles.
 
J’espère que tu auras plus de chance que moi, pour ta lune de miel…nous on a fini en prison à Bali…, racontait J.O en rigolant même si l’épisode n’avait rien eu de marrant, on s’en est tirés grâce à deux potes…Mais dis donc, c’est mon idée ou toutes ces dames…
 
Pas le temps de finir la phrase que Justin Davenport et Max Von Falkenberg s’amenaient avec des airs de conspirateurs et enlevaient pratiquement John. J.O resta un instant là, à se demander où étaient passées les bonnes manières quand Michael le rejoignit.
 
Bon non, sais pas ce qui leur a pris…il y avait urgence, si j’ai bien compris…On y va ?
 
Quelle question ! Avant de dire ouf, ils baignaient en pleine intrigue.
 
Personne n’a de raisons de m’en vouloir à ce point !
 
*Lui en vouloir…de quoi ?*
 
J.O détestait se trouver en pleine intrigue sans avoir idée de quoi il en allait. Cette fois, il ne fut pas long à piger : on avait voulu tuer John, et ce n’était pas la première fois. Von Falkenberg se chargea des détails :
 
Une balle dans le buffet, du poison dans le vin et Dieu sait quoi d’autre encore…plus discret que l’autre fois mais la fin visée est la même un ennemi puissant, jadis…cette fois, je dirais qu’il fait moins voyant.
 
*HEIN !?...Pas faux ce que je pensais…fameux secret !*
 
John donna, enfin, quelques explications.
  
Comme l’a dit Max, on m’en a voulu à un moment donné mais cette affaire-là est close à jamais… désolé Michael, je ne peux rien dire. En cas contraire, ni vos peaux ni la nôtre à Meg et moi ne vaudrait tripette, ça vous suffit ?
 
Pas exactement, maugréa J.O, si on veut t’aider, faut savoir à quoi s’en tenir.
 
Je suis persuadé qu’il s’agit d’une chose complètement en dehors…
 
*En dehors de quoi, bon sang ? Il en fait des mystères…à moins bien sûr que…Cela tiendrait le chemin…agent du gouvernement en cavale ?*
 
Il n’en sut pas plus pour le moment. La fête se poursuivit comme si rien, ou plutôt on fit comme si c’était le cas. On prit congé avec des nouveaux vœux de bonheur et chacun rentra chez soi. Il conduisait, en silence, des drôles d’idées lui tournant dans la tête et n’en pipa mot jusqu’à ce que, une fois chez eux, Angel, qui n’avait pas raté son air mitigé, veuille savoir ce qui se passait.
 
Il y a un truc qui cloche ?
 
Il souffla énervé en se défaisait de sa cravate.
 
Ouais…on peut dire ça…Quelqu’un en veut à John… on a déjà essayé de le tuer à plusieurs reprises…*Dont l’une pas plus tard qu’hier !*
 
John ??? On veut tuer JOHN ???
 
Ben oui, ça m’en a tout l’air, et suis pas le seul à y penser…cela remonte à loin dirait-on…John, dont je doute que ce soit son vrai nom, est mêlé à un truc vraiment gros…Il n’en a pas parlé, c’est Max qui a cafté…Michael en sait quelque chose, Justin moins…moi, comme le dernier des cons…pas idée…mais dis, Katherine ne t’a rien dit ?

Son amie n’avait pipé mot à ce respect. Il s’en doutait bien, si elle avait même choisi de disparaître du monde moldu pour aider John, ce ne serait pas elle qui parlerait.
 
Justin est dans le coup, Michael et Max aussi ? Manque que nous, mon chéri !
 
Ma chérie…c’est pas un club auquel on adhère parce qu’on est copains…
 
Je sais, on a d’autres choses à faire… mais avec tes relations… ?
 
John ne veut rien entendre…
 
Ah, il ne veut pas…
 
Non, pas encore. On verra bien comment ça évolue, mais d’une chose je suis sûr, il ne voulait pas qu’on le sache…Il est très secret, cet homme, mais je me sens à l’aise avec lui…on a pas mal de trucs qui nous rapprochent. Le fait qu’il soit américain, sans doute…même s’il serait ressortissant anglais selon ses papiers…oui, j’y ai jeté un coup d’œil…ai pas pu l’éviter  et puis…sa Katherine…ma chérie, il y a moins d’un an elle s’appelait Megan Reese et était une journaliste archi connue, côté moldu…elle a disparu...et hop, la voilà du côté sorcier en tant que Katherine Osborne, épouse Smith…ça fait se poser des questions, non ?
 
On en resta là pour ce soir, pas besoin de broder plus sur une histoire dont ils ignoraient les tenants et aboutissants. Sauf que cette ignorance ne fut, en quelque sorte, pas de longue durée.  Le petit déjeuner, pris, suivant la coutume Strang, dans la grande salle à manger, avec tous les éléments requis, alors qu’il se contentait de café noir et une tartine, fut interrompu par un appel alarmé émanant de Max Von Falkenberg. J.O largua sa serviette et se leva en coup de vent, un baiser à sa femme et il était parti sans donner d’explications.
Cinq minutes plus tard, il se matérialisait dans une suite du Ritz, où se trouvait déjà Max. Michael et Justin ne tardèrent pas. John, au teint de papier mâché de qui a passé une nuit blanche, flanqué d’une Megan,  assez hors d’elle, contrairement à ce qu’on aurait pu s’attendre, livra une version succincte des faits survenus.
 
On te tire dessus alors que tu fumes au balcon…à mon avis, c’était pas le monsieur d’en face faisant du tir au pigeon, grommela J.O, le moment est venu, mon cher, de mettre cartes sur tables et dire de quoi il en va !
 

Il ne dit pas grand-chose, emmêlant gentiment les pinceaux mais c’était sans compter avec sa femme, qui à part d’être un brin affolée, était passablement furieuse. Sans mâcher ses mots, et avec la clarté consciencieuse et quasi exaspérante qui l’avait rendue célèbre, elle disséqua les faits dont elle avait connaissance. Max, avisé, en fit un résumé, tout aussi rationnel que possible. Résultat, on pataugeait autant dans la semoule qu’au début…enfin, peut-être pas autant…mais presque.
 
Mais de quel entretien on parle ?...Si tu ne nous dis rien, John on ne finira jamais par y mettre le doigt dessus…
 

Il avait voulu régulariser sa situation pour se marier, après avoir frappé à toutes les portes, une aubaine s’était présentée, anonyme ou y ressemblant, sans explications.
 
Alors tu n’as pas voulu marcher dans la combine et es parti…et après, début des emmerdes…Oui, Max, c’était au Ministère mais ça ne veut rien dire…tu sais à quoi ça ressemble cet endroit ?
 
L’autre avoua sans contrainte n’y avoir jamais mis les pieds.
 
T’es sorcier, toi ?...Enfin, passons…Oui, suis un des boss du coin, pour ce que ça m’avance…mais tu as raison, Megan a donné le fil à suivre…je mettrai mes gens sur la piste…tu as encore cette lettre, John ?
 

Il l’avait et la lui remit. À croire qu’il ne s’en séparait pas. J.O l’examina en silence, sans que cela ne lui dise rien.
 
Quelle que soit l’identité d’emprunt, on te garantissait la légalité de tes actes…Ça vaut une explication plus ample que celle que tu veux donner, ton affaire…non, vais pas insister, tu auras tes raisons, même si je suis sûr que nous avons tous pigé de quoi il en va…mais je suis du même avis que toi…ça n’est pas dans le même ressort de tes ennemis d’avant, ceux-là, si je ne me goure pas sur leur identité, t’auraient eu sans que tu saches ni quand ni comment…Là, tu as touché un point sensible chez quelqu’un et ça le gêne…drôlement, dirais-je !
 
Michael, qui semblait en savoir pas mal sur ce genre d’intrigues à rallonge, fut de son avis. Force fut d’admettre que Mr. Smith avait plus d’ennemis que ne permet la bienséance, mais compte tenu des moyens employés jusque-là, celui qui traquait John était un moldu.
Un moldu qui, sans doute mécontent de ce nouvel échec, avait disparu sans laisser de trace.
 
Ce qui ne veut pas dire qu’il pourrait essayer de nouveau…s’il a un contrat sur ta tête, mon vieux, pas la peine de te le dire, il n’aura cesse jusqu’à t’avoir…à moins qu’on l’ait, lui, avant !
 
Pas trop encourageant, mais John Smith ne semblait pas être à cela près ! On resta à l’attente d’une suite plus ou moins rocambolesque mais le calme plat semblait s’être instauré de ce côté-là.  À chacun sa vie et le devoir de s’en occuper.
Moment de s’y remettre, dans ses propres problèmes. Les recherches pour trouver la fameuse Lenny ou en savoir plus sur elle étaient en point quasi mort. Par remords ou qui sait si accablé de porter un si lourd secret, Cebius avait fini par apporter quelques informations supplémentaires, comme quoi la miss avait choisi de disparaître en partant pour les Amériques.
 
*Diable, si ça nous avance, ça...elle pouvait pas choisir le Costa Rica ?*
 
Sans renoncer à avoir, un jour ou l’autre, le fin mot de cette histoire, la vie se poursuivait. Socialement parlant, leur vie privée avait pas mal évolué. On se réunissait souvent avec la clique d’amis, chez les uns ou les autres. Angel trépigna de bonheur quand Ysaline Von Falkenberg lui offrit un poste important dans sa nouvelle clinique où elle disposerait d’un magnifique laboratoire et la possibilité de poursuivre ses expériences à un niveau plus poussé. John et Megan coulaient le bonheur parfait, sans aucune nouvelle tentative d’assassinat.  Justin et Sam aménageaient dans leur nouvelle maison, voisine à celle de Max et son Ysaline. Michael et Alix semblaient aller bien, du moins lui qui s’affichait de plus en plus souvent avec la cousine de sa femme, une créature divine que J.O trouvait absolument charmante, au contraire d’Angel qui ne savait pas la souffrir.
 
Cela avait commencé, tout bêtement,
 
La veille, ils s’étaient réunis avec  John et Megan pour dîner chez Sam. Belle soirée, à rigoler insouciants, en faisant honneur à un repas sublime arrosé des meilleurs vins. Rien qui pourrait expliquer le stupide malaise qui l’engourdissait depuis un moment. Le Magenmagot siégeait et la discussion allait, comme d’habitude absurde, se perdant dans des méandres inutiles.
 
Le très honorable Strang n’aurait-il pas son mot à dire ?, s’enquit-on, d’un petit ton narquois destiné à l’agacer.
 
Mais pour une fois, J.O ne se sentit ni le cœur ni les forces de répliquer, d’autant plus que soudain son nez s’était mis à saigner. Sans attendre la fin des débats, il s’était excusé et allé s’enfermer dans son bureau. L’hémorragie s’était arrêtée sans plus mais le malaise persistait.
 
*Ce qu’il manquait…tu couves un fichu rhume !*
 
Une semaine après, toujours pas de rhume mais ça n’allait pas mieux pour autant.
 
Seigneur, James tu as une mine à faire peur…tu te sens bien, mon petit ?
 
Suis fatigué, c’est tout !
 

Et son nez qui saignait, chaque articulation qui lui faisait mal, son bel appétit parti Dieu sait où. Si pas de rhume, sans doute un bon coup de stress, ça devait tomber tôt ou tard. Il fit de son mieux pour n’alarmer personne et espéra, comme tous les optimistes, que ça finirait bien par passer tout seul, ce qui, bien entendu, fut loin d’être le cas.
Angel  ne le rata pas. Il persista avec son histoire de rhume en latence et ne voulut rien savoir d‘être examiné par Ysaline.
 
Pas la peine de faire du foin, ma chérie…c’est rien !
 
Soirée entre amis, chez les Davenport. Personne parmi les présents ne fut sans remarquer que J.O n’avait pas du tout l’air en forme. Il avait maigri, était pâle et l’éclat de ses yeux s’était terni mais il persistait à sourire et bavarder comme si rien, même si parfois il perdait le fil de la conversation. On allait passer à table, après les apéritifs au salon mais J.O se sentit tout à coup incapable de quitter son fauteuil. Il ferma un instant les yeux, essayant de se reprendre mais tout sembla se perdre dans une brume épaisse. La voix affolée d’Angel lui parvint, il aurait voulu dire quelque chose pour la calmer mais ne put articuler un mot. Il avait un goût de sang à la bouche…

Tout bascula…
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J.O West

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Re: CQFD

Message par Angel Grisham le Dim Juil 06 2014, 17:37

Aspersions sur le visage, claques, revigor, Angel émergea enfin face à…
 
Mamy, qu’est-ce que tu as fait ? s’épouvanta-elle en se redressant de ses coussins.
 
Rien de plus que ce que toute femme dans mon état n’aurait fait, crois-moi ! Tiens, bois ça et écoute-moi…  
 
L’affaire était d’une simplicité qui aurait pu être hilarante si elle n’avait comporté autant de risque.  Guillerette, Mamy expliqua tenants et aboutissants :
 
Ne blâme surtout pas ton assistant, il n’y est pour rien. Je sais me montrer très persuasive avec d’autres que toi…  À te savoir très occupée à des choses mystérieuses, tantôt excitée, tantôt abattue, ma curiosité était piquée, tu le comprendras. J’ai visionné tes films… oui, oui, je sais très bien comment fonctionne un magnétoscope. Il ne m’a pas fallu longtemps pour capter l’ampleur de ta découverte. Voir ces rats reprendre sveltesse et jeunesse m’a fait prendre conscience de mon âge et de mes kilos superflus.
 
T’en as pris ! C’est de la folie. J’ignore tout encore des effets secondaires à long terme, et…
 
Je m’en moque, Angel !  Tôt ou tard, tu devais en passer par l’expérimentation humaine. Ben voilà, c’est fait, et tu n’imagines pas la joie que cela me procure. Non seulement je t’aide, mais en plus je possède à nouveau mon corps d’il y a trente ans.  
 
Si c’était toxique, tu y as pensé ??? JE ne veux pas te perdre, moi !
 
Je t’en remercie mais ce qui est fait est fait. Toutes les dispositions sont prises…
 
Hein ? Tu veux dire quoi, là ?
 
J’ai tout filmé en collaboration avec Stanley. Je suis passée chez mon notaire AVANT d’absorber quoique ce soit, signant un testament qui atteste de ma lucidité à entreprendre cette cure de rajeunissement quelle qu’en soient les conséquences à court, moyen ou long terme. Je suis si heureuse ma chérie, sois-le aussi pour moi, je t’en prie.
 
Incapable de retenir ses larmes, Angel inonda un mouchoir :
 
C’est… c’est très généreux mais si fou. S’il t’arrive quoique ce soit…
 
Je dirais que c’est égoïste de ma part, mon petit. Et puis… j’ai totale confiance en toi. Tu m’aideras à doser les gouttes suivantes… ?
 
Le mal étant fait, quel autre choix que de poursuivre avec un cobaye éclairé ?  
Mamy était prête à subir tous les tests nécessaires. Plusieurs rendez-vous médicaux furent donc pris auprès de divers spécialistes sans que l’âge réel de la patiente Mrs. Holland ne soit dévoilé.
Les radiographies prouvèrent des articulations impeccables. Aucun vaisseau sanguin n’était obstrué, cœur, poumons parfaits. On alla même jusqu’à prendre Angel pour la fille de la patiente. Le seul praticien qui marqua une réticence fut le gynécologue quant Rose déclara ne pas utiliser ni pilule, ni autre moyen de contraception :
 
Les grossesses passé quarante ans sont risquées, savez-vous ? Je ne puis que vous conseiller une ligature des trompes, à moins, bien sûr que vous n’envisagiez d’agrandir votre famille.
 
Il fallut une heure à Angel pour calmer l’hilarité de sa grand-mère.
 
Mamy, c’est pas marrant ! Est-ce que tu te rends compte du pétrin dans lequel on est ?
 
Si tu entends par là que je vais devoir changer de cercles d’amis, je t’assure que ça ne me pose aucun souci. Tu crois que c’est marrant de passer des soirées de bingo avec des vieux hiboux et vieilles chouettes, de donner des leçons de piano à des sous-doués ou de ne plus avoir qu’à s’occuper de ses roses ? Vais me trouver un job. C’est comme ça qu’on dit maintenant, hein ?  
 
Tu envisagerais quoi ? *Pas aviatrice ou astronaute… * Ça te dirait d’être nanny ? Des amis vont bientôt pouponner, ils ont déjà trois enfants dont l’aîné va rentrer à Poudlard…
 
Rose Holland entra alors au service des Von Falkenberg. Les deux parties étaient ravies ; Angel aussi puisque, avec une telle responsabilité, l’entrain nouveau de Rose serait freiné.  
 
Tant de cachoteries déplaisaient à Angel. Elle qui voyait déjà si peu son époux… J.O n’était pourtant pas au top mais ne se plaignait de rien. Était-ce son idée ou il avait maigri récemment ? Ces cernes ; c’était nouveau, non ?  La peau si ferme qu’elle adorait caresser le soir lui sembla trop souvent moite, quoique froide et flasque. Il devait se cogner souvent pour avoir tant de bleus ou quoi ? Elle eut beau l’interroger, à part qu’il devait couver un rhume, elle n’obtint rien.  
Autant que possible, Angel essaya de le soulager dans ses tâches quotidiennes. Bien sûr, pas question de siéger au Magenmagot à sa place.  
 
Tu as l’air si fatigué, mon chéri. Puis tu manges si peu. On devrait consulter…  
 
Qu’est-ce qu’ils sont bornés ces hommes ! Le sien en particulier.  
Le surveillant du coin de l’œil autant que faire se peut, Angel n’aimait pas du tout ce qui évoluait sous ses yeux. Une sorte de lumière d’alarme s’était allumée dans un coin de son cerveau mais elle avait les mains liées par l’obstination de J.O à prétendre que tout allait bien.  
Était-ce vraiment une mauvaise grippe ? Elle en doutait de plus en plus. Si courbatures et fatigue étaient présentes, le reste non.  
Lorsqu’il revint du Magenmagot dans un état lamentable, elle convia Ysaline en catastrophe mais le cher homme avait repris du poil de la bête et s’emmura dans son déni.  C’est vrai qu’il était si charmant et savait donner parfaitement le change.
On sortait assez souvent avec les Smith. L’entente des deux hommes était remarquable et remarquée. Angel ne se plaignait pas puisqu’elle partageait beaucoup de points communs avec Katherine que la grossesse épanouissait. Parfois, les dames discutèrent du cas de John mais même entre elles, on taisait ses secrets.  
 
La proposition d’Ysaline avait surpris et enchanté Angel qui, du coup, vit son horizon s’ouvrir largement.
 
Chef de laboratoire ? Yepee ! Tu te rends compte des perspectives, mon chéri ?
 
Mais chéri était las…
En douce, Angel commença à introduire des vitamines dans le peu d’aliments absorbés par son mari… en vain.
 
*Il faut qu’il consulte ! Quitte à l’assommer pour l’y forcer !*  
 
Impossible de savoir à quoi s’en tenir avec les hauts et bas de monsieur.
Très prise par la mise en place des appareils de labo, le recrutement des techniciens et assistants, Angel rata probablement plusieurs trucs mais pas celui concernant Michael De Brent. Plus personne ne voyait Alix mais lui paradait au bras d’une belle plante…
 
*Belle ? De façade, oui !*
 
Ses amies partageaient son point de vue, leurs maris non.  Lorsqu’Ysaline parla de sang de vélane circulant dans les veines de cette Manon Guerrand, les dames reconnurent le danger à fréquenter une telle créature :
 
Désolée Sam de le dire tout net : tu es l’exception qui confirme la règle…  Les vélanes sont des pestes, sauf toi !  
 
Tant de choses couvaient dont on ne voyait pas le premier bout de l’écheveau.  Il aurait fallu contraindre J.O à accepter des examens, surveiller Mamy, trouver si oui ou non John était encore en danger et le qui du pourquoi, retracer le frère de J.O, soustraire Michael à l’influence de Manon, tout ça en même temps avec à la clé une très prochaine inauguration bientôt à suivre d’accouchements multiples :
 
*Une veine que j’aie échappé à l’épidémie…*  
 
Mi Novembre.
 
Après une rude bataille juridique dans laquelle s’étaient investis J.O et Erik, la clinique put ouvrir ses portes.
Splendide travail réalisé par les Von Falkenberg !  Vu du dehors, l’antique manoir ne laissait en rien présager de ses ressources internes. Sitôt la porte aux vitraux franchie, tout changeait.
Seule une élite triée sur le volet pouvait accéder aux installations novatrices dissimulées adroitement en ces murs. Le vaste hall aux dalles de marbre immaculé fut foulé par les privilégiés conviés à cet événement. Un arrangement du tonnerre s’était établi entre les copines. Sam et Opal avaient agréé de partager leurs talents gastronomiques avec la clinique qui offrirait ainsi à ses hôtes – tant gratuits que payants – la fine fleur culinaire. Les jumeaux Nielsen firent une brève apparition, suffisamment longtemps pour qu’une fibre maternelle vibre enfin dans le sein d’Angel.
 
*Ce serait chouette quand même…*
 
Elle ne faisait rien contre pourtant, mais les Strang étaient si occupés, voire débordés… Un œil à J.O lui serra le cœur.
 
*Fichu bonhomme…*
 
Entre congratulations et conversations animées les projetant dans le futur, la duchesse put faire la connaissance du père de Max. Ainsi c’était lui le fameux Karl dont la bassinait sans arrêt sa grand-mère ? Bel homme, pas à dire. Dans la septantaine joviale, il avait largement contribué au projet de son fiston, seul héritier mâle…  
 
*Qu’est-ce qu’ils ont tous à tant vouloir un garçon ? Je veux une fille, moi !*
 
Pourvu que J.O partage son opinion. Mais où était De Brent ?  Tiens du remous à l’entrée…
 
*Par Merlin, il a osé…*
 
Là, du plus naturel possible, comme s’il présentait son épouse en titre à l’assemblée, Michael parut en compagnie de Manon Guerrand.  Pour un peu, Angel aurait sorti ses griffes et chassé l’intruse, à coup sûr imitée par les autres dames amies.  
 
À quoi joue-t-il ? Où est Alix?, paniqua-t-elle presque à Sam aussi révoltée qu’elle.
 
Opal faisait des efforts manifestes pour se tenir à carreaux tandis que son époux, à l’avenant de son frère, prévenait les moindres intentions de la jugée garce.  
L’alarme se déclencha avec l’apparition inattendue de l’elfe de Michael. Une Bikita affolée réclama aide et assistance à la cantonade… pas à son maître qui, du reste, continuait à parader comme si rien…  Ysaline, alourdie par 8 mois de grossesse s’apprêta à transplaner illico. Angel la freina :
 
On te la ramène, prépare tout ! Sam, avec moi !
 
Lady Davenport enceinte aussi, mais récemment, ne se fit pas prier.  
Ce qu’elles découvrirent à la Tanière les choqua mais pas le temps d’approfondir. Le souffle court, pâle comme un linceul, Alix semblait au bout du rouleau.
 
Elle n’a pas perdu les eaux mais ça tarde pas. Que lui a-t-on fait, Seigneur Dieu !
 
Impensable, aucun mâle n’avait suivi le mouvement. À la va comme on peut, l’une d’un côté, l’autre à l’opposé, Alix fut embarquée.
Ysaline et un Erik distrait se penchèrent sur le cas débarqué. Angel s’occupa de la prise de sang confiée et en secoua la tête d’incompréhension :
 
Il… il lui manque plein de trucs mais l’urée atteint des sommets… C’est quasi comme pour Opal … en pire…
 
Les actes directs, Angel les ignorait. Elle ne pouvait que suivre les instructions qui, bientôt s’avérèrent contradictoires.  Perdue, elle ne sut à qui obéir : Ysaline ou Erik ? Opal régla la question en secouant son mari… paumé. Diurétiques en doses massives, maxi cocktail vitaminé et… prières. Les bébés étaient faibles, la mère encore plus. Et la conne d’Alix qui ne cessait de réclamer… Manon…  
Un long, long, pénible travail que nul ne pouvait freiner commença…
 
La fête ne s’en poursuivit pas moins. Véritable miroir aux alouettes, Miss Guerrand capta toutes les attentions masculines présentes. De quoi en avoir la nausée. Pas une fois Michael ne s’enquit de l’état de sa femme ni n’alla à son chevet.  Justin, probablement giflé par Sam, accusa le coup. John regardait, inquiet, un J.O béat devant une Manon souveraine.
 
Nous allons rentrer, dit-elle en le tirant par la manche.
 
Il ne commenta rien, s’effondra aux anges sitôt la tête sur l’oreiller.
Le lendemain, la journée débuta mal, présage ?
J.O avait la tête complètement à l’ouest, elle l’engueula :
 
T’as pas envie de bouger ? Ben reste-là ! Moi, je vais aux nouvelles.  

Ysaline et un Erik enfin dans ses pompes, luttaient pour retarder le plus possible l’accouchement de jumeaux prématurés.  Michael avait visité sa femme moins de cinq minutes avant d’aller Merlin sait où en compagnie de Manon.
La clinique ayant ouvert, les analyses ne manquèrent pas.  Plusieurs choses dérangèrent Angel en révisant celles d’Alix. La vérité lui sauta aux yeux, elle courut :
 
Ysaline, Manon ne doit plus approcher Alix. J’ai détecté des traces d’une substance hypnotique qui…
 
Elle s’en doutait mais le mal était fait. Dans la nuit, en croisant les doigts, les enfants naîtraient et, vu l’état de faiblesse de la mère, une césarienne serait inévitable…  
 
Aurait-elle dû décommander ce dîner avec Sam et Justin ?  Oui, non… trop tard maintenant.
La tête un peu ailleurs, les Strang furent reçus dans leur nouveau gîte qu’Angel leur envia tant le sien lui pesait dans sa poussiéreuse vétusté.
On évita les sujets qui fâchent surtout avec Justin, le grand pote de Michael.
 
Ysaline sonnera si changement, dit-elle avant de passer à table après une conversation difficile hormis détails de travaux et de bébé futur. Tu viens, mon chéri ?
 
Qu’est-ce qu’il lui faisait, là ?
 
J.O, ça va pas ?... Oh, mon Dieu, sa bouche…
 
Justin et Sam se montrèrent à la hauteur de l’amitié partagée. Le Duc inconscient transféré, ce fut à Angel de procéder aux analyses. Un coup de massue sur le crâne ? Elle aurait préféré…
 
Y… Ysaline, Erik, refaites les tests… ça ressemble à…
 
Le mot sonna terrible : leucémie aigüe.
Effondrée, Angel ne valait pas une chique quand ses amis se présentèrent aux nouvelles. Qui les avait prévenus à cette heure ? Peu importait.  
 
… Merci d’être là, Meg, John… me suis pas trompée, je le crains… mon pauvre chéri… m’en veux, m’en veux tellement ! J’aurais dû le contraindre, l’obliger… des semaines, oui…  Que vais-je dire à sa mère ? Que vais-je lui dire ?  
 
John, mortifié, se proposa de révéler son état à son pote. Angel n’en pleura que de plus belle mais déjà on la réclamait ailleurs : Alix !
Ysaline, gênée par son ventre, confia le bistouri à Erik.  La délivrance immédiate était indispensable quand, après 24 h de travail stérile, la parturiente s’éteignait. Lucas et Cécile naquirent cette nuit-là. Chétifs, minuscules, on ne donnait pas cher de leur peau diaphane.  Le père n’était même pas là !!  Placés en couveuse sous haute surveillance, ils occupèrent passablement Angel avec ses analyses. Alix partit en vrille, inconsciente d’avoir enfanté, on ne la récupèrerait pas sauf miracle.  
Que se passa-t-il au juste ? Angel ne le sut que plus tard. Mais un Michael échevelé finit par débarquer au chevet de la mère de ses enfants.  Ils avaient leurs soucis à régler, Angel avait le sien.  
 
Mon amour… Ma tête de mule adorée… John t’a dit ? ( pleurs contenus) Tu vas déguster et j’en suis tellement, tellement… Chut, tais-toi, garde tes forces. Les traitements actuels peuvent… BAISSE PAS LES BRAS ! Je te l’interdis ! J’ai besoin de toi, J.O, de ta force, de ton amour. Je ne suis qu’une idiote pour ne pas avoir vu clair avant, avoir tant tardé avant… Tais-toi ! On s’en sortira, TU t’en sortiras.
 
La chimiothérapie débuta au matin…
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Re: CQFD

Message par J.O West le Mar Juil 15 2014, 23:24

Douleur ? Désespoir ? Non, pas vraiment. Il se sentait flotter au-delà de ça. Peur ? Non, mais si un profond sentiment de défaite, de rage impuissante aussi. Il était là, livré à ce destin injuste qu’il n’avait pas vu venir, ou mieux dit, avait voulu ignorer, pensant, comme le fait la plupart, que ce genre de malheur n’afflige que le prochain malchanceux. Et lui, James Oliver Strang-Westwood,  avait toujours eu confiance en sa bonne étoile.
Une véritable ruche bourdonnante s’activait autour de lui.  Déférence, respect. Milord par-ci, Sa Grâce par-là. Il était à crever de Dieu sait quoi et on le bassinait de protocole. Entrevue un instant, lui sembla t’il, Angel n’avait su dissimuler son désespoir. Ysaline s’était penchée sur lui, l’air chagrin et ce bon d’Erik en avait pris un consciencieux qui ne cachait pas trop une profonde préoccupation. Mais, bien entendu, personne ne disait rien de concluant.
À vrai dire, il était passablement confus. D’abord il se trouvait chez les Davenport et on annonçait le dîner…et voilà qu’il revenait des limbes et se retrouvait allongé sur une table d’examens, dans une salle d’urgences où tout le monde se démenait comme dingue.  On lui prélevait du sang, lui appliquait une perfusion, le branchait à des appareils et Dieu sait quoi d’autre en lui recommandant de se calmer alors qu’il n’avait pas souvenir d’avoir pipé mot ou de s’être agité, il était trop fatigué pour cela.
 
Maintenant Sa Grâce va dormir !, dit gentiment une infirmière au visage poupin en exhibant une seringue qu’elle piqua dans la poche de perfusion.
 
Ma…femme…je veux voir ma femme !, il lui sembla avoir hurlé alors qu’à peine un murmure avait franchi ses lèvres, dois…lui parler…
 
Et elle fut là, tenant sa main quand vaincu de fatigue et calmants, il eut la sensation de glisser lentement dans un gouffre sombre, mais à part la regarder, il ne put articuler un traître mot.
Sommeil sans rêves et réveil agité. Le décor avait changé. Plus de salle d’urgences mais une chambre. Une veilleuse diffusait une lumière tenue, les rideaux tirés ne laissaient pas savoir si c’était jour ou nuit, quoique cela n’ait aucune importance. Il était seul, ce qui l’accabla mais ce ne fut pas pour longtemps, la porte s’ouvrit et John Smith franchit le seuil, l’air mitigé.
 
* Avec une tête pareille, ne t’attends pas à des bonnes nouvelles !*

 
Il s’arrangea pour grimacer un sourire en voyant son ami s’approcher.
 
Alors…j’ai l’air si mal que ça ?
 
Je ne dirais pas ça… je pense que Lazare avait meilleure mine que toi au sortir du tombeau et c’est ce que tu vas faire, mon pote : t’en sortir !
 
On ne pouvait pas nier que Mr. Smith avait un style certain pour se montrer direct. Il essaya de se redresser un peu sur ses oreillers, prêt à encaisser le pire qui ne tarda pas à tomber sec.
 
Je n’irai pas par quatre chemins car il est inutile de se leurrer, de te leurrer toi surtout : c’est très grave, J.O.
 
C’est…un cancer ?, parvint-il à souffler en sentant une boule d’angoisse folle lui serrer la gorge.
 
On fera tout ce qu’il faut, toi le premier…

 
Lui, il voulait se montrer lâche et  se mettre à hurler mais fit l’effort de garder contenance et s’enquit, d’un fil de voix sur les dispositions contemplées.
 
Ouais, chimio intense… t’inquiète, Angel adorera ta nouvelle tête !

 
*Vraiment ?*...Et…elle est là ?

 
Bien sûr qu’elle est là, juste à côté. Ta mère ne tarde pas…
 
C’était juste ce qu’il ne voulait pas affronter. Une Magnolia au désespoir alors que lui-même ne valait pas une chique.
 
Merci, John…de ne pas avoir brodé sur…la vérité…C’est dur à gober mais…mieux comme ça même…si c’est con, finir comme ça !
 
Son ami n’ajouta rien, ce n’était pas son genre, il se contenta d’hocher la tête, le regard triste. Cinq minutes pour digérer la nouvelle, se remettre les idées en place ou essayer de, déjà Angel, pâle et défaite entrait.
 
Mon amour… Ma tête de mule adorée…

 
Désolé, ma douce…désolé de te faire ça…Chut, ne pleure pas ! *Idiot, que veux-tu qu’elle fasse, tu es à point d’en faire une veuve !*
 

John t’a dit ? (pleurs contenus).
 
Oui…Il n’a pas fait de détours… je sais ce qui m’attend et…
 
Tu vas déguster et j’en suis tellement, tellement…
 
Ne dis rien, mon ange…c’est de ma faute…je n’ai pas voulu y penser…tu n’as rien à te reprocher…tu es merveilleuse et je t’aime…je t’aimerai toujours, mon Angel…c’est quand même bête…que ça ait été si court…on aurait pu…
 
Chut, tais-toi, garde tes forces. Les traitements actuels peuvent…
 
Il l’embrassa doucement, en séchant ses larmes.
 
On va pas se raconter des histoires…c’est trop rapide et virulent, on sait ce que ça signifie…Si ça ne marche pas…
 
BAISSE PAS LES BRAS ! Je te l’interdis ! J’ai besoin de toi, J.O, de ta force, de ton amour. Je ne suis qu’une idiote pour ne pas avoir vu clair avant, avoir tant tardé avant…
 
Mon amour…je ne voudrais pas mais…*suis si fatigué…*
 
Tais-toi ! On s’en sortira, TU t’en sortiras.
 
Il ne l’en aima que plus avec sa détermination, avec son amour qui le soutiendrait dans cette vallée de douleur et misère où il allait s’engager. Il aurait voulu rester comme ça, seul avec elle, à deux…mais Magnolia ne se priva pas de faire une entrée assez fracassante, toute à sa douleur, pleurant à chaudes larmes, l’image même de l’affliction maternelle face à une tragique échéance.
 
Mon petit, mon enfant…mais qu’apprends-je !? Pourquoi je ne savais rien !? Pourquoi m’a-t-on caché ceci ?
 
Angel eut son mot à dire, mais ce n’est pas pour autant que sa mère se calma, clamant à tout vent son droit d’être tenue au courant, etc, etc…On s’y prit à la comme on put pour la faire entrer en raison et avoir la paix.
La suite ne fut pas facile mais il fallait se montrer raisonnable et avant d’être dans un état second, prendre des dispositions pour l’avenir. J.O pouvait être malade et à bout de forces mais était résolu à ne laisser aucun détail sans régler.  Angel tempêta un peu, assurant qu’il avait surtout besoin de repos.
 
Ma chérie…vais en avoir du temps pour me reposer…
 
Avant de se réunir avec avocat, administrateur et secrétaire, il tint à le faire avec ses médecins traitants, à savoir les docteurs Von Falkenberg, Nielsen et Maxwell, l’oncologue qui lui exposèrent tout sur risques, effets secondaires et à long terme entraînés par une chimiothérapie agressive. Il encaissa coup sur coup chaque mot, chaque vérité douloureuse ou éprouvante qui mettaient, sans faille, en échec tout rêve qu’il  put avoir sur une futur resplendissant et une grande famille.
 
Alors, faites ce qu’il faut pour assurer au moins une possibilité…au cas où je survive, bien entendu…
 
Ils agréèrent sa demande et tout fut fait en conséquence. Il était éreinté en fin de journée mais toutes ses dispositions étaient prises. Angel, bien entendu, voulut savoir en quoi il avait occupé son temps au lieu de se reposer comme tout malade respectable.
 
Je suis avant tout ton mari et vu ce qui s’amène pas question de te laisser démunie, mon ange…tous les pouvoirs sont signés…tu peux agir en mon nom en ce qui ce qui concerne domaine, propriétés, banques… mon testament est fait…Chut ! Je devais le faire, Angel…nous savons bien que tout peut arriver…j’ai pris aussi une décision d’ordre médical…en prévision d’après…Oui, ma douce, je pense à tout…j’essaye au moins de ne rien laisser au hasard… et si je m’en sors et tu veux encore de moi…je veux avoir plein d’enfants avec toi…je n’ai jamais aimé personne comme je t’aime, ma chérie… ne l’oublie pas…
 
Le lendemain de bonne heure, Sa Grâce le Duc de Gilmore entama sa descente en enfer. Une longue et épuisante chute au-delà de la résistance. Courage ou témérité n’entraient plus en jeu, c’était un combat primitif, atavique pour  survivre. Lutte inégale contre un ennemi acharné qui ne cédait pas face aux attaques répétées et chaque fois plus éprouvantes.
Exténué physique et moralement, J.O perdait  la bataille, sans pouvoir, ni vouloir non plus, opposer plus de résistance. À peine s’il avait conscience  de la présence constante d’Angel, des amis, surtout de John, qui restaient avec lui, tenant sa main, bavardant, sans se montrer compatissants, au contraire, à l’exemple de Sam, le gourmandaient quand il flanchait, ce qui arrivait de plus en plus souvent…
 
Veux pas entendre un mot sur ça ! Tu vas t’en sortir…pense à ton Angel…après tout le mal que tu t’es donné…tu vas pas lâcher…c’est ça, j’adore ton sourire …j’ai toujours aimé ton sourire…On trouvera une solution…je te promets…
 
Il écoutait, sans presque parler, il n’en avait plus la force, se remettant à puiser un peu de courage là où il n’en restait plus. Voir Angel pleurer quand elle le pensait endormi, lui brisait encore plus le cœur, elle ne se résignait pas à le voir partir ainsi et il s’en voulait de le décevoir. Les visites de sa mère étaient, Dieu merci, devenues moins pénibles à supporter pas ainsi que celles de certains parents qui semblaient faire devoir de se présenter prendre de ses nouvelles.  Ysaline et Angel avaient mis en place un filtre strict pour minimiser ces visites, indésirables pour la plupart.
Il y avait des périodes, très courtes, hélas pendant lesquelles  son état se stabilisait et il pouvait jouir alors d’un peu de lucidité et force.  Angel était chaque jour plus pâle, plus mince, ses beaux yeux avec des cernes sombres et profonds.
 
Ma chérie…faut pas te laisser aller…non, vais pas me taire…tu dois me promettre…de ne pas…Laisse-moi parler…après ce sera trop tard…Je vais mourir, Angel…mais toi tu as  droit à une vie pleine et heureuse…Je sais ce que je dis…écoute-moi…promets-moi d’être heureuse…plus d’un homme se damnerait pour t’aimer, ma douce…tu le mérites…je sais, ça fera mal au début…après…faudra vivre…promets…
 
Il réussit à se faire envoyer au diable par une Angel en pleurs qui le traitant de tous les noms ne l’embrassait pas moins tout en lui tapant un peu dessus.
Ce fut sa dernière micro-rémission. Une nouvelle dose de médicaments l’envoya voguer dans un limbe incertain où réalité, rêve ou cauchemar se mêlaient sans distinction.
Que faisait cette gamine ailée juchée sur son lit ? Elle souriait, mutine, irradiant des ondes chaleureuses et rassurantes ou du moins c’était l’impression que J.O avait. C’était une merveilleuse hallucination, oui. Elle était si mignonne, entourée de cette aura lumineuse, avec ses ailes translucides qui frétillaient dans cette luminosité irréelle.
 
Aie confiance !, avait-elle murmuré en souriant, la tête penchée comme un petit oiseau du paradis.
 
T’es…venue me chercher ?, voulut-il  dire mais la voix lui manquait.
 
Aie confiance !, répéta-t’elle néanmoins avant de disparaître doucement dans une espèce de brouillard scintillant.
 
Il avait perdu conscience du temps écoulé, jours et nuits confondus dans cette spirale de douleur absurde, de confusion sans nom…
 
Nous allons vous préparer, Milord…tout va aller bien, disait le Dr. Maxwell,  un donneur…on a trouvé un donneur !
 
Trop faible pour quoi que ce soit, J.O se laissa faire.  Quelque part dans la brume de son esprit, une petite lumière perçait…et ressemblait beaucoup à de l’espoir !
 
Il n’était pas pour le savoir mais c’était le jour de Noël et il allait recevoir une greffe de moelle destinée à lui sauver la vie.

Aie confiance, avait dit l’hallucination.
 
Faudrait y croire…
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J.O West

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