Il est difficile d'aimer

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Re: Il est difficile d'aimer

Message par Ysaline de Bettancourt le Dim Sep 28 2014, 09:00

Au départ de leur relation, Ysaline avait eu énormément de doutes au sujet de Max. Toutes les informations récoltées ne le présentaient-elles pas comme un aventurier sans foi ni loi, coureur de jupons de surcroit ? Et pourtant, il lui avait plu. Plus que séduite, elle savait qu’ils étaient réellement faits l’un pour l’autre. Mieux : ils se feraient l’un PAR l’autre. Et la suite n’avait pas démenti cette certitude.
Cependant, jamais Ysaline ne s’était attendue à autant de compréhension de la part de son époux. Qu’il lui tienne la main durant une intervention aussi banale que la ligature des trompes signifiait tant !!  Il lui avait même proposé de subir lui, une vasectomie !  Ça, c’était hors de question.

*Si je meurs jeune, il doit être en mesure de refaire sa vie… complète… sans moi…*

Des vacances pour se ressourcer ? Il pensait décidément à tout, son amour !  
Tout compte fait, à quoi bon protester ? Le monde tournait, que demander de plus ?  Sauf que l’hyperactivité a ses exigences aussi…  

On reste combien de temps ? … non pas marre encore, mais…    

…pas de téléphone, pas de Net…rien que la mer, le soleil et nous à ne rien faire…On restera tout le temps qu’il faudra…

*Le temps que je devienne complètement dingue d’inaction ??*  

Oui, le séjour était parfait. Flâner, se dorer la pilule, s’aimer…
Vive la mousson qui gâcha, enfin, les choses…  

Avoue que tu as envie de rentrer, toi aussi ?... Les enfants ne te manquent pas ??


Oui, les enfants me manquent aussi…le reste, pas du tout ! Mais en parlant de ça…je voulais te dire que tout sera différent…

Tout ? Comment ça tout ? Ne me dis pas que l’on va prendre la marmaille et visiter le globe !


Pas question de courir le monde mais l’idée lancée sur l’orphelinat avait fait son petit bonhomme de chemin.  Max agréait :

*Parfait. *

Certes l’Afrique manquait à Ysaline. Cela aurait été mentir que d’affirmer le contraire. Là-bas, le boulot ne manquait pas mais dans bien des coins du monde aussi, hélas. Leur camp habituel était entre de bonnes mains, les meilleures qui soient. Les Von Falkenberg ne cherchaient pas à devenir des héros, non ! Ils souhaitaient offrir aux plus démunis une chance d’avoir une vie meilleure ou même… la vie tout court.
Le choix de l’orphelinat, Ysaline le laissa aux soins de Max et de ses contacts mondiaux.
Rentrer d’abord, la suite irait toute seule.  
Ah, ses, LEURS enfants ! En voilà de gais et bien dodus. En semaine, les filles iraient en pension à la rentrée. Karl et Rose n’auraient qu’à s’occuper cinq jours d’affilée du dernier : Chris.  

Il viendra nous rejoindre quand nous nous serons établis en sécurité, déclara-t-elle à Rose qui s’inquiétait.

Sa belle-mère était la femme la plus droite, la plus compréhensive qu’Ysaline ait croisée après Maria-Eli. Jamais de critique acerbe, reproche ou autre remarque désagréable comme Adélaïde, sa vraie mère, n’aurait pas hésité à la bassiner. D’ailleurs, Ysaline faillit rigoler lorsque Rose proposa :

Karl serait enchanté de travailler avec vous, et moi aussi !


Merci, Rose ! Une chose à la fois comme dit Max.

Le projet fut retardé. La faute à une assistante de labo…

… Crois-moi, ma chérie, ça finira par se tasser comme toutes les histoires de ce genre…

Un oubliette général ? Et la responsable, on la met aux fers ? On doit faire quelque chose !  

Elle laissa son staff se débrouiller, une autre mission l’attendait, non des moindres.  

La vieille Mrs. McGonagall recevait rarement des parents à peine le trimestre entamé. Ayant un dossier complet sur tous les élèves, elle était au fait de bien des choses concernant les Von Falkenberg. Que la mère d’Alex se déplace jusqu’à Poudlard était… intéressant, exceptionnel, irrésistible.
Des mains se serrèrent par-dessus l’énorme bureau antique :

Bienvenue, chère Ysaline. Nous n’allons pas tourner autour du pot, je suppose. Votre temps est précieux, le mien aussi. Vous verrez Alex dans un moment. Pas de catastrophe, au moins ?


Non, Madame. Juste pour une mise au point avant que mon mari et moi quittions l’Angleterre.

D’emblée, Ysaline aima cette femme rigoureuse, oui, mais dont le regard trahissait une profonde sensibilité en dépit de ses efforts pour la dissimuler.

Je connais Alex, soupira la directrice. Quasi son père à son âge. On en a subi avec Max, savez-vous ? (sourire en retour) Par contre, Mme Maxime n’a que des éloges à votre encontre, quoique… (nouveau sourire complice) Je pense qu’Alex vous comprendrait mieux s’il connaissait votre nature profonde…  

Je n’en attendais pas moins de vous, Minerva. Nous adorons Alex, même si nous lui avons involontairement puis très volontairement, imposé beaucoup…

C’est encore un enfant, votre enfant ! Il captera tôt… ou tard. Je l’appelle.  

Quelques instants plus tard, Alex fut convié à une réunion particulière. Lui qui débattait de l’équipe de quidditch à la maison commune des sous-sols râla comme un pou en étant sommé de la sorte.  Néanmoins, en le contemplant yeux dans yeux, Ysaline ne fut pas dupe de la  joie affichée en la voyant, ni de son effacement immédiat. Un salut poli, rien d’autre.
Minerva soupira :

Alex, ta maman est venue spécialement pour te voir. Je vous laisserai seuls dans un moment mais je tenais à assister à… quelque chose.  Assieds-toi, veux-tu ?  

Comme il était mal à l’aise ce grand garçon si bien bâti.

*Son père… plus jeune, avec deux ou trois trucs de moi…*
pensa-t-elle avec fierté.  

Il est des surprises déroutantes. Qui aurait pu prévoir que Mrs. McGonagall aille chercher une coiffe affreuse dans la vitrine à proximité.

Je crois que la cérémonie du choixpeau sera édifiante pour… tous. Parlez haut et fort, mon ami !


Pan ! Le cuir moisi atterrit sur la coiffure impeccable d’Ysaline.

*C’est quoi, ça ? Un traquenard ?*

ZUUUUUUUUUUUT ! baya le choixpeau réveillé. Moi qui pensais avoir la paix un an, ce n’est pas juste ! Qu’avons-nous-là ? Une admission tardive ?… Ah, non ! OOOOOH que non !  Saperlipopette…

Rarement, Ysaline était décontenancée. Elle connaissait le rituel que chaque élève de Poudlard subissait. Qu’est-ce que cela signifiait pour elle ? Pourquoi lui imposer ça devant son fils ?
Elle amorça un geste d’éjection ; Minerva sourit :

Autant savoir, non ?

Alex paraissait fasciné, en attente. Alors, elle conserva le couvre-chef en soupirant.  

Je vois… bien des choses, beaucoup de choses… cette non-élève a un potentiel…. Inqualifiable. Serdaigle serait mon premier choix mais… Le courage des Gryffondor l’habite aussi. Seulement… il y a également du Poufsouffle et du Serpentard dans cette personne. C’est… c’est absolument merveilleux ! Merci Mrs McGonagal de m’avoir réveillé pour ma première depuis… un siècle au moins ! DIVERGENTE !

Mère et fils s’entreregardèrent sous l’œil larmoyant de la directrice qui ôta le choixpeau, le remercia et le rangea avant de les laisser en tête-à-tête.

Wow, se pâma Alex. Une divergente !

Euh… ça veut dire quoi ?

Ben que tu es inclassable. Tu es tout, capable de tout, du meilleur comme du pire !


Pas besoin de cuir moisi pour le savoir, Alex !  Je sais très bien qui je suis et ce que je veux.  

L’extasié se renfrogna :

Ouais : des bébés, des bébés, des bébés, tous sauf moi !  

Sa main la démangea, elle tint bon :

Alors, c’est ça, encore ça ton problème ? Ne te mens pas à toi-même, Alex. Tu aimes tes sœurs et ton frère ! Je le sais, tu le sais, papa le sait. Tu te complais à jouer le vilain petit canard, et on en a marre. Pas marre de toi mais de ton attitude envers nous !

Je peux retourner voir mes potes maintenant ?

Non ! Sortons dans le parc, à l’arrière il n’y a personne à cette heure. Désolée si je t’évite le cours d’histoire de la magie mais s’il est aussi pelant qu’à Beauxbâtons, tu rates rien.

Tiens, il sourit.  

Promenade à pas lents dans ce jardin fleuri en quasi toutes saisons.

Je suis venue surtout pour t’avertir de deux ou trois choses…  

Elle ne lui cacha rien, ni de son opération, ni de leurs projets, ni de la vérité sur « cousin » Karl. L’enfant resta interloqué :

Alors plus de frères, ni de sœurs ?

Oh, si ! Des centaines ! Des centaines lâchés dans la nature, perdus, pauvres, affamés, livré à eux-mêmes ou à la cupidité, au sadisme des « grands » !
Ni toi, ni tes vrais frères et sœurs ne subiront ce sort. Avec papa, nous allons essayer de rendre au moins un rayon de soleil à plusieurs. Nous ne souhaitons que ton bonheur, Alex. N’oublie jamais ça !  


Des détails suivirent et, mine de rien, furent agréés.
Rassérénée, Ysaline put regagner Londres avant d’aboutir… au Kosovo…
Des méfaits commis là-bas par les uns ou les autres, Ysaline s’en foutait allègrement. Seules les conséquences importaient. Albanais, Serbes, autres ? L’inintelligence est universelle.  Mais eux, eux !!! Qu’avaient-ils fait pour mériter un sort pareil ?  
D’entrée, Le Dr Von Falkenberg sentit ses tripes lui remonter à la gorge. Une nonne, mère Anastasia, les reçut dans la cour piteuse du monastère ravagé. Un coup d’œil suffisait pour imaginer le reste du délabrement.  Oui, des petites réparations avaient été effectuées pour – au moins – protéger des pluies une aile des bâtiments. Mais Ysaline n’eut d’yeux que pour cette gamine :  SoubhanAllah   Elle voulut se précipiter, la supérieure la retint du bras :

Soubhan est… ce qu’elle est. Rien ni personne n’y changera rien. Elle a atterri ici, il y a deux mois et ne se complait que dans la cour…  Elle n’a plus aucune famille, tous ont été tués…  

Ysaline tourna vers la sœur un visage déterminé :

Elle parle quoi ? Albanais ?... ok ! Votre anglais est très bon, ma mère. Montrez à mon époux l’ampleur de la tâche, je vais à l’hospice.  

Dans la journée, des camions acheminèrent matériel et vivres. Noël avant l’heure ? Une goutte d’eau dans un océan de manquements divers.  
Tandis que retentissaient les bruits de scies, marteaux, foreuses et autres engins, Ysaline ne chôma pas.
La « clinique » était pire que celles d’Afrique. Il n’y avait… rien, rien qu’une sœur-infirmière dévouée mais démunie.  Oui, des docteurs étaient… passés et vite repartis.  Il fallut établir le bilan de santé de chaque enfant dont les âges variaient de quelques jours à neuf ou dix ans.  Néanmoins, Ysaline préféra d’abord recruter. Les sœurs défilèrent, un peu effrayées, surtout intriguées. Quel était ce dragon tombé du ciel ? Examens physiques et d’aptitudes effectués en moins d’une matinée, Ysaline sélectionna trois assistantes médicales et diligenta les autres tâches. La supérieure lui tomba dessus à bras raccourcis :

Vous vous prenez pour qui ?  La sainte vierge ?

Je suis, moi aussi, ce que je suis ! Catholique, chrétienne et croyante, j’ai quatre enfants, donc pour la virginité, on passe. Je suis docteur en médecine également, ai travaillé quasi 10 ans chez des réfugiés africains, et possède un flair et une audace dont vous ignorez totalement l’existence. Je ne tiens pas à vous supplanter, à jeter aux ordures votre sublime travail. Laissez-moi juste faire le mien !  Soeur Theresa et sœur Guadalupe seront de parfaites éducatrices avec de bons matériels.  J’ai osé mettre les sœurs Anne, Marie des Anges et Grâce de Dieu aux cuisines où c’est leur vraie place. Je garde les sœurs Jeanne d’Arc, Espérance et Patience au dispensaire. Mais toutes, absolument toutes vous êtes dénutries et sur le point de choper le moindre truc. Maintenant, c’est à vous, ma mère ! Déshabillez-vous !  

Qui pouvait résister à un docteur Zaline en rage ? Celui ou celle-là n’était pas encore né.  Mère Anastasia en resta comme deux ronds de flan et, pour une fois, céda.  

Un roc, vous êtes un roc, ma mère. Je dois juste vous injecter un petit cocktail vitaminé, sinon vous êtes bonne pour assumer vos fonctions.

50 enfants dans l’après-midi ? Bah, une broutille. Vitamines, vaccins, quelques plaies à désinfecter, ça allait. Mais ce n’était pas cela qui rendrait le sourire à ces malheureux gosses livrés à… tout.  
Les lits de camp hérités par le couple de bénévole étaient affreux et durs.  Personne à gauche, à droite ni en haut ni bas, et hop ! Un double lit moelleux. Max la regarda, effaré :

T’inquiète pas ! Personne ne saura… non, je te jure que je n’ai pas utilisé la magie aujourd’hui sauf là et… pas encore plus !... ne m’attends pas, dors… euh, manger ?


Zut, elle avait oublié.  
Ils s’offrirent un frugal repas aux bougies en discourant de la tonne de problèmes en cours.  
Enfin rompu de fatigue, Max céda à Morphée tandis que du sac à malices d’Ysaline s’extrait un dictionnaire de traduction.
Dans la grisaille du matin, Ysaline traversa la cour. Soubhan n’avait pas bougé. Recroquevillée sur elle-même, elle baignait dans ses déjections. Une poupée, des mots, un recurvite… Ce qui s’échangea, nul ne le saurait mais quand Ysaline se présenta au réfectoire accompagnée d’une fillette encore paumée quoique propre, l’ovation, les prières amenèrent bien des larmes aux yeux, et pas qu’aux siens…
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Re: Il est difficile d'aimer

Message par Max Von Falkenberg le Ven Oct 17 2014, 12:11

Plus qu’une tâche, celui-là était un défi, et de taille ! Au pouce, Max jugea que l’essentiel prendrait au moins trois mois.  Il ne s’agissait pas de raccommoder ceci ou cela, là, il fallait rebâtir et pour y parvenir il faudrait d’abord raser les ruines restées en place.
Laissant Ysaline se charger de la partie santé, il suivit la supérieure du monastère dans une visite guidée dans l’endroit le plus déprimant qu’il lui ait été donné de voir, et pour en voir des choses, on pouvait dire qu’il en avait vues. Celui-là avait été un monastère florissant, un petit chef d’œuvre architectural, aux dire de la mère Anastasia dont la bouche fine devenait pli amer à ces évocations.
 
On était autonomes…notre petit troupeau, notre basse-cour, nos champs…notre moulin…On faisait un pain superbe, savez-vous…nos fruits et légumes étaient…, elle s’interrompit , vannée de souvenirs et en le dévisageant elle avait l’œil sec, la moue dure, le passé ne reviendra pas…que comptez-vous faire ici ? Adoucir l’image d’une débâcle mal orchestrée ? Rédimer quelque faute ?
 
Non, ma mère,  nous ne voulons qu’aider. Désolé pour ce que les autres auront pu faire ou laissé de faire, ce n’est pas notre problème…La seule chose qui nous occupe, ma femme et moi, c’est remettre cet endroit en état et fournir à ces enfants l’opportunité d’une vie décente, heureuse, si possible mais nous savons bien, vous et moi, qu’après tant d’horreur, le bonheur est utopique…d’abord il faut un toit sur la tête, être au chaud ,manger trois fois par jour et être soigné quand il le faut…le reste viendra après…avec de la chance.
 
Qui êtes-vous ? Un ange de miséricorde ?, le ton ne manquait pas d’une certaine ironie.
 
Pas le moins du monde…suis Max, c’est tout…je serai chef de ce chantier, suis un acharné au travail, et compte parvenir à un but acceptable d’ici le prochain été…d’ici là, je suis prêt à vous promettre que vous aurez du mal à croire que cet endroit ait jamais été une ruine…mais assez bavardé, ma mère, nous avons du pain sur la planche…par quelque bienheureux hasard garderiez-vous quelque part les plans originaux de votre monastère ?

Je ne vois pas en quoi cela vous avancerait ?
 
Vous êtes dure à la détente mais rassurez-vous, c’est juste pour ne pas faire des bêtises et vous refaire l’endroit le plus ressemblant à ce qu’il était !

Les plans étaient partis en fumée, mais il restait un tableau, des vieilles photos et surtout des souvenirs strictement clairs. Dans les heures qui suivirent leur entrée e scène, arriva un convoi de camions chargés de tout le nécessaire pour entamer les travaux dès le lendemain mais aussi de l’élémentaire basique pour fournir aux enfants et leurs protectrices un semblant de confort en plus d’une bonne alimentation.
Max ne chôma pas ce premier jour, il n’avait pas l’habitude de le faire, mais là, ce fut plutôt exigeant comme prestation et en fin de journée, il n’avait qu’envie de tomber dans un lit et dormir. Or ce qui leur avait échu en tant que lit, méritait mal le nom.
 
Plutôt minable mais faudra faire avec, soupira t’il en pensant au tour de reins.
 
Mais son Ysaline avait de la suite dans ses idées et savait bien faire les choses. Sans demander son avis, d’un joli tour de baguette elle transforma les affreusetés en un merveilleux lit douillet qui pourrait les accueillir tous les deux.

T’inquiète pas ! Personne ne saura…
 
C’est pas ça qui me tracasse mais…faut pas en faire trop, tu sais…
 
Elle assura ne pas avoir employé de magie autrement que pour cela. Max ne protesta pas plus, il était trop crevé pour ça mais avait quand même un peu faim après s’être démené comme un dingue et voilà que déjà Ysaline, l’increvable,  envisageant de poursuivre encore avec Dieu sait quoi l’envoyait tranquillement dormir.
 

On pourrait quand même manger un bout, non ?
 
Euh, manger ?, elle semblait avoir oublié que c’est nécessaire pour survivre.
 
Ben oui, de temps à autre, ça fait du bien…Il y a des conserves, pas de quoi sauter de joie mais ça fera l’affaire…jusqu’à ce que tout soit en place…et alors, ta journée ?...T’ai pas vue après notre arrivée.

Elle en avait fait des choses. Vaccins, vitamines, examens divers, enfants et nonnes, sans distinction, mère Anastasia inclus. Plein de carences détectées, besoins divers mais surtout douleur et angoisse.
 
Ce ne sera pas facile…mais on connait l’affaire…les guerres sont toutes pareilles, débiles…Oui, j’ai vu la petite…un petit animal traqué qu’on dirait…Ah, tu crois pouvoir l’aider ?...Tu es un ange, ma Zaline…je t’adore…on finira de l’arranger ce monde…mais pas ce soir…
 
Deux minutes plus tard, il sombrait, sans aucune conscience de comment tourna le monde alors qu’il piochait en rêves. Réveil au chant du coq, survivant avec trois poules du pillage. On ne lambinait pas sous l’égide de Mère Anastasia. Il y avait des règles strictes à respecter.
 
On prie avant le petit déjeuner, informa la Supérieure, votre épouse assure que vous êtes catholique…
 
*Mais pas fanatique !*…Oui, vais prier avec vous…on en aura besoin !, il suivit le mouvement même s’il ressemblait à un zombie avant un café mais oublia vite ses petites misères en découvrant une des nonnes aux prises avec deux petits enfants en pleurs, donnez-moi un…pas de souci…sais comment m’y prendre !, il calma le mioche et gagna un point aux yeux de ces femmes endurcies.
 
Le petit déjeuner n’était qu’une triste parodie de ses habitudes, pourtant simples. Une bouillie insipide et une malheureuse imitation de café. Les enfants avaient droit à un petit verre de lait et un bout de pain avec un peu de fromage qui sentait le rassis.  Max pensait aux bonnes choses qu’il leur ferait goûter sous peu quand  l’entrée au réfectoire d’Ysaline tenant de la main une fillette serrant une poupée dans ses bras créa un arrêt sur image vraiment saisissant.
 
C’est Soubhan…Mon Dieu, c’est Soubhan !, s’écria une des nonnes.
 
L’enfant sauvage entrevue dans la cour, crasseuse et perdue s’était transformée en une petite créature propre, habillée, encore très craintive, accrochée fermement à la main d’Ysaline. Une ovation spontanée s’éleva, des prières aussi…Max lui, ne pouvait articuler un traitre mot…ça faisait un bail qu’il ne pleurait de la sorte, ému jusqu’au tréfonds de son âme, et il n’était pas le seul.
 
Le voilà, votre ange, souffla t’il à Mère Anastasia, dès qu’il put parler.
 
Elle avait aussi les larmes aux yeux mais parvint à lui sourire tout en lui tendant un mouchoir avant qu’il ne file rejoindre son Ysaline devenue le centre de gratitude générale, sans pour autant lâcher sa protégée.
 
Ben, dis donc…continue comme ça…et tu me voles la vedette…, rigola t’il, tu es merveilleuse, mon amour…je le savais déjà…mais là…tu fais en plus des miracles…
 
La vie est plus facile quand on a un miracle vérifié auquel s’accrocher. Que la petite Soubhan devienne une enfant normale, enfin dans les limites du possible, n’était en vérité que l’œuvre d’une mère pleine de bon sens, tact et assez d’énergie comme pour tirer de l’inertie une pierre dormante, mais pour tout ce petit monde privé de tout, du moindre sursis, celui-ci fut un signe divin leur indiquant que tout espoir était désormais permis.
L’avance des travaux fut très vite visible, les équipes de travail y mettaient en bouchées doubles, et début Novembre l’essentiel était prêt, désormais les enfants avaient deux dortoirs nantis d’un confort très acceptable. Le chauffage avait été installé, il y avait de l’électricité, de l’eau courante, des toilettes modernes ainsi que des salles de bain. Les cuisines avaient été bien aménagées  et le garde-manger était bourré à craquer de provisions.
Tous étaient conscients que la paix jouie jusque-là n’était qu’une apparence trompeuse, ils se savaient incessamment surveillés et que seule la présence de troupes de l’OTAN stationnées non loin de là maintenait éloignée une menace plus évidente.  Mais début Novembre, le point de l’OTAN s’en alla voir ailleurs, là où vraisemblablement on avait plus besoin d’eux.
Max demanda une réunion d’urgence avec la supérieure et la trouva dans son bureau, l’air passablement accablé. Elle avait aussi vite que lui, et sans doute tout adulte présent au Monastère, compris ce que le départ des Casques Bleus signifiait.
 
Nous devons être prêts à toute échéance, ma mère, sans vouloir pécher de pessimiste, ça ne saurait tarder et vous le savez aussi bien que moi…On devra se défendre le moment venu !

Mère Anastasia sut se montrer pragmatique et pour une fois, accepta sans discuter les idées que lui exposa Max, même si la perspective de voir des hommes armés dans son sanctuaire de paix mettait à rude épreuve ses bons principes.
Ysaline était à l’infirmerie en soignant un petit garçon qui s’était fait mal au genou en tombant. Max resta sur le pas de la porte, suivant, profondément attendri, chacun de ses faits et gestes, quand elle eut fini le petit vida les lieux, fier de son pansement coloré, brandissant une sucette.
 
Salut, ma belle…ça va ?...Euh, non, suis pas venu faire causette…Oui, ils sont partis ce matin.  Je viens de parler avec Mère Anastasia  et elle est d’accord…ça ne fera pas le plus bel effet et ça risque de rendre les enfants nerveux, ce serait bien si toi et les bonnes sœurs les emmenaient à la grande salle, tous…occupez les avec des films, n’importe quoi…qu’ils ne traînent pas dehors…Les hommes sont armés et prêts, ils ont bien compris ce qui était en jeu, il sortit un pistolet de la poche de son anorak et le lui tendit, c’est juste pour si jamais, ma douce…je ferai en sorte pour que tu n’aies pas à t’en servir…Oui, suis sûr qu’ils attendront la tombée de la nuit pour se pointer…on connait ce genre de racaille…c’est pareil partout !...Oui, s’il le faut, on s’y mettra avec quelques sortilèges ponctuels mais après faudra les arroser d’Oubliettes, son petit rire énervé précéda le tremblement de sa bouche qu’il effleura du pouce avant de l’embrasser, tout va aller bien…
 
Ils savaient sciemment que ce ne serait pas la seule fois. Ils avaient déjà vécu la même situation, en différente circonstance et ce serait pareil ailleurs.
Ce soir-là, Naser Slobadi et ses hommes entrèrent dans la cour du monastère comme en territoire conquis. Mélange exécrable de dissidents, un jour ennemis, un autre unis par l’appât du gain. Leur but unique celui d’asservir le faible et le plier à leurs demandes. Le regain de fortune du vieux monastère ne pouvait qu’attirer leur convoitise, quelques nonnes, deux étrangers entremetteurs et un groupe d’ouvriers ne signifiaient rien pour eux.
Sauf que cette fois, ils furent mis en déroute par un groupe de nonnes déterminées et quelques hommes armés. Ils ne seraient arrêtés que bien plus tard, après une sanglante traque.
Ce fut aussi le premier week-end avec leurs enfants qu’ils ratèrent.  Cette semaine l’hiver se pointa avec des fortes chutes de neige, rendant difficile l’accès au Monastère qui se trouva pratiquement isolé au milieu d’un monde de merveilleuse et hostile blancheur.
Le jeudi suivant, un chasse-neige antédiluvien crachotant une fumée noire, vraie menace de pollution environnementale, déblaya, cahin-caha, le chemin, leur permettant d’atteindre la route et de là, comme le supposaient tous, l’aéroport de Pristina…
 
Pile pour notre week-end…c’était ça…ou le ski !, rigola Max alors qu’ils se retrouvaient dans l’allée menant à leur maison dans la banlieue de Londres, faudra penser à nous munir d’un moto-ski…ce sera plus utile, on dirait que l’hiver ne sera pas commode…et vaut mieux avoir de la mobilité…surtout si on pense emmener Chris avec nous et avoir toute la famille là pour Noël…tu ne crois pas ?

Coup d’œil un peu effaré…mais ils étaient déjà face à leur chez soi et dans la joie des retrouvailles, la conversation en resta là…mais ce n’était que partie remise, ça il le savait !
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