Douce France...

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Douce France...

Message par Louis Legrand le Mar Mar 03 2015, 20:06

Juillet 2004
 
 
Le soleil brillait sur les flots.
 
*Bon signe !*
 
Ils auraient pu emprunter la voie sous la Manche mais ni elle ni lui ne l’avaient souhaité. Ce voyage, Louis en bavait depuis qu’il avait reçu des papiers le déclarant officiellement citoyen français.
Pour en arriver là, bien des moyens avaient dû être déployés. Leurs amis sorciers n’avaient pas failli à leurs promesses. Un long, pénible apprentissage s’était déroulé afin d’assurer la crédibilité absolue. Là, M et Mme Legrand rentraient enfin au Pays.
 
Tu vas voir, ma douce, Ma France est merveilleuse !
 
Selon les documents tamponnés, certificats et autres, Louis Legrand était un homme riche, ambitieux, talentueux. Il avait étudié dans des contrées lointaines entre autre au Canada où on le connaissait de réputation. Gourmet, gourmand, il ne briguait rien de moins que le col bleu, blanc, rouge des meilleurs ouvriers de France.  Mais ses prétentions ne s’arrêtaient pas là. Il était attendu dans deux académies prestigieuses afin d’obtenir ses lettres de créances, ou du moins ses diplômes.  
Quitter l’Angleterre, Achille, Sissi, les autres, fut un crève-cœur néanmoins indispensable.
 
… Chichille, t’en fais pas ! Je veux rentrer chez moi, je le dois. On reste en contact quoiqu’il advienne !
 
Hélène, tendre Hélène, le suivrait partout envers et contre tout.
 
Ma mie, une voiture nous attend à l’aéroport. J’aurais voulu un attelage mais on a crié au fou… non, il y aura un chauffeur. Je pédale encore avec les commandes de ces bolides qui empestent… On s’y fera, tu verras.  
 
Côte à côte en 1ère classe pour un court vol, ils profitèrent du confort et des attentions de l’hôtesse non sans certaines appréhensions pour ce petit baptême de l’air. Lorsqu’aux flots bleutés succéda la terre, Louis rivé au hublot lança :  
 
Elle est là ! MA France est là !  
 
L’atterrissage, il n’aima pas. Ça secouait bien trop à son goût. Le navion ne serait pas exactement son transport favori.  
On cria encore au fou ? Louis s’en ficha. Jouant des coudes, il fut le premier à débarquer, courut sur la passerelle et tomba à genoux pour embrasser sa terre natale, même s’il s’agissait de tarmac. Il riait, sans se soucier des regards ahuris, des clichés que l’on prenait du « dingue ».
Passé cet épisode, royal, il réceptionna son Hélène au bout de l’escalier, lui tendant un poing où poser sa dextre :
 
Ma reine, voici Ton Royaume !
 
Le chauffeur, très stylé, ouvrit la porte de la limousine dès les formalités accomplies sans bavure. Des farfelus, il en avait déjà véhiculés mais ceux-là battaient des records. Bah ! La paye était bonne, no comment.  
Le nez collé à la vitre, Louis s’emplit la vue à en avoir le tournis. Hélène, fatiguée, s’endormit dans le confort moelleux des coussins de cuir.
Paris ! De tout ce qu’il vit, Louis en resta sur les fesses.
 
*Dieu que ça a changé !*
 
C’était quoi ces monuments grandioses ?
Il avait étudié plus ou moins la nouvelle topographie de la capitale mais la vivre était… anéantissant. Place de la concorde, tour Eiffel, arc de triomphe… La suite de l’hôtel cinq étoiles offrait un panorama à couper le souffle.  
 
Ils l’ont surnommée la ville lumière ! Faut avouer que, depuis Monsieur de La Reynie, mes bourgeois ont pu circuler bien plus en sécurité dans nos rues. 2736 lanternes dans 912 rues… c’était beau. Ça c’est splendide ! Je suppose que l’on pourrait, sans crainte, aller se promener ? Qu’en dis-tu, ma mie ?
 
Ils se baladèrent aux Champs Élysées. Hélène  semblait fascinée par les devantures de certaines boutiques de luxe. Louis promit d’y faire des emplettes dès que possible. Le métro, son plan, avait été bien appris. Louis visait l’ancien palais des tuileries et un arrêt émouvant à la cathédrale Notre-Dame.
 
J’ai contribué à son embellissement intérieur. À cette heure, c’est clos, dommage. Demain, ma douce, nous irons dans Mon palais !
 
Versailles !
 
La ville en elle-même avait énormément changé. Mais le but visé, d’extérieur peu.
Franchir les grilles aux sommets frappés de ses emblèmes dorés, aborder la grande cour intérieure, remua Louis jusqu’au fond des tripes. Sa statue équestre amena un bref sourire mais il avait surtout envie de pleurer.  Et puis c’était quoi cette foule ? Oui, oui, on lui avait expliqué, il avait lu là-dessus, sur le devenir de son château mais… soupir.  
Coincés parmi d’autres touristes d’un jour, ils firent la queue, comme tout un chacun.  
 
*Payer pour visiter mon bien, un comble !*
 
Grâce aux cailloux expédiés par Lindsay, le prix n'avait pas d'importance, le principe oui.

 Ah, on avait le choix entre une visite guidée groupée ou une autre individuelle avec un bidule à mettre dans ses oreilles. N’étant pas au top avec la technologie, rien de mieux que l’ancienne méthode, apparemment peu prisée, ouf ! Un berger suivi de 20 moutons les orienta avec arrêts multiples :
 
Nous commençons par ce grand escalier de marbre dit l’escalier de la reine.
 
Vous pourriez déjà annoncer que ce palais n’était au départ qu’un modeste pavillon de chasse de… Louis XIII en 1624.
 
Le guide lança un premier regard noir à ce touriste enquiquineur :
 
Si monsieur veut bien me laisser faire mon boulot. Je disais donc : l’escalier de la reine…  
 
Laquelle, je vous prie ?
 
Mais enfin, monsieur ! s’insurgea le guide.
 
Non, ce monsieur a raison, se distingua un chenu à barbiche blanche. La reine, c’est trop vaste. Tant se sont succédées ici. Alors, c’était laquelle ?
 
Disons, Mme de Pompadour.
 
Ce n’était pas une reine, rien qu’une favorite, rouspéta le chenu !
 
Si mes commentaires déplaisent, quittez ce groupe. Moi, je dis ce qu’on m’a dit de dire.
 
Louis se marra en douce et, poussé par un désir de vérité, osa :
 
Cet escalier n’existait pas du temps du fondateur de cet édifice : Louis 14ème du nom. Mais, si je ne m’abuse, il aboutit à la salle des gardes, si elle existe encore. Montons donc voir.  
 
En rigolant, tous suivirent le mouvement, laissant le guide suivre d’un pas lourd.
 
Ah, la salle de mes gardes. Un peu différente avec des tableaux dont Louis se serait bien passé, ses gardes aussi si vous voulez mon avis. C’est ici que l’on freinait les indésirables en protégeant le monarque.  Poursuivons…
 
Les traits de Louis passèrent par toute une palette d’émotions dans la 1ère antichambre qu’il avait fait élargir en 1684. Étranglé, il dit :  
 
I… Ici, le roi aimait souper en compagnie de sa Françoise, Mme de Maintenon. La musique de monsieur de la Lande y était douce, les mets sublimes. Les lundis matin, on pouvait déposer des placets que je… qu’il vérifiait et annotait ensuite.  Admirez les tableaux de Joseph Parrocel, ne sont-ils pas délicats…
 
On s’extasiait, prenait des clichés, filmait, et lui restait plongé comme dans un état second.  
Il se fichait des autres touristes. Cette visite était pour Hélène, pour lui montrer de quoi il avait été capable, jadis.  
 
La seconde antichambre a été transformée par… ses soins. E, 1701, Louis a voulu sa chambre plus proche. Les courtisans siégeaient en cet endroit avant d’être introduits. Voyez cette frise, cette ronde d’enfants rieurs sculptée par Poulletier, Hardy, Hurtrelle, Poirier, van Clève et Flamen. C’est si… les bustes, bah, ils ne reflètent rien de bien réels à mon sens. On pourrait croire que Louis XIV était narcissique, il voulait juste impressionner et… se rassurer. Plus le pouvoir grandit, plus la jalousie augmente.
 
La pièce suivante amena de franches larmes aux yeux de Louis qui souffla, pour les seules oreilles de son épouse :
 
C’est ici que je suis mort.  
 
Vous ne commentez point, monsieur, je-sais-tout ? ricana le guide.
 
Que dire ? Imaginez-vous un être d’exception, obligé de par ses ambitions à ne plus avoir quasi d’intimité. Petit-lever, grand-lever, le coucher devant tous. Heureusement, entretemps on pouvait vaquer à bien des choses plus agréables quand le travail ne vous rattrapait pas.

On y dînait aussi au petit couvert, parfois… Hélène, partons, je n’en puis plus.
 
Ils se sauvèrent, laissant le groupe surpris en plan, Louis entraînant son adorée vers l’arrière et ses jardins.  
 
Sur la grande terrasse, face au parterre d’eaux, il détailla :
 
Là-bas, c’est la fontaine d’Apollon, tu n’imagines pas le mal qu’ils ont eu pour amener toutes ces eaux ici. Viens !
 
 S’il fermait les yeux, Louis aurait pu s’imaginer en train de descendre ce grand escalier en compagnie de la foule habituelle de courtisans. Ils bifurquèrent à gauche :
 
Voilà mon orangerie. Mon cher Mansart a reproduit les plans de Vau-le-vicomte. Je m’en veux depuis des siècle de ce que j’ai fait à Fouquet… j’étais jaloux mais( sourire) ça valait le coup !  
 
Discutant gentiment, Louis s’extasiant sur les beautés de jadis, Ils allèrent de bosquets en fontaines jusqu’au grand canal. Un instant nostalgique, Louis tourna la tête à droite et s’écria :
 
Mais qu’ont-ils foutu là-bas ?
 
Il distinguait des bâtiments assez coquets, sans doute construits après son règne.
Tournant et retournant son plan remis à l’entrée, Louis s’énervait. Une toux discrète le fit se retourner :
 
Puis-je vous aider, monsieur ?
 
Tiens, le grisonnant à la barbiche. Coïncidence ? Louis n’en crut rien.  
 
Excusez-moi, je confirme vous soupçons : je vous ai suivi, Monsieur. Je suis le comte d’Aubrac, sociétaire de l’académie des arts et du patrimoine.
 
Inclinaison, baisemain à Hélène.
 
Je me mêle parfois à des touristes ordinaires, histoire de vérifier l’exactitude ou les âneries débitées lors des visites. Je dois avouer avoir été très surpris en entendant certaines de vos remarques si judicieuses…  
 
Ouille ! Ça sentait le roussi. Mais la fable était prête à être servie :
 
Je suis Louis Legrand, voici mon épouse Hélène. J’ai beaucoup étudié l’histoire du fondateur de cette enceinte ; je me dispose d’ailleurs à passer…
 
Vos diplômes ? Je suis au courant, je suis en outre un membre du jury examinateur. J’aimerais, si cela vous agrée, poursuivre cette visite en votre compagnie…  
 
Échange de regards un peu inquiets avec Hélène. Refuser aurait été très impoli, accepter risqué.  
On prit le risque et tout se passa bien. Le vieil homme aux yeux bleus malicieux ne ratait rien, enregistrait beaucoup.
À la fin du tour, il exultait :
 
Louis, Louis vous êtes extraordinaire. Tant de détails, de finesses, même des expressions d’époque ! S’il ne tenait qu’à moi, votre diplôme serait en poche. Mais dites-moi, que pensez-vous de la réincarnation ?...
 
Que… que du bien ! Merci, à bientôt, jeta Louis avant d’entraîner Hélène vers la sortie du parc.
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Re: Douce France...

Message par Hélène Legrand le Sam Mar 07 2015, 08:49

*Ne plus invoquer Zeus…en tout cas le bon Dieu…mets ça toi, dans la tête !*
 
Et ainsi de suite. Ne pas dire ceci, ni cela mais plutôt…et s’en suivait une litanie longue comme le bras, qu’elle retenait à moitié, sûre que c’était plus que suffisant. Il y avait des choses qu’on faisait et d’autres que pas. Pourtant la vie moderne lui avait semblé facile et plaisante, les premiers jours, en Australie, quand Opal, qui était si marrante, se chargeait de l’écolage. On s’était vite chargé de la déchanter, une chose était vivre perdue dans un bled paumé de l’Outback australien et une autre très différente le faire ailleurs. Comme quoi, certains tenaient ces belles Antipodes comme un endroit peu digne d’être jugé civilisé.
 
*Ça m’allait très bien, moi !*
 
Mais, curieusement, personne ne semblait avoir que faire de son avis.
 
*Ouais…ça n’a pas beaucoup changé alors !*
 
Quoique, en fin de comptes, Hélène si fichait un peu de tout ce qui se passait. Louis était là, et pour elle, c’était déjà tout dire. Son Louis, son amour…qui, même si son aspect avait radicalement changé, continuait d’être adorable, charmant et tout aussi épris d’elle. Louis, qui décida qu’il voulait tout savoir, tout apprendre, s’adapter à fond et regagner un jour sa France adorée.
Soupir ! Mais pour en arriver là, on dut passer un long temps dans un pays au climat triste. Les Davenport ne pouvaient être plus charmants, ils avaient accueillis les trois couples de paumés dans le temps et l’espace, se prenant, avec grand esprit, à la tâche de mettre les pendules à l’heure.
Une fois qu’elle eut pigé l’essentiel, bu ses potions et appris français et anglais en un clin d’œil ou presque, on lui ficha une paix royale. Apparemment, il n’y avait pas beaucoup de tracas à se faire pour elle. D’éclatante jeunesse, blonde comme les blés, belle comme le jour, en plus de fortunée et mariée à un homme admirable…On ne s’attendait sûrement pas qu’elle tienne un discours philosophique, ni politique…ni discours du tout, suffirait de sourire et débiter ce qui lui passerait par la tête…personne ne s’en plaindrait !
 
*Et voilà, ma belle…blonde et bête, il y a des clichés qui survivent aux siècles !*
 
Apprendre à conduire était une activité, vraisemblablement, réservée aux hommes. Pourtant Opal avait eu le bon cœur d’expliquer les notions à Hélène, sans s’attendre qu’elle demande à apprendre pour de bon…et curieusement y parvenir avec bien plus d’aisance que ces messieurs.
 
Ne dis rien, avait demandé la belle de Troie, ce sera marrant de surprendre Louis un de ces jours !
 
Tope-là ! Motus et bouche cousue.
La partie agréable, très en fait, de cet apprentissage fut la découverte des magasins et boutiques. Hélène aimait les chiffons ! Il suffit de suivre les conseils ponctuels de Samantha, très entendue en la matière et le reste consista à s’en donner à cœur joie, en adorant le regard énamouré de son roi chéri quand elle défilait avec ses nouvelles acquisitions.
Et puis vint le jour où il fallut prendre congé et aller affronter le vaste monde, eux seuls, forts de leurs connaissances, savoir-faire et charme. Se séparer de Sissi et Isabel  fit verser beaucoup de larmes, elles avaient été compagnes d’aventures pendant si longtemps et partagé tant de choses.
 
Nous nous reverrons, j’en suis sûre…vous êtes mes sœurs…mes amies…prenez soin de vous et soyez follement heureuses ! Je vous donnerai de nos nouvelles !...Merci Justin, Sam…sans vous, rien ne serait possible !
 

Embarqués corps et biens dans la limousine, on prit la route vers l’aéroport.  Il faisait beau, de quoi supposer que leur vol vers Paris se déroulerait sans anicroches. Louis avait tout prévu pour leur arrivée.
 
Ma mie, une voiture nous attend à l’aéroport. J’aurais voulu un attelage mais on a crié au fou…
 
Oui, vaut mieux pas trop se mettre en évidence, mon amour, tu sais ce qu’a dit Justin…et…tu vas conduire ?, petite question malicieuse dont la réponse ne la surprit pas le moins du monde.
 
Non, il y aura un chauffeur. Je pédale encore avec les commandes de ces bolides qui empestent… On s’y fera, tu verras.
 
Bien sûr que oui, mon Louis…on en a déjà  tant fait que j’ai parfois de la peine à y croire…Il est joli, cet avion ! Suis sûre qu’Amelia en aurait raffolé…, soupir avant de détourner un peu la tête en essuyant une petite larme discrète.
 
Pas trop d’appréhensions pour ce vol, le premier en avion mais après tout quand on a volé en ballon sur un monde inconnu ou essayé le Portoloin sorcier rien ne vous secoue plus trop !
Louis scotché au hublot ne cessait de faire des commentaires. Les autres passagers de 1ère Classe secouaient la tête, amusés de tant d’enthousiasme qui alla en croissant une fois entamé le survol de la patrie tant languie. Il fallut patienter encore un peu jusqu’à l’atterrissage et encore là, Louis se démarqua par sa joie délirante qui le mena jusqu’à tomber à genoux et embrasser le tarmac, follement ému.
 
Il est pas un peu fou, ce mec ?, demanda un des passagers qu’il avait bousculé sans manières pour débarquer le premier.
 
Fou de bonheur, oui !, riposta Hélène, cela fait des siècles , et elle n’exagérait pas du tout, qu’il rêve d’y revenir !, le tout accompagné d’un sourire d’irrésistible charme, si vous permettez…je le rejoins !
 
Il l’attendait, royal, au bas de l’échelle.
 
Ma reine, voici Ton Royaume !
 

Évidemment, bien de choses devaient avoir changé depuis ces temps glorieux. Si déférence il eut, ce fut sans doute dû au fait d’être des passagers de 1ère Classe, rien de plus. Pour un retour royal, celui-là fut du genre discret…enfin, tout aussi que possible, parce que Louis, très en verve, attirait à lui tout seul plus d’attention que voulu. 
Les émotions de la journée l’avaient fatiguée, elle s’en voulut de ne pas suivre avec plus d’attention les commentaires de son chéri ébaubi mais s’endormit tranquillement et ne se réveilla que quand la limousine s’arrêta devant l’hôtel.
Réception très stylée, on le convoya, avec beaucoup d’égards vers la suite réservée. Multiples bagages posés, courbette par ci, onctuosité par-là, on les laissa enfin seuls. Louis l’entraîna illico admirer le panorama offert.
 
Ils l’ont surnommée la ville lumière !, racontait Louis pour évoquer de suite les temps de son règne avec nostalgie mais cédant d’immédiat à l’admiration, ça c’est splendide ! Je suppose que l’on pourrait, sans crainte, aller se promener ? Qu’en dis-tu, ma mie ?
 
J’en serais ravie, mon chéri, laisse-moi le temps de passer quelque chose de plus adéquat pour une balade en ville…ces hauts talons sont très élégants mais donnent mal aux pieds !
 
Magnifique. Louis avait bien de quoi être en plein émoi. La ville était somptueuse, digne de lui. Les superbes boutiques aperçues en passant mériteraient bien une visite approfondie mais pour le moment, elle suivit son chéri dans le métro. Elle avait déjà connu celui de Londres, sans apprécier du tout, celui de Paris ne la ravit pas plus.
Pour une balade, c’en fut une. Hélène suivait le mouvement, émue de voir Louis si heureux, et si surpris aussi des changements survenus à sa capitale. Pour son bonheur, beaucoup de ce qu’il avait connu de son temps, construit ou embelli,  était toujours là en fier témoignage de la splendeur de son époque.
Mais rien n’égala la visite à Son Versailles tant aimé, le lendemain de leur arrivée.  Là, ce fut le choc. Si le palais demeurait, en essence tel quel, le voir envahi par des centaines de badauds déplu énormément à Louis. Devoir payer pour visiter, le remua même s’il savait d’avance à quoi s’attendre.
 
Ils sont tous là pour admirer ton œuvre, mon chéri…tu devrais en être plus fier qu’autre chose…, elle ne lâchait pas sa main, se voulait conciliante mais avait mal au cœur en devinant les sentiments qui agitaient son chéri.
 
Ce retour au passé n’était pas aussi réjouissant que supposé, c’était plutôt un crève-cœur, une pérégrination douloureuse pour revivre un temps révolu à jamais et le pire, sous la houlette d’un imbécile qui se voulait guide, auquel, Louis avec grande grâce, vola la vedette en donnant des explications très pertinentes, après qui mieux que Lui pour savoir comment allait vraiment l’histoire, avec l’appui  d’un autre visiteur apparemment aussi connaisseur que lui…
Hélène râlait, tout en admirant la magnificence des lieux. Louis souffrait et elle ne pouvait rien faire pour l’éviter.
 
C’est ici que je suis mort.
 
Mon chéri…ne t’inflige pas plus…c’est trop !, s’il n’avait tenu qu’à elle, Hélène l’aurait entraîné en courant vers la sortie la plus proche.
 
Mais le guide, vexé, s’en mêla, obligeant Louis à reprendre, d’une voix enrouée l’exposé avec douloureuse précision, mas c’en fut trop.  
 
Hélène, partons, je n’en puis plus.
 
Pas besoin de le dire deux fois, elle le suivit au long de chambres et antichambres de Son palais jusqu’à la sortie vers les jardins.
 
C’est merveilleux, avoua Hélène,incroyablement beau…*un peu énorme, quand même…*
 
Mais elle resta pendue à ses lèvres alors qu’il détaillait et encore là elle devina qu’il retournait au passé, au temps des fastes de Sa cour. Sans se presser, ils parcoururent les lieux, paisibles pour le moment. On passa par L’Orangerie, encore des souvenirs, quelques remords aussi. Le 14ème du nom n’était pas allé de main morte pour faire Sa Volonté, ça elle le savait après des heures de lecture mais à chaque roi le droit de dicter Sa loi. Si lors de leur vie au monde du Fleuve et après au Village, Louis cédait parfois à la nostalgie de son règne, se retrouver sur les lieux-même, avivait encore plus la flamme du souvenir.
 
*Si nous restons ici…ou près d’ici, il vivra plongé dans le passé, retrouvant un souvenir à chaque pas…et ce n’est pas une vie, ça !*
 

Mais elle savait aussi qu’il fallait que Louis s’exorcise de ses démons, de son passé, obtienne ce qu’il voulait du présent pour seulement alors pouvoir envisager un vrai futur.
 
Mais qu’ont-ils foutu là-bas ?
 
Retombant sur terre, elle vit ce qui l’agitait. Des jolis pavillons et pas de Son œuvre. Et puis…
 
Puis-je vous aider, monsieur ?
 
*Tiens, le même qui agaçait le guide autant que Louis !*
 

L’inconnu se présenta, comte d’Aubrac, reconnaissant sans ambages les avoir suivis, surpris et surtout curieux de savoir d’où tenait Louis tant de connaissances.
 
Je suis Louis Legrand, voici mon épouse Hélène. J’ai beaucoup étudié l’histoire du fondateur de cette enceinte ; je me dispose d’ailleurs à passer…
 

Vos diplômes ? Je suis au courant, je suis en outre un membre du jury examinateur, reprit M. le Comte et de proposer illico de poursuivre la visite en leur compagnie.
 
Échange de regards inquiets. Que leur voulait donc ce vénérable monsieur ? Éventer leur petite fable ? Mais finalement, qui croirait un truc pareil ? Le retour du Roi ? Un peu corsé. Le cher homme s’avéra un puits de savoir, information et admiration sans limites. S’il avait pu, le diplôme visé par Louis aurait été remis sur le champ.
 
*Tiens, vraiment ? M’est avis que celui-là ne nous lâchera pas si facilement !*
 
Et sa dernière question :
 
Mais dites-moi, que pensez-vous de la réincarnation ?...
 

Que… que du bien ! Merci, à bientôt !
 
On courut plus qu’on ne marcha vers la sortie du parc. Retour à Paris, un peu à bout de souffle. Diverses émotions se bousculaient et bien entendu, la suspicion.
 
Mais qui était ce bonhomme ?...Oui, je sais ce qu’il a dit, mais ce n’était pas tout…sa question sur la réincarnation…c’est idiot d’y penser…Tous ont assuré que ça n’existe pas…mais nous on sait…et si… ? Oh, Louis, ça me taraude…je pense à Eux !...Aux Dieux du Fleuve…À ceux qui nous ont fait revenir à vie…S’ILS ont eu le pouvoir de le faire…peut-être qu’ILS n’agréent pas qu’on leur ait faussé compagnie de la sorte…et…s’ILS nous cherchaient ???...J’ai peur, Louis…
 
Doux et aimant, il sut apaiser ses craintes, ses paroles pleines de bon sens la rassurèrent, au moins pour le moment. Le lendemain, ils firent des belles courses, déjeunèrent dans un délicieux petit restaurant et se promenèrent comme tous et chacun aux Tuileries avant de découvrir ensemble la majesté de Notre Dame.  Mais à leur retour à l’hôtel, un message les attendait.
 
Encore lui !?...Que nous veut-il ? Comment a-t-il su où nous trouver ?
 

Il y avait une explication pour tout. Louis avait tout bonnement soumis cette adresse  pour qu’on lui fasse parvenir tous les détails des concours. La curiosité du comte d’Aubrac faisait le reste. Le brave homme se déclarait ravi d’avoir fait leur connaissance et ne voulait qu’offrir son inconditionnel appui au talent deviné.
 
Jolie façon de tourner les choses, marmonna t’elle, rien qu’à moitié convaincue, mais si tu y crois, mon amour…que ce soit ainsi !
 
Et ce fut. M. le Comte ne faisait pas les  choses dans les demi-tons. Il avait de l’influence et savait en jouer, fasciné par Louis,  il était décidé à le parrainer, l’épauler, l’appuyer, lui ouvrir les portes du monde tant convoité. Hélène soupirait et hochait la tête. Si son chéri était heureux, elle l’était aussi.
À l’occasion d’un dîner, dans l’hôtel particulier des d’Aubrac. Ils firent connaissance de Mme. La Comtesse, femme tout aussi raffinée et charmante que son mari.
 
Raoul n’a cessé de me parler de vous et votre mari…de votre mari surtout, je reconnais, sourire malicieux, mon époux a le don de reconnaître le vrai talent quand il le croise…et la noblesse quand il la voit. Vous êtes exquise, ma chérie  et votre mari n’est pas en reste, quelle prestance, quel humour…c’est rare de nos jours de rencontrer tant de grâce combinée de savoir-faire et intelligence, surtout chez un si jeune homme…et vous êtes la compagne parfaite pour un homme comme lui.
 

Si Hélène avait été timide, ou moins rodée à la flatterie, elle aurait rougi mais se contenta de sourire.
 
Vous êtes trop bonne, Mme. d’Aubrac, Louis et moi ne sommes qu’un couple bien avenu courant après un rêve…j’avoue que le rêve est de Louis mais je ne veux que son bonheur…et ferai tout ce qu’il faut pour  le voir se réaliser.
 
Aurore d’Aubrac tomba sous le charme et se proposa d’apporter sa coopération pour la réussite de ce couple d’exception.  Hélène qui n’avait jamais compté avec l’aide d’une mère dévouée, sentit ses suspicions fondre comme neige au soleil face à tant de bienveillance et accepta, ravie, l’amitié offerte.
Louis n’avait rien perdu de sa légendaire perspicacité. Il mena sa petite enquête en toute discrétion et ce qu’il en ressortit ne fit que renforcer la sympathie envers les comtes d’Aubrac, qui contrairement à d’autres nobles avaient bien plus que leur seul nom. Fortune solide et réputation irréprochable. Ils avaient deux filles et quatre petits-enfants  qu’ils adoraient.
 
Oui, ça les met au-delà de tout soupçon, admit Hélène, tu as toujours raison, mon cœur…
 
Et puisque tout allait si bien, autant ne pas lambiner en chemin. Suivant le sage conseil des d’Aubrac, ils se mirent à la recherche d’une résidence un peu moins impersonnelle qu’une suite d’hôtel.  Sous la houlette du comte, Louis avançait à grands pas vers la réalisation rêvée et Hélène, sous celle de Madame, s’intégrait à leur cercle si sélect, ce qu’elle n’était pas près de trop agréer.
Après avoir visité quelques appartements dans les meilleurs quartiers parisiens, tous magnifiques et bien placés, Hélène, qui était fatiguée, avoua ses aspirations et celles de son Louis chéri.
 
La ville nous étouffe un peu…on préfère  un pavillon en banlieue…si possible un coin de verdure, près d’une forêt…
 
Aurore d’Aubrac fut un peu étonnée de cette idée mais au bout de deux jours, relations mises en branle-bas de combat, elle leur avait trouvé  l’endroit idéal. Une coquette maison de campagne assez ancienne mais remise à neuf en tout luxe et confort, en bordure de la forêt de Fontainebleau et entourée d’un ravissant et énorme jardin.
 
Vous serez un peu isolés ici…et ce serait bien dommage…Louis doit être souvent en ville…que ferez vois ici, ma chérie ? Vous avez une voiture pour vous déplacer, n’est-ce pas ?
 
Tiens, elle n’y avait même pas pensé, savourant d’avance le calme bucolique des lieux.
 
Non, à vrai dire…nous n’avons pas eu le temps de penser à cela depuis notre retour du Canada…nous y penserons, chère Aurore, n’ayez pas de souci…et puis, la gare n’est pas bien loin…j’aime bien voyager en train !
 
Aurait-elle avoué aimer aussi les fêtes foraines et autres réjouissances populaires, Mme. La Comtesse n’aurait pas été plus horrifiée ?  Tout autant comme constater qu’Hélène comptait s’occuper seule de tenir la maison. Fatiguée de tant de futilités, Hélène la laissa faire.
Une semaine plus tard ils emménageaient dans leur nouveau foyer, avaient une bonne à tout faire, une belle voiture et un chauffeur. Aurore aurait voulu ajouter une cuisinière mais Louis s’y opposa formellement.
Et les jours passèrent, dans une placide routine. Louis partait tôt le matin, Hélène se découvrait des attitudes de marmotte qui lui étaient inconnues et en se levait que bien plus tard pour vaquer aux affaires domestiques ou faire des balades en forêt, ou lire les mails de ses amies et y répondre, ou aller au village proche faire des petites courses, le tout pour rentrer si fatiguée qu’elle n’avait d’autre envie que dormir encore.
 
*C’est pas normal, à la fin…*
 
Elle n’eut pas idée d’en parler à Louis, et encore moins à Mme. d’Aubrac, ni à personne d’autre, au lieu de quoi, elle alla faire connaissance avec le toubib du coin, un charmant sexagénaire qui écouta l’exposé de ses maux avec un sourire plein de compréhension. Sans grand foin il posa des questions , procéda à un examen et n’hésita pas un instant à donner son verdict.
 
Vous en êtes sûr !?
 
Absolument, ma chère Mme. Legrand…sans l’ombre d’un doute, je vous félicite !
 
À son retour, en fin d’après-midi, Louis la trouva accommodée dans le large divan, entourée d’une collection de chaussons et autres pièces de layette, un sourire béat aux lèvres, arborant un air d’illuminée heureuse.
 
Savais pas quoi choisir…alors j’ai tout pris…on saura dans un mois environ…
 
Aucun besoin de dire un mot de plus, il n’y avait que Louis pour se livrer à une si extravagante explosion de bonheur…
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Hélène Legrand

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Re: Douce France...

Message par Louis Legrand le Sam Mar 07 2015, 21:04

Impossible d’y déroger, ce retour aux sources lui était aussi vital que l’air à respirer. Pourtant… il y avait de quoi pleurer. Rien, rien ne correspondait plus. On se souvenait de lui, de ses œuvres ? La majorité se gaussait de ses exploits sentimentaux. Déçu, peiné ? Il avait en plus fallu attirer l’attention d’un comte d’Aubrac. Sympathique oui mais…
Hélène, sa douce, ne fut pas dupe non plus après leur fuite :
 
 Je pense à Eux !...Aux Dieux du Fleuve…À ceux qui nous ont fait revenir à vie…S’ILS ont eu le pouvoir de le faire…peut-être qu’ILS n’agréent pas qu’on leur ait faussé compagnie de la sorte…et…s’ILS nous cherchaient ???...J’ai peur, Louis…
 
Non, non ! Ne te tracasse pas là-dessus. Si l’on a traversé, admettons qu’ils l’aient permis. Alors, franchement, dis-moi pourquoi ils agréeraient puis refuseraient ? On est cool. Ce comte d’Aubrac n’est qu’un curieux, j’en suis persuadé. Je te promets de la boucler à chaque occasion. Calme-toi mon amour, tout ira bien.  
 
Plus facile à dire qu’à faire.
 
Très excité, le comte d’Aubrac rentra chez lui :
 
Ma chère, il faut absolument l’inviter.
 
Qui donc, Raoul ?
 
Lui, le ROI, notre bon roi Louis XIV !
 
Encore votre obsession ? Calmez-vous chéri. Il faut que…
 
Non ! Non ! Cette fois j’en suis sûr et si je me trompe, je m’en fous. Tu dois les rencontrer. Lui et sa femme sont exceptionnels.
 
Racontez-moi mais, de grâce, modérez-vous.
 
Aurore, depuis le temps, était habituée aux lubies de Raoul. Néanmoins, au fil du discours, elle fut… intriguée. Serait-il possible que ce Louis soit si … érudit, son épouse si… parfaite ?
On verrait.
 
Hélène et Louis rentraient de visites plus souriantes. Il aimait tant gâter sa chérie. Cette robe lui plaisait ? Hop, achetée. Ce sac, ces chaussures, ce manteau ? Rien n’était trop beau pour son amour. La carte de visite, un mot de Raoul D’Aubrac, par contre…
Affolement d’Hélène :
 
 Encore lui !?...Que nous veut-il ? Comment a-t-il su où nous trouver ?
 
Tu sais, ma douce, que l’on doit donner ses coordonnées pour ces concours. Il est membre du jury, donc il a su facilement où nous étions descendus.

Écoute-moi, mon cœur, on a toujours besoin d’un atout dans son jeu et je crois que ce comte peut en être un pour nous. Il connaît les règles, peut s’avérer très utile pour favoriser certaines choses. Ne doute pas un instant que je ne l’aie pas à l’œil. Au moindre soupçon de coup fourré, on filera.  
 
Il n’y eut rien de tel, que du contraire. Le comte était charmant, instant quant aux présentations avec son épouse. Femme délicieuse et délicate, Aurore conquit Hélène et vice-versa.  
Déménager ? Pourquoi pas ? La résidence dénichée par les d’Aubrac convenait parfaitement. Rien qu’une bonne à tout faire et un chauffeur ? Bah ! Ils avaient connu bien pire !
Le petit domaine était charmant. Isolé, offrant calme et possibilités, ils allaient s’y plaire.  
Toujours prudent, sans en dire un mot à sa chérie, Louis avait contacté ses amis sorciers. Qui était D’Aubrac, pouvait-on s’y fier ? Que devenaient-ils eux ainsi que leurs amis du fleuve ? Ah ? Achille et Sissi étaient en mer ? Drôle d’idée. Alpha et Isabel se plaisaient en Afrique, grand bien leur fasse. Ils chercheraient sur D’Aubrac.  
Une gentille routine s’instaura. Tous les matins, départ avec Antoine, un jeune homme encore acnéique mais suffisamment aguerri pour véhiculer Louis dans la capitale ce dont – il faut l’avouer – il n’aurait pas été capable même à vélo ou à pied.  Parfois Louis, seul dans l’habitacle se marrait en imaginant un trafic pareil dans les rues de SON Paris. Bon, c’était plus large mais plus encombré que la place des exécutions publiques au jour-dit.
Dès son arrivée au cabinet du comte, Louis étudiait. Une immense bibliothèque était à son entière disposition, il y vaquait des heures durant, inlassable.
 
Si je l’y enfermais toute la nuit, je pense qu’il ne s’en rendrait même pas compte, dit plus d’une fois Raoul à son épouse.

Tu as raison en ce qui concerne les similitudes. Il est incroyable !
 
Sais-tu que quand il rentre chez eux, il bêche, bine, sème ? Non content de faire la cuisine, il cultive son jardin !  
 
C’est pas vrai ?
 
Si, je l’ai vu à l’œuvre et, crois-moi, il est hyper exigeant. D’ailleurs, demain, il nous veut à dîner chez eux… il fera tout lui-même…  
 
Le roi ne cuisinait pas, non ?
 
Va savoir ? L’histoire n’enseigne pas tout…  

Le repas fut édifiant. Pourtant Louis avait fait simple : vichyssoise, perdreau, bavarois. Les convives étaient sur leur… chaise.  
En revenant chez eux, les d’Aubrac s’extasièrent longuement.
 
Comment peut-on être si raffinés et si… simples ? Hélène est adorable. Elle fait ses courses à pied comme tout un chacun mais, pour moi, c’est une reine !
 
Et lui, mon roi… Il apprend vite, fait des remarques révolutionnaires, sidérantes. Je ne sais pas si je dois l’encourager ou le freiner…  
 
Laissons les faire.
 
Il rentrait assez tôt pour une fois d’une réunion préparatoire au final de son écolage en lettres. Pour la gastronomie, il avait déjà éliminé maints concurrents. Fatigué ? Non, jamais. Mais il regrettait tant de délaisser son adorée. Interdit, il la vit sur le divan, entourée de chaussons, layettes et autres.
 
Savais pas quoi choisir…alors j’ai tout pris…on saura dans un mois environ…  

On prenait rarement Louis de court mais là, là !!!!  Si un homme pouvait voler, lui le prouva. Il dérapa sur le parquet pour se retrouver à genoux auprès de sa belle dont il saisit la main :
 
C’est vrai ? Tu es certaine ? … oh mon Dieu, merci, merci, merci !
 
Il pleura comme jamais de sa vie il ne l’avait fait. Lui baiser les mains, les pieds, tout ce qui dépassait n’était que le début d’une dévotion absolue.  
 
Je… je vais renter plus tôt tous les jours. Tu veux un coussin de plus ?... Ah ? Euh, je vais commander un berceau et réserver la cathédrale pour le baptême… trop tôt, comment ça ? … Pas tort mais vaut mieux prévoir. C’est qui ton médecin ?... tu es sûre de ses capacités ? Je peux te trouver une prof d’unif qui…  

Hélène s’estimait entre de bonnes mains, lui était dépassé.
 
Mon Dieu, mon Dieu, un enfant ! Lui qui en rêvait depuis la première fois qu’il avait étreint Hélène.
Le lendemain, Raoul ne le rata pas :
 
Du nouveau Louis ? Vous semblez si…
 
Je vais être papa, vous comprenez ? Papa ! Ça fait des… ( gloups) années qu’on espérait ça.
 
Félicitations ! Votre épouse a-t-elle tout ce qu’il lui faut ? Aurore va être ravie, elle considère Hélène comme sa 3ème fille.
 
Je… Il faut que je passe ces trucs au plus vite. Je dois installer Hélène dans le plus confortable endroit possible, elle prime sur tout, me fous du reste.
 
Louis, cher Louis tempérez-vous, vous n’êtes pas le premier papa du monde ! Vos diplômes sont importants aussi…
 
Vous croyez ? Je sais plus où j’en suis. J’aurais voulu en parler à Chichille…
 
Chichille ?
 
Euh… un pote à moi. Bon, puis-je requérir une accélération des manœuvres ?
 
Je mets en branle l’artillerie, sire.
 
Louis tiqua mais salua :
 
Merci Raoul. Je vous revaudrai ça.
 
Hélène, douce, fabuleuse Hélène. Pas un jour ne s’écoula sans que des fleurs n’inondent ses appartements. Oui, oui, il exagérait en la privant de son jardinage, de ses courses, la forçant à accepter dans son entourage une demoiselle Marie Delcourt, infirmière privée attestée.  
Lui, il courait de gauche à droite, de droite à gauche. Entre fourneaux et bibliothèque, il assimilait, comblait des manques, séduisait.
Si Hélène sut le sexe de l’enfant à naître dans 5 mois, lui s’en fichait. Il vit la layette virer au rose, cela le combla.  
Vint l’examen en histoire et lettres. Les doigts dans le nez, l’avait assuré D’Aubrac. Ce ne fut pas aussi évident, hélas. Un des membres du jury, dénommé D’Ormesson, le chatouilla :
 
Ainsi, vous affirmez que le rituel du 14ème du nom est erroné ?
 
Absolument ! Tel que décrit, il est impossible à tenir sans… subterfuge. Louis avait une doublure, j’en suis certain. *C’est moi qui ai mis au point la farce, idiot !*         
    
Qui, selon vous, jouait ce rôle ?
 
Le capitaine des gardes, Philippe Grandcourt.
 
On ne le nomme nulle part !

Parce que les secrets sont bien gardés !

D’où tenez-vous vos sources ?
 
Mme de Sévigné saurait vous renseigner mais, excusez-là, elle est absente.
 
Pas de preuve, et alors ? Depuis quand s’appuyait-on sur du concret absolu ? Ne pouvant ni le contredire ni l’approuver, on finit par applaudir.   
Les D’Aubrac baignaient dans la félicité. Ce couple était si… tout. Mais Louis, tenace, voulait son col bleu-blanc-rouge. Autre paire de manches.  
 
Raoul, je vais oser vous demander d’influencer le jury…
 
Le payer ? s’horrifia cet homme juste.
 
Mais non, pas du tout, jamais. J’aimerais juste… quartier libre. Soumettez l’idée d’une épreuve sans contrainte de timing, de plats obligés, etc. La libre expression doit bien exister, non ?  
 
Ainsi soit-il. Il y eut trois nuits espacées d’une semaine chacune. Il passa en dernier candidat. Tout, jusqu’au moindre détail des toilettes, il l’avait voulu. Ça faisait drôle de revêtir brocards et perruques. Dîner costumé ? Pas pour lui, juste un léger retour aux fastes d’antan, histoire de faire rêver Hélène que, très fier dans ses atours, il mena à la table principale.
Dès qu’elle s’assit, délicieusement arrondie, Louis annonça :
 
Mesdames, messieurs, contrairement à la tradition d’époque nous dînerons tous ensemble. Je vous prie de prendre place.
 
L’huissier, bien informé, clama :
 
" Messieurs, la viande du roi ! "
 
Il défila alors pas moins de 14 entrées, 4 rôtis et autant de salades et 6 entremets. Du gigot d’agneau aux aromates, œufs pochés, filets de perdreaux ou de cerf, on passa aux sorbets et fruits.  Louis goûta de tout, royal. D’Aubrac, convié, était très ému.  
 
Pour terminer ces agapes, j’ai pensé à orientaliser un peu. Café, thé ? Sincèrement, je vous déconseille le chocolat que j’approuve, mais pas à cette heure tardive.
 
On rit, il avait gagné.
 
Mon amour, tu te sens bien ? Que veux-tu ?... Moi ? J’ai tout ce que je désire : toi et maintenant… elle… Euh… oui, j’ai fait une folie de plus : j’ai acheté un cheval… Mais non, on va où tu veux, c’est toi ma reine…  
 
D’Aubrac ne décollait pas. Trois jours plus tard, il se présenta chez eux :
 
Sire, quels sont vos désirs à présent ? Aurore et moi ne souhaitons que votre bonheur, et…

Cessez ces Sires, et pommades, Raoul. Ma douce Hélène approche du terme. Dans un mois, je serai père…
 
Pour la 19ème fois ?
 
Pour la 1ère fois, celle qui compte le plus à mes yeux. Cessez vos investigations, vos suppositions. Je ressemble à Louis, je le connais par cœur mais ne suis plus le même, est-ce clair ?  

Majesté, je vous ai trouvé un mas en Provence qui conviendra parfaitement à vos souhaits.  
 
Bon, ben si ça plaisait à Raoul de le considérer comme tel… À eux la Provence…
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Louis Legrand

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Re: Douce France...

Message par Hélène Legrand le Jeu Avr 23 2015, 10:47

Je vais commander un berceau et réserver la cathédrale pour le baptême…
 
Adorable impétueux ! Le voilà qui redevenait roi et pensait en fonction. Mais il était si heureux qu’Hélène s’en voulut presque de mettre un frein à son bienheureux délire.
 
Mon amour, c’est un peu tôt pour penser à tout cela…
 
Trop tôt, comment ça ?, s’intéressa t’il  sans arrêter pour autant de faire des grands projets, si on le laissait faire, sur la volée il était capable de même demander au Pape d’officier le baptême.
 
Voyons, mon amour…je ne suis qu’enceinte de deux mois, il en manque sept encore…
 
Rien n’y faisait, Louis était au septième ciel et de là on voit tout autrement. Il pensait à tout, se préoccupait de tout. Son médecin de campagne n’était sans doute pas assez… peut-être mieux une éminence ? Et ceci, et cela…Hélène riait de tant d’exubérance, ne l’aimant que plus à chaque instant.
 
Nous avons tout le temps du monde pour nous préparer, mon Louis…et nous ferons les choses tranquillement, sans grands éclats…comme tout le monde !
 

Sauf, bien entendu que, même en essayant d’y aller profil bas Louis était…Louis !
Et si on parlait de Louis, ineffablement il fallait penser  à d’Aubrac. Plein d’intentions bien plus que bonnes, il était d’une dévotion émouvante, admirateur inlassable de tout fait et geste venant de celui qu’il nommait, avec orgueil : Majesté.
 
*Gentil tout plein mais…comment on dit déjà ?...euh…il me court sur le haricot ! Marrante l’expression mais ça lui va… Onctueux sans être tout à fait servile mais si on l’y pousse un peu…*
 
Et avec Monsieur on avait Madame. Aurore d’Aubrac, sans être si rendue de dévotion royaliste, n’était pas moins…doucement envahissante. Dès qu’elle connut la bonne nouvelle, Madame la Comtesse n’hésita pas à se pointer débordante d’amour maternel.
 
Ma chérie, mais quel bonheur, quelle nouvelle merveilleuse !, elle cueillait ses mains, l’entraînait s’asseoir dans le divan, accommodait des coussins pour elle, la dévisageait attentive, je vous trouve un peu pâlotte, mon enfant…vous avez minci…tut !tut ! Je ne vais pas dire que vous avez une petite mine mais…
 
Aurore, nous sommes en Novembre et le soleil…euh…on ne le voit pas trop mais le Dr. Montgaillard assure que c’est tout à fait normal de perdre du perdre un peu de poids, au début…mais je vais très bien…parfaitement bien !
 
Mme. d’Aubrac ne semblait pas convaincue pour autant. Hélène la soupçonnait plutôt de s’ennuyer sévèrement avec sa propre famille et  que « s’imposer » cette mission était comme prendre une bouffée d’air frais. L’ex-reine de Sparte avait compris cela en connaissant les filles des comtes.
 
*Des parfaites oies guindées, imbues de soi…froides, hautaines…mais ça oui, toujours avec le petit doigt levé…Pauvre Aurore, elle qui est si douce et aimante !*
 
Ce n’était pas pour autant qu’elle était trop ravie avec l’arrangement. Hélène aurait aimé qu’on la laisse faire les choses à sa façon, à son rythme mais envoyer la comtesse se faire voir ailleurs n’entrait décidément pas en cause.
Aurore d’Aubrac avait des idées très précises, selon elle pas question que sa grossesse soit suivie par un simple  et inconnu médecin de campagne, elle avait déjà pris rendez-vous chez le Dr. de Saunières, une éminence de la gynécologie.
 
Je me sens très à l’aise avec le Dr. Montgaillard et ne veux pas en voir un autre, s’entêta  gentiment  Hélène, il faudra décommander, Aurore…
 
Il en alla de même avec le super décorateur choisi par les bons soins de Mme. La Comtesse, pour  s’occuper de la future chambre d’enfant.
 
Je tiens à faire tout moi-même…croyez-moi, j’en suis capable !
 

Ma douce chérie…il faut vous ménager !
 

Je vous en prie, être enceinte n’est ni handicap ni maladie…je compte jouir de chaque instant…c’est si nouveau !!!
 
Mme. d’Aubrac soupirait, vaincue par tant de candeur et enthousiasme. Hélène était fraîcheur et joie de vivre qui sous son apparente douceur cachait une détermination immuable.
 
Elle est têtue…charmante, exquise mais affreusement têtue, et le pire est que je ne sais pas lui en vouloir…j’aime cette enfant, Raoul…je suis tout aussi fascinée par elle que tu ne l’es  par son mari…Je veux absolument qu’ils soient des nôtres pour notre réception de Noël…  
 
Mais encore là,  Madame dut déchanter, les Legrand avaient d’autres projets dont ils ne donnèrent aucun détail, et bien que la curiosité la taraudât, bienséance oblige à s’en tenir là. En fait,  Hélène en avait un peu marre  de tant de figuration sociale,  et Louis avait travaillé comme un dingue, le moment était venu de prendre les choses avec un peu de calme.
Fin d’année enchanteresse, seuls chez eux. Que rêver de mieux ? Ils reçurent des vœux et des nouvelles de leurs amis, pas de tous, mais c’était déjà ça.
 
Plutôt chiches, les nouvelles, soupira Hélène, j’aurais attendu que Sissi soit plus…enfin, qu’elle raconte un peu plus…Isabel semble heureuse mais ne dit pas trop non plus…Opal est adorable…Sam aussi…mais je ne sais pas…c’est une drôle de sensation…comme s’ils nous taisaient quelque chose…
 
Louis assura qu’elle se faisait des idées, finit par la faire rire et oublier ses doutes.  En Janvier , la routine reprit ses droits et Marie Delcourt fit son apparition. Idée de Louis, qui pensait qu’elle était une fragile porcelaine prête à se briser au moindre émoi. Hélène ne protesta même pas, à quoi bon ? Chéri était heureux ainsi, pourquoi donc le lui refuser. Mlle. Delcourt était une douce personne, gentille et dévouée dont l’idée première, suivant les conseils du patron, était de la voir étendue dans son canapé à regarder par la fenêtre et bayer aux corneilles.
 
Je deviendrai  folle !, assura Hélène, et vous perdez votre temps…je ne vais pas aller courir la nature ni porter des ballots au marché mais j’entends vivre normalement !

La seule concession qu’Hélène fit à son sympathique garde chiourme fut de la laisser lui apprendre à tricoter. L’hiver battant son plein, pas de possibilité de sortir se balader donc elle mit tout son cœur à la confection de la layette…rose, après confirmation du Dr. Montgaillard.
S’ennuyer entre ses quatre murs ? Pas question pour Hélène qui  trouvait de quoi occuper de son mieux ces longues heures mortes alors que Chéri courait après la réalisation de ses rêves, et y parvenant avec éclat. Pas qu’elle voulut faire la concurrence à Louis aux fourneaux, mais s’y essayer la tentait. Profitant de l’absence du maitre de céans, elle s’amusa comme une petite folle à faire des expériences gastronomiques, pas toujours réussies, mettant au désespoir  Mlle. Marie qui devait, bien malgré elle, seconder ses aspirations de cuistot.  Après, il y eut  les joies du jardinage en serre, puisque le jardin gisait sous la neige, et quand, force d’insister sur un peu de repos, on réussissait à la faire se poser, elle dessinait et peignait avec grand entrain et un talent insoupçonné.
 
Quel étrange  paysage…je n’ai jamais rien vu de pareil, assura Marie Delcourt en découvrant un fleuve  aux berges inédites,…c’est où ?
 
Hélène souriait en disant n’importe quoi sauf la vérité. Comment aurait-elle pu avouer être en train de peindre le Monde du Fleuve de mémoire ? Ses souvenirs s’avéraient précis et précieux, elle les immortalisait  réussissant ce que la plupart prenait pour le fruit d’une imagination débordante.
 
C’est d’un goût exquis, soupirait Aurore d’Aubrac, j’ignorais que vous étiez si talentueuse, ma chérie…c’est si délicat et à la fois si…
 
Bizarre ?, rigolait la belle en étalant une douce  touche de jaune pâle sur la toile, mais j’aime beaucoup…je n’ai pas envie de mettre des lapis dodus ou des petits bateaux dans la chambre de ma fille…avec ça, elle pourra rêver à…un monde fantastique, c’est bon stimuler l’imagination des enfants !
 
Mme. La Comtesse se remettait à la regarder avec un léger scepticisme attendri en pensant toutefois que la douce chérie avait des lubies un peu étranges, quand même.
Louis glanait succès après succès mais l’événement qui mit le point d’orgue à cette ascension glorieuse fut sans aucun doute le fantastique banquet lors duquel il sut récréer avec une fidélité extrême les fastes d’antan. Hélène voulut bien participer à l’expérience inédite en tous les aspects et se trouva à présider à la droite de son roi, l’extraordinaire table, où tous les convives, tout comme elle et Louis, étaient vêtus d’époque.
Ce fut la consécration ! Louis avait réussi, on reconnaissait son talent et tous les espoirs étaient permis. 
Les nouvelles de Sissi  ne lui parvenaient pas avec la même régularité qu’au début et ce n’étaient que des courts messages, sans donner trop de détails, selon lesquels tout allait bien mais quelque part Hélène trouvait que cela ne sonnait pas tout à fait sincère, comme si son amie lui cachait quelque chose. Elle le pressentait mais n’osait pas non plus, par délicatesse, insinuer qu’on lui gardait des secrets.
 
*Elle aura plein de trucs à faire…voir du monde, rencontrer d’autres gens…pas envie de se raconter, peut-être pour ne pas me rendre envieuse alors qu’on me met gentiment sous cloche …*
 
D’Isabel elle n’en savait pas beaucoup plus, mais la femme d’Alpha n’avait jamais été une correspondante trop prolixe, comblée comme elle semblait avec sa vie en Afrique et sa prochaine maternité.
 
*C’est beau oui…on s’arrondit en regardant passer le temps !*
 
Et d’envoyer une touche de bleu pâle sur la toile avec un soupir. Louis qui n’était pas bien loin, accourut à point.
 
Mon amour, tu te sens bien ? Que veux-tu ?
 
Elle lui sourit en flattant amoureusement sa joue.
 
Je me sens parfaitement bien…grasse comme une vache laitière, mais bien…Je pensais à Sissi et Isabel…enfin, on a toutes nos vies maintenant, nouveau sourire radieux, mais et toi, mon chéri ? Tu as obtenu ce que tu voulais…la reconnaissance de tous, le succès est assuré…que veux-tu faire après ça ?
 
Moi ? J’ai tout ce que je désire : toi et maintenant… elle…
 
Voilà une réponse à laquelle Hélène ne s’était pas attendue. Déclic d’alarme ! L’histoire ne mentait pas, Louis avait toujours été un coureur notoire mais le reconnaître si fraîchement avait de quoi l’estomaquer. Essayant de garder tout son calme elle aventura :
 
Pardon…ELLE !?, et cela ressembla presque à un couinement affolé.
 
Et l’adorable homme de défendre angéliquement sa vérité.
 
Euh… oui, j’ai fait une folie de plus : j’ai acheté un cheval…
 
L’aveu était si inattendu et si merveilleusement rassurant qu’elle ne put s’empêcher d’éclater de rire.
 
Un cheval, mon Louis ? Penses-tu entreprendre quelque équipée à l’ancienne ? Où veux-tu aller…à cheval…de ces temps-ci c’est…euh…
 
Mais non, on va où tu veux, c’est toi ma reine…, et d’ajouter un petit détail qui changeait tout.  
 
Ah ! Il est pour…Elle, au comble de l’attendrissement elle sourit en passant la main sur son ventre rebondi, c’est…adorable que tu penses à ça…elle sera ravie…d’avoir un papa comme toi…et un cheval, bien sûr !
 
Comment ne pas être folle de lui ? Et puisqu’on en était là, autant lui dire ce qui lui pesait sur le cœur.
 
Allons ailleurs alors…où il fasse plus beau…plus chaud et où on serait près de la mer !
 
Et bien sûr, l’ineffable d’Aubrac se coupa en deux ou trois pour exhausser  les souhaits de celui qu’il voyait de ses yeux de royaliste invétéré comme la réincarnation du Grand Roi Soleil.
 
*S’il savait, le brave homme…il tomberait raide mort de la surprise !*
 
En tout cas, le très brave admirateur, collaborateur, parrain, fée-marraine et ce qu’on voudra, eut l’heur de trouver pour eux l’endroit le plus parfait qui soit…
Hélène n’en revenait pas.  M. Le Comte avait parlé d’un mas, mais en toute évidence, il y a mas et mas…
Le domaine de La Solane était unique. Le vieil or des pierres usées de soleil et siècles, la senteur délicieuse à garrigue, les couleurs du jardin d’aspect sauvage mais charmant se revêtant de printemps nouveau et l’éclat azuré de la mer si proche, au bas de la somptueuse calanque appartenant aux lieux…
 
Et tu dis que…c’est à nous ?...Tout ceci est…à nous ?...C’est merveilleux…j’adore !!!
 
S’il n’avait tenu qu’à elle, Hélène aurait parcouru chaque coin et recoin de son nouveau chez soi. Bien entendu, il n’en était pas question. Entre Louis et Mlle. Delcourt, elle connut l’intérieur de la demeure et encore là resta muette de saisissement en découvrant l’ensemble décoré de maitresse façon avec un bon goût exquis.
 
C’est d’un chic surprenant, assura t’elle en imitant le petit ton guindé de ses connaissances parisiennes, exquis…superbe…, puis reprenant son ton habituel, c’est la patte d’Aurore là…très bon goût, certes…mais pas le mien…N’insistez pas, Marie…je ne vais pas aller m’allonger…Bon sang, Louis…on a mis trois jours pour faire un voyage qui n’en prend qu’un…Oui, mon amour, je suis enceinte jusqu’aux yeux mais vais pas me briser pour autant…je veux voir MA maison…c’est bon, j’irai doucement…
 
Ce furent des jours de découvertes, de rires, d’amour, de tendresse, de calme merveilleux. À deux, ils parcoururent les coins de rêve que leur réservait le domaine, Hélène aurait voulu mener l’exploration à chaque arpent de terre, chaque vignoble, visiter  chacun des travailleurs de La Solane chez eux. Elle voulait s’imbiber de cette terre généreuse, se gorger de soleil, de senteurs de mer, d’herbes odorantes, de chaque fleur du jardin mais bien entendu, on mit doucement frein à ses élans. Alors, puisque divan obligatoire, elle se donna à cœur joie en refaisant la décoration des lieux, éliminant moulures et ors trop voyants, changeant le lourd brocard des rideaux par des toiles plus légères, plus gaies et claires. Mêlant hardiment les styles et réussissant à donner un caractère d’élégance épurée, sans doute un peu minimaliste, en comparaison à celle un peu (trop) pompeuse conférée par Mme. La Comtesse dans la meilleure des intentions.
 
Je t’aime tant, mon Louis…il me semble toujours vivre un rêve avec toi…tu es si gentil…trop parfois avec moi, tu me gâtes trop…et je sais pouvoir être insupportable…Désolée d’avoir viré ces meubles qui te plaisaient tant…je sais qu’ils te plaisaient, ne mens pas…, nichée au creux de ses bras, regardant le coucher de soleil dès la terrasse, elle soupira ravie, voici notre vie…notre nouvelle vie…loin de ce qu’on a été…reprenons sans nostalgie…à zéro…toi, moi et…Anne…oui, oui…je sais que c’est le prénom de ta mère…et justement pour ça je voudrais que notre fille le porte…Anne Elisabeth Amelia Isabel…je sais que ça fait un peu long mais c’est bien, non ?
 
Il est des choses qu’on agrée avec des paroles, là il n’en fallut aucune, il est des étreintes et des baisers qui valent bien plus que mille mots. Hélène était heureuse, parfaitement heureuse !
Si la découverte de son chez soi l’avait fascinée, celle des alentours ne l’enchanta pas moins. Malgré l’insistance de Mlle. Delcourt, épuisée de lui courir après et celle si douce et prévenante de son Louis chéri, Hélène voulut à tout prix se rendre au village proche. Cela ne lui prit pas bien longtemps  tomber sous le charme des ruelles  étroites, de la place ombragée de platanes, de la vieille église croulante de siècles, de ces gens placides à la locution rapide dans leur patois teinté de soleil et rires qu’elle eut un peu de mal à saisir mais qui l’enchanta. Elle discutait avec le boucher, le boulanger et l’épicier tandis que Louis chéri s’en donnait à cœur joie en mettant le marché local sur la tête avec ses exigences raffinées.
L’idée d’ouvrir le meilleur restaurant de la contrée, et sans doute de la France toute entière, prenait plus de corps de jour en jour. Louis avait des grands projets avec son domaine mais ajournait les futurs aménagements voulant être à tout moment auprès de sa belle qui ne demandait pas mieux.
Le neuvième mois de grossesse eut raison des élans libertaires d’Hélène, elle se sentait lourde, fatiguée, ses jambes enflées ne la portaient pas bien loin et rester allongée, les pieds sur des coussins devenait un délice irrésistible. L’oisiveté ne lui seyait guère. Entre soupir et soupir, elle avait envie de revoir ses amies, se retrouvant à pleurer en douce l’absence irrémédiable d’Amelia, ayant même de la nostalgie pour ce monde absurde qu’était celui du Fleuve où elle avait pourtant trouvé  amour et amitié…
 
Je voudrais tant qu’au moins Sissi soit là…je ne sais pas ce qu’ils faisaient en Nouvelle Zélande…c’est si loin ça !...Non, mon chéri, rien ne me manque…enfin…juste un petit peu…Sissi est si sage…comme la sœur que je n’ai jamais eue…Mais non, mon amour, je me sens très bien…bon, mon dos me fait un peu mal mais pas besoin de t’alarmer…Anne va bien, elle est très active…Sens-là !, et ils riaient alors qu’il posait sa main sur son ventre et percevait les mouvements de sa princesse, je pense qu’elle ne tarde plus trop…
 
Et bien entendu, tout était prêt pour l’échéance. Louis, perfectionniste et exigeant, n’avait laissé aucun détail au hasard. Béni soit il ! Hélène entre la fatigue de la fin de grossesse et les dernières touches à la chambre d’enfant,  avait perdu un peu de sa perspicacité coutumière et ne vit rien venir.  Ce furent les rires qui l’alertèrent alors qu’elle rangeait la layette. Coup au cœur, il fallut que Marie la retienne sans quoi elle se serait élancée comme une folle dans l’escalier.
Curieusement ce fut Achille qui la cueillit à son arrivée, lui plaquant un baiser sur la joue en assurant ne l’avoir jamais vue si jolie, après quoi elle eut droit à l’étreinte émue de son amie, ce qui donna lieu à une émouvante scène partagée entre rires et larmes. Les retrouvailles parfaites.
 
C’est merveilleux que vous soyez là…, elle s’accrocha au bras de Louis avec un petit sourire un tantinet paniqué, mais je crois qu’on fêtera plus tard…là…je pense que c’est plutôt imminent…
 
Anne Elisabeth Amelia Isabel Legrand, naquit,  au petit matin, à La Solane, parce que la petite princesse,  trop pressée de venir au monde,  ne laissa le temps à personne de faire les choses comme prévu…
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Re: Douce France...

Message par Louis Legrand le Mer Mai 06 2015, 07:34

La vie est un long fleuve tranquille…
Lui, il en venait du fleuve, pas tranquille du tout, du reste.
Quiconque aussi nanti que Louis se serait contenté des béatitudes procurées par des diamants issus d’ailleurs : pas lui. Il était Louis LE Grand, et pas bêtement Legrand comme le signalait son passeport. Se tailler une place dans ce monde étrange, imposer sa marque, était plus fort que lui.  
La grossesse d’Hélène l’avait pris de court, complètement. Heureux ? Peu dire, fou de joie correspondrait mieux. Bien sûr cela entraînait des révélations inévitables. Il les pigea au quart de tour sans en souffler mot à son adorée.
 
*Nous sommes à nouveau mortels…*  
 
Et alors ? Du moment que la vie se poursuivait ?  Autant la rendre la meilleure qui soit, non ?
 
Il se serait damné pour Hélène, et leur fille à venir.  
Les souhaits, recommandations d’Hélène étaient sacrements.
Un mas en Provence… Elle désirait chaleur et mer… à part la lune, il lui aurait mis n’importe quoi sur un plateau.  
 
D’emblée, Louis fut conquis. La façade ocre reflétait tellement le soleil, son emblème depuis… des siècles.  
Oh, certes, il couvait trop sa femme mais, selon lui, rien ne serait jamais trop.
Elle ne sembla pas piger pourquoi il avait tellement levé le pied durant le voyage depuis Paris.  Pas lui qui lui signifierait qu’au moindre ennui de santé, ils pouvaient crever. Que dire des routes, leur circulation, les impolis… ? Elle riait ; ça lui suffisait.  

Et tu dis que…c’est à nous ?...Tout ceci est…à nous ?...C’est merveilleux…j’adore !!!
 
Si elle s’extasiait, lui aussi.
Leurs amis d’Aubrac n’y avaient pas été avec le dos de la petite cuillère, ni même avec la louche.  
C’est un domaine sublime qui les reçut après un loooong trajet au ralenti volontaire.  
Pour lui, tout était parfait, soigné, digne. Hélas, Hélène trouva à redire à la déco surannée.
 
*Bof, ma foi… du moment qu’elle ne se fatigue pas…*
 
Il la laissa s’exprimer tout du long, et même s’il s’horrifia de certains choix, il ne lui en tint pas rigueur. Elle avait le chic pour lui faire perdre les pédales :
 
… sans nostalgie…à zéro…toi, moi et…Anne…oui, oui…je sais que c’est le prénom de ta mère…et justement pour ça je voudrais que notre fille le porte…Anne Elisabeth Amelia Isabel…je sais que ça fait un peu long mais c’est bien, non ?  
 
Il ne commenta pas. Une crainte le taraudait, celle de la nostalgie, justement. Il n’avait pas été sans remarquer les tendances talentueuses de son épouse dans ses peintures.  Le fleuve lui manquerait-il ?  L’idée seule lui faisait mal, il la boucla.  
D’autres trucs le taraudaient aussi. Si peu de nouvelles de Chichille ?
 
*Pas normal !*    
 
Des légendes couraient sur le roi-soleil qui aurait engagé Colbert ou autre porte-flambeau à duper l’entourage, comme untel Napoléon Bonaparte plus tard, pour faire croire à un bourreau du travail. Mais sur Louis, la réalité était là, encore, toujours.  3 ou 4 heures de dodo, et hop, en selle.  Au propre comme au figuré, il était là. Études de marché, statistiques, il était devenu pro de la fascinante informatique. Il sut rapidement que son bilan serait positif en ouvrant un restaurant 3,4 ou 5 étoiles en ces lieux mais aussi… qu’on lui dissimulait des trucs.  
Pour la paix d’Hélène, il joua l’autruche. Strictement rien n’entacherait ça.  Elle, elles prévalaient sur tout. Puis, à sa grande surprise, Sissi et Achille répondirent enfin présents.  Ils étaient… épanouis. Louis joua le jeu :
 
Mon frère !!! Dieu que je suis heureux ! Hélène est presqu’à terme, vous l’avez senti ou quoi ?  
 
Cette nuit-là fut, sans aucun doute la plus merveilleuse qui soit. Ou presque…
Très vite Hélène entra en douleurs, Louis en panique.  
 
Je demande l’hélico. La chambre est réservée à Nice. Sissi, tiens-lui compagnie.
 
Fou, dingue, givré ou tout ce que vous voulez.  Achille essaya de le modérer, tout juste s’il ne se prit pas un poing dans la gueule :
 
Elle peut mourir. On peut tous mourir. T’as pas compris ça ?  Allô, allô !  
 
La minuscule Anne, Elisabeth, Amélia, Isabel naquit bien avant la pose de l’objet volant.  
Bien des baffes plus tard, ou piqûres, Louis émergea.  
 
Hélène…
 
Il tomba à genoux priant comme jamais.  Il remercia le panthéon complet de son Dieu à ceux oubliés et pleura beaucoup avant qu’Achille ne le saisisse au collet pour le fourrer dans la chambre de l’accouchée.  
 
C’était si bête… il aurait dû y être habitué mais là, là… il resta figé sur le seuil.
Les mots, d’ordinaires si faciles à émettre, bloquaient lamentablement.
Orgueil, fierté, puissance prirent le relai :
 
Bénies soyez-vous, mes adorées. Je vous défendrai… quoiqu’il advienne, je vous aime.
 
Une heure après, ranimé de force, il contemplait, béat, le nourrisson.  Hélène se reposait, en parfaite santé.  Louis restait muet en tenant un bout de chou dans les bras.  
 
C’est tout bonnement incroyable. Hélène et moi le souhaitions depuis longtemps, mais là-bas… QUOI ? Toi et Sissi ?  
 
C’en était une nouvelle !  
 
Félicitations, mon vieux, et ne prends pas ça péjorativement.  On m’a caché des choses, j’en ai découverts certaines. Je ne voulais pas contrarier Hélène… Ah…
 
Louis expira profondément :
 
Je suspectais un truc tordu, celui-là est de taille.
 
Six sacrifiés contre six soustraits ! Même la plus folle imagination n’aurait abouti à cela.
Louis se dressa, tenant son trésor contre lui :
 
On nous a fait un splendide cadeau, si on doit en payer le prix, on s’acquittera. Dès que Sissi accouche, on réparera si ce n’est pas fait, ok ?
 
En guise de confiance totale, il confia le bébé aux bras puissants d’Achille qui lui sembla quasi aussi ravi que lui. Puis Sissi réclama aussi  l’enfant et le rapporta dans la chambre de la parturiente.
Peu après, on sonna à la porte. Le majordome engagé récemment officia et introduisit un couple délirant : les d’Aubrac.
 
Alors c’est vrai ? Elle est née ? piétina d’impatience Aurore. Je peux monter ?  
 
L’ex-roi fut embrassé, salué, la larme à l’œil. Un peu confus, il présenta le comte et la comtesse à son ami Achille, circonspect en retrait. Force fut de déboucher du champagne.
La finaude comtesse préféra nettement visiter l’étage.
D’en bas, ils entendirent les exclamations produites par la délicieuse vieille dame. Comme pour l’excuser Raoul, qui n’avait pas quitté Achille du coin de l’œil, soupira :
 
Elle est toujours comme ça quand une naissance a lieu : une vraie pipelette.  Mais buvons, célébrons dignement la princesse Anne !
 
Louis verdit un peu :
 
Rassurez-moi, vous n’avez pas commandé des canons, hein ?
 
Vous me l’avez interdit Louis. Mais…
 
Une pétarade infernale se déclencha au-dessus de la propriété. Le beau feu d’artifice tempêta ainsi quelques minutes. Le comte, enchanté, laissa Louis et Achille paf pour courir voir la fêtée.
 
Oui, oui, soupira Louis, en avalant une gorgée de bulles, il est exubérant. Il est persuadé que je suis la réincarnation de Louis 14ème du nom.
 
En trinquant, ils éclatèrent de rire comme au bon vieux temps.
Décidément, tout lui souriait dans cette nouvelle vie. Les Kazantzakis n’avaient pas encore de projets bien définis, eux. La grossesse de Sissi avait au moins éradiqué la malédiction qui la poursuivait même ici.  Qui pouvait dire ce qu’il adviendrait ensuite ? On évita soigneusement de trop s’appesantir dessus, l’heure était aux réjouissances.
 
Vous allez rester dans le coin, hein ? J’y tiens beaucoup. Demain, je ferai distribuer des gâteries à mes gens pour qu’Anne soit reconnue pleinement dans la joie… non ( rire) pas de poignées d’or dans les rues ! Note que le pain, comme jadis, c’est trop chiche. Et les vignes ne supporteront pas la négligence. Donc, ils auront une tite prime par chèque.
 
Les d’Aubrac descendirent enfin, laissant mère et enfant aux bons soins de la gouvernante Mme Lampion. Ils escortaient Sissi avec une déférence telle que l’inquiétude naquit :
 
*Que suspectaient-ils à présent ceux-là ?*
 
On le sut rapidement :
 
Mme Kazantzakis va vous donner aussi un héritier, c’est magnifique, pleurnicha Aurore attendrie.
 
Les amis se détendirent un peu, mais pas longtemps :
 
Nous n’avons pas pu nous empêcher de remarquer une ressemblance frappante existant entre elle et la défunte impératrice d’Autriche.  
 
La génétique, vus savez, commença Louis.  
 
Oui, rigola Raoul mais avouez que c’est très amusant d’avoir autant de têtes couronnées sous le même toit. Manquerait qu’Achille soit le héros de Troie et Hélène la reine de Sparte.  
 
Achille fit une remarque au sujet d’un Brad Pitt avec lequel on le confondait parfois, cela déclencha l’hilarité générale et, même si Louis ne pigea pas, on se marra.  
 
Quand les intrus se retirèrent enfin non sans combler de cadeaux parents et enfants, Louis installa ses amis dans la chambre préparée puis osa à nouveau franchir la porte d’Hélène :
 
Tout va comme tu veux, mon coeur ?... oui, ils sont impossibles, ceux-là ! Notre ange dort ? Tu es sûr qu’elle ne fait que dormir parce que j’ai lu des choses qui… ah ! Non, non, je ne vais pas la déranger. J’aimerais juste m’allonger entre…  vous deux…

Hélène, tu m’as fait le plus beau des présents. Je mettrais la Terre à tes pieds si j’en avais le pouvoir. À défaut, accepteras-tu ce modeste bijou ?
 
Les perles délicates, rosées, convenaient parfaitement au teint d’Hélène…  Louis était comblé
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Re: Douce France...

Message par Hélène Legrand le Mar Aoû 18 2015, 13:03

On la trouvait merveilleuse, rayonnante. On avait sans doute raison.  Mme. la Comtesse ne tarissait pas d’éloges, la trouvant plus belle que jamais, ce que M. le Comte, avec sa désuète et charmante sollicitude, confirmait en baisant sa main.
Et Hélène, la tête ailleurs,  laissait tout le monde se défaire en compliments. Bonheur parfait ? Exquise félicité ? Oui, c’était cela, sans doute… Plénitude comblée, joie intense ? Très poétique et bien tourné. Encore on avait tout bon…ou presque ! Elle n’avait d’y eux que pour son petit bout de fille, s’émerveillant de l’amour fou qui l’emplissait en la berçant même en la trouvant délicieusement laide, ce que  la chère Aurore d’Aubrac avait gentiment rebattu en assurant qu’Anne était destinée à être d’une beauté sans égal.
Soupir.
Feux d’artifice, cadeaux, compliments, vœux…Quand les d’Aubrac prirent enfin congé, tout le monde respira plus à l’aise et on passa gentiment à la mise à jour.
Gentille, c’était bien le mot. Délicate, diplomatique, pleine de doux égards à sa condition de nouvelle mère, mais Hélène n’en fut pas dupe un instant. Elle laissa Achille et Sissi débiter leur version romancée des faits les ayant occupés ces derniers mois et attendit à se trouver seule avec son amie pour exiger la vérité.
 
C’est mimi tout plein de vouloir me traiter comme à une sotte fragile, ma chérie, mais cette sauce ne prend pas avec moi…Il y a quelque chose qui cloche, non ?

 
Et pardi qu’il y en avait ! Sissi hésita un peu à parler mais finit par livrer la totalité des faits, pas seulement ceux qui l’avaient atteinte, elle, directement mais ce qui se passait outre-mer avec leurs amis sorciers.
 
Achille n’aura jamais eu tort en disant que les Dieux en avaient après nous…là, m’est avis qu’ils râlent et on sait que ça ne signifie rien de bon…Qu’en dit Achille ?...Oui, m’en doute, il aimerait bien foncer leur régler leur compte…et à l’heure qu’il est, Louis mis au courant, voudra faire de même…Ah, ma Sissi…rien n’est facile…ni le sera jusqu’à ce qu’on tire au clair le fond de cette histoire…,  ayant laissé Anne aux bras d’Elisabeth elle se laissa aller sur ses oreillers  avec un nouveau soupir, tu sais… Louis veut m’épargner toute vérité pénible…mais j’ai tout compris…cette nouvelle vie, ces découvertes, un enfant…ILS nous ont rendu la vie…nous étions immortels mais là…on a perdu nos droits !, petit sourire en coin, geste vague de la main, m’en fous…on est heureux…ça doit suffire !
 
Sissi avait aussi sa petite idée à ce respect, coïncidant de beaucoup avec la sienne. Son expérience renouvelée en tant que sirène n’avait été qu’un petit préavis. Sa maternité ne faisait que remettre la partie.
 
ILS ne nous lâcheront pas de sitôt…ni jamais, si tu veux mon avis…et maintenant, ILS s‘en prennent à nos amis…à ceux qui nous ont sortis de là…
 
La suite lui donna raison.
Ce n’était pas un simple élan solidaire, plutôt un besoin de retrouver leurs pareils, ceux qui avaient partagé avec eux le monde du Fleuve.
Elle portait les perles offertes par Louis en gage de son amour et bonheur. Jamais parure n’avait été si seyante. L’infirmière Lampion et Mlle. Delcourt avaient poussé des hauts cris quand elle avait décidé de quitter son lit pour prendre allègrement part à la réunion.
 
La preuve qu’on n’a rien à faire…rester couchée, à se tourner les pouces et déprimer en bayant aux corneilles…je me sens parfaitement bien et on n’en parle plus…ne m’agacez pas avec tant de prévenances !
 
Le Dr. Montgailard avait fait le déplacement sur demande de Louis après que sa belle eut tempêté à sa façon jusqu’à obtenir gain de cause. Le débonnaire patricien la trouva en magnifique forme et ne puit qu’accorder sa permission pour qu’elle reprenne son train de vie en toute joie de cœur, ce dont elle ne se priva pas.
Attendrie, elle regardait Achille tenant Anne dans ses bras. Enterrées à jamais leurs antiques rancunes, il serait le meilleur parrain du monde, tout autant qu’il était le meilleur ami qui soit. Sissi, un peu lointaine dans sa sereine rêverie, réfléchissant sans doute à ce qui pourrait leur déparer le destin et Louis, adorable Louis, tout à son bonheur exubérant, exposant ses projets, ses idées, sa vision si claire d’un futur splendide, pour de suite après reprendre le ton sérieux et majestueux du roi soucieux.
 
Tu as raison, mon chéri…ce que nous avons en ce moment n’est qu’un leurre…ILS nous démontrent leur pouvoir, on ne eut Leur échapper…Oui, je suis convaincue, autant qu’Achille que ce sont EUX…cela n’a été qu’EUX  tout le temps…qui donc ? Les Dieux, voyons…oui, je sais ton Dieu n’est qu’un et tout puissant mais apparemment il ne veut pas s’occuper de ce que font les Autres…Il aura trop à faire, lui tout seul…Les Nôtres, on les a oubliés…relégués, on a trouvé mieux…en fin de comptes il est plus facile de n’adorer qu’un seul Dieu au lieu d’avoir affaire avec tout un panthéon de divinités caractérielles…
 
Louis et Sissi lui décochèrent un regard légèrement ahuri, de leur point de vue, ses paroles frisaient l’hérésie. Elle haussa les épaules alors qu’Achille souriait.
 
Après tout, plaise ou pas, je suis la fille de Zeus…
 
Cela donna lieu à une certaine controverse mais elle resta campée dans sa vérité.
 
Mais voyons...ILS étaient là de nos temps…ILS régissaient nos vies…présents sans qu’on LES voit, maîtres de nos destinées, bienveillants ou ennemis, on vivait dans LEUR grâce ou on avait des problèmes…et nous en avons tous pâti…enfin, Achille et moi, de les avoir contrariés dans leur dessein…
 
Trop de raisonnement pour une jolie blonde ? N’empêche que cela fit son petit bout de chemin. Il fallait bien mettre un nom à leurs déboires et même si cela semblait un peu, ou plutôt très absurde, l’idée tenait la route…Pourquoi pas, après tout ?
L’émail angoissé d’Alpha mit fin aux cogitations hasardeuses. On contacta les Davenport et Opal. Réponse mitigée mais un rendez-vous fut fixé. Le lendemain, il y avait du monde en Provence.
Mais jamais ils ne seraient attendus à se trouver face à un Justin de 80 ans, chenu et faible, ni à une Sam de 60 ans, à la beauté quelque peu ternie, tout autant qu’à une Opal moins énergique que d’habitude, avec des fils blancs dans sa chevelure et une paire de rides.  Les enfants étaient restés aux Bermudes, sous la garde jalouse des elfes, protégés par mille sorts compliqués. Sans perte de temps, la magie les embarqua tous en direction l’Afrique lointaine.
Fidèle à lui-même Alpha les reçut sans broncher, comme s’il n’y avait rien de plus naturel au monde que de cueillir des invités dans la nature sans le moindre préavis. Isabel se remettait d’un accouchement aux suites difficiles, elle avait frôlé de près la mort, mais la bonne science et les réflexes rapides l’avaient tirée d’affaire. Orgueilleux comme un paon, l’homme du futur leur présenta son fils, Luke.
Un tel Lazare Thidiane mit fin aux réjouissances des retrouvailles, reprit le petit d’Alpha et en passant donna son avis sur le fait de trimballer par là un autre nouveau-né comme si rien, et embarqua Anne dans la foulée.
 
Mais c’est ma fille !, protesta Hélène.
 
Tout comme si, ma jolie…bébé est bébé…ça a besoin de repos et de silence…me demande ce que vous avez dans la tête !...On va mettre les deux petits ensemble, Ny’Ala…casez moi ces gens où on voudra…dégagez !!!
 
Louis y allait avec la riposte mais Alpha lui conseilla de se calmer. Sous ces dehors d’ogre d’opérette, le Dr. Thidiane était le meilleur des hommes. C’est ainsi que la petite Anne et le petit Luke partagèrent le même berceau, quelque part en Afrique alors que leurs parents débattaient sur l’incertaine  issue de leur singulière destinée.
Comme début de débat, Opal plaça sur la table le mot qu’avait laissé John Smith.
 
John est parti...Il est parti remettre les pendules à l’heure…avec l’aide d’une…fée ?
 
On se hâta de la rassurer sur l’effectivité de cette aide. La dénommée Key avait fait ses preuves et tout le monde misait sur le succès de son intervention. Hélène se garda bien de le mettre en doute mais un regard échangé avec son bien-aimé disait long sur une certaine suspicion. À la première opportunité d’un aparté elle voulut en savoir plus long sur l’avis de Louis.
 
Je me demande ce que pourra faire John là-bas ?...Oui, sans doute mais…enfin, il doit avoir un très bon plan…Ben oui, voudrais bien savoir lequel, moi aussi…Et nous, mon Louis…on fait quoi ? Oui, c’est très beau, par ici…Louis, mais suis sûre que ni toi ni Achille vous contenterez de regarder la faune et la flore…
 
La suite ne sut que lui donner raison…encore une fois ! Les trois couples « rapatriés » acceptaient mal le fait que leurs amis risquent  leur vie à cause d’eux. Voir dépérir Justin sous leurs yeux ne faisaient qu’empirer l’état de leurs consciences  surtout quand Lord Davenport dut être admis à l’hôpital suite à une crise respiratoire et que le diagnostic de l’éminence locale fut loin d’être rassurant.
 
On ne peut pas le laisser mourir comme ça…on sait bien quelle est la raison de son état !, clama Hélène, NOUS…C’est un trop lourd prix à  payer pour cette vie que nous avons choisie…Les Dieux sont vindicatifs…ILS prennent LEUR revanche et nous feront souffrir jusqu’à ce que nous ne plions le genou implorant LEUR pardon…
 
Agitation générale. Pour la plupart ce discours tenait de l’inconcevable. Sam protesta, Opal donna son avis, Sissi resta fidèle à soi-même, Alpha ne dit rien, son Isabel  n’osa exprimer le fond de sa pensée, Louis  demeura de marbre. Achille, pas aussi antique qu’elle pour un sou, fit l’impensable et vint se placer à ses côtés.
 
Voilà…c’est comme ça et pas autrement… C’est LEUR jeu, LEURS règles…faisons leur plaisir…ILS aiment la soumission, regard alentour pour juger l’effet de sa proposition qui, on aurait pu s’y attendre, n’enchantait personne, on ira Achille et moi…après tout on est les plus proches à EUX…
 
Le beau tollé ! Avis par ci, avis par à, diatribes enflammées, débats profonds. Non sans raison, on pouvait se demander ce qui se passerait si CEUX qui menaient la ronde n’avaient rien à voir avec les Dieux de leur Antiquité. Hélène se voulait courageuse, voire stoïque. L’enjeu était énorme, le risque encore plus mais le moment était venu de faire table rase des doutes et craintes.
 
Ben, la seule façon de le savoir est demander à la Fée…si elle sait intervenir, elle doit bien savoir à qui avoir affaire, non ?...Non, Louis, je ne suis pas devenue folle…si c’est comme on pense Achille et moi…c’est Zeus  qui a le dernier mot à dire…le Dieu des Dieux…mon père…IL n’a jamais fait grand-chose pour moi…*Ouais…on se joue la carte de l’amour filial…tu vas y laisser tes plumes, ma pauvre !*

Sans besoin d’être convoquée, elle devait avoir un sixième sens l’avertissant  de toute échéance demandant sa présence, Key fit sa lumineuse apparition.
 Elle savait…
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Re: Douce France...

Message par Louis Legrand le Lun Aoû 31 2015, 21:55

Combien de fois Louis n’était-il pas tombé amoureux lors de sa première existence ? Des centaines de fois, sûrement. Pourtant, cette fois, il savait qu’il était foutu. ELLE était apparue si vite…
Belle ? Non. La femme de sa nouvelle vie avait le teint rouge, les yeux bouffis, le cheveu rare. Mais, immédiatement, Louis fut conquis par… Anne, sa fille, leur fille !  Elle représentait tant ! Concrétisation d’une passion folle ? Oui, bien sûr, mais ça il connaissait déjà. Cette fois, il s’agissait d’un vrai miracle, encore plus merveilleux que tous ceux dont les Saintes Écritures chantaient les louanges.  
Le jour de la naissance d’Anne, Louis déborda d’allégresse et aussi de reconnaissance envers Son Dieu, l’Unique Ordonnateur de toute chose.  
S’il festoya copieusement, il n’en observa pas moins la dîme pour que le « peuple » reçoive son lot de gâteries, sans omettre le clergé local dont la bourse s’alourdit fortement du même coup.
Hélas, tout ne peut jamais être aussi rose que le petit bout de chou amplement couvé.  
Il le sut très vite en conversant avec son meilleur ami du fleuve : Achille.
Louis avait beau être fanfaron, blagueur à ses heures, il n’en demeurait pas moins sagace, comme toujours.  Peut-être regretta-t-il ses paroles entre deux verres de vin partagés avec son copain tandis que leurs épouses bavardaient à l’étage :
 
J’ai dans l’idée que tu me caches des trucs. Toi et Sissi êtes restés silencieux si longtemps…
 
Quand Achille l’ouvrit enfin après maintes sollicitations insistantes, l’ex-roi se mordit les doigts virtuellement.  Il entendit des choses à remuer tripes plus aguerries. Achille ne lui confiait-il pas que la malédiction de Sissi avait failli recommencer ? Au fond de lui, Louis s’était toujours douté que ce grand bonheur ne serait qu’éphémère. Ainsi les sorciers ne répondaient pas parce que sacrifiés en lieu et place des déserteurs du Fleuve ? La rage existe, la comédie aussi. Pour préserver Anne et Hélène, Louis se sentit brusquement l’âme d’un Judas. Il joua les blasés :
 
C’est sympa à eux d’y aller à notre place. Moi, je suis très satisfait ainsi, et tu ferais bien de faire pareil.
 
Oups ! Achille pas content. Tant pis.  
 
… Arrête de m’abreuver de noms d’oiseaux selon ta bonne habitude. Tu veux être le parrain d’Anne, oui ou non ?... Alors boucle-la, s’il te plait.  
 
Lui-même tut la colère qui le minait et qui, s’il n’y prenait garde, l’aurait conduit à bien des extrémités. Il était mortifié quant au sort de leurs amis mais préféra forcer son rôle à fond. Puis Hélène et Sissi descendirent en portant le saint Graal.    
 
*Zut* Voici nos dames ! Pas un mot là-dessus, de grâce.
 
Pas doué en cachotterie, Achille tenta de faire bonne figure tandis que Louis s’extasiait sur l’enfant, s’inquiétait de cette mère levée si tôt, parlait, parlait, histoire de noyer le poisson.  
 
Cette princesse en fera tourner des têtes ! Mais avant, elle aura des précepteurs. J’en ai déjà sélectionné plusieurs. J’insiste pour que l’art ne soit pas négligé en sus des connaissances scientifiques de ce monde étrange qu’elle peaufinera dans les meilleures universités du royaume...
 
Mais, il fut rattrapé par encore une parole de trop :
 
… Ceci n’est pas pour demain. Profitons de notre bonne fortune actuelle, et… *re Zut !*
 
 Hélène, sans doute mise au parfum par Sissi, ne ratant pas la porte ouverte, s’y engouffra :
 
Tu as raison, mon chéri…ce que nous avons en ce moment n’est qu’un leurre…ILS nous démontrent leur pouvoir, on ne peut Leur échapper…   
 

Leur échapper ? Mais à qui donc voudrais-tu échapper, ma douce ? Au fisc, l’immigration ?
 
Il aurait inventé n’importe quoi, quitte à passer pour demeuré.  
Malgré ses talents prouvés de fin cuisinier, la sauce ne prit pas : Hélène savait. Têtue comme elle le pouvait être, elle campa sur ses positions en affirmant :
 
Je suis convaincue, autant qu’Achille, que ce sont EUX… cela n’a été qu’EUX  tout le temps… Les Dieux, voyons…
 
Coup vache. Louis n’adorait et n’adorerait qu’un Dieu. Son épouse n’en resta pas, hélas, à un blasphème près :
 
… Ton Dieu n’est qu’un et tout puissant mais apparemment il ne veut pas s’occuper de ce que font les Autres…
 
*Seigneur, pardonnez-lui, elle ne sait plus ce qu’elle raconte !*  
 
Coup de Jarnac :
 
Après tout, plaise ou pas, je suis la fille de Zeus…
 
Louis se mordit la langue pour ne pas révéler le fond de sa pensée. Peut-être que l’accouchement, les hormones et tout ça avaient détraqué Hélène ? Pour quelles autres raisons se mettrait-elle à tenir pareils discours insensés ?  
 
N’entrons pas en polémiques, mon amour. Tu devrais te reposer… oui, oui, il y a toujours eu des déités mais brisons-là cette fois.  
 
Ouf, ils connurent un répit par l’intervention de la toile d’araignée en provenance d’Afrique.
Ça avait l’air tellement sérieux, qu’il fallait s’y rendre presto. Meilleurs moyen : la magie !  
Appel fut donc lancé aux sorciers restés sur cette ligne du temps.  
Aidé par le Dr Montgaillard et la nurse, Louis put se débarrasser de son épouse pendant quelques heures de sommeil réparateur pour elle, pas pour lui.
Il fulmina tout du long.
Bien sûr, il avait souvent pressenti le vieil adage : trop beau pour être vrai. Peut-être bien qu’une malignité quelconque jouait avec eux mais ce n’était pas une raison pour glorifier une pseudo appartenance à un panthéon d’obscurs dieux, et oser proférer que celui en qui il croyait lui n’était qu’un incapable manipulé aussi !
 
*On verra demain !*
 
Buté comme seul Louis Le Grand savait l’être, il s’enferma dans son bureau où il n’admit personne.
 
Que de tortures mentales, réflexions, raisonnements s’imposa-t-il ! Des heures, il se ficha, n’écoutant qu’une seule voix, celle de sa foi.  Il n’escomptait pas tomber dans le mysticisme, la sainteté ou autre symbole. Au Fleuve, il avait pu prendre la mesure de sa petitesse humaine face à des désordres inattendus, incroyables.
En vain, il tenta de trouver un sens aux épreuves traversées.
L’aube rosée au-dessus des ceps de vigne annonçait une journée parfaite. D’abord, en catimini, Louis alla embrasser femme et fille, attendri tant par l’une que par l’autre. Ensuite, il ne coupa pas à son rituel, et se rendit sans tarder aux écuries où sa monture était déjà sellée.
Rien ne valait mieux à l’esprit que la communion avec un équidé lancé au galop. De loin en loin, ses gens le saluèrent au passage, habitués depuis des mois à assister au spectacle équestre donné par leur patron.  
Normalement, après la chevauchée, Louis prenait une douche puis sautait sur le buffet du petit-déjeuner.  Cette fois, il y avait des invités, non des moindres.  Intérieurement, Louis paniqua :
 
*Mais que leur est-il donc arrivé ?*
 
C’était dingue ! Si Opal et Sam gardaient fière allure, on aurait juré que Justin allait trépasser dans l’heure tant il était décrépit.  La logique s’imposait :
 
*Non, non ! Pourquoi s’en prendre à eux ?... Comme si tu l’ignorais, idiot !*
 
On ne débattit pas sur ces changements physiques pourtant relevés par les Historiques. Avec les pouvoirs dont les sorciers disposaient encore, on prit ce qu’ils nommaient portoloin et se retrouva dans le quartier résidentiel d’un camp africain.  Là, y rayonnait une famille agrandie également : Alpha et Isabel avaient engendré le petit Luke et n’en étaient pas plus fiers que les Legrand avec Anne.  
Qu’un toubib local fasse évacuer les enfants, révolta les parents mais, selon Alpha, tout était en ordre avec ce gars noir qui, malgré ses airs bourrus, était une crème. La discussion passa outre les félicitations communes, l’heure était grave. Opal, mignonne avec ses quelques rides et fils argentés, leur fit part d’un fait : John Smith avait décidé de rallier l’autre ligne temporelle avec l’aide d’une… fée.
 
*Ben voyons, avec des ailes et le bataclan, je parie !*
 
Sceptique, grognon, Louis le fut encore plus lorsqu’en aparté Hélène s’enquit de ses projets. Qu’avait-elle en tête ? S’imaginait-elle vraiment qu’il allait risquer de tout perdre parce que des inconscients s’étaient jetés dans la gueule du loup ? N’en pensant pas moins quant au sort des téméraires en goguette, il se contenta de grommeler :
 
Ma chère, nous ne sommes pas des sorciers, nous. Nous n’avons pas de fée marraine non plus. Alors, on attendra. Fin de discussion, j’ai dit.  
 
C’était l’attitude la plus raisonnable car, même en ayant fortement envie d’aller tanner l’arrière-train des tourmenteurs, ils ne disposaient d’aucun moyen d’y parvenir.
Oui, tous râlaient à divers degrés mais cela n’avançait à rien.
L’énervement fut à son comble quand l’ex-fringuant Davenport faillit mourir sous leurs yeux.
 
*Inacceptable, intolérable !*
 
Ils leur devaient tant à ces gens…
 
*On ne leur a rien demandé non plus, non mais !*  
 
Hélène qui, décidément, n’en ratait pas une, rajouta une couche après l’hospitalisation de Justin :
 
 Les Dieux sont vindicatifs…ILS prennent LEUR revanche et nous feront souffrir jusqu’à ce que nous ne plions le genou implorant LEUR pardon… C’est LEUR jeu, LEURS règles…faisons leur plaisir…ILS aiment la soumission
 
Et on va implorer qui, chère savante épouse ? J’imagine que si nous devions sacrifier
 nos rejetons aussi, tant qu’à faire, tu n’y verras pas d’inconvénients ?  
 
Si elle fut choquée par les réactions de l’entourage, la reine de Sparte n’en démordit pas :
 

… on ira Achille et moi…après tout on est les plus proches d’EUX…
 
Heureusement, Louis ne fut pas le seul outré. Sissi et Isabel rugirent autant que lui, même Opal. La patience de Louis avait des limites. Là, elle frisait le dépassement. Difficilement, il contint sa vindicte mais n’en cracha pas moins :
 
Qui vous dit que l’Olympe, s’il existe, est réellement derrière tout ça ? Allez, montrez-nous une preuve, un truc tangible !... Vous voyez, il n’y en n’a pas, évidemment. C’est magnifique le courage, l’abnégation, penser d’aller faire des courbettes au panthéon oublié.  Il est vrai que l’Olympe s’amusait beaucoup aux dépens des mortels… selon ce qui est advenu légende pour moins antiques.  Je ne vous ferai pas un cours d’histoire des mythologies et ne prônerai qu’une chose : ma foi en le Christ.. non Achille, je n’écouterai pas, toi écoute ! Ma religion, celle de Sissi, Opal et Isabel a ceci d’unique : elle se base sur 3 entités seulement qui n’en constituent qu’une car toutes les 3 s’entendent, se complètent. Radicalement différente des brouillons obscurs antiques.. ; Je ne peux pas, je ne veux pas croire qu’IL nous laisse choir, JAMAIS… Oui, oui, peut-être a-t-il été distrait, a-t-il cru un ancien élu vindicatif calmé. Mais je ne lui en voudrai JAMAIS pour ça.  
 
S’il avait espéré convaincre, ce fut un fiasco. Hélène, soutenue par Achille, ne démordit pas :
 
comme on pense Achille et moi…c’est Zeus  qui a le dernier mot à dire…le Dieu des Dieux…mon père…IL n’a jamais fait grand-chose pour moi…
 
En effet ! ironisa louis. Il s’est soi-disant transformé en cygne, et a fait pondre un œuf à ta mère. Excuse-moi, mais rien n’est plus absurde !  
 
Le poing d’Achille menaçait, Louis s’en foutait.  
Hélène parla de la fée et tous sursautèrent au son de clochettes.  
 
Eh ben dites donc, ça remue par ici ! Une veine que je sois dans les parages, moi qui veille sur vous.
 
Ceux qui ne la connaissaient pas furent éblouis par la créature ailée aux délicieuses formes féminines.  Diable, elle se marrait, la petiote.  
 
Trêve d’embrouilles, mes amis, je ne suis pas là pour donner raison ou tort à quiconque, juste venue vous dire que tout va très bien dans tous les mondes concernés… Oui, Opal, ton Erik se porte comme un charme. Par contre Michael a trépassé brièvement.
 
Choc, même en sachant que la mort là-bas n’avait rien de définitif.  Alpha et Isabel voulurent connaître la destinée des Von Falkenberg ; là aussi des déboires mais ça baignait.  Il venait de se produire une réunion entre groupes séparés, et de nouveaux alliés s’en mêlaient.  
 
J’aimerais que les tempêtes s’arrêtent entre vous. Peu importe qui en est responsable…
 
Savez-vous au moins, qui ordonne ce bordel ? demanda Louis, grinçant.
 
Oui, bien sûr. Cependant, n’escomptez pas que je vous délivre les secrets de l’univers, je me ferais radier.  Ayez confiance ! Quelle que soit votre foi, vous avez tous raison… et tort( pouffe)
Bon, pour ce qui est du vieillissement prématuré des contemporains qui vous chagrinent, je vais arranger ça illico. Sinon, ne commettez aucune folie genre sacrifices idiots ou autres. Laissez faire ceux qui sont là-bas, et maintenez l’église au milieu du village. Surtout du calme ! Sachez que les discordes, le perturbateur adore ça. Vous alimentez son moulin, là !... oui, John va bien. Sa venue crée de ces remous dont je vous fais grâce. @+, comme on dit chez vous ! Bye !   
 
Une gerbe de paillettes, un tintement, Key avait disparu.  
Comme frappée de stupeur, l’assemblée mit quelques secondes à récupérer de l’éblouissement passager.  Louis, un peu gêné de ses emportements, toussota dans son poing :
 
On devrait peut-être aller voir comment va Justin ? On dirait que tu as meilleure mine, Opal…  
 
Pas à dire, sa chevelure avait repris du tonus et l’épiderme semblait à nouveau ferme et soyeux.
Le dérivatif proposé fut bien accueilli et, sans précipitation pour autant, ils gagnèrent le pavillon médical où une Sam resplendissante les accueillit à bras ouverts : Justin était sauvé !  
Du coup, un festin s’organisa plus ou moins joyeusement.  Pendant que les dames cueilleraient les aromates et prépareraient les légumes, les « mâles » chasseraient.  Alpha avait eu cette idée. Même si les provisions de bouche du personnel résident étaient suffisantes, depuis quelques temps les environs souffraient de la présence d’un prédateur très indésirable. Autant joindre l’utile à l’agréable : tous en chasse.  Le sanglier, Louis connaissait bien. Le phacochère moins.  Ici, il s’agissait d’un déviant, un énorme mâle solitaire, chose rarissime. Sa harde avait-elle été disséminée ? Peu importait. Néanmoins, le bestiau de plus de 100kg avait pris la fâcheuse habitude de fourrager les nouveaux champs de culture désertifiant pousses et tubercules en croissance. De plus, vicieux, il avait chargé les traqueurs à plusieurs reprises.   
Ceux-ci l’ayant aperçu peu avant dans les terrains de l’Est, sous la houlette d’Alpha, on s’y rendit.  
Dieu qu’il faisait chaud dans cette savane ! Les herbages verts ou jaunes fascinèrent Louis qui, chapeau et lunettes sous le soleil de plomb, fusil en main, suivait les autres, la tête un peu ailleurs en raison des derniers évènements.
 
*Tu vas devoir faire ton Mea Culpa envers Hélène, tu as été à la limite de la grossièreté… Elle l’avait mérité ! Fille de Zeus ? Et puis quoi !*
 
Les questions métaphysiques, théologiques, le tourmentaient, sauf qu’il y avait plus. L’alliance soudaine d’Hélène avec Achille avait, il faut le dire, ravivé une ancienne blessure. Ces deux-là avaient été amants. Ils ne s’en détestaient pas moins depuis des siècles mais… Ceci ajouté à leur entêtement fit que, troublé, tracassé, Louis ne se rendit pas immédiatement compte d’avoir perdu le groupe. Il avançait, une bottine après l’autre dans les herbes ondulantes jusqu’au moment où il éprouva des difficultés à lever le pied.
 
*Nom d’un chien, un marécage !*
 
Bah, pas de quoi paniquer. Après tout, personne n’avait parlé de sables mouvants dans ce coin. Oui, mais… Il lutta un peu, ne réussissant qu’à s’enfoncer un peu plus. S’aider de la crosse du fusil lui parut indiqué pour rapprocher un branchage. Mal lui en prit car, déséquilibré, il jeta la crosse trop loin et… lâcha l’arme. Puis… C’était quoi ce grognement, cette pestilence ?
Pour avoir souvent chassé le porc sauvage, Louis pouvait en reconnaître le cri. Pas de doute, il était dans la mire. Si l’animal était fâché, avec lui embourbé et désarmé, le résultat risquait d’être… incertain.  N’ayant de la gadoue que jusqu’au mollet, il pensa encore pouvoir rejoindre le sol ferme sans avoir à affronter l’animal qui fonçait. Avec la végétation, Louis ne parvenait pas à distinguer la bête, et n’y tenait pas vraiment. Crier ? Dans le fond pourquoi pas ? Un des pisteurs n’avait-il dit que les phacochères fuyaient l’homme. Cependant, il ne serait pas dit que lui, Louis Le Grand, crèverait en Afrique sans lutter. Il lui restait son couteau et… sa voix.  
Pour beugler, il beugla, s’en prenant à la Terre entière, aux cieux dans la foulée, à Achille, Hélène ainsi qu’au sort et à sa propre bêtise.  Le galop était très proche, dans un instant ce serait l’affrontement. Une pensée à sa fille, à son Dieu, il plia les genoux, lame pointée, paré. Tout alla très vite. Le temps de ciller en voyant surgir un affreux groin orné de canines courbées, le tonnerre se déclencha. Louis dut secouer la tête plusieurs fois pour chasser le bourdonnement de ses oreilles. Quasi sourd, il n’en réalisa pas moins d’être en vie.  Très heureux, il se tourna vers son sauveur, ses traits se durcirent :
 
Ah… toi, évidemment !... Si fait, je suis content de te voir quand même… Tire-moi de là, maintenant.  
 
Achille, l’arme encore fumante en main, ne bougea pas un petit doigt.
 
Eh ! Tu ne vas pas me laisser dans cette posture quand même… QUOI ?
 
De surprise, il s’étrangla. Quel toupet, ce Chichille. Ne voilà-t-il pas qu’il réclamait des excuses ?  
 
Et de quoi devrais-je m’excuser selon toi ? D’avoir perdu mon fusil, d’être idiot pour aussi vous avoir perdu de vue, d’être tombé là-dedans ?...
 
Oh là, là ! Chichille avait sa tête des mauvais jours et, quand il émit le pourquoi, Louis aussi se butta :
 
Je t’arrête de suite. Je n’ai fait que défendre mes convictions, tout comme toi et Hélène avez défendu les vôtres.  La fée l’a dit, non ? Personne n’a raison ou tort.  La seule chose que j’admets est que tu viens de me sauver la vie, ce qui prouve que tu m’as quand même cherché et que, donc, tu ne m’en veux trop pas d’être aussi mule que toi parfois. Allez Chichille, sors-moi de là, s’il te plait !  
 
Enfin le Grec se décida à lui tendre la main pour l’extraire de la gadoue. Une fois le pied assuré, Louis ne put s’empêcher de sauter au cou de son sauveur :
 
Merci Chichille, merci et… pardon… oui, oui, bien sûr que je ferai aussi des excuses à Hélène mais à condition qu’elle s’excuse aussi, na !    
 
Cela lui valut une méchante tape sur la tête, et alors ? Il avait l’habitude.  
 
Plus tard, on festoya en dégustant la prise du jour qui, heureusement, s’avéra plus goûteuse que ne le laissait suspecter son odeur. Bizarre ces gens du cru. Qu’est-ce qu’ils riaient quand Louis narrait ses aventures avec son bagou ordinaire.  Achille et Sissi se marraient aussi, Hélène un peu moins.  Ça faisait du bien tant de visages souriants autour de petits foyers.
 
Encore plus tard vint la confrontation, retardée exprès, entre Louis et sa femme.
 
Achille est arrivé juste à temps… Oui, je sais, j’ai raconté ça au moins 10 fois ce soir. N’empêche que j’ai eu chaud.
 
Le mutisme d’Hélène en disait long sur son humeur. Louis ne savait sur quel pied danser. Il n’en voulait plus à personne. Comment l’aurait-il pu en ayant frôlé la mort définitive peu avant ? Alors, il s’agenouilla, prit la main de la belle de Troie qu’il baisa tendrement :
 
J’avoue que tu es surprenante, ma chérie. Tu voulais tomber aux pieds d’un quelconque quidam en le suppliant de nous épargner. Nous méritons mieux que cela, je crois. Regarde, je suis à  tes pieds, là, et j’implore ton pardon d’être seulement ce que je suis : un homme ! Daigneras-tu m’accorder la grâce de ton merveilleux sourire ?...               
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