Départ ou arrivée?

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Départ ou arrivée?

Message par Isabel Kittredge le Sam Mar 07 2015, 10:48

Si un jour on lui avait annoncé qu’elle ressusciterait, qu’elle connaîtrait des mondes différents, Isabel Kittredge aurait bien rigolé. D’aucuns la pensaient douce idiote, incapable d’autre chose que de réciter la bible, mieux : de l’appliquer à la lettre. Or Isabel n’était pas ainsi. L’influence de sa cousine Charmian y avait largement contribué.
C’est l’occasion qui fait le larron, non ? Certes, on ne balaye pas des années de rigueur en un coup de balai. Mais avoir revécu, connu tant et tant d’aventures, force un peu les choses. Puis, il y avait eu Alpha. Un garçon tellement différent. Il l’avait effrayée au début car elle ne pigeait rien à la violence qui l’habitait. Le guider vers la vraie foi avait été un sacerdoce difficile, aux résultats incroyables cependant. Alpha était bon, son âme était pure, il n’avait été que mal orienté, c’est tout. Bien des aléas les avaient torturés mais l’amour vainquit tous les obstacles. Aussi, quand il disparut pour être subitement remplacé par un sosie qui était loin de le valoir – selon elle - Isabel perdit pied un moment. En bouclier : sa foi, sa bible. Les gens apparus étaient sympathiques pourtant. Isabel aima d’emblée les Davenport qui ressemblaient tant au maire et à Maya Clairborne. Très beau couple, ils avaient amenés avec eux… des enfants ! Quelle joie que de voir de jolies frimousses ! Isabel avait toujours aimé les gosses, le contact fut facile avec eux. Les deux autres adultes lui faisaient peur.
Celui qui correspondait à Achille semblait de caractère très difficile malgré que si Justin l’appréciait c’est que quelque part il n’était pas si mauvais. Max, lui… sa vue lui faisait mal, si mal. Elle savait qu’elle l’agaçait en ne pouvant s’empêcher de le détailler. En tout cas, il savait s’organiser et, peut-être que son irritation venait de la perte subie puisque lui aussi disait avoir femme et enfants en Afrique où il s’occupait de réfugiés.
 
*La noble tâche !* avait-elle souvent pensé.
 
Lorsque les nouvelles d’un contact établi avec les « autres » se confirmèrent, avec Hélène et Sissi les discussions furent très prolongées.
 
… Pensez-vous sérieusement à partir d’ici ?...
 
Le tout était de voir ce que désiraient leurs époux et si le transfert inverse serait réalisable.  
Un soir, elles entendirent, elles aussi, le navion comme disait Louis. Seulement, était-ce une réponse divine à une infraction ? Le ciel se déchaîna. Heureusement, cela ne dura pas, et force fut d’admettre qu’il leur était maintenant possible d’aller rejoindre leurs maris selon les dires d’un nouveau venu accompagné d’un petit chat. Isabel était très circonspecte quant aux façons de toutes ces personnes.
 
*Il y a des diableries là-dessous !*
 
Elle se garda bien de dire quoique ce soit à ce sujet, n’en pensant pas moins pour autant.
Enfin, puisque ses amies marchaient à fond dans le « plan » prévu, Isabel se laissa faire.
Et Alpha fut là, aussi heureux qu’elle de leur réunion. Une très joyeuse bande les reçut, on festoya. Mais Miss Kittredge voulut savoir des choses :
 
Mon doux cœur, comment est ce monde-ci ?
 
Comme de bien entendu, Alpha fut assez sobre en commentaires. Il parla de la femme de Max comme d’un dragon en jupon, celle de Michael ne valant guère mieux. Il avait œuvré en Afrique et assez apprécié le boulot proposé. Elle, elle n’aima pas trop ses façons de conter Ysaline par-ci, Ysaline par-là. 
 
… Ah, un grand médecin ?... tu as fait quoi ?
 
Elle fut sidérée d’apprendre qu’il avait sauvé un dénommé Joseph, et confié ses pilules miraculeuses à cette femme.
 
… ne crains-tu pas qu’elle en fasse mauvais usage ? Tu sais, je pense que ces gens sont des sorciers…
 
À sa grande horreur, Alpha avait ri en confirmant ses doutes.  
 
*Mon Dieu, sauvez-nous !*
 
 Lui n’était pas gêné, elle beaucoup. On fit avec puisque pas le choix, d’autant que ces suppôts de Satan étaient bizarrement en majorité catholiques.
On dut attendre assez longtemps avant d’obtenir des nouvelles du côté opposé. En attendant l’échange final, Alix, Opal et Ysaline désirèrent « éduquer » les frais historiques dévolus.  Isabel était sidérée des changements opérés depuis sa mort.  Sa belle et grande patrie avait beaucoup prospéré maintenant devenue quasi leader mondial. Les affaires politiques, par contre, la dépassaient de même que les guerres nombreuses aux résultats désastreux. L’homme ne changerait donc jamais ?
Puis, un beau soir grande agitation : le phénomène qui avait permis les transferts allait être rappelé et, si tout allait bien, les échanges s’effectueraient. Moments intenses que ceux des adieux à Neil et Maya incompatibles avec cette ligne su temps, si elle avait bien pigé.
 
On ne vous oubliera pas ! Erik a dit que…
 
Il en avait tant dit que l’on n’en pigeait pas la moitié.
Un départ, un retour, beaucoup de joies partout.  
 
Opal, que va-t-il advenir de nous, maintenant ?  

On leur fournissait de nouvelles identités, des histoires solides mais une sorte de stage d’apprentissage était jugé nécessaire avant leur envol vers une autre destinée.  
Alpha lui expliqua l’usage de ce que les sorciers nommaient portoloin. Inutile de dire qu’elle n’apprécia pas, mais pas du tout, pas plus que d’autres en tout cas.  
La résidence des Davenport était vaste sans démesure. Les historiques y résidèrent plusieurs mois, effectuant des trajets en ville via voitures. Son chéri maîtrisait parfaitement l’usage de ces véhicules archaïques pour lui. Elle fermait les yeux, nauséeuse la plupart du temps. L’échange des diamants offerts par Lindsay eut lieu à la banque Grigotts, réputée pour sa discrétion quant à la provenance de certaines espèces. CHOC ! Ainsi dans ce monde, deux mondes cohabitaient : moldus et sorciers.  Ils s’y firent, fallait bien. Nantis d’une somme estimée fabuleuse, tous les projets étaient permis. Mais Isabel n’aimait pas l’Angleterre jugée… moderne et fade. Ysaline et Max s’étaient rapidement envolés vers leur Afrique…
 
Alf, pourquoi n’irions-nous pas là-bas ?... oui, c’est embêtant, cette ressemblance mais si tu arrêtes de te raser, laisse pousser tes cheveux…. Ben oui, on dira que tu es un cousin ou quelque chose du style. Je ne peux pas rester à ne rien faire. Nous avons tant d’argent maintenant, autant le dépenser utilement, tu ne crois pas ?  
 
Les Von Falkenberg une fois prévenus de leurs désirs ne manifestèrent pas un enthousiasme délirant. Néanmoins, Alpha s’étant montré très ingénieux pendant son passage, on leur accorda un séjour plus ou moins temporaire.  
L’avion ne plut pas davantage à Isabel que le portoloin quoique ce mode-là soit nettement plus rapide que ces engins bruyants et inconfortables même en 1ère classe.  
Une nouvelle vie débuta.    
 
C’était très différent de tout ce qu’Isabel avait connu jusque-là. Le monde du fleuve était par trop tumultueux, celui du village trop calme ou intriguant.  Ici au moins on œuvrait pour quelque chose de concret, de réel, d’utile. Très vite Isabel se plut dans cette ambiance où tous s’épaulaient.  Elle aima immédiatement Lev, et surtout Ny’Ala. Certes, certains avaient tiqué face à Alpha qui, malgré quelques ajustements, ressemblait quand même beaucoup à Max Von Falkenberg. Mais puisque l’entente régnait, nul n’y trouva à redire. Tant pis si quelques-uns pensèrent au fruit d’un péché quelconque… Promue institutrice, Isabel s’épanouit au contact des nombreux enfants avides de savoir. De plus, elle pouvait participer au catéchisme, donc tout allait bien. Sauf que…
 
Alf, je trouve que tu passes vraiment beaucoup de temps avec Ysaline… oui, je sais, tu me l’as dit : pour la bonne cause… non, suis pas jalouse ! Ça servirait à quoi ? Si Max ne l’est pas, vois pas pourquoi je le serais. *Il te démonterait le portrait sinon…*  
 
Elle préparait leur repas du soir, comme toute épouse bienveillante l’aurait fait : plat simple composé de poulet aux agrumes et légumes du cru.
Au dessert partagé, elle tenta :
 
Tu n’en as pas marre d’être un sous-fifre, toi ? … ben, je pensais qu’avec tes capacités, tu aurais pu briguer au moins un diplôme d’ingénieur… tu es si doué, mon cœur… mais si, je suis contente d’être ici, voyons ! Mais je crois que nous méritons autre chose que de vivre dans l’ombre de ces sorciers... On a de l’argent en suffisance, mon chéri… Ah, oui…
 
Bien sûr, il voulait aider le dr Zaline à piger le secret des pilules du futur, et parfaire les installations. Elle tint sa langue, un peu plus.  
De toute façon, elle n’avait aucune preuve de ce qu’elle suspectait. Tôt le lendemain, elle voulut en avoir le cœur net.
Timide, comme encore souvent, elle aborda Ny’Ala :
 
Excuse-moi, j’ai des petits troubles dont je ne peux pas parler à Ysaline ni à Thidiane…
 
Ok ! lui cligna de l’œil la belle au teint sombre. Dans une heure, au fond du dispensaire.  
 
Isabel subit son premier examen gynécologique avec désagrément. Mais, quelques minutes après avoir uriné sur une bandelette sa tête s’allongea.
Joie, angoisse ? Elle ne savait plus quoi. Elle rumina longuement jusqu’au soir à l’heure du repas. Tout ratait, elle n’avait pas la tête à cuisiner, ni à rien. Alpha tiqua en regardant son riz à moitié cramé, de même que tout le reste.
 
… ne rouspète pas ! Je ne l’ai pas fait exprès… Alf… je… je suis désolée… tu… tu vas être papa...  
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Re: Départ ou arrivée?

Message par Ralph Blakely le Ven Mar 13 2015, 20:50

Quiproquo-paradoxe temporel. Des trucs pareils, ça n’arrive  pas à tout le monde, pourtant  lui semblait abonné à l’extraordinaire, aux trucs bizarres et situations inédites. Mais après tout, pour quelqu’un  mort  en 2469, ressuscité au Monde du Fleuve, ayant fait la rencontre de gens aussi morts que lui et revenus à la vie, rien n’avait l’heur de trop l’étonner.
Le tout était ne pas se faire du mauvais sang, ne pas poser trop de questions , s’arranger le mieux possible et vivre gentiment sa vie sans trop faire tache, ce qui avec son Isabel était toujours plus facile…
Penser à elle lui faisait mal, elle lui manquait, sans Isabel, il était perdu. Elle était sa constante d’humanité, son repère, son centre, son Nord…et là, un absurde « accident » quantique les plaçait dans des univers parallèles.
Un groupe de personnes, un peu disparates fallait le dire, tournaient la théorie dans tous les sens sans y voir trop clair, alors que très despotiquement celle qui l’avait pris pour son mari le baladait dans le monde via un moyen de transport qu’il avait connu de son temps, sauf que ça ne marchait pas pareil…Bien sûr, on tarda assez à lui donner une explication et encore il fallut cogiter pour éclairer ces arcanes obscures où il était question de magie…Logiquement un Ayerling du 25ème siècle n’était pas du tout familiarisé avec des questions de sorcellerie, magie ou ce que cela voudrait bien être…ce qu’ils nommaient Portoloin était pour lui Téléportation, ce qui revenant du tout au même convenait parfaitement pour les déplacements sur grandes distances en un rien de temps, quoique Alpha ne se souvenait pas que la Téléportation de son époque chamboulât tellement son estomac.
La Dr. Zaline, comme on nommait la belle virago de service, n’avait eu, en un début, aucune confiance en lui. Allez savoir pourquoi ? Il pouvait comprendre que le fait qu’il ressemblât tant à son mari devait l’incommoder mais de là à le soupçonner être capable de quelque impair, c’était aller un peu loin. Pour veiller au grain, elle fit appel à son père, un homme charmant et son adorable femme qui pour entrer en matière laissèrent clair qu’il ne devait, jamais de tout jamais, regarder Madame de trop près…Comme s ‘il en avait eu l’intention ! Alors à part de travailler plein temps, il reporta son attention sur les enfants…Fascination totale, surtout les plus petits. Après tout, il avait raté toutes les cases possibles de son évolution comme être humain !
Finalement, il avait pu prouver sa bonne foi en lui faisant don des pilules bleues qui opéraient des miracles mais le temps avait manqué pour faire plus. Des nouvelles de l’Australie mirent fin à son stage africain…
Le beau tollé. Excitation générale. Apparemment on avait trouvé un moyen pour reverser la situation…Étant donné qu’on ne lui demanda pas de prendre part aux débats il alla plutôt retrouver Achille de retour de l’autre bout du monde et Louis qui jouait au cuistot du coin. Jours d’attente jusqu’á ce que les sorciers là rassemblés trouvent une solution valable, entre temps, Alpha ‘eut aucun problème pour sonner un coup de main à la ferme. Travailler à s’en crever l’aidait à ne pas penser, à ne pas céder à l’angoisse.
Et un soir, sortant d’une pièce du vortex lumineux, le Cessna piloté par Erik avait ramené  Isabel et avec elle Sissi et Hélène.
Sans se soucier du reste ou de la pruderie de sa femme, Alpha l’avait serrée dans une étreinte dingue en l’embrassant à en perdre haleine.
 
J’avais peur de ne jamais te revoir !!!
 
Apparemment elle avait eu les mêmes craintes, mais sans leur laisser le temps de s’étendre sur cela, on les entraînait dans une joyeuse réunion. Erik donnait des explications sur le fameux paradoxe qui avait failli tourner en catastrophe dû à la présence de deux personnes identiques dans une réalité parallèle qui ne correspondait pas à l’une d’elles, ce qui d’ores et déjà donnait la couleur de la suite.
Pour rendre possible le retour des Davenport, Neil et Maya devaient partir. Apparemment cela se passait autrement pour les Historiques, même si l’exposant de la théorie ne voulut pas en expliquer plus. Pour Alpha, c’était tout dit.
 
*On est tous morts, même si pour ce temps, suis même pas né !*
 

Isabel était assez bouleversée en découvrant cet échantillon de société du 21ème siècle.
 
Mon doux cœur, comment est ce monde ci ?
 

Différent, ma chérie…à ton temps, au mien et radicalement à celui que tu viens de quitter, même si j’en ai pas trop vu…, il raconta un peu de ses aventures sans pouvoir éviter nommer Ysaline au moins une demi-douzaine de fois, ce qui ne sembla pas enchanter sa chérie.
 
Ah, un grand médecin ?
 

Oui, en effet…elle aide beaucoup de gens, c’est pour ça que je lui ai donné les pilules bleues, comme ça on a sauvé le pauvre Joseph…qui allait perdre ses jambes…
 
Oups, Chérie ne pensait pas que celle-là ait été une bonne idée, elle se montra suspicieuse et surtout un peu scandalisée en avouant :
 
Tu sais, je pense que ces gens sont des sorciers…
 

Il l’embrassa en riant.
 
C’est bien le cas mais il n’y a rien à craindre…ce sont des bons sorciers ! Viens plutôt faire leur connaissance !
 

Un peu difficile qu’elle admette cela tout de go, compte tenu de ses fermes croyances qui condamnaient tout écart du droit chemin mais les présentations faites,  elle dut admettre qu’au moins ils avaient l’air absolument comme tout le monde, surtout quand, pour la rassurer beaucoup d’entre eux déclarèrent être aussi des bons catholiques.  Quelque peu rassérénée Isabel mesurait sans doute l’incompatibilité entre foi et rites obscurs, mais pour le moment, cela sembla faire l’affaire.
En attendant le retour des chers absents, les présents furent de l’avis d’éduquer les nouveaux venus dans les us et coutumes  de ce siècle. Si pour les autres l’époque se révélait une mystérieuse suite de nouveautés ahurissantes, pour Alpha ce fut reprendre un cours d’histoire du passé. La technologie du 21ème siècle n’était autre chose que l’éveil de celle qu’il avait connue. Certaines choses, les automobiles  par exemple, étaient archaïques par rapport  celles connues de son temps, tout comme l’aviation et la course spatiale mais le principe, même primitif, se révélait efficace  correspondant utilement aux besoins de l’époque.  Inlassable, il demeurait des heures à visionner des documentaires sur la planète, la découvrant dans une splendeur inédite de son temps.  La politique lui sembla aussi pourrie que dans son futur ce qui le fit arriver à la triste conclusion que l’être humain n’avait aucune intention de changer.
 
*Si ce n’est que pour faire pire !*
 

Et à partir de ce moment, il préféra oublier qu’il avait été un Ayerling, qu’il savait trop de choses et s’appliqua à être un quidam ordinaire, ce qui parfois n’était quand même pas trop évident.
Le transfert des « égarés » et le retour de Neil et Maya au monde du Village, fut un succès. Il fit enfin connaissance avec  Max et on ne peut pas dire qu’un quelconque courant de  folle sympathie soit passé entre eux. Ils se contentèrent de se serrer la main et chacun s’en alla vaquer de son côté.
Court congé d’études. On alla à la mer et Alpha découvrit, avec une joie presqu’enfantine les joies du surf, tronquée par une alerte au requin et l’air affolé d’Isabel.  Justin Davenport, instauré en instructeur en chef, décréta qu’il était grand temps de se mettre sérieusement au travail et que pour cela, le groupe de « nouveaux » irait en Angleterre, avec lui et son épouse Samantha.
 
Isabel  n’aima pas du tout le Portoloin. Pas plus que l’Angleterre. Bien entendu découvrir que là se côtoyaient monde sorcier et normal, ne fut pas pour la mettre à l’aise. Alpha lui s’accommodait parfaitement et approfondissait ses connaissances.  
Pour alors ils avaient tous des documents parfaitement légitimes, une petite fortune, produit de la vente des diamants piochés à la Mine et ceux envoyés par Lindsay.  Instruits autant qu’on peut l’être, le moment était venu d’assumer chacun son existence. Louis et Hélène furent les premiers à quitter le « nid », suivis de près par Achille et Sissi. S’il n’avait tenu qu’à lui, Alpha aurait acheté un voilier et se serait lancé dans un périple d’envergure  mais Isabel avait déjà sa petite idée. L’Afrique. Sans doute les histoires d’aide humanitaire y étaient pour quelque chose. Bien entendu, pas n’importe où en Afrique, la destination était bien distincte…un certain campement zambien…

Lusaka-Zambie. 
Après un long vol intercontinental, en 1ère classe, pour mieux passer l’impression, l’air humide et chaud les frappa au visage. Alpha aima la sensation. En fait, il avait vraiment apprécié le voyage, Isabel pas trop, elle était énervée. La chaleur  n’arrangea pas les choses.
 
Je sais, la téléportation, c’est plus commode mais ça n’existe pas et je ne suis pas un sorcier…on fait avec…Bienvenue en Afrique, ma douce !
 

Pas de comité d’accueil. Il ne s’y attendait pas. Personne ne leur ferait la vie facile, ils devaient apprendre à se débrouiller seuls. C’était le deal !
Alpha ne traîna pas en chemin. Voiture louée à l’aéroport, il prit le volant et la route vers le Campement. Il connaissait parfaitement le chemin.  Isabel ne semblait pas trop bien encaisser sa façon de conduire  mais ne dit rien.
L’accueil d’Ysaline fut chaleureux. Max était absent mais à sa place ils eurent droit au discours de bienvenue de Lev, le meilleur ami et main droite du maître à bord. On leur avait destiné un bungalow nanti de tout le confort nécessaire sous ces latitudes.
Et la vie prit son cours. Isabel s’occupait de la petite école et donnait aussi des classes de Catéchisme aux enfants. Alpha lui travaillait dès le lever du soleil jusqu’au soir, là où on avait besoin de lui. Peu importait, il était partant pour tout, que ce fut piocher, creuser, réparer les machines, aider aux récoltes ou rassembler le bétail.
Au début, ces braves gens avaient été un peu choqués d’avoir affaire à une copie conforme de Max, sauf détails mais à la longue se firent à l’idée d’avoir deux bourreaux du travail au lieu d’un ce qui n’allait que pour les arranger. On avait moins de pannes, les problèmes trouvaient leur solution deux fois plus vite et faute de l’un on comptait toujours avec l’autre pour ceci ou cela.
Et Alpha se trouvait encore le temps pour aller à la pêche. Oui, c’était tout bête, il aimait perdre un peu son temps, sans céder au stress et allait s’asseoir sur la berge de la rivière à attendre le bon vouloir de quelque poisson distrait. Mais il n’était jamais seul. Les enfants du coin avaient suivi son petit manège et n’avaient pas tardé à prendre confiance pour aller s’installer près de lui avec leurs cannes à pêche rudimentaires. Ils babillaient sans cesse, ce qui ne convenait pas trop à encourager les poissons mais racontaient leurs petites existences. Alpha écoutait, apprenant alors, d’eux, bien plus qu’il ne l’avait fait pendant des mois « d’écolage ». Ils lui apprenaient  l’humanité, en mots simples et rires clairs.
Mais bien sûr, il y avait aussi Ysaline et les fameuses pilules bleues qu’elle préservait comme un trésor pour les cas extrêmes, sachant qu’une fois la réserve tarie, il n’y en aurait plus. Ils passaient des heures au laboratoire en faisant diverses expériences dans l’espoir de trouver la bonne composition, parfois presque toute la nuit y passait, sans qu’ils sentent la fatigue, tout à leur investigation.
 
Alf, je trouve que tu passes vraiment beaucoup de temps avec Ysaline…
 

IL leva le nez de son assiette et la regarda, légèrement surpris par cette remarque.
 
Oui, on travaille. On doit trouver la composition des pilules, c’est important. Pourquoi ? Ça te dérange ? Tu es …euh…jalouse ?
 

Non. Apparemment ce n’était pas celui-là, le problème. Tant mieux, il avait encore du mal à s’y retrouver, dans l’embrouille des sentiments humains. Elle laissa tomber…pour le moment. Sans aller plus loin que le dessert, Isabel lança de nouveau :
 
Tu n’en as pas marre d’être un sous-fifre, toi ?
 

Un sous-fifre ?...Euh, non…je ne sens pas en être un ! Pourquoi ?
 
Décidément ce soir, Chérie avait envie de tirer pas mal de trucs au clair. Selon elle, il aurait pu devenir ingénieur oui qui sait si plus encore. Il n’y avait jamais pensé, parfaitement satisfait avec sa vie telle qu’elle était. Mais elle insistait, même en disant qu’elle était heureuse, là.  Il n’y comprenait rien !
 
Mais je crois que nous méritons autre chose que de vivre dans l’ombre de ces sorciers... On a de l’argent en suffisance, mon chéri… Ah, oui…
 
Il oublia son dessert, trop saisi par cette conversation syncopée qui n’allait nulle part.
 
Isabel, ma douce…tu te sens bien ?
 
Ni oui ni non. On en resta là pour ce soir. Mais le lendemain, à la même heure, après une journée particulièrement éreintante, il  se retrouva avec un dîner à moitié brûlé et une femme plutôt nerveuse.
 
Tu vas finir par me dire ce qui cloche, ma chérie…parce que là…
 

Ne rouspète pas ! Je ne l’ai pas fait exprès… Alf… je… je suis désolée… tu… tu vas être papa...
 
Confusion totale ! Elle était désolée…pourquoi ? Et Puis….aller être papa, ça voulait dire quoi au juste ? Rien ni personne ne l’avait préparé à  assumer une énormité pareille ! Difficile pour quelqu’un qui a vu le jour dans un laboratoire issu d’une éprouvette ou ressemblant, pour qui « maternité » était un terme équivoque relégué au passé de l’histoire de son temps. Retour fracassant à la case départ, il était de nouveau le guerrier robotisé, comme disait Isabel, qui ne pigeait rien, qui avait des sentiments coincés quelque part.
 
Papa ?, coassa t’il, faisant très bien dans le genre hébété, paumé de la vie, faites-moi un dessin SVP.
 
Elle s’était, le plus sûr attendue à  toute autre réaction, et déjà énervée au début, céda volontiers à une explosion explicative, agacée, faisant sans doute des efforts pour ne pas lui envoyer quelque chose sur la tête. Quelque onomatopées incompréhensibles plus tard pour clore son discours alors qu’il restait toujours là avec l’air ébahi de l’imbécile de service, Isabel se leva, débarrassa la table alors que, malgré tout, il avait toujours faim. Rembobinage à toute ! Repassage exhaustif du début de la conversation. Analyse profonde. Sus à la foi, celle induite par la charmante femme qui le fustigeait d’un regard noir. Comprendre ! Vite !
 
Ça veut dire que…tu…bébé ?, c’est dingue ce qu’il pouvait s’exprimer  clairement, mais Dieu merci, cela sembla faire l’affaire.
 
Peut-être sa tête d’idiot perdu dans les arcanes de cette humanité au galop parvint à l’attendrir, en tout cas, son expression passa de presque enragée à doucement émue. Confirmation, c’était exactement de ça qu’on parlait : elle  bébé, lui papa !
 
C’est…incroyable…euh, bien sûr que oui…je suis heureux…c’est inespéré… je ne savais même pas que ce fut possible…tu en es sûre !?
 

Bien entendu, il avait raté la moitié de ses explications. Bien sûr qu’elle en était sûre, sans ça, elle ne se serait pas aventurée à le lui dire. Peu importait, il avait récupéré l’usage de la parole, enfin à peu près, mais ne parvenait pas à bouger de sa place, il restait là à la regarder à s’en emplir les yeux, essayant de contrôler les battements erratiques de son cœur, cédant à un raz de marée d’émotions inconnues, affolantes, merveilleuses. Puis vint le nœud à la gorge, et aussi inespérément que la nouvelle ces larmes qui lui piquaient les paupières.
 
Pourquoi ça…si je suis heureux ?
 
Peu importait, on lui expliquerait plus tard. En attendant, il finit quand même par se comporter comme un heureux normal.  Pour les nouvelles dispositions, on verrait après…fallait encore que Alpha 247, alias Ralph Blakely, ex-Ayerling de son état, reconverti à l’humanitaire,  descende de son petit nuage, là-haut au septième ciel…
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Re: Départ ou arrivée?

Message par Isabel Kittredge le Lun Mar 23 2015, 20:38

Tricoter ? Oui Isabel savait mais sous ces latitudes la majorité des enfants courait cul nu.
La tête de son Alf chéri avait valu le détour. Il ne pigeait rien. Elle aurait dû s’y attendre. Qu’est-ce que papa signifiait pour un être né dans une éprouvette ?
 
 Ça veut dire que…tu…bébé ?
 
Rageuse, elle vidait déjà les assiettes ratées :
 
Oui, un bébé. J’attends un enfant : TON enfant !
 
…c’est inespéré… je ne savais même pas que ce fut possible…tu en es sûre !?
 
Enfin, Alf ! Tu vis où ? Tu as déjà vu des femmes avec un gros ventre sortir de la clinique avec un marmot dans les bras ou non ? C’est ce qui nous attend.  On a fait des tests, c’est confirmé.

Écoute, j’avais 45 ans quand je suis morte, un âge où les femmes procréent peu, ne sont plus fertiles. On a vécu intimement des années sans que rien ne se produise mais là… c’est fait. Es-tu heureux d’être père, d’avoir engendré, d’avoir un héritier ?
 
Des notions dont il n’avait pas idée, hélas.  
 
Peut-être demanda-t-il des conseils à Max ? Le fait est qu’il se comporta comme un futur père…
à quelques différences près.
 
Il travailla comme si rien, tyrannique si besoin était ; pauvres gens. Elle, elle dégueulait fréquemment, s’étonnait de ses rondeurs nouvelles. Pas à dire, lui aussi !  
Mise sous loupe, microscope ? Elle n’en savait rien mais ça lui tapait sur le système de le voir, dès pause, rivé à ses basques.  Son humeur changeait aussi ? Elle s’en rendait compte mais ne pouvait rien y changer.  Un soir, l’abandonnant du lit partagé, elle courut chez les Von Falkenberg. Long tambourinage avant lumière et ouverture :
 
Max, pardon de te déranger, je deviens folle.  
 
Il avait une sale tête, celle de quelqu’un surpris en plein rêve.  
Nerveuse, elle pénétra dans le pavillon conçu pour une famille nombreuse, s’étonnant à peine de l’ordre y régnant pourtant.
 
*Ils en ont de la chance, ces sorciers !*

Max, désolée… non, non, le bébé va bien c’est Alf qui m’inquiète, m’énerve…
 
Il semblait tellement out qu’elle se troubla :
 
Tu es sûr que ça va ?
 
Il n’en avait franchement pas l’air mais prit sur lui pour répondre à ses attentes.  Soucis exposés, il promit vaguement de parler à son double, narra à peine ses problèmes, mais Isabel demeura  sceptique. Quelque chose clochait avec Max, mais quoi ? Nuit d’insomnie.
Au matin, elle prépara le petit-déjeuner, veilla au bien-être d’Alf, avala ses fruits, songeuse.
Comme d’habitude, son époux s’était « débranché » pour la nuit et n’avait même pas remarqué sa fuite. Veine pour lui, son mode dodo sur commande…
 
Toute la journée, Isabel pensa aux Von Falkenberg. Ysaline avait-elle remarqué l’abrutissement de Max ?  Difficile à estimer avec un tel bourreau du travail. En attendant de pouvoir lui causer, la future mère fit connaissance avec certains « avantages » conférés par son état maintenant très public.
Comme quoi, la grossesse ne comportait pas que des inconvénients…
À son époque, être « grosse » était quasi honteux. La famille proche se réjouissait, sans plus. Ici, tout était beaucoup plus simple, naturel. Fallait juste s’en accommoder. Dans le temps, on dissimulait la taille épaissie, souffrait dans des chaussures peu adaptées, vêtements serrant. Là, au milieu de ces gens, Isabel se sentait bien et, pour une fois, femme à part entière. Sauf qu’Alf la lâchait peu.  
Plusieurs échanges verbaux eurent lieux avec son garde chiourme :
 
Mais si que je vais porter ces paquets ! … Oui, plus de nausées… Vitamines ?? Tu te prends pour mon toubib ?
 
C’est vrai que question nerfs, les changements hormonaux influaient.  
Quelques temps plus tard, elle suait avec des plans de tomates rebelles. Alf lui ôta son racloir, la força à se relever et fit… tout à sa place. Ce fut assez réussi mais…
 
Tu n’as vraiment rien à faire d’autre que d’épier mes moindres faits et gestes ? Je ne suis pas malade ou handicapée, juste enceinte !
 
Comme il était craquant avec son air penaud.
 
Allons plutôt boire une limonade, veux-tu ?
 
 Puis…
 
Alf, pourquoi avoir demandé à Esméralda et Trina de faire le ménage ici ? Je sais tenir une maison !
 
Le pauvre avait toujours une bonne excuse pour combler.
Un soir :
 
Alf chéri, tu dois me lâcher, me laisser de l’espace vital. J’avais demandé à Max de t’en causer mais il ne l’a pas fait manifestement… hein ?
 
Tomber des nues est peu dire. Les époux Von Falkenberg étaient partis ? Où, quand, comment ? Elle n’avait rien remarqué. Alpha avait plus de boulot et de responsabilités mais assumait… tout. Selon lui, cette absence serait temporaire, tout baignait.  
Elle en fut nettement moins certaine après avoir contacté ses amies via le Net.  D’Australie, ses interrogations restèrent vagues en réponse, d’Angleterre très floues, des Bermudes silence radio total.
 
Alf, il se passe quelque chose… j’en sais rien moi ! Max et Ysaline t’ont dit quelque chose ?...
 
Ben, non… De quoi gamberger beaucoup…
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Re: Départ ou arrivée?

Message par Ralph Blakely le Mar Juin 02 2015, 11:45

Décidément tien de moins évident que d’assumer…plein de choses ! Être père ? Voilà une situation pour laquelle il ne se sentait guère préparé. Pour un Ayerling, la notion de paternité n’étant nullement envisageable, on s’était bien passé de leur donner une explication quelconque  sur le thème, en plus étant lui-même issus d’une éprouvette, assumer le fait extraordinaire d’avoir fait un enfant s’avérait un peu compliqué.
En plus l’exaspération d’Isabel face à son ignorance n’aidait en rien.
 
Es-tu heureux d’être père, d’avoir engendré, d’avoir un héritier ?
 
Euh…sais pas…enfin, suppose que oui…c’est que je pige pas grand-chose ! C’est nouveau…inattendu !, ce qui bien sûr n’était nullement ce qu’elle voulait entendre.
 
Alpha avait beau y penser, le tourner dans tous les sens, observer l’attitude des autres, surtout celle des pères avec leurs enfants, ce qui lui permettait de tirer certaines conclusions : la plupart des hommes en étaient ravis, fiers de leurs rejetons.  Max était un bon exemple, Lev autant. Pourquoi ne pouvait-il pas  réagir de la même façon ? La seule ressource qui lui restait était de celle de poser des questions, pas à Isabel, qui s’énervait. Max lui aurait semblé une bonne option mais depuis un certain temps le cher homme semblait tout à fait à côté de la plaque et allait par là avec un air de zombie perdu qui ne disait rien qui vaille. Restait Lev, toujours disert et prêt à rendre service. Avec lui, pas besoin de donner trop d’explications, il pigeait tout avant qu’on n’ait fini d’énoncer ses peines.
 
T’en fais pas…les femmes, c’est compliqué, mon pote, drôlement compliqué…et quand elles sont enceintes, c’est pire. Sautes d’humeur, ça pleure pour tout et n’importe quoi…et mine de rien, t’es le coupable de tout.
 
Exactement ce dont  l’Ayerling avait besoin pour se rassurer.
 
Oui, de ça m’en suis rendu compte…mais tu vois, c’est compliqué, là…
 
Grande tape sur le dos.
 
Ouais, avec ton histoire science-fiction, pas trop évident…mais tu verras, ça viendra tout seul…les gosses, c’est magique…
 
Mais qu’est-ce que je fais avec Isabel ?...Elle est toujours agacée…j’ai lu que les femmes en cet état sont plus fragiles, ont besoin de repos…de ne pas faire des gros efforts…mais elle ne veut rien entendre…je ne veux que l’aider !

Lev secoua la tête avec un soupir et  lui donna des petites tapes à l’épaule.
 
Te dis que c’est compliqué…ça veut mais ça ne veut pas, on y perd son latin…si tu es prévenant, elles te crient dessus en jurant ne pas en avoir besoin, et si tu ne l’es pas, c’est aussi fichu parce que là tu es une brute sans cœur…

Ça ne m’avance pas trop, tout ce que tu dis !, reconnut Alpha, dépité au plus haut point, elle n’a pas tort de dire que je ne pige rien…c’est vrai…pige rien du tout !
 
Te bile pas trop, agis naturellement…laisse la faire ce qu’elle veut, Ny’ala assure que ton Isabel est parfaitement en forme, donc pas besoin de te faire du souci…
 
Fort de ces savants conseils, Alpha affronta la situation avec un peu moins d’angoisse, quoiqu’ au fond, cela ne changea pas grand-chose, parce que s’il laissa tomber ce que sa chérie appelait harcèlement,  le cher homme occupa son temps libre à l’observation. Et quand un Ayerling observe, c’est exactement ce qu’il fait.
Si au début la voir s’arrondir doucement l’avait ravi, au fur et à mesure que la grossesse se faisait plus évidente, il passa carrément à la phase investigatrice et traitait sa femme comme un sujet d’étude des plus fascinants.
Quand Isabel lui montra les clichés de l’échographie, il resta comme deux ronds de flan en contemplant ce petit être recroquevillé dans le ventre de sa mère. Il pouvait clairement distinguer bras et jambes, la tête lui sembla énorme, ce qui le mena  à craindre quelque anormalité mais Isabel, faisant preuve de patience, le rassura. Pour si jamais il alla demander son avis à l’éminence de service qui l’envoya paître sans contemplations, ce fut alors au tour de Ny’ala d’entrer dans la danse.
 
Le bébé est parfaitement normal, Alf…je te le jure, tous se voient ainsi à ce stade…Non, on ne sait pas encore si c’est un garçon ou une fille…
 
Ah bon ?...Il y a option !?
 
La femme de Lev leva les yeux au ciel en soupirant.
 
Tu ne peux pas choisir, bêta…ce  sera ce que ce sera…tu l’aimeras de toute façon !...Ou tu es du genre de ceux qui ne veulent qu’avoir des bébés garçons pour  perpétuer nom et lignée ?

J’ai rien de ça, reconnut-il sans ambages, m’en fous…Je…pourrai voir la prochaine fois ?
 
Elle n’en savait rien, il devrait demander à sa femme, qui justement avait évité de le lui dire, les précédentes fois pour ne pas avoir droit à une de ces séances, plutôt soûlantes, de questions à rallonge.
 
*J’en ai vu, des paumés, mais celui-là, il bat tous les records !*
 
Entre ceci et cela, il y avait le travail qui ne manquait jamais. Alpha s’arrangeait pour expédier le tout de la meilleure façon, se fichant un peu beaucoup de jour parfois les tyrans exigeants. Et puis, comme si cela n’était pas assez, les Von Falkenberg désertèrent presque sans préavis. Max déléguait sur Lev et sur lui en assurant avoir une affaire urgente. Le tout sans date de retour. Tant pis, Alpha assuma le travail en sus, mais ça, il connaissait.
 
L’humeur d’Isabel connaissait avait toujours des hauts et des bas. En tout, sa douce patience de jadis s’était gentiment envolée et elle n’avait pas de souci pour l’envoyer se faire voir ailleurs dès qu’il l’agaçait trop.
 
Alf chéri, tu dois me lâcher, me laisser de l’espace vital. J’avais demandé à Max de t’en causer mais il ne l’a pas fait manifestement…

Lev l’a fait…Max est parti !
 
 Hein ?
 
Il y a quelques jours, une affaire urgente, Ysaline est partie avec lui…non, sais pas quand ils reviendront, ils ont laissé Papa Adémar et Avo Maria-Eli avec les enfants…Tout va bien, t’en fais pas, m’en occupe !
 
D’après Isabel, qui correspondait avec Hélène et Sissi, quelque chose se passait. Lui n‘en savait absolument rien. L’idée d’échanger des e-mails avec Louis ou Achille ne lui avait tout simplement pas croisé l’esprit.
 
On le saura s’il faut le savoir, assura t’il, pratique, habitué à suivre le mouvement sans qu’on lui donne des explications, mais là…je veux te demander quelque chose…Ny’ala m’a assuré qu’on entend le cœur du bébé…est que je peux ?...
 
Pas trop convaincue de sa demande, elle le laissa quand même coller l’oreille à son ventre. La révélation sublime de la vie. Des battements réguliers et puis, comme cadeau…un petit coup de pied ou de poing, mouvement infime qu’il perçut avec une émotion insoupçonnée.
 
Ça…ça bouge !...Je l’ai senti…Ça bouge !!! …Tu m’avais pas dit…tu m’as pas laissé assister aux échographies, non plus…Oui, j’ai vu ça sur le Net mais c’est pas pareil…là, je le sens…, il caressa doucement le ventre rebondi avant d’écouter de nouveau, c’est…incroyable…j’aime !...Combien de temps encore ?                                                     
 
Attendrie, Isabel assura qu’encore deux mois.
 
Et…ce sera quoi ?, s’enhardit il à demander.
 
Elle n’avait pas voulu le savoir quand Thidiane lui avait donné l’option.
 
Mais pourquoi ?...J’aimerais bien savoir, moi…Non, non, ça ne me fait rien…je n’ai aucune préférence…ce sera mon…notre enfant…mais j’ai hâte…vraiment hâte…c’est si…sais même pas que dire…, qu’elle passe sa main dans ses cheveux le rassura, il leva la tête et la regarda, abasourdi de nouvelles sensations, tu sais, c’est si…unique…penser que tout ceci  soit possible…après tout ce que nous avons vécu…pardonne moi d’être si obtus…tout ça me dépasse parfois…au monde du Fleuve, c’était plus facile…ici, c’est autrement…Non, ça va aller…surtout ne te fais pas de bile pour moi…il n’y a aucune raison de le faire !, il redressa sa grande carcasse et la prit doucement dans ses bras, sans rien dire. Il avait appris à ses dépens que parfois  le silence est d’or.
 
Une douce entente resta établie à partir de ce soir-là. S’il observait, c’était en silence, discrètement, même si parfois c’était plus fort que lui et alors il guettait les mouvements de Bébé avec un air d’halluciné heureux, mais Lev et Adémar, qui le prenait en pitié, assuraient que c’était tout à fait normal être un peu chèvre à ce stade.
Des nouvelles des autres leur parvenaient sporadiquement. Hélène était, selon Isabel, sa correspondante la plus prolixe.  De Sissi et Achille, c’était plutôt silence radio. Les Davenport devaient avoir trop sur les bras comme pour écrire souvent, de l’Australie, les messages étaient denrée rare mais ce qui finit par leur mettre la puce à l’oreille fut le manque absolu de communication de la part des  maîtres de céans absents.  Un petit interrogatoire amical avec les De Bettencourt finit par vendre la mèche.
 
QUOI ? Ils sont retournés là-bas ?...Pour remettre les choses en ordre ?...Les Dieux auraient ils… ?
 
Oui, fiston, avoua Adémar, contrit, c’est ce que je sais…Ils n’ont pas trop dit…mais selon Ysaline et Max, ce serait rapide…mais d’après ce que j’ai pu tirer des Davenport…rien n’a tourné comme prévu…ça fait déjà longtemps qu’ils sont tous là-bas…Ysaline n’a pas voulu qu’on vous en parle, à toi et Isabel…

Si j’avais su…jamais je n’aurais laissé qu’ils prennent ce risque pour nous !
 
C’est fait, mon garçon…mais ne t’en fais pas, mon Ysaline et son Max savent se tirer de tout pétrin !
 
Mais il s’en faisait, au contraire. Certes leurs amis étaient sorciers, mais ce n’est pas cela qui les mettrait à l’abri de la rouerie macabre de ces Entités déjantées. Évidemment, il tut cela, pas la peine d’alarmer encore plus ceux qui attendaient avec tant de confiance, le fin mot de l’histoire. Et il n’en toucha mot à Isabel.
La saison des pluies était finie, sans dégâts à déplorer et avait permis d’accumuler assez d’eau dans les réservoirs prévus par Max, qu’on ne craignait pas les mois se sècheresse qui s’en suivraient. Pas de souci à se faire de ce côté-là. Les puits étaient en pleine fonction. Récoltes et troupeaux, promettaient, ce qui ne signifiait pas qu’Alpha, digne bourreau du travail, relâchât son rythme. Il était à réparer une barrière quand un des enfants de Joseph, son miraculé de la pastille bleue arriva tout essoufflé mais souriant de toutes ses dents.
 
Ça y est…faut se dépêcher…Mrs. Belle est  à l’hosto !

On le savait rapide, mais jamais on ne l’avait vu galoper de la sorte. Ny’ala l’attendait. Sans concessions à son émoi, elle l’obligea à se laver, à enfiler une combinaison stérile et Dieu sait quoi d’autre avant de le laisser entrer  à la salle d’accouchement où se trouvait Isabel.
 
Prenez lui la main, si ça vous chante, grommela Thidiane, fermez la et si vous allez tourner de l’œil , vous recommande de sortir !

Ny’ala lui tapota le bras, rassurante en secouant la tête et alla se poster de l’autre côté. Isabel prit sa main et la broya. Elle haletait, poussait. Son visage de madone cramoisi et baigné de sueur. Alpha connut son premier instant de véritable panique, ses recherches lui avaient permis de connaître à peu près toutes les étapes mais rien ne l’avait préparé à voir l’amour de sa vie souffrir de la sorte.  Pourtant dans la Bible, si bien rabâchée on parlait bien d’enfanter dans la douleur, sauf qu’il avait trouvé plus simple penser que ce n’était qu’une simple affabulation…ce qui ne semblait pas du tout être le cas !
Les indications de Ny’ala quant à la respiration semblaient donner des bons résultats  avec la parturiente,  et avec lui aussi, qui retrouva un rythme acceptable après une apnée prolongée. Sa main était réduite à bouillie informe mais il s’en fichait, même si incapable d’émettre le moindre mot, se remettant à essuyer le front de sa chérie avec la compresse remise par Ny’ala.
Isabel s’y prenait bravement, ne se plaignant au-delà de ce que sa nature réservée lui permettait, mais voilà que la femme de Lev l’enjoignait de hurler si elle en avait envie, que cela lui ferait du bien pour évacuer l’angoisse normale en ces moments. Alpha, conditionné pour ne jamais se plaindre s’il avait mal, trouva ce conseil extraordinaire mais quand Chérie hurla pour de bon, il sentit flancher son courage.
 
Je suis là, mon amour…je suis là…tout va  aller bien !
 
Décidément hors de sa réserve naturelle, Isabel l’affubla de quelques noms d’oiseau tout en triturant sa main mais de son côté Ny’ala lui cligna un œil…comme quoi, c’était normal.
Et puis ce fut l’apothéose. Deux poussées plus violentes, un essoufflement énorme et Bébé était entre les mains de Thidiane, plus ému qu’il ne l’avouerait, en tout cas son regard en disait long. Alpha resta là, d’une pièce, figé d’un émoi qui le dépassait en regardant cette petite chose toute rouge et fripée qu’on sortait de sa femme, qui hurlait de toutes les forces de ses petits poumons avant qu’on en la repose sur la poitrine de sa mère qui souriait aux anges.
*C’est si…moche !*
 
C’est un garçon, annonça Lazare Thidiane, ravi, un petit garçon absolument parfait !
 
*Parfaite ?...Il est si…*

Vous voulez couper le cordon ?
 
La question le prit absolument de court, mais déjà Thidiane lui tendait des ciseaux de chirurgie et lui indiquait de couper cet appendice encore palpitant.
 
Couper ?...Vous en êtes sûr ?
 
Bien sûr que je suis sûr…allez !!!
 
Il s’acquitta d’une main pas trop assurée, alors qu’Isabel lui souriait. Ny’ala s’empara alors du bébé pour le nettoyer, le mesurer, peser et l’emmailloter avant de le mettre dans les bras de Papa ébahi.
 
Ton fils, Alf…ne le laisse pas tomber !

Il cueillit ce trésor et resta là, sans savoir que dire ou que faire, éperdu d’un sentiment énorme qui  l’étonnait, l’émerveillait, le confondait. Lui, qui avait été privé de tout droit d’humanité, tenait dans ses bras la confirmation de l’erreur, du mensonge…il était humain à part entière et SON fils en était la preuve.
IL se pencha sur Isabel et l’embrassa doucement.
 
Je t’aime tellement...sans toi, je n’existerais même pas !
 
Et quelque part, dans sa mémoire germa le souvenir de ce que lui avait révélé un certain Manakiel.  Il n’avait jadis pas prêté grande attention à une certaine révélation, ne la croyant pas vraie, mais qui en cet instant-là prenait une ampleur unique et permettait de se poser la question…
 
*Et si c’était vrai ?...et si j’étais…*
 
Comment pensez-vous l’appeler ?, s’enquit Thidiane quelques heures plus tard en se présentant dans le petit habitacle de toile réservé aux nouvelles mères, pas Max, j’espère !

Alpha se demandait pourquoi ce bonhomme avait une telle graine contre l’homme qui lui donnait du travail et lui passait toutes ses sautes d’humeur mais n’en fit pas commentaire.
 
Non, pas Max…ni Lazare, je m’excuse mais si Isabel le veut…ce sera Luke…
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Re: Départ ou arrivée?

Message par Isabel Kittredge le Dim Aoû 16 2015, 17:35

Au fond d’elle, Isabel paniquait énormément. Elle avait beau savoir ces choses-là naturelles, quand ça vous arrive à vous c’est radicalement différent. Oh, elle était conseillée, rassurée par le personnel médical et la femme d’Adémar mais…
De longues conversations entre la gent féminine avaient souvent eu lieu tandis qu’Isabel se sentait de plus en plus tendue tant au physique qu’au mental. Elle se trouvait affreuse, difforme, lourde, etc.  Son humeur, malgré elle, s’en ressentait et, bien sûr, son chéri ne pouvait qu’en rajouter malgré son agacement trop souvent perceptible. Heureusement, l’entourage bienveillant arrondissait les angles !
Sans les avis des parents De Bettancourt, Ny’Ala ou son époux, la guerre aurait éclaté au sein du couple confronté pourtant à un évènement jugé… fabuleux.
Néanmoins, Alpha – Ralph faisait des efforts et paraissait sincèrement émerveillé sans pour autant négliger d’observer les changements opérés en elle.  Il fut fasciné par l’échographie. Que dire de sa tête à elle quand elle avait passé la 1ère…  
Gel froid, pression alors qu’on a la vessie… gai. Puis des formes étaient apparues sur l’écran que Ny’Ala avait tourné vers elle afin qu’elle suive les étapes. Isabel fut mortifiée.
 
C’est ce bidule que j’ai dans le ventre ? C’est pas un bébé, c’est, c’est… un embryon de poulet !  
 
Elle savait à quoi cela ressemblait pour en avoir parfois découvert dans des œufs couvés. Ce machin ne pouvait pas être un futur être humain !  Les ascendances d’Alpha en étaient-elles responsables ?
En riant , l’infirmière avait résolu les questions :
 
Tout est normal à ce stade-ci. Là, c’est la colonne vertébrale en formation ; au bout la tête et là, qui palpite : le cœur. Ce sera plus imagé la prochaine fois.  
 
Désemparée, Isabel n’avait pas montré la photo à son mari, de peur qu’il croie avoir affaire à un alien. Mais quand bébé – car c’en était un finalement – se manifesta par des coups de poings ou de pieds, l’ahurissement d’Alpha la détendit.  Il était pire qu’un gamin à la foire mais peu importait. Impatient, s’étant renseigné sur le Net, il désira connaître reste de gestation et sexe du bébé.
 
Euh… on m’a affirmé deux mois mais je n’ai n’a désiré connaître si garçon ou fille…
 
Mais pourquoi ?...J’aimerais bien savoir, moi… 
 
Moi pas. Quelle importance ? Tu as des préférences parce que si c’est le cas, oublie-les, les jeux sont faits, rien ni personne n’y changera rien. Je t’aime Alph... Ralph « m’y ferai jamais » ; J’aime déjà ce bout de chou…   
 
Il assura pareil en se contentant, pour une fois, de juste lui démontrer sa tendresse.
N’empêche qu’en dehors de ces petits tracas domestiques, d’autres étaient plus qu’intrigants.
Où étaient passés Max et son Ysaline, pourquoi Hélène et Sissi donnaient-elles si peu de nouvelles ?     
Quelque part quelque chose clochait, elle l’aurait juré mais son état fermait les bouches. Malgré ses questions parfois insidieuses, nul ne cafta. De peur de l’angoisser ? De quoi, en tout cas, la tourmenter d’avantage et la révolter :
 
*Je ne suis qu’enceinte, pas en porcelaine !*
 
Le travail au moins ne manquait pas. L’école, la crèche, détournaient Isabel de l’introspection.  Ralph, de son côté, avait l’œil sur tout afin que Max soit satisfait de lui à son retour. À plusieurs reprises, Mrs Blackely eut à aider au centre médical.  À croire que beaucoup de femmes avaient décidé de lui montrer comment on accouchait. Ce n’était pas un beau spectacle, oh que non ! La majorité des parturientes n’en était pas à sa 1ère expérience, donc ça se passait généralement sans trop d’efforts. Rassurant ? Isabel n’en était pas certaine. Déjà qu’elle suspectait des cachoteries dans son dos,  pourquoi ne pas l’appeler que pour les cas faciles ?
 
Une vague cuisson des reins l’avait surprise à l’école en début de matinée. Elle serra les dents et fit comme si rien. Elle vérifia les paniers de provisions à expédier aux hommes du chantier principal, appela le boy chargé de les distribuer et se sentit lavette. Elle-même manger ? Rien que d’avoir assumé la nourriture lui soulevait les tripes.
Elle arriva plus tôt que prévu à l’hôpital pour seconder Ny’ala avec l’inventaire de la pharmacie. Aussitôt, la jeune femme souleva un sourcil inquiet :
 
Tu es sûre que ça va Isabel ?
 
Je suis barbouillée aujourd’hui mais ça va.
 
Ne préfèrerais-tu pas t’asseoir ou t’allonger un peu ?
 
Mais non ! Et si crois que je vais accoucher, c’est raté. Je n’ai pas de contraction, juste mal au dos et les tripes en vadrouilles.
 
Deux minutes plus tard, Isabel pâlit en ressentant une étrange sensation. Ciel, sa jupe était mouillée, le sol aussi.  
 

Ben, ma petite maman, bébé est en route ! Pas de discussion : au lit tout de suite.  
 
Mais le terme n’est que dans huit jours !
 
La nature fait ce qu’elle veut. J’envoie quelqu’un appeler Ralph. Il n’est plus jamais très loin depuis un temps, non ?
 
En effet, mine de rien, son mari s’était donné des tâches à proximité pour mieux veiller sur elle encore.  
La contraction violente la scia en deux, ce qui activa davantage l’infirmière. Des ordres furent donnés, le docteur réquisitionné.  
 
Eh bien nous y sommes, dit le vieux grigou après son examen intime. Vous êtes une rapide Mrs Blackely ; il n’y en aura pas pour des heures. On a mis en réserve une épidurale pour vous…
 
NON ! Le Seigneur a dit : tu enfanteras dans la douleur ! Je vais le faire, je peux le faire.  
 
Sûrement que son Dieu ignorait à quel point ça pouvait être moche !
Ralph débarqua alors qu’on lui ordonnait de pousser.  Était-ce lui ou Max ? La tête anxieuse entrevue ne laissait pas place au doute. Elle écrabouillait des doigts ? Elle n’en avait pas conscience. Respirer ? Fallait bien.  
 
Tout ça c’est de ta faute, enfoiré de baiseur de merde ! Je te hais triple nigaud…  
 
Les insanités s’échappaient de ses lèvres sans en avoir conscience de même que des cris libérateurs.  Puis, un grand poids en moins la soulagea,
Ce qui se passa ensuite ne s’enregistra pas vraiment. Elle reçut un paquet rougeaud et fripé, perçut à peine quelques bribes de phrases :
 
* Fils… pas sans toi… Luke… *
 
Lorsqu’elle émergea des limbes, Alpha n’était pas là. Au plafond, dans une lenteur désespérante,  tournaient les pales d’un gros ventilateur qu’elle fixa, perdue. Les mains s’agitèrent au-dessus du drap, dérangeant un tas de fils raccordé dans des veines, des bips sonnèrent. Très vaseuse et fatiguée, Isabel tâtonna, trouva son ventre et son visage refléta l’incompréhension totale. Mais on ne lui laissa pas le temps d’approfondir :
 
Enfin réveillée ? se réjouit une des nurses du centre. Restez tranquille, recouchez-vous Isabel.
 

Où est Alpha, Luke… ?
 
Chut ! dit Kayla en l’aidant puis replaçant l’ordre des connexions. Vous avez rêvé. Il y a eu une légère complication. Le docteur a été appelé, il va arriver.
 
Le bébé, c’est un garçon, n’est-ce pas ?
 

Le plus mignon du monde, d’autant qu’il est le premier blanc à naître ici depuis longtemps !
 
Même pas deux minutes après, Thidiane, et son assistante débarquèrent.  
Le toubib coupa court à ses questions informulées, ne garda que Ny’ala avec lui pour procéder à un examen complet de Mrs. Blakely. Stéthoscope, tensiomètre, thermomètre : tout y passa. Enfin, Lazare consentit un micro sourire :
 
Tout va bien petite maman.
 
Mon fils ? Mon mari ?
 
Ils vont parfaitement bien, je vous assure. Votre tension m’inquiète bien plus mais moins qu’hier. Nous avons dû arrêter une hémorragie soudaine, mais vous allez récupérer bientôt. En attendant, je prescris du repos, une nourriture riche en fer, des suppléments vitaminés et… désolée: pas d’allaitement pour l’instant. Je crois qu’il serait bon maintenant de laisser entrer votre époux qui était déjà prêt à nous trucider si on ne vous sauvait pas. Il y a largement contribué, du reste.
 
Et ils furent réunis tous les trois.
Portant dans ses bras puissants un paquet rosé au crâne si clair qu’on l’aurait cru chauve, Alpha s’immisça quasi timidement, lui déposant le saint graal contre son sein. Des mots, caresses, bisous plus tard, ils chuchotèrent. Il s’en était passé des choses pendant l’inconscience…  
D’abord sidéré, Alpha avait merveilleusement agi dans les soins à lui apporter puis avait été commis d’office à ceux du bébé.
 
… alors tu l’as changé, lui a donné son biberon ? Bravo ! J’ai hâte de faire pareil !
 
Depuis leur installation, elle l’avait pratiqué maintes fois auprès des nourrissons et savait comment faire. N’empêche que laisser croire à Ralf qu’il en connaissait plus qu’elle en ce domaine lui sembla opportun. Il était si chou avec son bambin que, souvent, des larmes d’émotions perlaient.  
Ces moments d’intimités les rapprochaient encore.
Néanmoins ne pouvoir allaiter leur enfant désolait Isabel trop accoutumée aux bonnes vieilles méthodes.
Que son mari ait trouvé le temps pour annoncer la nouvelle de la naissance à leurs amis ne la surprit pas plus que de les voir débarquer peu après le retour à la maison. Alors qu’elle donnait le bain au petit Luke, ils arrivèrent en masse, tous, du moins ceux qui étaient restés en ce monde. Plaisir des retrouvailles partagées et intenses, joie de découvrir un autre nourrisson, et l’annonce d’une future naissance chez les Kazantzakis. Mais… l’aspect de Opal, Justin et Sam la frappa au vif. Il se passait quelque chose d’anormal mais quoi ? Elle se tut de prime abord, s’informant des uns et des autres.  Loulou était prolixe selon son habitude et, ma foi, Hélène renchérissait en détails :
 
… Né à la maison ? En Provence ?... Un vignoble, des terres, des chevaux ?...
 
Achille et Sissi, bien qu’épanouis, cachaient aussi des choses.   
Comme de bien entendu, sitôt les marmots embarqués au dodo, Alpha mit les pieds dans la fourmilière car la diplomatie n’avait jamais été son fort. Très joyeux, voire comblé au départ, il remarqua ouvertement les changements physiques intervenus chez certains sorciers. Le pavé lancé, dur de le rattraper, Isabel baissa le nez :
 
Vous n’allez manifestement pas bien, surtout toi Justin. Sommes… euh, sommes-nous en cause ?    
 
Hélas, l’un après l’autre, ils avouèrent l’espèce de malédiction qui les frappait.
Par réflexe, Isabel se signa :
 
Vous vieillissez plus vite que naturel ? Oh, mon Dieu !
 
Quand Achille et Sissi révélèrent leur secret concernant une queue de poisson, Mrs Blakely sut :
 
*ILS se vengent sur vous ! Rien ne contient LEUR pouvoir, ni les lignes temporelles, ni nous…*
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