Largués!

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Largués!

Message par Samantha Forrester le Ven Avr 17 2015, 00:06

Tout est bien qui finit bien ? Sans doute pour les autres, pour le commun des mortels. Pas pour eux ! D’autant que c’était loin d’être fini ! Les circonstances compliquées et à rallonge, elle connaissait, Sam !
Bien entendu, une fois le délire des retrouvailles tassé, il fallut passer à plus sérieux. Comme si elle n’en avait pas l’habitude. Le bonheur parfait ne durait que très peu…
 
*Si peu que parfois je me demande où diable il est passé, celui-là !*
 

Là, il s’agissait d’instruire les Historiques importés sur les rudiments de la vie au 21ème siècle. Justin avait bien raison en assurant que là, dans ce vase clos, charmant et désinvolte, aux Antipodes, ils n’auraient qu’une vision restreinte de la réalité.
 
*Ouais, moutons, vaches, kangourous et les McLane…pas exactement idéal, à moins d’être peu exigeants, ce qui ne semble pas trop être le cas !*
 

Ce ne l’était pas, de façon plus ou moins éloquente chacun exprima son désir d’élargir les horizons et comme on pouvait s’y attendre, Justin décida de les prendre sous son aile protectrice et guider leurs pas avant de les lâcher dans le vaste monde. Il avait parlé d’un temps…
 
2004
 
Le temps est relatif ! Le soigneux écolage avait duré un an…Intense, varié, riche en émotions, découvertes. Pas un instant d’ennui ! Sam ne s’en  était pas plaint, gérant astucieusement enfants, mari, maison, restos et instruction à divers niveaux…que ces personnages si singuliers absorbaient avidement.  L’expérience avait été saisissante, enrichissante à plus d’un titre, mais quand le dernier couple fut parti, Justin avait l’air plutôt désolé :
 
Ils sont encore si fragiles, ignares !
 

Je t’en prie, mon chéri, ils ne sont ni l’un ni l’autre…Ils sont magnifiques, dégourdis et l’idée de fragilité tombe un peu à l’eau surtout avec Alpha et Achille…Tu as pris trop à cœur cette histoire, tu es comme une mère super protectrice qui croit que son poussin ne peut rien faire sans son aide…
 

Tu as raison : je n’arrive pas à me détacher de ceux du Village
, avoua t’il en un soupir.
 
Son tour de soupirer en l’embrassant.
 
Ni de ceux du Village, ni de rien de ce que tu entreprends…*Le Ministère, tes potes, les sorciers, les moldus et j’en passe !*…la seule chose que tu dois faire est te ménager un peu...
 

Pas la peine de trop en parler,  Justin était comme ça et ce n’était pas près de changer un jour. 
Et la vie reprit son cours…
Le « Senses » de Londres était en plein essor, et occupait grande partie de son temps. Elle rêvait d’une petite tournée internationale pour inspecter ses autres restaurants…Paris, New-York, Los Angeles, Miami  mais envisager pareil déplacement était illusoire, pour le moment comme tout désir expansionniste qu’elle put avoir même en sachant que le succès serait sûr…Le Cap, Sydney, Tokyo peut-être…
Pas le temps de penser à cela, ce soir on recevait le Premier Ministre et il faudrait se plier aux consignes de sécurité qui chamboulaient toujours la routine bien huilée.
 
*Il devrait rester chez lui, je lui livrerais son dîner et on aurait la paix !*
 
Surtout qu’elle se serait bien passée de le rencontrer et devoir sourire tout du long en sachant qu’il embêtait Justin pour tout et n’importe quoi ! Elle en avait eu la preuve pas plus tard que ce soir même en voyant son chéri si abattu  à cause des incessantes demandes du Premier qui pensait que les sorciers devaient tout accommoder à son bon plaisir, mettant Justin entre deux feux, ce qui le minait.
Des « oisillons » envolés du nid, on avait souvent des nouvelles. Tous allaient bien, dans la mesure du possible…
 
Louis demande des infos sur un tel d’Aubrac…Achille sur un comte de Richmond…des suspicions sur l’un, des lourds soupçons sur l’autre, résuma Sam, mais il y a plus…du réjouissant, Hélène et Isabel sont enceintes…non…de Sissi pas de nouvelles de ce côté-là…mais qui sait ?
 
La réaction de Justin l’avait prise un peu de court :
 
Merde ! Ils vont comprendre ce que je n’ai pas osé leur dire… ILS sont mortels, tous mortels !...
 

Ben oui, mon amour, comme nous tous, et je ne pense pas que cela les dérange d’avoir une vie normale…
 

Ouais, comme nous, sauf si le fleuve en décide autrement…
 
*Hein !?*
 
La chose en était restée là…pour le moment. Justin se chargerait des recherches, elle de donner des bons conseils aux futures mères, ce qui la faisait penser incessamment à son propre rôle dans la vie de ses enfants. Les jumeaux étaient parfaits, dociles et adorables. Pas que Vic le fut moins mais les avances de sa fille la laissaient parfois pantoise…son bout de chou était un petit génie ! À quatre ans elle savait lire et était capable de raisonnements inattendus. Justin finit quand même par le remarquer, malgré le peu de temps qu’il pouvait passer en famille. Vicky chérie s’était apparemment chargée de lui ouvrir abruptement les yeux.
 
*Elle lui aura sorti allez savoir quoi…et Papa se fera des idées !*
 
L’appel d’Alix l’avait surprise. Ce n’était pas dans les habitudes de Mrs. De Brent que de passer des coups de fil à la moldue pour papoter avec les amies. Sam ne se trompa pas : il y avait quelque chose et c’était plutôt grave.  Michael entendait des voix…
 
*Ah bon ?...Pas à cause du stress, ça c’est sûr !*
 
Mais la suite lui fit oublier cette pensée si peu charitable.  Alix était extraordinairement sérieuse.
 
Et Justin ?... ah…  Écoute, je ne sais pas ce qui se passe mais je sais que Michael en entend, lui… J’ignore d’où, tu penses !... un conseil : observe ton Justin quand il dort, veux-tu ?
 
Oui…Oui, bien entendu, je le ferai…merci de me mettre sur avis. On se parle...à bientôt !...*Pitié…et quoi encore ?*
 
Elle eut du mal à suivre convenablement le reste de la soirée, finalement, invoquant un début de migraine laissa le fidèle François s’occuper des derniers détails et de la fermeture. Trasplanage chez soi. La maisonnée dormait du sommeil du juste, Urs et les chats compris. Mais si les enfants rêvaient paisiblement, il n’en allait pas de même pour Justin qui s’agitait comme un dingue dans leur grand lit. Mots hachés, angoisse, peur aussi. Il réclamait, plaidait…
Linge humide sur le front moite, elle essaya de son mieux de le calmer, de le tirer de son cauchemar. Il ouvrit enfin les yeux,  surpris de la trouver penchée sur lui.
 
Sam ?
 
Tu attendais quelqu’un d’autre ?
, s’enquit elle mutine, en tout cas, drôle de rêve, le tien ! Mais c’est fini…tout va bien maintenant…
 
Il reprenait vite ses esprits, Chéri mais ne put rien pour éviter un petit interrogatoire dans la règle de l’art, même s’il s’arrangea pour prendre son petit air le plus innocent.
 
 Je… je parle en dormant ? Qu’est-ce que j’ai dit ?
 
À vrai dire, je n’ai rien compris…un peu du n’importe quoi !, soupira t’elle en déposant un baiser sur son front, tu…on aurait dit que tu discutais avec quelqu’un.
 
Il sembla très soulagé en entendant cela, mais Sam savait exactement où elle voulait en venir et n’eut cesse de l’asticoter jusqu’à ce que, vaincu, il avoue :
 
Bon, si tu tiens à le savoir, une voix me hante dans mon sommeil. Je devrais dire NOUS hante car Michael subit de même.  
 
Nous y voilà donc…c’est pour t’en parler qu’il est venu, ce cher homme, m’en doute bien…enfin, pas normal que vous ayez tous deux le même rêve et entendiez la même voix…tu devrais en parler à Max, suis presque sûre qu’il aura des trucs à raconter aussi…après tout, d’après ce que tu m’as dit…c’est de tes copains qu’il s’agit…
 
Oui, la voix a dit « à tes copains », tu crois qu’elle est misogyne ?
 
Va savoir, qui sait ?…En tout cas je n’entends aucune voix ni fais de rêves bizarres…
 
Justin hocha la tête mais restait un peu perdu dans ses réflexions, dont il lui fit part :
 
Et puis ma dette, quelle dette ? J’ai rien pris à personne.
 
Sam s’accommoda entre les bras de son Ministre et livra le décours de ses pensées :
 
Non, ce n’est pas tout à fait vrai…Nous avons pris quelque chose…Achille parle toujours du Jeu des Dieux, et je ne pense pas qu’il ait tort…et nous, avec la meilleure des intentions, avons enlevé six pions majeurs de leur échiquier…m’est avis qu’ILS ne sont pas ravis !
 
Il suffit de deux coups de fil. Théorie confirmée : les quatre copain faisaient les mêmes rêves et entendaient la même voix.
Et comme parfaire l’absurde de la situation un e-mail d’Achille les informa qu’une ancienne malédiction retombait à nouveau sur sa femme.
 
Ma chérie, tu avais raison, le monde du fleuve, cette ligne temporelle violée nous a retracés…
 
Que dire de plus !?
La suite fut exténuante mais Sam ne s’en plaignit pas, au moins quelque chose de bon en résultait : Justin  renonça au Ministère laissant sa place à Lord John Cavendish. Bagages faits, enfants prêts, la famille Davenport migra sous les cieux bermudiens pour y retrouver la Clique au grand complet.
À quoi bon revenir sur les longues discussions qui eurent lieu. Chacun avait son idée et il fallut débattre à satiété le comment du pourquoi et ses suites immédiates. L’unique solution trouvée fut de retourner au Village. Les écrits du disparu McIntosh étaient la seule référence qu’ils avaient. Pouvait-on se fier à ce qui semblait être le délire d’un fou ?
 
Nous n’avons rien d’autre…Ceux qui ont lu le manuscrit sont d’accord sur le fait que même si ce qu’il racontait semblait de la débilité pure, Daniel McIntosh s’exprime avec consciencieuse exactitude, c’est le journal d’un scientifique, un compte rendu détaillé, sans passions ni exagérations…Ils nous donne les pistes, malheureusement pas toutes et il n’y a pas de fin…à nous de la déduire, mais si on en croit aux dernières annotations, cela aurait à voir avec l’arsenal de la zone 51…
 
On était plus ou moins d’accord avec cela. Le coup le plus dur à accuser fut celui d’être exclus de l’aventure. Les Davenport et Opal encaissèrent assez mal le fait, un autre qui n’était pas ravi : John Smith, dont la femme avait été choisie pour compléter le lot de six…
Sauf que rien ne se passa comme prévu. La veille de leur départ, les De Brent, Von Falkenberg, Erik et Megan disparurent mystérieusement. Leurs équipements n’avaient pas suivi.
 
Changement dans les règles du jeu, grommela Opal, lapidaire.
 
Oui, c’est bien de ca qu’il s’agit, soupira Sam, déconfite, devinant que se fâcher n’aiderait à rien, Opal a raison…On les a défiés et ça ne leur a pas plu…pas du tout !
 
Justin était furieux, autant que John, d’avoir été déjoués si bêtement mais plaintes et jurons ne remettraient pas la situation à l’endroit. La magie joua dans toute sa splendeur, chacun y appliqua toute sa  science, rien n’y fit.
 
Je ne pense pas qu’il leur arrivera grand mal…comme dit Opal, ILS les ont pris pour poursuivre LEUR JEU…* Oh oui, c’est si rassurant, ça !*
 
Mais il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre et…prier !
Justin ne s’était sûrement pas attendu à ce que  Opal lui tienne si fraîchement tête à l’heure de décider que faire avec les enfants de Michael et Alix.
 
*Oups…elle n’a pas tort…Kieran n’est le favori de Justin…mais on ne va pas séparer les enfants !*
 
C’est ainsi que l’énergique Mrs. Nielsen non contente de prendre les petits De Brent sous sa protection embarqua aussi John et sa fille pour un retour mouvementé en Australie.
 
Justin se tenait face à la piscine où barbotaient les jumeaux et Vic. Son regard ombrageux perdu dans l’horizon reflétait son état d’âme tourmenté.
 
Tout va aller bien, mon amour…Ils sont tous des débrouillards-nés…Oui, je sais, ils sont démunis…mais en regardant partout avec Bikita on a découvert que les baguettes des filles ne sont pas là…Ok, Michael n’a pas la sienne et quoi ? Ce gars est capable de s’en sortir sans…Pour Max, je ne te dis pas…à peine s’il se souvient être sorcier celui-là…quant à Erik…tu le connais…
 
Conjectures par ci, estimations par là. On pouvait se perdre en calculs ou faire n’importe quoi d’autre. On aurait pu faire appel aux esprits les plus éclairés mais rien ne changerait l’état des choses.
 
Faut laisser le temps agir…Ils joueront, et les connaissant, tricheront magnifiquement, embobineront qui il faudra et s’en tireront…Oui, je veux être optimiste…le contraire ne sert à rien…alors, faute de mieux, nous allons profiter de tout ceci…Hey ! Ne me regarde pas comme ça, si sérieux…pour commencer, mon amour, tu as besoin de vacances, d’évacuer tout ce stress…alors, on va rester ici…suis sûre que Michael n’aurait rien en contre…le golf est une magnifique thérapie…et puis, un peu de soleil nous fera le plus grand bien…on ressemble à des cachets d’aspirine…
 

Sam s’apprêtait à envoyer sa balle au trou avec grand style quand une idée lumineuse arrêta son geste. Son mari lui lança un regard surpris, il était le genre de joueur méthodique et rangé qui ne se laisse distraire par rien.
 
Dis, Justin…on ne devrait pas appeler Key ?...Oui, la même…notre petite fée qui nous a tant aidés…je n’en sais rien, mon chéri, suis pas experte en fées…on peut juste le lui demander…. Soupir, un peu de concentration, elle poussa la petite balle qui roula droit au but, ouf, voilà…alors comme je te disais…on peut toujours lui demander…qui sait, elle a peut-être d’autres moyens que nous, tu ne crois pas ?
 
Elle s’écarta pour le laisser jouer. Il rata son coup…mais curieusement, la petite balle blanche fit demi-tour et roula gentiment au trou…ploc !
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Samantha Forrester

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Re: Largués!

Message par Justin Davenport le Sam Mai 02 2015, 15:39

Largué ? Oui, c’était bien l’effet que ça faisait. En l’espace d’une nuit, de quelques heures, tout avait basculé. ILS avaient disparu !! Comme plume au vent, comme… soupir…
Être là, comme un rond de flan, incapable de la moindre action, sciait Justin.
Bien que Sam se montrât plus qu’affectueuse, Opal lui souffla la responsabilité des enfants de Michael ; il n’osa rien soulever mais n’en pensa pas moins. Qu’est-ce qui lui restait sinon ça ?
Pas que de s’occuper pleinement de sa famille le dérangeât, mais… Justin n’avait jamais été du genre pantouflard, même s’il aimait en donner l‘apparence. Volontairement, il s’était dégagé de ses obligations officielles et, maintenant, il… jouait au golf.  
Très sincèrement, Justin préférait l’adrénaline, l’action. Là, il gambergeait à toute pompe, se faisant un sang d’encre pour les « élus » sachant pourtant parfaitement pourquoi il était exclu tout comme Sam.  
Avoir des sosies, doubles, ou quoique ce soit, sur une ligne temporelle différente - mais similaire - ne permettait pas les croisements à moins d’affreuses retombées. Il l’admettait non sans ruminer intensément. Puis, au moment d’envoyer sa balle ; Sam suspendit son geste comme prise d’inspiration :
 
…on ne devrait pas appeler Key ?  
 
La fée novice ?
 
Sa femme voulait le déconcentrer ou quoi ? Elle gagna… ou presque puisque la balle fausse finit quand même au trou : Key vint.  
 
Hello ! Quoi de neuf ?... vous fatiguez pas, je sais tout.  
 
Ben pourquoi tu n’as pas empêché ça, alors ?
 
Vexée, la jolie fée regarda son dos, de gauche à droite :
 
Vous ne remarquez donc rien ?
 
Sam, par bonheur, constata le changement. Elle caressa la fée dans le sens des écailles diaphanes.
 
… *Ah, 4 ailes ? Pas ça qui intéresse !*
 
Pfff, siffla la fée. Tu es d’un négatif, Justin Davenport ! Oui, ne nie pas ! J’entends, vois tout, même de là-haut. Je sais ce qui se passe et vous assure que ça ne plait pas aux hautes instances. Voilà pourquoi, je puis encore me pencher sur vos cas à présent.  
 
Du coup, Justin rangea ses clubs, aussi fermé que son sac en moins de deux.  
Un soupir de fée, qui n’en rêve pas ? Ça vous donne punch, espoir… tout. Justin le respira tel un millier de minuscules étoiles naissantes. Il suspendit tout geste, ne regardant que les battements d’ailes de la créature.
 
Ça va mieux ? Calmé ?  
Je ne cacherai rien : nous sommes dans un schisme, un dilemme, face à une rupture gravissime dans l’ordre des choses.  Vous croyiez bien faire en soustrayant certaines personnes au jeu voulu par d’autres. Nul n’est parfait.  
 
Justin n’était pas non plus du genre à se laisser mener en bateau :  
 
On s‘en fout !  On VEUT récupérer nos amis sans partage de pions, est-ce possible ou pas ?  
 
Key eut l’air chagrin :
 
Tout est possible mais… ce sera très serré. Je ne peux pas me permettre d’ôter leurs joujoux à ces « dieux » comme si rien. Ils n’auraient de cesse de les récupérer. Je vais aller sur place, et… on verra bien. En attendant de mes nouvelles, vous devriez vérifier vos mails…
 
Un clin d‘œil, une pirouette, Key disparut dans une petite gerbe lumineuse.
Peut-être s’étaient-ils trop penchés sur le sort de leurs amis proches. Leurs textos apprirent bien des choses aux Davenport. La grossesse d’Hélène évoluait parfaitement mais les Legrand allaient déménager en Provence dès que Louis aurait prouvé sa valeur. Isabel et Alpha causaient peu, eux ; Achille appelait au secours depuis un moment. Sam commença immédiatement à papoter beaucoup avec Opal. Ce que femme veut… Impossible de les contrer. Elles décidèrent d’aller au cul du monde récupérer une sirène, et de la ramener en Angleterre y soigner son mal.
 
Ben, moi, je fais quoi ? paniqua-t-il presque face à l’inéluctable… ah ? jouer au golf, m’occuper des gosses. Merci du conseil !  
 
Il ne l’embrassa pas moins comme un fou avant qu’elle le largue, elle aussi.  
S’occuper de trois jeunes enfants ne requérait pas de grands efforts pour papa-poule.
Lors de sorties destinées à socialiser ce petit monde, Justin rigola plusieurs fois devant l’intérêt suscité par un « célibataire » nanti d’une telle progéniture. Jamais il ne mentit à la gent féminine émoustillée ou attendrie. D’ailleurs, s’il en avait eu un soupçon d’idées vagabondes, son incroyable fille l’aurait remis au pas illico. Dieu qu’elle savait se montrer poison si l’envie lui prenait ! La très belle et sympathique Miss Wharton en fit les frais.
Ils s’étaient croisés à la plage, tout bêtement, une paire de jours après le départ de Sam. Sans négliger ses radars veillant sur les gosses, Justin s’était autorisé des orteils en éventail. C’est alors que, telle une JB girl, elle était sortie des eaux bleutées. La comparaison avec une célèbre Ursula s’arrêtait là car Poppy Wharton était bien plus menue que la bombe de cinéma. Néanmoins, elle était charmante. Il aurait pu inventer n’importe quoi pour séduire, elle aurait tout gobé. D’abord, comme tant d’autres, elle s’intéressa aux enfants sagement affairés à construire l’ébauche d’un château médiéval bien connu d’un certain monde. Puis, elle se tourna vers le géniteur de ces petits architectes. Etudiante en psychologie, elle préparait sa thèse sur les relations père-enfants lors de veuvage ou séparation. Le cas Davenport était… irrésistible.  Direct, Justin mit les choses au clair, en se marrant :
 
Votre sujet est très intéressant, Poppy mais je n’entre pas dans ces catégories. Mon épouse est actuellement en voyage, elle va rentrer très prochainement.  
 
Je vois, avait souri la belle plante. Voyez-vous, beaucoup de maris croient cela jusqu’à ce que le temps passe.
 
Pas avec Sam. Si vous la connaissiez, vous comprendriez. Je n’ai aucune inquiétude à ce sujet.  
 
Vous n’imaginez pas le nombre de cas similaires que j’ai rencontrés. On se pense en sécurité jusqu’au moment où ça dérape complètement. Vous avez reçu de ses nouvelles ?  
 
Hier, oui, bien sûr ! Le cas dont elle s’occupe est complexe, mais elle va rentrer avant peu.  
 
Ce que prétendent bien des femmes volages !

Qu’allez-vous affabuler ? s’esclaffa-t-il non sans très léger froncement de sourcil. Vous vous fourvoyez du tout au tout. Jamais Sam ne ferait ça !
 
Les borgnes sont les rois des aveugles, mais parlons de vos chers enfants. Ça vous convient, cet… arrangement ? Un grand et bel homme comme vous jouer à la nounou, alors qu’il y a tant de possibilités ailleurs ?
 
Je veille sur eux et m’en réjouis, grogna Justin dont les poils du nez chauffaient. 
 
Sa vis-à-vis étouffa un rire qui se figea quand Victoria pleurnicha à leur côté :
 
Papa, je suis pas bien. On rentre ?  
 
Aussitôt Justin oublia la présence de Miss Wharton :
 
Qu’est-ce qui ne va pas, ma puce ?
 
J’ai mal au cœur. C’est le hot-dog.
 
Le hot-dog ? Quel hot-dog ? J’avais dit pas de cochonnerie. Qui t’a donné ça ?
 
Un doigt se pointa vers une dame d’un âge certain agitant joyeusement la main tandis que, prise d’un haut-le-cœur irrépressible, Vic régurgitait le pain-saucisse sur les jambes de Poppy qui, évidemment, se sauva, outrée.
Ni une ni deux, Justin saisit sa fille, la débarbouilla, lui fit rincer la bouche puis fonça vers LA responsable :
 
Donner un hot-dog à une fillette de cet âge ? Quel genre de femme êtes-vous ? De quel droit abusez-vous de sa crédulité ? aboya-t-il.
 
Justin ? sourit la mémé. Je suis Marcia, lady Marcia Grey, copine de Lavinia Dexter, elle-même amie de Samantha. Votre fille est délicieuse. Ça la chagrinait de vous voir devenir chèvre.
 
Je maîtrisais. Pas la première fois qu’on me drague !
 
J’ai pensé cet en-cas parfait, Vic a tout de suite accepté. À l’occasion, vous devriez lui lâcher la bride. Ceci dit, Michael aurait ri, Kieran encore plus. Que direz-vous de parler un peu, je ne mords pas.  
 
Puisqu’elle tapotait le coussin du transat voisin, que Vic gambadait joyeusement vers ses frères sagement assis sous le parasol, il obtempéra.  
Ainsi, elle connaissait les De Brent et, parcourant le même terrain de golf, s’était intéressée aux nouveaux occupants de la résidence. Des choses avait été relevées...  
 
… Vous êtes actuellement très frustré, Justin.  Ils sont absents, perdus dans un lieu inaccessible ; vous n’avez pas la garde de leurs enfants, votre job vous a échappé, votre épouse est en mission… humanitaire, vous êtes seul avec 3 enfants. Qui ne le serait pas dans ces conditions ?
 
Il s’avéra que Lady Marcia était psychothérapeute retraitée mais qu’elle ne pouvait aussi s’empêcher de filer des conseils.
Elle l’adoucit tellement bien qu’il finit par retrouver son humour. Plein d’entrain, il dut s’excuser pourtant, l’heure avançant :
 
Ce fut un plaisir de bavarder avec vous, Lady Marcia. Les enfants doivent être fatigués maintenant. Ils ont besoin d’un bain, d’un repas et d’une sieste.
 
Un baisemain plus tard, il sanglait son petit monde et repartait vers la villa.  
Une fois les enfants installés dans leur lit, Justin – en homme accompli – rangea le joyeux désordre du trio, briqua ensuite la cuisine de fond en comble.  Pas à dire, les livres de recettes d’Alix étaient… bizarres, certains ingrédients des armoires aussi.
 
*Pas ton souci, Justin. Touche à rien.*  
 
Il n’en lut pas moins quelques passages, renifla prudemment divers pots, mais n’alla pas plus loin dans ses investigations.
Le soir tombait en douceur quand le téléphone fit son bruit. Zut, il l’avait oublié sur le rebord d’un meuble lointain. Y courant, il s’entouilla les pinceaux et s’étala avant de l’atteindre enfin :
 
Sam ? J’attendais ton appel. Comment ça va ?... moi ? Essoufflé ? (il rit) viens de me prendre un billet de parterre dans la précipitation, rien de grave... Les gosses vont bien, tout baigne. Et là-bas ?... ah (déception)
 
Sam faisait des allées et venues entre le Sense et ste Mangouste où Sissi subissait beaucoup d’examens ne menant à rien de concluant.
 
… tu penses rester encore longtemps ?... bien sûr que je m’ennuie de toi ! *Je m’ennuie tout court, si tu veux le savoir !* … Ah, si : j’ai fait une rencontre très intéressante ce matin… oui, une vraie beauté *Na !* … Charmante, absolument… elle a seulement entre 70 et 80 berges mais est adorable. Une copine de Lavinia.  
 
Ils rirent à distance, se dirent bien des choses puis raccrochèrent.  
 
La nuit, un étrange mal de tête l’empêcha d’écraser comme voulu. Dans la salle de bains, il déboucha l’aspirine, prit deux cachets et espéra combler son manque. Il pouvait se permettre de roupiller comme un ours, les elfes veillaient à sa place.  
Au matin, il ne se sentait pas en forme.
 
*J’ai choppé un rhume, un comble !*
 
Consciencieux, il se doucha. Même s’il évita de justesse de glisser du bac, il poursuivit sa toilette et descendit vérifier l’ordonnance du petit-déjeuner. Les bouillies des bébés prêtes, petits pains enfournés, il se brûla méchamment en les sortant.  
Un doigt sous le robinet d’eau glacée, ses jurons n’en avaient pas moins alerté Aranwé qui pointa aussitôt son drôle de nez.  
 
Maître Justin cloque ?
 
C’est rien, une maladresse.
 
La patte de l’elfe l’apaisa mais ses gros yeux lui parurent anxieux.  
 
Allez, ça m’arrive parfois. Pas de quoi en faire un plat. Va plutôt vérifier l’éveil des marmots, et amène-les ici.
 
Donner bain, Aranwé peut ? Maître sale tête…  
 
Je te remercie, grinça-t-il. J’ai mal dormi. Mais prends le relai, ça me va.
 
Il se sentit mal fichu toute la journée, même Vic s’en plaignit.  
 
Papa, tu ne sais plus courir ? Urs attend sa balade !
 
Papa est… fatigué aujourd’hui. Laisse-le filer, il fait ça très bien sans personne.  
 
Il ne songeait qu’à s’allonger près de la piscine, au repos.  Pourtant, vers 11h, on sonna à la porte.
 
Oh, lady Marcia, vous allez bien ? Quelle bonne surprise !
 
Euh… moi, je vais très bien mais, et vous Justin ?
 
Rien, de la fatigue. Entrez ! Vous connaissez sans doute déjà les lieux ?
 
Pas vraiment mais Marcia Grey était une grande curieuse. Elle ne venait pas seule, dans le sens où elle amenait plein de provisions de bouche.
 
On m’a dit que vous étiez un excellent cuisinier, à la hauteur des talents de Sam. J’ai amené tout ça avec l’espoir de manger différent que d’ordinaire, ce soir.  
 
Il rit, un peu jaune :
 
Une visite intéressée, alors ? Je ne vous en veux pas. Portons tout ça à la cuisine, on verra ce que l’on en tirera.  
 
Il prit un des sacs, le fond se rompit libérant le contenu sur le sol. Du pas de bol.  
Les dégâts arrangés, ils rirent jusqu’au temple d’élaboration des repas.  
Au vu des marchandises, Justin saliva d’anticipation :
 
Mmmm, bourride légère, lapin à la bière et son gratin, suivi d’une mousse aux fruits exotiques. Ça vous va ?
 
Lady Marcia fut enchantée. Bien sûr, elle voulut mettre la main à cette tâche qui allait nécessiter bien du temps.
On déjeuna très léger en prévision du soir : salade César pour eux, sandwiches jambon-fromage pour les enfants. Courte sieste, on s’y mit.  
Le désossage du rongeur réclama deux coupures, les oignons 4. Jamais Justin ne s’était senti si maladroit. Lady Marcia le troublait à ce point ? Il en doutait.  Le bouchon de la bière se brisa, mais le bestiau reçut sa marinade correcte. Lever les filets des poissons provoqua bien des piqûres. On rit, quoique…
 
Justin, vous allez bien ?
 
Je… je me sens moche depuis ce matin, suis pas au top, si vous voyez ce que je veux dire.
 
Je n’aurais pas dû m’imposer de la sorte. On pourrait en rester là…  
 
Non, non ! s’entêta Justin. Tout est correct. Vous allez m’en dire des nouvelles !  
 
Dîner presque parfait. Malgré quelques ratages rattrapés, Lady Marcia apprécia tout, en demeurant inquiète.
Elle le regardait bizarrement, Vicky aussi.  
Il répondit à l’appel de Sam plus tard, sans entrain :
 
Oui, très bien. J’ai cuisiné comme un fou… les enfants sont des anges… non, non, tout va bien, tu me manques beaucoup.  
 
Au réveil, il ouvrit des yeux ronds face à l’image renvoyée par le miroir…
Pouvait-on vraiment prendre cinq ans en une nuit ?
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