Sus à la Forteresse!

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Sus à la Forteresse!

Message par Megan Reese le Lun Juin 22 2015, 12:39

Time out! Appel à la tour de contrôle. Houston, on a un problème ! On avait eu l’impression que les choses tournaient dans le bon sens mais bien sûr cela n’avait duré que ce que cela devait durer, c’est-à-dire…presque rien !
Elle avait retrouvé Erik, et un super chat. Génial ! Et puis,  deux jours plus tard, Michael, Max & Co. débarquaient …enfin, façon de dire ! Dieu seul savait, et peut-être Merlin aussi, d’où ils sortaient pour se trouver en si triste état. Des explications plus tard on déduisit que ces chères gens en avaient vu des vertes et des pas mûres, avaient habité dans un  arbre et que, celui-ci déraciné  au cours d’une espèce d’apocalypse privée, n’avait trouvé rien de mieux à faire que se précipiter dans une cascade, pas des moindres apparemment !
Mais si ce n’avait été que ça ! On récupérait les gars, juste pour devoir leur annoncer qu’Ysaline avait disparu de façon fort mystérieuse. Et bien entendu, le principal impliqué, c’est-à-dire le mari de la belle, n’agréa pas du tout la tournure.  Le grand blond, humanitaire par excellence, oublia ses bonnes manières et après avoir maudit tout ce qu’il y avait à maudire, péta un câble, ou plutôt deux, pour sombrer carrément dans une folie pernicieuse qui  mérita qu’on le réduise au sommeil. Quelques minutes de paix, on se remettait à peine des émotions. Émouvantes retrouvailles de Michael et Alix. De Michael et son petit frère. Soupir !
Et du coup, Meg avait le cafard ! Elle qui avait tout lâché, en joie de cœur, se retrouvait en ayant des folles envies de pleurer en pensant à son John et à sa petite Beth…Et puis, cette histoire de petite fée qui leur filait un coup de main, et  apportait des nouvelles de l’autre côté : comme quoi mari et fille se trouvaient en Australie chez Opal…
 
*Et ça m’arrange comment, ça ?*
 
En rien, en fait ! Elle aurait volontiers filé au pays des kangourous et koalas sans se soucier d’être traitée de lâcheuse…après tout, que diables avait-elle à faire là ?
 
*Maris…frères…et toi, triple andouille, mari et fille aux Antipodes…tu es une idiote, Megan Reese !*
 
Mais idiote ou pas, elle suivait le mouvement. Tout comme le petit emplumé marrant qui clamait à tout azimut son allégeance envers Max qui pour le moment jouait les belles au bois. Parce qu’envers et contre tout, le cher homme ne se réveillait pas,  même si on insista fortement pour le ramener  des bras de Morphée où l’avait envoyé Michael, dans la meilleure des intentions !
 
*Ok…il dort, Ysaline est Dieu sait où et nous…c’est fou ce que j’aime quand les situations sont claires !*
 
Et celle-ci était bien loin de l’être. Très loin !
La Forteresse était là. Ils étaient trop près pour s’y méprendre. L’illusion des premiers jours était bien tangible à présent, sans importer la position des lunes. Ils l’avaient trouvé et apparemment accrochée sauf que bien sûr, une chose était la voir et une autre, bien différente, y pénétrer.
Max dormant toujours, malgré tous les efforts conjoints, il, fallut se décider à le laisser en arrière, n’étant pas question de trimballer un mètre quatre-vingt-dix…ou peut être douze de blond dans  les vapes. Bien entendu, pas question d’abandonner Von Falkenberg à son sort en solitaire…et c’est là que les choses faillirent tourner à l’aigre.
Erik Nielsen joua de son étonnant talent pour circonvenir les esprits et sans qu’on parvienne à bien comprendre le pourquoi du comment ceux qui devaient rester veiller au camp de base acceptèrent le choix sans faire trop de foin. La belle Maya devant rester auprès de la douce Lind, le mari de la première n’hésita pas à prendre parti. Le capitaine Phillips ne fut pas exactement ravi  mais resterait à la charge du campement.
Mais, bien entendu, les choses ne se passent jamais comme prévu…Meg n’arrivait pas à dormir et ne fut pas dupe de l’agitation, bien que discrète, agitant les sorciers. Elle n’était pas apparemment la seule, à peine s’était-elle munie de sa baguette et élancée à la suite de Michael et Erik qu’on lui emboîtant le pas. Elle se retourna et reconnut le centurion romain, ami de Max.
 
Reste là !, lui ordonna t’elle.
 
Pas question !...Je suis un guerrier, un centurion…si danger il y a, je suis là pour défendre mes amis !...Et puis, pardon, mais je ne reçois pas d’ordres d’une femme…
 
Elle lui concéda une moue de travers, ignorant son avis et courut à la suite des frères qui filaient dans la nuit.
Et dix minutes plus tard, elle faisait connaissance avec un roi Viking du  8ème siècle et sa suite bigarrée  où les époques se confondaient irrémissiblement.
 
*Il est marié avec la femme de Napoléon…et Nicolas Copernic  parle des lunes…enfin, ça le changera un peu de son éternelle discussion !*
 
Retrouvailles enthousiastes, passant outre certaines réclamations et Meg se retrouva en plein concile intemporel en discutant à qui mieux mieux sur imminente conquête de la Forteresse.
Cela donnait un magnifique n’importe quoi.  Tout le monde, et il faut dire qu’il y en avait, de tout temps et époque, avait son petit mot à dire même si la plupart ne pigeait que dalle.
Pas de saints, pas de héros ! Quelques historiques pas trop remarquables mais tous avaient l’a même intention : on suivait le chef où qu’il aille. Lodbrog était un leader né  et ne songeait pas à céder miette de son pouvoir bien acquis.
 
J’ai mené mes gens à travers les marais alors que toi, frère d’Erik nous as abandonnés. Je réclame…
 
Michael De Brent n’était pas d’humeur à se farcir les réclamations fondées ou pas, du Viking et le lui fit savoir en peu de mots bien sentis. L’intervention d’Erik, jouant les fins diplomates étouffa dans l’œuf ce début de rixe et on poursuivit gentiment la conversation. Et bien sûr, chaque mot ne tournait qu’autour de l’idée qui leur tenait tous à cœur !
Meg suivait attentivement les délibérations. Mine de rien, ou on avait perdu la perspective ou décidément  l’optimisme le plus absolu prenait le dessus. Lodbrog était quasi convaincu qu’il suffirait de se pointer sur place pour que la victoire leur soit tout acquise, De Brent pariait sur le contraire, soutenu par sa femme chérie et son frère, un moine bouddhiste et le centurion romain ami de Max qui sut se montrer suffisamment lapidaire comme pour leur faire revoir toute la tactique.
 
C’est trop facile, c’est un piège !
 
Je suis d’accord avec Gaius, assura Meg en se levant et rompant le cercle d’esprits en réflexion, on nous mène par le bout du nez…tout se passe sans embûche…sauf la disparition d’Ysaline et le drôle de sommeil de Max…personne ne nous empêche de bouger, de monter, d’arriver…pourtant on nage en plein incertain…un merveilleux flou dénué de mode d’emploi…Le fait qu’on soit ici est déjà assez dérangeant…regardez nous ! On est en plein dans un jeu…et ce n’est pas nous qui bougeons les pions…ON EST LES PIONS !...enfin, ça on le savait, non ?, elle souffla, agacée, il va encore se passer quelque chose…
 
Pavé dans la mare ! On la regarda sans aménité les uns, avec admiration les autres, malheureusement ces derniers ne faisaient pas foule. Qu’à cela ne tienne, Megan ne se sentait pas d’esprit à changer d’avis.
 
Et nous sommes en train de faire exactement ce qu’ILS attendent de nous : on discute et dans un moment on finira par se disputer alors on se divisera en deux camps et ce sera encore plus facile pour EUX…
 
Tais-toi, femme, gronda Lodbrog , on n’a que faire de tes craintes stupides , tu ne veux que semer le doute…Nous irons là-haut et ferons entendre la voix des armes !
 

Oui, bien sûr, M. le Viking et ILS vont tomber à vos pieds en tremblant de peur…Réfléchissez donc un peu : jusqu’ici ILS ont dominé le Jeu, je me demande bien pourquoi d’un coup, cela pourrait changer…à moins, bien entendu qu’on leur démontre qu’on est capables de LES contrer  et changer la donne !
 
Manakiel n’avait perdu miette de ce discours ardent et prévoyait des complications. Il avait compris, et ce depuis un bon moment, que sa position, n’avait rien de bien enviable.  Les Haut Placés menaient la ronde incontestablement et si Berith et lui étaient encore de la partie c’était seulement parce que les Autres avaient besoin  de deux pions majeurs pour soi-disant faire tourner le Jeu. Bien sûr, cela valait toujours mieux qu’une de ces punitions à rallonge dont les Grands Maîtres étaient friands.
Or là, dans l’empressement de bien mener leur idée de revanche exemplaire, les Grands semblaient avoir omis un petit détail…dont les répercussions pouvaient être tout simplement remarquables.
S’alarmer ? Même pas. À quoi bon ? On jouerait la partie jusqu’à la fin.  Les Grands Maîtres piperaient les dés, selon leur habitude mais cette fois les « joueurs » n’étaient pas exactement le genre de démunis auxquels  ON avait toujours affaire.
 
*Sorciers, magie opérante…aide extérieure. Ça va barder !*
 
Il ne pouvait pas tout bonnement se lancer dans la mêlée en prenant ouvertement parti pour les Pions, même en ayant  très envie.  Sa discrète intervention, délicat exercice auquel il se livrait depuis la nuit des temps, était requise mais pour y parvenir il faudrait encore circonvenir son diable de frère, or Berith pouvait se montrer farouchement têtu et désagréable à l’heure de faire un bien quelconque, surtout s’il devinait avoir à y perdre quelques plumes.
Mais pour le moment, le Dieu mineur en exercice, devait à tout prix éviter que  ses Protégés ne se lancent tête en bille dans le piège élaboré qui les attendait.

Au petit matin, le campement fut secoué  par les cris affolés de Joséphine, la femme de Lodbrog auxquels s’ajoutèrent d’autres plaintes angoissées : le chef Viking et quelques de ses proches collaborateurs avaient disparu et bien entendu, on rejeta immédiatement le méfait sur ceux qui s’étaient opposés à lui, la veille au cours de la houleuse réunion.

Sur ces entrefaites, Megan  essayait de reprendre pied dans la réalité après un étrange rêve. Bouleversée, comme tous, en apprenant la disparition de Ragnar, elle commença à trouver certaines similitudes entre le songe et les faits réels. Comprendre ce qui se passait, demanda un exercice efforcé où débattaient logique et superstition.
 
Je sais…cela peut sonner absurde et pourtant c’est exactement ce que je vous dis, s’entêta t’elle face à l’auditoire réduit s’intéressant à son expérience onirique, Celui qui a emmené Ragnar ne lui veut aucun mal, il veut simplement faire passer un message…Ben oui, Michael…j’ai rêvé ça et c’est arrivé…mais j’ai aussi vu l’entrée…un tunnel, caché quelque part sur le versant de la colline…Nous devons y aller par là…
 
On avait du mal à croire à cette prémonition mais le moine bouddhiste qui gardait intacte sa foi en ce genre de manifestation insista pour faire boire à Meg une potion de sa composition qui, selon lui, la ferait se souvenir de tout détail de son rêve.
 
Importante piste nous est donnée…Nous profiter de grâce divine…esprit fort, esprit bon…c’est aide qui est offerte…
 

Megan but, au bout d’un instant, elle commença à parler et en raconta, des choses !

Dans sa tour, Manakiel se frotta les mains, satisfait…
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Re: Sus à la Forteresse!

Message par Michael De Brent le Ven Juil 10 2015, 20:00

Avancer. Agir. Réagir. Avancer. Cela devenait mécanique. On ne pensait plus. Enfin, on essayait de ne plus trop le faire parce que ça n’aidait en rien, les grandes réflexions. On assumait les situations au fur et à mesure qu’elles se présentaient en essayant de faire au mieux. Pas toujours évident. Certes, comptant avec le conseil d’une fée, on pouvait bercer l’illusion de temps meilleurs mais vu tout ce qui leur tombait dessus, elles commençaient à rapidement prendre le large, les illusions.
« Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal », la bonne vieille loi de Murphy aussi nommée loi de l’emmerdement maximum, s’appliquait à la perfection à leur cas.
À quoi bon revenir sur ces misères à répétition. C’était mal fichu depuis le début et la fin ne serait pas meilleure.
 
Accrochez-vous !!!, dernier conseil à prendre au sérieux alors que le vénérable arbre basculait dans le vide.
 
Chute éternelle. Le malheur s’abat au ralenti, du moins c’est l’affreuse impression que Michael eut alors que leur abri se précipitait dans un enfer d’écume et eau. Un coup miséricordieux lui épargna l’angoisse finale.
 
 MICHAEL !!!
 
À moitié noyé, étouffé dans la boue et les débris de l’arbre fracassé, cette voix si connue hurlant son nom le ramena de loin. Il essaya de ramper mais les forces lui manquaient et puis tout à coup, il se sentit libéré de ce carcan de gadoue et branches. Ranimé de maitresse façon avec magie et baisers fous, il parvint à la regarder à s’en emplir les yeux.
 
Alix…
 
Je suis là, je suis là ! dit-elle pleurant et riant en même temps.
 
C’est…c’est vraiment toi ?, question un peu idiote mais compte tenu de ce qu’il venait d’endurer.
 
Tu crois que je laisserais quelqu’un d’autre t’embrasser ainsi, idiot ?
 
Il aurait pu s’évanouir  à nouveau, de pur bonheur, cette fois  mais il n’en fut pas question. Chérie prenait l’affaire en main et ne comptait pas le laisser filer dans les vapes si facilement. Un peu en retrait, il put apercevoir son frère flanqué de Megan Reese. Ils souriaient et s’éloignaient le laissant à ses retrouvailles.
Tout ne finissait pas si mal, après tout. Pour lui, en tout cas. Pour Max il en alla autrement, sa femme avait disparu. Fou de douleur, l’allemand devenait une menace, un coup adroit de bonne magie le réduisit au silence et au calme. Pour mieux faire, un Pax général rasséréna les esprits.
Mais pour bien suivre l’édicté de la loi de l’emmerdement maximum quelque chose foira avec le sortilège appliqué à Von Falkenberg qu’on ne put sortir de son profond sommeil malgré l’effort conjoint des sorciers présents. De quoi ternir la joie des retrouvailles.
Max ne se réveilla pas. Force fut d’admettre que des forces au-delà des leurs se mêlaient de l’Affaire  et que faute de mieux, faudrait faire avec même si c’était très loin de les enchanter. S’en suivit une pénible escalade vers le campement où les autres attendaient. On installa Max le mieux possible avant de passer en revue les options disponibles. Le choix n’était pas énorme : tous voulaient atteindre la Forteresse mais on ne pouvait pas abandonner le dormeur obligé à son sort en toute solitude.
Michael passa en revue la troupe disponible. Reardon n’avait pas pinaillé à l’heure d’accorder aux femmes une bonne escorte mais certains, comme Firth ne serviraient à grande chose à l’heure de passer à l’action proprement dit.
 
Je suis désolé mais tous ne pourront pas venir !, annonça t’il sans ambages, quelques-uns devront rester ici, quand on aura assuré le périmètre là-haut, on viendra vous chercher.
 
Le beau tollé. Étant évident que les sorciers seraient tous de l’aventure, ça gueula ferme entre les autres.
 
Je ne vois pas en quoi je vous freinerais, rouspéta Firth que Michael venait nettement de considérer comme inutile.
 
Vraiment, Firth ? Ne me dites pas que vous êtes un combattant émérite !, gronda Michael dont l’humeur tournait à l’aigre depuis un moment, on ne discute pas, un point c’est tout…vous restez, dernier mot !
 
Lindsay Chesterfield  fit preuve de bon sens en acceptant de rester, non ainsi la belle Maya et son Josh, leurs arguments étant de bon aloi, Michael penchait pour admettre leur participation. Les militaires présents discutaillèrent. Erik, beaucoup plus diplomate que son frère régla la situation de manière satisfaisante.
 
Il a dû hériter le savoir-faire de sa mère, avoua Michael en s’asseyant auprès de sa chérie, les De Brent  on donne des ordres en comptant être obéis…enfin… on verra bien ce que ceci donne…Non, je ne suis guère confiant, ce ne sera pas facile…d’autant qu’on n’a pas idée d’à quoi s’attendre…Oui, ma chérie, je sais qu’on a trois guides…des chats, mais enfin si tu y crois, je croirai aussi…Ma fée ? Tu la vois quelque part ?...Pardonne-moi, ma douce, de sembler pessimiste mais depuis le début, ça foire ferme…
 
Ambiance morose autour du feu. Les mécontents faisaient la tête mais l’excellent repas que leur concocta Erik remonta un peu le moral abattu. On ne veilla pas longtemps, le lendemain  ne serait pas de tout repos.
 
Essayons de dormir, conseilla t’il en gardant Alix serrée dans ses bras.
 
Peine perdue. Trop de tensions prenaient le dessus et l’alerte donnée par Gunn n’arrangea rien.
 
Reste ici, ma chérie, je vais avec Erik voir de quoi il s’agit.
 
C’était sans compter avec Megan et le centurion qui ne se privèrent pas de leur emboîter le pas sans demander l’avis de personne.  Tant pis. Ils surent se montrer efficacement silencieux. Embusqués dans le sous-bois, ils attendirent.
Ceux qui venaient ne faisaient pas dans la discrétion. En fait ça discutait joliment tout en avançant sans aucun souci de passer inaperçus. 
 
Je vous dis que c’est par là…, brailla une voix par trop connue, on avance et on la ferme !
 
*Ragnar !?* Bon sang, Erik…c’est Lodbrog…
 
Le grand Viking et sa nombreuse troupe déboulèrent face à eux, prêts à découdre mais en les reconnaissant le roi nordique éclata d’un énorme rire en sautant de sa monture pour avancer et serrer Erik dans ses bras. L’enthousiasme des retrouvailles dura le temps que le Viking mit à se souvenir de certains faits.
 
J’ai mené mes gens à travers les marais alors que toi, frère d’Erik nous as abandonnés. Je réclame…

La ferme, Lodbrog, si nous ne sommes pas revenus c’est bien parce que cela a été impossible. Tu es là, tes gens aussi, on ne discute plus, on a mieux à faire.
 
De quel droit me parles-tu sur ce ton !?, gronda le Viking outré.
 
Il fallut encore de l’intervention d’Erik pour apaiser les esprits. Le mot d’or était : Forteresse.  Aussitôt Lodbrog oublia sa colère et passa à élaborer des rapides plans de conquête, qu’il continua d’étendre allègrement autour d’un feu de camp ravivé et face à un auditoire élargi, vu que leur arrivée à grand bruit avait rameuté tout le monde.
 
Nous ferons le poids, nous sommes nombreux !
 
Ses  paroles assurées scandaient l’air de la nuit, défiantes. Et Michael se disait que ce n’était pas la meilleure tactique. Faisant preuve d’un optimisme presque enfantin Lodbrog s’entêtait. Selon lui, si Dieux il y avait, cela n’aurait représenté aucun problème de les foudroyer sur place et fin de l’histoire. Il riait, en les défiant au temps d’élever sa corne  emplie d’hydromel.
 
*À moins que cela les amuse prodigieusement d’entendre ce niais…on court à la perdition sans même savoir ce qu’on affronte !*
 
Regards échangés avec Erik, qui haussait les épaules, impuissant. L’étrange sensation d’être, une fois de plus, pris dans un Jeu inéluctable assaillit Michael. Tout ce petit monde  dérivait gentiment dans le délire du Viking dont les paroles semblaient soudain imbues d’un bon sens inaltérable. La raison la plus inattaquable l’assistait. Il avait raison. Ils étaient nombreux et investiraient les lieux. C’était une victoire tout acquise. Dire le contraire, prétendre le démontrer tiendrait de l’anathème et ne serait qu’objet de blâme.
Ce qui n’empêcha pas Megan Reese de dire ce qui semblait pertinent. Et Dieu sait que la belle n’avait pas la langue dans sa poche. Ragnar, despote sur les bords, lui ordonna de se taire. Peine perdue. Michael en eut un peu honte de sa propre faiblesse. Les excuses pour le faire ne manquaient pas : fatigue, idées chamboulées par tant de misères et déconvenues. C’était tellement plus facile de laisser qu’un autre s’en occupe.
Et puis soudain, revenue d’où elle était partie en balade, la raison revint en force et à la surprise de tous, Michael changea d’avis de manière assez déconcertante.
 
Megan a raison, Ragnar…en fait, c’est la seule à y voir clair, dirait-on…se lancer à l’attaque en toute méconnaissance de cause équivaut à un suicide collectif…Nous devons trouver un autre moyen !
 
On le regarda comme s’il était tombé sur la tête, des Oh et Ah fusèrent, inquiets. Du coup, on ne comprenait plus rien. Quelques heures auparavant on se préparait, au dam de quelques-uns, à se lancer à l’assaut et en question d’un instant celui qui semblait vouloir les conduire décidait autrement, très arbitrairement, d’ailleurs.
Passée la première surprise Ragnar perdit carrément la tête et le maudit sur tous les tons, le qualifiant de traître, lâche et autres épithètes du genre.
 
Pense ce que tu voudras, Lodbrog…Sais pas ce qui nous a pris de penser que cela pourrait être si facile…On a tous perdu un peu la tête et peu s’en faut pour supposer que Ceux qui nous observent y sont pour quelque chose…Gueule autant que tu voudras !
 
Ragnar ne s’en priva pas, que du contraire…S’en suivit une très houleuse discussion, en aucun cas comparable à un débat sensé. Encore l’intervention d’Erik évita l’empoignade épique entre le Viking et Michael qui durent se contenter de se jauger en chiens hargneux alors que la petite armée se divisait en deux camps bien définis.
Ragnar jubilait, ses suiveurs étaient plus nombreux mais son bonheur fut de courte durée. Ceux qui s’étaient rangés dans le camp contraire, (à savoir les gens du Village, les sorciers,  le centurion, le moine bouddhiste, la femme de ce dernier et quelques autres aux idées éclairées), n’entendaient pas se laisser entraîner dans une aventure aux retombées incertaines et firent bon emploi de la bonne vielle tactique dissuasive des armes.
 
Lodbrog, vous êtes plus nombreux mais nous sommes plus forts et tes armes ne peuvent rien contre les nôtres !
 
Tu nous menaces, tu nous retiens ! Nous étions compagnons d’armes… tu nous trahis…et pas que toi, ajouta t’il en jetant un regard chagrin vers Erik, toi, mon ami…je ne l’aurais jamais cru…
 

Trêve de complaintes, Lodbrog, on ne fait que  revoir le moyen de prendre cette fichue Forteresse sans se faire réduire en cendres avant de l’atteindre…Fin de la discussion !
 
Les tours de garde désignés, il rejoignit Alix qui avait préféré abandonner le cercle de discussion, agacée par tant de bêtise humaine.
 
Quel bordel…ça ne peut jamais être simple !, lâcha t’il, avec un soupir de lassitude, on devra dormir d’un œil en espérant que Ragnar ne vienne pas nous égorger, il est hors de lui…Euh, oui, j’ai changé d’avis…il n’y a que les idiots qui ne le font pas …sais pas, Alix…Oui, à moment donné, ça me semblait si…possible…et puis j’ai été sûr qu’il n’en était rien…Je suis peut-être en train de devenir fou…
 

Alix lui décocha un de ces regards dont elle avait le secret, sans doute pas trop sûre qu’il ne soit effectivement dérangé du cerveau mais les moments de répit étant rares, autant en profiter qu’une autre misère ne se pointe.
Et bien entendu, pour suivre le schéma établi, cela ne tarda guère. Gaius fut le porteur de la nouvelle.
 
Le chef ennemi a disparu…lui et ses proches collaborateurs ! Il y a de l’effervescence !
 
On pouvait s’en douter. Plus qu’en effervescence, les esprits étaient chauffés à  blanc. On n’alla pas par quatre chemins pour trouver  un coupable, il était tout désigné. 
 
C’est un doute raisonnable, admit Michael face à ses détracteurs ulcérés, mais faudra chercher ailleurs !
 
Mais ce fut Megan, encore elle, qui apporta une certaine lumière sur les faits. Il était question d’un rêve, une vision, un message en fin de comptes. Pas tout le monde n’accepta cette solution tombant si à point nommé mais n’en ayant aucune autre on passa à autre chose.
 
Petit sommet allié à huis clos. Le débat était simple : croire ou pas à un rêve.
 
Pour moi c’est bon, ce n’est pas la première fois qu’une prémonition, vision, visitation ou comme vous voudrez l’appeler nous tire d’affaire...
 
Le moine bouddhiste les conforta dans cette idée :
 
Importante piste nous est donnée…Nous profiter de grâce divine…esprit fort, esprit bon…c’est aide qui est offerte !
 
Ainsi soit-il !
Pour compléter l’aubaine, ceux qui suivaient Ragnar déclarèrent qu’ils ne feraient rien jusqu’à ce que leur Chef leur soit rendu.  Peu enclin à s’enliser dans des discussions interminables, Michael les renvoya dans la vallée y établir leur campement.
Ils en étaient à leur énième ronde de débats quand Tsang déboula en annonçant que Max revenait des limbes.
 
Petite fée venue…Cling ! Cling ! Il revient !...Pas temps de plus…dur…dur dit-elle…mais faut descendre un peu…
 
À bon entendeur.
Le retour de Max au monde des vivants fut fêté sans trop d’épanchement, l’humeur de l’allemand ne s’était pas trop arrangée avec le sommeil forcé. Il reprit vite du poil de la bête avec une seule idée en tête : retrouver son Ysaline et ce fut pourtant lui qui remarqua que les chats n’étaient pas de la partie. Sans que personne ne s’en rende compte les minets surdimensionnés avaient tout simplement disparu.
 
Comme quoi…faudra se débrouiller  avec notre seule chance !
 
Ce qui bien entendu, n’était pour rassurer personne !
Suivant les indications de Meg, plus les conseils de Key par intermédiaire de Tsang, ils battirent soigneusement  les alentours sans trouver la moindre piste…jusqu’à ce que le centurion Gaius ne disparaisse en hurlant, dans un trou dissimulé par la végétation. Michael se pencha sur l’ouverture béante pour n’apercevoir que du noir.
 
Eho, centurion…tu m’entends !?...GAIUS !!!
 
Suis là…au fond…Aie, quel coup…Vois rien…c’est noir !!!, nouvel hurlement, des bestioles…
 
Max opta pour descendre voir par lui-même, se montrant moins erratique que son copain romain. Il ne s’agissait pas d’un simple trou mais d’une espèce de bouche d’aération qui aboutissait dans un tunnel  aux murs de pierre.
 
On descend en douce…pas tous,  on verra une fois en bas... Philips, assurez le périmètre, établissez un campement de base en surface, on reste en contact !
 
Sans plus de souci pour la vingtaine d’âmes laissés en arrière sous la protection d’un capitaine frustré et deux soldats amateurs, Michael  entraîna son Alix et les autres élus au fond du gouffre .
C’était un tunnel assez large et haut, sombre et humide, envahi de végétation, signe qu’il était hors d’usage depuis longtemps.  Ils étaient onze. Michael aurait voulu que seulement les sorciers soient de la partie mais Lindsay avait protesté poliment en assurant qu’elle est ses amis, Maya et Josh n’avaient pas fait tout ce chemin pour rester en arrière. Tsang et sa femme s’´évertuèrent à donner quelques bonnes raisons pour leur présence, quant à Gaius, il fut accepté d’emblée avant qu’il ne l’ouvre en un flot intarissable.
Deux directions s’offraient à leur choix. Avant de se lancer tête en bille d’un côté ou l’autre, Michael décida de partir en éclaireur vers la gauche alors qu’Erik ferait de même vers la droite. Son frère ne fut pas long à revenir, déconfit, de son côté le tunnel était obstrué par un énorme éboulement.
 
Pas de choix…on va par-là, dit Michael en signalant la gueule de loup  à sa gauche, faites attention où vous mettez les pieds, le sol est inégal, il y a des racines et autres débris…C’est humide et froid…*Comme un caveau !*…Nous ne savons pas combien de temps on devra marcher…ni jusqu’où alors il vaut mieux épargner l’énergie de nos torches, on n’en allume qu’Une pour le moment, ça devrait suffire pour indiquer le chemin…de même gare à vos provisions et eau…on ne sait pas quand on pourra les renouveler !
 
Tous semblaient accepter très naturellement qu’il prenne le commandement. Après les dernières vérifications de rigueur  et avoir informé ceux restes en haut sur la direction prise, le groupe s’engagea dans le tunnel. Michael ne lâchait pas la main d’Alix, bénissant la largeur suffisante de l’endroit.  À mesure qu’ils avançaient, la lumière de la torche permettait de découvrir les lieux. Très peu engageants, presque sinistres, parois suintant humidité, sol glissant. Comme annoncé des racines saillant çà et là furent le seul obstacle notoire jusqu’à l’instant où le large faisceau tomba sur un tas informe que Gaius, la discrétion même, identifia illico avec une note d’effroi dans la voix :
 
Squelette…Oh, mon Dieu…et pas qu’un seul…regardez ça !
 
Ça, c’étaient des restes  humains, blanchis par le temps, sauvagement déchiquetés, éparpillés au petit bonheur la chance. Essayant de garder leur sang-froid, ils comptèrent plus d’une douzaine de crânes.
 
Tenez vos armes prêtes ! …Non, ma douce…pas rassurant…mais ça ne date pas d’hier… allumez une autre torche, on y va doucement…
 
On entendit Gaius entamer une prière reprise par Lindsay, le reste se contenta d’hocher la tête en espérant avoir plus de chance que ces malheureux et surtout ne pas croiser le chemin de ce qui avait causé ce carnage. Prière muette qui ne fut pas exaucée.
Au début, ce ne fut qu’une espèce de couinement, néanmoins assez puissant pour les mettre encore plus aux aguets. Puis une série de petits cris aigus, à leur faire courir un frisson le long du dos, suivis de grognements chaque fois plus rapprochés accompagnés d’un bruit de végétation dérangée, de cailloux éboulés.
 
C’est gros, souffla  Michael en faisant signe de reculer et prendre leurs positions, on tire à vue !!!
 
Ce qui déboula face à eux tenait du cauchemar. Un rat gigantesque, aux yeux rouges, babines retroussées montrant des crocs énormes et pointus. Ça sifflait, ça grognait, ça crachait une bave nauséabonde qui leur brûla la peau rien qu’en l’atteignant. Le feu , ouvert à discrétion ne pouvait que faire mouche, alors la bête monstrueuse, blessée chercha son salut dans la fuite, en reculant d’abord, en se retournant après.  Les mouvements paniqués de cette créature démoniaque causèrent autan de dégâts qu’un tremblement de terre.
 
Reculez ! Reculez !!!
 
Il sentit la main d’Alix lui échapper alors qu’un pan de la paroi de pierre dégringolait sous les assauts frénétiques du rat qui avait fini par se retourner, sa queue monstrueuse fustigeant l’air comme un fouet dément. Michael entendit à peine les hurlements de sa femme et ceux des autres, alors que l’appendice démené le frappait , le lançant  à plusieurs mètres de là, contre la paroi de pierre…
Michael ouvrit les yeux, pour les refermer aussitôt, aveuglé par la cinglante clarté régnante.
 
C’est absurde !, murmura t’il.
 
Je suis désolé… cela n’aurait pas dû se produire !
 
Alerté par cette voix aux intonations graves, Michael  tourna la tête et ouvrit les yeux pour apercevoir qui lui parlait. Un homme vêtu d’un costume blanc immaculé l’observait, l’air contrit.
 
Désolé !? Pourquoi ? Et puis…qui diables êtes-vous ?... et…où suis-je ? Où sont ma femme…les autres ?
 
Il voulut se redresser mais l’inconnu le repoussa doucement sur l’étrange couche où il gisait.
 
Je suis désolé, répéta-t-il , vraiment désolé…
 
Quelque part ça suffisait largement pour l’informer de la suite. Cette fois, il se redressa pour de bon, hagard et furieux.
 
Suis mort, c’est ça !?
 
Apparemment, il avait tout bon…
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Re: Sus à la Forteresse!

Message par Ysaline de Bettancourt le Dim Aoû 16 2015, 16:42

La vie de Bérith n’avait jamais été simple. Oh, il en avait très largement profité durant… des siècles. Commettre des bourdes ? Qui n’en commet pas ? En général, ON lui passait tout, absolument tout. Pourtant là quelque chose clochait. Quoi ? C’était bien ça le pire, c’est qu’il n’en savait fichtre rien.  
Ce dont il était certain était d’avoir reçu carte blanche pour gérer ce monde-ci. Il n’en démordrait pas.
Appliqué, vertueux comme lui seul savait l’être, il avait respecté – pour autant qu’il sache – les préceptes attendus. La donne était simple : il mettait le bordel, Manakiel essayait de le contrer. Toujours il en avait été ainsi. Or là…
La vue de cette femme avait ranimé une flamme surprenante. Une flamme telle qu’il en fut déboussolé. Au fond de lui avait rejailli une sorte de… souvenir, de quelque chose de différent, une passion inédite qui avait pour nom Lucrèce.  Il n’y avait plus pensé, l’avait oubliée mais, soudain, il l’avait vue et tout – en tout cas beaucoup – lui était revenu d’un coup.
Et l’obsession avait repris : il voulait cette femme, son égal diabolique à peu de chose près.
Leur premier contact fut un ratage total, de quoi le rendre encore plus fou qu’à l’ordinaire. Avait-elle été punie pour une faute inconnue ? À moins que ce ne soit lui le fautif ? Pourquoi, pourquoi le repoussait-elle avait tant de vigueur ? Certes, il adorait la sauvagerie de leurs ébats antérieurs, mais de là à tolérer cette mégère refusant de se soumettre…  Un dicton humain ne prônait-il pas : aux grands maux grands remèdes ?
 
*Dans le fond, pas si idiots, ces hommes…*  
 
Après une cuisante déconvenue au premier abord avec sa maîtresse amnésique qui avait mordu, griffé, craché comme cent harpies, Bérith s’employa à restaurer le puzzle perdu. En un clin d’œil, sa proie soustraite aux profanateurs fut plongée en hypnose profonde avant qu’elle ait eu un temps de réaction.
 
*La meilleure de tes armes est la persuasion…*
 
Bien que troublé, fort de ses expériences antérieures, le beau diable persévéra en fouillant méthodiquement les souvenirs de la biche endormie sur la couche en suspension gravitationnelle.
 
Ysaline n’aimait pas ça, pas du tout. Quoiqu’il se passât, elle restait persuadée qu’elle n’avait strictement rien à faire là. D’abord, il y avait eu cette décision d’ouvrir une voie afin de sauver des amis. Ils devaient le faire, l’avaient entrepris sauf que, décidément, on s’évertuait à leur mettre des bâtons dans les roues. Le Village sans Max, une errance sans Max et, cerise sur le gâteau, être extraite sans rime ni raison d’un lieu pour se trouver confrontée à un étrange lubrique qui l’appelait Lucrèce et attendait d’elle plus que de la soumission.
 
*NOOOON !*
 
Chaque fibre de son égo se révolta illico. Cependant, prise de court, elle ne sut s’opposer à une force terrible qui l’abattit sur un lit très étrange. Elle eut beau essayer de résister, sa conscience bascula.
 
*Du diable qu’elle est belle !* saliva Bérith avec une envie cuisante de l’étreindre illico.
 
Mais un pantin inerte ne serait jamais sa Lucrèce ! Amer, frustré, il remplaça le désir charnel dans l’obsession de ranimer les souvenirs de son amour.
Acte1 :
 
Avec des gestes très doux, le beau diable appareilla la tête de sa victime avec des sortes de petites ventouses sans fil.  D’un claquement de doigt, il provoqua la mise en marche de la machine et, dès que divers voyants s’allumèrent, il murmura :
 

Remonte le passé, remonte l’oubli, souviens-toi de notre toute première rencontre, ô mon âme-sœur.
 
Il s’installa alors confortablement devant des écrans qui, après des grésillements incertains, dévoilèrent des images nettes. Il tiqua aussitôt.  
 
Bien moulée dans son uniforme d’hôtesse, un sourire professionnel aux lèvres, Ysaline s’approcha du siège 5B :

Vous désirez ? Mr. Von Falkenberg, si je ne m’abuse…    
 
Pantois, Bérith regarda une bien surprenante situation dans laquelle sa Lucrèce côtoyait un individu blond avec lequel elle alla jusqu’à piloter un Boeing après en avoir endormi tous les passagers avec un bout de bois.
 
Nom de… Ces instruments déconnent !
 
Il se rua sur la console, l’ajusta, effaça ces scènes puis s’épongea, fébrile :
 
Le mal est profondément enraciné ! Ou alors… je l’ai fait remonter trop loin, avant notre rencontre !  
 
Embarrassé mais très curieux, il désira visualiser plus avant afin de mieux juger des dégâts occasionnés à la mémoire de son aimée.  Nouveaux réglages, il se réinstalla dans les coussins de bulles, et sous ses yeux ahuris se déroula en accéléré... une vie très mouvementée.  
 
Ysaline se fit l’effet d’être un drôle de bouchon, pas physiquement mais mentalement. Avec joie, elle avait revécu sa lutte aux côtés de Max contre le Moustica Aliena. Un blanc avait suivi puis elle sauta d’épisodes en épisodes mieux qu’avec une télécommande manipulée par un virtuose déjanté du zapping. Hop, elle s’enfuyait d’un hôtel chic, hop elle retrouvait Max au hasard d’un vol. Sur les bancs d’universités, elle buchait. Hop, la voilà en Afrique, à Paris, en Afrique encore. Des disputes avec Max, leurs mères respectives. Il y eut des douleurs, des pleurs d’enfants mêlés aux siens.
 
*Tiens, le Brésil… ? Ana ? Non, non, je suis Ysaline !!*  
 
Luttes, incompréhensions, soubresauts et enfin l’apaisement :
 
MAX !!!
 
 D’un mouvement furieux, Bérith abrégea illico la séance. Plusieurs fois déjà il avait failli à y mettre fin surtout quand les expressions du visage tant aimé s’adoucissaient quand Von Falkenberg apparaissait. Cependant, dévoré de curiosité rageuse, il s’y était refusé. Là, trop c’était trop.
 
Max, Max, toujours et encore lui ! Que t’a-t-on fait Lucrèce pour que je ne sois même plus l’ombre d’un songe dans la passoire qu’est devenue ta mémoire ? Réponds, réponds !
 
D’une chiquenaude, il avait coupé tous les appareils et s’était rué sur elle pour la secouer violemment. Bien sûr, elle ne réagit pas immédiatement.  Il l’invectiva, jura copieusement avant de clamer :
 
TU ES À MOI ! ON T’A ABREUVÉE D’ÂNERIES MAIS JE VAIS CORRIGER ÇA ! Je te laverai le cerveau de façon à ce que je réapparaisse à jamais en toi !  
 
Ballotée dans la tourmente parfois heureuse d’une foule de souvenirs, Ysaline avait perdu pied avec la réalité. Pourtant, ces mots « lavage de cerveau » lui firent l’effet d’une douche glacée à réveiller un moribond.  
Raidie soudain, elle ouvrit les yeux qu’elle planta dans ceux penché au-dessus d’elle :
 
Qui que vous soyez, vous n’y arriverez pas !  On m’a déjà fait le coup, j’ai appris à contrer. Quand diable accepterez-vous l’idée que ces souvenirs que vous avez fait défiler sont vrais ? JE NE SUIS PAS LUCRECE : JE SUIS YSALINE ! Je ne vous connais pas. Mon seul amour est MAX !  
 
La vigueur des propos alliée au regard farouche ébranla le kidnappeur qui, hébété, se recula du corps réveillé.
 
Mais… si vous n’êtes pas ma Lucrèce, d’où vient cette ressemblance, pourquoi existe-t-elle ?  
 
Franchement, si vous êtes un des régisseurs de ce monde, vous n’êtes pas très malin, pardon de le dire. Avec mon mari et mes amis on en a discuté : on est tous des pions ! Pourquoi n’en seriez-vous pas aussi ?  
 
Malgré sa lassitude, Ysaline puisait dans ses réserves d’énergie. Elle jouait gros, le savait. Ce type avait prouvé astuces et pouvoirs. Lui tenir tête était osé, mais elle le pressentait passablement déboussolé, autant en profiter pour ce que cet état durerait.  
 
Pas très malin ? Un pion dis-tu ? s’étrangla Bérith. Cela n’a aucun sens. Ceux qui t’ont changée t’ont rendu folle.
 
Ysaline s’attendait au pire, que, malgré le doute insinué, son vis-à-vis préférât l’attaque décisive à ces hésitations. Par bonheur rien ne vint. La graine germait lentement mais sûrement. Elle sauta sur l’occasion :
 
Réfléchissez ! Dans quel  but m’aurait-on mise sur votre route moi qui, apparemment, vous rappelle quelqu’un d’autre, quelqu’un de cher. Votre épouse, peut-être ? Sinon pour vous distraire, vous occuper ailleurs ? Et ça a marché ! Obnubilé par votre Lucrèce, vous n’avez eu de cesse que de m’asservir, pas vrai ? Je vois à votre tête que vous devinez que j’ai raison. Qu’avez-vous donc fait d’autre depuis ma capture ? Avez-vous surveillé notre groupe, regardé leur progression ? Car ils progressent, j’en suis certaine. Max ne m’abandonnera jamais !
 
Là, Ysaline pâlit affreusement, glacée par le rire dément de son gardien :
 
Ton Max roupillera l’éternité, si je le veux !
 
QUE LUI AVEZ-VOUS FAIT ? cria-t-elle paniquée soudain.
 
Rien de bien méchant : il dort. Je parie que tu aimerais le voir, non ? Allez, lève-toi. Accompagne-moi à ces écrans.
 
Oh oui, elle vit, et un sourire ravi l’anima face à un tableau très étrange pour qui ne connaissait pas l’intervenante. Certes, au départ, quoi de plus affligeant que de voir son amour gisant, presque mort. Mais rapidement la tente sous laquelle il reposait se mit à briller étrangement. Entre mille – quoique n’en connaissant qu’une – Ysaline aurait identifié la silhouette resplendissante : Key !  
Bérith jura :
 
Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Une saleté envoyée par mon frère, sûrement. Mais… ? Que fabrique-t-elle ? Ah non ! Elle le réveille ? C’est pas du jeu, ça !  
 
Assez hilare face à la déconfiture de son ravisseur, Mrs Von Falkenberg ricana :
 
Vous voyez bien que les dés sont pipés, n’avais-je pas raison ? Maintenant Max debout, ils vont avancer vers moi.
 
Pensif, tracassé, Bérith lorgna ses écrans des heures durant. Parfois, Ysaline y jeta un œil, histoire de garder le contact avec les siens de la surface. Son geôlier ne s’intéressant plus trop à son sort, elle enregistra maints détails en cherchant une issue à sa position.  L’endroit était… curieux, elle aussi. Cependant, elle y alla tout en douceur afin de ne pas réveiller le singulier bonhomme qui la détenait.  
De ses micro-interventions, Ysaline fut certaine d’être logée sous terre, des écrans annexes lui renvoyaient nettement des images de souterrains. Des portes ? Elle n’en releva aucune, tous les murs étaient lisses, uniformément blancs, inamovibles. Par hasard, près une des consoles, elle trouva la commande des repas.
 
*Génial ! On pense poulet et hop !*
 
Elle se régala de son délicieux plateau garni sans que Bérith ne s’en soucia le moins du monde.
Ne voulant sous prétexte irriter cet être, elle se tint sage, se contenant - après de vaines recherches d’échappatoires- d’observer, et de beaucoup cogiter. Ses amis remis en marche, l’espoir renaissait.
De loin, elle étudia leur progression et ne put que se réjouir quand un emplumé très affectionné par Max disparut dans un trou.
 
*S’ils ont l’entrée, chic ! *
 
Mais était-ce la bonne ? L’attitude de Bérith ne varia qu’à peine à cet évènement, à croire qu’il se fichait autant des migrants que d’elle.  
Pour avoir tenté une fois d’assommer son tourmenteur avec un plateau et s’être fait clouer au mur d’un claquement de doigts distraits, la jeune femme s’était abstenue de toute intervention. Selon elle, le gars avait des yeux derrière le dos et l’épiait sans avoir l’air d’y toucher.
 
 *Si seulement j’avais ma baguette… je pourrais les guider, fuir, les rejoindre… après tout, il ne regarde vraiment que ses télés…*
 
Les écrans s’affichèrent une discussion entre ses amis. Manifestement, ils voulaient explorer les boyaux séparément.
 
Vous pourriez monter le son, s’il vous plait ? Que je profite mieux du spectacle de votre future déconfiture…  
 
Berith n’obtempéra pas, il était attentif cette fois au cheminement du groupe d’intrus.  Était-ce son idée ou il s’inquiétait ?  Soudain, alors qu’il manipulait des voyants, Ysaline se figea. À n’en pas douter, ses amis étaient en train de marcher sur… des restes humains.  
 
ILS VONT OÙ, LÀ ? Une tanière ? Faites quelque chose, empêchez ça ! s’énerva-t-elle prête à se ruer sur la console principale.
 
Hélas, la confrontation eut lieu entre ses amis et un monstre abject. La lutte, même armée semblait vaine. Folle d’inquiétude, Ysaline ne regarda que la défense de son Max chéri contre l’énorme rat sorti des entrailles de la terre pour bloquer le passage. La bestiole voulut échapper au tir nourri qui la contraignit à la fuite. La suite, hélas, fut épouvantable. En voyant Michael brusquement fauché par la queue aussi épaisse qu’un tronc d’arbre, la sorcière crut défaillir, elle hurla :
 
MICHAEL ! Non, non, c’est pas possible !
 
Puis, rage et colère la firent se ruer toutes griffes dehors sur le seul à portée :
 
C’EST DE VOTRE FAUTE SI MICHAEL EST MORT ! Espèce de…
 

On se calme, la freina Berith passablement choqué lui aussi.  Vous savez qu’il n’est pas vraiment mort, il est en déplacement.
 
Où, où est-il allé ?
 
Aucune idée mais c’est le cadet de mes soucis.
 
Ah ? Parce que vous avez des soucis maintenant ? Vous en avez un avec moi en tout cas car je promets d’être la captive la plus rétive de l’univers si vous ne me relâchez pas de suite !
 
Soyez ce que vous voulez, je m’en fous ! dit-il d’un ton las qui vira à l’irritation.  Vous ne pigez que dalle, petite sotte ! Ce qui vient de se passer dépasse l’entendement ! Je n’ai rien pu faire, RIEN ! Vous pigez ?  
 
Surprise, Ysaline battit des cils d’incompréhension. L’autre s’excita davantage :
 
ON m’a contré ! Privé de certains pouvoirs ! Mais ça ne se passera pas ainsi, ah ça non !
 
Avant qu’elle ait pu dire ouf, il l’empoigna.
Une sorte de transplanage ? Pas gênant en tout cas ce déplacement.
Assez éberluée, Ysaline échut dans une pièce étrange dans laquelle s’alignaient foule de tubes translucides. Certains étaient occupés par des corps amochés, d’autres par des éclairs multiples. Le pôle d’intérêt n’était pas ces engins mais deux individus qui les jouxtaient. Un cri :
 
MICHAEL !
 
Oui, c’était bien lui, là, en dispute avec un grand gars au costume aussi chic qu’immaculé.   
La discussion s’interrompit et on les regarda comme de frais extraterrestres.  D’un bond, Ysaline se jeta dans les bars d’un De Brent ahuri :
 
Michael, Michael, suis si contente que tu ne sois pas mort. J’ai tout vu… oui, j’étais avec ce type, Berith… il visionnait en direct… sais pas leur rapports, des frères ? mais dis-moi, comment allait Max ?...
 
Tandis qu’ils échangeaient rapidement des infos, deux frères s’affrontaient à hauts cris. Ça bardait ferme.  Michael en eut tellement marre qu’il les apostropha sans ménagement, ce qui lui valut d’être repoussé d’une chiquenaude.
L’aidant à se relever, Ysaline souffla :
 
Tant qu’ils s’engueulent, fichons le camp !
 
Aussitôt dit, aussitôt fait. Où Michael avait appris à faire fonctionner les tubes ? Le fait est qu’il l’entraîna dans l’un d’eux, referma la coupole et appuya des manettes. Un éclair, ils s’évaporèrent.  
 
Elle s’était attendue à n’importe quoi comme atterrir aux fins fonds de la préhistoire ou pire, mais pas à ce souterrain si semblable à ceux observés.
D’une main ferme, Michael mena l’expédition, la tractant, l’invectivant. Au bout de quelques minutes ils tombèrent enfin sur…
 
MAX !!!                     
 
Hagard, épuisé, il parut d’abord ne pas la croire réelle malgré ses étreintes et baisers passionnés. Devant son inertie, elle lui prit le visage à deux mains, forçant leur regard à se croiser :  
 
C’est moi mon amour. Michael est là aussi ! Dis quelque chose, Max, Max, c’est moi…
 
De sa position en retrait, De Brent dénombra les membres de ce groupe. Il manquait plusieurs d’entre eux dont Erik et Alix.
Lorsque le premier choc fut dépassé, l’un et l’autre l’ouvrit.  Tous semblaient très éprouvés, tels des rescapés de l’enfer. D’abord saccadés, les récits plus précis démontrèrent les horreurs traversées.  Finalement remis, Max l’attira à part pour une étreinte délirante dans laquelle ses angoisses antérieures transparurent :
 
… oui, je vais bien. Berith ne m’a fait aucun mal, je lui rappelais sa femme... Mais toi, vous, que vous est-il vraiment arrivé ?...
 
De confidence en confidence, elle sut.  Pas la joie ! Séparés par un éboulis dû au rat, les amis avaient formé deux groupes. Alix et Erik devaient être ensemble avec quelques Vikings et les Cromwell. Max avait hérité de Gaïus ainsi que du reste des troupes. Leur errance avait été un pur cauchemar semé d’embûches. Revenus de leurs émois, les époux se mêlèrent aux autres, écoutant suggestions, proposant aussi diverses options. Calmement, puisqu’on lui réclamait des explications, Ysaline avoua :
 

Sans me vanter, je crois avoir semé le doute dans l’esprit de mon ravisseur. Je suis quasi certaine qu’il nous aidera plutôt que nous ennuyer tant il est dépité.  
 
On se le tint pour dit et décida d’avancer
Tout en déambulant sans quitter la main de son Max dans un dédale de boyaux tantôt lumineux, tantôt obscurs, Ysaline ne put s’empêcher de repenser aux récits ouïs. Ainsi, ils avaient affronté spectres, chauve-souris, serpents ? De quoi donner la chair de poule à plus aguerri. La prudence était donc de mise afin de parer à toute mauvaise rencontre. Gaïus, éclaireur désigné, imposa soudain le silence absolu. On se pétrifia sur place prêt à dégommer le moindre intrus. Tous sens aux aguets, les errants perçurent bientôt ce qui avait alarmé le légionnaire : des pas !  
On, quelqu’un, un bipède s’avançait dans leur direction…       
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Re: Sus à la Forteresse!

Message par Alix Blackstorm le Lun Aoû 31 2015, 22:03

Des hauts et des bas, voilà le résumé de la vie d’Alix Blackstorm.
Heureuse ? Lorsque Michael était devenu son amant puis son époux, oui. Porter leurs enfants avait été aussi source de joie, même Kieran qui pourtant n’était d’aucun apportait un bonus à cette existence balancée.  
Les choix… Faire le bon n’était pas aisé d’autant qu’un mauvais peut devenir un bon, tout dépend des circonstances, suites...
S’embarquer vers l’inimaginable ? Bah ! Partout où Michael irait, elle le suivrait si on lui en laissait l’opportunité.
Les hasards du monde étrange où ils avaient débarqué firent qu’après séparations, ils se rejoignirent. Une fin heureuse ? Optimistes ceux qui l’espéraient.  Les problèmes ne tardèrent pas. Max endormi telle une blanche-neige de conte de fée, disparition d’Ysaline, retour des Vikings et clique à la clé, Alix se demandait de quoi le lendemain serait fait.  
Que de discussions !
En but : la forteresse impalpable. Les avis tournaient autour, les cerveaux aussi. Foncer, attendre, nul ne savait vraiment que faire finalement.  
Peu friande des grands débats, ses idées personnelles gardées sous le manteau, Alix ne supporta plus ces palabres entre Michael et Lodbrog.
Dans son coin, elle s’assit et débattit avec elle-même :
 
*Les hommes sont des idiots, tous, autant qu’ils sont. Attaquer ? Attaquer quoi d’abord ? On ne connait strictement rien des forces opposées seulement qu’Elles ont du répondant pour déboussoler tout un chacun ! Moi, je veux mes petits…*
 
C’était en fait son but à elle : finir le plus vite possible le boulot qu’ils s’étaient imposé, et rentrer retrouver ses enfants.
Michael la rejoignant sur le tard lui confia avoir changé d’avis, elle ne commenta qu’à peine mais n’en pensa pas moins.  
Après la désertion ou disparition de Ragnar, on expédia les accompagnants à la vallée et… attendit.  
L’évènement majeur fut le retour du dormeur pesant : Max.  
 

*La fée est venue, et bam : réveil ! Si elle nous sortait de là, ça serait mieux !*
 
Alix ne détestait pas Key mais trouvait que celle-ci n’intervenait que quand ça lui chantait. Enfin… la charmante enfant-femme-fée constituait un atout dans leur manche dont ils ne sauraient se passer au vu des situations.
Tiens, Mrs. Smith se prit-elle pour Trelawney ? N’empêche que Michael donna foi à ses divagations nocturnes et organisa une sorte de battue afin de découvrir une entrée à la forteresse encore visible.  
Ce fut le romain, compagnon de Max, qui la découvrit par… hasard ? En tombant bêtement dedans.
Son chéri jouant le pâtre, les moutons désignés suivirent, les autres allèrent paître ailleurs.
Brrr, ces tunnels donnaient la chair de poule. Oh, Michael se souciait d’elle, pas à dire. Poignet cadenassé, elle ne put que… la boucler gentiment en mettant ses pas dans les siens.
Une bifurcation, séparation, retour plus tard, Michael déclara :
 
Faites attention où vous mettez les pieds, le sol est inégal, il y a des racines et autres débris…C’est humide et froid…  
 
Des recommandations plus tard, la marche à la lueur d’une torche se poursuivit.  
Plusieurs fois, elle tenta :
 
Tu ne crois pas qu’on devrait utiliser nos… Je n’aime pas cet endroit, j’ai l’impression qu’on va droit dans…
 
Pas de réponse, jamais.
La suite donna hélas raison à ses suspicions. On marcha sur des squelettes… humains et autres puis :
 
C’est gros, souffla  Michael, on tire à vue !!!
 
Pour tirer, on tira. La cible était facile puisqu’elle obstruait la quasi entièreté de la largeur du tunnel.  
Misère, qu’elle était affreuse, cette bestiole innommable. Les armes à feu crevèrent un cuir épais, et les tympans des assaillants. Cependant, rien ne semblait atteindre réellement sa cible. Erik et elle usèrent de magie pour un résultat… catastrophique.
 
MICHAEL, STOP !!! NOOOOOOOOOON !!!!
 
Trop tard, l’affreuse queue écailleuse du rat géant le faucha. Ce dernier couina, rageur et s’enfuit laissant une bande frappée de stupeur.  
 
Il… il était là, puis…
 
Choquée au-delà des mots, elle perçut à peine les secousses, revigor et paroles de son beau-frère qui l’assurait que rien de fâcheux n’était advenu. Après tout, ne savait-il pas ? Il était passé par là, et était toujours là.
Michael n’étant très probablement qu’en stage dans un tube de régénération, autant continuer.
Erik devant, Max derrière, elle au milieu. Bien encadrée, Alix essaya d’obscurcir les idées noires qui la taraudaient.  
 
*Et si le mécanisme était détraqué, et si…*
 
Mieux valait se persuader que tout était en ordre et que, bientôt, Michael reviendrait envers et contre tout.  
Il avait été décidé que la marche arrière étant stérile autant aller de l’avant en suivant les marques sanglantes laissées par l’agresseur. Bien, mal ? Nul n’était certain.  Torches et Lumos aidèrent dans ce boyau aussi lugubre qu’accidenté. Du rat, nulles traces autres que celles jalonnant leur parcours.  Une halte bienvenue s’annonça lorsque les aventuriers débarquèrent dans un élargissement souhaité de longue date. On marchait depuis quoi, une heure, deux, plus ?
Tous avaient plus ou moins perdu la notion du temps. Dans le fond, à quoi bon s’en soucier.
La salle où ils se posèrent, outre ses dimensions favorables au regroupement, leur offrait bien des perspectives puisque plusieurs boyaux s’en dégageaient.  On ne tergiversa pas dans l’instant, préférant s’asseoir à même ce sol d’argile humide, boire un peu, se restaurer pareil.  
Max, toujours anxieux, ne céda à la halte qu’avec mépris. Il aurait souhaité foncer bille en tête. Néanmoins il dut se rendre à l’évidence : les troupes étaient lasses.  
 
On devrait se réchauffer un peu, non ? émit-elle pas trop sûre d’être entendue.
 
Le feu sans fumée était un jeu d’enfant pour une telle sorcière. S’occuper, avec du tout, du n’importe quoi, mais surtout éviter de penser au sort de Michael, au sien, à celui des enfants en cas d’échec.
Plusieurs foyers furent allumés, tous s’en réjouirent peu à peu.
Soudain, alors qu’ils grignotaient sans conviction quelques réserves alimentaires, Gaius dressa l’oreille :
 
On vient !
 
Aussitôt des armes diverses se brandirent, alarmées, opiniâtres.
 
Max, Erik, ça vient de là-bas. Ensemble, un avada, ok ?
 
On en rit presque quelques secondes plus tard quand une bande de Vikings déboula. Ils n’avaient pas pu résister au « pillage » de la forteresse et avaient suivi un Ragnar revenu plus vindicatif que jamais :
 
Où est Michael ? Je dois lui casser la figure et…
 
Plusieurs se dressèrent face à lui, le mirent au parfum. Il s’apaisa. Contrit, l’ex-roi vint présenter ses hommages à la veuve pas si éplorée que ça :
 
Il n’est pas mort, Erik, mon fils, en est la preuve. Tiens bon.
 
La main de Lodbrog, voulue compatissante sur son épaule l’irrita. Elle se dégagea, quasi insolente :
 
Merci ! Heureuse de te revoir, toi qui l’as apprécié à sa valeur avant de lui tourner le dos. Il n’est pas mort en effet, j’en suis certaine. Vos différends m’importent peu. Tes amis et toi devaient être aussi fatigués que nous, prends place autour d’un foyer. On verra quelle voie suivre… après.
 
Vive les petits sacs nutritifs qu’un coup de baguette réveillait. Les nouveaux venus s’en régalèrent hardiment.
La discussion vint autour d’un luminaire chauffant, les esprits s’échauffaient aussi. Les uns voulaient scinder en groupes, d’autres attaquer de front.
 
*La même rengaine, quoi…*
 
Ce fut le sort, le hasard, ou Dieu sait quoi qui trancha. Sans avertissement, alors que les femmes rangeaient la vaisselle du repas, les parois de la « caverne » vibrèrent, le sol lui-même entra en folie.
Ragnar beugla :
 
On fout le camp !
 
Au petit bonheur la chance, chacun courut devant soi en priant ses idoles personnelles.
 
*Mon Dieu, Mon Dieu, si je dois disparaître faites que je revienne à lui, ou à eux*
 
Les visages rieurs de mari et gosses s’alternant, Alix haleta auprès d’une assemblée bigarrée. Au moins Erik ne l’avait pas abandonnée.  Quoiqu’ébouriffé, il insista pour calmer les rescapés. Mrs. Smith était aussi décoiffée que lui mais ne se priva pas de son mot, la belle affaire. Trop, c’était trop, Alix gronda :
 
Fini les chamailleries : on est tous dans la galère, le drakkar ou embarcation, on s’en fiche. C’est marche ou crève ! Nul n’en sait rien. Regardez autour de vous, vous voyez une issue ? Je ne vois qu’un chemin, donc allons-y.
 
Et on marcha encore et encore. Chacun avec ses pensées pas toujours joyeuses, évidemment.
Le boyau suivi se détripla, doute général. Appelez ça comme vous voulez, Alix n’en était pas à sa première prémonition :
 
À droite !
 
Bon an mal an, on obtempéra. Le moine bouddhiste ne réfutant rien, on y alla des « intuitions » de la « veuve ».
Tourner en rond, vous connaissez ? Si pas vous, eux, oui !
Tous les cent mètres, changements. Le labyrinthe de Thésée était de la pacotille à côté de ces enchevêtrements multiples. Intérieurement, Alix rigola :
 
*Notre prochaine fille s’appellera Ariane si on sort indemne de là !*
 
Une échappatoire comme une autre que d’imaginer n’importe quoi. D’autant que le prénom d’Ariana rappellerait par trop de mauvais souvenirs.
La dernière torche mourut bêtement quand un des Vikings heurta un caillou et la lâcha dans le filet d’eau ruisselant à leurs pieds depuis un moment. Des Lumos prirent le relai, la magie fonctionnait encore, au moins ça.  
Megan, qui l’avait curieusement bouclé de longues heures, émit une réflexion pas piquée des vers. D’un coup d’œil, Alix vérifia l’effet de ses dires sur les autres ; même Erik semblait approuver. Allait-elle jouer les trublions alors que les avis positifs tendaient vers la logique ? Ben oui…  
 
… Ecoutez, cela va vous paraître insensé : je ne suis pas d’accord. Certes, ce petit ruisseau coule dans une direction. La raison veut qu’il aboutisse quelque part, une issue quelconque, peut-être le dehors. Il peut tout aussi bien tomber bêtement dans un abîme, se joindre à plus gros que lui, au fleuve qui sait ? Et ça nous amènerait à quoi ? À la case départ ! Je propose qu’au lieu de le descendre, nous le remontions. Après tout n’est-ce pas aussi une source que nous cherchons ?  
 
Belles palabres, contradictions. Lentement mais sûrement la moutarde commença à monter au nez fin de Mrs. De Brent :
 
IL SUFFIT ! tonna-t-elle. Faites comme bon vous semble. Je vais en amont !  
 
Son sac à malice fermement en main, baguette dans l’autre, elle tourna le dos à tous les indécis.
Josh Cromwell et sa ravissante épouse lui emboitèrent le pas ainsi que, finalement, la majorité.  Peu importait qui fermait la marche, elle allait là où son instinct lui disait d’aller.
Ils n’avaient pas cheminé 1 heure sans halte que ça leur tomba dessus insidieusement.
D’abord Alix se crut simplement victime de la fatigue provoquée par cette progression dans la semi clarté du terrain accidenté et restreint. Pourquoi, en effet, se mettait-elle à penser aussi intensément à tout ce qu’elle avait perdu ? La vague de nostalgie, de tristesse commença lentement à lui nouer gorge et tripes.  N’était-ce pas normal après tout d’être déboussolée après une si longue errance ?
Têtue malgré tout, elle ravala ces sentiment et avança ; le ru se remonta. Soudain, en arrière, quelqu’un sanglota puis plusieurs se mirent à geindre. Ces plaintes devinrent vite insupportables aux oreilles de la sorcière jugée si froide par beaucoup. Elle pila sur place, blême.
 
*Oui, oui, c’est cela…*
 
Il fallait abandonner, s’abandonner elle aussi à la douleur. Gémir était lénifiant, libérateur.  
Un coup de feu retentit, l’écho passa sur elle en faisant naître un sourire.  Se retournant, Alix – compatissante – assista  à ce que d’aucun auraient jugé apocalyptique. Pris d’une transe communicative, les uns et les autres accompagnants se sacrifiaient avec soulagement.  On se tailladait, se faisait sauter la cervelle avec bonheur.
 
*Ils ont raison…*
 
Dans son sac, une décoction mortelle, la délivrance des souffrances.  
En proie à une urgence incontrôlable, elle le fouilla. Fiole enfin en main, prête à l’avaler, elle vacilla sous les baffes d’un Tsang fâché :
 
Mauvais ! Très mauvais ! Esprits malsains autour. Toi reprendre toi ou foutus, tous !  
 
Bordel de m***e, qu’est-ce qui lui avait pris de disjoncter ainsi ? Au moins le moine n’avait pas été contaminé. Réveillée, Alix put agir aussi et, à force de claques, en sauva d’eux-mêmes plus d’un.
 
Megan, lâche cette machette !
 
La belle Mrs. Smith résistant furieusement : vlam !
 
De la vingtaine de départ, il n’en resta que moitié.  On souffla un coup non sans crainte.  
 
Tsang, ça émane d’où ce truc qui pousse au suicide ?
 
Le petit homme chauve à la robe safranée râpée haussa les épaules :
 
Murs ? Eau ? Mental ? Tsang ignore.  Partir, on doit.   
 
Je…Erik, Megan, Bulle de protection !  
 
Les survivants se virent ornés d’un Têtenbulle réussi ; la marche reprit.
Avec en compagnie, un beau-frère troublé, une ex-journaliste vindicative, les Cromwell sur les rotules, des gens d’époque révolue, Alix se demandait vraiment s’ils parviendraient au but voulu.  Ce jeu devait cesser et si cela amusait un ou des dieux, tant pis pour eux !
Ce qui devait arriver arriva, on se trouva face à un cul-de-sac.  Tous, sorciers et historiques confondus étaient vannés de chez vanné. Pourtant, d’un commun accord rageur, ils firent front. Bombarda, hache, bâtons, les attaques fissurèrent le mur d’où perlait péniblement le ru. Puis…
 
Ecoutez, cria Alix.
 
Dans le silence suivant on entendit d’autres coups en écho.
 
Il y a quelqu’un de l’autre côté ! Allons-y !
 
Les frappes redoublèrent et, enfin…                       
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Re: Sus à la Forteresse!

Message par John Smith le Mer Oct 14 2015, 08:15

L’Oeil, le Saint des saints, le Naos, baignait dans sa routine.
Elu depuis environ 1 million d’années, le lieutenant Nelkhael était de garde depuis seulement 200.000 h d’affilée ce « jour-là ». Pas facile le boulot d’ « ange », comme certaines confessions aimaient les nommer. Fatigué ? Non. Depuis que le général Vehuhia avait eu une idée tordue, très tordue du reste, on ne s’ennuyait jamais au Naos. Le sursaut soudain de l’ange ne rata pas d’attirer l’attention de ses homologues qui, d’un même mouvement, tournèrent leur capuche sans visage vers le perturbateur de leur propre surveillance.
 
Qu’as-tu Nel ? demanda Haamiah.
 
Venez voir ça ! implora le surpris. Là, là, les lignes…
 
Ben quoi ? riposta le 3ème larron agacé, elles convergent comme l’a voulu Ve.
 
Ce n’est pas ça ! Il y a eu une sorte de flash, un éclair, une fracture, je le jure.  
 

Quoi ??? Encore une ??
 
Cette fois, trois faces aveugles observèrent attentivement l’anomalie reflétée par l’agrandissement d’un point de l’écran géant. L’Oeil par lequel ils régissaient les lignes temporelles humaines n’avait pas raté l’évènement.  
 
Mince, tu as raison, s’épouvanta Kaliel. C’est impossible. Ve avait dit que…
 
Et il faut que ça se passe justement quand il est absent ! s’effara Ha. C’est dû à quoi, selon vous ?
 
Je… je l’ignore, s’anima Nel enclenchant dans la foulée une série de manettes et boutons. Attendez, l’image arrive…
 
Sur un écran plus petit, trois capuches grises se penchèrent avidement.
 
Hummm, fit gravement Ka. Je doute que Ve ait prévu cela.
 
Le jeu va être perturbé, non ? trembla Nel.
 
J’en ai bien peur, souffla Ha. Copie tout depuis le début, s’il te plait. Ve voudra vérifier de A à Z. Je vais le contacter.
 
Non, non, ne fais pas ça. Il va nous accuser d’avoir bousillé la partie en cours. Les retombées seront…
 
On sera puni, c’est certain. Un truc pareil ne peut cependant pas rester sous silence. Ve saura et trouvera la faille. Autrement, il devra le LUI rapporter. Il risque plus gros que nous, crois-moi, frère.  
 
Loin, très loin de là, le vénérable Vehuhia goûtait enfin un peu de paix.  Depuis le temps qu’il aspirait à voir autre chose que des lignes temporelles terrestres danser sous ses yeux, ce repos était amplement mérité. Le système d’Omega offrait des planètes intéressantes en divers points. La 601013 se peuplait d’êtres faciles à bluffer. S’y mêler, y être considéré comme un pacha terrien, n’avait rien de déplaisant. Prendre l’apparence de ces habitants au teint changeant était amusant car, voilà le hic de la Surveillance suprême, l’ennui guettait.  Deux de ses subordonnés lui avaient pas mal cassé les burnes, à condition d’en avoir. Manakiel et Berith… Seigneur qu’il détestait ces dissidents. Dans le fond, il les comprenait puisque eux aussi s’étaient beaucoup emmerdés à leur poste imposé. Que, par jeu, ils créent un type nouveau de planète avait été un splendide divertissement d’autant qu’ils s’étaient pas mal débrouillés en réparant à chaque fois leurs bourdes. Sauf que la dernière en date avait failli déclencher un tel chaos qu’il avait bien fallu sévir. Les pauvres cloches ne s’étaient même pas rendu compte qu’ils avaient intégré leur propre jeu dont ils étaient à présent des pions ordinaires, ou presque. Ve avait beaucoup rigolé quand il avait permis la jonction de deux lignes. Jamais, au grand jamais, personne n’avait osé falsifier les règles ainsi. Lui oui ! Au départ, Manakiel et Berith devaient apprendre l’humilité et cesser d’emmerder ainsi les humains. Puis, Ve devait avouer s’être pris au jeu lui-même.
C’était très amusant de regarder ces insectes se débattre dans les situations invraisemblables créées juste pour eux. Dommage que son congé soit effectif en ce moment mais bah, ses délégués - Nel, Ha et Ka – étaient assez futés pour débrouiller n’importe quelle situation et en ajouter au besoin. Serein, il s’adonnait sans restriction aux câlins de la créature verte aux tentacules roses choisie pour son plaisir tout en piochant négligemment les siens dans divers plats nutritifs à disposition quand un voyant rouge clignota derrière les étranges globes oculaires requis pour l’occasion.
 
*Merde, que me veulent ces enfoirés ?*
 
Sans cesser de fusionner avec la femelle poulpe, il interpella immédiatement ses « anges » :
 
Vous ne pouvez pas me foutre la paix, bandes d’idiots ? À moins d’un cataclysme, je vous préviens que des têtes tomberont !  
 
À l’autre bout de l’univers, on prit son courage à deux mains :
 
Seigneur Ve, pardonnez notre audace. Ça a recommencé.
 
Quoi, qu’est-ce qui a recommencé ?
 
L’incident, la fusion.
 
Une microseconde interloqué, Vehuiha s’emporta :
 
Impossible ! J’ai verrouillé moi-même !  
 
Pourtant, c’est vrai. Nous suivons actuellement un avion identique au premier. Il  approche de la tour des proscrits. Un seul occupant à bord.
 
Abattez-le ! Sur-le-champ !
 
Nous… nous avons essayé. Aucun résultat.
 
Avec un soupir qui ne devait rien aux attentions de son hôtesse octopode, Ve coupa la communication sur un « j’arrive » irrité, cinglant.
 
 
Wow, quel spectacle grandiose ! Erik Nielsen avait beau avoir décrit le phénomène appelé Ginnungagap, le vivre était encore plus extraordinaire que prévu.  À quoi John Smith pourrait-il le comparer ? Un festival d’aurores boréales ? Sincèrement, il ne savait pas mais cela lui sembla coller le mieux entre toutes les manifestations étranges entrevues jusqu’alors. Ébahi dans le tunnel de lumière traversé, il laissa l’avion dériver à son gré. Où l’aurait-il conduit d’ailleurs, puisqu’il ignorait tout de la localisation de ceux qu’il recherchait. Pour les rejoindre, il devait entièrement s’en remettre au « flair » d’une fée toute mignonne, tout ça en se fiant aux paroles d’un étrange bambin : Kieran. L’hallucinant gamin, effrayant sous certains aspects, n’avait paru ressentir aucun doute en affirmant comme si cela allait de soi dans son babil :
 
Toi, va chercher maman, papa et tonton Erik. Ils me manquent trop. Kieran triste sans eux.
 
Pour connaître un peu le caractère du garçonnet particulièrement sensible, John n’avait pas eu d’alternative. On ne pouvait se permettre de contrarier le gosse sous peine de voir des calamités apparaître, donc...
Heureusement, la fée avait répondu présent et affirmé rester à ses côtés même s’il ne la distinguait pas. Vogue la galère ou plutôt vole l’avion d’Erik…
Au bout du tunnel, la magnificence du spectacle cessa brusquement. Le vaillant moteur reprit son ronron, et John put alors voir se dérouler un paysage somme toute banal : il survolait une forêt épaisse, dense, bref un truc énorme peuplé d’arbres costauds.
Quelques minutes de paix ensuite, le jeune homme se crut victime d’hallucination. Oui ou non ne venait-il pas d’apercevoir une forteresse dans les lueurs du soleil ardent ? À tout prendre, il manœuvra le manche à balai pour effectuer une large boucle, histoire de vérifier.  Il n’avait effectivement pas rêvé puisque l’apparition se reforma et dura même à basse altitude. C’était sans doute là que Key avait voulu l’amener sinon pourquoi le moteur se mettrait-il à tousser aussi copieusement ? Sans panique, John chipota les manettes afin de stabiliser l’engin. Néanmoins, le Cessna demeura rétif. Peu après, John se crut en pleine ligne de mire d’une DCA invisible car, à n’en pas douter, on lui tirait dessus.  
 
*Oh, oh…*
 
Il ne voyait pas de traînées d’engins lancés, mais ça éclatait bel et bien alentours. Le doute devint certitude : il devait se poser, mais où ? Il eut beau scruter sous la carlingue, à part la cime des arbres de plus en plus proches, il n’y avait aucun dégagement.  
 
*Tu vas casser du bois…* pensa-t-il en s’arcboutant au manche, dents serrées.
 
Cependant, au lieu du crash redouté, il se produisit une nouvelle anomalie. Sans avertissement, il se retrouva en plein ciel, sans parachute. L’avion s’était volatilisé et lui fonçait en chute libre vers les feuillages.  
 
Qu’est-ce que tu fous, Key !!!
 
Une ultime pensée vers sa Megan chérie et leur fillette adorée, il se prépara à l’impact qui… n’eut pas lieu. Ouvrant des yeux éberlués, John constata reposer indemne sur un tapis moussu relativement confortable.
 
Mer… Merci Key, souffla-t-il un peu étourdi quand même.
 
Remis du choc de la constatation des pouvoirs de la fée, Mr. Smith se releva en tentant de s’orienter. Il avait vu la forteresse d’en haut. Maintenant au sol, il se sentait complètement perdu. Tournant lentement sur lui-même, il essaya de la repérer, en vain.
 
*Tu espérais quoi ? Un panneau de signalisation : forteresse par- là ?* pesta-t-il intérieurement.
 
À la guerre comme à la guerre, il sortit sa baguette intacte et lança un Pointe au Nord. Pourquoi s’étonner ? Sur la paume ouverte, le bois joua les affolés, la belle jambe ! Contraint et forcé, il dû se contenter d’avancer à l’aveuglette, droit devant lui.
Pour être dense, cette forêt l’était : un vrai fouillis de troncs, racines, ronces. Les difficultés de cette marche en zigzag permanent l’éprouvèrent rapidement. De plus, l’atmosphère assez étouffante le desséchait vite. Il râlait et soupirait en s’imaginant bientôt la langue pendante en quête d’une flaque quelconque à lécher. Soudain, un craquement en hauteur l’obligea à lever la tête. Les réflexes jouèrent lui évitant de se prendre un gros sac en pleine poire. Il y avait de quoi être paf car cet objet il l’avait préparé avec soin avant de s’embarquer. Quand il en fit l’inventaire, la totalité de son fourbi y était. Mentalement, il loua Key de lui rendre enfin armes, instruments et provisions de bouche.  Sa soif étanchée, il put se remettre en route plus gaillardement.  
N’ayant aucune idée de l’endroit à gagner, il s’en remit une fois de plus à celle qui veillait.
 
Aïe, ouille ! Bon Dieu, tu pourrais prévenir, Key ! grommela-t-il après une lourde chute dans une crevasse ouverte brusquement sous son pied.
 
Vaille que vaille, il se remit sur pied. Par le peu de clarté issue du dessus, il ne distingua pas grand-chose, juste qu’il se trouvait dans une espèce de boyau souterrain. Gauche ou droite ? Bonne question !  
Son choix fait, la marche reprit. Au moins, c’était assez rectiligne et, grâce à une puissante torche électrique, il évita maints éboulis.  Parfois l’habitude reprenait, il consultait sa montre. En vain, évidemment, les aiguilles étaient bloquées. Combien de temps déambula-t-il ? Aucune idée. Le fait est qu’après une progression semblant infinie, les jambes lourdes, il avait décidé une pause lorsque ses tympans reçurent des informations. Pas de doute, plus en amont, cela avait remué, causé. Le qui autant que le quoi le mirent en alerte. Lampe rangée, baguette d’une main, colt dans l’autre, il entreprit d’avancer mieux qu’un sioux. Très doué à ce sport en temps normal, John savait pouvoir s’approcher sans bruit. C’était sans compter sur de vilaines flaques d’eau qui transpiraient au sol. Flic flac. À l’autre flic, il stoppa net. Plus loin, tout bruit avait cessé également mais l’ouïe fine de John perçut nettement des respirations assez haletantes. Des gens, en amont, l’attendaient.  L’idée de transplaner afin de se retrouver dans leur dos le tenta. Seulement, vu le résultat des pointes au nord et de son Patronus raté… il préféra éviter la sorcellerie. Le bon sens parla par sa voix qu’il éclaircit d’un toussotement :
 
Hey ! Qui va là ?
 
Il se mit en garde au cas où une riposte nourrie répondrait en écho. Au lieu de ça, il entendit un galop joyeux :
 
Ne tire pas. John, John, c’est moi !!
 
L’émotion fut grande, l’accolade aussi. Bien sûr, il y avait longtemps que l’attraction éprouvée pour Mrs Von Falkenberg lui était passée mais John fut enchanté par ces retrouvailles tant espérées.  
 
Meg est là ? s’enquit-il immédiatement après des bisous sonores aux joues.
 
Il avait beau scruter derrière la jeune femme, à part quelques silhouettes connues, il ne la distinguait pas.
 
Non, pas dans ce groupe. Nous avons été séparés d’eux, t’en fais pas, je suis certaine qu’elle va bien, les autres aussi. Viens, Max et Michael sont là, eux.  
 
Bourrades aux épaules de l’un puis de l’autre et, naturellement, un tas de questions suivit la réunion. Outre ses potes, John eut la surprise de découvrir un mélange assez hétéroclite d’historiques aux origines confondues dont un fier légionnaire Romain très partisan du grand Max. S’ajoutaient quelques têtes plus contemporaines d’habitants du fameux village visité par Nielsen, son Opal et les Davenport. Une halte s’imposait afin que tous fassent le point de la situation. Autour d’un feu de camp improvisé, plusieurs rassemblements eurent lieu.  
 
Tu as des nouvelles de chez nous ? Pourquoi es-tu venu seul, au fait ? demanda Ysaline en touillant une tambouille de fortune composée des provisions des uns et des autres.
 
Force fut de leur narrer par le menu son équipée. Lorsqu’il évoqua les conseils de Kieran, Michael se rengorgea. Il avait de quoi. Ce fils qui n’était pas de lui était vraiment une extraordinaire exception. Mais les interrogations allèrent dans les deux sens. John apprit donc les épreuves traversées par les groupes. Il va sans dire que sa déception équivalait celle de Michael quant à l’absence de leurs épouses.
 

Si je pige bien, en gros vous déambulez en aveugle total ? soupira Smith. Je suis navré, je n’ai pas LA solution. Je devais venir, puis… faudra compter sur l’intuition de Kieran et les actes de Key.
 
Là aussi De Brent, un poil agacé, releva ses propos :
 
Si elle t’a accompagné, pourquoi ne se manifeste-t-elle pas plus ? On est là comme des cons à attendre un signe, un miracle !
 
Tu connais Key encore mieux que moi. Elle va, elle vient à sa guise mais nous est toute dévouée sinon je ne serais pas ici pour le raconter.
 
Ysaline, collée à son Max retrouvé récemment après semblait-il une assez longue séparation, intervint :
 
Si je ne m’abuse John, ta présence ici a ou va déclencher un paradoxe…
 
De quoi parlait-elle donc ?
 
Souviens-toi Michael, et toi aussi Max : on a échangé nos places contre celle des historiques. 6 pour 6 et… voilà un 7ème larron. Je vous fiche mon billet que ça va barder… là-haut !  
 
Elle ne pensait pas si bien dire.
 
Déchaîné, Vehuiha déboula dans l’immense salle de l’œil. Ses sbires s‘aplatirent aussitôt mais le général n’en avait cure. Redevenu « ange » similaire aux autres hormis sa toge écarlate, il beugla :
 
Les rapports, vidéos, minutages, vite !
 
Ha, Ka et Nel se plièrent illico aux injonctions. Effleurant d’un doigt un appareil, Ve connut tout de la situation.  
 
Ah… réfléchit-il à haute voix, plus calme. Un pion de plus… inédit, ça !  Quelqu’un a truqué la donne. Ne tremblez pas ainsi, nouilles ! Je sais que vous n’y êtes pour rien. Je crois que nous avons commis une erreur avec ces 6, maintenant 7 pions. On a omis la sorcellerie !
 
Mais nous sommes plus forts que ça. On peut contrer…
 

Nel, mon jeune frère, tu te fourvoies. Si tu avais été en poste depuis aussi longtemps que moi tu saurais que la magie des humains est quasi aussi antique que la nôtre. Elle s’est développée autrement sur une ligne tandis que les parallèles en sont inconscientes.  
 
Brusquement, Ve changea de sujet :
 
Rapport sur Manakiel et Berith ?
 
3 nez invisibles se baissèrent. Nul n’avait cru bon de vérifier où en étaient ceux-là.
Respirant fortement, signe d’exaspération profonde, Ve se retint de fustiger immédiatement ces abrutis. Il se contenta d’enclencher un review qui l’énerva d’avantage. Comment, comment ces deux subalternes osaient-ils s’allier contre l’ordre établi ? Imaginaient-ils s’en tirer d’une pirouette ? Ah non alors !  
 
Procédure urgence N410mille zayO, effet immédiat.  
 
Mais… tenta Ka.
 
Immédiat !
 
Cette fois, ils allaient voir ce qu’ils allaient voir ceux-là ! Privé de tout pouvoir, ils chanteraient sur un autre ton, non mais !
 
Et pour l’excédent, on fait quoi ? se risqua Ha.
 
On attend. Mettez en place les barrages habituels. Evitons à tout prix une rencontre qui…
 

Trop tard, soupira Ka. 7 a joint une des factions.
 
Il ne faut pas, vous m’entendez, pas que les 2 groupes fusionnent. Envoyez les gaz.
 
On l’a fait tout à l’heure, ils s’en sont sortis comme des fleurs. Pas tous, mais…  
 

La lave. Brûlez ces sorciers !
 
Général, frère, excuse-moi je crains que ce soit impossible, osa encore Ha.
 

Pourquoi donc, explique-toi ?
 
Certes, ces étrangers sont maintenant sous notre coupe au même titre que tous les autres sauf que… le 7ème complique tout. La comptabilité ne peut en aucun cas être faussée, je me permets humblement de le rappeler.
 
Zut ! La comptabilité. Ve n’y songeait plus. Il voulait gagner ce jeu stupide, et pour cela, il fallait en éliminer 6 pour faire revenir les historiques partis et gagner sur tous les tableaux. Il apparaissait que les frères sur le terrain pipaient les dés en ressuscitant les morts comme tout un chacun.  De plus, ce 7ème emmerdait vraiment tout le monde puisque tous les accès étaient verrouillés. Comment était-il venu ? Rouvrir serait simple mais signerait…
Autant ne pas y songer.
 
Je… je dois réfléchir. Coupez le jus de Manakiel et de Bérith, envoyez des pièges aux autres pour les ralentir. Je m’immerge.
 
Autour du feu, on palabra beaucoup. Que faire d’autre que d’attendre Key ?
Nerveux, boudeur, De Brent n’était pas d’accord et le traduisait par un mutisme âpre.  Von Falkenberg aussi était plutôt d’avis de foncer. On n’avait pas l’air de comprendre la passivité de Smith qui demeurait assis en grignotant distraitement une patte d’animal dont il préférait ne pas connaître l’origine.  Lui aussi gambergeait mais croyait qu’il valait mieux attendre que de foncer Dieu sait où.  Il fallut en venir au vote.
Comme si tous s’étaient soudain ligués contre lui, John se retrouva quasi le seul à vouloir rester sur place.
 
Reste-là si ça te chante, gronda soudain Michael. La majorité a tranché : on avance !
 
À croire que retrouver Meg t’importe peu, osa ironiser Max.  
 
Je t’interdis… commença Smith en se levant d’un bond.
 
Sans l’intervention d’Ysaline, peut-être y aurait-il eu empoignade.  
Vaincu, John ne put que suivre le mouvement.
Pour errer, ils errèrent. Torches électriques, lumos et flambeaux éclairèrent un longue et pénible cheminement. On ne leur facilitait pas la tâche, loin de là. Des trous s’ouvrirent sous les pas des uns ou des autres, de quoi perdre plusieurs recrues Vikings dont leur chef Ladbrog.
 

Il reviendra, assura Michael. On en revient toujours ! J’en suis la preuve, non ?
 
Mis au courant par Ysaline, John sut que la règle de résurrection était de mise, même pour eux.
 
*Plutôt rassurant…* avait-il pensé sans se départir de l’angoisse créée par ces faits établis. S’il prenait l’envie aux « dieux » de couper cette échappatoire…
 
Parfois, le boyau se ramifia. D’un commun accord, on persévéra tous dans la même direction : mieux valait périr ensemble que séparés.
Plusieurs chausse-trapes furent évitées grâce à l’habileté des sorciers dont les pouvoirs semblaient à nouveau assurés.
Lors d’un regroupement de pause repas, John, sans demander l’avis de personne, osa en douce :
 
Spero Patronum !
 
Avec une immense satisfaction il vit son carcajou se matérialiser.  
 
Situe Megan, Erik et Alix, ordonna-t-il ensuite au carnassier argenté.  
 
L’attente fut brève heureusement. D’aucuns comprirent ce que John avait fabriqué et, sans hésiter cette fois, lui emboîtèrent le pas. Il fallut rebrousser chemin sur 500 mètres et emprunter un boyau que nul n’avait aperçu alors, et pour cause. Sous  un épais tapis de mousse à moitié morte, un passage s’ouvrait.  
 
Au centre de surveillance, l’agitation reprit :
 
Eh merde ! s’ébahit Ka. Ils vont se rejoindre.
 
On réveille Ve ? demanda Nel figé de terreur.
 
Bon sang, rugit Ha. C’est de ta faute Nel. Tu devais arrêter nos frères d’en bas. Le courant passe encore.
 
Mais j’ai fait ce que la procédure dit ! elle est si complexe, inédite que…  
 
Entre deux lignes, des battements d’ailes joyeux prouvaient l’hilarité de leur propriétaire.  Jamais Key ne s’était marrée autant.  Magie ancienne contre ancestrale, elle menait le jeu à présent.  
 
De part et d’autres d’un mur épais, on s’activa.  Poings, pioches s’avérant insuffisant, les sorciers firent reculer les moldus. Un bombarda maxima fut prévu.
 
Ensemble à trois, dit Michael. Un, deux...
 
Berith et son frère eurent une longue, très longue conversation après avoir libéré Michael et Ysaline qui pensaient sans doute avoir filé en douce. Comme s’ils avaient besoin de regarder les gens en face pour savoir ce qu’ils fabriquaient derrière leur dos.
 
Bon, maintenant qu’ils sont partis rejoindre les leurs, que va-t-on faire ? demanda le « démon ». Rien ne correspond à ce que nous avions prévu au départ. Tu as eu au moins raison sur un point : j’ai perdu les pédales en croyant que Lucrèce m’avait été rendue mais qu’elle était soumise à un lavage de cerveau ainsi que nous procédions d’habitude avant qu’ILS s’en mêlent. On était pénards, on ne demandait rien à personne, nous !
 

Tu croyais qu’ils mettraient combien de temps à se rendre compte qu’on avait perdu 6 âmes ? répliqua son frère, agacé. J’avoue que leur intervention est aussi traîtresse qu’inattendue. Tu n’as été sans remarquer l’affaiblissement de nos pouvoirs, je suppose ?
 
Personnellement, j’ai été si « occupé » avec Ysaline, que je n’y ai pas trop fait attention. Je me demande surtout comment rentrer dans les bonnes grâces du général car, à n’en pas douter, il est derrière tout ça.
 
Ve ?? Le plus probable. Je crois qu’il est grand temps d’arranger les choses avec lui.
 
Je ne suis pas d’accord ! s’énerva Berith. Il s’est joué de nous ! Faisons-le payer.
 
Dis plutôt qu’il joue avec nous, ce serait plus juste. On l’a diverti, il s’amuse à sa façon. Tu sais qu’il ne nous porte pas dans son cœur.
 
Encore faudrait-il qu’il en ait un de cœur !
 
Tu en as bien récolté un sans t’en rendre compte !
 
Peuh… fit Berith comme vexé par cette vérité. Mais… imagine un peu ce qu’il adviendrait si on se mettait à aider ces sorciers ? Faudrait quand même pas qu’ils atteignent le Naos.  Là, ça barderait sérieusement pour nous aussi.  
 
Euh… J’ai déjà commencé, je te signale.
 
Ouais, comme toujours : le « bon » Manu ! Toujours prêt à secourir les âmes en détresse !  
 

Tu voulais bien secourir Lucrèce, toi ! Nous ne serions pourtant pas seul à les seconder. Ils ont une alliée assez…*mignonne* étonnante : une fée.
 
Une quoi ? Tu débloques, frangin ! Ça n’existe pas.
 

Je t’assure que si. Elle m’a tenu des propos très… Passons ! Trêve de blabla. Regardons plutôt où ils en sont.
 
Attentifs aux écrans donnant sur les souterrains, leurs traits reflétèrent bientôt une parfaite stupéfaction.
 
Je rêve ou je ne sais plus compter ? Qui c’est celui-là ?
 
Manakiel se gratta la tête. Berith n’hallucinait pas. Un inconnu venait de rallier un des deux groupes.
 
Un coup de Key ! C’est… une idée magnifique.
 
… ?
 
Essaye de piger : 7 pour 6, la donne est inversée. Ces sorciers se sont échangés volontairement contre 6 historiques pour deux bonnes raisons : les protéger mais surtout sauver un gamin.
 
Ah oui. Moi, à leur place, j’aurais cédé le môme !
 
Dis pas de bêtises ! Tu as sauté des lignes dans les dossiers ou en sondant ces gens ou quoi ? Kieran est un démon, un vrai. Il est issu magiquement d’après un reliquat d’un mage noir : Voldemort. Sa nature initiale ne peut être inversée que par un amour indéfectible, une éducation stricte. Il ne trouverait rien de comparable dans nos mondes. J’en viens à me demander pourquoi Ve le voulait… (intense réflexion) Eh merde ! Ecoute, si j’ai raison Ve a fait fort, très fort. Ces gens doivent rentrer, absolument ! Mais là, ça urge. Ils vont se réunir avec un pion de plus ! Va empêcher que ça saute, je fais de même de l’autre côté !  
 
 
Tro… Zut !

John qui, comme la plupart, ne l’avait jamais croisé tomba des nues en retenant son geste de baguette. Là, en plein champ de tir venait d’apparaître un grand gars aux cheveux de geais.   
 

Berith écarte-toi ! l’affronta Ysaline.
 
Max que John et Michael surveillaient de l’œil, ne l’entendit pas ainsi. Il se rua sur l’arrivant, le secouant tel un prunier.  
 
Ainsi c’est vous Berith ? Celui qui a osé…
 
Puissante, la poigne broyait littéralement le larynx du beau diable déjà suffocant. Sans l’intervention musclée de deux sorciers, il y serait passé.
 

Tout doux, suffoqua Berith. J’y suis pour rien moi si on m’a fait croire qu’Ysaline était ma Lucrèce devenue chienne hargneuse.
 
Hargneuse ? s’étonna Max en se tournant vers son épouse.
 
Je te l’ai dit, idiot ! renchérit Ysaline. IL NE S’EST RIEN PASSÉ. Ou si peu que cela n’a aucune importance. Pourquoi intervenez-vous maintenant, Berith ? Ce sont nos amis qui sont de l’autre côté, non ?
 
C’est exact, admit l’autre en se massant la gorge meurtrie. Manu leur parle en ce moment. Il essaye de les convaincre de ne pas commettre une bêtise en faisant un trou dans ce mur.   
 

Ma femme est derrière, je veux la rejoindre et ce n’est pas toi qui m’en empêchera, foi de De Brent !
 
J’en suis, embraya John.  
 
Les traits tordus de ce qui ressemblait fort à de la panique, Berith plongea pour se plaquer au mur incriminé.  
 
NOOON ! Vous ne pigez pas ce qui pourrait se déclencher, ce serait pire que… (il cherchait une comparaison admissible pour ces humains) pire que… Voldemort !  
 
Il marqua un point, les baguettes se baissèrent. Des mines aussi suspicieuses qu’attentives l’observaient à présent.  
 
De l’autre côté, Manakiel freinait des élans similaires. Face à des Erik, Megan et Alix remontés à bloc, il biaisa dans un ultime sursaut de génie :
 
Kieran est la clé, Alix.  
 
*Hein ???*
 
On écouta un récit pas piqué des vers.  
Renouant sa cravate malmenée également, Manu avoua :
 
Pour mon frère et moi qui vous suivons depuis longtemps en chevauchant les lignes que vous avez empruntées, il est apparu clairement un fait singulier…
 
Et mon neveu serait ce fait ? tiqua Nielsen.
 

En effet. Jamais il n’aurait dû naître. C’est une aberration dont l’implantation a requis un attirail de maléfices très dérangeants pour… tous, je ne t’apprends rien, Alix.
 
Haletante, la jeune femme tenta de calmer les battements fous de son cœur, redoutant une sentence implacable. Néanmoins, elle crâna :
 
Aberration ou pas, Kieran est, et restera mon fils et celui de Michael ! Jamais vous ne l’aurez !
 
Oh, rassure-toi, sourit Manu. Ni Berith ni moi n’en voulons.  Mais, selon toute vraisemblance, notre chef oui !
 
POURQUOI ??? rugit Michael à qui Berith tenait des propos identiques.
 
Parce qu’il est le mal incarné, voyons ! L’unique qui puisse abattre notre Unique…  
 
Kieran n’est pas mauvais, cracha Michael avec ferveur, vous vous trompez du tout au tout.
 
Manu et moi nous l’avons compris en vous voyant l’aimer malgré ses origines. Grâce à vous, ce petit aura un avenir serein et… vous aussi. C’est en grande partie pourquoi Manu et moi avons fait alliance.
 
Que craignez-vous exactement ? se risqua Ysaline.  Qu’un bébé usurpe votre Unique ?
 
En quelque sorte, admit Berith. C’est plus complexe que cela mais ça s’en approche. En aucun cas, Kieran ne doit quitter votre giron M ; De Brent. Son élévation au rang de prince des ténèbres serait une catastrophe pour toutes les lignes, et vous n’imaginez pas combien elles sont multiples.
 

Ce qui ne dit toujours pas pourquoi on ne peut pas briser ce mur et retrouver ceux qui nous sont chers, râla John.  
 
Disons que la réunification fausserait la donne surtout depuis que VOUS êtes intervenus.  
 
C’est Kieran lui-même qui m’a conseillé de…
 
Et il a bien fait, croyez-moi !  Si le mur se brise et que vous vous unissez, la partie est perdue.
 
Max, qui s’était tu depuis le frein d’Ysaline, ricana :
 
Si elle est perdue pour vous, on s’en tape ! rendez-nous nos vies, et basta !
 
On s’y emploiera… en temps utile.
 
Emmanuel que peu de choses ébranlaient le fut pourtant face à l’opposition rencontrée. Il biaisa :
 
Megan, Alix, je me doute que ceux derrière cette muraille vous manquent. Cependant, je recommande la patience. Il nous faut un plan ferme avant la réunification définitive.
 
Plouf, sans bruit, Berith apparut près de lui. Assez excité, il lança :
 
Faut que je te dise un truc de ouf, à part.
 
Parle devant tous, on n’a plus rien*ou si peu* à leur cacher.  
 
Si tu y tiens, râla Berith qui adorait les cachotteries. Figure-toi que le 7ème, un certain Smith…
 
JOHN ? Mon John est là ? s’énerva Megan qui s’apprêta illico à frapper le mur.
 
Berith la figea d’un claquement de doigts.
 
Je t’avais dit que c’était une mauvaise idée de parler devant tous. Enfin, ce John affirme qu’il y a eu des retombées chez eux, au 21ème siècle.
 
Sans nommer les personnes atteintes, il narra le vieillissement précoce qui avait sévi.
Ahurissement général. Nielsen et Mrs. De Brent échangèrent un regard alarmé. Futé, même avec peu d’information, Erik réagit, un poil affolé :
 
Il s’agit de ceux qui se sont déjà introduit sur cette ligne, n’est-ce pas ? *Opaline, non, non !!*
 
Pas de panique ! Ils s’en sortent, mentit – pour changer – le beau diable.  Tu piges ce que ça signifie Manu ?
 
Oh que oui, il captait. Ve avait là franchi des limites interdites. De quoi énerver passablement l’Unique s’il était au courant. La seule façon d’empêcher ce désastre…  
 
Le Naos ? suggéra-t-il à son frère qui suivait ses décours internes.  
 
Ouaip ! On va y aller. Nous aussi on a des comptes à régler. Tu diriges quel groupe ? Sans trop insister, j’aimerais guider celui d’Ysaline sauf que son Max m’encadre pas trop…
 
Vu le massage de sa gorge encore douloureuse sans doute, Manu agréa.
 
Ok, on inverse. Mesdames, messieurs, mon frère se charge de vous.  
 
Hey ! Pas tout le monde, t’es fou !
 
Un claquement de doigt endormit tous les historiques présents de part et d’autre.  
 
Voir tomber des gens comme des mouches autour d’eux surprit fortement les Von Falkenberg, Michael et John. Ne restaient debout qu’eux et les contemporains de l’autre ligne.  
 
Le salaud a descendu les historiques, gronda Max.
 
Non, dénigrèrent en même temps De Brent et Ysaline.
 
Sont juste endormis, confirma John après avoir palpé les « dépouilles ».
 
Effectivement, leur sourit un nouvel arrivant que Mrs. Von Falkenberg identifia comme Manakiel. Mon frère s’occupe des autres à côté, il.. ; oui, oui Michael : elle va bien, ils vont tous bien.
 
Un résumé de la situation plus tard, que faire d’autre que de suivre ce guide au costume immaculé ?  
 
Près de l’Oeil, la larme coulait presque. Nel, Ha et Ka patouillaient des pinceaux dans leurs tentatives de freinage. Au comble de l’énervement, Ha apostropha ses frères :
 
Ils parent chaque attaque ! C’est inconcevable. Es-tu certain d’avoir expédié le gaz hilarant, Nel ?
 
Absolument ! C’est pas parce que je suis le plus « jeune » que j’ignore la technique des pièges. Ka a lancé les abeilles, et rien de rien !  
 
Cela tournait au cauchemar ! Et Ve que l’on ne parvenait pas à réveiller. Pourquoi rien ne fonctionnait ? D’ici un moment, ces gens – sous la houlette de deux des leurs – parviendraient au point de non-retour…
 
Désolé, mes frères, soupira Ha. Ka, fais-le !
 
Les doigts informes et gris tremblèrent vers une commande rouge.
 
NOOONNN, rugit une voix derrière eux.
 
 
C’est une idée ou ce « diable » a la trouille ? souffla Alix à son beau-frère.
 
Meg qui n’en ratait pas une, admit remarquer aussi le trouble grandissant de Berith.
 
On doit approcher du pivot dont il a parlé tantôt. Tenons-nous prêts.   
 
Ils marchaient depuis un temps qui leur semblait infini. Le choix de ce mode de déplacement en avait fait râler plus d’un, le démon en premier. Il fallait croire que l’accès au saint de Saints ne pouvait avoir lieu qu’après une sorte de chemin expiatoire, manière comme une autre de faire cogiter les pénitents.  Pour gamberger tous le firent à leur rythme et suppositions. S’agissait-il d’un piège ultime ou une réelle nécessité ? Allait-on vraiment les libérer ou avançaient-ils direct dans la gueule du loup ?
Des pièges, il y en eut, non des moindres. Erik se souviendrait longtemps de ces hyménoptères au dard énorme qu’ils eurent à affronter, de même que d’être presque mort de rire sous l’effet d’une hilarité irrépressible.  Avec la lave, ça avait chauffé mais peu en comparaison avec l’invasion de la myriade de puces déchaînées. Un calme, à la fois rassurant et inquiétant, avait suivi. Seraient-ils à bout de munitions ? Ou alors, le pire restait à venir.  Avoir échappé à tout tenait du miracle, pas à dire.
Le point visé fut atteint.
 
Manu, exténué, rassembla ses brebis près de lui, sachant que de son côté son frère faisait pareil.  
 
On a eu chaud, non ? tenta-t-il de plaisanter.
 
L’enfer, j’y ai déjà fait un tour avec ma femme, ricana Michael. Cette coulée était du gâteau à côté.  On y est oui ou non ?  
 
Énervé n’était pas le mot. Pressé serait mieux. Il n’avait, comme tous, qu’une hâte : filer.
 
Las, Manu acquiesça.
Ils abordaient enfin un changement de décor. Fini les boyaux traîtres, le sol inégal. Vive un large dégagement arrondi, plan, baigné d’une vive clarté issue des murs eux-mêmes. Au centre de l’esplanade, un… socle ?
 
*Une plaque* pensa De Brent en alerte. *Différente de celles de là-bas mais une plaque.*
 
Tu as raison, Michael, consentit Manu. Montons, s’il vous plait.
 
Il sembla réfléchi. Peut-être recevait-il des directives de son frère, ou l’inverse ?
À son signal, tous obéirent.
Au-dessus d’eux, un dôme jusque-là invisible descendit lentement pour les englober tous.
Les battements de cœur s’accélérèrent. S’il s’agissait d’un nouveau piège, ils étaient bel et bien dans la même galère.
 
Ysaline se souda à Max. Leurs yeux reflétaient une crainte identique mêlée d’un espoir fou. L’illumination grandiose qui les aveugla soudain ne dura qu’un battement de cil.
 
Lâchant les pouces aux tempes, doigts sur les paupières, Meg chercha des repères. Que s’était-il passé ? Aucune sensation de déplacement ne l’avait dérangée mais le caléidoscope de sons et couleurs oui. Peu à peu, l’organisme se rétablit et, bientôt, elle se retrouva contre un corps reconnu entre mille :
 
John, John, c’est toi ?  
 
Qui voudrais-tu d’autre, rigola son époux.  
 
Autour d’eux de similaires étreintes avaient lieu. Tape aux épaules, baisers foudroyants, on fêta la réunification.
 
Hum, hum, toussota une voix sépulcrale proche. Cessez vos mièvreries humaines, s’il vous plait. L’heure est grave.  
 
D’un bloc, ils firent front.
 
*Qui c’est cet empêcheur de tourner en rond ?* s’irrita Alix qui n’aurait aurait bien prolongé un peu – voire indéfiniment - ses retrouvailles avec son chéri.
 
Quoique dociles, les sorciers n’en furent pas moins sur leurs gardes. Ils virent Manu et Berith s’avancer vers la chose écarlate sans visage, plier le tronc en soumission, adopter une attitude révérencieuse.
 
*C’est ça le grand manitou ?* pensa Meg, déçue.  
 
Si elle avait escompté sur l’apparition d’un grand barbu aux poils blancs sur un trône doré, raté. Là, ce « mec » en toge rouge, tout étrange qu’il soit, se tenait droit sur une mince estrade flanquée de sbires grisâtres.  
Un long silence s’étendit. Qui allait démarrer les hostilités ?  Ve sembla grandir d’un coup :
 
VOUS, vous avez osé défier l’indéfiable ! Vous n’en sortirez pas !  
 
Si vous étiez si fortiche que ça, on serait cuits depuis longtemps, ricana Michael insensible au coup de coude de sa femme.
 
Vous deux, dit-il en s’adressant aux frères ennemis, votre disgrâce marquera à jamais les anales immémoriales de nos mondes !
 

Je ne vois pas pourquoi ils trinqueraient et pas vous qui avez été incapable de régler notre cas ! osa Max.  
 

Si je ne m’abuse, en rajouta une couche Erik se fiant à ses talents d’avocats, beaucoup de manquements de votre part sont à l’origine de ce confit.  
 
Des oreilles attentives ne ratèrent pas une sorte de déglutition pénible.
 

Fère Ve, dit alors Manu plus assuré que quelques secondes avant : tu as perdu. On a tous perdu, nous qui nous pensions au-dessus des contingences. Tu dois l’admettre, ce sont les règles de tous les jeux depuis la nuit des temps : on perd, on paie.
 
Invisible, perchée sur une poutre, Key était sans doute la seule à se marrer vraiment. Elle suivit les débats âpres se déroulant sous elle avec attention et humour.  Flairant néanmoins l’animosité grandissante de Ve, elle ne résista plus à se manifester surtout qu’il venait de déclarer une sentence implacable à l’encontre de ses protégés.
 
Gling, gling
 
 Hey, ho ! Salutations, général Ve ! C’est quoi ces menaces de mort imminente ? Auriez-vous négligé un certain bouton ?
 
L’apparition scintillante mutine et pétillante déclencha diverses réactions.  Sursaut, peur, ravissement, rien ne manquait. Assez fière sans en perdre la tête, Key papillonna autour d’une commande rouge.
 
Dire qu’il suffirait d’une geste, une chiquenaude pour qu’IL soit au courant. Est-ce cela que vous désirez, général ? Voir ses comptes exposés n’a jamais agrée quiconque. J’ai mieux à vous proposer.
 
VE se grandit encore. Il tonna sans équivoque sur son irritation :
 
J’ignore ce que vous êtes, mais vous allez disparaître, vous fondre dans l’infini, à jamais.  
 
Essayez donc, si ça vous amuse, car c’est bien de ça qu’il s’agit, non ? Un jeu ! Un jeu stupide aux implications que vous n’aviez même pas entrevues ! Ah, vous vouliez vous allier un démon, le commander, et usurper un trône ? Pensez-vous qu’Il en sera ravi une fois au courant ? Allez-y, descendez-moi, et vous connaîtrez plus de tourments que ceux imaginés pour mes protégés.
 
Je… balbutia soudain VE, je vous interdis de…
 
Tatata, on n’interdit rien à une fée fantasque.  Voulez-vous qu’IL soit mis au parfum ou préférez-vous la reddition sous conditions ?  
 
Dans les rangs en retrait, on serra les coudes. Key arriverait-elle à ses fins ?
 
Con… Con… ditions ? Lesquelles ? demanda Ve en chevrotant légèrement.
 
Rien de bien compliqué ! Vous remettez les pendules à zéro, n’embêtez plus mes protégés, et je n’appuierai pas le bouton qui vous terrifie tant, rigola Key en lançant des micro-éclairs vers le pressoir si tentant.
 
Ok, ok…
 
Oui, Key est bien mon nom, s’esclaffa-t-elle. Ils rentrent chez eux et vous les oubliez. Aussi facile que ça. Nul n’entendra…
 
Pardon fillette, osa interrompre Michael. Chez nous, il y a des gens auxquels nous tenons !
 
Oui, renchérirent les autres. Les historiques soustraits !
 
Puis, dit Cromwell en serrant la main de son épouse, nous aussi nous n’avons pas demandé d’être là !
 
Le tôlé devint général. Tous à leurs revendications légitimes, cela créa un beau brouhaha. Dans leur coin, Berith et Emmanuel baissèrent un nez coupable.  
 
Si vous le permettez vénérable général, nous arrangerons ça.
 
PAS QUESTION ! VOS SOTTISES, J’EN AI SOUPÉ !
 
Marcherait ou marcherait pas ? Erik tenta le coup de la persuasion dans laquelle il excellait :
 
Laissez le choix à tous ! Ceux qui voudront réintégrer leur ligne iront où bon leur semble, les autres resteront. Laissez-les vivre, procréer si leur cœur leur en dit ; tout sera dit !
 
Le silence suivant en dit assez long sur les débats internes. Nul ne pipa mot se contentant d’échanger des regards mitigés. Enfin, Ve s’éclaircit la voix :
 
Nul, ça vous va ? Pas un mot en haut lieu et… vous aurez la paix, tous.
 
Kieran compris ? insista Michael.
 
Devant les mines pleines d’espoir, Ve conclut :
 
Amen !    
 
En s’étirant, John grimaça. Il avait mal partout, pourquoi ? Bah ! Il se sentait en pleine forme. À ses côtés, sa délicieuse épouse remua un peu; il l’enlaça aussitôt doucement :
 

Il fait grand jour. Lizzie n’a pas encore crié ?
 
Meg grommelant quelque chose d’incompréhensible, Smith lui plaqua un bisou au sommet du crâne puis se leva avec légèreté pour jeter un œil derrière les fins rideaux de   la chambre. Tiens, ils étaient en Australie ? Du pourquoi il se ficha. Par l’interphone, des appels chantaient…
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