Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

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Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Erik Nielsen le Sam Oct 31 2015, 23:42

*La vie est belle !*
 
Voilà ce que pensait Erik Nielsen en rentrant chez lui après 7 jours d’absences. Autant qu’il le pouvait, il entrait tous les soirs que Dieu faisait mais parfois, la volonté propre ne suffit pas surtout quand on est quelqu’un d’aussi diversifié.  Question boulot, la médecine primait. Omnipraticien la plupart du temps, chef de clinique, directeur des antennes régionales, il était aussi médicomage reconnu, avocat à l’occasion, parfois cuistot, mais aussi – et surtout -  papa.  La famille comptait énormément pour lui, encore plus depuis qu’elle s’était agrandie.  La tête d’Opal avait valu le coup, la sienne encore plus, à l’annonce de l’heureux événement. Au moins cette fois ce ne seraient pas des jumeaux mais une seule fille. Erik n’aurait pas détesté en avoir 2 d’un coup quoique, à tout prendre, Caroline, Clothilde Nielsen les dépassait en nombre…  Quel caractère, cette gamine !  Pauvre Opaline, elle qui avait tant souhaité hériter d’un ange semblable à Vic Davenport… plutôt raté. Néanmoins, on l’aimait énormément cette petite peste. Sans le contrôle sévère du couple elfique, Merlin sait comment Opal s’en serait sortie pour élever un tel trio de gosses ! 
 
Ça lui passera, elle s’adoucira, ne cessait de répéter Erik dont la patience n’était plus à prouver dans bien des domaines.
 
Opaline chérie paraissait parfois si prête d’exploser qu’il se sentait, lui, décomposé, nul face à la vitalité engendrée. Il est vrai qu’outre maman, son épouse était également une restauratrice de premier ordre. L’établissement de départ avait vite été saturé, on avait agrandi un peu sans tomber dans la démesure ni l’international. De temps à autre, Opal acceptait de déléguer ses casseroles à l’un ou l’autre chef talentueux afin de créer un break en famille.  Il faisait de même. Ainsi, ils pouvaient visiter des amis, changer de décor, elle principalement. Cependant, il faut avouer que subir le trio les laissait quasi plus fatigués qu’un mois à trimer sans pause.
 
Il rentrait donc d’un séjour à Melbourne où il avait été assigné en jury d’assise. Le procès n’aurait dû en durer que 2 sauf qu’Erik n’avait pu s’empêcher de relever diverses anomalies qui avaient prolongé les débats. Heureux, oui, il l’était. Fou de joie de rentrer même si iI s’attendait à quelques reproches en raison de sa longue désertion. Il se mettait parfaitement à la place de son épouse qui avait dû, à elle seule, affronter les louveteaux déchaînés. Selon les nouvelles échangées chaque soir, Erik pensait qu’elle avait dû exagérer un peu sur les méfaits de Caro, m’enfin… c’était de bonne guerre.          
 
Eh, oh ! Papa est là !!  
 
Une cavalcade endiablée répondit avec de « papa » rieurs. Nick et Matt étaient un peu grands pour être soulevés à bras le corps. On se contenta d’embrassades joyeuses tandis que Caroline, croulant sous les baisers en hauteur demanda illico :
 
Qu’est-ce que tu m’as rapporté ?  
 
D’un claquement de doigts, les paquets affluèrent. Tous seraient comblés mais… :
 
Où est maman ? On est pourtant fermés le mercredi... 
 
On est jeudi, p’pa ! dit Matt.  
 
Tu peux aller en cuisine. On prépare la boîte à pharmacie, rigola son frère.
 
Ah bon ? Il risquait donc la poêle à frire, comme l’unique fois où il avait raté un anniversaire ?  
Il tenta de se rassurer, en se disant que Nick exagérait sûrement d’autant que fleurs et petit bijou seraient là en renfort d’excuses.  
Comme prévu, il la trouva telle une abeille affairée en train de diligenter ses gens goûtant çà et là les sauces, surveillant toute son organisation.  
 
Madame, m’sieur est là, annonça le gâte-sauce mi-figue mi-raisin.  
 
N’en tenant aucun compte, Opal poursuivit ses inspections. Les œillades reçues le mirent très au parfum : ça chauffait pour son matricule.
 
Ma chérie… commença-t-il en s’avançant vers la patronne revêche.
 
Elle accepta son bisou sur la tempe en se détournant à peine, le mettant immédiatement dans le circuit. Jamais Erik ne rechignait même en étant commandé comme un subalterne de bas étage. Peut-être pour la toute première fois en éprouva-t-il un léger agacement ? À peine un très léger froncement de sourcils ensuite, il enfilait un tablier et obtempérait.
Vaquer à la plonge, franchement, il se serait senti plus utile aux fourneaux ou même en salle. Enfin… si c’était là sa seule punition…  
Que d’heures d’activités intenses ! Souvent, il guetta un clin d’œil complice, un sourire… rien.  Il aurait été le dernier de la chiourme que cela aurait été pareil.  
Enfin, on ferma boutique. Selon le rituel Madame raccompagna les derniers clients, boucla derrière eux puis remercia ses gens pour s’occuper elle-même de vaisselle et remise en ordre.
Erik attendait toujours un signe qui ne venait pas. Ce qui ne l’empêcha pas de se mêler au concert magique de récurage des lieux. Un merci, une risette ? Même pas. Là, Erik ferma les yeux trois secondes.  Etait-ce la fatigue de la journée subie ? Peu importe. Il brisa là. Dénouant son tablier avec un soupçon de rage, il le jeta au linge sale, haussa les épaules et sortit.
Un pur feu plus tard dans leur douillet salon, il contempla sans les voir les bûches inutiles de la cheminée. L’été commençait, c’était dommage de ne plus avoir à rester au coin du feu.  
Il était passé embrasser les têtes blondes en rassurant à moitié ses aînés :
 
J’ai encore une tête mais si ça gueule trop appelez les secours !
 
Alors qu’il fixait l’âtre éteint, elle apparut enfin. Dieu qu’elle était belle ! Pas à dire, la maturité lui seyait mieux qu’un gant. Pas un fil gris ne teintait sa chevelure abondante, si ridules il y avait, il ne les voyait pas.  Elle était radieuse… autant que Némésis devait l’être quand en colère.  
 
Bon… bonjour quand même se décida-t-il à l’ouvrir.  Tu m’as manqué, tu sais, vous m’avez tous manqué !
 
Silence orageux. Soupir. Plaider à cette heure ? Puisqu’il le fallait…  
 
J’admets que j’aurais pu éviter de me mêler de ce cas. Tu aurais laissé un innocent se faire massacrer, toi ? Car oui, le gars n’est pas coupable.  On a délibéré 4 jours complets, tu te rends compte ?  4 jours pour retourner un jury braqué sur des futilités voire de fausses preuves. Je ne pouvais pas laisser faire ça ! Si tu juges être lésée, pardon.  En tout cas la maison n’a pas flambé et les gosses se portent comme des charmes. Merci de t’en être si bien chargée. Sur ce, bonne nuit !
 
Sans trop savoir  pourquoi il était si las, il la planta brusquement là. La main sur la porte, il se retourna :
 
Ah, j’allais oublier.. 
 
D’un geste, apparurent immense bouquet de fleurs et un écrin.
 
Il referma la porte sans regarder ce qu’elle ferait de ses présents.
La chambre d’amis le reçut tel un étranger. Il est vrai qu’en plus de 10 ans de vie commune, il n’avait guère eu souvent à la fréquenter.  Une douche rapide, calmé, il attendit un moment avant, de guerre lasse, sombrer dans un sommeil bien mérité.  
 
Papa, papa, debout ! le secoua vivement Nick.
 
Quoi ? y’a l’feu ? demanda-t-il vaseux en se frottant les yeux.
 
On va au chemin de traverse ! La rentrée est dans 1 mois, t’as oublié ?
 
Eh oui, il avait complètement zappé ce fait prévu de longue date.  Se levant lourdement, il risqua :
 
Comment est maman ?
 
Elle n’a pas encore téléphoné au croque-mort. Descends vite.  
 
Maussade, il fit sa toilette puis se rendit à pas de loup à la cuisine où un petit déjeuner l’attendait quand même sur la table.  Avidement, il avala son café chaud et dut se servir le second. Manifestement, la dame aux fourneaux n’avait pas encore enterré la hache de guerre.  Allez, une fois de plus, il devait faire le premier pas, même s’il ne se sentait coupable en rien.  Tasse vidée, il osa s’approcher du dos obstiné, passa ses bras autour de la fine taille et embrassa un cou gracile :
 
Fais pas cette tête, je suis là maintenant !  Tu boudes pourquoi au fait ? Mon retard ? Tu sais que si j’avais pu…
 
Ouf, elle céda en se tournant vers lui, lui offrant un minois mitigé de rancune et de peine. Il est des moments bénis des dieux.  Un baiser suffit parfois pour ouvrir les portes du paradis.  
 
La virée au chemin de Traverse se passa… comme prévu dans la joyeuse bousculade des marmailles en goguette préscolaire.  Courir ici, là, retenir Caroline, menacer les jumeaux de mille sévices et… rencontrer la famille ! Pas à dire, Michael encaissait durement les aléas de sa vie à lui. D’autant qu’Alix ne lui menait pas facile non plus. Une cassure entre eux ? Non ! Erik en avait parfois parlé avec Opal, une telle situation était totalement inconcevable.  La naissance de la petite Clara n’était sans doute pas étrangère au « malaise » des époux.  Puis Michael s’éclipsait souvent, lui aussi…
 
*On se ressemble décidément beaucoup !*
 
Il fallut un moment se séparer des épouses et des petites filles tandis que leurs aînés faisaient leurs emplettes particulières. Entre frères, ils partageaient tant ! D’un commun accord, ils repassèrent au chaudron baveur en attendant leurs familles respectives. Autour d’un double pur feu, la conversation roula comme il se devait. On s’informa des santés, des professions, sans trop toucher à l’intimité. Pourtant, en tant que parrain, Erik dut poser des questions sur son filleul :
 
Kieran prend tout ça comment ? Je parie que très bien, du moins en apparence.  Et toi, vieux ? Ça baigne ?  
 
Michael ne cacha pas ses appréhensions sur cette entrée mais son frère remarqua aussi une certaine réticence à aborder Poudlard. Il semblait un peu sur les nerfs. Erik soupira :
 
Alix ? On est vernis avec nos épouses mais parfois… pfff, pas facile, hein ?  
 
Bingo ! Nielsen avait tapé juste.  De confidences mesurées en sous-entendus, l’un comme l’autre étaient d’accord : les femmes, c’est compliqué.
 
J’ignore ce qu’Opal me reproche au juste.  Tu crois que ce sont les hormones ?
 
Michael faillit s’écrouler de rire et s’étouffer avec sa gorgée d’alcool par la même occasion.
 
… Ouais, c’est moi le toubib. Désolé de poser des questions idiotes mais avec elle suis sourd, chèvre ; je pige rien.  
 
Ils convinrent que les années de mariage ne signifiaient pas nécessairement entente au quart de tour et trinquèrent en se souhaitant un futur bon mois d’avant rentrée.  
 
Cela passa ultra vite. Durant toute cette période, Opal sembla heureuse et aussi mystérieuse.  Impossible de lui faire cracher le morceau sans recourir à la magie, méthode proscrite entre époux. De son côté, Erik s’arrangea au mieux pour signer présent le plus possible mais, évidemment, l’intendance le réclamait un peu partout sans compter la multitude d’appels qu’il recevait quotidiennement. Il en venait à s’enfermer parfois plusieurs heures d’affilée dans son bureau, de quoi agacer une certaine Opaline chérie. Sous prétexte de boulot – pas entièrement faux, du reste – Erik s’était vu embarquer dans une drôle d’embrouille concernant son frangin.  Il avait eu beau l’interroger, Michael lui avait juste recommandé le silence sur leurs agissements. Pensant qu’il s’agissait encore d’une de ces missions très secrètes dont Michal taisait la teneur, Erik lui avait concocté un polynectar très particulier. Ce qu’il en ferait… ?  
Vint le quai 9 ¾ le 1er septembre.  Si une fiole s’échangea, seuls les complices le surent. Par sécurité, Caroline ne fut pas de la partie, mais, parti sans fille, Erik revint avec une nièce.  Opal refusa de donner des détails là-dessus. Ils hébergeraient Clara, un point c’est tout.  De quoi se poser bien des questions sans réponses.
Les Nielsen étaient anxieux malgré leurs airs bonaces.  Qu’allait-il se passer à Poudlard ? Il en avait fallu des heures d’endoctrinement aux jumeaux pour qu’ils captent l’importance de leur seconde mission. Outre de réussir leurs études, ils devaient – comme tous là-bas – s’assurer à ce que rien de fâcheux n’advienne à Kieran, le cousin particulier.  On verrait ce que cela donnerait.  
Clara était une enfant calme et posée, pas trop dégourdie, tout l’opposé de Caroline. Au moins, les cousines s’entendant bien, les parents Nielsen espérèrent qu’un long séjour chez eux les influencerait positivement l’une comme l’autre. Là aussi, le doute était de mise.
Au retour de Londres, on s’organisa.  Erik dut promettre de reporter des interventions mineures, de renoncer aux plaidoiries, etc. Il admit sans grogne selon son habitude, quoiqu’un poil rétif, enfin si peu. Un horaire fut établi avec Opal. Il devait veiller sur les filles le matin jusque 10h puis était libre jusque 15h, heure à laquelle le chef coq n’avait plus une minute pour veiller au confort de ses clients. Clara étant une perle à laquelle rien ne devait arriver, les elfes n’entraient en compte qu’en dernier recours. Les filles devaient être au lit à 21h, ensuite libre à Erik d’aider en cuisine ou de suivre ses patients, ce qu’il pouvait également effectuer durant la journée via délégation.  
Cette mise aux travaux « forcés » ne gênait pas réellement le toubib. Seule, la façon autoritaire de régenter les choses le coinçait un peu aux entournures.  Il aurait sans doute plus râlé s’il n’y avait eu la joie de côtoyer deux gamines pétillantes.  Parfois, Opaline déboulait sans crier gare pour se mêler à leurs jeux. Que de bons moments alors ! Trop rares, hélas.  
Cet après-midi- là, il était à la piscine, surveillant Clara et Caro en train d’asperger le gros, l’énorme toutou malinois de la famille quand son portable vibra. Il jeta un œil au nom de l’appelant et, contrairement à la coutume, il suspendit le rejet d’appel.  Petra Larsson, encore ? Quelle enquiquineuse cette femme croisée à Melbourne! D’origine suédoise, elle avait entamé un tour du monde en payant ses déplacements avec des petits boulots. Lorsqu’il était descendu au bar de son hôtel histoire de se changer les idées sur l’affaire en cours qui se terminerait le lendemain, elle débarrassait les tables.  Par le plus pur des hasards, un client n’avait rien trouvé de mieux que d’avaler de travers une cacahuète. Par réflexe, alors que les consommateurs restaient inertes, Erik avait simplement eu le bon geste. Une pression sous le diaphragme plus tard, le gars respirait normalement.  Cette efficacité lui avait valu félicitations et beaucoup d’admiration de la plupart des assistants, dont Petra.  Une chose, en entraînant une autre, ils avaient conversé gentiment d’autant que la jeune femme finissait son service.  Que lui avait-il raconté ? Il aurait été incapable de s’en rappeler au mot près. Dans l’ensemble, il n’avait dû relater que des banalités. Mais, à peine rentré chez lui, elle avait sonné. Curieux, car il l’avait déjà oubliée, il avait répondu. Bon, il est très agréable de faire forte impression, mais quand même pas à ce point. Elle le félicitait encore, pensait rester encore dans le environs, etc. Il lui avait souhaité tout le bonheur du monde et aurait bien voulu ne plus y penser sauf que la belle compatriote devait être sourde. Les appels se succédèrent sans qu’il y réponde sauf une ultime fois où il pensait avoir été très clair : elle devait cesser ce jeu.  Elle n’avait manifestement pas tenu une semaine puisque là, encore, elle récidivait. Assez irrité, il prit l’appel :
 
Petra ? Je croyais vous avoir signifié que…

Je sais mais c’est pour une urgence, Erik...
 
Elle lui narra un tel tableau qu’il fronça les sourcils. Le cas avait l’air sérieux.  Elle insistait, lui rappelant avoir déjà évoqué ces maux lors de leur soirée. Bizarre, lui ne se souvenait de rien de cet ordre. De guerre lasse, il soupira :
 
Je connais une éminence sur place qui…

Mince, elle n’était plus à Melbourne mais à deux pas de là, ou presque.  
 
Appelez mon confrère, le docteur Barton qui… Non ! Je ne peux pas aller chez vous, c’est impossible actuellement. Voici son numéro, prenez de quoi noter…

Il avait coupé sèchement estimant avoir fait ce qu’il fallait mais pour quelqu’un d’aussi consciencieux, le tracas demeura. Fréquemment, durant le reste de la journée, il repensa à cet appel ce qui se traduisit par des « pannes » d’attention. Il avait de quoi gamberger, du reste. Opal devait savoir où se trouvait Alix mais restait muette là-dessus tout comme il continua à taire ce qu’il avait fabriqué pour Michael. Ce dernier, du reste, n’avait téléphoné qu’une seule fois dans la semaine et il avait fallu mentir en prétextant qu’il tombait mal, que ses filles étaient absentes, etc. Cela ajouté à Pétra, il était dans le pétrin au point qu’il en oublia la plus élémentaires des prudences. Ce ne fut qu’une bêtise de plus à l’actif des cousines l’idée de cuire des marshmallows à la bougie dans leur chambre.  Cris et fumées l’avaient faire sauter du fauteuil où il ruminait à 20h 30.  En un tour de baguette, le désastre fut enraillé ; la frousse, elle, mit plus de temps à se dissiper. Les filles enfin endormie après d’inlassables histoires sur les vampires et loup-garou, il céda volontiers le relai nocturne à ses elfes.  
Seul en bas, il rumina, plus inquiet qu’il ne l’aurait souhaité au sujet de Petra.  Un coup de fil ? Après tout quoi de plus normal ?  Ne recevant aucun écho, l’anxiété monta d’un cran.  Ni une ni deux, il téléphona à son confrère :
 
Thomas, bonsoir. Excuse-moi de te déranger si tard. Oui, ici tout va bien… oui, ma nièce est là encore un bon bout de temps… je sais que ça perturbe l’organisation mais tu sais que la famille c’est sacré. Dis, par hasard, est-ce que tu as reçu un appel de Miss Larsson ?... Non, pas une patiente habituelle, une nouvelle que je n’ai pas pu visiter et à qui je t’ai recommandé…
 
Zut ! Elle ne l’avait pas sonné. Il s’excusa encore, gambergea quelques instants puis, rageur, cria aux elfes :
 
Je sors !
 
La route était belle jusqu’à( ?) il connaissait le coin et trouva facilement l’adresse du pavillon que Petra lui avait indiqué en pensant qu’il allait venir de suite. Il s’agissait plus d’un cabanon, un de ceux occupé par les journaliers au moment de la tonte lorsque la main d’œuvre manquait.  Celui-là appartenait aux Lynch, gros fermiers du comté. Assez en dehors du corps central, il était parfois aussi loué à des touristes aventuriers.  La Jeep freina devant la petite habitation où nulle lumière ne filtrait.  
 
*Si ça tombe, elle roupille sagement…*
 
Puisqu’il était sur place, autant vérifier.  Il sonna, frappa le panneau de l’entrée : pas de réponse, aucun bruit, aucune lumière.  Pas à un Alohomora près, Erik se devait de vérifier. S’il était surpris en flagrant délit d’intrusion, il prétendrait que la porte n’était pas fermée.  
Entrant à pas de loup, il hésita un peu à donner de la voix ou de l’éclairage mais, finalement, il appela :
 
Petra ! Petra vous êtes-là ?
 
Il accompagna ces mots d’une nouvelle frappe à la porte pour un résultat aussi nul qu’avant.  Cette fois, il tâtonna et trouva le commutateur.  Aussitôt la pièce vivement illuminée, et sursauta.  Face contre terre à quelques pas de lui, s’étendait un corps inerte. En une seconde, il fut sur lui, retournant la jeune femme, démêlant la tignasse blonde pour examiner des traits blafards. À l’effroi, succédèrent les gestes médicaux précis. Pouls faible, narines pincées, bleuissement des extrémités.  Tous les signes de l’hypoxie étaient présents. Leurs causes pouvaient être multiples mais il se pencherait là-dessus plus tard. Puisque personne n’était témoin, il appliqua un revigor qui fit tressaillir Petra violemment.  La respiration s’amplifiant, bientôt la patiente toussa. Aussitôt, Erik entama un examen sommaire avec sa baguette. Ce n’était pas bon du tout. Quasi certain de son diagnostic, il aurait pu de suite commencer les soins. L’ennui est que Petra avait consulté ailleurs et, de ce fait, il existait des preuves de son état antérieur. Il n’allait pas tout effacer ainsi par magie, impossible. Doc, après pose d’une perfusion et un stimulant, il restait deux alternatives :   ou il demandait le transport aérien, ou il conduisait lui-même. Bien sûr transplaner aurait été plus direct mais…  
Chargeant son fardeau qui s’évanouissait encore par intermittence, Erik l’attacha à l’arrière de la Jeep. Dire qu’il roula comme s’il disputait le grand prix de formule 1 est faible en comparaison aux prouesses multipliées pour débarquer au dispensaire de Brouke.
Les infirmières crurent que le directeur avait perdu la tête lorsqu’il beugla :
 
Civière ! Bilan sanguin complet, paramètres ! Prévenez le  néphro, le cardio et le pneumo.
 
L’équipe mise en branle-bas de combat, la réceptionniste le retint alors qu’il voulait accompagner la civière.
 
Tout doux, docteur Nielsen. Il y a de la paperasse à remplir, vous n’ignorez pas la procédure. Commençons, voulez-vous ?
 
Elle le poussa gentiment vers une banquette, s’installant sur l’autre avec une liasse de documents.
 
Nom et prénom ?... tiens une suédoise. Une de vos compatriotes ?
 
Si l’on veut. Je l’ai trouvée dans une des cabanes des Lynch, il y a une vingtaine de minutes.

Il résuma les circonstances par lesquelles il avait amené cette personne, ce qu’il savait des antécédents en avouant complètement ignorer adresse officielle, passeport, assurance la concernant.
 
Eh bien, commenta Miss Lawkings, on peut dire qu’elle aura eu de la chance !
 
Les démarches administratives effectuées rien n’aurait pu empêcher Erik d’aller voir ce qui se passait derrière la porte où avait disparu Petra. Le collègue de garde croisé le rassura d’emblée.
 
Fameuse idée que tu as eue de la mettre immédiatement sous tonique et perf ; avec de telles insuffisances, elle y serait passée.
 
C’est rénal, hein ?
 
On dirait bien oui ! Pas pour rien qu’on te surnomme doc scan !! Ce serait dommage de voir disparaître un aussi beau morceau ! Mais c’est toi qu’elle réclame, veinard !  
 
Jerry rigola, Nielsen moins. Puisqu’il fallait y aller, il y alla. Étendue sous un drap immaculé, encore fort pâle sans, heureusement de traces de cyanose, Petra sourit à son approche :
 
Je savais que tu viendrais, que toi tu saurais…  
 
Tu m’avais inquiété et mon copain a dit que tu ne l’avais pas appelé…  
 
Tu m’as signalé quelqu’un ? J’ai… je suis confuse, j’ai oublié.  
 
La confusion était on ne peut plus normale quand les reins fonctionnaient mal.  Erik se montra optimiste quant aux suites, dut lui tenir la main pour l’empêcher de chialer, bref passa beaucoup de temps à son chevet avant, qu’enfin calmée et rassurée, Petra s’endormisse. Bien évidemment, le personnel du soir ne rata pas ces attentions et les sourires un peu moqueurs, outrés ou envieux qui accompagnèrent sa sortie ne manquèrent pas bien qu’il n’en vît rien trop pressé de rentrer au gîte.  
L’heure l’effara en jetant un œil à la grosse horloge du hall.
 
*Deux heures du mat ???*  
 
Opaline allait le tuer ! Il n’en fut rien, sa magnifique épouse dormait comme un ange.  Il s’affala près d’elle après être passé dans la chambre des filles où le calme régnait, et s’endormit d’une masse.  
Son réveil fut… mitigé. Opal ne tirait pas exactement la gueule mais n’était pas très avenante non plus.  Prenant les devants en même temps que son petit-déjeuner, il annonça la couleur :
 
J’ai été retenu par une urgence hier soir.

Quoique son « ben voyons » le laissât un peu pantois, il assuma ses fonctions en bon père de famille. Lors de l’échange des fonctions, Opal lui rappela qu’Alix passerait certainement en début de soirée, ce qui correspondait pour elle au matin. D’abord, Erik enregistra l’info puis… oublia.  Pas de sa faute si on le réclama au dispensaire ! Petra, encore elle, menait une vie d’enfer au personnel. Elle ne voulait être examinée que par son « cher » docteur Nielsen…  L’infirmière insista tellement qu’Erik dut abandonner les gamines aux mains des elfes tandis qu’il filait à Brouke.  
Petra allait beaucoup mieux, il en fut très soulagé. Pas qu’il l’ait jamais perdu un patient mais, quelque part, il se sentait responsable de ce qui était arrivé. La conversation – très plaisante – dura puis Erik s’éclipsa non sans promettre de repasser le lendemain.  Pour changer, Opal lui battit froid. S’il pensa qu’elle exagérait, il ne lui en tint pas rigueur : au moins quelqu’un appréciait ses qualités ailleurs !
Selon les dires de son épouse, la visite d’Alix avait été brève. Elle narra un peu la rencontre en évitant les questions pièges qu’il posa genre :
 
Où s’est-elle installée ? Elle a vu Michael ? Comment va Kieran ?  

Pourquoi aurait-il dû accepter que sa femme lui cache des trucs en se sentant coupable d’en dissimuler aussi ?
C’est donc très naturellement qu’il prit et reprit le chemin du dispensaire qui, bientôt, relâcha une jeune femme en pleine forme.
Serviable, Erik la reconduisit chez elle, ou du moins jusqu’à sa location temporaire. Petra était un peu dépitée. Elle s’était renseignée sur les possibilités d’emploi dans la région mais n’avait rien trouvé qui la botte alors qu’elle désirait sincèrement approfondir ses connaissances sur les autochtones.
En se réinstallant dans sa cabane, elle soupira :
 
Si je ne me dégotte pas bientôt un boulot convenable, je devrai rentrer bredouille en Suède.  
 
C’était sorti tout seul, sans arrière-pensée :
 
Tu t’y connais en cuisine ? On est souvent à court de personnel au resto…
 
Rien, il ne remarqua rien, ni l’enthousiasme de la miss, ni l’air fermé d’Opal quand il la lui présenta…
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Opal McLane le Jeu Nov 05 2015, 17:25

Bénie soit la rentrée ! Le Poudlard Express s’éloignait du quai, emportant ses enfants chéris.
 
Au revoir ! On se voit à Noël !!! Bye !...Soyez sages !, elle agita la main pour la forme sachant sciemment que les jumeaux devaient déjà vaquer à la recherche de leur prochain tour pendable.
 
Chagrine ? Pas le moins du monde. Opal était soulagée. Elle adorait ses fils mais ces trois mois de vacances avaient eu de quoi éreinter le plus avisé. Matthew et Nicholas avaient trop d’énergie, trop d’imagination. Dès le lever du jour jusqu’au coucher du soleil, et encore après, les deux chenapans avaient trop de temps pour ne faire à leur guise et c’était peu dire. On ne pouvait pas les contrôler tout le temps, même si on faisait l’effort. Tout le monde essayait de garder un œil sur eux mais c’était peine perdue, ces deux-là étaient passés maîtres en l’art de profiter de la moindre seconde d’inattention pour n’en faire qu’à leur tête.
Et puis il y avait aussi Caroline ! Adorable Caroline, bout de chou chéri. Une fille, sa petite fille, celle qu’elle avait attendu avec le secret espoir de douceur et complicité, celle dont elle rêvait de coiffer les nattes, allez savoir pourquoi, de voir jouer avec des merveilleuses poupées, à la dînette. De lui faire porter des adorables petites robes…
 
*La preuve que tu radotes plein tube, ma pauvre vieille…tu as ce que tu mérites, sinon demande à ta mère !*
 
Eh oui ! Il n’y avait pas trop de quoi s’étonner que Caroline Nielsen soit une petite peste déjantée, à la langue bien pendue, aux manières …valait mieux ne pas en parler. Aux dires de sa grand-mère, qui souriait avec une douce ironie, Petite Peste N°2 était la copie conforme de Petite Peste N°1, sa maman chérie. Toutes deux avaient grandi dans un monde masculin, avec des frères un peu brutes et plein d’idées affreuses. Sans aucun doute, toutes deux avaient su développer un ingénieux mécanisme de défense qui consistait à ne jamais demeurer en reste ni se laisser avoir par les grands futés. Le résultat ? On le connait.
Mais enfin, s’il n’y avait eu que ça ! Il y avait plein de choses. Trop. Mais Opal opta pour essayer de ne pas y penser, pas en ce moment. Une chose à la fois. Déjà Alix s’approchait avec la petite Clara. Soupir ! Voilà la fille qu’elle aurait adoré avoir. Adorable, douce, tranquille. Un petit agneau qu’on avait envie de câliner. Si sage, si polie. Ravissante dans sa petite robe sans un faux pli, ses boucles blondes retenues dans leur ruban qui n’allait pas de travers.
Et c’était parti pour la grande embrouille. Alix l’avait contactée quelque temps auparavant en disant avoir un grand service à lui demander. Sa belle-sœur savait à qui s’adresser. Opal était indéfectible. Une véritable explication avait brillé par son absence, mais il suffisait qu’Alix assure que c’était important, à croire que de vie ou de mort, pour qu’Opal soit partante. Les secrets, elle en avait un peu ras le bol mais il fallait faire avec, surtout avec les De Brent qui en faisaient quasi leur jour le jour.
 
T’en fais pas, je retiens tes recommandations…Pas de souci, je saurai m’y prendre. Si Michael s’amène, je joue les idiotes et te préviens…j’ai pigé, Alix…mais si au  moins tu pouvais me dire de quoi il s’agit…tu ne seras pas en danger, au moins !?
 
Non, c’est top-secret ! Moins tu en sauras, mieux ça vaudra.
 
Génial ! Prends soin de toi aussi et…, peine perdue, belle-sœur s’était évaporée.
 
Erik avait fini de prendre congé de son frère et la rejoignait à la sortie, s’étonnant de la voir avec Clara, avant qu’il ne pose des questions, elle lui avait largué une explication plutôt emmêlée à laquelle il n’avait sans doute rien compris mais avait accepté la nouvelle situation avec sa bonhommie habituelle.
Et voilà, c’était fait. Ils étaient retournés en Australie avec Clara qui, comme s’il n’y avait rien de plus normal, se plia à sa nouvelle vie sans faire du foin.
Et la vie avait repris ses droits. Sa routine. Et tout ce qui allait avec !
 
*Encore une nouvelle urgence…ça commence à bien faire !*
 
Erik. Son chéri. L’homme de sa vie. Son seul amour. À ses yeux, il incarnait la perfection même. Soit, il avait ses petits défauts qui ne prouvaient que plus qu’il était vraiment humain et non pas un ange tombé du ciel. Erik était si extraordinaire que parfois, ou plutôt assez souvent, Opal se demandait comment elle s’était arrangée pour mériter un homme pareil.
Oui, pas de doute, Erik était bien le meilleur des meilleurs en beaucoup trop de choses. L’Humanité lui en serait sans doute redevable de tant d’abnégation, En tout cas en 300 km à la ronde il n’existait pas un seul être capable de penser qu’il n’était pas un saint ou ressemblant. Le cher homme était toujours prêt à rendre service, peu importait si vent ou pluie, incendie ou inondation, jour ou nuit.
 
*Et il est passé où, mon saint mari ?*
 
Encore à l’hosto selon les dires de Kementari. Soupir. Il fallait s’en faire une raison, Erik n’allait jamais changer. Peu importaient les bons propos qu’il se faisait, sincères, de tout cœur mais aussi  sujets à variations en cas d’urgence. Et les urgences, c’était juste ce qui ne manquait pas !
Pourtant Opal râlait et pas qu’un peu. Elle ne s’en était même pas rendu compte. C’était son frère Matt, au cours d’une de ses visites avec Miko, qui lui avait fait remarquer très gentiment qu’elle était en passe de devenir une virago insupportable.
 
Tu mènes ton mode à la baguette, grands, petits, employés et mari…C’est la vie de caserne, chez toi, ma puce…et tu es le sergent major ! Tu bouffes du dragon au pet dej, ou quoi ?, il lui avait ébouriffé  les cheveux et s’était pris une tape, oh, sorry…Madame doit être impeccable…en plus de grognon tu deviens mémère et ennuyeuse…ce doit être l’âge !
 
Tu crois !?, mine de rien elle s’était presque affolée, tu crois vraiment ? Je deviens vieille ?...C’est ça, je vieillis…
 

Tu muris, dirons-nous, tempéra Matt un rien préoccupé de sa réaction, remarque, il était temps…t’as combien déjà ? 30 ?...t’en fais pas plus, en tout cas.
 
Elle l’avait regardé de travers mais aussi follement attendrie. Matt connaissait exactement son âge, puisqu’elle était de deux ans sa cadette.
 
Sais plus…je perds les pédales…je sens que tout me tombe dessus, que tout tourne mal…que…
 
Que tu dois tout surveiller parce que sinon c’est la cata, c’est ça, non ? Ben laisse-moi te dire que ça ne mène nulle part, ma vieille…Relâche-toi, sois plus cool…et fiche lui un peu la paix à mon beau-frère, il a assez à faire sans que tu lui trouves des occupations à peine il baye un peu aux corneilles, laisse-le respirer…
 

Elle faisait des efforts. Ça ne marchait pas toujours ! Il y avait eu de merveilleux moments de répit. Ce superbe mois avant la rentrée par exemple. Elle en était revenue, rénovée, libérée mais cela n’avait pas beaucoup duré.
Encore heureux qu’Erik n’ait pas trop insisté pour connaître les entrelacs de la situation qui provoquait la présence de Clara parmi eux. Opal mentait peu et très mal en plus. Valait mieux faire semblant d’être assistée par quelque puissante raison qu’un esprit masculin ne pourrait élucider, pour passer illico à donner des ordres précis et concis. Oui, ça faisait virago. Enfin un peu plus, un peu moins !
 
*Et qu’est-ce que tu voulais lui dire, nouille ? T’en sais trois fois rien…quoique en y pensant bien, peut-être que tu en sais quelque chose…il y a du Kieran là-dessous, mon bras à couper !*
 
Et on faisait avec. On menait la barque à la comme on peut. On essayait au moins parce que là, Opal se sentait partir à la dérive. Elle sentait Erik s’éloigner imperceptiblement, un peu plus chaque jour et avait peur de ne plus savoir l’atteindre.
 
*Misère...on va finir comme Alix et Michael…et ça fera autant peine à voir…et ça me brisera le cœur !!!...Je dois parler avec Erik…lui raconter tout, du début à la fin…tant pis si Alix me découpe en morceaux…*
 
Mais avant que cela arrive il y eut la visite de Michael. Moments de pure angoisse. Opal ne s’était jamais crue capable de si bien jouer son petit théâtre. Voir partir son beau-frère affreusement dépité lui avait fait du mal mais que faire d’autre ? Alix elle, faisait des apparitions-éclair, sans un mot de trop, pour ne pas dire que pas de mot du tout. Elle voulait cajoler Clara qui ne voulait que courir après Caroline et cela semblait lui faire un mal épouvantable. Opal souffrait avec elle sans pouvoir rien faire pour y remédier.
 
*C’est si triste…je refuse de finir comme ça !*
 

Forte de cette résolution, elle se sentait pleine d’entrain et joie de vivre. Tout le monde le remarqua en cuisine.
 
Elle est de bon poil aujourd’hui…si elle savait, serait pas si contente !, ricana en douce un des filles de cuisine, t’as pas vu les photos sur Facebook ? Il s’amuse, le toubib…remarque, mignon comme il est, ça m’étonne pas !
 
Petits rires étouffés, regards entendus mais déjà l’ordre tombait de continuer avec le travail.
Opal supervisa la bonne marche, goûta quelques préparations donna son avis et, en contre de ses habitudes, délégua allègrement le reste au chef qui n’en croyait presque pas à sa chance. Bon, c’est vrai que la soirée s’annonçait très calme et sans surprises !
Entendre la jeep d’Erik à cette heure, la surprit agréablement. Il rentrait plus tôt que de coutume. Un dernier coup d’œil au miroir, une touche de parfum, elle dévala les escaliers pour aller à sa rencontre. Les gamines étaient chez les McLane à Kelamera, enfin une soirée tranquille.
Sauf que, bien entendu, rien ne va comme on se l’imagine. Erik n’était pas seul. Une blonde inconnue au bataillon  se tenait à ses côtés, regardant autour d’elle d’un petit air ravi. L’enthousiasme d’Opal subit une mutation remarquable.
 
Tiens, je ne t’attendais pas si tôt, chéri…et avec de la compagnie encore moins !
 
Le regard de la blonde lui fit l’effet d’être passée au scan mais elle tint bon pour garder ses bonnes manières. Erik s’empressa de les présenter. Comme quoi la miss était une compatriote de sa lointaine Suède natale. La belle s’était arrangée pour arriver en Australie, se retrouver sans travail et pour autant presque sans le sou, ce qui l’obligerait à écourter dramatiquement son stage aux Antipodes.
Son regard à elle manqua de la plus élémentaire aménité pour la blonde en cause, pour Erik il fut du genre : explique toi ! Mais force fut, encore ces fichues bonnes manières, de convier Miss Suède à prendre quelque chose tout en faisant une paire de commentaires idiots sur le climat et autres thèmes obligatoires entre gens drillés aux us et coutumes civilisés.
Miss Larsson ne manquait pas de repartie. De Fait, elle se voulait ingénieuse, drôle et semblait absolument ravie de si bien retenir l’attention…d’Erik. Parce qu’Opal avait cessé de jouer les dames raffinées et ne souriait plus, lasse de ce manège si évident. Bien entendu, Erik, toujours bonhomme n‘y voyait que du feu ou était un fieffé bon acteur. Opal qui le connaissait opta pour la première raison.
 
Mais enfin, dites-moi, Miss Larsson, si j’ai bien compris, vous aimeriez bien nous filer un coup de main au resto, c’est ça ?
 
Un peu abasourdie par ce holà si abrupt à sa prestation de charme, Miss Larsson se tourna vers la dame de céans en prenant son meilleur air tout douceur et innocence.
 
Oui, c’est bien cela, Mrs. Nielsen…comme l’a si bien dit Erik…ma position est un peu précaire en ce moment. Je sais très bien me débrouiller en cuisine…je sais servir, chez moi je…
 
Et bien sûr, mon mari vous a dit qu’il y aurait sans doute quelque chose pour vous dépanner…, regard équivoque vers mari chéri qui n’avait pas dit un mot, tu ne te referas jamais, mon chéri…toujours à aider…imaginez-vous, que la semaine dernière il nous a ramené un wombat blessé ramassé sur la route…il ramène n’importe quoi !
 
Être réduite au rang de n’importe quoi ne sembla pas trop plaire à la miss mais Opal s’en fichait comme d’une guigne.  Il y a des gens avec qui le courant passe et d’autres pour lesquels on sent une antipathie instantanée. Miss Larsson faisait partie de ce dernier groupe. Et Opal ne fut pas dupe du fait que c’était parfaitement réciproque.
 
*Ben voyons…il y en a qui se croient tout permis ! Suffit d’être jeune et bien roulée…Ouais, parce qu’en plus faut dire qu’elle est sacrement bien roulée, la miss…et jeune, la vache…elle fait quoi ? 25 ans ?...Ça y est, Opal McLane…c’est de ta faute…et tu l’auras mérité…mais que tu te laisses faire, c’est une autre histoire !*  Bon, Petra…ça ne vous gêne pas que je vous appelle par votre prénom, n’est-ce pas ?...Si Erik insiste tellement à vous filer ce coup de main et bien soit…je vous prends à l’essai, mais vous êtes prévenue…je ne suis pas commode du tout !
 

Oh, je suis sûre qu’il n’en est rien, Mrs. Nielsen…vous avez l’air si…gentille !
 
*Ouais et quoi plus !? Gentille et idiote tant qu’à faire !* Vous pouvez commencer quand ? Au fait, vous habitez où ?
 
Deuxième acte de la mise en scène. Pas d’argent, pas de loyer, donc…pas de foyer. Opal ne goba pas le quart de la moitié mais trouva vite une solution parfaite.
 
Vous pourrez occuper une des cabanes au fond du jardin, c’est pas une suite VIP mais ça devrait faire l’affaire !
 
Erik lui lança un regard de biais qu’elle ignora allègrement avant de le lever et entraîner Petra à sa suite. Le jardin n’en était pas exactement un, pas au sens qu’on peut donner à un jardin en Suède, sans doute. Belle étendue au charme sylvestre, tirant sur l’exotique, en passant par un magnifique potager pour finir face à un groupe de petites cabanes d’aspect coquet, éparses autour d’une pelouse un tantinet délaissée. Petra tordit un peu le geste en se retrouvant là mais réussit à arborer un sourire poli.
 
Voilà, vous prendrez celle-là, la n°3. Elle est sans doute toute prête pour que vous vous y installiez, la fille de cuisine qui y habitait nous a quittés pour aller à Sydney. C’est petit mais bien agencé…salle de bains, eau chaude à volonté, électricité, votre petit frigo, air conditionné l’été, chauffage l’hiver…Regardez à votre aise puis rejoignez-moi à la maison…nous parlerons contrat !
 

Abandonnant Petra à sa chance, elle refit le chemin lentement, prenant son temps pour réfléchir. Qui sait ? Elle se faisait sans doute des idées. Après tout, il s’agissait d’une compatriote d’Erik, une fille seule, avec des problèmes. Connaissant Erik, toujours dévoué, impossible d’éviter faire un bien à son prochain. Même s’il y a prochain et prochain !
Arrivée à la maison principale elle se dirigea à la cuisine où régnait une activité de ruche bourdonnante et donna des nouvelles directives concernant la nouvelle recrue.
 
Qu’elle nettoie, fasse la plonge et après s’attèle au ménage, on verra ce que ça donne…Eliza, elle restera pour le moment dans la 3, ta voisine donc, garde un œil sur elle, c’est une étrangère, sans doute pas habituée à notre coin…et pas de blagues idiotes genre gecko dans le lit… Je serai au bureau, quand Miss Larsson se pointera envoyez-là moi !
 
Pas le cœur à ouvrir les livres de comptes, ni réviser les listes de provisions et autres. Toute joie envolée elle se sentait soudain investie par un abattement sournois, mélange de chagrin et désenchantement. Elle n’aimait pas voir ses plans troublés par des situations inattendues qui la prenaient de court.
 
*Mais quelle idée il a eu de ramener cette fille ? Pourquoi comme ça ? Sans rien me dire ? Et pourquoi il ne vient pas me voir…pour parler ?...Peut-être qu’il n’a pas envie de parler avec toi, triple idiote, tu n’as pas été trop sympa  avec sa protégée…Ben s’il vient pas, tu peux y aller, toi !*
 
Erik était dans son bureau à lui. Il ne travaillait pas, non plus, semblant plutôt se livrer à quelque profonde réflexion. Stupidement, Opal se sentit comme une intruse.
 
Hey, toi…est ce que je peux ?...Non, c’est que tu semblais…si ailleurs…Oui, je lui ai montré la cabane…Pourquoi ? Mais voyons, tu ne voulais quand même pas que je lui offre une chambre chez nous, non ?...C’est à prendre ou à laisser, elle aime et reste, elle aime pas et poursuit son chemin…Non, suis pas fâchée…ça m’a prise de court…T’en fais pas, elle sera payée pareil que les autres et de même si trop de conneries, c’est la porte…Tu l’as trouvée où ?, ce fut son idée ou il eut une minime hésitation?, ah bon, à l’hosto…oui, je comprends…la pauvre, oui ! Bon, je vais régler ça avec la miss et puis…j’avais pensé à une soirée au calme, toi et moi…enfin, si tu n’as rien d’autre à faire…*Des vies à sauver, le monde à mettre en ordre…* Au fait…des nouvelles de Michael ?...Non, juste pour savoir, il n’a rien dit l’autre jour…enfin, pas pris son temps non plus…d’Alix ? Ben non, rien pour le moment…Ben non, je n’en sais trop rien je te l’ai déjà dit…
 
Petra Larsson accepta toutes les conditions. Son installation eut lieu le soir même, après qu’Erik, l’homme dévoué de service l’eut encore emmenée chercher ses affaires, force fut de remettre son début au travail pour le lendemain. Mine de rien, l’expédition retarda aussi la petite soirée prévue par Opal, ce qui, malgré ses efforts, ne parvint pas à trouver un semblant de véritable bonne humeur.
 
Oui, je sais que tu es désolé…personne ne s’attend à une crevaison en pleine route, ce qui m’étonne est que la roue de secours ait aussi été hors-service, ça ne te ressemble pas…Oui, quelle chance que Willoughby soit passé par là…enfin, tu vas m’excuser…mais je suis passablement fatiguée…Non, Erik, je te répète que je ne suis pas fâchée…, elle essaya de se reprendre mais ne put empêcher que sa voix se brise lamentablement, qu’Erik la prenne dans ses bras lui procura un bonheur ineffable ce qui n’empêcha pas qu’elle sanglote éperdument contre son épaule, je sais…je fais tout de travers, je suis vieille, horrible, je commande trop…je veux tout pour hier…tu me manques…et je sens que tu t’éloignes…et j’ai peur…
 
Il lui donna beaucoup de bonnes raisons pour oublier ses craintes et chagrins. La vie était belle à nouveau.
Sa belle humeur ne changea pas, enfin pas trop, quand elle découvrit, par fortuit hasard que Petra était une sorcière qui savait bien gérer ses pouvoirs, sans jamais trop en faire, toujours d’une discrétion exemplaire. Elle ne ressentit pas le besoin de lui faire part de sa découverte et encore mois de lui dire qu’elle côtoyait d’autres sorciers. Bêtement, imbue de son bonheur retrouvé, Opal ne songea même pas au fait que la belle pouvait le savoir déjà.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Jusqu’à ce matin-là quand arriva le courrier. C’était une enveloppe anodine. Adresse écrite à la main, pas d’expéditeur. Opal n’y pensa même pas  et l’ouvrit.
Il suffit d’un instant pour que la vie bascule. Elle resta là, muette de stupeur en regardant les photos imprimées sur papier, d’une netteté outrageante. Accompagné le tout d’un petit mot voulu compatissant alors qu’il était bas, perfide :
 
« C’est injuste mais il faut que vous sachiez ce qui se joue dans votre dos. Signé : une amie. »
 
Erik et Petra en grande conversation, riant, complices, amusés. On voyait clairement le nom de l’endroit. C’était à Melbourne. La date apparaissait au bas des photos.
Curieusement, elle ne se mit pas à hurler, ne cassa rien, ne maudit personne. Une fureur froide, terrible l’emplissait mais elle se sentait horriblement tranquille. D’un pas mesuré, elle se dirigea vers le bureau de son mari, absent à cette heure et sans rien faire d’autre déposa les clichés et l'enveloppe sur la table de travail, là où il ne manquerait de les voir et pour si jamais, pour empêcher qu’ils ne bougent, elle les cloua , cette fois rageusement, avec le coupe papier sur le noble bois…
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Erik Nielsen le Mer Nov 18 2015, 22:46

Beaucoup d’hommes vous diraient que dans une relation amoureuse, le must est la conquête. Erik ne faisait pas exception. Pour se battre, il l’avait fait ! Affronter McLane, Abernaties and co n’avait pas été évident. Au fil du temps, ses détracteurs s’étaient calmés en faisant – ou du moins à ce qu’il semblait – fi de leurs préjugés à l’encontre de ce Suédois quasi ignare en sorcellerie, plus ou moins apparenté à un Mangemort notoire, et… sans un sou vaillant. Des gallions, il en plut grâce à la générosité de Michael. Cela contribua certainement à adoucir les oppositions à son union avec Opal. Mais Erik avait-il hérité ça du côté De Brent ? Il était orgueilleux. Merci pour les largesses. Cependant prouver sa valeur primait. Il se devait de se lutter encore, toujours, afin de gagner l’estime de tous, la sienne entre autre et, surtout, l’amour de sa chérie. Façon comme une autre de mériter cet amour fou qui ne s’était jamais démenti malgré tracas et usures du quotidien. Comme quoi docteur et maître Nielsen n’étaient pas entièrement certains que leur passion soit partagée malgré trois splendides enfants et autres preuves renouvelées fréquemment. N’empêche qu’Erik était plus que satisfait de son sort, lui ! En était-il de même pour elle ? Oui, non ? Bonne question.  
Souvent absent, il compensait comme il pouvait en acceptant sans broncher toutes les lubies de son élue. Pour des exigences, elle en avait.  Elle était ainsi, et alors ? Il l’aimait telle qu’elle, amen.  
Tout aurait bien dans le meilleur des mondes sans la rencontre inattendue avec Petra Larsson. De cette lointaine compatriote, Erik n’en aurait rien eu à cirer si deux, ou plutôt trois, conjonctures ne s’étaient liguées. De 1 : il était très fatigué. De deux : c’est plaisant d’être flatté. De trois : il avait un faible pour les causes perdues.  Sans doute une 4ème raison entra-t-elle en cause : la culpabilité. Qu’avait-il raté au juste sur ce cas ? Il n’en savait rien mais avoir découvert Petra agonisante après l’avoir rembarrée lui parut une gifle à son éthique. Alors il compatit pleinement, bien décidé à réparer le mal causé involontairement à cette jeunette par une brève négligence même imaginaire.
Sincèrement, il ne pigea pas pourquoi son Opaline les reçut si… froidement. Il les avait présentées chaleureusement l’une à l’autre déjà plein d’enthousiasme par un accueil très gentil d’Opal à sa vue à lui mais cela s’était vite gâté.  Bien éduquée cependant, son épouse donna le change ou crut le faire. Malgré le délicat parfum dont elle s’était parée, Erik ressentit la puanteur de la polie comédie présentée mais, n’en pigeant pas les raisons, il passa au-dessus.  Opal était de mauvais poil… pas la 1ère fois, ni la dernière...
Lorsqu’elle sortit :
 

…imaginez-vous, que la semaine dernière il nous a ramené un wombat blessé ramassé sur la route…il ramène n’importe quoi !
 
N’importe quoi ?? Opal devait vraiment être fâchée car originaire de cette contrée, elle devait savoir que ces marsupiaux étaient en voie d’extinction. Donc en sauver un était plutôt héroïque.  Intérieurement, il se révolta pour la cause du wombat sans penser une seconde à quel point cette remarque pouvait être désobligeante pour Petra. Un sorte d’arrangement s’instaura, Opal allant jusqu’à proposer le logis à la Suédoise.  
 
*Un de ces  cabanons ???*
 
Dans le fond, pourquoi pas ? D’autres employés y résidaient bien.
Laissant ces dames à l’installation, Erik fila jeter un œil aux filles avant de se rappeler qu’elles étaient chez les McLane pour le week-end.  
 
*Décidément, je suis crevé d’oublier tout…*  
 
Bon, de la paperasse l’attendait dans son bureau. Il s’y consacra un moment puis reçut un coup de fil assez bizarre de Michael.  Que fabriquait donc son frangin ?  Pourquoi cet empressement à renouveler le stock de polynectar, cet intérêt quant aux effets secondaires d’une longue utilisation, ses répercussions sur la vraie personnalité. Erik s’était montré le plus précis possible :
 
Tu restes toi en dépit de ce camouflage ! Il n’y a aucun risque que ça change même en overdose !  
 
Quelque chose tracassait Michael et Erik se demanda bien quoi.  Perdu dans des suppositions aussi farfelues que dramatiques, il sursauta presque quand Opaline ouvrit sa porte. Elle en posait des questions idiotes ! Bien sûr qu’elle pouvait entrer quand elle le voulait !  Ah ? Il semblait ailleurs, ben oui, il l’était… avec Michael. Ne désirant pas entrer sur ces sables mouvants, il demanda bêtement :
 
Ça y est, Petra est installée ?  C’est assez confortable, je…           
 
C’est à prendre ou à laisser, elle aime et reste, elle aime pas et poursuit son chemin…
 
Ok ! Mais pourquoi tu tires cette tête ? Tu es fâchée ? Elle a fait ou dit quelque chose qui… ?   
 
Elle jura que non exigeant – comme d’habitude – des explications ; somme toute normales. Et là, bêtement, il répondit :
 
Je viens de la sortir de l’hosto *où elle était par ma faute*
 
Au risque de pâlir encore à ses yeux, il n’allait quand même pas lui avouer avoir quasi ignoré un appel au secours !  
Petra acceptée, au moins à l’essai, il fallut encore la reconduire à son ancienne location.
En chemin, ils discutèrent assez enjoués :
 
Tu vas te plaire, j’en suis certain. Fais pas trop attention aux humeurs de ma femme. C’est une crème, mais elle l’ignore parfois.
 
Pas de sa faute si la Jeep creva en route. C‘était chose fréquente sur les pistes abordées. Sauf que…
 
*J’ai dû être distrait en appliquant le sort anti-crevaison…*
 
S’il avait été seul, il aurait eu recours à un bon vieux réparo. Là… Petra se marra en douce en le voyant suer et pester en essayant de changer la roue. Un malheur ne venant jamais seul, celle de secours s’avéra nase aussi. Il la joua à la McGiver en osant, discrètement, un coup de pousse de sa baguette.  
 
Rigole ! avait-il prit le parti d’en rire aussi. Je n’ai pas tellement l’habitude de ces trucs. Je répare plus vite les humains que les bagnoles.
 
Quoiqu’il en soit, lorsque l’aller-retour se termina enfin et que, déposée à son cabanon, Petra disparut de son horizon, il rentra à la maison, il se prit presque un savon qui, très étrangement, se transforma en  affliction. Entre deux sanglots, elle délira :
 
…je fais tout de travers, je suis vieille, horrible, je commande trop…je veux tout pour hier…tu me manques…et je sens que tu t’éloignes…et j’ai peur…
 
Loin ? Je suis là, qu’est-ce que tu racontes ?  On mettra ça sur la fatigue ! Tu n’es ni vieille, ni horrible, voyons. Un peu virago parfois, mais je t’adore ainsi. Ne change surtout pas où j’en perdrai la raison. Tu es ma vie Opal McLane.  
 
Il le prouva sans retenue, ravi de la voir si soumise, pour une fois.
 
Après quelques jours de profondes satisfactions partagées, comme quoi après le calme la tempête, Erik rentra particulièrement vanné.  Il venait de réaliser au fin fond du désert un accouchement cauchemardesque. Des triplés ! Maintenant cette famille rayonnait de bonheur après avoir cru à un quadruple deuil. Vive les oubliettes !  Il ne pensait qu’à un bain quand, passant dans son bureau, il vit planté dans sa table son coupe-papiers.  
 
*Que fout-là, ce truc ?*
 
Déjà énervé que l’on ait abîmé le beau bois de son bureau, il le fut encore plus en regardant ce que clouait le criminel. Sous ses yeux s’étalaient les « preuves » de son mensonge. Mensonge ? Non, vraiment non. Bon, quelqu’une avait jugé « amusant » de montrer… quoi, finalement ? Qu’il lui était arrivé de rigoler un coup ? La belle affaire ! Pour planter si hargneusement ces clichés sous son nez, Opal – qui d’autre ? – devait être très remontée.  Elle voulait quoi en définitive ? La guerre ? Qu’imaginait-elle donc ? C’était idiot, futile, inutile, stupide ! Les qualificatifs ne manquaient pas.  Fermement décidé à couper courts ces divagations, Erik remisa sa fatigue pour grimper trancher ces inepties.  Il ne gravit pas plus des six marches avalées 3 par trois que des coups redoublés à le porte principale l’arrêtèrent en plein élan défensif.  
 
*Quoi encore ? Merde ! Ça a intérêt à être sérieux !*
 
Il descendit prêt à fustiger l’intervenant qui se révéla une intervenante. Sur le seuil, une Eliza, vague fille de cuisine, se tordait les mains :
 
Docteur Nielsen, pardon de déranger. C’est pour la 3. Mrs. Opal m’a demandé de veiller et je sais pas quoi faire. Ou ça se bat là-dedans, ou elle est folle et casse tout.
 
Une fraction d’hésitation suffit à Erik pour foncer vers le fond du jardin où… Le calme régnait.  Trottinant derrière lui, Eliza semblait perdue en arrivant à son niveau :
 
Je vous jure que ça ressemblait à une bagarre. On dirait que c’est fini.  
 
Ou cette fille était dingue, ou un drame avait eu lieu. Il tambourina aussitôt au panneau :
 
Petra ? Petra vous allez bien ?  
 
L’apparition dans le contre-jour lumineux le saisit.  Belle ? Il ne l’avait pas remarqué jusque-là mais, à n’en pas douter Miss Larsson était… bien formée.  
Pas le moins du monde gênée d’être surprise en déshabillé, la belle plante battit des cils :
 
Erik ? Mais oui, tout va bien. Un souci ?  
 
C’est que je… je… Eliza a dit que…
 
Ma voisine ? Cette fille est un peu simplette, non ? Mais ne reste pas planté là, entre. Tu as l’air remué. Un verre ?
 
Il eut beau fouiller l’obscurité derrière lui, pas de trace de la fille de cuisine. L’invitation était irrésistible. Un verre ? Pourquoi pas ?
Le cabanon était… un cabanon. Ultra simple, Petra en avait néanmoins agrémenté la rigueur.  Le canapé banal mais douillet où il s’assit le détendit, l’alcool aussi.
 
Ainsi cette fille a prétendu que l’on m’égorgeait ? rit son hôtesse. Tu peux constater qu’il n’en est rien.  
 
Je… constate, oui.  
 
Et si tu me racontais ta journée ? La mienne fut très ennuyeuse. Ta femme me cherche de poux dans la tête, je me demande pourquoi.  
 

Ma femme ? (il se gratta la tête) Je devais justement lui expliquer que…
 

Que quoi ?
 
Euh… sans importance.
 

Bois encore un peu mais dis-moi, tu as sauvé encore des vies aujourd’hui ?
 
Et il lui narra, à elle, sa fichue journée dont elle applaudit le résultat.  
Quelque part Erik se sentit comme en porte-à-faux. Ce n’était pas à Petra qu’il aurait dû parler de ça mais à Opaline.  Quelque chose allait de travers mais si Merlin savait quoi, pas lui. En tout cas, il se sentait satisfait d’avoir une oreille attentive à ses tracas.  
 
Le lendemain, très tôt, le trouva effondré derrière le volant de sa Jeep. Comment y avait-il échu ? Il ne savait pas.  Avec un mal de tête digne d’un Sisyphe prenant son rocher sur le crâne, il se releva, main au front. C’était quoi ces valises qui encombraient l’habitacle ?
 
Un billet scotché au pare-brise lui annonça la…  catastrophe…
 
Ça ne se passera pas comme ça !, grogna-t-il en donnant un coup de poing au volant.
 
Rajustant ses lunettes, il ouvrit la portière et bondit vers la maison. La porte était close. Très énervé, il fouilla ses poches, y trouva ses clés mais il eut beau les essayer toutes, aucune ne fonctionna. Casser un carreau ? D’abord tenter l’alohomora mais zut, pas de baguette !  Opal l’aurait jeté dehors sans son bois ? Cette bizarrerie ne le frappa plus qu’ainsi. Ah, au moins, il avait son portable. Merde ! Batterie à plat.  Il tambourina portes et fenêtres : rien.  
Il passa par derrière, saisit un des siège de la piscine et s’en servit contre la vitre de la double porte.  Une fois en place, il beugla à tout azimut :
 
OPAL McLANE ! OPAL, où te terres-tu ?  
 
À cette heure, elle aurait dû être là ! Il passa en revue pièces après pièces non sans crier le nom de sa femme. Personne au rez-de-chaussée. Dépité il s’apprêta à grimper l’étage quand, ameutés par le vacarme, deux elfes ahuris se pointèrent.  Kementari et son mari reflétaient l’opprobre incarné, mais la peur aussi :
 
Maître ne devrait pas être ici, se risqua à couiner l’elfe féminin.
 
Pas à vous de me dire où je dois être ! Opal est là ?  En haut ? Laissez-moi passer !  
 
Maître peut mais trouvera pas.
 
En clair, please ? Elle est au resto ?
 
Non plus, maître.
 
Prêt à secouer ses employés comme des pruniers, Erik arrêta son geste alors que des sirènes et coups de freins résonnaient alentours.  
 
La police ? Merde, disparaissez !  
 
Pas besoin d’insister, les elfes s’évaporèrent illico. Faisant demi-tour, Erik se porta au-devant des policiers qui se répandaient autour de la maison.  Trois voitures ? L’affaire était sérieuse.  
 
Mains en l’air ! cria le chef des opérations.  
 
Obtempérant, Erik parvint à sourire en reconnaissant le lieutenant du comté :
 
Larry ? C’est quoi ce bordel ?
 
Erik Nielsen je vous arrête.
 
Blabla sur les droits, avocats, etc.
 
C’était une blague, un mauvais rêve, ou quoi ?  
 
M’enfin Larry, c’est pas sérieux ces menottes ! On m’accuse de quoi ? Là je dois parler à la femme, et…
 
Depuis quand tu parles aux morts, Nielsen ?
 

Aux… quoi ?  
 
La chronique indiqua que le docteur Nielsen, principal suspect dans la disparition de sa femme avait opposé une farouche résistance lors de son arrestation…   
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Opal McLane le Mer Nov 18 2015, 23:24

Tout marchait beaucoup mieux que prévu. Petra sourit, satisfaite et s’envoya un clin d’œil dans le miroir. L’idée avait germé, peu à peu, après sa fortuite rencontre avec Erik Nielsen à Melbourne. Le hasard fait bien les choses parfois ! Ce n’était pas tous les jours qu’une fille comme elle tombait sur un type comme celui-là.
Une vie normale, sans éclat particulier. Tout restait dans une moyenne rassurante. Famille, amis. Elle ne s’était jamais démarquée. Elle suivait simplement le chemin tracé et tout le monde était content. Ses parents, son petit ami, ses copines. Un jour, sans doute plus tôt que tard, elle se marierait, aurait des enfants et ferait la même chose qu’avait fait sa mère avant elle. Vieillir gentiment, laissant la vie filer en douce et cela sans ressentiments. Travailler était nécessaire quand on ne fait pas partie de cette classe privilégiée qu’elle enviait en douce et elle n’avait pas dérogé. Faut ce qu’il faut pour accéder aux petits plaisirs banals de l’existence, rien de bien spécial non plus : des fringues, des sorties, parfois un bon resto, rarement un petit voyage de vacances, jamais bien loin.
Un seul fait remarquable : être sorcière. Comme tous les Larsson de ce coin de monde. Et encore cela ne changeait rien. La magie, c’est sympa mais ça n’ouvre pas toutes les portes.
Et puis tante Margrit était morte. Paix à son âme. Son testament en surprit plus d’un. Qui aurait pensé que cette petite bonne femme rondelette et adorable était capable d’avoir épargné autant de couronnes.  Margrit Larsson, la sœur de son père n’avait ni mari ni enfants, seulement dix chats, deux neveux qu’elle n’aimait pas trop et une nièce méritante de son affection, Petra.
Coup de pouce du destin ? Sans aucun doute. Ce n’était pas un pactole ahurissant mais cet héritage inattendu signifiait une seule chose : liberté. Et du jour au lendemain elle avait pris son petit monde de court en déclarant qu’il y avait un monde au-delà de leur petite ville et qu’elle allait le découvrir. C’est ce qu’elle fit mais après un an à rouler sa bosse aux quatre coins du monde elle s’était retrouvée à Melbourne et constaté que son pécule avait largement fondu. La magie n’aidant pas à multiplier ses dollars, il fallait du travail. Jolie blonde suédoise, bien faite de sa personne, parlant parfaitement anglais, comme la plupart de ses compatriotes, elle n’avait pas eu trop de mal à décrocher un gentil boulot comme serveuse au bar de cet hôtel cinq étoiles où un soir un bonhomme avait failli s’étouffer avec une cacahouète pour se faire sauver la vie par le spécimen de la gent masculine le plus fascinant que Petra ait croisé de sa vie.
Il était parfait, irrésistiblement charmant, avec une touche craquante de naïveté inattendue chez un si bel homme au début d’une quarantaine avouée sans façons. Hic notable : une femme que Petra, peu charitable, imagina boulotte, mémère, geignarde et trois enfants sans doute insupportablement gâtés et imbuvables. Le fait qu’il soit aussi suédois aplanit le chemin de manière notable, après tout que de plus normal que deux compatriotes évoquant le pays quand ils se retrouvent à l’autre bout du monde. Qu’il soit médecin ajoutait du charme, qu’il ait l’air prospère accentuait l’intérêt.
À partir de là, tout obéit à un plan défini avec précision. Le romantisme éperdu n’était pas le genre de Petra. Elle en avait assez de sa petite vie rangée, assez grise, si normale, si moyenne. Si la chance lui souriait ce n’était pas elle qui laisserait passer l’aubaine.
Soit, la femme de l’exemplaire convoité ne correspondait pas du tout à l’image souhaitée. Deux des enfants étaient en pension en Écosse et la petite dernière était tout sauf imbuvable. Détails moindres. Bien entendu l’épouse virago ne comptait pas lui faire la vie facile et étant donné qu’elle était la patronne à bord, cela ne lui avait posé aucun problème. Petra assumait, gracieusement humble, sans pour autant perdre la perspective.
Et ce soir, le moment était venu de se jouer le tout pour le tout. La réaction de Mrs. Nielsen en recevant les photos avait été celle escomptée. Elle se félicitait encore d’avoir demandé à une de ses collègues au bar de les prendre. D’abord elle ne les voulait que comme souvenir, là, elles s’avéraient merveilleusement utiles.
Le Dr. Nielsen tardait. Tant mieux. Ça donnerait plus de temps à sa femme chérie et furieuse de se tourner le foie. Petra veillait. Une fois que le cher homme fut là, le plan démarra en beauté. Eliza, sa voisine de cabanon, assez simplette en état normal, encore plus sous Impero, s’occupa de lancer le beau docteur à sa rescousse. 
Opal s’était calmée graduellement et commençait à reconsidérer l’affaire d’un œil plus rationnel. Certes découvrir que son chéri adoré lui avait menti, ou mieux dit, omis de lui dire toute la vérité, l’avait fait voir rouge.
 
*Fichu caractère McLane, on fonce d’abord, on réfléchit après !*
 
Parce qu’à la réflexion la chose n’était pas si terrible que ça. Les photos ne montraient Erik qu’en bavardant avec la blonde miss. Rien d’autre. Pas de regards enflammés, pas de baiser passionné, aucune étreinte coupable.
 
*Pas de quoi faire un foin…c’est le petit mot qui t’a retournée…t’es idiote…va reprendre ces photos, arrange le bureau et arrête ce cirque absurde !*
 
Elle descendait à toute vitesse pour réparer son méfait quand Petra Larsson, tout sourires lui barra pratiquement le chemin. Elles restèrent un instant  au milieu de l’escalier à se dévisager, Opal eut un mouvement d’humeur.
 
Qu’est-ce que tu fais là ? Tu devrais être en cuisine, Petra…ici, c’est chez moi !
 
Plus pour longtemps, dit doucement la blonde, quelques choses vont changer, je le crains !
 
Non mais, quel toupet ! Fiche moi le camp tout de…
 
Pas le temps de finir sa phrase, toujours souriante Petra avait agi. Un Impero informulé et l’affaire était dans le sac…pour Petra, of course !
Opal ouvrit les yeux, et les referma aussitôt. Quel rêve absurde ! Elle se força à penser clairement, à part un infime mal au crâne et se sentir un peu vaseuse, tout baignait sauf que…
 
*Qu’est-ce que je fais là ?*
 
Là, c’était un avion plein de monde. Un avion ? Alors que son dernier souvenir concret était…au fait c’était quoi son dernier souvenir ? Quelque part elle pêcha l’idée d’avoir fait ses valises, pris son sac, les clés de la voiture et puis…
 
Excusez-moi la question idiote, Miss…mais on va où, là ?
 
L’hôtesse la gratifia d’un regard apitoyé. Des voyageurs paumés, elle connaissait mais cette jeune femme avait l’air franchement l’air à côté de ses pompes.
 
À Bali, madame…puis je vous servir quelque chose ?
 
Un whisky double !, lâcha Opal en se sentant plus perdue qu’elle ne l’avait jamais été de sa vie.
 
Sourire compréhensif ou allez savoir quoi dans le genre, elle eut droit à deux mignonettes et un verre en pastique avec des glaçons
 
*Mais qu’est-ce que je fais ici ?...J’attendais Erik…Mon Dieu j’ai le cerveau en compote…je devrais être à la maison…au resto…* Miss…Miss…est ce que je pourrais avoir deux aspirines ?
 
Le temps que la miss en question lui lance un regard de travers, que sa voisine de siège soupire, le monde bascula…enfin, plutôt l’avion, un peu trop brutalement pour qu’il ne s’agisse  d’une simple turbulence. Panique à bord ! Il y eut des mots dans les hauts parleurs, rien à faire…
 
Prenez vos positions pour atterrissage d’urgence…, les consignes de rigueur suivirent hurlées par une fille terrorisée.
 
Opal se recroquevilla le mieux qu’elle put, ferma les yeux et invoqua tous les Dieux connus avant de sombrer dans le vide. Elle venait de se prendre un sac de voyage sur la tête.
La mer était calme comme une tasse d’huile. Peu de traces de la tempête qui avait ravagé les lieux deux jours auparavant. Le calme était revenu au paradis. Jean Jacques Armand de Lambertie, Dr. Lambert pour tout le monde, n’avait cesse de s’émerveiller des bontés de ce petit monde unique, solitaire et fantastiquement privé. Oui, la solitude, le silence, ça lui seyait. Il en avait besoin et l’avait cherché avec grande parcimonie jusqu’à le trouver. Le prix n’avait pas été des moindres mais ce n’était pas son souci, quand on a trop de tout, on s’en fiche un peu de ces détails.  Il goûtait de chaque seconde de sa nouvelle vie, en profitait pleinement. Loin de tout et de tous. Une fois chaque quinze jours, la navette apportait des provisions et quelques nouvelles du monde extérieur, dont il savait très bien se passer.
Et puis ÇA ! Enfin, on ne pouvait pas, humainement parlant, appeler ÇA …Ça ! Une femme. Enfin, à simple vue, un corps de femme. Le Dr. Lambert alias on sait déjà qui, marqua un arrêt, prit une profonde inspiration et pendant deux secondes songea à faire demi-tour et disparaître. La marée l’avait déposée là, sans doute la remporterait-elle. Petit débat interne, serment d’Hippocrate entre  autres. Il trottina jusqu’à l’épave.
Pauvre créature. Qu’avait-elle pu endurer pour se retrouver là en si piteuse condition ? À part les ravages causés par l’exposition au soleil et l’eau de mer, elle avait des brûlures assez sévères sur tout le côté droit de son corps. Son visage, lui, avait été, Dieu merci, assez épargné. Elle était jeune, jolie et à demi morte. Et Jean Jacques Armand de Lambertie était médecin…
 
Là, tout doux, mon ange…tout doux, ça va aller !
 
Elle se réveillait enfin, après trois jours à batailler pour l’arracher aux doigts crochus de la mort et voilà qu’elle hurlait, se débattait, pleurait, essayait de se lever…
 
Tout va bien, ma belle…tout va bien !, dit-il, en français, tout en caressant doucement ses cheveux et sa joue intacte alors que le reste de son visage  disparaissait encore sous d’épais bandages, tout va bien…

 
Elle gémit, le fixant de son œil valide. Regard affolé, inquisitif. Jean-Jacques se montra le plus sollicite et doux possible. Ne pouvant pas espérer, même de nature assez optimiste, que l’inconnue parlerait français, il s’adressa à elle en anglais, qui il faut dire, n’était pas le plus grand talent de Monsieur le Docteur.
 
Vous êtes à sauf…Tout va bien…Vos blessures guérissent…
 
Elle ne pigea que la moitié et encore mais qu’est-ce que ça pouvait faire ? Cet homme semblait plein de bonnes intentions. Elle avait cru mourir dans la mer…avait eu si mal, si peur…
 
Vous avez eu un accident, n’est-ce pas ?...Êtes-vous tombée d’un bateau ?
 
Elle ouvrit la bouche pour parler mais ne réussit qu’à émettre un coassement rauque. Il l’apaisa d’un geste.
 
C’est normal…si j’en crois à vos brûlures, il y a eu un feu…votre gorge est irritée…ça ira mieux dans un moment !
 
Après un demi-litre de limonade fraîche, ça allait mieux en effet.
 
Vous pouvez me dire qui vous êtes ?...D’où venez-vous ?
 
Lueur d’affolement total, elle accrocha sa main.
 
Sais pas…sais rien…
 
Jean-Jacques Armand de Lambertie resta là, abasourdi, défait, pris de court, sans pourtant lâcher sa main. Elle avait l’air si démunie, si perdue, à demi transformée en momie pour soigner ses plaies et brûlures.
 
Ça ne fait rien…ça viendra *ou pas !*…Calmez-vous, ma  chérie…, il se rendait bien compte que le français ne lui disait rien qui vaille mais le ton employé la calmait…quelque part ça marchait pareil  qu’avec les chiens et les chats, du calme, ma douce…du calme…
 
Mais elle ne parvenait qu’à pleurer…
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Message par Erik Nielsen le Mer Nov 18 2015, 23:25

 La folie pure et simple ! Ce mot collé au pare-brise de la Jeep l’avait mis en transe. Un mot tout con, banal, terrible : Adieu ! Ce n’était pas possible ! Opal ne pouvait pas déserter ainsi sans une scène affreuse ou quelque chose du genre ! Il la connaissait trop bien pour cela, cette battante de petite bonne femme. Et le motif, hein ? Il n’y en avait aucun aux yeux d’un Erik à moitié fou quand on le menotta après bien des ruades.
 
MORTE ? QUELLE EST CETTE FABLE ? Non, je ne vais pas me calmer, dites-moi d’abord… Non, je ne vais pas me laisser embarquer sans savoir ce qui… mais lâchez-moi, andouilles !   
 
Il n’y avait rien eu à faire, le nombre l’emporta non sans recevoir une raclée.
Des heures, il mijota dans son jus avec ses lunettes cassées, plaies, bosses et pensées torturantes.
Pourquoi Opal avait-elle fui ? Pourquoi parlait-on de meurtre ? On avait trouvé son corps ? Direct, il réfutait cette alternative trop cruelle. Opal ne pouvait pas être morte, il le saurait, le sentirait, elle était sa moitié, merde ! Rester dans l’ignorance l’énervait. En général, il se calmait vite sauf que là…
 
*Opal, Opaline, où es-tu ???*  
 
Au moins l’unique coup de fil autorisé amena son avocat dans la salle prévu à cet effet. Douglas Henders était un ami et un patient de longue date. Même à une heure incongrue, il répondait toujours présent, tout comme Erik le faisait pour lui.
Après une brève accolade, Doug le força à s’asseoir et répondit à ses interrogations comme il le pouvait :
 
Opal est introuvable. Tu es suspecté de l’avoir au moins molestée sinon fait disparaître dans la nuit précédente. En attendant, tu es accusé de violence contre les forces de l’ordre, d’outrage, et j’en passe…  
 
Mais Opal que…
 
On n’en sait rien. Le billet que tu as trouvé est bien de son écriture avec ses empreintes dessus. On te considère comme violent…
 
J’aurais voulu t’y voir !
 
Dis-moi Erik, as-tu frappé Opal pour l’empêcher de…
 
Foutaise ! On a déjà eu des mots mais ça s’arrangeait plutôt bien ensuite.  
 
Comment expliques-tu les traces de lutte et le sang d’Opal dans le cabanon n°3 ?  
 
Aucune idée ! J’allais monter m’expliquer avec Opal au sujet des photos et… je ne sais plus.

 
Réponds franchement : Miss Larrson est-elle ta maîtresse, Erik ?  
 
Non ! Enfin… je ne crois pas, non.
 
Comment peux-tu hésiter là-dessus ?
 
On a pris un verre ensemble à Melbourne puis elle s’est trouvée dans le coin et m’a appelé pour un souci médical. L’hosto peut témoigner…  
 
C’est fait. On te savait prévenant envers tes patients mais il semblerait que cette Petra comptait beaucoup plus que ça…  
 
J’avoue avoir ressenti de la culpabilité envers elle… j’ai voulu me racheter en lui trouvant un boulot…  
 
Ben, faut croire que ta femme a vu les choses autrement… ou que tu ne me dis pas tout…

 
Je ne vois pas ce que j’aurais pu omettre, dit Erik en secouant la tête tout en fouillant sa mémoire.  
 
Bon, soupira Doug. Demain, il y aura audience préliminaire. Tu n’es que suspect dans la disparition. Les autres charges seront juste passibles d’une amende. Essaie de dormir un peu, tu as vraiment une sale tête.  
 
Merci, grogna-t-il. As-tu pu joindre mon frère ?
 
Hélas non. De longues heures d’insomnies l’épuisèrent. Son sort lui importait peu. Comptait juste celui de la femme de sa vie.  
Un gardien vint le tirer d’une somnolence perturbée pour lui ordonner de se rafraîchir avant l’audience, un sommaire petit-déjeuner accompagnait l’injonction. Il se rasa et mangea par habitude mais à la première bouchée, il faillit pleurer. Opaline aurait sûrement expédié l’assiette infecte contre le mur, elle !  Bon Dieu, comment une telle chose arrivait-elle ? Où était-elle ?  
L’estomac creux finalement, il suivit l’encadrement jusqu’au tribunal.  Il ne voyait quasi rien, n’entendait rien non plus ; Sentence ou pas, il s’en fichait. Quoiqu’il ait fait ou pas, du moment qu’Opaline lui pardonnait…  
 
Le discours du juge fut pourtant très clair, il n’en perçut que des bribes :
 
Triste malentendu… scène de ménage… abandon… témoin… avion… accident… victimes…  Condoléances…  
 
Il demeura pétrifié, les mots n’arrivant pas à pénétrer les brumes de son cerveau, puis la terre s’arrêta de tourner.  
Complètement paumé, il s’éveilla dans une chambre aux parfums familiers, et commença par rigoler, yeux clos :
 
Opaline, j’ai fait un rêve débile !!! Tu étais morte, et…

 
La main sur la sienne n’était pas la douce dextre de son aimée. Il tiqua, souleva une paupière qu’il rabattit aussitôt, tendu :
 
Non. Je rêve encore !  
 
Il ne voulait pas entendre ce que Michael disait, non, non ! Il hurla :
 
Va-t’en ! C’est faux, archi faux ! Ça ne peut pas être vrai. Va-t‘en !
 
On le plaqua sur le matelas, il eut un goût affreux en bouche et tout bascula à nouveau.   
 
Ses mains tremblaient terriblement en avalant son café sans doute agrémenté par une sauce à la Alix car, peu après, la lucidité vint. Tous les trois étaient assis à la cuisine où il avait fallu l’aider à descendre.  
Les visages étaient graves, tristes aussi.  Avant que l’un d’eux n’ouvre la bouche, il lança un « non » sonore. Puis, lentement, par des paroles sans fioritures mais très mesurées, il sut.  Au fur et à mesures de l’entendement, ses épaules si carrées d’ordinaire s’affaissèrent, le dos suivit.  Il se retrouva à chialer le nez dans sa tasse, secoué de sanglots irrépressibles.  
Quoique la sollicitude de son frère et de sa belle-soeur fût grande, il ne ressentit qu’un poids énorme, écrasant, celui de la culpabilité. Soudain, sans crier gare, un geste rageur balaya la table, faisant valser les tasses posées :
 

NON ! D’accord, elle m’a quitté, mais pour aller à Bali, ça n’a aucun sens !... Oui, Michael, j’ai entendu. Petra a fait en sorte que. Tiens, elle est dans le coin j’espère ? J’irais bien lui dire ma façon de penser…
 
La belle, à peine sollicitée par Michael, s’était évaporée après avoir plaidé en sa faveur auprès des autorités. Dommage… un meurtre aurait sans doute eu vraiment lieu alors.
 
Crash il y a eu, ok, admettons. Mais son corps, il est où, hein ? Allez, dites quelque chose !... ah, il en manque ! ( il ricanait, l’air d’un échappé de l’asile) Vous voyez, s’il en manque, elle peut très bien avoir survécu, s’être échouée quelque part, non ? … NON ? Comment ça non ?  (Hoquet d’incrédulité)… Ah, parce que vous avez essayé la magie et que ça n’a rien donné. C’est suffisant à vos yeux ? Ben pour moi, pas !
 
Là-dessus, il se leva et entreprit de fouiller tous les tiroirs ; les visiteurs le suivirent partout dans la maison, l’air navré. Pour un chambard, il en mit un beau.  
 

*Opal me tuera si elle voit le bordel !*
 
L’ayant laissé se défouler dans tous les coins, Michael finit par lui attraper l’épaule et lui fourra un objet entre les doigts. Un sourire extatique le remercia. Sa baguette, c’est bien ce qu’il cherchait.
Pas difficile de lancer son patronus, il ne pensait qu’à Opal, au moment béni où elle avait dit oui. L’énorme dogue argenté s’évapora ensuite avec la mission que l’on imagine. Très satisfait, Erik consentit à se rasseoir et mangea de bon appétit un des petits plats d’Alix.  Entre deux bouchées avides – Erik avait toujours eu une belle fourchette – il mâchonna :
 
Et Caroline, les jumeaux, j’espère qu’on ne leur a rien dit de ces âneries ?
 
Ouf, rien ou si peu.  Peu après avoir fini son assiette, une grande torpeur l’envahit encore. Sûrement un coup d’Alix. Mais c’est en souriant qu’il s’allongea sous son drap.
 
Plein d’entrain à son réveil, il déchanta bientôt, le dogue ne revenait pas. Il savait que cela pouvait prendre  des heures voire des jours, mais cette absence l’inquiéta. On tenta de le rassurer cependant il perçut une retenue qui faillit le fâcher encore. Après le repas, les frères allèrent s’en fumer un dehors. Là, il attaqua :   
 
Cesse de me parler comme à un demeuré ! Michael, tu ne ferais pas tout ce qu’il faut pour retrouver Alix, toi ?  Je te connais ! Si tu t’inquiétais, tu remuerais ciel et terre pour la retracer, et à moins d’un lieu incartable…  Oh ? (éblouissement joyeux) mais c’est ça, c’est ça, ça ne peut-être que ça ! Opaline est dans un lieu incartable !!  
 
Il ne vit pas la mine décomposée de son frère, trop réjoui par ses déductions.  
 
C’est juste une question de temps. Je vais balancer mes excuses partout dans le monde et…
 
L’amorce d’un déni de Michael fit fuser le sien :
 
Non ! Non Michael, ne m’en empêche pas ! émit-il d’une voix brisée. C’est tout ce qui me reste : l’espoir ! Je ne suis pas fou, je veux qu’il en soit ainsi. Et si Opal ne veut pas revenir après contact, je l’accepterai mais sa mort, non, pas sa mort, jamais !!!
 
Là-dessus, il tourna les talons en jetant son clope éteint, rafla une bouteille d’alcool sur le bar et alla s’enfermer dans sa chambre.
Leur chambre !  En cet endroit où son parfum flottait encore, ils s’étaient aimé, disputés, réconciliés, aimés encore, toujours, avec la même passion qu’au 1er jour…
Assis en tailleur sur le lit, l’oreiller d’Opal serré d’une main contre sa poitrine, l’autre portant le pur feu fréquemment à ses lèvres, il se balança d’arrière en avant, perdu, perdu, perdu.
Ce manège aurait pu durer longtemps si quelque chose de dur ne lui avait piqué le dos. Agacé, il lâcha la bouteille, se gratta et trouva… sa baguette.  Tout alla alors très vite. Il gribouilla un mot, fourra divers objets dans un sac, rafla un flacon sur la coiffeuse, et fit briller l’oreiller. Le lendemain, bien en évidence, Michael lirait :
 
Opal est vivante. Je vais la chercher. Prends soin de ma fille, tu es son tuteur en cas de défaut parental. Merci pour tout. À bientôt.
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Opal McLane le Sam Nov 28 2015, 21:28

Paradis d’ombres douces, de sons tamisés, de fraîcheur merveilleuse. Aller et venir entre cauchemar et cette réalité inconnue. Et à chaque réveil, il avait été là. Sollicite, parlant de sa belle voix bien modulée, avec des mots qu’elle ne comprenait pas mais qui l’apaisaient.
Situation absurde s’il en est. Elle se sentait perdue en temps et espace, sans repères, sans souvenirs, agitée par une rage sourde que son hôte bienveillant jugeait normale.
 
*Ouais…il trouve tout normal, celui-là…normal de chialer, d’enrager, d’avoir de cauchemars…de savoir rien de rien…d’être une fichue paumée à moitié cramée…*
 
Car oui, bien que les soins prodigués aient été très satisfaisants, il restait quelques traces, très visibles de ses mésaventures. Mais encore là, M. le Docteur de Lambertie assurait que le temps et la science sauraient les effacer…plus ou moins.
 
*Mais voyons…en plus un optimiste…Temps et science !?...De l’un on en a trop, de l’autre…pffft…à part l’éminence de service et les moyens de bord…on repasse !*
 

Se plaindre ? Pas vraiment, Belle, ainsi baptisée faute de mieux, ne se plaignait pas : elle râlait. Et pour râler, il fallait dire que la miss s’y prenait plein tube, avec un entrain énergique qui démentait l’idée qu’on s’était faite d’elle en tant que pauvre victime démunie de Dieu sait quoi d’affreux.
 
*Chère petite…quel caractère…c’est bien la première fois que je rencontre une victime traumatisée qui réagisse ainsi…Elle doit être tout feu et flamme dans son état normal…dans son environnement…avec les siens…*
 
Bien entendu, il ne savait pas si bien penser mais on n’en était pas encore là. Il fallait d’abord d’où sortait la belle. Parce qu’elle l’était, sans l’ombre d’un doute…ou l’avait été avant que le feu ne gâche l’ensemble.
Mais on n’est pas toujours à sa chance. Soit, les premiers jours étaient passés à lutter pour sa vie, ceux qui suivirent à l’aider à se remettre. Quel temps pour faire des recherches ? Où d’ailleurs ? Dans cet isolement béni, sans moyens de communication ni rien de semblable les jours passaient, tous identiques, paisibles, indifférents. L’apparition de Belle avait fait basculer cette routine consciencieuse mais M. Jean-Jacques Armand de Lambertie s’arrangeait pour que tout semble aller merveilleusement bien.
 
Comment se sent-on ce matin, bel ange ?
 
Belle haussa les épaules et continua de piocher dans sa salade de fruits alors que son sauveteur prenait place à l’autre bout de la table et la considérait avec paternelle condescendance.
 
Allons, Belle…Mieux ? Pas mieux ? Mal quelque part ?
 
Pareil qu’hier et qu’avant-hier et sans doute que demain…, grommela t’elle, l’ennui de ne pas se souvenir est qu’on sait pas pourquoi on est de mauvais poil !, crut elle bon expliquer, et ça me met encore plus de mauvaise humeur...sorry, Doc…j’y peux rien…je devais être un vrai poison !
 

Je n’en crois rien, mon ange !, c’était poli mais en fait il n’en était pas si sûr, tu as bien dormi ?
 
Bof ! Oui…non, j’en sais rien…en tout cas, j’ai fait le même rêve…celui du gars avec des lunettes et du gosse qui apparait partout en double, une mioche délirante…tu crois que…
 

Oui, je crois, ce sont tes souvenirs qui cherchent à revenir…c’est confus, il se lança dans une explication quasi scientifique sur le conscient et l’inconscient ponctuée de mots en français, impossible de trouver l’équivalent en anglais, quelques exclamations dignes de tout fils de la Gaule, gestes à l’appui.
 
Elle suivit le tout avec franche fascination avant d’éclater de rire, ce qui tirailla quelques sutures, sans pourtant mettre frein à son hilarité. Le Dr. De Lambertie se tut, légèrement vexé de tant de désinvolture face à ses connaissances qui, avant dans son autre vie, avaient soulevé l’admiration des auditoires les plus choisis.
 
Désolée…sorry !, elle s’épongeait les yeux avec sa serviette, c’est que c’est…trop marrant…j’ai rien compris…je ne devais pas parler français avant…ça n’a pas changé…je trouve ce petit accent trop…unique…entre nous, tu le massacres pas mal, l’anglais…comment tu t’arrangeais avec tes discours ?
 

J’avais toujours un traducteur !, assura t’il d’un petit air suffisant, J’étais…
 
Ouais…apparemment on était tous deux quelque chose d’autre…avant…allez, pas la peine d’en faire un plat…sais pas pourquoi tu as choisi d’être ici…moi, j’y peux rien…au fait…elle vient quand la navette ?
 

Là résidait son seul espoir. La fameuse navette qui selon les dires de son hôte, chaque quinzaine apportait des nouvelles du monde extérieur en plus des provisions. Depuis son arrivée si accidentée, la navette était passée trois fois et comme tout dans ce coin de monde perdu Dieu sait où, tout allait au petit bonheur la chance, mu par une indolence rieuse, une espèce de « je m’en foutisme » général contre lequel le colonialisme poussé à ses extrêmes n’avait rien pu faire. Pas de poste, pas de journaux, pas de nouvelles. Si l’éminence de service parlait mal l’anglais que dire des dialectes locaux…
 
Dans quatre jours, informa le docteur.
 
Elle soupira et avala le dernier morceau de papaye qui traînait dans son assiette avant de le regarder.
 
C’est quand même tout bête…on dirait que je ne suis rien ni personne…quand quelqu’un disparait…on fait quoi, à ton avis, Doc ?...Enfin, disparaître sans le vouloir, s’entend…même si je parie que deux ou trois doivent bien se débiner pour te trouver, toi !
 
Sourire en coin. Il s’en doutait bien, qu’on le cherchait, mais s’était très bien arrangé pour éviter qu’on le trouve. Tout compte fait c’était absolument son bon droit que de disparaître de la face civilisée du monde. Il ne devait rien à personne, n’avait aucun délit ni gros péché sur la conscience. À part avoir été un insupportable égoïste, un arrogant imbu de soi, un tyran imbuvable, mauvais mari et pire père…il n’avait presque rien à se reprocher. Presque. Sauf que ce presque-là avait fini par se résumer par la mort de Gisèle et leurs enfants lors de ce stupide accident de la route, ce soir d’hiver alors que sa femme avait décidé de mettre un terme à ce qu’elle appelait une relation absurde et purement masochiste.
Et voilà qu’apparaissait Belle. Sans chichis, sans détours. La langue bien pendue, caractère à en revendre, sans se laisser impressionner par ses airs d’éminence, de grand seigneur. Elle se moquait de lui, de son accent, de ses discours brillants. Faisait fi de sa propre misère, engloutie dans l’oubli, de l’oubli soi-même, de sa peau brûlée, de sa beauté enfuie…Ne s’était-elle pas regardée dans un miroir dès qu’il eut retiré ses pansements, avec une petite grimace, avant de dire :
 
C’est pas du joli joli…mais ça fout pas la trouille, non ?
 
Tout autre femme, de celles qu’il avait connues, aurait hurlé, fait un drame, sombré dans la dépression, avalé du poison. Belle, non. Cela l’avait secouée, oui, mais pas au-delà !
 
Tu seras toujours belle, mon ange…tu as l’âme belle !
 
On en était restés là. Belle vivait son jour le jour sans apparente angoisse, avec une quasi indifférence qui ne trompait pourtant pas M. Le Docteur. Elle attendait. Quoi ? Ça, il aurait bien voulu le savoir.
 
*Le gars avec des lunettes ? Le gamin en double ? La mioche délirante?*
 
Et du coup, il avait peur qu’ils ne se matérialisent, ces rêves. Parce que de le faire, ils emmèneraient Belle et il resterait là, planqué avec son envie de disparaître.
 
*Tu délires, Jean-Jacques Armand, tu perds la perspective…tu déconnes !*
 
Peut-être oui. Peut-être non. Après tout, comme tous les hommes de ce monde, il avait droit à une deuxième chance, non ? Il avait 62 ans, était veuf, célèbre et riche comme Crésus. Son choix, sur un mouvement d’humeur et profonde contrition, de s’éloigner du monde et ses vaines tentations, lui pesait rarement. La solitude, il l’avait cherchée et trouvée et voilà qu’il craignait de la retrouver si Belle partait.
Elle avait tenu à l’accompagner au ponton. La navette dépassa la pointe et enfila le canal entre les récifs. Amarres en place, les trois hommes à bord débarquèrent le chargement, remirent le courrier et comme si rien s’embarquaient de nouveau.
 
Et les journaux ?, voulut savoir Belle en apostrophant le chef.
 
Colis mal amarré…grosse mer, tombé à l’eau !, se hâta de dire le bonhomme pressé de reprendre la mer.
 
Ah bon ?...Juste comme ça…plof à l’eau !...Non mais…Des nouvelles…j’ai besoin de nouvelles…quelque chose, n’importe quoi !
 

Le capitaine regarda cette drôle de bonne femme à la moitié du visage un peu bousillé et haussa les épaules.
 
Peux rien…accident ! Ça arrive !
 
Ah oui !? Ça arrive…vais t’en donner du ça arrive, moi !
 
Elle ne fit qu’étendre la main, sans le toucher, pourtant l’homme sembla frappé par un poing invisible et après avoir décrit une courbe plutôt comique tomba à l’eau alors que ses compagnons hurlant Dieu sait quoi dans leur langue tribale se dépêchaient de le repêcher et de ficher le camp à toute vapeur.
 
Mais…qu’as-tu fait, Belle ?
 
J’en sais rien…Rien ! J’ai rien fait…j’avais très envie de lui taper dessus, oui…, elle leva la main pour l’empêcher d’en rajouter, dis rien…j’ai très mal au crâne !
 
Il la regarda s’éloigner Sarong vert, cheveux en bataille, pieds nus. Il aurait juré qu’elle pleurait. Et s’en voulut. Que faire d’autre sinon la suivre alors que les domestiques transportaient les colis à la maison.
Elle resta enfermée dans sa chambre le reste du jour et tout le suivant, n’acceptant que les plateaux que la douce Legi lui apportait et retirait presqu’intacts.
Quand Belle quitta sa réclusion le Dr. De Lambertie devina que quelque chose avait changé.
 
Tout va bien, Belle ?
 
Je m’appelle Opal et cette nourriture est plutôt infecte…je  vais à la cuisine.
 
Mais, Bel…euh Opal…comment ? Que…comment… ?
 
Haussement d’épaules.
 
Sais pas…c’est venu comme ça, la nuit dernière…Je fuyais, tu sais…c’est ça que je faisais…je me suis taillée…comme toi, quoi !...C’est confus…mais c’est ce que ça donne en gros…suis fine, là…tant penser et arriver à ça…du coup, c’est presque tout bon…
 

Manque de meilleure idée, il la suivit à la cuisine. On pouvait rêver mieux comme installations, Jean-Jacques Armand avait été un fin gourmet mais de sa vie n’avait su autre chose que commander des bons petits plats sans jamais songer à essayer de cuire un œuf. Reclus volontaire dans son petit paradis privé il avait reconnu sa triste erreur quand il était tard pour y remédier. Finie la gastronomie de luxe, bienvenue les petits plats locaux…il avait presque fini par s’y faire.
Et voilà que la miss, imbue de son identité, dévoilait des talents qui allaient sûrement avec.
 
Mon Dieu…c’est divin…exquis, sans pareil…
 
Mouais…c’est bon, il y a mieux…je crois que je sais faire la cuisine…Peut-être que j’ai empoisonné quelqu’un sans le vouloir…pour ça j’étais en cavale…et…c’était un avion…
 
Un avion ?, s’enquit-il, interdit.
 
Oui…un accident d’avion…un crash…je crois qu’on allait à Bali… enfin…ça fait un bail déjà, non ?...Et si je suis encore là c’est qu’on ne me cherche plus…ça doit faire bon débarras…
 
M. Le Docteur secoua la tête, véhément.
 
Non, ça je ne peux pas le croire…jamais quelqu’un ne voudrait se débarrasser d’une femme comme toi…pas un homme sain d’esprit en tout cas !
 
Un homme !?Pourquoi pour vous les français il doit toujours être question de …ça…un homme, une femme !?
 
C’est l’élémentaire base du bonheur ! Nous sommes romantiques.
 
Mon œil…plutôt du genre obsédé mais enfin…
 
Belle…euh Opal…mais à part ce talent inné pour la haute cuisine, le souvenir du crash…de ta cavale…rien d’autre ?...Dans le goût… « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » ?
 
Elle émit un bruyant soupir en se laissant choir sur la chaise la plus proche.
 
Dit comme cela…peut-être…mais si j’y pense…je sens de la colère…de la peur…oui, du chagrin aussi…ça signifie sûrement que je me suis fait larguer…ça devait pas être bien  fameux, non ?...Pour me retrouver seule dans un avion allant à Bali…tu me diras…
 

Il prit note de tout ce qu’elle voulut raconter mais un détail le turlupinait sérieusement :
 
Ce qui s’est passé avec le capitaine de la navette…c’était quoi ?
 
Quoi…quoi ? Je l’ai poussé et il est tombé à l’eau !
 
Tu ne l’as même pas touché…Seigneur, que fais-tu avec ce verre ?
 
En parlant elle avait tendu la main vers le verre empli d’eau et celui-ci lévitait gentiment vers elle.
 
Tiens…sais pas…, elle attrapa le verre et le vida tranquillement, c’est marrant…je peux faire bouger les choses !
 
Le Dr. De Lambertie commença doucement à se douter que son invitée avait bien plus de talents que voulu.
 
*Ange…sorcière…qui es-tu, Belle-Opal ?*
 
Avec un peu de chance, il l’aurait, sa réponse…
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Erik Nielsen le Dim Nov 29 2015, 16:39

Lorsque l’on est écrasé de chagrin doublé d’un profond sentiment de culpabilité, on peut réagir différemment à la normale, l’ « habituel », ne pas se conformer à l’image attendue par la majorité.  D’autant si on est sorcier…  Erik n’avait pas beaucoup réfléchi, il avait foncé en suivant son instinct. Rien ni personne n’y changerait rien : Opal était vivante et il la trouverait.  Il débloquait ? Pas de son point de vue, en tout cas.  Peut-être qu’aux yeux de certains, il était fou et lâche. Lâche de refuser ce que d’aucuns jugeaient pour acquis. Coûte que coûte, il ne négligerait rien.  Pour se donner bonne conscience ? Oui et non… D’une manière ou d’une autre, il avait gaffé et, le moins qu’il puisse faire était de tout, absolument tout mettre en œuvre pour retracer son épouse, où qu’elle soit.  
Après être passé à la banque y prélever une provision nécessaire à ses déplacements, des documents falsifiés en poche, il se matérialisa à Lombok, l’île proche de Bali où des corps et épaves avaient été récupérés après le crash. Les autorités locales ne s’étonnèrent pas de la démarche de ce quadragénaire à l’air hagard qui fit le siège des bureaux jusqu’à obtenir gain de cause.
La morgue… Erik, en ayant vu d’autres, ne s’émut pas plus que cela en observant les cadavres en mal d’identification. Son savoir-faire, la pertinence de ses remarques sur tel ou tel cas, lui gagnèrent l’estime du personnel même si, parfois, il leur sembla que cet européen pratiquait bizarrement.  
Il passa quelques jours sur place à la fois déçu mais rassuré : Opal n’était pas parmi les victimes.
Là-dessus, déjà fort de divers renseignements quant au lieu exact de la catastrophe, les possibles courants ayant fait dériver rescapés et/ou corps, il ne lui resta qu’à louer une embarcation histoire de vérifier point par point les multiples îlots à proximité.  
Inhabités ou peuplés, il y en avait foule hélas.
En général, il recevait bon accueil.  La curiosité de ces gens, leur sympathie une fois le souci exposé, ne le firent pas avancer beaucoup.  En général, ces coins étaient peu visités par les touristes et ceux qui s’y  risquaient se faisaient fréquemment arnaquer. Dommage pour eux, Erik n’était pas ordinaire… Il ne se laissa pas appâter par de faux renseignements, ne tomba dans aucun des pièges tendus.  Le « asing » comme on l’appelait se fit redouter. Avec lui, la franchise était nettement préférable sous peine d’attraper d’affreux boutons ou de vilains coups. Certes, il ne passait pas inaperçu et cela ne le dérangeait nullement, au contraire !  Peut-être qu’Opaline finirait par  entendre parler de cet étranger dont on ne savait se débarrasser ?  
Teigneux ? Un peu. Cela dépendait des circonstances. Si un indice valait le coup, le asing payait. Si pas… tidak !  
Plus d’1 mois qu’il cabotait allant d’espoirs en déceptions. Il se raccrochait surtout aux absences d’indices.  Tout plutôt que la preuve flagrante de sa perte !  
Tout ce périple, il communiqua peu avec son frère, juste de quoi prouver qu’il vivait en s’intéressant à ses enfants.  Michael fut souvent réservé mais assura que tout baignait, au moins ça !  
Cette fois, il aborda Borobudur. Amarres jetées et ficelées, il sauta sur le ponton bancal où, très vite, on le repéra. Certains autochtones sourirent, d’autres détalèrent.  
Son sac à dos fixé, il entreprit de trouver un logement. Bien sûr, beaucoup de gosses l’accompagnèrent dans son excursion en lui baragouinant des adresses et des conseils. Un petit déluré aux yeux rieurs et oreilles décollées, insista en s’accrochant à ses basques :
 
Asing  aller Wayang. Bon logis, bons plats. Meilleur qu’ailleurs !
 
Tous disaient pareil, vantant les établissements du cru qui leur reversait une pièce en cas de capture du client.  
Le gamin sortit alors :
 
Femme à toi pas loin ! Aller Wayang !
 
Bof, celui-là, un autre ?  Erik suivit. 
L’établissement était banal. Un lit genre châssis en bois, matelas de paille rêche, commodités à partager, pas grave.
Démoralisé ? Pas plus que d’habitude. Erik erra un peu, son maigre bagage sur le dos. Que visiter  d’autre que les bars ?  La majorité des gens vivait des produits de la pêche en se retrouvant le soir autour d’une boisson chaude ou forte, y discutant de leur bonne ou mauvaise journée. Il commençait à les connaître par cœur ces dialogues épicés d’anecdotes souvent plus imaginaires que réelles.  Untel jurait avoir pêché une sirène ; un autre affirmait à qui voulait l’entendre qu’une sorcière habitait l’île du gila(fou). Nielsen a avait toujours appris très vite les subtilités des langues ou autres. Il avait pigé au quart de tour. Il savait aussi qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre tout ce qui se colportait en tels lieux. Intrigué quoique prudent, il rapprocha son verre de la table du gars en short et bras de chemise qui tenait l’auditoire en haleine.  
 
M’a pas touché, et plouf ! Equipage peut dire aussi !  
 
Un verre pour vous remettre de vos émotions, Mr… ?
 
Taufik ! Moi, Taufik. Toi ?
 
Erik. Tu es sûr de ne pas être seulement tombé à l’eau parce que tu avais abusé du rhum local ?
 
Taufik jamais boire sur eau, jamais. Elle fâchée, elle jeté moi.  
 

Elle ? Elle est comment ?  Blanche ? Petite, grande, belle, laide, blonde, brune ?  
 
Haussement d’épaules :
 
Pas d’ici, pas jolie. Méchante, oui !  
 
Bon an mal an, faisant fi de son agacement à écouter le récit de ce capitaine occasionnel, Nielsen fut persuadé tenir enfin une piste. Certes, la description de la mégère ne correspondait en rien avec Opaline mais une vérification s’imposait. Pas à cela près, Erik marchanda :
 
10millions de rupiahs si tu m’emmènes là-bas, ok ?  
 
Même pour un milliard, le gars ne voulait pas. On n’approchait pas les Ahli Sihir, plutôt mourir de suite !
 

Comme tu veux, admit Erik. Pour ton milliard, tu m’indiques la route, ok ?  
 
De toutes ses dents jaunies, Taufik agréa enfin.  L’affaire se conclut.  
 
*Bon, c’est pas tout ça !*
 
Longuement, Erik plancha sur le sujet. Se précipiter à l’aveuglette ne lui correspondait pas maintenant qu’il tenait un soupçon de fil conducteur. Ce n’était peut-être que du vent, une illusion entraînant une nouvelle désillusion, mais au point où il en était, qu’importait ?
Taufik se montra riche en détails. L’île du fou était le domaine privé d’un dénommé JJADL, un toubib français retraité à ce qui se racontait. Plusieurs jours s’écoulèrent en déplacements vers les points de captages du Net. Erik sut tout ce qu’il pouvait y avoir sur le curriculum d’un certain Jean-Jacques de Lambertie, un nom pareil qui ne s’inventait pas.  
 
*Chirurgien très réputé… désabusé après des décès… Ermite à moitié… navette bi mensuelle… exigent… méfiant…*  
 
Le personnage cerné, fallait encore jeter un œil très… discret.
Erik réfléchit beaucoup. Si la sorcière supposée était bien Opal, ne s’étant aucunement manifestée, de deux choses l’une : ou elle ne voulait pas revenir au monde des vivants ou elle ne savait pas qu’elle en était…  
L’île n’était vraiment pas loin. Un petit transplanage l’y posa en désillusion.  
Deux jours complets, il observa.  Il faillit s’évanouir la première fois qu’il l’aperçut sur la petite plage où, en sarong, elle fouillait les rochers à la recherche de crabes. Elle, son amour, sa vie ! Nulle autre n’aurait eu cette attitude, cette démarche… L’effort pour ne pas se manifester fut démesuré. Les dents  mordant sa main, il s’effaça pour hurler plus loin sa joie et son chagrin. 
Que faire maintenant ? Il sentait qu’il serait vain de se présenter à elle comme si rien, genre hello, ça fait un bail, non ? Il ne pouvait pas non plus débarquer et ramper vers elle en implorant son pardon quoique si cela s’avérait efficace, pourquoi pas ? Demander des renforts et l’embarquer de force ? Non ! Les McLane seraient trop ravis de l’éjecter, lui, ensuite.  Aller chercher leurs enfants ? Cela ressemblerait à de la couardise. Certes, Erik avait peur. Peur de lire dans ses yeux magnifiques une fin de non-recevoir. D’après les échos sur les habitants de cet îlot isolé, Belle – le surnom d’Opal – était dérangée du cerveau. Elle avait été repêchée et soignée par ce toubib raffiné. Récemment pourtant, elle semblait avoir repris une certaine forme de caractère, preuve en était la mésaventure de Taufik. Un plan germa. Débile ? Pour un désespéré, non.  Rentré au port, Erik s’organisa. Il arrosa la cantonade, prétendit poursuivre sa route et, après une longue nuit de beuverie, il leva les amarres.
Déclencher un orage de fin du monde était tout à fait dans ses cordes sorcières. Y mit-il plus de zèle que voulu ? Le fait est que sa frêle embarcation un peu sabordée au passage ne résista pas longtemps aux éléments déchaînés.
L’énorme paquet de mer provoqué dans un vent furieux sous un ciel d’apocalypse l’expédia au bouillon en moins de deux. Il en but plusieurs tasses tandis qu’accroché à un gilet de sauvetage, il dansait mieux qu’un bouchon dans la saumure. Il pensait avoir tout prévu… Sauf qu’un débris de coque vint le frapper en pleine face lui explosant lunettes et nez. Il coula.  Dans une semi-conscience, il vit le visage rayonnant d’Opaline se pencher sur lui puis se perdit dans les limbes profonds.
 
Ces rivages parfois tumultueux en ramenaient des choses étranges surtout après gros temps. Récemment, il avait eu droit à des débris divers, sacs, bois, vêtements. Sa meilleure surprise fut la  rescapée d’un incendie. SA Belle ! Il l’aimait beaucoup sa quasi inconnue au lourd secret qu’elle refusait de révéler. Certes la commotion avait été rude mais, de par son expérience, le docteur de Lambertie savait qu’il n’est pas pire amnésique que celui refusant de laisser émerger ses souvenirs. Et maintenant ça…
C’était quoi ?  Manifestement un chien, un gros. Couché sur le flanc avec les vaguelettes qui le léchaient en douceur, l’animal ne lui présentait que son dos noir couvert de crabes voraces. Une dépouille à rejeter à la mer ou à enterrer. Quel était le maître assez idiot pour balader en rafiot un bestiau pareil ? Derrière lui, le docteur entendit la voix de Belle. Il fut prompt :
 
N’approche pas, ma toute belle ! C’est un pauvre chien noyé.  Je m’en débarrasse.
 
Son long bâton glissé sous l’animal, Jean-Jacques espérait en faire un levier quand, contre toute attente, un gémissement plaintif s’éleva.
 
*Zut !*  C’est le vent, mon petit. Va-t-en. C’est pas beau à voir.   
 
Mais – et ça il aurait pu s’en douter – peine perdue.  
Opal savait se montrer extrêmement affable, serviable, aimable sauf si… cela ne tournait pas dans le sens désiré.
Là, si l’animal vivait, il fallait tout mettre en œuvre pour le sauver.
 
Je ne suis pas vétérinaire, moi ! tenta-t-il pour échapper à la corvée.
 
Rien n’y fit. Elle ameuta les domestiques pour qu’ils amènent le chariot servant d’ordinaire au transport des marchandises et hop, au trot à l’intérieur.  Contraint sous l’œil sévère de son hôtesse, Le docteur entreprit d’ôter un à un les crustacés qui avaient déjà entrepris leur travail de charognards.  Lorsque le seau fut quasi plein, Opal l’emporta aux cuisines. Cela parfumerait sa soupe, déclara-t-elle.  
Laver les plaies, en suturer certaines, ne suffit pas à redonner complètement vie au chien.  Avec prudence – ça mord, les clebs ! – Jean-Jacques examina la face du dogue. Bizarre, il avait du verre et des échardes de bois autour des yeux et sur le museau.
 
*s’il avait porté des lunettes, ça s’expliquerait…*
 
Au moins le patient fut docile. À part quelques gémissements lors des extractions, il ne se débattit pas.  Lorsqu’Opal reparut, le plus gros était accompli.
 

Je vais panser tout ça, lui injecter un antibiotique et un anti inflammatoire, puis… on verra.
 
De Lambertie était content puisque Opal l’était. Sa cuisine fut très savoureuse, comme toujours. Quelle veine d’être tombé sur un beau brin de fille doublé d’un parfait cordon-bleu.  
Après le repas, il aurait souhaité faire une de ces parties de cartes qui les occupaient jusqu’à tard en soirée sauf que Belle préféra aller tenter de nourrir le chien. Elle tarda si longuement que la curiosité du toubib l’emporta sur sa patience.
Dans un coin de la buanderie, Opal, à genoux, caressait la grosse tête du dogue en l’encourageant à laper sa pitance. Déni total de l’animal.  
 
Erik se sentait bien. Courbaturé de partout, quelques tiraillements le dérangeaient aussi mais il était bien puisque Opal jouait avec ses cheveux. Cette main, c’était la sienne, il l’aurait reconnue entre mille. Si douce, si apaisante… Que disait-elle ? Manger ? Quelle idée ! Non, non, il était trop à l’aise pour songer à son ventre.  
 

N’insistez pas ainsi, Belle ! Il mangera et boira quand il se sentira mieux.  
 
Qui était cet intrus ? Ah, oui… le toubib du coin. Il ne savait pas foutre la paix aux gens, celui-là ?  
 
*Caresse-moi encore, Opaline ! J’adore quand tu fais ça ! *
 
 Allons, Opal, soyez raisonnable. Laissez-le tranquille.
 
Erik crut dire : fous-le-camp ! Mais au lieu de ça, ce fut un « Ouaf" puissant qui s’émit.  Opaline se releva précipitamment, le docteur bondit en arrière.  
 
Perdu, Erik répéta : Ouaf !   En fait c’est tout ce qu’il savait dire. Sa lourde masse s’ébranla en dérapant avec des aboiements paniqués.  
 
*Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que ça signifie ?? *
 
Lorsqu’il vit ses pattes, il comprit.  
 

*Animagus, je suis dans ma forme animagus ! Merde !!*
 
Il tenta de se concentrer pour redevenir lui-même. Le résultat ne fut guère brillant. Un chien de cette taille en panique dans un réduit, cela crée un fameux chambard. Il se cogna partout, gémit, aboya, patina, s’affala en renversant mannes de linges, pots de lessive et autres bricoles.
 
Il est fou ! s’épouvanta de Lambertie. Sortez, sortez !
 
Non, mais il osait toucher Opaline au bras ?  
 
Grrrrr !
 
Clac, la porte se referma sur sa truffe.
 
Kaïk !
 
Refroidi par le dur contact, le dogue se recoucha en frottant le museau de ses pattes. Deux minutes plus tard, le docteur revint à la charge en brandissant une seringue. C’était quoi ? Un calmant, une dose létale ? À tout hasard :
 
GRRRRRRR…
 
Opaline ne semblait pas d’accord avec une administration sévère. Les deux se bagarraient devant la seule issue possible au réduit.  Acculé, le chien recula, se coucha,  et attendit résigné…
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Opal McLane le Mar Déc 01 2015, 12:41

Des crabes ! Pêcher des crabes. Ce n’était sans doute pas son occupation avant mais tant qu’à faire, elle ne s’y prenait pas si mal que ça. Les bestioles avaient leur petite idée et c’était de ne pas finir dans son panier, elle avait envie de les transformer en met délicieux. La loi du plus fort ! Pas toujours juste mais enfin…
Vlam, le crabe dans le panier, couvercle clos. Ça s’agitait bellement. Et puis ça ! Cette sensation gênante d’être observée. Elle grimpa sur le rocher pour mieux observer les alentours. Personne. Pourtant la sensation persistait.
 
*Super…en plus tu deviens folle !*
 
Sa cueillette finie, elle rentra à la maison. M. le Docteur se prélassait à la véranda, apparemment subjugué par la beauté de son jardin, plutôt sauvage, et le piaillement, obsédant, de quelques perruches juchées dans un arbre. En la voyant, il se leva. Toujours si poli, si charmant.  
 
Alors, ma Belle…on revient de sa promenade ?
 
Elle ne se donna pas la peine de fournir des explications, se contentant de soulever un peu le couvercle du panier grouillant des crabes en mal de liberté.
 
Le dîner…crabe farci ! Ça nous changera du poisson…, c’était sa façon de dire qu’elle en avait ras le bol des menus si maritimes dont le bon docteur semblait si friand.
 
En fait, le pauvre n’en avait trop le choix. Quand on vit sur une île, toute petite, et qu’on n’a pas pris certaines précautions quant aux provisions, on mange ce que la nature fournit…du poisson !
Laissant son hôte se faire les idées qu’il voudrait, elle alla s’occuper des crabes, sans pourtant avoir touché mot sur la sensation d’avoir été observée.
Le lendemain, alors qu’elle cherchait des huîtres, ce fut la même chose.
La tempête arriva sans préavis. D’un seul coup le ciel devint gris d’ardoise, la mer se moutonna et le vent se mit à souffler rageusement. Recluse, malgré elle, Opal ne put que contempler le cataclysme servi à domicile alors que le docteur et les domestiques s’échinaient pour assurer les volets. La maison tiendrait bon, assurait le maître de céans. On avait connu pire.
Et le lendemain, comme si rien. À part quelques arbres déracinés, pas de maux majeurs à déplorer. Jean-Jacques Armand voulut sortir faire un tour pour explorer la plage. Elle le suivit, faute de mieux.
 
Le  gros temps apporte parfois des surprises…tu es arrivée après une tempête !
 

*Génial…on devient nostalgiques !* Tu crois que la navette viendra ?
 
Il n’en savait rien. Depuis le bain forcé du capitaine, plus de navette. Il faudrait sans doute chercher un nouvel arrangement. Pas le temps de débattre sur le thème, ils venaient de découvrir ce que leur avait apporté la tempête.
 
N’approche pas, ma toute belle ! C’est un pauvre chien noyé.  
 
Un frisson d’horreur la parcourt face à l’énorme forme inerte dont le docteur pensait pouvoir se défaire sans délai sauf minime détail. Un jappement infime se laissa entendre.
 
Il…il est vivant !, s’écria t’elle.
 
IL assurait que c’était le vent et voulut l’écarter.
 
Raconte pas des histoires…ce chien est vivant, je l’ai entendu…, elle tomba à genoux sur le sable et entreprit d’ôter quelques crabes indésirables qui se pensaient déjà au festin de leur vie, il est vivant…tu dois le soigner !!!
 
Je ne suis pas vétérinaire, moi !
 
Tout comme si, ce qui est bon pour les gens est aussi bon pour les chiens…on le ramène à la maison !
 
Et avant qu’il ne change d’avis, au cas de compter le faire, elle avait ameuté la maisonnée. On embarqua le toutou dans le chariot des provisions et l’éminence de service ne put que faire avec.
Cela prit le temps que cela prit. La pauvre bête était en piètre état mais les soins consciencieux du Dr. De Lambertie laissaient penser que tous les espoirs étaient permis.
 
Tu vas te remettre, mon beau…t’as eu un super toubib pour toi tout seul !, elle caressa doucement la tête de l’énorme toutou, dors…repose toi…je reviens plus tard !
 
La préparation du repas fut expédiée à la va vite. Jean-Jacques trouva le résultat parfait. Tant mieux pour lui. Sans trop savoir pourquoi Opal n’avait qu’une hâte : aller retrouver le chien malade.
 
On jouera aux cartes après…je dois aller le voir, le pauvre…il doit avoir peur, là tout seul…Les chiens, ça a des sentiments aussi, figure-toi ! Et puis…il doit avoir faim…
 
C’était peu probable que l’animal songe à manger dans cet état piteux mais elle s’y essaya de son mieux, sauf que la bête ne semblait avoir qu’envie qu’on lui caresse la tête. Il en soupirait même d’aise.
 
Tu es un gros toutou câlin…je me demande comment tu t’es retrouvé dans des si sales draps, toi !...Enfin, ce doit être un peu comme pour moi…mais la mer t’a épargné…Allez, mange un petit peur…bois au moins un peu d’eau, ça te fera du bien !
 
Et voilà que quand on s’y attendait le moins, le docteur faisait acte de présence.
 
N’insistez pas ainsi, Belle ! Il mangera et boira quand il se sentira mieux.
 
*Tiens…on passe au vous ? C’est quoi, ça !? Il est en pleine confusion…il est pas si vieux que ça pourtant !* …Euh…ben, je dois insister…je veux qu’il récupère ses forces !
 
Mais il restait ferme dans son idée, le toubib. Et le toutou ne sembla pas trop apprécier. Quand un dogue de cette taille aboie, ça fait de l’effet. Quand ça se met sur ses quatre pattes, encore plus. Il était imposant, pas à dire. Elle s’était relevée en vitesse, le toubib avait reculé prudemment et le chien devenait dingue. Apparemment confus de chez confus, il perdait un peu la tête et faisait un chambard de fin de monde.
 
Il est fou ! s’épouvanta de Lambertie. Sortez, sortez !
 
Et de la prendre par le bras, la poussant vers la sortie alors que Toutou devenait cinglé pour de bon.
 
Non mais, ça vous prend souvent ?...Laissez-moi ! Cette pauvre bête est affolée…il n’est ni fou ni méchant…
 
IL est enragé !

 
Vous ne le seriez pas, vous ? Dieu sait ce qu’il a vécu avant d’échouer sur cette plage…Qu’est ce que vous allez faire ?
 

Parce qu’il semblait avoir des sombres intentions, là. S’absentant deux minutes le voilà qui revenait armé d’une grosse seringue et ouvrait la porte. Au fond de la buanderie en décombres, le chien s’était recouché, penaud mais rien qu’à voir le toubib, se releva en grognant.
 
Ça va pas, non ? Vous n’allez pas le piquer !!! Ça jamais !...pauvre chéri…arrêtez ce cirque, M. Le Docteur…, elle bondit en avant se mettant entre le praticien enflammé et le toutou en rogne, sortez…c’est vous qui le mettez dans cet état…il était tout tranquille avec moi…allez, ouste !!! 

Mais, Belle…cet animal est dangereux…il peut…

 
M’arracher une fesse d’un coup de dents, oui…il le fait ?...Non ! Eh bien, c’est moi qui ai raison…il ne me fera rien…n’est-ce pas, mon beau, que tu ne me feras rien ?
 

Réponse ne fut jamais plus positive ! Le grand chien s’assit sagement à ses côtés et fourra sa grosse tête sous son bras en quête d’un câlin.
 
C’est ça une bête féroce, à votre avis ?...Allez, fichez le camp avec votre seringue, ça le met dans tous ses états…
 
Belle, il me semble que vous oubliez être chez moi !
 
Wow…c’est ça, sortez-moi le grand numéro du maître de céans outragé…Vous ne me faites pas peur…j’ai eu à faire avec bien pire que vous…*Tiens…et tu sors ça d’où, ma fille ?*…Si vous voulez qu’on parte…
 
Et le voilà dans ses petits souliers. Perdue toute contenance de grand seigneur, son expression était celle d’un homme soudain très triste. Il posa la seringue et tendit sa main vers Opal.
 
Non, je ne veux pas que vous partiez…si tu le veux, garde cette bête, soigne-là…tu es chez toi, ici, ma Belle !
 
Elle soupira, caressa la tête du chien et prit la main tendue.
 
Bon alors faudra se mettre d’accord… suis un peu confuse avec ce « tu » puis après ce « vous »…suis Opal…pas une duchesse…et puis le vous ça fait guindé à mourir…C’est vrai que quand on a un nom à rallonge comme le tien…le guindé ça devait aller avec…Jack !
 

Elle venait de ficher en l’air des années de tradition, de laborieux orgueil. Aplanissant la noblesse d’un nom si prestigieux avec plus d’efficacité que la Révolution Française dans toute sa splendeur. Il hocha la tête et accepta, au début, plutôt choqué mais face à sa mine rieuse ne put qu’éclater de rire. Et par Dieu, que ça faisait du bien rire de la sorte.
 
Trois jours plus tard, Toutou avait repris des forces, s’était parfaitement calmé et démontrait avoir un appétit tout à fait en consonance avec sa taille.
 
Ben, il a besoin de viande…on ne nourrit pas un chien rien qu’avec du poisson…et non, on ne lui donne pas de la volaille…Et je lui ai trouvé un nom…Thor !...Oh, sais pas…il a l’air d’aimer ? Pas vrai, Thor ?...ça fait puissant, en tout cas…Je pense que tu devras faire un petit voyage pour les provisions, la navette ne va pas revenir…
 

Opal et Thor. Thor et Opal. Les inséparables. Quelle étrange symbiose entre ces deux-là. Jean-Jacques Armand de Lambertie en était presque jaloux. Lui, jaloux d’un chien ? Pourquoi pas ? Surtout quand celui en cause accaparait la belle, jour et nuit. Parce que sans demander l’avis de personne Opal avait tout simplement décidé que Thor dormirait avec elle, dans sa chambre.
L’idée était bonne. Après tout, ça n’a rien d’extraordinaire de dormir avec son chien au pied du lit. Sauf que Thor avait ses idées bien à lui.
 
Eh dis donc, toi…qu’est-ce que tu fais là ?, elle riait en le voyant si bien installé, la tête sur l’oreiller, disposé à passer la nuit en tout confort, tu en as des idées, Thor…, il prenait son air penaud de chiot perdu et elle se sentait fondre, c’est bon…tu peux rester mais si tu ronfles ou bouges trop…au sol, compris !?...et essaye de ne pas trop baver…
 
Jean-Jacques Armand, ou Jack comme nouvellement baptisé, les regardait. Assis sur le sable, face à la mer, Opal enlaçant le cou puissant du grand chien, appuyant sa joue contre sa tête, et parlant. Dieu seul sait ce qu’elle pouvait raconter à l’énorme bête mais il était évident que celle-ci savait provoquer plus de confidences que tout le savoir-faire mondain de M. Le Docteur.
 
Thor… je sais rien…rien de rien ou presque rien…suis perdue…paumée…larguée…comme toi…ou qui sait ? Peut-être que tu en sais plus long que moi…J’ai un vide énorme, là, dans ma tête…dans mon cœur aussi…j’ai peur et aussi du chagrin…Tu sais…c’est moche…je pense que j’ai peur de me souvenir parce que ça va faire mal…et pourtant…je voudrais savoir…Tu crois que quelqu’un a besoin de moi ?...Tu crois qu’on m’aime…qu’on me cherche ?
 

Et Thor lui léchait délicatement le visage.
 
Tu m’aimes, toi…je t’aime aussi…Jack aussi a l’air de m’aimer un peu…mais moi, tu sais…je rêve d’un gars à lunettes, d’un gosse en double et d’une mioche déjantée…et ça me tourne dans la tête à en faire mal…et je ne comprends rien…Jack, il dit que je ne laisse pas les souvenirs revenir…tu crois que c’est ça ?
 
Soupir, petite plainte, regard d’inénarrable douceur. Elle enfouit le visage dans le cou de Thor et pleura tout son soûl.
La navette arrivait. La nouvelle, celle que M. de Lambertie avait dû se dégoter sans aide, parce que l’histoire du capitaine tombé à l’eau avait fait son bout de chemin et du coup pas mal de gens la tenaient pour une sorcière. Elle en riait, Thor jappait heureux. Jean-Jacques se demandait à quoi rimait tout ça ! En tout cas, elle ne s’approchait plus de l’embarcadère.
Et enfin des journaux. La plupart en langue locale, ceux en anglais vieux de plus d’une quinzaine.
 
Mince, on est déjà début Décembre…sais même plus combien de temps que je suis là…deux mois déjà…ça en fait du temps…On fêtera Noël, Jack ?
 

À quoi bon y penser ? Noël c’était bon pour les autres, pour ceux qui ont qui chérir. Opal se rangea de l’avis du toubib tout en sentant une douleur misérable lui broyer le cœur. Thor, lui, resta sans parti pris, du moins en apparence.
 
« Maman…MAMAN !...tu m’aimes, Maman ?...Je t’Aime…serai sage…je promets ! »
 
C’était la fillette délurée. Et puis venaient les garçons, pas un seul mais deux, identiques. Ils riaient, l’embrassaient. Ils étaient si beaux. Et puis lui, le gars avec ses lunettes. Son Erik, si beau, si aimant…son mari !
Le hurlement d’Opal réveilla la maisonnée. Thor bondit du lit, d’abord affolé, consolateur ensuite. Jean-Jacques débarqua, ouvrant la porte sans toquer, sûr qu’on l’égorgeait.
 
Mon Dieu, na Belle…que se passe t’il ? Pourquoi ces cris ?...Je pensais que cette bête de malheur t’avait attaquée…Tu vas bien ?...
 
Elle restait là, au milieu de son lit en désordre, la main sur le cœur, les yeux dilatés, tremblante.
 
Je sais…je sais…mes enfants…mon mari…je…je suis partie…ils ne savaient rien…on m’a obligée…je ne voulais pas…comment ai-je pu les oublier ? Ils sont tout…ma vie…Oh, mon Dieu…Je…
 
M. Le Docteur venait vers elle, l’enlaçait, séchait ses larmes. Et Thor grondait. Oh que oui, il grondait vraiment là…avant de, de façon surprenante, se transformer en un homme blond… Jean-Jacques Armand de Lambertie fit la seule chose qu’était de mise faire : Il tourna de l’œil. Opal était trop saisie pour réagir au quart de tour mais reprendre ses esprits, ou partie de ceux-ci, ne prit pas trop longtemps..
 
C’était toi…TOUT LE TEMPS !!!...tu es lui, non ?...Tu es…Erik…Pourquoi ?...Pourquoi tout ça ?...Non, reste là…pas encore, n’approche pas…je dois savoir…Et…tes lunettes ?
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Erik Nielsen le Sam Déc 05 2015, 09:19

Enragé ? Dans un sens le bon docteur De Lambertie n’avait pas tort : Erik l’était.  Qui ne le serait pas en étant coincé dans une forme inhabituelle, de n’y rien comprendre, de voir la femme adorée si proche sans pouvoir l’atteindre, et tant d’autres raisons ?
L’orage de son esprit s’était apaisé après un échange vigoureux entre ses hôtes malgré eux. Sa seule certitude du moment était qu’Opaline aimait… les chiens. De ce fait, il n’avait plus à redouter piqûre ou pilule fatale.  
Bientôt, grâce aux bons soins prodigués, Erik se sentit plus en forme, au physique du moins.  Moralement, il en allait différemment. À plusieurs reprise, lorsqu’il était seul, Thor – puisque baptisé ainsi – avait essayé de muer. En vain.  D’un côté, rester chien l’ennuyait peu car, à lui, Opaline souriait. Qui sait si, en homme, elle ne lui aurait pas fracassé le crâne ou arraché les yeux ? D’un autre… Comment faire pour la consoler, elle dont le moral faisait souvent du yoyo. Ces moments dépressifs, il les partageait aussi, sinon plus désolé qu’elle.  Hélas, alors qu’il aurait tant souhaité la prendre dans ses bras, il ne pouvait que lui lécher main ou visage.  
Chose sûre, Opaline bloquait ses souvenirs par peur de souffrir, mais cet état la faisait souffrir également.            
 
Tu crois que quelqu’un a besoin de moi ?...Tu crois qu’on m’aime…qu’on me cherche ?
 
*Je suis là, là, mon amour ! J’ai tant besoin de toi !*
 
Tu m’aimes, toi… *Oh que oui ; mon cœur !* je t’aime aussi… *Tu aimes Thor… pas moi…* Jack aussi a l’air de m’aimer un peu… *Qu’il ose, seulement, grrr !* …je rêve d’un gars à lunettes *Chic !*, d’un gosse en double et d’une mioche déjantée… *Nos enfants Opaline chérie !!* et ça me tourne dans la tête à en faire mal.
 
Elle se posait tant de questions. Lui détenait les réponses mais les écouterait-elle et, si elle le faisait, comment réagirait-elle ?
Bref, ils avaient la trouille tous les deux.
En attendant, Thor/Erik était heureux à sa façon.  Certes, il aurait préféré partager le lit d’Opal d’une façon plus intime mais elle était contre lui, lui le gardien de ses rêves et de sa pudeur.
Ce « Jack » qui lui offrait son toit n’éprouvait-il pas une attirance autre que paternelle envers cette mignonne Vénus venue des eaux ?  Gare à lui s’il osait poser plus qu’un regard sur elle !  C’était pas un mauvais gars et, pour le peu qu’il ait eu à en juger, Erik en appréciait le professionnalisme, le sel de son esprit, ses connaissances éclectiques. Bien sûr, pas question de jouer à la baballe avec lui, non mais ! Si le toubib essaya, mal lui en prit. Thor, dans toute sa splendeur de mâle grand danois, péta et se détourna. Il n’acceptait que les caresses d’Opal, les balades avec elle, ses confidences à elle, na.
La vie sur cet îlot n’avait rien de désagréable hormis le ravitaillement qui était devenu très aléatoire depuis qu’une certaine demoiselle avait flanqué à l’eau un Taufik nonchalant. Opal avait persuadé le toubib de changer de fournisseur et l’approvisionnement avait repris. Fameuse tête qu’elle tira Opaline en constatant la date sur les journaux tant souhaités.
 
…deux mois déjà…ça en fait du temps…On fêtera Noël, Jack ?   
 
Erik aurait désiré lui assurer que oui, l’encourager face à l’abattement qui se pointait. Il ne put que quémander une caresse, désolé.  
Pourquoi ne parvenait-il pas à redevenir humain ? Certes, sa baguette devait flotter quelque part sur l’océan mais il n’en avait pas besoin pour changer de forme.
 

*La peur… Tu as peur qu’en homme, elle te chasse de sa vie…*
 
Du coup, le chien aussi eut des états d’âme. Beau duo.  
 
Puis, il y eut cette nuit affreuse.
Comme d’habitude, il était vautré à ses côtés quand il sentit Opaline s’agiter.
 
*Qu’as-tu ? Mon amour, réveille-toi ! C’est un cauchemar ! Je suis là !! Opaline, mon coeur !*
 
 Elle le repoussait, se débattait puis hurla si fort qu’il en tomba du lit.   
Son cri ameuta le brave toubib assez ridicule dans son peignoir de satin bariolé quand il déboula en effroi :
 
Pourquoi ces cris ?...Je pensais que cette bête de malheur t’avait attaquée…Tu vas bien ?...
 
 Très ébranlée, Opal avoua le retour de sa mémoire :
 

Je sais…je sais…mes enfants…mon mari…je…je suis partie…ils ne savaient rien…on m’a obligée…je ne voulais pas…comment ai-je pu les oublier ? Ils sont tout…ma vie…Oh, mon Dieu…Je…
 
Misère, elle défaillait. Vite, la secourir, l’enlacer. Mais alors que le chien s’élançait, il fut devancé.
 
*Non ! Non ! C’est moi qui dois… C’est MA PLACE ! !* GRRRRRRRRRRR. NON !
 
La rage, le désespoir ? Toujours est-il que la transformation s’opéra brusquement. De 4 pattes, Erik se retrouva sur deux, complètement nu, hagard.  Choqués, les assistants à la permutation réagirent à leur manière. Le toubib s’évanouit – bien fait pour lui – Opaline l’engueula :
 
C’était toi…TOUT LE TEMPS !!!...tu es lui, non ?...Tu es…Erik…Pourquoi ?...Pourquoi tout ça ?
 
Un pas vers elle :
 
Opaline, laisse-moi te…
 
N’approche pas… je dois savoir… Et… tes lunettes ?
 
Par réflexe, Erik se passa la main sur les yeux. Il tiqua :
 
Ben, elles doivent être à l’eau, je suppose. D’ailleurs, je vois trouble, là. Tu permets que je m’assoie et me couvre un peu ?  
 
Comme hébétée mais sur la défensive, elle accorda.
Un drap autour de la taille, Erik se palpa les membres :
 
Ça fait bizarre ce changement. Je ne suis jamais resté si longtemps en chien. Tu restes debout ?
 
Elle se penchait sur JJADL, l’accommodant plus confortablement, fermée.  
Un profond soupir s’échappa du torse de l’homme recouvré :
 

Opaline, je n’ai pas voulu tricher. J’avais enfin retrouvé ta trace alors que tout le monde te disait morte. J’ai naufragé et… me voilà enfin moi-même.  
 
Distante, méfiante, elle exigea d’avantage.  
Il la sentait affreusement tiraillée entre culpabilité et accusation.
 
Je pourrais avoir un scotch ? Thor n’y a pas eu droit…  
 
Une idée ou la belle esquissait un mini sourire en coin ?
On passa au salon. Empêtré dans sa toge improvisée, Erik faillit se casser la figure en s’y dirigeant. Il avait perdu l’habitude de 2 pattes au lieu de 4.  Digne pourtant, il siffla allègrement deux verres d’affilée.  L’alcool donne du courage ? Peut-être oui ou non. En tout cas cela lui donna assez de tripe pour aborder le débat.
 
Je suis bien Erik, ton époux, le père de nos 3 enfants : les jumeaux Nick et Matt plus Caroline…  Avant tout, dis-moi jusqu’où remontent tes souvenirs de nous ?  

 
Ah… Rien qu’une sensation de colère, une photo puis Jack.  
 
… non, non, Opaline chérie, tu n’as rien fait de travers, rien du tout. C’est moi qui ai gaffé en ramenant chez nous cette… Petra, oui. Tu t’en rappelles ?
 
Oui et non. Elle savait qu’elle ne l’appréciait pas, rien de plus.  
 
… Tu as fui, ou plutôt ELLE t’a contraint à t’en aller… J’en sais rien du pourquoi ! Selon Michael elle aurait eu des vues… Oui, évidemment qu’il est venu pour me sortir de taule ! … ben oui, on m’accusait de ton meurtre !...  Personne ne savait que dalle, c’était la confusion totale. Puis, on a découvert ton nom sur la liste des passagers de ce vol pour Bali, celui qui s’est crashé… Oui, j’étais blanchi mais soi-disant veuf. J’ai refusé ça. Je savais, je savais au fond de moi que tu vivais mais ce trou est vraiment au cul du monde !  
 
Elle paraissait posée et réfléchie. Mentir ? Jamais de la vie ! Il aurait pu se rendre pitoyable mais savait que les mensonges sont à double-tranchant. User de sa persuasion naturelle ? Non ! Tôt ou tard, ça lui retomberait dessus. Il parla franc, tout du long. Et ça dura…
 
… les enfants vont aussi bien que possible. Je crois que Nick et Matt savent qu’il y a eu embrouille mais sont indemnes ; Caro est à Poudlard…
 
Après foule de questions-réponses, Opal revint sur Pétra. Il se hérissa :
 
… Non, je suis sûr que non ! Jamais de mon chef, tu devrais le savoir ! Je t’adore Opal McLane. Je suis perdu sans toi, perdu à en crever. Jusqu’en enfer, j’aurais été te chercher.  
 
Pour pensive, elle l’était. Normal, elle digérait douloureusement un flot d’infos. Baissant la tête, Erik soupira :
 
On devrait peut-être songer à Jack ? Que fait-on pour lui ?... oubliette ? J’ai pas de baguette et toi non plus. On lui dit la vérité ? … Comme tu veux.  
 
Elle voulait digérer. Bien sûr, pour Erik cela sonnait tel un ordre au chien : panier.  
Être renvoyé, comme un brave toutou, ne l’agréa pas mais il devait, lui-aussi, décanter tout ça.
Il s’en fut, drapé dans un reste de dignité, une main soutenant son drap, l’autre un dernier scotch.  
Décidément cette couche était bonne pour un dogue, pas pour un humain. Erik s’y tourna et retourna sans aucun repos possible.
Au matin, crevé, il erra dans la maison trouvée déserte. Par la baie vitrée, il l’entrevit sur la plage en compagnie de son ami. Elle n’avait pas l’air gai, Jack non plus.  Comme quoi, la joie partout ! Aucun mot pour lui, aucun signe d’intérêt. Même les gamelles de Thor étaient vides.  Soupir.
Sans conviction, il ouvrit le frigo, avala un truc fade puis songea à se vêtir. Personne n’avait eu l’air de se soucier de ce détail.  Oui, il avait baladé à poil au sens propre dans la maison sans que nul n’y trouve à redire. Maintenant, c’était… différent. La maisonnée du docteur ne comportait que deux personnes, un couple entre deux âges. Par chance, il tomba sur la domestique qui ne s’effraya pas de le voir traînant par-là couvert seulement d’un drap. Elle comprit vite son désir légitime, alla farfouiller dans des armoires et lui ramena de quoi s’arranger. La sorte de pyjama de coton bleu était trop large et beaucoup trop courte mais Erik s’en ficha.
N’ayant rien à faire d’autre que de penser, il refusa pourtant de s’atermoyer sur son sort. Opal finirait bien par lui parler, non ?  Bouger était impératif pour empêcher les mauvaises idées de vous investir.  Direction : la cuisine. Là, la domestique poussa les hauts-cris ! Selon elle : pas d’homme en cuisine.  Soupir. Le laisserait-on faire quelque chose de ses dix doigts ?  En Thor, il avait pu explorer bien des endroits et savait donc où trouver des outils selon ses vues. Pêcher, pourquoi pas ? Michael adorait ça et Erik ne détestait pas. Il avait ri quand Opaline avait insisté pour que le chien ait de la viande.  Il est vrai qu’un toutou, même costaud, ne sait pas faire grand-chose avec un crabe ou des huîtres, tandis qu’un Nielsen gourmand et gourmet oui.  Le temps passa plus vite en pratiquant ce sport. En moins d’une heure, il ramena une bonne cargaison de crustacés. Restait à convaincre la domestique de le laisser œuvrer.  Aucun souci pour un sorcier doué.  Il n’était pas loin d’onze heures quand, enfin Opal et JJADL rentrèrent.  
Le délicieux fumet les accueillit avant même qu’Erik sorte se présenter au maître de céans.
 
Erik Nielsen, le mari d’Opal, dit-il sans hésitation.   
 
Ah… C’est donc vous !  soupira le toubib qui le détailla de haut en bas puis en sens inverse sans pour autant refuser la main tendue. On dirait que vous avez investi ma cuisine, vous aussi. Une manie de famille, je suppose ?  
 
J’aide ma femme autant que je peux, répliqua Nielsen ferme en coulant un œil à sa belle qui s’était contentée d’un seul regard depuis son coin. Un apéritif ? J’ai constaté que vous appréciez le jus de papaye aromatisé. Je sais qu’Opaline aime les cerises, mais ici… dur d’en trouver.  
 
Jack rigola, Opal pas.   
 
Pourquoi pas ? On dit que sans baguette un sorcier est inoffensif. On ne risque donc rien à essayer votre mixture.
 
Ne vous fiez jamais à ce que l’on raconte d’un monde que vous ignoriez jusqu’à… nous.
 
Là, Jack s’esclaffa vraiment :
 
Deux ! J’ai hérité de deux spécimens de gens soi-disant imaginaires ! Je suis le plus vernis des, euh… comment dis-tu encore Opal ? Mou de… Oui, Moldus. Elle est bonne celle-là ! On n’est pas si ramolli, vous savez ?  
 
Je suis bien placé pour le savoir, sourit en retour Erik. Je ne savais rien des sorciers avant mes 15 ans.  Après des cours très particuliers au collège, Opaline a pris le relai et m’a tout appris… Vous permettez ? J’ai un potage sur le feu.   
 
Le bouillon était au top. Il fallait juste y jeter les fruits de mer.  Quelques minutes plus tard, il revint à la salle à manger en portant sa chaudrée. On dégusta… en silence, hormis les commentaires très élogieux de De Lambertie qui se frotta le ventre à la fin du repas en décrétant :
 
C’est décidé : je vous adopte tous les deux ! J’ai bien dit tous les deux ! Car, nom de Dieu – pardon Seigneur – vous êtes le couple le plus sidérant rencontré. J’espère que vous ne vous tirerez pas la gueule trop longtemps. Je n’ose imaginer ce que les deux, ensemble, vous me prépareriez ! M’en régale d’avance ! Je vais faire une petite sieste.
 
Il se leva, contourna la table, puis se retourna en rigolant :
 
Je ne dirai plus qu’une chose : l’eau dans le vin a parfois du bon !   
 
Seul à seul… Assis de part et d’autre du rectangle de table, aucun des deux n’osa rompre le silence.  La voyant esquisser un recul de sa chaise, Erik plongea :
 
Vas-tu me punir indéfiniment ? Je t’ai avoué tous mes péchés sans omissions. Qu’attends-tu de plus de moi ? On s’est joué de nous, faut faire avec ou…
 
La question, abrupte, quasi aboyée, le prit de court :
 
… bien sûr que je t’aime. Tu es mon âme ! Qu’est-ce que je ficherais ici sinon ?
 
Alors le paradis s’ouvrit lorsqu’il la réceptionna dans ses bras.  
L’embrasser encore et encore, il ne s’en lasserait jamais. Mais, vite, l’élan devint rejet tandis qu’un torrent de larmes inondait son doux visage.
Il ne comprit à moitié rien aux paroles hachées qui se débitèrent.
 
*Cicatrices ? Plaie ? De quoi parle-t-elle ? *
 
La lumière se fit soudain. Il l’enlaça à nouveau et baisa en douceur les traces de brûlures :
 
Folle que tu es !... Je sais que je n’ai pas mes lunettes mais Thor voyait très bien, lui !... pas affreuse du tout, crois-moi. Si ça te contrarie à ce point, on effacera ça dès que j’aurai une baguette.  
 

C’est de ça que vous parlez ? s’avança Jack en tenant un bout de bois.  
 
Nom d’un gnome, le curieux bonhomme avait tout observé de loin et, les choses évoluant à son gré, il intervenait :
 
Je l’ai ramassée sur la plage peu après vous, enfin, le chien. Je vous la donne si…
 
GRRRRRRRR lança Erik.
 
On en rit encore.
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Opal McLane le Lun Déc 28 2015, 16:40

C’est quand même quelque chose, la mémoire ! Elle peut s’en aller, vous laissant paumé et démuni, pour d’un seul coup, sans préavis, revenir, ce qui n’arrange parfois pas trop les choses comme on pourrait s’y attendre.
Les souvenirs d’Opal étaient revenus. En force, comme une vague qui déferle soudain. Et tout était censé d’être clair, net et parfait. Or, ce n’était décidément pas le cas…pas encore !
D’abord, il y avait eu un gros chien, qui sans explication avait mué en un homme blond et nu qu’elle sut reconnaître comme étant son mari, qui en toute légitimité demandait à s’asseoir, en disant avoir perdu ses lunettes et souhaitant se couvrir. S’il y avait une circonstance où s’avouer secouée, celle-là était sans doute la bonne.
En fait, Opal ne savait pas trop bien où en donner de la tête. C’était trop, d’un seul coup. Sans trop faire attention à ce que son mari pouvait dire ou pas, elle eut l’esprit de s’occuper de ce cher Dr. De Lambertie qui gisait en travers le lit, assommé de surprise.
 
*Au moins il n’est pas mort, le pauvre !*
 

Pendant ce temps, Erik soupirait, apparemment assez pris de court après sa brusque mutation mais aussi tout prêt à se lancer dans les excuses. Là, elle aiguisa un peu plus l’oreille, c’était quand même digne d’être entendu, ce qu’il disait. Comme quoi il n’y avait pas eu de triche, qu’il l’avait crue morte, l’avait cherchée, trouvée puis naufrage et devenu chien.
 
*Wow…plus clair que ça, l’eau de roche !*…Et bien sûr, je dois prendre ça comme parole d’évangile ! T’as peut-être pas triché, j’en sais rien mais c’est moi qui s’est taillée…enfin, c’est ça, non ? …Bien sûr, là ça cloche de partout…
 

Elle avait presque besoin d’un remontant mais ce fut lui qui le demanda.
 
Je pourrais avoir un scotch ? Thor n’y a pas eu droit…

 
Il avait de l’esprit, déjà ça de gagné. Elle ne put empêcher une esquisse de sourire. Un dernier regard au toubib dans les vapes, Opal le précéda au salon, sûre qu’une mise à jour digne de ce nom suivrait. Ce qui fut bien le cas.  Confirmation stricte du fait d’être sa femme, et en plus la mère de trois bambins. Et puis la question :
 
Avant tout, dis-moi jusqu’où remontent tes souvenirs de nous ?

 
*Sacrée colle !* J’en sais trop rien…c’est flou…je sentais de la colère…de la confusion…J’étais…suis encore paumée, tu comprends ?  Cela me faisait l’effet, en rêve…d’une photo…ou quelque chose dans le genre…des bribes…s’il n’y avait pas eu Jack, je serais morte ou folle !
 
Confuse certes mais pas moins perspicace pour autant, elle pressentit que le docteur n’emportait pas les palmes de la sympathie, là. Puis, mari retrouvé parla d’une certaine Petra. Comme quoi, elle était lavée de toute faute, que c’était cette maudite femme qui avait tout fait foirer, etc, etc. Sans aucun souvenir précis, elle était néanmoins sûre de la détester, la telle Petra.
Il raconta les diverses péripéties vécues pour en arriver là. Elle écouta, sans l’interrompre, tout en se posant mille questions, parce qu’il va sans dire, c’était peu ou rien ce qu’elle comprenait à ces explications, à son avis, plutôt farfelues, où il était question de magie, de baguette et sortilèges.
 
Je savais, je savais au fond de moi que tu vivais mais ce trou est vraiment au cul du monde !
 

*Euh…ah bon ?...Sais même pas où je suis…ou si peu…*…Oui, c’est isolé, Jack l’a voulu ainsi…il a ses raisons !
 
Il semblait pas mal s’en ficher des raisons de M. de Lambertie et Opal supposa que c’était son tour de parler. Il attendait des questions, elle lui en posa. Un vrai ping-pong question-réponse s’en suivit sans trop l’aider à y voir plus clair. Les enfants allaient bien, c’était toujours une bonne nouvelle pour une mère, même si Opal avait un peu de mal à s’imaginer en maman de trois. Elle se découvrit une famille nombreuse et un beau-frère tracassé et pas mal de choses auxquelles elle ne prêta pas trop d’attention. Cela viendrait après. En petites doses, pour mieux digérer.
Néanmoins elle voulut savoir s’il y avait eu quelque chose entre la nommée Petra et lui. Après tout pour que cette femme en soit arrivée à s’en prendre à elle de la sorte, une bonne raison devait l’assister et il ne fallait pas être foncièrement un génie pour deviner de laquelle il s’agissait. Erik s’en défendit vertueusement :
 
Je t’adore Opal McLane. Je suis perdu sans toi, perdu à en crever. Jusqu’en enfer, j’aurais été te chercher.  
 

Quelle rassurante déclaration. Elle aurait pu s’en avouer ravie, oublier angoisse et chagrin, effacer les doutes mais ce n’était pas si facile que ça ! Pas tout de suite, en tout cas !
 
*Il peut tout aussi bien te raconter n’importe quoi…il n’y a personne pour le contredire…mais il a l’air si sincère…Mon Dieu, pourquoi ne sais pas à quoi vraiment m’en tenir !?*
 
En attendant qu’elle se décide, Erik eut quand même une pensée envers leur hôte qui devait encore voguer dans quelque limbe incertain. Petit débat de rigueur. Il parla d’Oubliette, elle refusa, pas trop sûre de quoi il s’agissait.
 
Euh…vaudrait peut-être mieux lui dire la vérité, non ?...*S’il se trouve, il nous jette à la mer !*…On y pensera demain…enfin, plus tard…là …il me faut du temps…un peu de repos…
 

Cela ressemblait fort à de la lâcheté mais elle n’en démordit pas. Ce que ce mari retrouvé ferait du reste de sa nuit ne la préoccupa pas trop. Après tout le cher homme semblait plutôt du genre débrouillard, trouver où dormir ne devait pas être un défi énorme.
Jack avait vraisemblablement repris tout seul ses esprits et regagné sa chambre sans faire plus de foin. Dormir ? Qui y songeait ? Pas elle. Trop d’idées se bousculaient dans sa tête, accompagnées d’une suffocante sensation d’angoisse. Elle resta là, assise à la fenêtre à guetter l’aurore, essayant de mettre un peu d’ordre dans son esprit chaviré.
Elle était sur la grève déserte pour accueillir les premières lueurs du jour. Une longue balade solitaire lui remit les nerfs d’aplomb. Elle retournait lentement vers la maison quand Jean-Jacques Armand de Lambertie vint à sa rencontre, arborant un sourire tranquille.
 
Eh bien, ma douce, quelle nuit ! As-tu trouvé quelque repos ?
 

Non, j’ai pas collé un œil…Et toi ? Désolée pour la trouille qu’on t’a fichue, ça m’a ébranlée aussi mais faut supposer que c’est comme ça que sont les choses.
 
Elle fit la moue en haussant les épaules. 

Erik dit que nous sommes sorciers ! De ceux qui font de la magie avec des baguettes…comme Merlin, quoi !
 

Ah bon !
, il n’était pas exactement ce qu’on peut dire surpris, oui, en effet, cela explique pas mal de choses comme ce qui est arrivé au capitaine de la navette, que tu fasses bouger des choses et en arranges d’autres sans les toucher…
 

Opal le considéra, assez soufflée que le bonhomme prenne le tout si tranquillement. Elle le savait d’esprit ample et inquisiteur mais n’aurait jamais cru qu’il puisse se montrer si à l’aise avec une explication aussi délirante.
 
Et si j’en crois à ce qui s’est passé hier soir, elle ne sert pas seulement à cela, votre magie, ajouta Jack d’un ton rêveur, fascinant, incroyable…des sorciers, chez moi ! Ce genre de manifestations surnaturelles a toujours attiré mon attention…
 
Vraiment ? Ben tant mieux, si tu ne cries pas au fou…moi ça m’a dépassée du coup…Tout ce temps sans rien savoir et puis ça !
 

C’est une réaction normale, mon ange, il faut te donner le temps…Vous avez longtemps bavardé, hier soir…ses explications te conviennent-elles, au moins ? Parce que si jamais tu ne te sentais pas sûre ou pensais que…
 
Elle leva vers lui un regard limpide.
 
Cela me convient, oui. En fait, je me sens rassurée quant à mes faits : je ne suis coupable de rien, plutôt la victime d’une intrigue plutôt moche…Erik m’a cherchée même si tous me croyaient morte…
 
Il se sentait sans doute coupable, assura t’il, poison, un homme peut beaucoup dire sans que ce soit pour autant toute la vérité. Il n’y a personne pour réfuter sa version !
 
J’ai pensé la même chose…mais non, pas Erik…je le sentirais…Je sais que je peux avoir confiance en lui…
 
Alors qu’est-ce que tu penses faire ? Partir avec lui ?
 
Là, elle arqua un sourcil, et le dévisagea sans joie.
 
C’est quoi ça, comme question ?... Que veux-tu entendre, Jack ? Que je vais rester ici, avec toi, en sachant que j’ai une famille ? Franchement, ce ne te ressemble pas demander un truc pareil !...Fais pas cette tête…suis peut-être chamboulée mais pas encore tout à fait idiote !...Cet homme est mon mari, il m’a cherchée envers et contre tout, là, il m’a retrouvée…et je suis heureuse qu’il l’ait fait !
 

Tu es heureuse, vraiment ? Tu n’en as pas tout à fait l’air de l’être…ou peut-être que pendant que j’étais dans les vapes tu lu as sauté au cou, à ton mari…
 

Euh non…merde…au contraire, je l’ai laissé là, se débrouiller tout seul…je suis un monstre…je n’y ai même pas pensé, le voyant arborer un sourire triomphant, elle coupa court, ça ne veut rien dire…il comprend, à coup sûr…Rentrons plutôt, c’est bientôt l’heure du repas…
 
Oui…rentrons, mais chemin faisant…parle-moi des sorciers…de la magie…
 
Curiosité somme toute normale. Au fur et à mesure de sa narration, Opal retrouvait bien de souvenirs, ses connaissances revenaient sans effort et le toubib buvait ses paroles.
 
Pourtant il se sentait au bord d’un gouffre de misère. Ce qu’il avait craint le plus se réalisait : Belle allait partir. Sa Belle, devenue Opal, celle à qui il avait sauvé la vie, juste pour réaliser qu’elle avait aussi, en quelque sorte, sauvé la sienne. Elle l’avait délivré de son fardeau d’amertumes, de sa pesante solitude, pourtant sciemment cherchée.
 
*La vie deviendra celle d’avant…telle que j’avais voulu qu’elle soit…mais là, veux plus…pas ainsi…pas après tout ça…pas après cette joie de vivre…*
 

Emboîtant le pas d’Opal, M. le Docteur se sentait comme un condamné qui sait sa sentence irrévocable. Vil chagrin qui eut l’heur de s’estomper quelque peu en percevant le divin fumet qui fit frétiller ses narines de fin gourmet. Et voilà que l’ex chien, pour l’heure mari de la belle se présentait devant lui, la main tendue. Que faire d’autre que serrer cette dextre franche tout en jaugeant l’individu. Jean-Jacques Armand se targuait d’être bon juge de caractères et ce qu’il perçut dans ce regard si bleu ne lui déplut pas, bien au contraire.
 
On dirait que vous avez investi ma cuisine, vous aussi. Une manie de famille, je suppose ?  
 
J’aide ma femme autant que je peux, un apéritif ? J’ai constaté que vous appréciez le jus de papaye aromatisé. Je sais qu’Opaline aime les cerises, mais ici… dur d’en trouver.
 

Jack rigola. Opal se demanda ce qu’il y avait de marrant là mais si ça leur faisait plaisir de se livrer à ce petit cirque si civilisé, tant mieux pour eux. Erik avait eu le chic pour dégeler l’ambiance et si on en croyait à sa mine débonnaire et réjouie,  Jack était ravi de la situation et n’en faisait aucun secret.
Opal suivait la conversation d’une oreille distraite. Trop prise par le décours accéléré de ses propres pensées. Peu à peu, le voile se déchirait lui livrant une vision complète et claire de son passé, de sa vie qui défilait tel kaléidoscope. En mangeant, d’abord sans trop de conviction, elle retrouva son esprit critique de chef-coq et ne trouva rien à redire dans cette savante préparation à base de fruits de mer. Le toubib aussi apprécia énormément cette expérience gastronomique et était d’humeur incomparable à la fin du repas, tant et si bien qu’il assurait vouloir les adopter Erik et elle pour jouir indéfiniment de leurs talents conjugués.
 
 Je ne dirai plus qu’une chose : l’eau dans le vin a parfois du bon !
 
*Hein ?*
 
Elle avait parfois du mal à interpréter les dires de ce bon français mais là il avait l’air si réjoui que ça ne pouvait être rien de bien mauvais. Le voir disparaître pour aller dormir sa sieste lui provoqua un sursaut de panique qui la décida à se sauver au plus vite mais c’était sans compter avec Erik.
 
   
 Vas-tu me punir indéfiniment ? Je t’ai avoué tous mes péchés sans omissions. Qu’attends-tu de plus de moi ? On s’est joué de nous, faut faire avec ou…
 
Ou quoi ?, elle avait presque hurlé, ou quoi ?...On fait avec ou quoi ?...Tu es rassuré, je vis…mais…m’aimes-tu au moins !?
 
Sa réponse immédiate, sans hésitation, l’émerveilla.
 
Bien sûr que je t’aime. Tu es mon âme ! Qu’est-ce que je ficherais ici sinon ?
 
Oh Erik !!!, et sans le penser deux fois, elle bondit de sa place pour se jeter dans ses bras, alors…tout va bien…, du moins pendant les deux minutes suivantes alors qu’il l’embrassait comme un fou, avant que, comme un couperet cruel un détail affreux vint briser le rêve…elle venait de voir sa main, son bras, de se souvenir de son visage mutilé, non…je ne suis plus celle d’avant…j’ai…j’ai trop de cicatrices…Jack n’a pas pu…je suis si affreuse…*Il va partir…me laisser…sans ses lunettes il ne voit que dalle…mais dès qu’il…*
 

Il se fit un devoir de la détromper de la plus douce des façons. Jamais baisers et paroles ne furent un tel baume pour un esprit tourmenté.
 
Folle que tu es !... Je sais que je n’ai pas mes lunettes mais Thor voyait très bien, lui !... pas affreuse du tout, crois-moi. Si ça te contrarie à ce point, on effacera ça dès que j’aurai une baguette.
 
Tu…crois ?
 
Et voilà que celui qui était soi-disant parti dormir sa sieste revenait en tenant un bout de bois entre ses doigts. La baguette d’Erik, trouvée en même temps que lui sur la plage. 
Baguette rendue à son propriétaire, Jack n’alla pas jusqu’à exiger une démonstration mais son air de curieux invétéré parla pour lui. Erik ne fit pas de mystères. Imbu de son pouvoir, sans en perdre le sourire, il effectua quelques enchantements sur elle, récita des sortilèges et Opal se vit entourée d’une légère brume dorée alors qu’un picotement délicieux parcourait sa peau avant qu’une certaine faiblesse ne la fasse chanceler. Des bras forts la retinrent. Erik. Toujours Erik. Le seul, l’unique qui comptait.
 
C’était quoi, ça ?, s’enquit-elle tout bêtement, Jack…pourquoi tu pleures ?
 
Voir un homme si intègre, si maître de ses émotions tel que Jean-Jacques Armand de Lambertie, les yeux pleins de larmes n’était pas donné. Il avait l’air si ému que pendant un instant, elle songea à quelque horreur mais déjà Erik la mettait face à un miroir. Renouveau. Renaissance. Il ne restait trace aucune des sévices du feu. Sa peau était lisse, neuve. Cette fois, ce fut elle qui pleura de gratitude, de soulagement, d’amour…
On laissa passer deux jours, question de se faire à l’idée. Le toubib se doutait bien de ce qui suivrait, Opal et Erik ne savaient se résoudre à faire comme si rien, vider les lieux et abandonner le cher homme à sa vie d’ermite.
 
On peut pas le laisser tomber comme à une vieille chaussette…, soupira Opal sans bouger des bras aimés, ce serait mesquin de notre part…Oui, je sais, il fait semblant d’être ravi, pourtant je sais qu’il donnerait sa peau pour nous voir rester…mais on peut pas…que dirais tu, mon amour, de lui proposer de nous accompagner !?...Jack est un fameux médecin, chirurgien de renom ce qui est plus…tu vois ce que ça donnerait dans notre bled ?...Oui, mon chéri, je me souviens d’absolument tout…, elle se releva sur un coude et le regarda, et je m’en veux…non, ne dis rien…j’ai été une vraie peau de vache…une virago…, ronronnement de pur bonheur en écoutant son démenti, tu es un ange tombé du ciel, Erik…il n’y a pas d’homme meilleur que toi…mais je promets de changer…et puis, si je deviens trop insupportable, envoie moi un petit sort…pas de Furunculus mais tu me comprends…
 

Que ça faisait du bien rire de la sorte, en parfaite complicité, en complète félicité. Dès sa baguette en main, une fois le miracle accompli, Erik avait tenu à communiquer la bonne nouvelle aux McLane et à son frère Michael. Un défilé de Patronus heureux s’en était suivi.
 
Voilà, tous savent, tous sont rassurés…et pour une fois, toi et moi avons de vacances…Oui, je sais, c’est bientôt Noël…et oui, je veux être avec nos enfants…et aussi revoir les miens…*M***e, pourquoi tout doit se bousculer au portillon !?...Veux être égoïste...je veux du temps avec lui, pour moi...toute seule! *…
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