Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Erik Nielsen le Mar Jan 12 2016, 20:48

Oui, Jean-Jacques Armand de Lambertie était… ce qu’il était. Sa nouvelle vie de reclus, il l’avait voulue, choisie, peaufinée, planifiée avec soin, comme toujours quand il programmait les choses.
Au départ, il fut irrité par l’intrusion de Belle dans son existence réglée de façon quasi horloge.  Mais, très vite, il s’attacha de plus en plus à cette jeune femme tombée… à la mer.
Néanmoins, les meilleures choses ont une fin. Cela commença avec le réveil de la mémoire de Belle qui se révéla être un certaine Opal douée en cuisine, très autoritaire, exigeante et… cerise sur le gâteau : sorcière !   Pas qu’il soit féru d’ésotérisme ou autre, Jack était un scientifique curieux et cela l’avait conduit à souvent modifier ses jugements sur certains cas que la raison pure réfutait.  Là, après des années infructueuses de recherches, il avait devant lui la preuve incontestable que la magie, si décriée par la rigueur, existait.  De plus, après Belle vint un toutou pas piqué des vers s’avérant être un… autre sorcier transformable.  Il aurait pu en trembler ; d’ailleurs il ne s’en priva pas. Il crevait de peur, en fait. Oh, pas que ces sorciers lui fassent la peau ! Il craignait surtout de les voir s’évaporer en le faisant passer pour un dingue ou tout simplement lui faire oublier tout ce à quoi il avait assisté.  
Dieu que Belle était belle ! Il l’avait toujours su, vue telle quelle malgré ses cicatrices.  La magie avait permis ce miracle, alors…
Ce fut donc à la fois ravi et craintif qu’il aborda le couple au petit-déjeuner suivant le « miracle » esthétique.
 
Oh, ma Belle ! Je suis époustouflé. Merci Thor, euh… Erik, d’avoir permis ce miracle. Ça sent très bon ces plats !
 
Il se sentait gêné, quasi de trop. La profusion de petites attentions semblait annoncer le couperet qui ne tarderait pas, à son avis. L’ennui fut que nul ne se décidait à prononcer le verdict. Ils semblaient très à l’aise, ces jeunes gens tandis que lui pensait être mis au grill.  Avec un profond soupir de satisfaction dû aux délices servis à table, Jack en émis un autre, très peiné cette fois :
 
C’est pour quand ?
 
Ils jouaient bien la comédie, ces sorciers. À croire qu’ils tombaient des nues en lançant dans un beau duo :
 
Quand quoi ?  
 
Placide ordinairement, le docteur de Lambertie se vexa presque :
 
Vos trucs, vos machins pour faire oublier… votre départ, aussi… j’aimerais savoir si je pourrais au moins conserver une bribe, un souvenir. Une photo peut-être ?...
 
C’était beau l’amour allié à la confiance absolue. Jean-Jacques envia ce couple si soudé qui se regardait si intensément, un poil amusé. Belle prit la parole et le docteur fut très heureux d’être assis :
 
Hein ? Pas d’oubliettes ? C’est vrai ?
 
Tout à fait, confirma l’ex-toutou. Opaline et moi sommes entièrement d’accord sauf que la suite dépendra de vous, jack.  
 
Je… je ne dirai rien à personne, je le jure, si c’est ce que vous voulez !
 
On aimerait beaucoup, en effet que vous taisiez ce que vous avez pu voir récemment. Mais je pense que la proposition de mon épouse n’est pas à négliger non plus.  Opaline, c’est quand tu veux…  
 
Claire, nette, celle-ci s’énonça avec brio.  Le brave toubib en resta cloué sur sa chaise, sa tasse de café fumant devant lui, dédaignée.
 
Vous… tous les deux vous êtes sûrs que… ?  
 
Erik baisa la main de sa femme adorée en lui coulant un regard enamouré :
 
Absolument, Jack ! Nous désirons plier bagage dans une quinzaine avec… vous dedans !
 
*Alléluia ! * pensa le docteur de Lambertie.
 
Il ne lui fallut pas 5 secondes pour dire amen aux termes proposés par le charmant couple ressoudé. Enfin, il serait à nouveau utile à la société. De plus, il allait sans doute surprendre bien des à-côtés de la vie de sorciers, connaître leurs mœurs, leurs différences, s’immerger dans un monde jusque-là jugé farfelu pour beaucoup. Puis… il verrait sa Belle quasi tous les jours, ferait avec elle le chemin interrompu avec sa propre fille Gisèle, serait le père et grand-père qu’il n’avait jamais été… le pied total ! Alors oui, à deux mains, il signa l’accord tacite.
 
 
Quel délice ! La paix et la tranquillité existaient ? Cela faisait des lustres, lui semblait-il, qu’Erik n’y avait pas goûté.  Elle était là, primesautière, enjouée, rieuse. Une fois dégagée de ses responsabilités, Opaline retombait quasi en enfance, et son époux adorait la voir ainsi. Entre les épisodes jeux de plage, de société ou de balade, une solide amitié naquit entre Erik et le sauveur de sa femme.  
Un collaborateur discret autant qu’efficace n’était pas donné tous les jours ! Or, là, Jack serait idéal.  
Son Opaline avait été parfaite dans ses remords. Avouer avoir plus ou moins contribué à la presque défection d’un mari qui, lui aussi, s’en voulait d’avoir été… flatté dans son égo par une compatriote entreprenante n’était pas facile. Au moins, la situation arrangeait l’ensemble. Le tout, à présent, était de rentrer dignement.  
 
Aucune difficulté à obtenir des billets en bonne et due forme pour ramener deux êtres chers en Australie. Bon, il fallut peut-être jouer d’un peu de suggestion, mais passons. Ils auraient pu user de moyens plus discrets sauf que certaines formalités très officielles étaient recommandées puis, sous aucun prétextes, Erik n’aurait laissé Opal en avion, pas après sa dernière mésaventure, jamais ! 
L’accueil à l’aéroport fut aussi délirant que l’on pouvait s’y attendre de la part d’une tribu McLane en effervescence. Tandis que la belle Mrs. Nielsen subissait les effusions de sa famille, Jack et Erik se sentirent assez en retrait. Leur isolement ne dura cependant pas. Ouf ou zut ? Un peu des deux, sans doute.
 
*ils sont tous dingues !* pensa Jack à la fois ravi d’être si chaleureusement accueilli tout en en frémissant.
 
On a organisé une petite fête pour ton retour, ma chérie ! clama Carreen sans cesser d’étreindre sa seule fille.             
 
¨Petite ???* s’effara le docteur de Lambertie en voyant s’allonger les tables du restaurant de sa protégée. * Que donnerait une grande ? *
 
Il n’eut pas l’occasion de se poser plus de question tant il fut pris dans le tourbillon McLane réunis.
Ouf, les agapes ne durèrent que deux jours pleins. Deux jours à festoyer en très, alors très agréable compagnie. Ils étaient déboussolants ces Australiens mêlés d’une Japonaise et de Britanniques mais… sympas, très sympas.
Le plus grand choc de sa vie, Jack le connut à la cuisine où, histoire de se rendre utile, il apportait des assiettes sales. S’il en cassa une pile, un claquement de doigts répara le tout. Ses hôtes, confondus, s’excusèrent beaucoup devant son émoi causé par la confrontation avec…
 
Des elfes ? Vous possédez des elfes ?  
 
Dimrost et Kementari sont des domestiques rémunérés que nous considérons comme faisant partie de la famille, expliqua Erik comme si rien.  On t’avait prévenu que…  
 
Oui, des choses étranges pouvaient se produire, n’empêche que… wow ! Deux jours de plus furent nécessaires à son rétablissement psychologique. Tant de nouveautés, ça bouleverse.  
Erik reprit rapidement le collier de ses boulots et Jack fut enchanté de le seconder par ses compétences indéniables dans bien des domaines.  Car si Nielsen oeuvrait efficacement, il allait souvent trop vite en besogne, aux yeux du docteur traditionnel. Ce serait un point dont Jack se promit de débattre avec lui : la psychologie individuelle.  D’autres zones d’ombre hantaient de Lambertie. Probable qu’il ait été quasi noyé d’infos de façon brutale… Dures à digérer, en tout cas.
Durant cette semaine de fou, De Lambertie remarqua aussi l’incroyable énergie que déployaient ses nouveaux « enfants ». Certes, ils se l’étaient coulée douce une quinzaine et mettaient à présent les bouchées doubles pour rattraper un certain retard, mais quand même…
 
*Ils ont un truc à boire ou à manger. Pas normal une pêche pareille sans tomber raide…*  
 
L’explication, il la connut à la fin de ladite semaine quand Opaline servit le repas. Débordant de vitalité, excitée et joyeuse, elle papotait à tout va et, dans le flot, Jack capta des mots alarmants :
 
… euh, se risqua-t-il à l’interrompre, mes bagages ? Je viens de les déballer. Je dois déjà les refaire ?

*Seigneur, ils en ont marre de moi !*
 
Jack, dit Erik, je t’en ai parlé hier : on va en Ecosse pour les fêtes !
 
Oui, oui, j’avais pigé. Et moi, je…
 
Viens avec ! Je pensais te laisser travailler mais après tout c’est Noël, non ? On te doit tant qu’il serait vache de te laisser en plan alors que tu t’adaptes à peine.
 
Opaline chérie acheva l’explication par des bisous généreux, aussi Jack fut ravi de l’escapade.
Très curieux de rencontrer l’autre branche sorcière de cette étrange famille, il déchanta pourtant face au mode de déplacement proposé.
 
…Un quoi ?
 
Lui expliquer ce qu’était un portoloin s’avéra plus ardu que prévu. S’il avait souvent rigolé devant les films de science-fiction, en vivre un était autre chose !  
 
… Vous allez me désintégrer comme dans star trek pour me recomposer ailleurs ? C’est dangereux ! J’ai vu le film la mouche, vous savez !  

 

On le fait très fréquemment, avait insisté Erik qui s’échauffait face à l’obstacle inattendu du refus de Jack. On n’est pas des monstres pour autant. C’est moins risqué que…
 
Opaline l’interrompit avant qu’il n’énonce la désartibulation possible d’un transplanage mal effectué.  
Bon an mal an, en maugréant, le docteur de Lambertie assista à la transformation du 4/4 du couple.  
Là, il s’émerveilla, fasciné par la teinte soudain bleutée du véhicule. Il en battit presque des mains sauf que la frayeur reprit le dessus :
 
Je… non. Je préfère rester finalement.
 
Allons, Jack ! Ne faites pas l’enfant. Un Noël chez des sorciers peut être très marrant ! Je suis certain que mon frère et sa femme nous réservent plein de bonnes surprises. Puis, vous voulez connaître nos enfants, n’est-ce pas ?  
 
Dieu qu’il en avait marre de ces chichis, Erik. Opal régla le souci avec un grosdodo intempestif, et ils embarquèrent enfin.
 
Bonjour l’Ecosse !
 
Le 4/4 atterrit face au manoir croulant sous un épais tapis immaculé. Pas à dire, les Nielsen furent refroidis d’un coup, mais réjouis quand même surtout avec la perspective de revoir leurs enfants dans les minutes suivantes. Cependant…
 
Mains gantées sur le volant, Erik fronça les sourcils. Son regard croisa celui d’Opaline aussi troublée que lui. À l’arrière, le brave Jack dormait à poings fermés à moitié enseveli sous les valises et paquets cadeaux.  
 
Ce… ce n’est pas normal, souffla Erik d’une voix aussi blanche que la neige extérieure… Il devrait y avoir des traces d’allées et venues, de véhicules, or… Attends-moi, je reviens. Veille sur Jack, s’il te plait.
 
Laissant son épouse dans le véhicule chauffé, il s’enfonça allègrement dans l’allée poudreuse menant à l’entrée. Par décence, il sonna et attendit, le gant serrant sa baguette au cas où. La porte s’ouvrit en un instant.
 
Frère de maître ? s’écria l’elfe de Michael dont la surprise ravie faisait briller les yeux globuleux. Lormar et Bikita ont été étonnés en vous voyant par œil tronique.  
 
Encore heureux que tu m’aies reconnu sous mon équipement polaire, rigola Nielsen. Michael est…
 
Pas là ! Trop tôt… Pas prévenu ?
 
Prévenu de quoi ? Bikita, est-ce que tout va bien ? On peut entrer où se geler sur pieds ?  
 
Bikita s’excuse ; s’empressa-t-elle. Elle est tête en l’air avec travail cuisine. Entrez, dame Opal aussi et ami de vous. Lormar s’occupera valises.

 
Bon, si Jack fut transporté comme un paquet, il ne s’en formalisa pas puisque toujours chez Morphée. On l’installa dans une chambre du 1er étage tout en se posant en tout confort également.  
Devant le feu ronflant de l’énorme cheminée du grand salon douillet, les Nielsen ne cessèrent de s’étonner de l’absence de leurs hôtes mais les elfes affirmant que tout baignait, les époux ne purent que ravaler leur déception tout en savourant la paix de l’endroit :
 
Profitons-en, rit Erik. Bientôt ce sera pire qu’un tsunami. Tu as prévenu Jack, j’espère ?
 
Trois heures plus tard, pas besoin de klaxon pour annoncer l’arrivée des propriétaires du manoir : cris, rires y suffirent.
Bientôt, les Nielsen croulèrent sous les « papa, maman, tonton, tantine » fusant de sept bouches juvéniles tout en récoltant accolades et embrassades  des De Brent.  
 
… désolé Michael, on est à l’avance il paraît ?... tout va bien, tu es sûr ?  
 
L’air crevé de son aîné démentait ses affirmations de plénitude mais bon… tout semblait en ordre.
Opaline récolta un franc succès d’affection de ses rejetons. Erik n’en conçut pas de rancune, trop ravi de voir tout son monde à sauf. Les effusions ne durèrent pas trop et on s’organisa en quelques tours de baguette pour embellir pièces et environs.  Les guirlandes se suspendirent, le sapin se garnit en riant avec les enfants toujours émerveillés par la dextérité de leurs parents.
Bien sûr, des chamailleries éclatèrent quand Caroline chérie voulut absolument que l’on trouve des gnomes de jardins à suspendre à l’arbre scintillant et que les jumeaux prétendirent que leurs sucre d’orge parfumés à la pimentine étaient indispensables.  Que quelques bougies explosent n’étonna personne mais quand un ::
 
Grand Dieu, qu’est-ce que c’est que ce boucan du diable retentit, le silence se fit… comme par magie.
Opal et Erik s’entreregardèrent rapidement.
 
*Aïe, Jack s’est réveillé…*
 
Pas de doute, il allait débouler en pyjama et pinailler comme il savait le faire.  Crac, Erik transplana direct dans la chambre du moldu :
 

Calme-toi, Jack. Nos gosses sont assez infernaux, tu étais prévenu, n’est-ce pas ?
 
Oui, mais… je ne m’attendais pas à ce que ça pétarade à tout bout, hurle et cavale. Je veux rentrer chez moi !
 
Ecoute, j’ai un plan. Ne t’inquiète pas de ce qui va t’arriver. Joue le jeu, s’il te plait.
 
Deux minutes à peine plus tard, un joyeux « Oh, oh, oh » émana de l’étage.
Sous les yeux ahuris des jeunes et plus âgés descendit dignement au salon… le père Noël.           
                
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Re: Quiproquos, mensonges, et autres briscoles...

Message par Opal McLane le Dim Jan 17 2016, 16:46

Impossible de se duper sur les états d’âme de ce cher Dr. De Lambertie. Il souffrait des affres du doute, en faisant des louables efforts pour sembler tranquille alors qu’on le devinait presque à point de craquer.
Il tint bon deux jours, pas plus. Opal en eut le cœur serré. Bien sûr le brave homme tourna un peu autour du pot s’avouant soulagé de ne pas avoir à subir un Oubliettes, il voulait garder intact les souvenirs…d’eux. Il jura silence. On s’en fichait un peu, même s’il allait le crier sur les toits…qui y prêterait foi ? Diplomate, Erik tourna gentiment l’affaire avant de céder la parole à sa femme chérie.
 
Opaline, c’est quand tu veux…
 
Jean-Jacques Armand se tourna vers elle. Regard triste, anxieux. À quoi s’attendait il donc ? 
 
On va partir, Jack, impossible autrement mais l’idée de te laisser tout seul ici ne me plait pas, ne nous plait pas du tout à Erik et moi…Je sais, tu as voulu cette solitude mais suis à peu près sûre que tu as un peu changé d’avis. Retourner chez toi, en France ne te tente pas du tout et on le comprend…alors je me suis dit que l’autre bout du monde te plairait certainement…Erik dirige un petit hôpital…enfin pas si petit que ça non plus, le seul du coin…Tu aimerais certainement filer un coup de main à Erik et de mon côté je te promets une des meilleures tables de l’Australie…Ça te dit !?
 
Et comment que ça lui disait ! Il accepta, enchanté, ravi, soulagé ! Opal se doutait bien qu’il en allait aussi de pas mal de curiosité.
 
*Allez savoir quel film il se fait dans sa tête…sorciers aux Antipodes, de quoi faire galoper l’imagination…il sera peut-être déçu en découvrant qu’on ne se déplace pas en balai !*
 
Quinze jours ! C’était le délai fixé par Erik avant de reprendre le collier et Opal jura de s’y prendre de son mieux pour en jouir chaque seconde. Quinze jours rien que pour eux, à eux…depuis combien de temps n’avaient-ils pas eu droit à cette paix merveilleuse ?
 
*Trop !…on a oublié tant de choses, chemin faisant…Lui de son côté, moi du mien…toujours à courir, à exiger…à s’échiner…pourquoi, bon sang !?...J’ai failli le perdre pour de bon…il aurait pu accepter ma mort et se la couler en douce sans m’avoir sur le dos…J’ai été bête et méchante…Erik mérite bien plus que ça…Il est si …unique…et toi, ma vieille tu as plus de chance que tu n’en méritais !*
 
Erik et Jack revenaient de leur balade partie de pêche, très pris dans leur conversation. Ils s’entendaient si bien que cela faisait chaud au cœur. Le cher docteur de Lambertie comblait ses vides douloureux et Erik trouvait, en quelque sorte, une figure paternelle qu’il n’avait jamais eue.
 
*Génial…tout est parfait…on verra ce que dit Jack en découvrant les petits –enfants qui complètent le paquet familial !*
 
Opal n’en pipa mot mais le voyage de retour fut toute une épreuve pour elle. L’idée de se retrouver dans un avion après ce qui lui était arrivé l’avait terriblement angoissée.
 
*Sois pas idiote…ça ne peut pas arriver deux fois de suite…ça va contre les statistiques…c’est comme la foudre qui soi-disant ne tombe jamais deux fois au même endroit…au moins c’est ce qu’on dit !*
 
Bien entendu, entre Erik et Jean-Jacques, ils s’arrangèrent pour ne pas lui laisser trop de temps pour s’appesantir sur ses misères passées et en arrivant, l’accueil délirant de la famille au grand complet lui fit carrément oublier tout malheur. On pleura en riant, on rit en pleurant. Surtout Matt qui sembla ne pas vouloir lâcher sa petite sœur après l’avoir pratiquement arrachée aux bras de leur mère.
 
Je savais que nous défaire de toi ne serait pas si facile, rigola t’il entre deux hoquets bien sentis, fichue trouille qu’on a eue !
 
Tu es en train de m’étouffer, ours…je t’aime aussi…
 
 Laisse un peu pour les autres !
, rit Papa McLAne, tout aussi ému.
 
Après être passée de bras en bras, Opal, ébouriffée et parfaitement heureuse, put enfin se tourner vers Jack  qu’on avait un peu oublié dans la chaleur des retrouvailles.
 
Et maintenant, tu vas prendre un vrai bain de famille McLane…et à vous tous, je vous présente l’homme qui a sauvé ma vie… Jean-Jacques Armand de Lambertie…, elle fit des efforts pour la prononciation, Jack…ma famille !
 
Et c’était reparti pour une ronde.
  
T’affole pas, Jack…ils se calment au bout d’un moment !, assura t’elle en riant de son air un tantinet dépassé.
 
Il dut avoir un certain mal à y croire parce que l’enthousiasme prit son temps pour atteindre des niveaux acceptables.
Comme cela ne pouvait pas manquer, Maman avait organisé un « petit rien » pour fêter son retour. Tout le monde en fut, de la petite fête. Même Justin et Sam avaient fait le voyage depuis Londres, tout comme Angel et son duc. Michael et Alix ne purent être de la partie mais on sut les excuser car ils avaient des raisons plus que valables.
 
Et voilà mon petit monde, Jack…une famille merveilleuse, les meilleurs amis qui soient…
 

Vivre ! Vivre à cent à l’heure, rattraper le temps perdu. Semaine de folie à se réintégrer à sa vie. Et mine de rien à recommencer exactement comme avant. Sauf que cette fois, elle savait quel était le risque de se laisser submerger par cette exténuante routine. Opal en surprit plus d’un en délégant, chose jamais admise auparavant. Jack suivait Erik partout mais se donnait encore le temps pour prospecter les alentours. Découvrir l’existence des elfes domestiques fut un rude choc pour lui mais il sut assez se reprendre…enfin, plus ou moins !
 
Veux pas m’imaginer sa réaction quand on lui dira comment on va aller en Écosse…je prévois une crise !
 
Pas tort d’y penser. L’explication du Portoloin fut très loin de combler Jack.
 
Vous allez me désintégrer comme dans Star Trek pour me recomposer ailleurs ? C’est dangereux ! J’ai vu le film La Mouche, vous savez !
 
Jack, ce n’est pas de la science-fiction, c’est de la magie…Les sorciers font ça depuis des siècles…pas de risque que tu te transformes en…mouche !
 

Le grand homme n’avait rien à faire  de la magie séculaire, les atavismes moldus ont la peau dure.
 
Je t’adore, Jack mais là…pas le temps à discuter…On en parle après…, et de lui envoyer un Grosdodo sans appel, allez, on l’embarque et on s’en va !...Tu sais, discuter avec lui, ça peut prendre des heures !, clin d’œil, sourire complice, j’ai hâte !
 

Neige à perte de vue, froid de canard. Quelques petits coups de baguette et ils étaient parés pour affronter l’hiver. Jack ratait le spectacle et ronflait, confiant et tranquille sur le siège arrière. En fait, à part la beauté du paysage, dans la blanche solitude de la lande, le cher docteur de Lambertie ne rata rien`. À force de se faire tout un film sur ce qui va se passer, on est vite déçu quand ça va autrement. Ce fut bien le cas en s’arrêtant face au perron du manoir, sans avoir pu déceler le moindre signe d’activité, ce qui, en supposant que les jumeaux fussent dans le coin, était tout simplement impossible à imaginer. Échange de regards consternés avant qu’Erik ne prenne les devants et aille voir de quoi il en allait.
Ouf, l’explication était simple. Rien de quoi s’alarmer. Les De Brent avaient été retardés et apparemment eux, ils étaient en avance. En attendant, M. le Docteur, toujours dans les bras de Morphée, fut confortablement installé à l’étage.
 
Profitons-en, rit Erik. Bientôt ce sera pire qu’un tsunami. Tu as prévenu Jack, j’espère ?
 
Euh…pas trop eu le temps, avoua t’elle, à peine contrite, bah, ça lui fera une surprise…une de plus…sauf qu’il va pas être content en se réveillant, c’est fou ce qu’il peut être chichiteux quand ça lui prend…
 

Elle voulut filer un coup de main aux elfes mais ceux-ci déclinèrent poliment sa collaboration. Force fut de constater que ce deux-là n’avaient nul besoin d’aide, de sa vie Opal n’avait vu un déploiement de magie ménagère à tel degré de perfection.
 
Avec tant d’art plus les cours de cuisine que suit l’elfe de Michael à la TV…on va avoir le banquet de nos vies !, rigola t’elle, il ne reste qu’à s’asseoir et attendre le débarquement !
 
En une minute la paix ambiante vola en éclats. Une marée de vie bruyante déferla dans le hall au temps qu’Opal surgissait en coup de vent du salon suivie d’Erik.
 
MAMAN !
, hurla Caroline en lui sautant au cou partagée entre rire fou et pleurs, imitée aussitôt par ses frères qui ne demeurèrent pas en reste.
 
Mes chéris…mes petits !
, elle les embrassait tour à tour en pleurant, le cœur éclatant de bonheur, mais allez quand même dire bonjour à Papa…, ce fut le tour aux neveux de se joindre aux retrouvailles et finalement Michael et Alix, c’est fou ce que je suis contente de vous revoir…tiens, un nouveau membre de la famille ?, et de regarder le grand dogue noir qui battait joyeusement la mesure avec sa queue sur le tapis,* Il me rappelle bien quelqu’un celui-là !*
 
On prit un moment pour se raconter, genre vite fait, l’exaltation des plus jeunes ne laissant pas trop d’opportunité de conversation. Il ne fallait pas être sorciers pour remarquer l’air claqué des maîtres de céans, surtout Michael, qui semblait plus revenir d’une virée en enfer que d’une achats de Noël…quoiqu’en y pensant bien, ça se ressemble un peu ! Opal joua un peu les dames de la maison et servit des remontants dont ils semblaient avoir besoin avant de décréter :
 
Sans vouloir commander personne mais c’est un peu froid comme déco de Noël…si on s’y met tous on pourrait faire quelque chose de sympa, non ?
 
Rigolade générale. Une heure plus tard, l’endroit était méconnaissable. Décoration dans la meilleure des traditions. Houx, gui, branches de sapin, guirlandes et le grand sapin que les enfants garnissaient avec plus d’enthousiasme que de science en se disputant allègrement.
Jean-Jacques Armand de Lambertie fut tiré de son placide et profond sommeil par un boucan de fin de monde qui lui fit prévoir quelque apocalypse impromptue. Il se retrouvait dans un décor tout à fait étranger, en toute évidence très loin de l’Australie où il faisait beau et chaud, alors que là, il faisait nuit et neigeait par surcroît, comme il put le constater en regardant par la fenêtre.
 
Non mais…ils l’ont fait…ils m’ont fait ça… et…Grand Dieu, qu’est-ce que c’est que ce boucan du diable !? , s’écria t’il, un peu plus fort que voulu mais à vrai dire, il était plutôt dépassé là.

Erik ne tarda pas deux secondes à pointer son nez. M. le Docteur récidiva avec ses plaintes, mais ne perçut pas l’écho attendu. Pas d’excuses en tout cas, comme quoi on l’aurait averti de la turbulence enfantine. Du coup, Jack se souvint de n’avoir jamais supporté les enfants et leurs jeux…cela l’avait toujours agacé, d’où qu’il ait été un père plus que médiocre tout en restant despotique et exigeant, avec les résultats tragiques déjà connus.
 
Veux rentrer chez moi !, grommela t’il néanmoins, très imbu de soi.
 
Ce qui ne fit pas du tout l’effet espéré…que du contraire ! Dieux qu’il râlait. Oh que oui, il le faisait mais en même temps ne voulait pas décevoir sa Belle chérie et son si sympathique mari. En tout cas, là, il se sentait assez idiot en descendant le grand escalier, transformé, bénie la magie, en parfait Père Noël…Lui, le célèbre Dr. De Lambertie, l’arrogant, le tyrannique…
 
JO JO JO !...*Tu déconnes, mon pauvre vieux…à fond…t’es gaga !*
 
Arrêt sur image. Lui, à mi-chemin, son public au bas des marches. Le tout dans un cadre féerique. Un sapin énorme brillant de mille feux, somptueux et farfelu en même temps, cette maison sentant Noel…et le regard éberlué, émerveillé des enfants…
 
*Seigneur…tu as raté tout ça, vieil imbécile…c’est ça que tu as raté…ça et ta vie entière !* Bonsoir, les enfants ! JOJOJO ! Alors…on a été sages ?
 
Une petite brune avança vers lui, le jaugeant, malicieuse. Elle était le portrait de sa mère…sa Belle chérie. Il se sentit fondre.
 
T’es en avance, et puis tu descends par la cheminée…et puis t’as un accent marrant ! …T’es le Père Noël pour de bon ?...Parce que moi on m’a dit que c’était de la blague…
 
Ma chérie, intervint Opal en embrassant sa fille, il est en avance parce qu’on est plutôt près de chez lui…plus qu’à la maison, en tout cas, et la cheminée étant allumée il n’allait pas risquer de brûler son…bel habit…
 

Les jumeaux complétèrent l’idée en pouffant de rire alors que l’autre fillette, une blonde cette fois demandait à lui tirer la barbe pour savoir si ce n’était pas du toc. Dieu merci, Erik avait fait un travail de maître et sa légitimité prouvée, M. l’éminence habituée au respect et grandes circonstances, put jouer à fond son très convainquant rôle et pas à dire, s’amusa presque autant que les gosses !
Pour mieux faire, Michael, qui prenait grand plaisir au spectacle, fit apparaître un somptueux fauteuil digne du Père Noël et voir celui.ci pris d’assaut par une marmaille, étonnamment docile, pour une fois, réchauffa bien de cœurs. La longue distribution de cadeaux, faut dire qu’il y en avait des tonnes, terminée, le Seigneur du Nord dut prendre congé au milieu d’un chœur de protestes. Pas question de prendre la cheminée ni rien de semblable, jeu de magie parfaite…À peine dehors, sous la neige, il s’enfuma subtilement laissant tout le monde berçant son brin de rêve.
 
C’était merveilleux…génial !, souffla Opal à son chéri qui souriait plus que satisfait, maintenant on va voir ce que va donner  notre véritable Jean-Jacques…
 
Ah, ce que ça allait donner !? Bonne question ! De retour, sans avoir idée de comment, à sa chambre, le Dr. De Lambertie se demandait bien comment prendre l’affaire ! Il venait de vivre une expérience inattendue qui, contre toute attente, lui avait produit un chaud au cœur inconnu jusque-là. C’était la faute à Belle, il avait bien du mal à se décider l’appeler Opal, mais loin de lui en vouloir, il commençait à comprendre. Il faut avouer, que le cher homme était un peu dur à la détente.
Mise impeccable, pour cela on pouvait compter sur lui, Jack, avec son beau nom à rallonge énoncé en toute clarté, et effort de prononciation, fut présenté à la ronde, après une entrée en scène d’effet étudié…comme quoi il était descendu par les escaliers laissant entendre à qui voulait l’écouter qu’il était désolé de son retard, car assommé par le déplacement-éclair, il s’était…endormi ! Explication apte pour le public juvénile encore présent, résumée de façon lapidaire et expéditive par la copie conforme de Belle.
 
Un monsieur moldu !
 
Oui, mademoiselle, un moldu, ami de vos parents qui ont eu le bon cœur de m’emmener ici pour que j’ai l’incommensurable plaisir de vous rencontrer !, et de baiser la menotte de Caro qui pour une fois resta muette alors que ses frères et cousins se marraient comme des petits fous.
 
Présentation officielle. De Lambertie s’y acquitta avec sa grâce naturelle, rodée aux arts sociaux.
 
Tu es merveilleux, Jack…Caro t’adore…et pourtant mon petit bout de chou n’est pas facile avec les inconnus…t’en fais pas pour les jumeaux, ils sont un peu brutes sur les bords mais adorables…tu as dit m’aimer comme si j’étais ta fille…je t’aime aussi, Jack…ça fait du bien avoir deux papas…alors ces gosses fous seront comme tes petits-enfants…
 
J’ai une chance folle, dit Jack, grave, toi et Erik m’offrez une seconde chance…merci ! Cette fois, je saurai m’y prendre !
 
Opal lui plaqua un énorme bisou sur la joue en serrant son bras.
 
Ce soir, tu risques de voir plus de magie de ce que tu verras en dix ans chez nous…Amuse-toi, jouis en, tu es en sécurité…tu es à ma droite !
 

Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. M. de Lambertie se sentait comme poisson dans l’eau. La compagnie était parfaite. Le frère d’Erik, faisant fi de sa fatigue apparente était charmant, sa femme de même, Erik  en verbe était impayable et Opal radieuse donnait la réplique avec un humour piquant. Les enfants faisaient leur pagaille mais comment leur en vouloir ? Ils étaient malins, marrants, pleins d’une vitalité unique.
 
*J’ai jamais su tenir plus de dix minutes avec les miens…que gâchis !*
 
Que le repas ait été servi magiquement par deux elfes ? Qu’à cela ne tienne, vive la magie. Jack était en état de fascination totale. Il en avait de la chance, de pouvoir vivre tout cela…
Et justement voilà que lévitait le somptueux Christmas Pudding  enflammé vers la dame de céans, tout comme le voulait la tradition, quand cette image de rare perfection se vit interrompue de façon plutôt fracassante par l’apparition d’un grand dogue noir, apparemment paniqué, suivi de près par…
 
Jack envoya au diable ses bonnes manières et grimpa sur sa chaise en s’égosillant, demandant une carabine, les pompiers, la police…
 
Des fauves !...Des bêtes sauvages !!!
 
Du calme, Jack…ce sont les chats de la maison…le toutou…sais pas trop…Ouhla ! On se calme, les bestioles…
 
Parce que là, ça faisait des dégâts. Apparemment Toutou savait s’en tirer avec des chats de taille normale mais là, avec à ses trousses un cougouar de bonne taille et un jaguar idem, il était prêt à ravaler l’orgueil de sa race et chercher son salut auprès de celui qui semblait être son maître…or pour en arriver là, il dut sauter sur la longue table et entreprendre une glissade périlleuse en emportant tout par devant…seule une manœuvre magique de dernier instant sauva le Pudding en flammes qui lévita à la comme on peut, dérivant un peu sur la gauche avant de filer droit devant et… s’aplatir contre le mur, On entendit un juron par-là !
Passé l’effet surprise, faut dire que les réflexes étaient un peu ralentis après le superbe dîner, le bon vin, les sorciers réagirent tranquillement, sans once de panique ni rien de semblable. Erik prit, solidaire, son apparence chien et passa quelques consignes de bon comportement à son homologue alors que les « minets » allaient quérir câlins par ci par là et que les elfes, d’un claquement de doigts remettaient tout en état…Pudding inclus.
Jack ne tourna pas de l’œil, juste presque. En fait, il était trop sidéré, fasciné, émerveillé comme pour rater le show. On ne tarda guère à retrouver la bonne ambiance, déguster le dessert et envoyer les enfants au lit.
 
Et ça se passe toujours comme ça !?, s’angoissa le brave moldu de service.
 
Ben non…normalement ça se passe sans anicroches mais on a aussi connu pire !, informa Opal en riant, joyeux Noël, Jack…bienvenu à notre monde …suis sûre que tu finiras par apprécier et encore, tu n’as rien vu…
 
Ah bon ?...Il y a mieux ?

 
Et comment ! Que dire d’un 25 Décembre au Pré-au-Lard !?
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Opal McLane

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