Les habitudes ont la vie dure, les ennuis aussi...

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Les habitudes ont la vie dure, les ennuis aussi...

Message par Ysaline de Bettancourt le Jeu Avr 24 2014, 17:01

J’aurais fait n’importe quoi pour en arriver là…C’est tout ce que je voulais…Toi, les enfants…la paix…je t’aime Ysaline Von Falkenberg…à  toujours, à jamais !
 
La vie pouvait-elle être simple, banale, heureuse ? Oui, oui ! Ysaline y croyait, voulait y croire, y crut !
Bonheur sans nuage ? Oui… ou presque…
Sitôt marié, le couple s’était octroyé de petites vacances en famille. Alex et Sophie s’entendaient à merveille ; tout baigna jusqu’au retour au camp. Le gouvernement local prétendant être à nouveau en mesure de se passer d’ingérence étrangère les y remercia de façon très peu protocolaire. Entouré d’hommes armés, le commandant qui les accueillit ne leur laissa guère le choix : partir avec dignité ou par la force.
C’était… révoltant, écœurant, injuste, mais…
Max, son beau Max, piqua la crise du siècle. Peut-être aurait-il été fusillé sur place si, plus diplomate, Ysaline ne lui avait soufflé :
 
Calme-toi, mon amour ! Pense à nos enfants. Des réfugiés, ce n’est pas ce qui manque sur ce continent et, je te promets, ce gugusse aura bien des misères durant les mois à venir !  
 
Puisque les Von Falkenberg semblaient obéir docilement, on leur concéda d’aller se faire voir ailleurs avec ceux qu’ils souhaiteraient emmener dans leurs bagages, mais pas tous, évidemment.
Le vieux ronchon de Thidiane parut étonné mais enchanté de faire partie du lot des élus. Il va sans dire que Ny’Ala et Lev suivraient.
Par un travail acharné, Max parvint à leur dénicher un coin idéal où exercer leurs compétences tout en permettant aux enfants d’être à sauf.  
La venue d’un organisateur hors pairs qui n’hésitait pas à mettre la main à la pâte, flanqué de toubibs compétents et d’un personnel dévoué fut assez bien accueilli à ( ?)
Peu reluisant, manquant de tout, l’endroit fut à la hauteur des défis qu’ils étaient prêts à relever.  
 
Deux ans plus tard
 
Ysaline était claquée. Être maman et toubib requerrait tellement d’énergie !
Depuis cinq jours, Max était absent – pas neuf, ces virées laborieuses de parfois plus d’une semaine – et elle avait mis à profit ce « manque » de surveillance, plutôt d’attentions, pour s’adonner à fond dans ses pratiques favorites : études et recherches. Oublier le boire et manger ? Bah ! Thidiane l’avait sermonnée, le couple ami aussi, même les enfants s’étaient mis à se plaindre, donc... Contrainte, la jeune femme s’était octroyée une nuit de repos, décidée à au moins accorder la journée suivante à ses filles et fils.
Oui, la famille s’était encore agrandie pour le plus grand bonheur des époux Von Falkenberg, même s’ils ne s’en occupaient pas autant que souhaité.
Repus de câlins, les gosses roupillaient en toute sérénité et Ysaline s’apprêtait à les imiter quand des coups insistant firent voler en éclat ses désirs de paix.
 
Docteur Zaline, vite ! Grand, grand blessé apporté. Le Docteur Thidiane a dit vous seule peut-être le sauver !  
 
Devoir quand tu nous tiens !  
Elle dut renfiler sa blouse fraîchement quittée et courir derrière le messager.
En salle d’opération, elle découvrit le corps le plus amoché qui soit. Thidiane, à travers son masque, lui expliqua le topo :
 
Homme de race blanche, 35-40 ans, costaud sauf qu’il est cassé de partout. Aucun poids lourd ne passant par ici, sais pas ce qui lui est arrivé. Pas de papier d’identité, rien.  Il vit… encore un peu. Il a perdu beaucoup de sang, en perd toujours. Il y a des fuites de tous les côtés !
 
Les sorciers se sentent-ils entre eux ? Bonne question, non ? En tout cas, pour une raison non élucidée, Ysaline se convainquit que ce gars-là ne méritait pas de finir ainsi.
 
Il est perdu sauf si vous faites… un de vos trucs.
 
Un truc, quel truc ? s’insurgea Ysaline.
 

Ne jouons pas à ça maintenant, voulez-vous ? Je sais que vous faites des trucs, veux pas savoir lesquels, mais… faites-les, bon Dieu ! Tout le monde dehors !  
 
Seule avec le moribond, Ysaline se ficha des conclusions à tirer de ces remarques. Elle avait une vie à sauver et s’y emploierait.
 
Enfin, un Max tout joyeux et empressé rentra chez lui.  Pas de femme au foyer ? Habitude…
Néanmoins, lorsqu’il apprit que depuis plusieurs jours Ysaline se consacrait à un seul patient, qu’elle n’était que passée en coup de vent chez eux…
 
Dans le laboratoire beaucoup plus performant que le précédent, Ysaline œuvrait. Ses tambouilles bizarres en auraient surpris plus d’un si Thidiane n’avait veillé à ce que l’on ne dérange Mrs. Von Falkenberg sous aucun prétexte.  Grâce à la potion de régénération sanguine, l’inconnu avait survécu. Maintenant c’était d’un stock de poussos dont il avait besoin. Préparation délicate s’il en est. En outre, Ysaline avait mis un point d’honneur à effectuer ses tâches « normales » à l’hôpital mais elle savait que son intérêt particulier pour le grand homme blanc ne passait pas inaperçu.
Que Thidiane fasse irruption au labo fut surprenant. D’autant qu’il était en nage, irrité, frustré et – surtout – accompagné… :
 
Max !
 
Elle lâcha tout pour se précipiter sur son mari.
 
Mon chéri, ça va ? C’est merveilleux que tu sois là !
 
Je suis désolé Ysaline, je n’ai pas su l’empêcher de…
 
Ne vous en faites pas, doc ! Si vous avez pigé, lui le sait depuis toujours !
 
Un clin d’œil complice, elle rembarra Thidiane pour se lover dans les bras aimés :
 
Tu m’as tant manqué ! Tu as l’air en forme ! Ça s’est bien passé ?... Euh moi ? Quoi, moi ?  
 
Il l’engueulait, elle ne pigeait pas pourquoi mais quand il la poussa vers un miroir, elle tiqua face à son reflet. Était-ce bien elle, cette… ce… fantôme ?  Visage émacié, cernes abondantes, l’ombre d’elle-même…  Les mains plaquées sur ses joues creusées, elle s’effara :
 
Mon Dieu… Je… je ne me suis pas rendu compte… Mais ça ne fait rien ! Tu es là, c’est ça qui importe. Tu vas m’aider ! À deux ça ira plus vite. John en a un besoin urgent…. Ben oui, John Smith. Je l’ai baptisé ainsi parce qu’on ne sait strictement rien sur lui… Travaillons, je t’explique en coupant ces salamandres. Râpe la pierre blanche, s’il te plait.  
 
Quelques secondes plus tard, elle se lança non sans être attentive à leurs gestes :
 
On l’a ramassé en pleine cambrousse, tombé de nulle part. Mais c’est l’un des nôtres Max, j’en suis sûre !... Un sorcier, tête de nœud ! Quoi d’autre ? … sais pas ce qu’il foutait là et je m’en fous… non, pas désartibulé, c’est pas ça. Il avait trois balles de calibre 9 dans le thorax et un nombre incalculable de fractures. J’ai tout réparé sauf certains os …. C’est sa tête, Max ! Un très vilain enfoncement… dommages irréversibles, je crains.
 
Le poussos prêt, il fallut l’administrer à la « momie ». Le pauvre allait déguster pendant huit heures pleines. Ysaline régla la perfusion des antidouleurs, soupira et abandonna le chevet de John non sans lui avoir caressé les cheveux courts brièvement.
 
On peut y aller, maintenant. Je dois passer voir si tout va bien au lit 10 et …
 
Selon Max, elle en avait assez fait ainsi ! Beau sermon qu’elle accepta avec un pâle sourire.
 
La vie reprit son cours. Max sembla accepter d’héberger un inconnu, voire de le protéger, même s’il déplorait les longues heures que son épouse passait loin de lui.
Sans cesse, elle lui répétait :
 
Il va s’en tirer, tu verras ! … je suis curieuse, rien d’autre, bêta !  
 
Puis il y eut ce jour où, après des mois en végétal, John Smith ouvrit les yeux. Une sensation de triomphe anima Ysaline qui, excitée le matin même, avait confié à Max :
 
C’est pour bientôt !
 
Là, son John Smith revenait des limbes :
 
-N’essayez pas de parler, vous devez être désorienté. Vous le serez encore longtemps, à mon avis.
 
Longtemps fut peu dire.
 
Voici Max, mon époux. Il a l’air grognon, mais c’est le meilleur des hommes !
 
Les présentations effectuées, on rééduqua John qui, s’il récupéra au physique, n’en resta pas moins largué. Si Ysaline s’occupa principalement des articulations et du mental, Max commença des recherches au sujet de cet homme tombé… du ciel ?   
Ils le mêlèrent à leur vie de famille.  
« Tonton John » jouait au ballon avec une nuée de gosses dont Alex et, comme elle le pouvait sur ses petites jambes, une Sophie très volontaire :
 
Ce gars reste une énigme, soupira Ysaline en embrassant le crâne rousselet de leur petite Louise.

C’est un tendre… Mais regarde, ouvre les yeux ! Il adore les gosses ! Tu crois qu’il en a et les a… oublié ? Ce serait affreux. Les pauvres…  
 
À partir de là, Max débuta une enquête pointue tandis que sa femme se démenait à recoller le cerveau de l’inconnu avec la collaboration de Lavinia Dexter.
Longues séances ! Pas moins que celles auxquelles, en douce, se livra son époux décidé à remettre la magie entre les mains de celui reconnu comme un des leurs.  
On progressa, un peu…  
Ensuite, l’apocalypse !
Des hélicos, dans ce coin ? Une première. Dès les battements d’hélices perçus, elle cria :
 
FOUTONS-LE-CAMP !
 
Le temps d’embarquer Louise et ses autres rejetons, Ysaline s’aplatit avec eux dans un espace sous l’habitation qu’elle protégea magiquement de son mieux. Fusillades et explosions durèrent. Prête à transplaner avec sa marmaille, Ysaline fut à une fraction de seconde de pulvériser celui qui apparut :
 
Max !! Mon amour… C’était... C’était quoi, ça… ? Des rebelles, un coup d’État ?... Pour John ??
 
Il lui expliqua brièvement. La tempête étant passée, tous revirent au grand jour.  
Désolation, cris… Il fallut s’activer vite fait.  
Les enfants confiés à une nounou terrorisée, on courut secourir ceux qui pouvaient l’être encore.
Quels que soient les salauds qui avaient orchestré l’attaque, ils avaient fait des dégâts.
 
LEV !!!
 
Le pauvre baignait dans son sang soutenu par une Ny’Ala éplorée.
La tourmente dura une semaine avant de compter les morts et stabiliser les blessés.
Max passa un temps fou au téléphone et sur la connexion rétablie. L’ « affaire » se tassa.
Fatiguée mais heureuse, Ysaline se glissa aux côtés de son mari qui réagit immédiatement à ses délicates avances. S’aimer, s’aimer follement, se donner, prendre, partager… tous leurs sentiments s’exprimèrent dans leur communion totale.
Enfin rassasiée, bien blottie contre son chéri, elle osa :
 
Me diras-tu ce que tu as foutu avec John pour en arriver là ?  
 
Lentement, d’une voix rauque d’émotions, Max expliqua avoir entrepris des recherches sur la vraie identité de Smith. Certaines portes s’étaient ouvertes, d’autres furent forcées avant de se cogner à un mur aux USA. Aucun doute, quelqu’un voulait à tout prix se débarrasser de John.
 
Espérons qu’il aille bien, là où tu l’as envoyé !
 
Le temps passa.
Régulièrement, Ysaline demandait à Max s’il avait des nouvelles concernant son protégé. Il affirma ne plus en avoir reçu aucune depuis l’attaque, John ne souhaitant pas les impliquer davantage et ne maîtrisant pas encore complètement la magie.
 
Tu verras ! Un beau jour il débarquera en pleine possession de ses moyens et nous rirons de nouveau ensemble !  
 
Les enfants grandissaient, épanouis, beaux, dorés comme des biscuits, au point qu’on les aurait presque confondus avec les locaux sans leur chevelure distinctive et leurs traits délicats. Le blond Alex serait très grand, aussi grand et fort que son père, et aussi « sage » que lui. Meneur de bande, responsable protecteur de ses sœurs, il enchantait ses professeurs. La brune Sophie était la patience incarnée. Jamais une colère ou de débordement quelconque chez cette adorable poupée. Quant à rousse Louise, elle démontrait déjà un puissant caractère du haut de ses trois ans sonnés.
 
Avec celle-là, on aura du fil à retordre dans quelques années !
 
Ysaline aurait souhaité donner un autre fils à son Max. mais après deux fausses couches supplémentaires, elle abandonna l’idée. À quoi bon ? N’étaient-ils pas pleinement heureux ainsi ? Parfois, la petite famille visita leur parenté. Les grands-pères s’entendant comme larrons en foire, tantôt à Paris, tantôt en Allemagne, ils se fréquentaient souvent passant même les voir à l’occasion en Zambie.
Qu’est-ce que le bonheur sinon que de se sentir utile dans un cercle uni rempli d’entente ?
Oh oui, Ysaline Von Falkenberg- de Bettancourt l’était.  
 
Dès ce matin-là, Elle se sentit comme électrisée. Allez savoir pourquoi, elle pressentait quelque chose de très heureux.
Sans bâcler son ouvrage, elle l’acheva en toute hâte et rentra beaucoup plus tôt chez elle qu’à l’ordinaire.
Max trouva une habitation pimpante, des enfants briqués des pieds à la tête, et des odeurs alléchantes à son retour :
 
… ne pose pas de question idiote, mon chéri : je n’en sais rien mais je sens que l’on va avoir de la visite !... aucune idée, mais quelqu’un qu’on aime bien !
 
Depuis la naissance de Louise, Ysaline avait de temps en temps ce genre de pressentiment. Elle n’était pas adepte de la divination et ne s’était pas penchée sur le pourquoi du comment. Cela venait, ou pas, point barre.  
On frappa à la porte. Aux exclamations perçues depuis ses fourneaux, Ysaline sut et sourit largement en se précipitant embrasser l’arrivant ou plutôt… les arrivants.  
 
Oh John, John, je suis si contente !... Wa... Warren ? Non, pour nous tu seras toujours John Smith, idiot ! Et vous êtes… Megan Reese, non ?... Bien sûr que je vous connais, on est peut-être reculé mais pas au cul du monde ! Allez, entrez ! Les enfants, tonton John est là !!  
 
Le jeu des questions-réponses viendrait plus tard. Pour l’heure, autant savourer la joie des retrouvailles.
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Re: Les habitudes ont la vie dure, les ennuis aussi...

Message par Max Von Falkenberg le Ven Mai 02 2014, 18:15

Que la vie est belle!  Max y croyait ferme, parce que sa vie à lui l’était. Pas évident d’en arriver là, vu les pénuries tragiques endurées avant de se retrouver dans cet état de quasi grâce, si lénitif pour toute âme humaine.  Il y pensait à chaque fois, en rentrant chez lui, après n’importe quelle virée, hasardeuse ou pas. Retrouver Ysaline, ses enfants, ses amis…surtout Ysaline, sa merveilleuse petite femme hyperactive auprès de laquelle la vie était un délicieux tourbillon.
Leur vie n’était pas parfaite. Loin de là, à l’avis de beaucoup. Pour eux, ça marchait, le reste importait peu.  La plupart  se demandait, depuis le temps, comment deux farouches défenseurs de leur indépendance, esprits libres et tout ce qu’on voudra, pouvaient s’entendre. Et Dieu sait qu’ils s’entendaient ! Bien sûr, ce n’était pas exactement le genre de petit bonheur rangé, doux, calme, gentil. Ce n’était pas leur genre ! Pas plus qu’être des parents-modèle. C’était ce qu’on leur reprochait le plus souvent, mais bien entendu,  Ysaline et Max n’avaient que faire de l’avis de leur prochain.
Vie peu conventionnelle ? Oui, et quoi ? C’est ce qu’ils avaient voulu et c’était ce qu’ils avaient. Ça, plus trois enfants merveilleux et les meilleurs amis du monde.  Que vouloir de plus ?
Bien entendu, mener une existence pareille n’est pas exempté de surprises.  Homme pratique, Max encaissait tout, sans faire de problème…enfin, presque toujours ! Rentrer chez lui et découvrir que son fils avait adopté un petit guépard orphelin ne le dérangea pas, quand sa fille Sophie décida, du haut de ses quatre ans, qu’elle voulait avoir un macaque comme mascotte, en bon père il étala des arguments pleins de bon sens, que le cher oncle Lev arrondisse joliment les angles en apparaissant avec un chimpanzé nain, régla définitivement l’affaire.
Les petites bêtes du bon Dieu va et passe mais quand Mr. Smith fit son apparition, il fit la moue dans toutes les règles de l’art.  Là, il n’était pas question d’un primate égaré, ou d’un gros chat orphelin mais d’un grand gars amoché de partout sur lequel Ysaline, son Ysaline à lui, veillait avec le zèle d’une mère. C’est vrai que le pauvre homme ne payait pas de mine et on pensa même qu’il ne s’en sortirait pas. Max fit appel à ses meilleurs sentiments de charité et parvint même à s’apitoyer sur le sort de l’inconnu, surtout pendant le long coma assisté qui se prolongea…longtemps. Sa belle pitié fut près de s’enfumer quand le protégé de la belle Dr. Zaline revint des limbes.
 
Voici Max, mon époux. Il a l’air grognon, mais c’est le meilleur des hommes !
 
*Grognon ? Qui ? Moi ?...Elle en a des bonnes…et puis, c’est mon bon droit, non ?*
 
Le meilleur des hommes  cherchait patience et compréhension là où il ne lui en restait plus trop. Les heures que sa femme passait au chevet de son patient le minaient. S’il n’avait tenu qu’à elle, Ysaline en aurait oublié le boire, le manger, et sa famille en passant. Pauvre John par-ci, pauvre John par-là, et elle n’était pas la seule. Tout le monde avait son mot à dire sur Mr. Smith, amnésique de son état et supposé sorcier selon conclusions de Madame le docteur.
Bon an, mal an, Max finit par oublier ses griefs  et participa, comme tous et chacun à la rééducation de ce cher John, qui s’avéra  tout à fait charmant mais surtout extraordinairement mystérieux.
 
Compte tenu de son état en arrivant, je suis prêt à parier qu’on l’a éjecté d’un avion volant à basse altitude !

Aouch…encore de la chance qu’il n’en soit pas mort, sur le coup…ça m’a bien l’air d’un règlement de comptes !

N’en doute pas un instant, Lev…ce type n’est pas un touriste tombé là par accident, alors là, pas du tout !
 
Ils ne tardèrent pas trop à en avoir la certitude.  Mis à part que presque chaque os de sa grande carcasse avait été brisé et que sa mémoire tenait lieu de passoire, John reprit vite du poil de la bête, récupéra très vite la grande forme  et découvrit avoir un talent sûr pour l’auto-défense.
 
Ben dis donc !, avait rigolé Max en se relevant après que d’une passe époustouflante John l’eut fait rouler à terre, tu en sais quelque chose, toi…krav maga…karaté…tu n’y vas pas de main morte et tu n’as pas appris ça chez les scouts !
 
Ça et autres choses, comme le maniement des armes à feu, par exemple…et celui de la baguette magique aussi. Il avait paumé la théorie quelque part mais l’essentiel demeurait. Suffit de s’y mettre à conscience et les résultats furent concluants. Entre une chose et l’autre, Max commença à connaître un peu, pour autant qu’on sache le percer, le mystérieux John Smith et à l’apprécier. Ce qu’il appréciait un peu moins était l’évidente admiration ressentie envers son Ysaline par son patient si particulier. Impossible de se duper sur certains détails. Comme par hasard, Smith semblait plus content quand Ysaline était dans le coin, il lui arrivait même de sourire, de se montrer bavard, alors il faisait étal de charme et esprit.  Il en allait de même avec les enfants…là, il craquait, pur et simplement. 
 
C’est un tendre…
 
Je ne dirais pas tant que ça…il est déroutant, ça oui !

Mais regarde, ouvre les yeux ! Il adore les gosses ! Tu crois qu’il en a et les a… oubliés ? Ce serait affreux. Les pauvres…
 
Force fut de donner raison à Ysaline et de lui faire plaisir en s’engageant à fond dans une enquête plus ou moins approfondie sur le sujet des débats.
Qui était John Smith ? La question du siècle. Max connaissait quelques personnes susceptibles d’apporter une certaine lumière dans cette affaire et n’hésita pas à faire appel à leur collaboration.
 
Suis mon conseil, Max…arrête de poser des questions sur ce type. Je n’ai pas d’informations exactes mais c’est quelque chose de gros…de très gros, ça cause du remous et à ce niveau-là, du remous c’est pas bon… l’ami d’un ami qui connait quelqu’un qui à son tour connait…enfin, tu sais comment ça marche, assure que tu ferais mieux de tout laisser tomber…
 
À ce point-là, bon conseil ou pas, Max n’était pas prêt à lâcher prise. Mal lui en prit. L’action de commando leur tomba dessus comme soudaine plaie de langoustes aux résultats plus meurtriers. Ce déploiement de force brutale n’était destiné qu’à trouver et éliminer un seul homme : Smith.
 
Écoute, mon vieux, ça se corse ici, pour toi…pour tous, tu dois t’en aller, disparaître un temps, prends cette baguette et cette clé, c’est celle d’un coffre à Gringott’s…pas de souci, tu sauras de quoi je parle en y arrivant…t’en fais pas, on va s’en tirer…Rien à dire, on se revoit…un de ces jours !
 
N’ayant pas trouvé celui qu’ils cherchaient, les commandos se retirèrent non sans laisser une trace sanglante de leur passage.  Lev faillit y laisser la peau, mais eut plus de chance que d’autres, victimes innocentes d’une intrigue au-delà de leur compréhension.
Il n’oublierait jamais l’expression horrifiée d’Ysaline en la retrouvant, tapie sous la maison avec les enfants, baguette brandie, prête à réduire en cendres qui oserait l’approcher.
 
Max !! Mon amour… C’était... C’était quoi, ça… ? Des rebelles, un coup d’État ?...
 
Ni l’un ni l’autre, ma chérie…ils sont venus chercher John…
 
Pas le temps pour des explications alors, un travail monstre l’attendait pour que tout rentre en ordre mais aussi pour essayer de savoir qui était responsable d’une exaction si sauvage.
 
L’ordre revint, par contre pour ce qui est des explications, on y repasserait.  On essaya d’oublier l’affaire pour le bien de tous.
 
*S’il s’en tire, on le reverra bien un jour ou l’autre !*
 
Ysaline restait aussi optimiste, si ce n’est plus que lui. Max lui avait raconté à grands traits ce qu’il était parvenu à savoir, sans entrer dans le domaine de ses conclusions personnelles, valait mieux ainsi. Moins elle saurait, mieux ce serait.
 
Toi et les enfants êtes à sauf, c’est la seule chose qui compte…Je ne me serais jamais pardonné s’il vous était arrivé le moindre mal !
 
Et la vie reprit de plus belle. Pour calmer les esprits, un changement de décor s’imposait, pour un temps. 
Karl Theodor Von Falkenberg  s’en donnait à cœur joie avec les enfants de Max. Pas qu’il n’aimât pas ses autres petits enfants mais les rejetons de ses filles étaient des petits êtres exquis, tirés à quatre épingles qui déjà à leur jeune âge, ressemblaient aux adultes empesés et imbus de soi qu’ils deviendraient plus tard.
 
Avec tes enfants, on se sent revivre…au fait, tu ne ferais pas bien d’aller voir comment descendre Sophie de cet arbre, Max ?..., et de voir son fils détaler sauver sa fille qui n’avait nul besoin d’aide, alors qu’il se prélassait ravi avec la petite Louise en faisant causette avec sa belle-fille.
Adémar de Bettancourt arriva quelques jours plus tard avec Maria-Eli, qu’il avait fini par épouser, deux ans auparavant, pour le grand bonheur de tous.  Tous ensemble, ils formaient une famille heureuse et bruyante, au grand dam des sœurs de Max qui ne finissaient pas de s’accommoder  à l’idée d’avoir un frère pareil nanti d’une femme qui ne leur laissait pas en placer une et des enfants qui étaient des vrais sauvages.

~~

L’existence du campement en Zambie parfaitement assurée, Max et ses collaborateurs pouvaient respirer en paix, sans craindre un revirement inattendu comme celui qui les avait chassés de la Tanzanie. 
Cet après-midi, en arrivant chez lui, Max fut très surpris. La maison étincelait, des effluves délicieux émanaient de la cuisine et pour parfaire l’image, ses trois enfants, propres comme des sous neufs et vêtus autrement qu’avec leurs shorts et T-shirts, vinrent lui faire la fête en annonçant que Maman était aussi là. Une première !
 
*Misère…j’ai oublié quelque chose…l’anniversaire d’Ysaline ?...Non, pas ça…celui de mariage ? Non plus…mon anif…euh, non plus…*
 
Sa femme s’activait aux fourneaux mais avait aussi songé à passer une petite robe qui lui allait à ravir, de quoi le faire se sentir sale et négligé, ce qui était bien le cas de le dire. À peine s’il osa réclamer son baiser de bienvenue.
 
Dis-moi…j’ai oublié une date importante ?
 
Ne pose pas de question idiote, mon chéri : je n’en sais rien mais je sens que l’on va avoir de la visite !...
 
Encore un de tes pressentiments…et ce sera qui, cette fois ?
 
Aucune idée, mais quelqu’un qu’on aime bien !
 
Et de l’envoyer sous la douche pour reprendre un aspect convenable. Les aptitudes en divination de sa chérie ne ratèrent pas mais la surprise, en découvrant qui se trouvait sur le seuil, le cloua sur place.
 
Bon sang si je m’y attendais…John Smith !!!
 
Ils échangèrent une accolade bien sentie, avant qu’il ne réalise que le visiteur- surprise n’était pas seul. Une ravissante jeune femme souriante se tenait derrière John en attente d’être présentée, sa femme arrivant sur ces entrefaites eut droit à une étreinte chaleureuse…peut-être un peu trop, mais on laisserait ça au coup de l’émotion.
 
Je suis Warren Fletcher… et voici Megan Reese sans qui je ne serais pas là aujourd’hui… pas plus que sans toi, Ysaline, dit John d’une voix presque enrouée.
 
Coupant court ces épanchements émotifs, Miss Reese avança d’un pas vers le maître de céans, qui jonglait avec une Louise assez inquiète.
 
Alors, c’est vous, le sacré Max ?
 
Sais pas si sacré que ça, mais oui…c’est bien moi, miss Reese, et n’allez pas croire tout ce que ce bonhomme peut raconter !
 
Déjà les enfants s’ajoutaient aux retrouvailles, créant diversion. John s’ébahissait des changements survenus.
 
Ben, ça pousse mieux que des champignons…Ils sont…
 
Ce qu’il avait l’intention de dire lui resta coincé en travers la gorge face à l’évidence d’être fatalement ignoré. Les petits accaparaient toute l’attention de John et celui-ci, celle d’Ysaline. Il se tourna alors vers l’autre délaissée, pas trop surpris de lui découvrir un regard sceptique et une petite moue chagrine.
 
Ils s’entendent très bien…*Trop parfois !* et il a toujours eu un faible pour les gosses…Laissons-les à la joie des retrouvailles…j’espère que le coin vous plaît, Miss Reese…ok, Megan…

Elle avoua le trouver splendide, autant que le Campement surprenant et inattendu. Modeste, Max admit que tous faisaient leur meilleur effort et changea de thème, non sans couler un coup d’œil vers sa femme et leur ami John qui jouait, ravi, avec Alex et Sophie.
 
Pas à dire, il a l’air en forme, vous allez rester, n’est-ce pas ?
 
Sourire en coin, imperceptible haussement d’épaules avant de dire qu’elle souhaitait seulement quelques jours de repos pour se remettre de leurs aventures.
 
Peut-être que le coin n’est pas de tout repos, vous ne devrez pas travailler aux terrassements ou au talus…par contre les alentours sont très susceptibles de vous changer les idées…

C’était une proposition comme n’importe quelle autre qu’il aurait pu faire. Miss Reese sourit en admettant que ce qu’elle avait pu voir jusque-là avait de quoi la charmer. Leur petit aparté n’alla pas plus loin, déjà Nounou se présentait et emmenait les enfants pour le dîner.
 
Comme ça on aura la paix pendant un moment…Allons à la terrasse, il fait bon à cette heure et je parie que tu as pas mal à nous raconter, John !
 
On le suivit sagement. En bon hôte, Max s’occupa de servir les boissons puis alla prendre place auprès de sa femme. La mise à jour, à deux voix, ne fut ni facile no joyeuse. En fait, c’était l’histoire d’une intrigue aux connotations de tragédie qu’ils entendirent là. Quand la voix manquait à John, plus émotif que dans les souvenirs de Max, Megan Reese prenait le relais. On reconnaissait en elle la journaliste, capable d’étaler les faits de façon plus pragmatique, quoique dans ce cas, pas moins émotionnelle. Puis l’aveu final :
 
J’avais une épouse et deux gosses… on me les a pris pour un truc que j’ai découvert. Ne demandez pas lequel, c’est classé top-secret à vie…
 
Max s’en fichait un peu des secrets d’état, ce qui le tracassait était la douleur devinée dans le regard de son ami, posé sur Ysaline et les enfants.
 
*Quel crève-cœur !*
 
On réussit néanmoins à passer le cap des amertumes  et reprendre un ton plus léger.
 
Enfin, nous avons droit à des vacances ! Comment ça va pour vous ? Bien, apparemment…
 
Oui, on va bien. Les petits problèmes ne manquent jamais, c’est normal mais on ne va pas s’en plaindre…Je disais tantôt à Megan, que le coin est parfait pour vous changer les idées, on peut faire des magnifiques balades et puis ça me fera aussi des vacances !
 
L’idée sembla bien prendre, les invités conduits à leur coquet bungalow, Max regagna le sien en se posant pas mal de questions. Ysaline ne le rata pas.
 
Comment que qu’est-ce qu’il m’a pris ?...Non, je ne suis pas un organisateur de safaris mais autant se montrer sympa, non ?...Trop sympa ?...Va pas chercher midi à quatorze heures, ma chérie…par contre, ajouta t’il, un brin perfide, il avait l’air plutôt aux anges, ton John…Meuh non, j’insinue rien, seulement qu’il avait l’air ravi, c’est tout…bon, c’est pas TON John, mais comme si, tu lui as sauvé la vie et il t’en es redevable…
 
Ce genre de discussion pouvant facilement s’envenimer, Max préféra taire la réplique de sa femme adorée d’un baiser délirant qui dériva en un autre et ainsi de suite, se laissant emporter par cette merveilleuse passion complice qui les unissait si bien.
 
 Dès le premier jour, Max comprit que quelque chose n’allait pas aussi bien que souhaité. Les alentours étaient magnifiques, John semblait coincé et Megan faisait des efforts pour avoir l’air contente, le fait est que ni l’un ni l’autre n’étaient à l’aise.
Le deuxième jour, fut marqué par la défection de John qui préféra rester au campement, soi-disant pour se rendre utile.
 
*Ouais, bien sûr… utile, en couvant MA femme de son regard d’agneau égorgé !*
 
Miss Reese prit le changement avec philosophique résignation, pas plus heureuse pour autant mais s’efforçant pour bien suivre le mouvement.  Caméra prête, elle mitrailla les alentours découverts, sans grande conviction.
 
Alors comme ça, tu as accompagné John dans tout son périple…même en sachant ne pas pouvoir en faire un papier ?...Non, je ne veux pas sembler ironique, suis curieux…
 
Megan ne fit pas de mystères quant à sa propre curiosité. Si les agissements de John avaient attiré son attention depuis le début, découvrir par la suite qu’il était sorcier, l’avait accrochée, avide d’en savoir plus, de fil en aiguille, l’affaire s’était compliquée, elle pouvait donner un coup de main…
 
Et puis un autre et encore un…je connais ça ! Et puis un jour on s’aperçoit qu’on peut plus lâcher…

Elle eut un sourire en coin, mais aussitôt une famille d’éléphants détourna son attention. Fin de la conversation, pour la suite, on se remit à des généralités. Il en fut de même le lendemain, et le jour d’après. John se rendait utile au campement, Max courait la nature avec une charmante journaliste qui n’avait rien à cirer de vie sauvage ou problèmes d’environnement, enfin, pas en ce moment.
 
*John est un imbécile !*
 
Et puis, un soir, entre l’entrée et le plat de résistance, Megan annonça son retour au bercail pour le lendemain.
 
Comment ça ? Si vite ?
 
Elle assura avoir besoin de réintégrer sa vie, son travail. Point barre. Ils étaient tous très gentils, etc, mais la décision était prise.  John semblait abattu mais ne dit rien. Lui, il n’avait pas manifesté aucune intention d’aller où que ce soit.
 
Trajet silencieux jusqu’à Lusaka. Max conduisait, John regardait le paysage, Megan, à la banquette arrière faisait de même, ou semblant de.
À l’aéroport, adieux juste un peu émus, sans larmes ni soupirs. Elle ne se retourna pas une seule fois. Sans mot dire, ils prirent le chemin du retour.
 
*Eh ben dis donc…*
 
Quelques kilomètres faits dans un silence oppressant. Max n’était pas de ceux qui se mêlent facilement de la vie des autres mais là, il ne tint plus.  Son furieux coup de frein surprit son passager.
 
Qu’est-ce que tu fous ?...
 
La question à poser est qu’est-ce que tu fous, toi ?... Tu vas la laisser partir, comme ça !?
 
Je la laisse partir, c’est son choix…
 
Vraiment ? T’es pas un peu con, toi ?...Con et aveugle, en plus…Son choix, bien sûr…tu lui en as laissé un autre ? Oui, toi !
 
Moi ? (battement de cils éperdu) je… je ne sais pas…
 
Définitivement le gars était aussi paumé, si ce n’est plus, qu’avant.
 
Me joue pas ton petit numéro de «  sais plus où j’en suis », parce que je sais bien où tu en es et là, laisse-moi te dire, mon pote que tu fais faux chemin. Ysaline est chasse-gardée, pigé ? Oui, fais pas cette tête, suis pas dupe de ton petit manège à la con : « Veux me rendre utile »…Tu me prends pour un idiot ou quoi ?
 
Et l’autre de se défendre à la comme on peut.
 
Tu te goures, Max ! Je… non ! Je… ou peut-être que oui j’aime Ysaline mais c’est TA femme. Je ne l’aime pas comme toi tu l’aimes…
 
Encore heureux !, gronda Max qui avait envie de le rosser séance tenante.
 
Le reste de l’explication fit fondre part de sa colère.
 
C’est pas ça, pas du tout : elle m’a sauvé la vie… Je… j’aime être avec vous parce que… vous… (étranglement) vous me rappelez ma famille, MA famille Max…
 
*Misère !* Écoute, John, je veux bien te croire que c’est ça…Je comprends que ça te fasse des souvenirs…mais la vie, ta vie ne peut pas se résumer à ça…à regarder les autres être heureux. On a tous droit à une deuxième chance…Ysaline et moi on l’a eue, Dieu seul sait par tout ce qu’on a dû passer pour y arriver, mais on l’a saisie et on ne la lâche pas…et toi, tu vas laisser passer la tienne, sans rien faire ?...Megan est ta deuxième chance de vivre, d’être heureux…

Le cas était difficile. Le bonhomme était un vrai dur à la détente ou avait décidément le cerveau bousillé.
 
Megan ? Quoi Megan ?... Non, mon vieux, tu te goures encore, t’as tout faux… je ne dis pas le contraire, elle est très chouette, mais… quoi ?
 
Bon sang, John Smith, ou Warren Fletcher, il y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…Chouette ? C’est tout ce que tu trouves à dire…CHOUETTE ? T’es plus bête que tes pieds…Elle laisse tout tomber, te suit par monts et par vaux, risque sa vie pour redresser la tienne…et tu la trouves CHOUETTE ?

Tu penses vraiment que… ??
 
Max leva les yeux au ciel, implorant.
 
OUI, JE PENSE !
 
Illumination. John voulut prendre congé de la famille, d’Ysaline en spécial, puis, très magiquement, vida les lieux. Max se laissa tomber dans le divan avec un soupir de soulagement.
 
J’ai cru qu’il ne pigerait jamais…Comment que piger quoi ?...Que c’est pas en vidant des pots de chambre et te regardant avec des yeux de merlan frit qu’il allait trouver le bonheur… Mais non, voyons, je ne l’ai pas mis à la porte…je lui ai ouvert les yeux, nuance…Jaloux ? Ma foi, oui…ça te dérange pas au moins ?...
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Re: Les habitudes ont la vie dure, les ennuis aussi...

Message par Ysaline de Bettancourt le Lun Mai 05 2014, 17:46

Revoir John Smith – ou comme il veuille s’appeler à ce moment – fut une surprise très agréable pour Ysaline. N’était-ce pas gratifiant de voir ses efforts médicaux récompensés ?
Un œil non avisé aurait pu se méprendre sur ce qui unissait vraiment Ysaline et John. Oui, cela allait au-delà de la simple relation médecin-patient mais en aucun cas – du moins pour Ysaline – il ne s’agissait de sentiments amoureux. Un réelle amitié les unissait, point.
Qu’il ait recouvré une grande part de sa mémoire ne semblait pas ravir Smith. Il y avait de quoi.
Pour avoir subi la perte d’un bébé non encore né, Ysaline ne voulait pas imaginer ce qu’il adviendrait d’elle s’il arrivait quelque chose d’aussi atroce à l’un de ses actuels. Cela la troubla profondément. Un problème à la fois.
Car oui, la présence de John en causait un. Si encore il leur avait présenté Megan Reese comme future épouse ou petite amie, Ysaline aurait été bien plus contente. Mais, très vite, elle flaira que rien de tel n’existait entre ceux-là, pas de la part de John en tout cas. Les regards que Mrs.Von Falkenberg sentit peser sur elle la dérangèrent beaucoup.
 
*John me couve comme la Madone, Megan râle et Max est jaloux…*
 
Soupirs…
La soirée fut néanmoins satisfaisante pour tous, apparemment.  
Néanmoins Ysaline avait tiqué en entendant son époux déclarer :
 
… le coin est parfait pour vous changer les idées, on peut faire des magnifiques balades et puis ça me fera aussi des vacances !
 
Aussi, elle ne le rata pas lorsqu’il revint d’avoir conduit leurs hôtes à leur résidence :
 
Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Depuis quand veux-tu jouer aux guides touristiques ? … trop sympa à mon sens ! Enfin, si ça t’amuse, m’en fous !...
 
… il avait l’air plutôt aux anges, ton John…
 
Qu’est-ce que c’est que ces allégations débiles ? T’as trop bu ? C’est pas MON John. C’est John, c’est tout !  Je veux que tu cesses d’imaginer des trucs insensés, que tu…
 
Ah, SON Max ! Lui seul possédait ce pouvoir de lui changer si bellement les idées…  
 
Tandis que son époux jouait au guide touristique, Ysaline vaqua comme une forcenée au centre médical qui ne désemplissait jamais. En cause principale, les réfugiés des contrées ravagées par les guerres ou mouvements tribaux. Hygiène, malnutrition, planning familial étaient les plus gros soucis. Mais pas les seuls… Si les cas de tuberculose foisonnaient, une autre maladie s’implantait méchamment : le sida. Des études tendaient à croire ce nouveau fléau comme étant à transmission sexuelle, avec conséquence de propagation sanguine. Ysaline se sentait très démunie face à l’énormité du travail à accomplir en ce domaine. Si le préservatif n’avait pas la cote, même gratuit, que dire de l’abstinence…
Elle travailla tard, pour changer.
 
Alors, ça a été votre virée ?... Ah…
 
Pas de commentaires, elle fila prendre ses heures de repos sitôt sa toilette effectuée.
 
Au matin du second jour de la « visite », elle vit John se pointer. Il voulait se rendre utile ? Il serait servi. Ysaline n’était pas d’humeur à badiner, elle avait oublié jusqu’à la signification de ce mot.
 
Un coup de main n’est jamais refusé ici ! Les bassins débordent. Si ça ne te dérange pas…
 
Ny’ala qui la suivait partout ne la rata pas au détour :
 
Dis donc, tu as un ticket avec John !
 
C’est pas ce que tu penses ! Renouvèle le stock d’aiguilles, ça urge !
 
Ça la peinait de voir John dans cet état. Elle eut beau lui assigner les tâches les plus dégradantes, il garda le sourire.  
 
*Vais devoir lui mettre les points sur les i ou quoi… ?*
 
Certes, ces attentions particulières dont elle suspectait les origines étaient flatteuses. Néanmoins…
 
*Il veut expier, enterrer ses démons… Il doit le faire… seul !*

 Et voilà Megan qui, sans préambule, leur annonça plier bagage. Ysaline s’attendit à au moins une réaction de John… rien.
 
*Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez lui ?*
 
Elle ne les accompagna pas à l’aéroport. John allait revenir et… Quoi ?
Préférant ne pas y penser, elle se jeta à corps perdu dans ses multiples tâches quotidiennes.
Un cas diagnostiqué de plus… Ysaline donna les consignes requises, sentant ses angoisses l’étreindre à nouveau.
Puis époux et ami rentrèrent au bercail pour les adieux de ce dernier. À quoi ou à qui devait-on ce revirement… ?
 
Prends soin de toi, prends soin d’elle ! Les enfants, dites au revoir à tonton John…
 
En le voyant embrasser les enfants, Ysaline sentit son cœur se broyer :
 
*Pourvu que…*
 
 Un peu plus tard, elle sut ce qui avait poussé John à déserter : Max !
 
… Tu as fait quoi ?
 
… je ne l’ai pas mis à la porte…je lui ai ouvert les yeux, nuance…
 
Pourquoi tu as fait ça ? Jalousie ?
 
Jaloux ? Ma foi, oui…ça te dérange pas au moins ?...
 
Jamais de la vie, triple idiot ! J’espère quand même que tu sais en être un parfait !  Mais tu as bien fait. Je l’aurais fait moi-même si… je n’avais pas été si follement attirée par lui !
 
Sa tête valait de l’or, la bagarre suivante dégénéra délicieusement.   
 
N’empêche que cette visite avait marqué Ysaline, amené des réflexions qu’elle n’aurait peut-être pas eues autrement. Pas qu’elle remette en question son union avec Max – loin de là – mais sur leur mode de vie en général, l’éducation et la sécurité des enfants en principal.  
Fréquemment revinrent des interrogations :
 
*De quel droit…*
 
Comme Max, elle avait eu droit à une enfance dorée. Ensuite vint le choix. Qu’avaient-ils offert à leur progéniture hormis d’être confrontée quotidiennement à la misère humaine, guerres, maladies ? Du laxisme, des absences… Ne méritait-elle pas mieux ?  Si se préoccuper des autres était bien, qu’en était-il du bien des leurs ? Charité bien ordonnée commence…
 
Peu après le départ de John, un événement déclencha le volcan.
Par chance – ou malheur – Max était à la maison quand, en furie, Ysaline entra avec Louise sous le bras :
 
Ah, t’es là ! Ça tombe bien car je fais mes valises !

 Il tomba des nues, le pauvre.
 
… Ce qui se passe ? C’est que je viens d’éviter à notre charmante diablesse d’être contaminée par une seringue « oubliée » !  ELLE JOUAIT AVEC ! … Cette maladie incurable me rend dingue, Max. Déjà de devoir amputer aussi sec l’assistante Thandi pour s’être piquée d’une aiguille souillée m’a rendu malade, là… C’EST TROP !... NOUS SOMMES DES ÉGOÏSTES, JE suis égoïste ! Nos enfants méritent mieux que cette insécurité permanente… BIEN SÛR que je l’ai voulu ainsi mais… JE ne veux plus… je t’adore Max, tu le sais. Si tu veux continuer ainsi… libre à toi. Nous, nous partons !... Jusqu’ici on a fait ce que l’on voulait en ne pensant qu’à nous. Là, il s’agit de l’avenir de nos enfants ! … Euh, où ? … Je pense que ta propriété londonienne conviendrait, non ?
 
Vu sa tête, il encaissait durement. Louise braillait tellement que la discussion prit fin avant d’avoir réellement commencé. Mère, une fois n’est pas coutume hélas, Ysaline emporta le colis râleur qu’elle bouchonna avant de le mettre au lit. Sophie jouait avec son singe, Alex étudiait, le nez dans ses bouquins.
 
Mes chéris, maman doit vous parler…  
 
L’exposé énoncé, Sophie cria et empoigna son favori avec lequel elle se réfugia sous son lit. Alex serra les dents.
 
Tout va changer, je sais. Je ne le veux pas pour moi, je le veux pour VOUS !
 
Papa ne sera jamais d’accord ! T’as pensé à lui ?
 
Alex ! Ne me parle pas sur ce ton, veux-tu. Papa n’est pas idiot, il sait autant que moi ce qui est bon ou pas. Il est grand temps que la discipline règne dans cette famille ! Prépare tes sacs, aide ta sœur !
 
Au creux des bras de son mari dans leur grand lit, Ysaline pleura :
 
Ce sera difficile… Tu as compris, j’espère… Non, non ! Ce n’est pas une démission, un déni, c’est un devoir envers NOS enfants… j’attendrai. On s’installera et on t’attendra… Je t’aime tant…  
 
Décembre à Londres… Pas la joie. En changement radical de climat, ils furent servis, en autres aussi.  
Les adieux africains, Ysaline préféra oublier ce crève-cœur. Adulte enfin, elle endossait ses responsabilités. La fine neige offrit au moins une joie aux enfants déboussolés, de même que les bestioles exotiques obligatoirement embarquées.  
Le vaste domaine regorgeait de possibilités à exploiter. Avec une petite ménagerie, des chevaux et… des domestiques stylés, on s’en sortirait.  
 
*Santa Madona, vais devoir m’en rappeler des trucs !*
 
Il ne fallut pas longtemps à Ysaline pour se rendre compte de l’énormité du travail à accomplir, tant sur elle-même que sur les enfants.
Hyper active, elle passa la nuit à réviser des plans d’action.
Au matin, elle ^projetait d’emmener la marmaille faire les boutiques. Il fallait saper tout le monde des pieds à la tête d’urgence. Ensuite viendrait le choix d’un éducateur privé, puis la réorganisation de tout ce beau monde… Bien des joies en perspectives !
 
*Qu’est-ce que je vais mettre ?*
 
Face à sa pauvre garde-robe dans laquelle s’entassait des tenues aussi estivales qu’hétéroclite, Ysaline hésita. Pouvait-elle aller chez Harrods en jeans et Baskets ? Ce tailleur indémodable ne conviendrait-il pas mieux ? Bah, la carte platine arrondirait les angles.
Elle achevait sa toilette quand un chambard épouvantable l’obligea à dévaler les escaliers.
Devant la cuisine dévastée, Ysaline faillit éclater de rire. Miss Grove, la gouvernante, était saucée de bouillie d’avoine, Sophie et Alex s’en bombardaient joyeusement et loulou, dans sa chaise haute tentait de les imiter.
 
Que se passe-t-il ici ? gronda Ysaline en essayant une voix sévère.
 
Il y a que vos enfants sont de vrais sauvages malappris, « Madame » !
 
Miss Grove, ce sont DES enfants !
 
Des enfants qui réclament des chenilles grillées, et des… trucs imprononçables dans un baragouin indigne du bon Dieu !
 
Ysaline calma sa furieuse envie de rigoler pour afficher des traits de marbre. Elle tapa trois fois du pied gauche. Aussitôt Sophie et Alex cessèrent leurs stupidités, s’excusèrent poliment et avalèrent leur tambouille en silence. Pour Louise, ce fut une autre histoire mais, prenant les choses en main, Ysaline lui prépara un œuf et un cocktail de ses fruits préférés.
 
Alex, Sophie, allez vous relaver. Je m’occupe de Louise. Miss Grove, faites en sorte que la voiture soit prête dans une heure.
 
Oxford street, en autre, fut dévalisée proprement. Pour beaucoup de boutiques les zoulous avaient débarqué. Bah… Les employés se remettraient des extravagances de cette bande délurée qui avait fait néanmoins grimper leur chiffre d’affaire de façon très conséquente.
Ysaline était effarée des prix pratiqués :
 
*Avec ce que l’on a dépensé aujourd’hui, on aurait pu monter un nouvel hôpital de brousse…*
 
Elle devait impérativement cesser de penser ainsi. Dur, mais pas impossible.  
Max lui manquait déjà. Il avait tant de choses à régler sur place… Qu’adviendrait-il de Thidiane, Lev et Ny’Ala ?
 
*J’y penserai demain…*

Le lendemain, ce fut la sélection du professeur. Croyant bien faire, Ysaline invita son Alex à assister aux entretiens. Ils en virent défiler de tous les genres. Du guindé au punk en passant par des intermédiaires, aucun ne semblait éveiller le moindre intérêt chez l’aîné.  
Une pause s’imposa au bout de deux heures stériles :
 
Qu’est-ce qui ne va pas, mon grand ?
 
À TON avis, TOI qui sais toujours Tout sur TOUT ?
 
Tu as raison, pour une fois. JE sais beaucoup de choses. Comme par exemple que la petite Kitana te manque énormément. (Blêmissement) Vos jeux « innocents » te manquent, non ? Alex, ici, dans le monde civilisé, il en va autrement. Des filles, tu en séduiras mais pas en te comportant comme un bonobo, pas dans ce monde dans lequel tu vas grandir, Alex ! Je pense que Mr. Right fera l’affaire !
 
Quoi ? Ce vieux schnoque à lunettes ?  
 
Ce vieux, comme tu dis, a exactement l’âge de ton père ! Relis ses références. Il est sorcier de bonne famille. On pourrait au moins… essayer ?
 
Affaire conclue.
 
Des jours passèrent. La maison reprenait vie, pas à dire. Avec les sortilèges appropriés et un décorateur moldu pour faire bonne mesure, bien des pièces furent remises à neuf. Le personnel, sous la houlette insatiable de Mrs. Von Falkenberg, s’usait en dépense d’énergie inédite.
Lorsqu’Ysaline découvrit un splendide quart-de-queue au grenier, elle le fit immédiatement léviter au salon rénové. Un peu de magie, du bricolage maison, l’instrument put bientôt chanter gaiment.
 
Concert tous les soirs à présent, grommela Miss Grove en se renversant un oreiller sur la tête. Je démissionne demain !  
 
Une semaine londonienne et toujours pas de Max… Ysaline commença à angoisser…     
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Re: Les habitudes ont la vie dure, les ennuis aussi...

Message par Max Von Falkenberg le Lun Mai 05 2014, 17:52

John parti, Max passa un trait sur le thème et trouva de quoi occuper son temps, et ce n’étaient pas les occupations qui manquaient, loin de là ! Des nouveaux bâtiments, agrandir l’hôpital, améliorer les installations de l’école, construire un poulailler, houspiller les fournisseurs, recevoir un chargement de médicaments venant d’Allemagne, avoir un entretien avec un nouveau collaborateur ou chercher des candidats idéaux pour travailler sous les ordres du tyran de service, autrement dit le Dr. Thidiane. Ysaline se coupait en quatre pour subvenir aux besoins mais la charge de travail menaçait de la submerger, elle aussi.
Sa femme, rien que penser à elle l’amenait à sourire, heureux, mais le moment ne se prêtait pas aux distractions. Il replongea dans la paperasse et y serait resté si justement l’objet de ses sourires n’était apparu, mode tornade en marche, avec Louise hurlant de rage, sous le bras.
 
Bonjour ma chérie, super que tu rentres tôt…
 
Elle lui décocha un regard si féroce qu’il lâcha ce qui l’occupait et se leva d’un bond, en état d’alerte totale.
 
Ah, t’es là ! Ça tombe bien car je fais mes valises !
 
QUOI !? Mais qu’est ce qui te prend ? Que diable se passe t’il ?

Et pour se passer, il s’en passait, des choses. Quand Ysaline se fâchait, son débit, habituellement rapide devenait vertigineux, elle mêlait français, anglais et allez savoir quoi d’autre dans un bagou hallucinant, dont, avec effort, Max ne saisit que l’essentiel : Seringue, SIDA, Louise et égoïsme.
 
Reprends avec un peu plus de calme, ma douce chérie, je ne pige que le quart…et encore.
 
Hors d’elle, sa douce moitié répéta  son discours.
 
ELLE JOUAIT AVEC ! … Cette maladie incurable me rend dingue, Max… C’EST TROP !... NOUS SOMMES DES ÉGOÏSTES, JE suis égoïste ! Nos enfants méritent mieux que cette insécurité permanente…

 De quoi rester abasourdi face aux faits irréfutables.
 
Oui, je comprends, il y a de quoi perdre un peu la tête, mais…Nous savions ce qu’on devrait affronter et…
 
BIEN SÛR que je l’ai voulu ainsi mais… JE ne veux plus… je t’adore Max, tu le sais. Si tu veux continuer ainsi… libre à toi. Nous, nous partons !...
 
Le ciel lui tombait sur la tête. Accablante réalité. De rien ne servirait essayer de raisonner Ysaline, surtout qu’elle avait tout bon. Depuis un certain temps, il y pensait aussi mais remettait cela sans cesse, s’octroyant un sursis improbable et voilà que ça le rattrapait, impitoyablement. Elle restait plus réaliste que lui, cette mère-lionne qui défendait ses enfants, envers et contre tout.
 
Et…tu as pensé où aller ?
 
Pas à dire, elle avait tout prévu. Ce serait Londres. Stillworth House. Changement radical. On passait de la cambrousse et la liberté aux raffinements d’une société qu’il avait fuie comme la peste.
 
Je…je vais appeler  Lawton pour qu’il s’occuper de rouvrir la maison…C’est…le premier majordome, ma chérie, le chef de la domesticité…et Dieu sait qu’il y en, des domestiques…*Mon Dieu, ça va être catastrophique !*

Louise braillant comme si on lui arrachait la peau, la discussion en resta là. Décomposé, Max essaya de reprendre son travail. Impossible. Il avait la tête ailleurs, une folle angoisse lui serrait la gorge, cette séparation si soudaine le sciait. D’un instant à l’autre, l’édifice si patiemment bâti, s’effondrait avec fracas. Il ne pouvait pas en vouloir à Ysaline, au contraire, c’était à lui-même qu’il s’en prenait. Elle ne manquait pas de raison quant à son égoïsme. Elle avait dit leur mais c’était sur lui que retombait le plus lourd de la faute. Comment avait-il pu envisager de rester là à jouer les bienfaiteurs de l’humanité, sans songer un seul instant au futur de ses enfants ? Au vrai futur, pas celui de petits sauvageons heureux, courant la nature, un peu sans foi ni loi, parce que Max reconnaissait, tant qu’à faire, que comme père il avait raté quelques cases.
 
*Ouais, discipline et autorité…bon pour les autres. Tu en as eu tellement marre d’en subir…mais c’était ton choix…tu connais les deux faces de la monnaie…eux pas…Tu es un imbécile, Von Falkenberg !*

 Celui qui ne le rata pas, fut Alex. Blême de rage, d’angoisse, de doutes, son fils faisait un effort pour ne pas pleurer, au lieu de quoi, il attaqua sans préambules.
 
Veux pas y aller, j’irai pas !
 
Max se revoyait à son âge, disant exactement la même chose. Il rêvait alors d’être moldu et vivre comme tous et chacun au village, s’empiffrant, si possible de strudel aux pommes et crème battue. Il avait lutté sa vie entière contre ce qu’il était, sans pouvoir en changer une miette.
 
Tu vas y aller, Alex…on va y aller tous. On doit le faire, ça ne peut être autrement !

 Mais je veux rester ici !, s’obstina le garçon, qui aux dires de tous lui ressemblait de plus en plus, c’est tout ce que je veux…mes amis sont ici…tout est ici !
 
Max se passa la main dans les cheveux et regarda son fils. 10 ans. Il en aurait 11 juste avant la date fixée pour la rentrée de Poudlard  et ce n’était pas en petit sauvageon de la cambrousse qu’il ferait le meilleur effet. Il imagina, en l’espace de deux secondes, tout ce qu’il pourrait subir, compte tenu de sa méconnaissance de ce monde. 
 
Écoute, mon pote, je vais te dire exactement ce que m’a dit ton grand-père quand j’avais ton âge : « on doit assumer ce qu’on est » et tu es un petit sorcier et un Von Falkenberg, de pure lignée de tous les côtés, parce que Maman est aussi une sorcière venant d’une très ancienne famille…Tu ne peux pas aller par là comme si rien…Tu dois apprendre à vivre dans ce monde-là…vais pas te dire que ce sera génial, mais c’est ton monde. Tu vas apprendre à te comporter…en plus d’un tas d’autres choses, et puis, quand ce sera fini, tu auras l’option de choisir, je t’en donne ma parole…
 
Mais, Papa…
 
C’est sans mais, cette fois, Alex ! Tu pars avec Maman et tes sœurs, je vous rejoindrai dès que je pourrai !

Ces adieux furent plus durs qu’il ne l’aurait imaginé. Ysaline avait pleuré, il n’avait pas été loin de l’imiter. Il l’avait gardée dans ses bras cette nuit, sans réussir à s’endormir, ayant déjà mal d’elle.  La nouvelle de ce départ avait pris tout le monde court, tant mieux. Ce fut bref, poignant mais Ysaline était partie avec les enfants avant que cela ne dégénère en une espèce de deuil éploré.
Lev le trouva dans un des bureaux de la maison d’administration.  Teint gris de fatigue, yeux rougis, cernés, il avait l’air à deux pas de s’écrouler pour de bon.
 
Dis donc, faut pas exagérer quand même, ça fait une semaine que tu en sors plus de là…
 
J’ai à faire, Lev…il y a tant à faire, peux pas laisser tout comme ça…à moitié…
 
L’autre rigola de bon cœur, pour ne pas changer, et se laissa choir dans un fauteuil.
 
Pauvre Max ! Victime de ses responsabilités…t’es con ou quoi ? Tu peux faire ça n’importe où…par exemple chez toi, à Londres ? NET, globalisation, t’as quand même bien entendu parler de tout ça, non ?...et les téléphones, ça existe toujours…Ta femme, es gosse t’attendent, dans une semaine c’est Noel, tu penses rester là à te faire du mouron pour le monde entier ?
 
Je voudrais…
 
Tu veux tout, toi…mais on peut pas tout avoir, mon ami…ton choix n’est pas à faire, tu as tout donné de toi…l’aide que tu rends possible est précieuse pour ces gens…pour tous mais ta place n’est plus ici…tu sais, Max, tu es mon meilleur ami, on est des idiots idéalistes, mais ton devoir le plus sacré est ta famille…je viens de la part des autres pour te demander de finir de ficher le camp…de toute façon, tu t’arrangeras pour revenir avant qu’on ait eu le temps de te regretter…
 
Lev…
 
Dis rien, veux pas chialer…tu sais que j’ai la larme facile !...Gordon est parfaitement capable de gérer tout ça…c’est pour ça qu’il est là, non…et puis, je ne me tourne pas les pouces non plus…Tu vas à Londres, pas le cul du monde…téléphone, Net, avion, tes trucs de sorcier…pas de quoi en faire un plat !
 
N’empêche qu’il pleurait, Lev, ce soir en faisant ses adieux. Max avait encore un nœud à la gorge en  se matérialisant sur le perron verglacé de Stillworth House. Il neigeait  et le froid le fit presque claquer des dents.
Lawton, majestueux, ouvrit la porte et du haut de toute sa morgue britannique le considéra d’un œil circonspect.
 
Vous voulez mon passeport, Lawton ?...Vous devriez prendre quelque chose pour cette raideur du cou !
 
*Dieu nous assiste, pensa le majordome, les zoulous sont au complet !*
 
Où sont ma femme et les enfants, Lawton ?

 Madame est sortie depuis le matin…avec eux…*ces petits monstres !*…mais le singe et le chat sont là, monsieur.

Max eut un sourire de travers et se tourna pour dévisager le majordome, si stylé.
 
On va être clairs depuis le tout début, Lawton, je sais que vous m’avez aussi en travers qu’une épine de poisson dans la gorge, c’est réciproque, sachez-le, si vous êtes encore là c’est parce que vous faites partie de l’inventaire avec tout ce qu’il y a dans cette maison, celui-là a été le vœu de ma tante et marraine, je n’y peux rien…Je ne peux pas vous renvoyer mais vous êtes toujours libre de donner votre démission. Je suis la maître à bord, alors faudra faire les choses à ma façon…me doute bien que ces derniers jours n’auront pas été faciles, mes enfants sont habitués à un autre genre de vie…ma femme et moi aussi. Donc, on s’y met de bon cœur ou on fiche le camp, compris ?…Vous aurez toutes les recommandations désirées, au cas de les vouloir…ainsi que tous ceux qui travaillent ici, faites passer le mot…je peux avoir l’air d’un sauvage sorti de la brousse mais je ne suis pas moins le maitre de Stillworth House et croyez-moi, je n’ai rien oublié de us et coutumes…Ceci dit, je vais prendre un bain, me changer et attendrai Madame et les enfants pour le dîner…Ah, Lawton, faudra s’y mettre pour la déco…c’est Noel, bientôt !

 Lawton acquiesça, raide comme un piquet mais souverainement remué par ce sermon bien senti. Trois minutes plus tard l’office était au courant.
 
Monsieur n’est pas un facile à vivre, il sait ce qu’il veut…déjà gosse il avait un sacré caractère…donc on fait ce qu’IL demande…et on en finit avec les simagrées…c’est pas si mal que ça, après tout, un peu de joie de vivre dans ce mausolée.

Amen.
 
Il était dans la bibliothèque à prendre note des améliorations à faire quand la voix flutée de Louise, suivie du rire de Sophie le prévint du retour de la famille. Ysaline se débattait avec ses petits démons, les débarrassant de leurs manteaux alors que deux domestiques s’occupaient de la tonne de paquets de toutes tailles.
 
Incroyable, je vous perds de vue quelques jours et voilà que vous dévalisez les magasins !

Ce fut la ruée, mais Ysaline arriva en premier. IL la cueillit dans une ´étreinte folle, l’embrassant à en perdre haleine, alors que ses filles s’accrochaient à ses jambes et qu’Alex faisait une moue écœurée.
 
Ça m’a semblé des siècles…Mon Dieu comme je t’aime…Oui, je vois aime aussi, mes jolies et toi aussi Alex…fais pas cette tête…viens là !
 
Dîner en famille, la pure joie.  Les manières de ses enfants à table avaient considérablement amélioré au cours de ces jours loin d’eux. Ysaline avait eu fort à faire avec leurs petits diables mais mieux vaut tard que jamais, surtout qu’il faudrait, vie sociale oblige, affronter bientôt le reste de la parenté.
 
On peut se tenir comme il faut, non ?...En tout cas, on va faire plaisir à personne en nous comportant comme des broussards endurcis…Tu es d’accord, Alex ? Ok, alors enlève les coudes de la table, et toi Sophie, ne sauce pas ton assiette avec les doigts…Louise, mon ange peux-tu arrêter de lécher ta cuillère ?...Ysaline,  ils ont vraiment besoin d’un coup de pouce…

Elle lui avait décoché un regard mitigé mais finalement sans plus d’incidents, les enfants avaient été pris en charge par Miss Grove et la nanny.
 
Papa viendra pour Noël...Adémar et Maria Eli aussi…ils jurent ne pas vouloir rater ça…mais, stupide tradition, si les maîtres de Stillworth House sont là pour les fêtes de Noël …la famille entière s’y réunira…Cela ne faisait pas vingt minutes que j’étais là que mon cousin Tiberius a cru bon m’en informer… via patronus, tu me diras…ils n’en ratent pas une…Tu te sens prête pour affronter ça ? On peut toujours migrer au Groenland…

Pas question d’aller plus loin ! Ce fut une semaine de pure folie. Les domestiques, sous la sage houlette de Lawton avaient cédé de plusieurs crans dans leurs manières empesées, même la rébarbative Miss Grove souriait de temps en temps et avait fini par accepter que Pete, le guépard était tout aussi sympathique que le gros chat de Mrs. Pimms, la cuisinière et que Pepe, le chimpanzé pouvait être docile et adorable. Les enfants évoluaient dans ce milieu extraordinaire, où ils occupaient une place prépondérante. Alex saisit très vite et se montra tyrannique sur les bords.  Sophie distillait du charme pur et devenait une petite princesse. Louise n’en faisait qu’à sa tête mais du haut de ses deux ans, on pouvait encore mater ses élans.
 
C’est parti, ma belle, dans un moment, le coup de feu…et puisqu’on est en pleine tradition, ça te dirait de porter ça ?

Ça, c’étaient des bijoux de la famille. Il passa à son cou gracile des émeraudes magnifiques, tout en l’embrassant, avant de contempler leur reflet dans le grand miroir. Ils ressemblaient si peu à ceux qu’ils étaient trois semaines auparavant. Finis les shorts, les vieux jeans, sandales…Il ne leur restait que le doré biscuit arboré en magnifique contraste avec la robe de Valentino de Madame et le smoking Armani de Monsieur.
 
Tu es belle à en mourir, mon Ysaline…allons voir de quoi ont l’air nos  mioches.

Ils valaient le détour, les petits. Astiqués des pieds à la tête, enfournés dans leurs habits haute couture ou ressemblant, ils avaient fière allure. Qui s’attendait à autre chose, fut pour se frais. Mais bien sûr, il y a toujours un petit détail qui peut échapper.
 
Par Merlin, n’est-ce …par St Georges, je dirais qu’il y a…Oh mon Dieu, un macaque dans le sapin !

Je t’en prie, Cedric, mets-toi d’accord avec tes croyances…Pepe, descends de là immédiatement !
 
Et au grand dam de l’assistance le joyeux drille se lança entre les branches décorées du somptueux sapin et finit par atterrir dans les bras du maître de céans en quête d’un câlin.
 
Pas de souci, c’est un membre de la famille…dis bonjour à ton cousin Tib, Pepe…et à Ced aussi…

Les deux visés ne rigolèrent pas trop quand le chimpanzé voulut leur faire la bise mais le reste rigola à en mourir, pour un instant plus tard reculer, affolé, en découvrant le beau fauve moucheté qui émergeait de derrière les rideaux où il faisait sa sieste.
 
C’est le chat de la maison, Pete…grattez lui l’oreille, il ronronne…

La présence de Karl Théodor et des De Bettancourt aida à arrondir les angles.
 
En tout cas, ça faisait longtemps que je ne m’amusais pas autant…ça faisait des siècles qu’on ne dansait plus ensemble…Je crois que je vais beaucoup aimer ce changement…je t’ai pour moi tout seul…sans urgences…sans appels dans la nuit…Je t’aime tellement, ma douce…

Ce soir, c’était la St. Sylvestre. Alex avait insisté pour connaître le célèbre Chemin de Traverse, duquel son précepteur, Mr. Right lui avait si bien parlé. Bon père, Max se dévoua pour l’y emmener. Cela faisait très longtemps qu’il ne s’y était pas baladé et trouva les alentours assez différents que dans ses souvenirs.  Il était là à parler Quidditch avec son fils quand celui-ci le laissa avec la parole à la bouche et partit en courant.
 
Tonton John…Tonton John…
 
*Et merde…qu’on me pende …ça joue, les coïncidences !*  Hey, John…si je m’y attendais…ben oui, nous sommes ici aussi…Ysaline a voulu rentrer à tout prix…tu sais, la sécurité…elle sera ravie de te voir…Ah bon ?...alors venez ce soir à la maison…On fêtera le Nouvel An ensemble…non, ce sera en petit comité…

Ysaline jouait avec Louise. Quel délice de la voir en mère dévouée à 100%. Il l’adorait, jamais il n’avait aimé ni aimerait une femme comme il l’aimait, elle.
 
Ma chérie…devine qui vient  fêter le nouvel an avec nous…
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Max Von Falkenberg

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Re: Les habitudes ont la vie dure, les ennuis aussi...

Message par Ysaline de Bettancourt le Sam Mai 10 2014, 22:43

Avait-elle eu raison ? La question ne se posait pas, ne pouvait se poser. Envers et contre tout, les enfants primaient. Si Max avait refusé de suivre, elle l’aurait laissé malgré sa passion inconditionnelle pour lui.  Alléluia, il avait capté et agréé le message. Fallait juste attendre son bon vouloir… Plus facile à dire qu’à faire !
Les enfants s’adaptaient comme ils le pouvaient, elle aussi.  Être endimanché du soir au matin et du matin au soir n’agréait personne, mais… L’exemple venant d’en haut, Ysaline s’imposa le rituel nouvellement instauré.
Entre le rigide Lawton et la stricte Miss Grove, dur, très dur de se conformer à l’image attendue.
Selon leurs âges, les gosses éprouvaient plus ou moins de difficultés. Mr. Right avait finalement été accepté par le plus récalcitrant, puisque le plus âgé : Alex.
Ysaline désirait que ses enfants puissent s’épanouir en connaissance de cause. Jusque-là que leur avait-elle offert sinon des absences et de l’insécurité ? Une certaine liberté ? Peut-être… Mais pour se comporter dans les mondes auxquels ils appartenaient, la confrontation était indispensable, les sacrifices aussi. Forte de cette décision, elle se plia au rôle de mère au foyer attentive et sociable. Certes un peu déjantée… On n’efface pas des années d’anticonformisme d’un coup de baguette et, le plus sûr, Max n’approuverait pas de retrouver les siens transformés en des fats de la pire espèce dès son retour.  
Lorsqu’elle sentait qu’elle allait péter un câble dans son antique demeure en rénovation, Ysaline embarquait sa progéniture dans une virée en ville. Noël approchait, les décorations foisonnaient, les distractions aussi. Ce ne serait pas le premier Noël des enfants qui en avaient connus en Allemagne, Afrique et Amérique du Sud. Ce serait néanmoins leur aux rites londoniens. Coincés dans une majorité d’anglicans et de protestants, comment de parfaits parents catholiques allaient-ils s’en sortir pour expliquer les différences et y adjoindre leur appartenance sorcière?
Enfin… Délaissant ces considérations théologiques, Mrs. Von Falkenberg préférait encore laisser les choses courir pour profiter pleinement des « joies » du shopping en famille.
Chargés de paquets contenant crèche, boules, guirlandes, chaussettes et autres obligations de tradition, Ysaline rentra crevée à l’heure du déjeuner. Entre ses filles aventureuses et son grand boudeur qui ne se souciait que de sa petite personne, elle ne pensait qu’à une potion calmante.
 
Lawton, veuillez prendre tout ça avec précaution, ça casse ! Sophie, essuie tes pieds. Loulou, attends…  
 
Incroyable, je vous perds de vue quelques jours et voilà que vous dévalisez les magasins !
 
Interdite une fraction de seconde, Ysaline se crut victime d’hallucinations, puis :
 
TOI !!!

Oubliant toutes les récriminations qu’elle avait pu avoir à son encontre pour son isolement, elle planta tout et se jeta dans ses bras. C’était Noël avant l’heure !
Pure joie des retrouvailles. Si eux étaient au comble du bonheur, le personnel, lui, l’était beaucoup moins :
 
Ça cause tous en même temps, ça fait du n’importe quoi à table, grommela la cuisinière très peu habituée au chambard.
 
Lawton, très pincé, rassembla son petite monde afin de leur répétera à sa manière les doctes conseils de son nouveau maître :
 
On s’y met de bon cœur ou on fiche le camp, compris ? Ce n’est pas moi qui le dit, c’est lui ! Autrement dit : fermez vos clapets à bêtises, et aidez au mieux cette maison à fonctionner… correctement ou ce sera la porte.
 
Nous constatons que vous avez déjà effectué votre choix, Ronald !
 
Mrs. Grove, vu le niveau élevé de nos salaires et la conjoncture actuelle, je crains que nous n’ayons beaucoup d’opportunités différentes…
 
À bon entendeur salut !
 
À table, effectivement, les conversations roulaient et les comportements peu orthodoxes aussi. Voir Max tenter de rectifier la donne amusa Ysaline surtout quand il sortit :
 
… ils ont vraiment besoin d’un coup de pouce…
 
Avec toi à la barre, ça marchera, n’est-ce pas mon chéri ?
 
C’était un poil ironique, certes. Voir Max transformé en garant de la rigueur mondaine était… un comble !  
 
Ils en parlèrent longuement, bien plus tard, après des ébats aussi passionnés que houleux sous la couette.
 
Il faut les civiliser, je suis ravie que tu t’en rendes compte mais de-là à la transformer en conventionnels snobinards, très peu pour moi ! …  Ah, tu es d’accord, encore heureux ! Rien n’est facile Max !... Ah… Noël en « famille » ? …
 
Il lui exposa ses plans, et elle verdit gentiment :
 
*Hein… ? Tout ce monde ici ??*
 
Tu te sens prête pour affronter ça ? On peut toujours migrer au Groenland…
 
Non, je ne suis pas prête ! Je ne le serai peut-être jamais mais je ne déménage plus !
 
Misère de misère !  Comment concilier, orchestrer tout ça en si peu de temps ?
Max tint à ce que pour cette soirée d’exception, elle fut parée comme une jument à un défilé de concours. Le harnachement était splendide et, sans doute, n’importe quelle épouse aurait sauté de joie. Le geste seul comptait, elle le comprit même si ce collier d’émeraudes lui fit l’effet d’une bride incontournable à supporter.
 
*Faudra juste… s’y faire…*
 
Par veine, Von Falkenberg et Les « autres » fermèrent les yeux sur certains manques à l’éthique, comme ceux de voir un chimpanzé accroché au sapin ou que le « chat » de la maison soit un doux  guépard.
Messe de minuit obligée… Au moins les gosses étaient trop claqués pour démonter leur vitalité naturelle. La myriade de cadeaux enchanta l’assemblée réunie autour de l’arbre, amen !
Enfin seuls !  
Cousins, oncles, tantes, grands-parents rentrés, la petite famille put enfin vraiment renouer.  
Max poursuivit ses actions via ordinateur et téléphone, les enfants se chamaillaient, et elle… déprimait…
 
*Faut que je me trouve un job quelconque… Maman à plein temps… suis nulle !*
 
Ils n’avaient encore aucune vie sociale. Il est vrai que la période des fêtes ne se prêtait pas aux nouvelles relations. Un remède devrait impérativement s’y imposer … un jour ou l’autre.
La semaine s’écoula lentement entre diverses tâches ménagères – détestées – et l’incontournable obligation de polir les travers des enfants. Quel bonheur de ne plus être seule à endosser tout ça ! Max assurait la partie la plus ardue : Alex. Pas à dire, il assumait avec brio, en plus. Sans le mâle dominant à la tanière, sans doute que le louveteau serait devenu un fat de première, un bourgeois riche de fric et pouvoirs, un être déplorable.
L’attitude du personnel avait évolué aussi. Ces ronds de jambe, sourires, amabilités, cette façon d’agréer certaines lubies sonnaient si faux qu’ils éveillèrent la suspicion d’Ysaline.
 
*Le vent a tourné ou… ils ont peur…*
 
La St Sylvestre se passerait en stricte comité. Rien ne pouvait mieux combler Mrs. Von Falkenberg que ces instants aussi précieux que rares jusqu’ici.  Tout aurait été parfait s’il n’avait pas fait aussi froid dans cette grande bicoque antique. Où étaient soleil, lumière, savane, exotisme ?  Marrant, même Thidiane lui manquait…  
 
*Je veillerai à améliorer ce soir !!*
 
Sa petite idée derrière la tête, elle accueillit joyeusement le retour de ses hommes. Max avait un drôle d’air, à la fois fou d’amour et contrarié. Elle s’inquiéta :
 
Ça a été ? Pas de dédain ou de lubies égoïstes d’Alex ?
 
La réponse la scia, la prenant au dépourvu :
 
Ma chérie…devine qui vient  fêter le nouvel an avec nous…
 
Euh… tu nous fais un remake de devinez qui vient dîner ce soir ??  Max, on était d’accord : rien que nous… Que… quoi ??... John est ici ???...
 
 Dans un sens cette nouvelle positive la réjouit tout en l’embêtant.
 
*Au moins, il est toujours avec Megan… Pourvu qu’il ait pigé…*
 
Apparemment oui, de quoi soulager tout le monde.
Ce fut un vrai plaisir que ces retrouvailles avec un couple d’amis dans un décor assez particulier où Yasline avait assemblé chaleur et effets magiques de jungle. Incontestablement, les choses avaient évolué entre ces deux-là. 
On parla Afrique, décisions, projets…
 
Meg, tu travailles à la gazette ? Ce doit être passionnant ! … Moi ? Euh… à part m’occuper de la famille… rien…  
 
Sa honte d’inutilité vite dissipée, on passa vraiment une excellente soirée avec la marmaille déjantée, les questions de partout, les rires dus aux cabrioles des bestioles et un repas délicieux.
 
Bonne année !
 
Max, son Max, l’étreignit follement, comme une promesse d’avenir infini ensemble.
 
Que cette année nous rapproche encore plus que les autres, si possible… MON amour !  
 
Après, elle souhaita ses vœux à chaque enfant somnolent, puis à Miss Reese :
 
Je te souhaite de trouver avec John un bonheur identique à celui que je partage avec Max. Il le mérite, tu le mérites !
 
Clin d’œil, ensuite au tour de John.
Son étreinte ne fut pas exactement celle d’un simple ami mais pas non plus celle d’un amoureux transi, ouf !  
 
Après tant d’errance, fixe-toi John. Tu as la bonne personne à tes côtés avec M…
 
Un coup de fil l’interrompit. Ça avait l’air sérieux, pas de banals vœux traditionnels vu la tête de Mr. Smith :
 
Ysaline… la femme d’un de mes amis est au plus mal… des jumeaux hâtifs…
 
Elle est où ?
 
Réponse rapide, décision aussi.  
Transplaner avec John était… décoiffant. Question pouvoirs sorciers, ce gars avait repris de l’assurance. Elle aurait désiré lui poser des questions sur cette femme enceinte, sur son  médicomage largué de mari mais pas le temps. Présentée in petto, Erik Nielsen approuva en lui filant une blouse. Un topo bref, clair, élucida déjà la moitié du souci.
 
*Grossesse gémellaire de cinq mois… antécédent de prééclampsie… pas bon…* Allons-y !
 
Elle abandonna John dans le couloir où une famille anxieuse patientait depuis un temps incertain pour suivre un Nielsen qui méritait bien un petit revigorant.  
Au chevet de la patiente couleur cendre, Erik se décomposa encore plus. Il parla, parla de tout ce qui avait été tenté, avouant même avoir appelé une experte :
 
… Lavinia ? Vous connaissez le Dr Dexter… Ah, injoignable… Elle est sans doute en retraite chez ses moines… Erik, sans vous commander, pourriez-vous me laisser seule avec votre épouse ?

Allez vous reposer, vous êtes claqué !
 
Il renâcla mais finit par obéir. Quelque chose clochait avec ce type… Mais ce n’était pas le souci immédiat. L’état d’Opal McLane n’était pas brillant, pas du tout. Maints revigors avaient été appliqués et rien ne la faisait sortir de cette espèce de coma où… elle se complaisait.
En un éclair, Ysaline pigea :
 
*Envoûtement, M***E ! *
 
Beauxbâtons n’était pas la meilleure école pour gérer ce genre de situation mais là, dehors, quelqu’un croisé l’était. Ysaline sortit dans le couloir et pointa du doigt une grande brune accrochée au bras d’un gars ressemblant un peu à Nielsen :
 
Vous, entrez !
 
 Si cela troublait les uns et les autres, Ysaline s’en foutait.
Sitôt la porte refermée, le Dr Von Falkenberg passa outre les préliminaires et exposa le cas suspecté :
 
Les fonctions vitales diminuent. Là, elles ont repris un peu avec l’éloignement de Nielsen. Cela ne vous évoque rien ? … C’est ce que je pense aussi ! Il a été à son chevet quasi 24h sur 24, ceci explique cela, ok ? Je vais la réveiller et la rendormirai proprement car l’organisme de cette jeune femme ne supporte pas ces bébés très… contraires.
 
Alix avait pâli. Est-ce qu’elle aussi avait subi une perte…?
 
Allez préparer sa famille, je me charge du reste.  
 
Un esprit malfaisant rodait. Lequel ? Peu importait. À travers Nielsen, il tentait de lui ôter ce à quoi il tenait le plus. La santé d’Opal n’étant pas brillante, le terrain était idéal pour exercer une influence néfaste. Ysaline fila au laboratoire où nul n’osa interrompre ses manipulations qui, bientôt, prouvèrent leur efficacité, chose qui ne passa pas inaperçue.   
La vérité révélée à Nielsen fut dure à encaisser. Ne pouvoir échanger que quelques mots avec sa belle avant qu’elle ne soit rendormie l’abattit.  
 
Tout ira bien maintenant à condition que vous vous éloigniez d’elle ou que vous éliminiez votre démon.
 
Ce qui se dit ensuite fit frémir Ysaline qui, malgré sa hâte de rentrer, écouta.
De Brent, le demi-frère de Nielsen si elle avait bien compris les rapports, s’énerva. Son Alix lui parla à l’oreille tandis qu’elle accrochait John resté sur place, allez savoir pourquoi.
 
Mon chéri ! s’exclama-t-elle en se jetant dans les bras de son mari, j’ai un job à Ste Mangouste ! … toi et John, vous avez une mission ! …
 
Pourquoi ces têtes ? Retrouver un fantôme c’était si dur que ça ?
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