L'attente...

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L'attente...

Message par John Smith le Dim Avr 05 2015, 09:56

Des tours et des détours, la vie de John Smith en connaissait, et pas qu’un peu. Lui qui, apparemment, avait déjà participé à bien des intrigues moldues, s’était vu plongé dans une sorcière.
Il était sorcier aussi, fait indéniable maintenant. Les moldus lui avaient pris beaucoup, jusqu’à sa mémoire, pour quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir. Sans Ysaline et Max Von Falkenberg, où en serait-il ? Sûrement pas à se partager entre famille et boulots divers.
Rencontrer, admettre aimer Megan, n’avait pas été facile mais la réalité était bien là puisque concrétisée avec la petite Elisabeth.  Seulement John s’était senti un peu inutile une fois la guerre contre Éridan terminée…
Il n’était qu’un gestionnaire de pacotille, pour survivre il devait bouger. Son épouse était taillée dans la même sorte de bois, bien que leur baguette soit différente.
Les Smith restèrent en relation avec ceux fréquentés lors des événements antérieurs. Après tout, J.O était son petit frère, non ? Que celui-ci ait dû réendosser la fonction de duc de Gilmore n’atteignait pas trop John qui se fichait royalement des titres et autres corvées en découlant.
Bouger ! Bouger devint si intense qu’Applewithe trouva une porte grande ouverte dans laquelle foncer pour satisfaire ses désirs. Il marcha, Megan aussi quoique pas sur le même pied.
De lui, on attendait l’action ; d’elle l’information ce en quoi elle excellait. En fait, elle veillait sur lui par ce biais car si ses infos s’avéraient fausses, il irait au bouillon.  
Caser leur fille au milieu de ça ne fut pas aisé. Somme toute qui peut prétendre à la présence permanente de ses parents ? Peu de gens. Les nounous se succédèrent avant de trouver LA perle : Miss Drew. Minuscule - naine à vrai dire - déjà âgée, elle n’en était pas moins alerte, responsable et… sorcière, bref parfaite. Les yeux fermés, les Smith purent vaquer à leurs occupations peu gouvernementales sans se tracasser au sujet de leur trésor qu’ils rejoignaient aussi souvent que possible d’autant que la famille Reese veillait également.
 
Là, John avait dégusté, dans tous les sens.  C’était plaisant de coffrer de gros trafiquants d’armes, mais moins de se faire tirer dessus. Des mois de traque intense, pouvoirs sorciers déployés pourtant, rien n’avait empêché la faille l’ayant quasi réduit en miette par une bête grenade. Megan s’était affolée, puis les reproches l’avaient inondé.
 
Bah, j’ai des mois de congé à présent, avait-il plaisanté.
 
Pas de sa faute si ça avait foiré, les sorciers ne sont pas infaillibles.
Dans le fond, ce n’était pas plus mal que de regarder Elisabeth grandir avec le chien baptisé chance. Miss Drew demeurait incontournable, n’hésitant pas à lui signaler ses manquements en tant d’époux et papa.    
 
Suivez mon conseil : laissez de l’espace à Megan, ou vous vous en mordrez les doigts.
 
Elle bosse quand elle veut, ça ne lui suffit pas ?
 
Hum… J’en doute, le brava-t-elle. Puis, vous devriez cesser de gâter tant notre petite Beth : elle deviendra poison à la longue !
 
De telles révélations le perturbèrent mais pas autant que ce qui suivit peu après qu’Erik ait contacté Megan.  Elle s’avéra aussitôt partante pour une expédition hors normes. Bien évidemment, elle défendit sa position :
 
Toi tu fais bien ce que tu veux…tu as un boulot qui te passionne, me dis pas le contraire,  être espion, c’est ta vie…
 
Si tu penses que je l’ai choisie, tu te goures !
 
… chassez le naturel,  il revient au galop !...Je suis journaliste par vocation…c’est ce qui me fascine, me passionne…je vous adore Beth et toi, vous êtes mon tout…
 
D’un tout que tu balayes sans hésiter pour courir Dieu sait où et affronter Dieu sait quel danger !
 
…Je vais y aller, John…tout comme tu accours chaque fois que Applewhite a besoin de toi…alors on n’en parle plus…
 
Comme si ça m’amusait !! Tu te trompes du tout au tout, nom de Dieu !
 
… Je reviendrai et ce sera toujours une bonne histoire à raconter !
 
Ouais ! Une bonne histoire, il n’y a que ça qui compte réellement pour toi. Ok, vas-y et, si tu reviens, suis pas sûr d’être là, moi !   
 
Toutes sortes de qualificatifs peu amènes lui mirent la tête à l’envers :
 
*Mère indigne, profiteuse du malheur d’autrui, épouse nulle, sorcière minable…*
 
Enfin, si tel était son choix, tant pis pour elle… tant pis pour ceux qui resteraient : elle l’aurait voulu !   
 
Néanmoins, il l’accompagna aux Bermudes où la planification générale eut lieu, pas rassurante du tout. De ces historiques, leur monde étrange, il en avait fatalement entendu parler via l’agence.  Megan était excitée, merveilleusement rayonnante. N’empêche qu’il la boucla, tira la gueule tout du long, refusa de partager le même lit qu’elle après avoir éclusé maints alcools. Enfin abruti, il se réveilla sur la plage sans se rappeler comment il y était parvenu.  
 
*Tu devrais faire la paix avec elle avant qu’elle ne parte…*
 
Espoir vain ! La maisonnée déplorait des disparitions nocturnes imprévues.
 
… Quoi ? s’étrangla-t-il. Tous les six ?  
 
Il ne restait qu’eux, les quatre paumés, à se demander où erraient à présent ceux qu’ils aimaient.  
Opal était pâle, inquiète, au même point que lui.  Justin et Sam ne savaient que penser du tour joué mais le mirent au parfum de quelques détails alarmants :
 
… des pierres à souhait, des ressuscités ? Des dieux tant qu’à faire !
 
Ben oui, selon leurs déclarations.
 
Racontez-moi la totalité… oui, je suis prêt à encaisser n’importe quoi, vous devriez le savoir, depuis le temps.
 
Lignes temporelles, régisseur magistral, absence de contrôle…
 
*Génial !*
 
Puisque, entre largués, il fallait se soutenir, Mrs. Nielsen l’invita à demeurer chez elle avec qui bon lui semblerait utile.
John se remettrait de ses blessures physiques dont sa « chère » épouse n’avait pas tenu compte du tout dans sa décision, les psychologiques seraient plus longues à cicatriser. Il se sentait cassé de partout, pire qu’après son éjection d’un certain avion.  Acceptant la béquille proposée par Opal, il emménagea avec Beth, Chance, et… Miss Drew…
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Message par Opal McLane le Lun Avr 13 2015, 19:03

Des rêves ? Tout le monde en fait. Des cauchemars ? De temps à autre, aussi comme tous et chacun. Mais faire des rêves-cauchemars à répétition avec dialogue incorporé, énervement évident et sueurs nocturnes, pas trop évident, surtout quand cela se répétait presque chaque nuit depuis un certain temps…et bien entendu, Erik supposait qu’elle dormait comme un loir sourd, ce qui était loin… mais alors très loin de la vérité !
Confronter son mari chéri à ses vérités ne fut pas affaire facile mais Opal savait être très têtue et convaincante à ses heures, sans ressembler pour autant à la Sainte Inquisition, enfin…pas trop !
 
C’est tellement fou !
 
À quoi bon dire le contraire ! Cela l’était. Débile et malencontreux. Qu’il ne soit pas le seul à être dans cette position n’était pas pour rassurer mais plutôt pour multiplier le souci par…4.
 
*Et ben dis donc…épidémique, le rêve !*
 
Nettement masculin. Elle, elle dormait en toute paix et apparemment Sam, Alix et Ysaline n’avaient non plus de problème…enfin, le temps qui restait entre calmer leurs chéris et essayer de décrypter leurs misères…
Et comme on ne pouvait s’attendre à moins, Alix chérie trouva un début de solution et sans le penser trois fois, parce que deux oui, on y pensa, on rallia les Bermudes. Les jumeaux faisant le bonheur de toute la famille il n’y eut pas de souci pour trouver qui les surveille pendant l’absence parentale qui, du coup, aurait pu, vive l’optimisme, être considérée comme des bonnes petites vacances…sauf que c’était loin d’y ressembler.
On discuta. On en parla. On en reparla, on tourna l’idée de tous les côtés, jusqu’à l’avoir, genre roast-beef, bien cuite de partout avec  cœur saignant, à point…puis on cuisina la sauce, qui ne finissait pas de prendre en y ajoutant nombre de condiments, et quand cela sembla aller on dut encore aller chercher plus loin…
Ah, les idées ! Les grandes et belles idées ! Ces idées prodigieuses, généreuses, amples, vastes, énormes …quittes à sembler démesurées, Opal les avait en sainte horreur parce qu’à son avis et ayant fait l’expérience, ça finissait toujours par ne rien donner de trop bon.
 
*Sûr…invoquons le Ginun truc mouche et affaire réglée…aller-retour tout confort comme si c’était Qantas !*
 

Donner son avis, pour une fois pessimiste, n’arrangea pas grand-chose, la concurrence était corsée, le but on ne peut plus louable, l’intention...à en pleurer de gratitude. On n’avait vu de plus bons cœurs réunis en concile depuis les temps du Christ. On était tous bons, dévoués, on allait sauver le monde…enfin juste un petit bout mais c’était déjà beaucoup, on mettrait quelques pendules à l’heure, au cas de les trouver, les pendules,  et on reviendrait  à la normalité, tous heureux et satisfaits…
 
*Et d’une pièce, si possible…Ouais !*
 
Soit, il était question d’épargner son neveu Kieran d’une destinée obscure…autant pour les Historiques assimilés…et puis, il fallait faire comprendre à ces dingues qui menaient la ronde qu’on n’allait pas les laisser faire à leur guise.
 
*Et bien sûr…ils vont en être RAVIS !!!...S’ILS sont vraiment là, veux pas savoir de quoi ILS seraient capables !*
 

Elle le sut bien assez tôt. En se réveillant ce matin-là et découvrant l’absence d’Erik, Opal sut…que beau-frère, belle-sœur, Max et son Ysaline et cette chère Meg manquaient à l’appel ne pouvait signifier qu’une chose…
 
Changement dans les règles du jeu, grommela t’elle, lapidaire.
 
Justin ne trouva pas mieux à dire. Sam soupira et John jura volontiers. Bien entendu, cela changea très vite, Lord Davenport n’étant pas homme à se lamenter sans rien faire même s’il n’y avait rien à faire !
 
On les a défiés et ÇA…c’est leur réponse !
 
Elle s’en serait arraché les cheveux, hurlé et fait la scène de sa vie, mais en tout évidence, cela ne mènerait à rien. Que Son Erik ait disparu comme cela, sans un mot, sans un dernier baiser la rendait malade d’angoisse, de chagrin.
 
ILS les ont pris…À leur gré…c’est LEUR JEU…faudra qu’ils jouent…et nous, on peut rien faire…
 
Grand vent de déconfiture générale, même les grands esprits ont leurs heures sombres et celle-là était la leur. Michael, Alix, Max, Ysaline, Megan et Erik avaient disparu…enlevés par une Force supérieure dont ils ignoraient le noir dessein…On joua de la magie, on fit de tout et n’importe quoi sans pour autant en être plus avancés…mais quelque part une lueur d’espoir persistait !
 
ILS les ont pris pour jouer LEUR Jeu…enfin, c’est ce qui me semble l’explication la plus…euh…logique ! Erik en était sûr et prêt à le faire mais les AUTRES ont pris les devants et fait les choses  à LEUR façon…ça change la donne…regardez, les équipements sont là…toutes leurs affaires…leurs baguettes aussi, enfin…trois de six, ce qui voudrait dire que trois d’entre eux les ont encore…celle-ci, soupira Opal en prenant un des bouts de bois, c’est celle d’Erik…vigne, ventricule de cœur de dragon…
 

Justin reconnut celle de son pote, quant à la troisième on déduisit que c’était celle de Max. Coup au cœur, grand vide…mais un peu plus tard, les enfants se réveillaient, se mêlaient à la ronde de soucis en réclamant leurs parents. Cécile et Lucas se montrèrent presque philosophiques mais Kieran piqua la crise du siècle en hurlant que son père était seul et en danger !
 
*Tiens…et sa Maman, quoi ? Depuis quand il se bile autant pour Papa, le mioche !* Là, là, mon bout de chou…PAX !...Papa va s’en tirer, il le fait toujours…calme-toi, mon cœur…Tatie Opal est là…tu veux venir jouer avec les petits moutons ?...Nous avons de chatons aussi et des beaux toutous, tu les aimes bien, je sais…
 
Papa…
 
Oui, je sais, mon ange…Papa il a des petits problèmes *Comme d’hab !* mais tout va aller bien…, elle le berça, le cajola et réussit à le calmer, va jouer avec  Tony et Phil…Oui, mon bout de ciel…on ira voir les jolis moutons dans un moment !
 
Le gamin détala à la suite des petits Davenport alors que Bikita et Lormar faisaient leur apparition, défaits et en larmes, leur petit Vorondil ne s’encombrant pas d’états d’âme, galopa à la suite des enfants.
 
Nos Maîtres…nos pauvres maîtres, pleurnicha Bikita en se tordant les mains, disparus…comme ça…sans un mot…sans savoir…
 
Allez, ma bonne, tu sais que tes maîtres sont les rois de la débrouillardise, on les reverra *Un de ces jours, oui, peut-être !*…maintenant, faut penser aux enfants…arrange toi pour que tout soit prêt pour partir…, un écho de protestations s’éleva, Justin menant la ronde, et quoi ?...Vous pensez rester ici à attendre ? Ben moi, je peux pas…trop à faire chez moi…Et bien sûr que j’emmène les enfants, Justin…ce sont mes neveux…les jumeaux sont tes filleuls, oui, mais Kieran est celui d’Erik…et là, c’est le lot complet…Dis rien, Ministre…je sais ce que tu sens pour lui…il te fout la trouille…je les prends, tous trois, ils seront tranquilles, ensemble…c’est le but de la famille, non ?...Toi et Sam avez trop sur les bras comme pour vous encombrer de trois gamins de plus…
 
John, qui n’avait pipé mot tout en ayant une tête de condamné à mort, restait là, en retrait, mitigé, endolori, frustré. Sa  têtue de femme n’en avait fait qu’à sa tête et mine de rien, les avait largués, lui et leur fille, pour courir après la grande aventure. Opal pouvait la comprendre mais compatissait du fond de son cœur chaleureux ce cher homme abandonné, qu’elle connaissait sans le connaître parce que John Smith était tout un mystère avec ses silences à rallonge et son laconisme habituel guère amélioré par le fait d’être plutôt esquinté après allez savoir quelle aventure dont personne n’avait eu vent.
 
Je pense qu’un changement de décor ne te ferait pas de mal, John…t’as pas l’air trop en forme…Viens avec nous, on a de la place à en revendre…et Beth sera en bonne compagnie…*C’est Cécile ou devenir garçon manqué !*…C’est comme tu veux avec qui tu veux…Bien sûr que le chien est bienvenu…manquera pas de copains !
 
Une semaine plus tard, chez les Nielsen…
 
Comme prévu, les gosses s’en donnaient à cœur joie. Ça épanouit, la vie à la campagne, ne disons pas à l’orée de l’Outback.  Nick et Matthew avaient accueilli leurs cousins et Beth Smith avec un enthousiasme très à la McLane, c’est-à-dire bruyant, envahissant, chaleureux.
Opal avait foncé tête baissée dans le travail dans l’unique but de s’étourdir, s’abrutir de fatigue et ne pas avoir le temps de trop penser, parce que sinon c’était mélancolie assurée, ce qui, à son avis, ne donnait jamais rien  de bon.
John, lui, était tout une autre paire de manches. C’était un crève-cœur de voir ce grand bonhomme vaquer par-là, sans chercher à occuper son temps à autre chose que broyer du noir avec l’air de qui cherche un arbre pour s’y pendre.  Il ne faisait aucun effort pour surmonter ses défaillances physiques  se laissant plutôt aller dans une complaisance morbide. La petite Beth évitait de passer plus de cinq minutes avec ce père sombre et silencieux, préférant aller courir la nature avec les autres gosses.
Opal rongea son frein tout autant que sa patience le lui permit, et sept jours, c’était déjà un effort énorme pour elle. Ce jour-là, elle avait suivi du coin de l’œil le manège de John qui arborait son meilleur air de misère enragée,  ombre tragique se faufilant dans la maison, dans les allées du parc, sans but. Pas de service ce soir-là, elle en profita pour coincer Mr. Smith alors qu’il bayait aux corneilles affalé dans un fauteuil  à la véranda arrière.
 
Bonsoir, toi…je me suis dit qu’un peu de vin te ferait du bien, tiens !, et de lui fourrer une coupe de Shiraz sans demander son avis avant de prendre place dans le fauteuil d’à côté, il fait beau, hein ?...Il est magnifique le ciel à cette époque…et l’air est bon…même si un peu frisquet…,  un silence vexant accueillit ses mots, elle soupira, , mais enfin…ce n’est pas de ça que je voulais te parler… J’ai l’impression que tu t’ennuies à mort et me suis dit que peut-être faire quelque chose t’aiderait à passer le temps…, nouveau soupir, tu sais, c’est pas facile pour moi d’assumer tout ceci…seule…*Voilà, joue le numéro de petite femme démunie, ça devrait  pincer la bonne corde !*, Erik se trouve toujours le temps pour filer un coup de main…, regard de biais qu’elle assuma avec émouvante innocence,…les livres…je dois tout mettre à jour et là…*Menteuse !*…
 
Laconique ou pas, John Smith  ne manquait pas de bons principes. Pas qu’il dit grand-chose ce soir-là, entre une coupe de vin et une autre, mais accepta de l’aider, sans sembler  trop heureux avec l’arrangement. Les livres de comptes n’étaient pas sa tasse de thé mais il obtempéra sans piper mot, Opal, bien entendu ne manqua pas de remarquer le pauvre enthousiasme engagé et décida de le délivrer de la corvée.
 
Tu n’as pas tort de faire la tête…je déteste la comptabilité et toi aussi, vraisemblablement…Tu te sens un peu mieux ?...J’espère que tu suis bien le traitement, pas question qu’en rentrant Meg m’accuse de ne pas avoir veillé à ton bien-être…Mais voyons, elle ne s’en fiche pas ! D’où tu sors une idée pareille ?...Oui, ok…elle est partie sans faire trop de chichis…Erik n’en a pas fait trop non plus…En outre, on sait pas ce qui leur est vraiment arrivé…ils ont disparu, je te fais remarquer…que sais-tu, peut-être qu’elle aurait voulu te dire un tas de trucs avant de partir…Ok, je la ferme !...Tu t’y connais en potagers ?
 
Ah, les délices du jardinage ! Opal avait entendu dire que John était espion ou quelque chose de mystérieux dans le genre mais ce n’est pas cela qui la gêna pour lui faire aligner tomates, salades, herbes aromatiques et autres. Elle passait lui filer un coup de main tout en commentant les progrès de telle ou autre plante, avec commentaires précis sur pucerons et autres fléaux communs. Au bout de cinq jours, elle découvrit que John faisait de la magie sur ses tomates et décida de le nommer chef-plongeur.
 
J’ai rien contre l’usage de la magie, mais veux pas que le voisinage ait vent de tomates qui poussent vertigineusement…merci pour avoir enchanté les limaces mais décidément, on va pas courir de risques…tiens, tu souris, c’est bon signe…si quand tout le monde est part et tu as envie de faire de la plonge magique, fais à ton aise…meuh non…suis pas un négrier…je crois en la thérapie occupationnelle, c’est tout et puis bien faire la vaisselle est un atout de charme…Ouais, parle-moi du lave-vaisselle et fous en l’air mes bonnes intentions…
 

Le soir, le calme revenu, ils s’asseyaient à la véranda et regardaient le ciel en buvant du vin.
 
Ils reviendront, t’en fais pas…ça tardera peut-être, mais ils reviendront !...Ouais, suis optimiste, qu’on dit…
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Re: L'attente...

Message par John Smith le Mer Avr 29 2015, 14:12

Où s’était-il fourvoyé ? Il pensait Megan heureuse avec lui et Elisabeth mais la façon dont elle avait couru se jeter dans l’inconnu l’avait scié.  Il ne savait plus quoi penser et, quand Opal avait décidé de l’embarquer avec nounou, gamine et chien, il n’avait pas résisté, ni même essayé de le faire.  Rien, plus rien ne l’intéressait. Megan lui manquait affreusement, il ne pouvait pas s’empêcher d’imaginer les pires scénarios la concernant, les concernant. De plus, sa condition physique n’était pas au top. Il ne faisait rien pour l’améliorer non plus. Au moins, parvenait-il à sourire en coin quand la joyeuse bande de gosses déboulait avec ses cris de Sioux. C’était gag de voir Miss Drew et les elfes mêlés, s’adonner aux même jeux. Mais rien ne le sortait vraiment de l’enlisement où il se complaisait malgré lui.  
Une semaine s’écoula sans aucune nouvelle. Il ne foutait rien, n’avait envie de ne rien foutre d’autre que de penser... au pire, au futur.  
Alors qu’il prenait bêtement le soleil, Opal, en veine de charité ou de chaleur humaine, tenta de le secouer au moins verbalement, via quelques remarques plus qu’insidieuses :
 
… me suis dit que peut-être faire quelque chose t’aiderait à passer le temps… tu sais, c’est pas facile pour moi d’assumer tout ceci…seule… les livres…je dois tout mettre à jour et là…
 
C’était, à n’en pas douter, une autre façon pour elle de signifier :
 
Ça m’énerve de te voir glander…

Il ne pouvait pas lui donner tort : il devait bouger. Mais les livres de compte, vraiment… pas la gloire vu ses expériences antérieures.  Néanmoins, il ne refusa pas la main tendue.  
 
Qu’est-ce que c’était pelant… Comment Erik s’y retrouvait-il là-dedans ? En tout cas, les Nielsen étaient prospères, pas de doute.
Il suait à grosses gouttes quand Opal changea la donne :
 
…je déteste la comptabilité et toi aussi, vraisemblablement…
 
Quand il faut, il faut, grogna-t-il.

Elle s’inquiétait sur sa santé, son traitement, ses idées.  Qu’elle compatisse, supporte la même absence ne l’aidait pas vraiment.  Lui, son soleil, il le baignait le soir en savourant chaque minute avec sa puce adorée.  Malheureusement, des souvenirs remontaient aussi en ces instants bénis. Première épouse, autres enfants, perdus, tous perdus… Et cela recommençait.  
 
… Elle se fout complètement de moi, de ce que je ressens, lâcha-t-il en se parlant à lui-même.
 
D’où tu sors une idée pareille ?...Oui, ok…elle est partie sans faire trop de chichis…Erik n’en a pas fait trop non plus…En outre, on sait pas ce qui leur est vraiment arrivé… Tu t’y connais en potagers ?   
  
Franchement ! Avait-il la tête d’un jardinier ???  
Pour ne pas contrarier sa généreuse hôtesse, il s’y plia. Biner, sarcler, arroser… Quel intérêt surtout quand un certain bois fait pousser n’importe quoi ?  Mrs. Nielsen n’apprécia pas l’emploi de la magie sur les légumes, hélas. Du coup, elle le décréta chef plongeur en cuisines. Ça le fit marrer. Pas l’emploi mais les efforts déployés pour le soustraire à sa morosité.  
Quand clients et personnels étaient rentrés, il pouvait faire ce qu’il voulait avec lave-vaisselles ou magie. Après avoir bordés leurs gosses, ils s’asseyaient en dégustant du vin, moments de paix car Opal avait toujours une bonne histoire à narrer, sur les enfants, la manière dont ils étaient arrivé à s’installer là, etc.  
Il ne l’ouvrait pas souvent, comme d’habitude, mais la jeune dame était obstinée et finaude :
 
 Ils reviendront, t’en fais pas…ça tardera peut-être, mais ils reviendront !...Ouais, suis optimiste, qu’on dit…
 
Trois verres de vin plus tard :
 
Tu ne l’es pas tant que ça… Toi aussi ça te ronge. Tu crées un mur pour refouler tes bêtes noires. Pour moi, le mur s’est brisé, il y a longtemps… j’avais une famille : Caroline et deux enfants. On m’a tout pris… oui, j’en suis coupable sans l’avoir voulu, exactement comme maintenant… Mais si, bien sûr que j’en suis coupable ! Meg n’aurait pas foncé tête baissée dans n’importe quoi si j’avais été fichu de la rendre heureuse !!  Bêtement, je pensais que ça baignait, et voilà… elle est partie, et je m’en veux, m’inquiète… Euh… mes côtes se remettent, les muscles aussi, mais…   
 
Opal était quelqu’un ! Même si les confidences d’exception l’intéressaient, elle ne voulut pas s’éterniser dessus. Elle n’avait pas été sans ignorer l’attention de John envers le terrain d’aviation.  
 
… si je pilote ? … oui, je sais faire ça, mais Elisabeth…
 
Selon elle, Lizzy était bien encadrée et n’avait aucun besoin de lui directement dans les parages.
L’équipe médicale avait perdu Erik qui, outre d’être toubib, allait secourir partout avec son coucou.
La proposition lui plut.  On trinqua joyeusement.
 
Dès le lendemain, seul le chef mécano se plaignit. Qu’est-ce que ce mec, invité, avait à inspecter le moteur ainsi ?
 
Il est parfait ! Mr. Nielsen insistait là-dessus !  
 
Je n’en doute pas mais tout le monde sait que quand le chat n’est pas là…

En fait, John ne voulait aucun risque.  Pas question d’aller se crasher et laisser sa fille orpheline. Pas que, réellement, il crut Megan décédée, sauf que… souvenirs…
Les gaz engagés, casqué, il attendit l’autorisation de décoller afin d’amener un des médecins de l’équipe au lieu requis.
Les terres survolées étaient magnifiques.  Tantôt arides, tantôt boisées, marrant de voir des troupeaux de vaches ou moutons cavaler ainsi que des kangourous effrayés.
 
Si ça vous dit, on a une chasse à ces satanées bestioles la semaine prochaine, rigola l’accompagnateur observateur des réactions du nouveau pilote.  
 
Même si vous jugez ces animaux nuisibles, je n’éprouve aucun plaisir à abattre qui ne peut se défendre, répliqua John.
 
Ce furent les seules paroles échangées.  Le médecin fit ce qu’il avait à faire pendant que John vérifiait les jauges.
 
Des moutons, râla Joe Gambit en calant sa mallette… Ils auraient pu prévenir !  Enfin, sont contents.  
 
La journée, quelques suivantes, furent identiques. Parfois il fallut déplacer un corps en souffrance mais aucun cas trop grave, ouf.
Chaque retour de virée était salué par les lutins et, ma foi, John se sentait beaucoup mieux même si l’absence pesait lourd. Opal avait réussi son coup : il souriait plus fréquemment.  
Parfois le soir, exténués, ils s’installaient côte à côte autour d’un verre, juste à regarder le soleil décliner à l’horizon.  Son manque de dialogue énervait Opal, il le sentait mais ne savait y remédier à moins d’être légèrement beurré.
Ce soir-là, la conversation se déroula au départ comme d’habitude :
 
… ca a été parfaitement. Bannings me bassine un peu avec ses histoires mais le coucou est très au point. De ton côté, du neuf ?...
 
Non et oui, Opal avait reçu des nouvelles des historiques ainsi que des Davenport confrontés à une drôle d’affaire, pour changer.
 
… QUOI ? Une sirène ??  D’où ça vient ?  
 
Selon elle : une sorte de malédiction déjà déclenchée dans le monde antérieur. Achille avait lancé une sorte de S.O.S aux amis sorciers, sauf que leurs effectifs étaient réduits maintenant.
 
Je vais y aller, proposa immédiatement John.  
 
Mrs. Nielsen voyait plutôt ça comme une affaire de femmes. Elle argumenta, tant et si bien que John fut promu… à la surveillance générale des enfants et du restaurant.  Selon elle, Ste Mangouste ou  Clinical’s Stillworth arrangeraient le problème, fallait juste faire un saut pour y rapatrier le… poisson.  
 
… J’y connais rien !  Si tu veux que tes affaires périclitent, ok vas-y, amuse-toi bien, râla-t-il. Donne des nouvelles sinon Erik m’écharpera à son retour.  
 
En fait, l’énorme responsabilité échue lui faisait peur. Manquerait qu’il arrive quelque chose aux gosses De Brent ou Nielsen : son compte serait bon.  
Que pensez-vous qu’il arriva… ? Cela ne rata pas.  
D’abord, Bannings fut prêt à lui tirer dessus pour être privé de pilote. Il se calma, magie aidant. Ensuite, il fallut répondre à plusieurs commandes d’exception ; le chef assumait, lui il suait, courant partout, effectuant plusieurs trajets dans les airs pour livrer à temps.  
Hélas, ça ne s’arrêta pas à cela : Kieran piqua sa crise.  
Alors qu’on croyait tous les mouflets sagement endormis, le braillard de service en remit une couche, de quoi réveiller un ours en hibernation :
 
TONTOOOOOOOOOOOON !!!! NOOOOOON !!!!!!!!!!!!
 
D’un bond, John et Bikita furent à son chevet. L’elfe avait… l’habitude.
 
Pas grave Monsieur John. Kieran sensible.
 
Sensible à quoi ? M’enfin, il est terrorisé. Donne-le-moi.
 
À regret mais soumise, Bikita lui passa l’enfant très agité. Bras, jambes, tout valsait ; John s’en prit plein la figure.  
 
Là, là, bonhomme. Tu as fait un mauvais rêve.
 
Vlam, talon dans la mâchoire :
 
Tonton mort, tonton mort, tonton mort !!!
 
 Ce n’est qu’un cauchemar Kieran. Chut, chut.

Il était épouvanté lui-même, ayant appris que ce bout de chou était… bizarre.  
L’instant d’après, sa sœur Cécile, tenant Elisabeth par la main, caressait les cheveux noirs du gamin.  Une mélodie s’éleva, Kieran s’apaisa.  
 
Maman lui chante ça souvent, sourit la brunette.
 
À la surprise générale, le bambin engourdi sursauta dans un éclat de rire extraordinaire :
 
Pas mort, pas mort !!
 
Puis pouf, il se rendormit. Quelle nuit !  
D’un commun accord, on se jura entre adulte, elfe et enfants de taire cet épisode à Opal qui ne rentra que le surlendemain.  Elle était tracassée, il le remarqua aussitôt de même qu’elle nota sûrement ses cernes, sa lassitude. Il tenta de se montrer enthousiaste dans son accolade de bienvenue :
 
Tu n’as pas fait faillite, les enfants vont bien, tout va bien ! Et avec Sissi ?
 
Dubitative mais surtout fatiguée, Opal admit que cela n’allait pas fort de ce côté. Les médicomages se cassaient la tête avec le phénomène que l’on freinait à grand renfort de sel marin.  Sam entrevoyait de faire appel à une fée amie.  
 
Eh bien, Achille doit pas être content de nos performances… Ici ? Aucun souci…    
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John Smith

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Re: L'attente...

Message par Opal McLane le Sam Mai 16 2015, 11:24

In vino veritas…
 
Il devait bien avoir quelque chose de vrai dans l’assertion.  Trois verres sur le nez, et John devenait fin psychologue et découvrait des vérités enfouies, il n’avait pas tort quant à ses bêtes noires, ni à son angoisse perpétuelle. La suite ne fut pas gaie, car révélations douloureuses. Il parla de sa famille perdue, puis de Meg et de ceux qu’il pensait ses manquements.
 
*Pauvre chéri…mais quelle vie de merde…franchement Meg aurait pu faire autrement mais ne l’a pas fait…elle l’aime, c’est sûr…les deux font la paire…*
 
C’est ça, la vie. Prendre des risques, les affronter et chercher comment les surmonter. Pas facile, parfois pas idéal. Bien sûr, c’est beau comme théorie, la réalité, ça sait toujours s’arranger pour être autrement.
 
Allez, John, broyer du noir ne donne rien…Faut montrer du cran…pas ton genre, je pense, rester là à fixer les murs en attendant que ça tombe tout cuit du ciel…Meg sera pas ravie de te retrouver en état de lavette…Tu fais quelque chose pour finir de te retaper !?
 
Euh oui. Euh bof…Ça  allait sans aller et franchement, en effort, on aurait vu mieux.
 
Tu t’y connais en avions ? C’est juste une question comme une autre !,  façon de dire « j’invente n’importe quoi pour te tirer de ta torpeur ! ».
 
Et voilà qu’il savait. Que ne savait-il pas faire, cet homme-mystère ? Il avait tâté à un peu de tout…bon, ensorceler ses tomates n’était pas le non plus ultra du savoir mais en restant pratiques, cet homme était tout simplement surprenant.
 
Si je pilote ? … oui, je sais faire ça, mais Elisabeth…
 
Voyons donc, et ceci en remplissant à nouveau son verre, ta fille t’adore mais n’a pas précisément besoin de toi lui courant après comme son ombre. L’équipe a perdu Erik qui en plus de toubib jouait les ambulances…on a Gambit pour assurer la part médicale mais c’est une misère comme pilote…si ça te dit, le poste est à toi !

Vendu, adjugé. Ouf, un problème de moins ! Régler l’affaire avec la station médicale ne demanda que trois mots bien sentis, un peu d’autorité bien administrée. Elle ne leur donnait pas le choix, c’était à prendre ou à laisser. Et John s’envola secourir son prochain !
Mr. Smith était décidément une de ces natures laconiques qui ont juste besoin d’un coup de pouce. Le vin devint un allié précieux, pas qu’elle voulut l’induire à l’alcoolisme mais puisqu’il leur fallait surmonter leurs misères ensemble, va pour la dégustation de cuvées inédites.
Le patronus de Sam n’avait pu être plus explicite. Un de leurs couples d’historiques avait besoin de leur aide. Achille et Sissi, quelque part en Amérique du Sud…leur mail, lui, en avait dit un peu plus !
 
*Mince, plus au Sud que ça et on est à l’Antarctique !*
 
Sam ne s’étendait pas en explications. Là, c’était genre scout : toujours prêt au service ! On t’appelle, tu accours !
Et John qui se racontait, une gentille première…À croire que la bonhommie des habitudes locales faisait son petit effet.
 
Ça a été parfaitement. Bannings me bassine un peu avec ses histoires mais le coucou est très au point. De ton côté, du neuf ?
 
Sourire en coin, soupir.
 
Ici, tout baigne. Le resto tourne merveilleusement, les gosses sont heureux…mais..., elle détestait ce petit mot qui faisait tout foirer, sais pas comment ni pourquoi mais Sissi est…devenue sirène…
 
Un aveu on ne peut plus normal. Ça peut arriver tous les jours, se retrouver avec une queue de poisson. De quoi faire flipper ce laconique endurci. Elle n’en savait pas plus que ce qu’on lui avait refilé comme explication.
 
Euh, pas clair…une espèce de malédiction déjà subie au monde du Fleuve…Achille pète un câble et la pauvre Sissi, tu t’imagines…Ils crient au secours…
 
Je vais y aller, proposa immédiatement John.  
 
Tu es adorable mais là, je pense que c’est une affaire de femmes…Sam et moi on va y aller, on les rapatrie en Angleterre et là que ce soit à Ste. Mangouste ou à Stillwoth’s Clinical on trouvera bien une solution…Je serai absente quelques jours, John…une semaine au plus…moins si je peux, alors il faudra que tu assumes ici…rien d’extraordinaire…l’équipe tourne seule, pour le reste...les elfes, Miss Drew…*Me dis pas que tu peux pas te débrouiller avec…j’ai besoin de prendre le large !!!*…
 
J’y connais rien !  Si tu veux que tes affaires périclitent, ok vas-y, amuse-toi bien, râla-t-il. Donne des nouvelles sinon Erik m’écharpera à son retour.
 
Tu es un ange, John…et mets-toi dans la tête que rien ne peut aller de travers…suis sûre que tu sauras merveilleusement gérer !
 
Encore un à qui elle ne laissait pas le choix. Tant pis, tant mieux. La tribu McLane étant prévenue, John ne manquerait pas d’aide, au cas où !
Ce rebondissement lui convenait, égoïstement ! S’arracher  aux lieux où s’écoulait une routine par trop connue toujours partagée avec Erik, ne lui ferait qu’un grand bien. Changer de décor, voir d’autres gens, entendre d’autres histoires la distrairait de l’angoisse constante qui peuplait ses jours et ses nuits. Erik lui manquait affreusement, comme l’eau aux plantes, comme le soleil à la nature. John avait vu juste quant à sa façon d’évader ses démons, sauf qu’ils la poursuivaient toujours.
 
*Ouais, optimiste et quoi plus ?...T’es où, mon amour ?...Que t’arrive t’il ?...Pourquoi j’ai si peur ?...Reviens, reviens…je ne sais plus vivre…*
 
Pleurer un bon coup ne servait pas de grand-chose, Elle le faisait tous les soirs et le carcan d’angoisse ne cédait pas.
 Rendez-vous à Ushuaia. Merveilleux coin au fin fond de la Patagonie.  Faut dire que comme changement de décor, on faisait fort. Mais on n’était pas là pour admirer le paysage. Le paquebot arrivait le lendemain et pour alors il fallait avoir un bon scénario en place. Un délice pouvoir  collaborer avec Samantha Davenport, femme d’idées claires et action rapide. En un deux par trois elles avaient mis leurs pions en place et dès que le navire accosta elles jouèrent leurs rôles à la perfection.  Rien de plus radical qu’une urgence médicale. On affubla Mrs. Kazantzakis d’une maladie avec un nom à rallonge, avec assez de gravité, deux sortilèges par ci, deux par-là,  et hop, avant d’avoir dit  « ouf » elles avaient disparu avec le grec et son impératrice.
À Stillwoth’s Clinical on accueillit le cas de la sirène avec des avis mitigés. On n’avait rien vu de pareil dans le monde magique, et faut dire qu’on en voyait des bizarreries là.
 
Ils ont essayé tous les sorts et contre sorts, soupira Opal, éreintée, là ils inventent…ça me brise le cœur de les voir, Achille et son poisson…sa Sissi, excuse, je deviens bête…Ils étudient le cas…et ça peut prendre du temps…, nouveau soupir, on n’en finira pas avec tant d’emmerdes ?...Non, ça va, Sam…enfin…je deviens un peu chèvre avec toute cette histoire mais on s’arrange…Les enfants vont bien…Kieran est tranquille, Lucas et Cécile aussi…mais je dois rentrer, John est resté à la charge de tout et je ne pense pas que ce soit décidément ce qui le rende heureux…

Sam, compréhensive, savait pouvoir se passer de sa présence mais avant de la laisser partir proposa un petit bol d’énergie à sa façon. Opal soupira de nouveau et agréa l’arrangement. Elle en avait besoin, tout autant que Sam.
Deux jours de délire féminin. Opal peu encline au shopping ou visites à l’esthéticienne, se laissa entraîner par Lady Davenport, bien plus experte qu’elle.
 
Je veux me sentir coupable…mais peux pas…Dieu, que ça fait du bien !
 
On oubliait, on essayait de le faire, pendant quelques petites heures égarées de leurs tourments mais après, il fallut bien reprendre le cours de la réalité. Pour Opal, cela signifiait : retour au bercail. Elle se serait bien accordé un long voyage en avion, quelques heures encore en terrain neutre mais réussit à la hauteur de ses responsabilités. Portoloin et hop !
À la maison, calme idyllique. Les jumeaux devaient mener leur petite troupe dans quelque aventure hasardeuse, la pauvre Miss Drew en ferait les frais, Vorondil, l’espiègle s’amuserait sans doute tout en prouvant déjà être un elfe digne de confiance…et puis il y avait toujours un McLane aux alentours. John par contre, n’arborait aucun air radieux, à peine s’il se  permit d’être un peu plus effusif qu’à l’ordinaire.
 
*Mon Dieu, ces cernes…il  dort pas ou quoi ?...Et puis, il est maigre…et triste…Meg va me faire la peau si elle le retrouve comme ça !*

Elle essaya de se montrer plus contente que ne l’était et lui, finaud, ne la rata sans doute pas. On joua un moment à faire semblant.
 
Tu n’as pas fait faillite, les enfants vont bien, tout va bien ! Et avec Sissi ?
 
Me voilà comblée alors…, soupir, Ah, Sissi !...Que dire ? Les éminences ne trouvent pas la solution…c’est de la magie, mais apparemment, du genre à dépasser les studieux en la matière…pour tout dire : elle a encore sa belle queue de poisson… du plus bel effet, je dois dire mais franchement rasoir…Ils sont à plaindre…et sincèrement on ne sait plus trop que faire…, nouveau soupir, dépité, au point où en sont les choses Sam pense faire appel à Key…une petite fée qui nous a déjà filé un coup de main...
 
C’était tout dire,  avec la grâce de Merlin, entre sorciers on s’entendait, sinon parler fées aurait donné du n’importe quoi. John accepta les faits avec son habituel laconisme.
 
Eh bien, Achille doit pas être content de nos performances.
 
Je le vois mal en train de se plaindre, dit Opal, un  rien agacée avant de passer en mode optimiste obstinée, c’est vrai qu’on ne sait pas trop que faire mais…ça s’arrangera, c’est sûr ! Mais, et ici ? Pas de problème.

Ici ? Aucun souci !
 
Tiens, pourquoi ne le croyait-il pas tout à fait ? Sixième sens ? Intuition féminine ? Mais elle prit parti de ne pas le harceler, quoiqu’il en fut, elle finirait par le savoir tôt ou tard.
La maisonnée semblait en ordre. Les enfants de Michael se portaient comme des charmes, la petite de John semblait ravie d’être si bien entourée et les jumeaux Nielsen campaient, comme toujours, en champions de l’improvisation de magouilles de toute sorte en entraînant tout ce petit monde à leur suite.
John sembla très soulagé de la voir de retour et reprit illico son service comme pilote, au grand bonheur de l’équipe de l’hosto. La vie reprenait ses droits et continuait de plus belle. L’angoisse, le manque, le chagrin, eux, n’avaient cédé d’un poil mais encore là, il fallait faire avec.
L’orage sévissait, ce soir. John n’était pas encore rentré de son dernier vol.  Exactement le genre d’ambiance tendue qui demande bonne humeur et présence d’esprit, pour rassurer ceux qui n’étaient pas habitués à ces bouleversements atmosphériques si extrêmes. Cécile et Lucas d’un côté,  Kieran sur ses genoux et la petite Beth, rebaptisée Lizzie serrée contre elle, Opal racontait une histoire à rallonge, question de distraire l’attention des éclairs et tonnerre.
 
Et mon papa, voulut soudain savoir la petite Miss Smith, il va mourir comme l’oncle Erik ?
 
Arrêt sur image, une main glacée venait de serrer son cœur, les mots lui manquant, le son jailli de sa gorge ressembla plutôt à un couinement.
 
QUOI !?...Lizzie, ma chérie…pourquoi tu dis ça !?
 
Les jumeaux De Brent échangeaient des regards paniqués, Nick et Matt faisaient semblant de regarder ailleurs. Seul Kieran demeurait tranquille alors que la petite Smith cherchait un trou où disparaître.
 
Pourquoi tu dis ça, ma puce ?, s’enquit Opal en faisant un effort surhumain pour ne pas se mettre à hurler et la secouer comme un prunier, allez…dis le moi…

Il suffit d’insister juste un peu. Les petits, heureux de décharger leurs épaules du secret, racontèrent par le menu ce qui s’était passé quelques nuits auparavant. La terrible scène de Kieran annonçant la mort de son oncle pour presque tout de suite après assurer le contraire. John leur avait demandé de garder le secret pour ne pas l’angoisser.
 
Dis-moi, Kieran, mon ange…comment sais-tu…comment as-tu…
 
Regard limpide, sourire d’ange. Le gamin débita sa petite histoire sans ciller. Il savait, un point c’est tout. Il sentait et savait.
 
Tonton va bien, il a retrouvé Papa. Maman aussi, heureuse…tout bien !
 
Elle n’allait pas s’étendre sur le thème, pas avec un gosse de quatre ans quand même.  Innocent, ou pas, du chamboulement provoqué, Kieran demandait la suite de l’histoire. Opal se força à poursuivre, sans trop savoir ce qu’elle racontait jusqu’à enfin entendre les pas de John dans le couloir.
 
Tu vois, ton papa est là, Lizzie…tout va bien !
 
À deux, le chapitre enfants fut vite expédié. L’orage passait de large, la nuit recouvra étoiles et lune, plus la senteur fraîche de la terre abreuvée de pluie. Un dîner rapide fut servi au pilote de service, elle ne lui laissa pas le sursis d’une digestion en tout calme, l’entraînant illico vers la véranda. Rituel du vin du soir s’en suivant, Opal s’assit et l’affronta.
 
Parle !...Joue pas les finauds avec moi, John…les mioches ont vendu la mèche !

Moment de gêne. Elle s’en voulut mais voulait à tout prix avoir le fin mot de cette histoire. Cela n’alla pas sans mal, John reprit chaque instant de ces moments d’intense angoisse. Les paroles de Kieran la folle scène, tout y passa, jusqu’au dénouement aussi  intempestif que l’aveu.
 
Oui, soupira t’elle, le petit m’a assuré qu’ils étaient tous ensemble, maintenant…C’est dingue…j’en suis malade, John…cette incertitude…cette attente…sans rien savoir…et avoir peur jour et nuit…Oui, c’est ce que je sens, la trouille de ma vie…et je déteste ça !...La fée ?...Oui, la fée…veux bien y croire, sourire éteint, je croirais n’importe quoi pourvu d’apaiser cette angoisse qui me tue…

Moment de silence pesant, distrait par les bruits nocturnes et quand on s’y attendait le moins, un bruissement soyeux, un éclat de lumière dorée et elle fut là, souriante, perchée sur la balustrade.
 
Coucou, je suis là…en vitesse,  parce qu’il y a beaucoup à faire…n’aie plus peur, Opal, ni toi, John…ceux que vous aimez vont bien…dans la mesure du possible dans ce monde fou où ils sont…

Merci de nous rassurer, fée…mais dis-nous …quand reviendront-ils ?...Peux-tu…
 
Non, les ramener, non…c’est impossible…faudra jouer le jeu jusqu’à la fin…et la partie est mal engagée…ces drôles de Dieux sont hargneux, ils trichent…font tout leur possible mais nous avons un allié…il fait ce qu’il peut mais…
 
Opal secoua la tête avec un énorme soupir, avant de dire, sentencieuse, presque tragique :
 
Le vin est tiré, il faut le boire jusqu’à la lie !
 
Mine de rien, cela résumait la situation…
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Re: L'attente...

Message par John Smith le Dim Juil 05 2015, 05:45

Bon à rien ou bon à tout ? Il y avait de quoi se poser la question. Il n’avait pas su tenir tête à sa propre épouse à qui il arrivait maintenant sûrement des soucis. Contre ça, quoi faire, sinon subir ?
L’unique chose dont on l’avait chargé, et qu’en principe il soit capable d’effectuer, était de veiller sur une femme délaissée comme lui, ainsi que sur les enfants des disparus.  Mais Opal McLane se révéla une femme forte, même plus forte que lui qui – avouons-le – se sentait complètement inutile. D’ordinaire John savait faire face, mais là… il était dépassé. Oui, il avait bien essayé de remonter la pente de son marasme en effectuant les tâches prescrites par sa compagne obligée. Il ne pouvait maintenant nier qu’au lieu de soutenir Opal, c’était l’inverse qui se produisait. Elle avait pourtant déjà assez de chats à fouetter avec tous ses tracas sans endosser les siens en sus !
Voilà de quoi l’enfoncer davantage dans ce sentiment persistant d’être un incapable fini. Mrs Nielsen s’efforçait de lui démontrer le contraire, la bonne âme !  Cependant, les apparences sont souvent trompeuses et, sous des dehors de roc, Opal souffrait beaucoup, autant que lui.  
Paumé dans son propre malheur, il ne s’en serait pas rendu compte avant longtemps tant elle donnait bien le change en affichant une sempiternelle énergie teintée de bonne humeur. Or, tout mur a ses failles et, un soir, Opal craqua. Mise au courant par Kieran – l’enfant étrange – la jeune femme avoua :
 
C’est dingue…j’en suis malade, John…cette incertitude…cette attente…sans rien savoir…et avoir peur jour et nuit…     
 
Toi ? Tu as peur ?  
 
Il était abasourdi d’avoir été si aveugle.
 
Oui, c’est ce que je sens, la trouille de ma vie…et je déteste ça !...
 
Je… je ne vaux guère mieux. Je… je suis désolé de rajouter à tes ennuis pas mon attitude de ces deniers temps. Tu n’avais jamais montré de faiblesses, toi !  
 
Ne sachant trop comment la réconforter, hésitant à l’entourer de ses bras consolateurs, il tenta :
 
La petite fée veille sur eux, où qu’ils soient, j’en suis certain. Ça doit bien servir à quelque chose d’avoir une fée dans sa manche, non ?   
 
Elle n’y croyait qu’à moitié ; un silence gênant s’installa. Il allait lui tapoter la main en apaisement quand se matérialisa celle dont ils venaient de parler : Key.  
Rassurante, lénifiante, elle leur assura que tout se déroulait au mieux pour leurs proches mais qu’il ne fallait pas s’attendre à revoir quiconque avant la fin du « JEU » engagé.  
L’apparition s’évanouit rapidement, laissant le couple ami à peine réconforté.  
Plusieurs jours et soirs se succédèrent encore dans la même optique au goût d’amertume.  On faisait bonne figure mais le cœur n’y était pas.
 
Sur une autre ligne temporelle, Key ne chôma pas. Engueuler Ragnar avait été plaisant. Ce guerrier ne pensant qu’à trahison et conquête, elle s’arrangea pour réunir son groupe avec celui de son cher Michael. Ne pouvant être partout, hélas, Key n’avait pas su parer l’intervention de Bérith, le plus diable des deux autres pions de l’échiquier géant sur lequel ils jouaient sans en avoir entièrement conscience.
Aussi, Ysaline avait été enlevée tandis que l’esprit de son bel époux voguait dans des limbes incertains.
Inutile de s’échiner à rectifier le tir, Bérith était un entêté de 1ère. Heureusement, Mrs Von Falkenberg disposait d’un entraînement très particulier la mettant à l’abri de la plupart des manœuvres malsaines.
Rencontrer Manakiel, le frère de l’autre, devint urgent. Elle s’y employa habilement.  
 
Si Opal et John se parlèrent plus librement de ses pensées longtemps tues, l’un comme l’autre ne s’ouvrit quand même pas complètement. Une autre façade ? Peut-être.  À quoi bon en rajouter ? Parler faisait du bien, se taire parfois aussi.  Au moins ils savaient angoisser pareillement, et le petit Kieran n’était pas le cadet de leurs soucis, loin de là. Fréquemment, lors de soirées plus ou moins arrosées, ils  discutaient du « cas ». Troublant enfant s’il en est que celui-là qui se mettait à rire aux éclats ou à pleurer mieux qu’un torrent pour des raisons connues de lui seul. Il était si… différent. Tous connaissaient ses origines soigneusement dissimulées aux profanes. Michael et Alix avaient bien assez de souci ainsi, se battaient ensemble pour lui, sans qu’un fureteur quelconque ne découvrît le pot aux roses. Mais…  
Ce jour-là, John était rentré tôt, assez satisfait de ses virées aériennes. Il aidait les uns et les autres, pensant de plus en plus souvent à adopter cette voie quand les choses reprendraient leur cours normal :  
 
*Tu rêves, John ! Rien ne sera plus jamais pareil…*
 
Un peu de repos ne lui ferait pas de mal après avoir survolé des miles et des miles de champs ou de terres arides. Avant cela, il devait au moins s’enquérir des besoins éventuels d’Opal et ceux de la marmaille. Lizzy était une crème de bout de fille. Elle s’entendait avec tout le monde, surtout avec les jumeaux Nielsen et Cécile De Brent. Loin d’être au courant de tout ce qui se tramait pour leurs parents, les mioches compensaient en se cherchant des occupations à leur taille et imagination, souvent avec grand chahut divertissant. La vaste maison était étrangement calme quand un Smith fatigué y pénétra.
 
Ouhou ! Quelqu’un ? Opal, les petits ? Ouhou !
 
 Il chercha partout : jardin, piscine, chambre, cuisine, salles : personne.  Un vent de panique souffla, déclenchant des idées plus folles les unes que les autres.  En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, il entrevit foule de tableaux aussi peu réjouissants les uns que les autres. Tantôt Lizzy s’était blessée, Opal avait embarqué tout le monde à l’hosto ; tantôt c’étaient les jumeaux confondus qui étaient malades ; tantôt ce fut une Opal défaillante qui avait entraîné son petit monde chez ses parents.
 
*Calme-toi ! Ils sont sans doute bêtement partis faire des courses…*
 
Après tout, personne ne l’attendant de sitôt, cela n’était pas impossible, quoique…
 
*Quand elle embarque les gosses, Opal laisse un mot…*
 
Commença alors une inspection soigneuse des lieux pour détecter un début d’explication à ce silence angoissant.  
Vu le désordre régnant, il y avait eu départ précipité. Pas de trace de lutte, de sang : la veine. Pas de billet non plus hélas.  Dans les chambres, des bagages manquaient signant un départ volontaire et pas un enlèvement éventuel. Très perplexe, John raisonna le plus calmement possible :
 
Appeler les Mc Lane ? S’ils ne sont pas au courant, je vais leur flanquer la frousse. D’un autre côté, s’ils savent ça pourrait aider…  
 
Cela ne ressemblait pas à Opal de déserter de la sorte à moins de quelque chose d’énorme. Ses parents seraient-ils en cause ? À qui s’adresser pour en avoir le cœur net ? Sans trop savoir pourquoi il eut cette idée, John pensa aux marmitons. Puisqu’aucun n’était présent en cuisine, c’est qu’on les avait remerciés d’une façon ou l’autre.  Le téléphone chauffa alors.  
 
Allô, Ted, c’est Smith. Il n’y a personne ici, et… Ah, je vois.
 
Il raccrocha en pestant puis entreprit de remonter la filière. Untel avait été prévenu par untel lui-même averti par un autre… Au bout du compte, John arriva sur le point d’origine : le second chef cuistot.  
 
Ah, Mr. Smith, je suis bien content de vous avoir. J’allais sonner mais n’ai pas eu le temps puisque j’ai été chargé d’annuler tous les repas prévus pour la semaine…  
 
Elle a tout annulé ! Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe, bon Dieu !
 
Je ne sais pas, moi ! Mrs Opal a juste donné ses ordres, évacué tout le monde en disant des trucs fous.
Là, John faillit passer par les fils du téléphone pour secouer les puces du chef :
 
QUELS TRUCS DE FOU ? hurla-t-il.
 
He, calmez-vous ! Je n’y suis pour rien, moi !
 
Répétez-moi le plus fidèlement possible ce qu’elle vous a dit, se tempéra-t-il.  
 
Attendez que je me souvienne, se gratta la tête son interlocuteur en réflexion. Des mots bizarres avec nageoires et rides… une urgence ailleurs, apparemment.  
 
John grinça un remerciement puis transplana chez les McLane.
Assise sous l’auvent, un pli soucieux au front, Carreen affrontait la tâche ingrate de l’écossage des petits pois. Entendant le crac d’un transplanage, lâchant son ouvrage, elle sursauta violemment, main sur le cœur :
 
Oh mon Dieu, John, vous auriez pu vous annoncer ! Vous semblez soucieux.
 
On le serait à moins, Mrs. McLane. Où sont-ils tous passés ?
 
Comment ? On ne vous a pas prévenu ?
 
Confondue par la coupure des informations, Carreen le força à s’asseoir et à accepter une limonade tout en déballant le topo. Ainsi donc, le matin-même, Opal avait reçu des nouvelles alarmantes émanant des Davenport. S’asseyant à son tour un verre en main, Mrs. McLane conta :
 
Il parait que dès ton départ, Kieran s’est agité. D’abord il jouait à se faire des grimaces dans le miroir en riant comme un bossu puis, il a eu l’air chagrin pour finir en sanglots tournant à la crise. Elle m’a appelé à la rescousse ; c’était terrible. Il se roulait par terre en criant tonton Justin sur tous les tons. On a essayé de le calmer avec sortilèges et potions, à peine si l’on a constaté une amélioration. Les autres petits étaient terrorisés.  On a finalement contacté les Davenport et Opal a préféré y aller avec les enfants.  
 
Comme récit, John s’était attendu à bien pire. Néanmoins, Carreen refusa d’en dire davantage, préférant qu’il se rende sur place :
 
Je suis navrée de ne pas avoir laissé un mot. Opal s’était pourtant montré ferme dans ses ordres. Il vaut mieux que tu y ailles aussi. Si je n’avais pas tant à faire ici…  
 
Une valise vite faite, un portoloin plus tard, John arriva aux Bermudes.
 
Papa ! Papa !
 
Le joyeux lutin dégoulinant d’eau chlorée accourut lui enlacer les jambes en riant. Sans se soucier de son costume, John la saisit à bras le corps en l’embrassant :
 
Salut ma puce ! Tu vas bien, les autres aussi ?
 
Oui, oui ! On s’amuse bien avec Vic mais Kieran, lui…
 
Le doux visage se renfrognait en évoquant ce « cousin » si bizarre. À sa demande, Lizzy indiqua à son père où étaient Opal et Mrs. Davenport. Même s’il n’en connaissait toujours pas la teneur, mieux valait peut-être d’éviter de mêler les enfants aux prochains débats. Aussi John laissa-t-il les mioches barbotant dans le petit bassin à la surveillance des elfes et des chats.  
Les visages étaient graves dans la cuisine où il débarqua mi-inquiet mi-fâché.
 
Que se passe-t-il donc pour que tu fiches le camp ainsi, Opal ?... oui, bonjour quand même, désolé Sam. Mais mettez-vous à ma place !  Aucun mot, aucune indication, rien !... Oui Opal, ton abruti de second m’a finalement touché deux mots et ta mère a un peu complété. Mais j’ignore toujours ce qui…  
 
On le tempéra un peu ; il allait savoir mais, d’abord, Opal tint à remettre les événements dans l’ordre du déroulement. Il réentendit les paroles de Carreen McLane à ceci près : la crise de Kieran n’était pas entièrement terminée. Les femmes avaient dû se résoudre à droguer fortement le garçonnet, sous peine qu’il se fasse du mal. Lormar et Bikita le veillaient à l’étage où, enfin, il reposait apaisé.  
 
Mais qu’est-ce qui a déclenché ça ? Il a encore fait un cauchemar ? Il a vu la mort de quelqu’un ?  
Là, il surprit un étrange échange de regard entre Samantha et Opal qui, soudain, lui parurent très lasses, l’une et l’autre.  
 
Et où est Justin ? En haut, aussi ?
 
Énorme soupir de Sam. Oui, son époux dormait aussi mais…
John n’aima pas, pas du tout, la manière dont ses amies le menèrent dans la chambre de Davenport. Un cortège funèbre aurait été plus… joyeux ?  Mille et une idées de catastrophe se bousculèrent dans sa tête :
 
*Il a eu un accident… il a chopé une affreuse maladie… on ne dort pas ainsi au beau milieu de l’après-midi…*  
 
Mais rien ne l’avait préparé à… ça ! D’abord, il crut à une erreur, une blague. Sûrement qu’un parent âgé habitait maintenant avec les Davenport puisque là, sur le grand lit, gisait un corps maigre à la respiration courte.  Hélas, vu les têtes des femmes, pas d’erreur possible. Usé, décharné, c’était bien l’ex fringant Justin Davenport qui reposait. Très choqué, John se mit à murmurer, tel qu’on le pratique au chevet d’un mourant :
 
Il est comme ça depuis quand ?
 
 Opal s’empara de son coude, et le fit évacuer les lieux, Sam restant prostrée auprès de l’ombre de son mari.  
Le remontant offert ne fut pas de trop pour retaper un peu les sens de John qui n’eut pas à récidiver sa question. Opal lui déballa tout ce qu’elle avait appris elle-même en quelques heures.
Alertée par le Dr Marcia Grey, Samantha avait trouvé un Justin plus vieux d’au moins vingt ans. Actuellement, son état semblait stable après avoir essayé d’exposer son cas à plusieurs éminences sorcières. On avait même pensé à lui administrer les gouttes de rajeunissement mises au point par Angel mais rien n’y faisait vraiment.
 
Un envoûtement, alors ? demanda John paumé.
 
Sam avait loué les services d’exorcistes patentés… en vain. Au début, ils avaient cru à l’inhalation involontaire d’essence de Maleficentia qui, comme tout sorcier le sait, provoque une poisse pas possible à l’utilisateur.
 
Où en a –t-il trouvé ? Un malveillant lui en a donné ?
 
Évidemment, Alix en avait dans sa panoplie de bizarreries. Curieux, Justin avait humé plusieurs trucs dont probablement celui-là.
 
Ben, suffit de le booster avec du Felix Felicis, non ?
 
Oui, et non. On tablait sur les effets de ce traitement de choc puisque ralentissement remarquable du désastre mais… Opal parlait, parlait puis insista pour qu’il la détaille des pieds à la tête, s’énervant de son incompréhension totale :
 
Oui, oui, je te regarde mais je ne vois rien de différent d’hier, ni d’avant-hier. Tu es toujours svelte, alerte, mignonne et… oh !
 
Il se pinça les lèvres car avec le jeu de lumière crépusculaire, il lui sembla que oui ??? Quelque chose avait changé.  Vite, il se montra rassurant :
 
C’est rien du tout quelques fils blancs, une ride. Tu as eu ton lot de soucis dernièrement, et… quoi Sam ?... hein ? Elle aussi, mais
 
Alors là ! Il retomba assis dans son fauteuil. Un silence pesant s’abattit, ou s’il y avait du chahut des gosses, il n’en perçut rien.  
 
*Te laisse pas abattre, ça ne veut rien dire… rien… sauf que si ceux qui ont violés la ligne des temps sont atteints…*
 
Déjà que Sissi avait connu un épisode de récidive natatoire… en mettant bout à bout tous ces éléments, une seule conclusion s’imposait : le monde du Fleuve se vengeait.  
Lentement, il remplit les verres, avala le sien d’un trait avant de remettre ça. La brûlure de l’alcool le raviva tout à fait :
 
Kieran sait quelque chose, n’est-ce pas ?
 
Apparemment oui. Parfois, le pauvre bambin délirait copieusement en évoquant des prénoms à donner froid dans le dos.
 
Je veux le voir. Il m’aime bien, en général.  
 
Il jugea préférable qu’Opal n’assiste pas à l’entrevue, il alla même jusqu’à éjecter les elfes pas contents du tout.  Dans son petit lit à barreaux, le bel enfant brun dormait d’un sommeil agité. Front moite, yeux roulants sous paupières closes, il semblait en proie à d’affreux tourments inexprimables.
S’approchant doucement, John caressa la tête en nage :
 
Là, là, Kieran chéri. Tout doux. Tout va bien, tout va s’arranger.
 
Bêtement attendri face à ce bonhomme porteur de si lourds fardeaux, il souriait quand, sans crier gare, deux yeux noirs parfaitement lucides accrochèrent son regard :
 
Tonton John, il faut les sauver, tous ! Vite !
 
Tout doux, tout doux Kieran. Ce n’est pas si pressé que ça, ou… ?
 
Si, si, vite. Les temps sont à l’envers. Papa, Mamaaannnnn….
 
Serrer le gamin contre lui, lui transmettre sa chaleur, le calmer envers et contre tout devint priorité sauf que Kieran n’était pas décidé à abandonner ses visions :
 
Il faut agir sinon Tantine Opaline, Tantine Sam, tonton… oh tonton est déjà loin… vite, vite !
 
John y pensa après. Peut-être était-il tombé sur la tête en posant cette question :
 
Qu’est-ce que je peux faire, Kieran ?
 
Il sut.
 
De sa discussion avec l’enfant rendormi épuisé, John ne souffla mot à quiconque. Il alla jusqu’à mentir en affirmant que ça n’avait rien donné mais, au petit matin, Samantha et Opal découvrirent une courte missive où il était écrit :
 
Je pars là-bas. C’est la seule voie. À bientôt. Veillez sur Lizzy.
 
Dans le ciel dégagé, un Cessna volait. Aux commandes, un aviateur déterminé. Une baguette visa le dehors et une formule complexe s’éleva sauf qu’il n’y eut aucun résultat à part un beau juron de la part du pilote.
 
Bordel de m***e ! Key, t’es jamais là quand on a besoin de toi, fée de mes deux !
 
Eh, oh ! Soyez correct, John Smith. J’ai pas que ça à faire, moi! Tu veux vraiment faire ça ?
 
Oh que oui ! Si Kieran a dit d’ouvrir et fermer la porte, c’est que ça doit être fait une fois pour toutes !
 
La petite fée aux ailes scintillantes assise à ses côtés lança son rire :
 
Tu as raison, faut parfois se fier aux enfants ! Recommence ta formule !
 
Ne ferme surtout pas avant que je repasse par là, hein ? paniqua une dernière fois John.

Gling, gling…
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John Smith

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