Turbulences

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Turbulences

Message par Ysaline de Bettancourt le Jeu Sep 19 2013, 23:14

*Quoi ??*

La passagère du siège 10 A l’avait dans son collimateur, impossible autrement ! Pour la cinquième fois en moins d’un quart d’heure, elle réclamait ses services. Ysaline n’avait jamais eu une patience d’ange, et cette trentenaire dépassait allègrement les bornes ! Elle inspira puis expira plusieurs fois avant d’afficher le sourire requis par la compagnie qui l’employait.

Madame Hendrix que puis-je *encore* pour vous satisfaire ?

Une mouchette dans son verre ? Et puis quoi encore ?

Je m’en occupe de suite. Désolée * tu parles* de ce désagrément.  

Reprise du verre incriminé qu’elle eut beau scruter, Ysaline ne découvrit rien de suspect. Cette femme devait posséder un corps flottant dans l’œil et voir des mouchettes voler partout !
À part cette embrouille insignifiante, ce vol impromptu vers la frontière rwandaise se déroulait très ordinairement. Ce n’était pas la ligne habituellement suivie par la jeune hôtesse de Bettancourt qui assumait en normal la ligne Washington-Singapour. Elle aurait dû être en repos. Seulement sa collègue Kate était tombé malade, bref…
Inspiration, expiration :


Avec nos excuses, et… à votre santé Mrs. Hendrix !

Inutile d’espérer un acquiescement ou un sourire compatissant de la part de cette rombière cinquantenaire de 1ère classe, pas le genre.

*Mais pourquoi j’ai choisi cette voie ???*

Ysaline s’adossa à une paroi du fuselage et se remémora rapidement son parcours.
Toute sa vie n’avait été qu’une fuite perpétuelle, un refus des imposés. Beauxbâton l’avait dégrossie dans tous les sens du terme mais ça ne lui suffisait pas. Il lui avait fallu bouger, voir du monde, LE monde ! Seulement, ce qu’elle devait endurer en frustration commençait sérieusement à lui peser.


Ding

*Tiens, le 5B ? Croyais qu’il roupillait, celui-là !*


Accorte, elle y alla, sourire plaqué aux lèvres :

Vous désirez ? Mr. Von Falkenberg, si je ne m’abuse…  

Mignon comme tout ce grand mec. Maigre comme un clou, air préoccupé, voire maladif, il était un des rares des 1ères à ne pas l’avoir emmerdée, de quoi lui accorder de l’attention. Il parla vite, en mode furtif.

… je ne comprends pas trop. Vous souhaitez vraiment qu’on intervienne ? … mais je n’ai pas d’instructions… Vous vous fichez de moi, là ! …

Il était on ne peut plus sérieux. Il fallait atterrir en urgence !
Ysaline n’était pas née de la dernière pluie. Elle savait reconnaître un sorcier quand elle en croisait un.


Votre baguette, s’il vous plaît ! *Pas braguette, idiot !*

Ils s’entendirent au quart de tour…

Les symptômes prouvant les dires du sorcier se déclenchèrent très peu après…
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Re: Turbulences

Message par Max Von Falkenberg le Jeu Sep 19 2013, 23:19

Dormir. Quel délice !  Là, installé en 1ère Classe, Max s’apprêtait à piquer un bon roupillon quand son attention se vit ineffablement attirée par le manège de certains de ses voisins. Ils étaient impatients, inquiets, louchaient dans leurs verres et sonnaient  le personnel à tout va !
 
Impossible ne pas remarquer la petite brunette au sourire resplendissant qui courait de l’un à l’autre, essayant de combler leurs vœux. Et tous avaient le même : changement de boisson dû à la présence de mouchettes !  
 
*Hein ?...Délire collectif ?*
 
Et cela allait de mal en pire. Il réussit à extraire sa grande carcasse et quitter discrètement sa place pour se glisser vers la classe économique. Là, ça allait encore pire. Quel grabuge ! Ça sonnait en folie ! Quelques-uns étaient franchement agités et réclamaient à cor et à cris…Mouchettes partout, dans les boissons, dans les repas.
 
Retour au point départ. Intenses réflexions. Le phénomène ne lui était pas inconnu, ce qui ne le réjouit pas pour autant. Ce qui résultait intimidant est que ça risquait de prendre une envergure démesurée et à bord d’un avion en plein vol, c’était la catastrophe assurée. Tant qu’à faire, il se colla lui aussi à la sonnette.  La belle assistante de vol accourut, sourire un peu fané, mais elle faisait des efforts.
 
Vous désirez ? Mr. Von Falkenberg, si je ne m’abuse…
 
Elle était ravissante mais le moment se prêtait mal à la drague. Il alla droit au point.
 
Écoutez, on n’a pas de temps à perdre…faut atterrir d’urgence ! Je vous assure qu’on est tous en danger !
 
Fallait s’y attendre. La miss répliqua d’un ton on ne peut plus professionnel :
 
Je ne comprends pas trop. Vous souhaitez vraiment qu’on intervienne ?
 
Il me semble que c’est ce que je viens de dire, gronda Max, une épidémie s’est déclenchée à bord !
 
Bien entendu, elle s’en tint à sa position initiale. Pas d’ordres, pas d’action ! Et eut le culot de prétendre qu’il se payait sa tête.
 
Pensez ce que vous voudrez, miss ! C’est un cas de Moustica Aliena…Non ! Il n’y a pas de vraies mouchettes…ils en voient partout…mais c’est le premier symptôme…après…

Tiens. La Miss avait pigé en moins de deux. Quelle aubaine, une sorcière !
 
Votre baguette, s’il vous plaît !
 
Il la foudroya d’un regard féroce.
 
Allez plutôt chercher la vôtre…à deux, on ira plus vite !
 
Max détestait faire usage de la bonne vielle magie mais de là à confier son bout de bois à une illustre inconnue, même si elle était à croquer, il y avait du chemin.
 
On pourrait supposer que deux sorciers, confrontés à une situation urgente, agiraient en parfaite concordance et harmonie. Ce serait rêver !  La miss réclamait un traitement judicieux pour enrayer le mal.
 
Suis pas médicomage ! On les endort tous, on voit après !
 
Selon, elle, une entorse aux usages. Max se défendit vertueusement.
 
Veux pas les tuer au lieu de les remettre d’aplomb…c’est pas le Moustiqua qui va les tuer…mais le crash nous enverra tous en enfer…M’occupe du capitaine, vous …anesthésiez moi ces dingues…allez !
 
Le capitaine Edwards  délirait plein pot. Le copilote, à peine plus rationnel, assurait que les mouchettes ne le dérangeaient pas trop. Max leur envoya un Grosdodo fulminant, dégagea leurs places et prit les commandes. Fatigue oubliée. Il s’appliqua à s’y retrouver dans le panneau du gros Boeing, plus moderne et compliqué que le coucou qu’il pilotait habituellement, mais le principe demeurait.
 
Sa mission accomplie, la belle pointa son nez et s’effara de le voir aux commandes.
 
Pas de souci…je sais ce que je fais, prenez la place du copilote et occupez-vous de la radio…On retourne à Dar.
 
Elle n’était pas ravie, loin de là, mais le seconda de son mieux en lui transmettant les instructions angoissées données par la tour de Dar El Salam.
 
Ça vous dirait de dîner avec moi, ce soir ?
 
Rien de plus approprié pour détendre une situation tendue …
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Message par Ysaline de Bettancourt le Sam Sep 21 2013, 11:20

Des gens culotés Ysaline en avait croisés toute sa vie. Étant du même acabit, elle ne s’éberlua pas moins de la façon cavalière dont ce Max Von machin prit les choses en main. Et quand on parle de choses, c’en étaient ! Non seulement il l’expédia telle une lavette à endormir tous les passagers mais il identifia la cause du problème et… pilota le Boeing. L’ennui c’est qu’il avait raison au moins sur un point : si l’on ne freinait pas l’hystérie collective, on courait au crash.
Ravalant ses vexations, elle distribua les Grosdodo tout azimut. Ça roupilla bientôt bellement partout.

Pilote aussi ? Bravo ! ( ton très ironique)

Pas de souci…je sais ce que je fais, prenez la place du copilote et occupez-vous de la radio…On retourne à Dar.

La radio c’est pas mon domaine et je déteste que l’on me donne des ordres, pigé ?

Elle manipula les boutons parce que, sincèrement, c’était la seule option valable.

May day , may day ! Ici vol TK1830 avons problème sanitaire à bord. Demandons itinéraire pour atterrissage d’urgence ! …

Elle lui transmit les instructions données en révisant ses connaissances sur le Moustica Aliéna mais fut interrompue par la proposition la plus grotesque jamais entendue :

Ça vous dirait de dîner avec moi, ce soir ?

Comptez dessus, buvez de l’eau claire ! On a une crise à gérer bordel ! Laissez-moi réfléchir deux minutes.

Ouf, il se tut et elle put, à l’aise, retrouver ses informations scolaires.

Écoutez, va falloir pondre une explication « plausible » pour les autorités. Je pense arriver à enrayer cette maladie sorcière qui ne touche que les moldus. Je peux abandonner ce poste un instant ? S’il vous plait ( sourire faussement charmeur, battements de cils)

S’il était contre, tant pis. Elle fila.
Sa prof aurait été fière d’elle, assurément ! Avec les ingrédients du bord ( pas grand-chose) elle parvint à concocter une mixture qui – si elle supposait bien, effacerait la bactérie tout en… ajoutant une.

Voilà ( grand sourire en se rasseyant) Turista et toilettes bouchées. Ils ne se souviendront de rien !

Ils rigolèrent beaucoup sauf au moment crucial de la pose de l’appareil.

*Il sait ce qu’il fait mais…*

Il y eut quelques secousses mais dans l’ensemble ça alla. Le chaos des passagers réveillés et régurgitant facilita bien des choses.
Il sortait de sa salle d’interrogatoire, elle de la sienne, elle cligna de l’œil :

21h au Hyatt?

Elle y fut, lui aussi…
Baisemain, etc. Ce type se prenait vraiment pour !

Ils s’installèrent face à face à une table ronde au centre de laquelle trois bougies trônaient.
Un garçon empressé leur distribua des menus. Elle n’y jeta pas un œil :

Champagne ! Ça s’impose, non ?


Se passant délicatement le bout de la langue sur ses lèvres fardées, elle sourit malicieusement :

Dites-moi tout Max. Je peux vous appeler Max, n’est-ce pas ? … Évidemment ! Mais qu’est-ce qu’un sorcier de votre acabit vient foutre dans ce coin ? Pas juste draguer les hôtesses de l’air, non ?....
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Message par Max Von Falkenberg le Sam Sep 21 2013, 11:26

Génial ! La beauté brune avait un cerveau et savait s’en servir ! De la suite dans les idées, elle en avait.  Envoyé paître, sans ambages, Max se résigna à la voir filer en se demandant ce que la miss allait bien inventer. Il fut servi ! À son retour, après une absence plutôt courte, elle annonça, très fière :
 
Voilà, Turista et toilettes bouchées. Ils ne se souviendront de rien !
 
Ben, dites donc…Bravo ! J’aurais pas trouvé si bien !
 
En fait il n’y avait même pas pensé. Sa priorité était contrôler l’avion, pour le reste, au plus il s’en serait tiré avec un « Oubliettes » monumental.  Sa mine réjouie, le silence rassurant du côté des passagers et équipage finit par détendre l’angoisse de minutes auparavant. Elle dut trouver son aveu très marrant car en moins de deux  ils se retrouvèrent à rigoler comme des malades en se disant qu’ils l’avaient échappé belle.
 
Le moment de l’atterrissage tarit l’hilarité de la miss et elle recommença à se faire de la bile, supposant sans doute que ses talents comme pilote de fortune ne donneraient rien à l’heure de poser l’oiseau.  Il y arriva pourtant, sans trop de mal. On les attendait avec un large déploiement de mesures de sécurité. Le spectacle de tous ces passagers en émoi et piètre état corroborait à la perfection avec l’annonce faite lors de leur demande de secours.  Comme on pouvait le prévoir, étant donné qu’ils étaient les deux seuls non atteints du mal général, on les embarqua  pour interrogatoire serré. Après que Max décliné dûment son identité et cité en référence quelques-unes de ses connaissances  en Tanzanie, l’inspecteur chargé de l’interrogatoire sembla s’amadouer un peu.
 
Reconnaissez, Mr. Von Falkenberg , que la situation se prête à confusion. Deux personnes entre 284 qui s’avèrent indemnes alors que les autres ont des symptômes alarmants  et que justement vous sachiez faire voler un avion comme celui-là !
 
Il y a une explication très simple pourtant, je n’ai rien bu ni mangé à bord et suppose que la pauvre assistante de vol n’a pas même eu le temps d’y penser…elle était seule à s’occuper de la 1ère Classe…et il y avait du monde !...Quant à piloter un avion, je fais ça depuis des années…un hasard bienheureux…sans ça, au lieu de 282 malades, vous auriez 284 cadavres sur les bras ! Disons que je me trouvais au bon endroit, au bon moment !
 
Qu’alliez-vous faire à Kigali ?
 
Engager un médecin pour l’hôpital du camp, inspecteur, le Dr. Lazare Thidiane, je peux vous donner ses références si vous le désirez et vous pouvez appeler  Taylor Tikembe, je pense qu’il peut se porter garant de mes déclarations.

Je sais qui vous êtes, Mr. Von Falkenberg, mais comprenez-moi, je dois faire un rapport complet sur cette affaire.
 
Tant mieux alors, parce que je suis passablement crevé et ne rêve que de dormir deux jours d’affilé !

Propos salutaire qui s’enfuma juste au moment de croiser la belle brune qui sortait aussi de son interrogatoire.

21h au Hyatt?
 
Plus un clin d’œil complice qui finit par le réveiller complètement !
 
En uniforme, elle était adorable,  là, avec cette robe blanche qui la drapait subtilement, elle était renversante et le pire est qu’elle le savait, la coquine !  Après trois heures de sommeil, une bonne douche, un bon coup de rasoir et de peigne, Max se trouvait tout à fait potable. En tout cas, la belle sourit, agréant ses bonnes manières, au moins ça servait à quelque chose !
 
Elle n’alla pas avec détours et commanda directement du champagne.

Ça s’impose, non ?
 
Absolument, riposta t’il, avec son meilleur sourire.
 
La suite promettait.

Dites-moi tout Max. Je peux vous appeler Max, n’est-ce pas ?
 
Je vous en prie !  Puis je alors vous appeler Ysaline ? C’était écrit sur votre badge.

Mais qu’est-ce qu’un sorcier de votre acabit vient foutre dans ce coin ? Pas juste draguer les hôtesses de l’air, non ?
 
*Draguer ? Je dormais presque…et après, pas le temps !*
 
Disons, que j’ai quelques intérêts dans  le coin. Et oublions mon état sorcier, ici, je suis un mortel commun. Mais et vous retournant la question…simple assistante de vol ?
 
Au bout d’un moment, ils buvaient du champagne, étaient passés à l’usage plus décontracté du « tu » et brossaient un tableau, succinct, de leurs vies. Max ne raconta même pas le quart et elle fit de même avec un charme sémillant et délicieusement secret. Le repas fut exquis, la conversation, teintée de badinage et bonne humeur, plaisante. Mais ça n’alla pas au-delà. Elle lui plaisait, impossible autrement et il aurait pu jurer ne pas lui être indifférent. Ysaline avait un vol vers Londres le lendemain tôt et lui devait se rendre à Kigali.
 
À bientôt…à un de ces jours, qui sait…ce serait sympa se revoir par-là !
 
Être charmant, rester vague. Les femmes, ça va, ça vient…pourtant en la voyant sortir de l’ascenseur  Max eut, juste un instant, envie de la retenir…mais elle ne se retourna même pas ! Tant pis, tant mieux. Il gagna sa chambre, prit à peine la peine de se déshabiller et s’écroula dans son lit. Il rata son vol, le lendemain, et devait attendre jusqu’au surlendemain pour avoir de la place. Peu enclin à patienter, il téléphona au Dr. Thidiane pour lui communiquer qu’il payait les frais de son voyage et l’attendait à la date prévue au campement. Affaire close.
 
Trois mois plus tard…
 
Max n’avait pas eu le temps de se défaire de son costard avant d’aborder son vol vers Singapour.  Rien ne l’agaçait plus que voyager  habillé comme s’il se rendait à un Conseil de Directive…en fait, il venait d’en quitter un. Il était presque de mauvaise humeur, jusqu’à l’instant où une voix délicieusement modulée avec un petit accent français très délicat, lui souhaitant la bienvenue à bord le fit retomber dans de meilleures considérations et arrêter de défaire sa cravate.
 
Dis donc, le monde est petit, Ysaline…
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Message par Ysaline de Bettancourt le Sam Sep 21 2013, 11:29

Des rencontres, Ysaline en faisait souvent ; normal en fréquentant des centaines de gens différents par jour. Cependant, croiser des sorciers était très rare. Que dire d’un sorcier qui savait piloter un engin moldu ! Il faut avouer que ce Von Falkenberg, outre qu’il soit très beau gosse, possédait aussi un charme indéniable prouvant une noble ascendance. Tout cela aurait piqué la curiosité de n’importe quelle femme. Mademoiselle de Bettancourt ayant toujours été curieuse, quoi de plus normal que d’accepter un banal dîner ?
Chose amusante, ils étaient descendus au même hôtel. Il aurait pu s’étonner qu’une simple hôtesse loge dans un tel établissement luxueux, mais non. Aussi ne jugea-t-elle pas nécessaire de se raconter outre mesure. D’ailleurs, elle pratiqua son arme favorite : le mensonge ! Pourquoi aurait-elle avoué ses origines, sa fortune ?

Oui, simple hôtesse de l’air, rien d’autre. C’est une voie que j’ai voulue dans le but d’embêter mes moldus de parents. Je les adore pourtant mais la façon dont ils veulent me couver me fait horreur !

Mélange de vérité et de mensonges éhontés, et alors ? Elle ne reverrait sans doute jamais ce type qu’elle comprit vite plus attaché aux causes humanitaires qu’à la communauté sorcière. Sans trop capter ce qu’il y fabriquait exactement, il était clair que, ce soir, Max n’avait qu’une envie : aller roupiller. Elle-même ne devait-elle pas rembarquer assez tôt ? On en resta là, et c’était très bien ainsi !

Trois mois plus tard.

Ysaline n’était pas particulièrement patiente. Son boulot était en somme une forme de thérapie permanente. Son médicomage privé avait été assez clair en ce sens : rien de mieux que de contrer ses tendances excessives pour les dominer. Elle y parvenait sans difficulté. Le médecin moldu, lui, préconisait des calmants pour freiner son hyperactivité. Qu’en pouvait-elle si elle était née ainsi ? Jamais sommeil, toujours bouger, et alors ? Ses copines de vol enviaient son incurable énergie. Bosser 48 heures d’affilée ne gênait jamais mademoiselle de Bettancourt.
Ce vol-là avait démarré comme tant d’autres. Les passagers s’installaient. Ysaline se vit confier à la fois les 1ères classes et les secondes. La compagnie réduisait ses coups, le personnel en faisait les frais.
Ah ces gens ! Toujours il fallait leur rappeler les consignes.

Les bagages à main vont soit sous le siège, soit dans la soute du haut ! Veuillez attacher votre ceinture, madame, merci ! Laissez-moi vous aider, Monsieur !

Etc.

De siège en siège, vérifiant, conseillant, elle approcha d’une tête blonde qui se tortillait sur place.

Quelque chose ne va pas, mons…


Dis donc, le monde est petit, Ysaline…


Max ? Ça alors ! sourit-elle. Tu vas bien ?... Oui, pas de souci pour moi non plus. Excuse-moi mais je dois…


Il comprit et la laissa vaquer à ses nombreuses occupations.

Sans trop savoir pourquoi, Ysaline se sentit enchantée. Elle aurait souhaité avoir le temps d’aller bavarder avec ce grand type mais son service la réclama, comme par hasard, dans tous les coins.
Son homologue de cabine n’avait rien raté des coups d’œil fréquents jetés à un certain siège.

T’as le béguin, on dirait ? En tout cas, si j’étais toi, je foncerais, il est trop craquant ! Il a flashé aussi sur toi, si tu veux mon avis.

Long vol ! Enfin la majorité des passagers roupilla. Ysaline souffla derrière son rideau. Peut-être allait-elle pouvoir se replonger dans son roman ?

Ding !

Le *Zut !* en tête se modifia en sourire lorsqu’elle vit qui la dérangeait.

… pas de problème, je t’apporte ça de suite.

Le verre donné, elle s’assura du confort du passager qui ne réclama que quelques secondes d’attention :

… non, je ne repars pas immédiatement. J’ai relâche deux jours…

Ciel ! Il y serait aussi et désirait…

… Ce serait chouette, en effet. Je logerai à l’intercontinental… Repose-toi… Moi ? Euh… pas besoin !


Toute la nuit, elle veilla sur ses ouailles et une en particulier, celle qui, invariablement, lui amenait un sourire attendri aux lèvres.

Elle se sentait étrangement nerveuse en descendant dans le hall.

*Bon… il t’intrigue, c’est clair. Il te plait encore plus clair. Reste zen !*


Un bisou sur la joue, ils montèrent en voiture…
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Re: Turbulences

Message par Max Von Falkenberg le Sam Sep 21 2013, 17:41

Leur première rencontre avait été mouvementée, risquée et rapide. À peine le temps d’avoir un petit aperçu de leurs vies.  Max avait eu l’intuition que la belle n’avait aucune envie de livrer ses vérités, pas tout à fait du moins. Il était resté flou sur les siennes et puis ciao ! N’empêche qu’il avait souvent pensé à elle. Un peu plus qu’il ne l’aurait voulu, à vrai dire !  
 
Max ? Ça alors ! Tu vas bien ?
 
Son sourire à lui seul valait le détour.
 
Merveilleusement bien, en cet instant, avoua t’il, ravi, et toi ? Même si la question ne se pose pas…tu es superbe !
 
*Magnifique…délicieuse…Divague, mon vieux, ça fait du bien !*
 
Un fameux bien ! Elle allait, venait, souriait, passait de large. Les autres avaient aussi besoin de son attention. Il essaya de se distraire de sa nouvelle fixation en relisant le compte rendu de la Directive, sans que ça arrive à éveiller le moindre des intérêts. Normalement, il savait se montrer plus consciencieux avec son travail mais là…
Tiens, enfin les autres dormaient ! Pas trop tôt.  Max avait un peu de mal à garder les yeux ouverts, comme d’habitude, il avait un drôle de retard en question sommeil mais avait trop envie de lui parler. Sus à la sonnette. La belle fut là, en un clin d’œil. Ne pouvant pas avouer n’avoir qu’envie de causer, Max se retrouva à demander un cognac, même s’il ne buvait que rarement.  Elle mena le dévouement jusqu’à accommoder son oreiller, régler la lumière, déployer la couverture. De peu, elle s’occupait du siège et l’envoyait dormir illico.
 
Je t’embêterai plus, juré…vais dormir comme un bébé mais dis…tu  prends le vol suivant ?
 
Miracle ! Elle avait deux jours de relâche. Lui pas mais peu importait…le monde attendrait !
 
Fantastique…Ça te dirait faire du tourisme à Singapour avec moi ?
 
Ce serait chouette, en effet. Je logerai à l’Intercontinental.
 
Génial, moi aussi !
 
Aucun besoin de dire plus. Tout était clair. Heureux comme gosse le matin de Noel, il avala son cognac et accommoda confortablement sa grande carcasse dans le superbe siège ergonomique et s’endormit avec un sourire.
 
Rendez-vous au lobby.  En avançant vers elle, d’un pas mesuré, même s’il avait envie de courir, Max se dit qu’elle ne dépareillait en rien au milieu de ce luxe exotique bon chic bon ton.
 
*Simplement hôtesse de l’Air ? Tu veux rire, Ysaline !*
 
Qu’elle l’octroie d’un bisou sur la joue faillit le faire soupirer d’aise mais se contenta de lui rendre la pareille et sourire, angélique.
 
On y va ? J’ai une voiture…Où allons-nous ?...On fait un tour en ville et si tu aimes la nature on peut se promener au Jardin Botanique…Oui, je viens souvent…pour affaires ou visiter des bons amis…

Il avait toujours aimé se balader dans le Jardin Botanique, ça le remettait d’aplomb après le stress citadin. Ysaline semblait contente de son choix, un peu de calme était sans doute le bienvenu  même s’il eut l’impression que la miss n’avait d’aucune façon besoin de déstresser. Ils bavardaient à bâtons rompus, sans toutefois aborder de thème sérieux. Ils découvrirent avoir en commun certains endroits, aimer la cuisine chinoise, apprécier les grands espaces et certains sports que le commun des mortels jugeait extrêmes. Ni l’un ni l’autre ne parla de sa famille ou autre thème trop personnel. Ils se sentaient évidemment à l’aise ensemble. À moment donné, il prit sa main pour ne pas la perdre entre un groupe de touristes japonais, et ne la lâcha plus. Elle sourit. Max aussi. Ils déjeunèrent au quartier chinois et il l’épata en parlant mandarin avec l’aisance que donne une longue habitude.  Le soir venu, en finir-là n’était plus question. Ils dînèrent ensemble, flânèrent paisiblement dans les alentours de l’hôtel  puis rentrèrent sans vrai enthousiasme, mais n’avaient aucune envie de se perdre dans la cohue de quelque club privé.
 
Demain, on peut continuer notre virée…Il y a pas mal à voir…trop en fait, pour une seule journée…Tu es sûre de ne pas avoir droit à des vraies vacances ?...Moi ?...Je peux arranger ça à tout moment…On pourrait aller en Thaïlande…et de là, tu reprendrais ton vol… Pourquoi ?...J’ai pas envie de te perdre de vue de sitôt, c’est simple…
 
*Attention, mon vieux…*
 
Trop tard. La tentation de l’embrasser l’avait taraudé toute la journée. Il céda à l’impulsion sur le pas de sa porte sans être repoussé mais sachant sciemment ne pas pouvoir aller plus loin. Quelque chose lui disait que sous ses dehors sans contraintes, Ysaline n’était pas comme les autres femmes qu’il avait rencontrées.
 
Promets-moi que tu y penseras, à des possibles vacances…
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Re: Turbulences

Message par Ysaline de Bettancourt le Dim Sep 22 2013, 07:47

Pourquoi diable se sentait-elle des ailes ? Vous me direz, pour une hôtesse de l’air…
Destin, hasard ? Max Von Falkenberg l’avait marquée plus qu’elle ne l’aurait voulu. Depuis l’incident du Moustica Aliéna, elle n’avait pu s’empêcher d’y penser… de temps à autre. Puis là… Le rencontrer à nouveau était tellement extraordinaire ! Impossible de résister à son invitation.

Où allons-nous ?...On fait un tour en ville et si tu aimes la nature on peut se promener au Jardin Botanique…

Tu connais le coin, dis-moi ?

Oui, je viens souvent…pour affaires ou visiter des bons amis…

Pour une fois, j’ai le temps de faire du tourisme. Va pour le jardin !

Pour parler, ils parlèrent. Il n’était pas steward mais semblait être passé dans tous les coins du monde. Elle appréciait sa façon directe de causer, il s’en dégageait une certaine gentillesse difficile à cacher. Pourtant ni l’un ni l’autre ne se livra vraiment.
Au déjeuné, il ne la surprit qu’à moitié en parlant un parfait mandarin. Elle lui donna une réplique parfaite et, ce fut sûr qu’ils s’accordaient bien… trop bien.
Elle aima beaucoup cette journée, tout était si parfait !

*STOP ! Tu t’emballes et ça ne te ressemble pas !*

Déjà se balader main dans la main avait été si… naturel puis… tout, absolument tout… jusqu’au baiser final après une proposition de vacances en commun pour lesquelles il pouvait s’arranger comme il voulait.
Misère ! Quelle tentation ! Qu’il la respecte à l’instant était déjà un fameux point. Pour une fois, très sincèrement, Ysaline comprit que la situation lui échappait, sauf qu’elle adora l’embrasser et en aurait bien redemandé si...

Je… je vais y penser. Bonne nuit, Max !

Elle se serait tapé la tête au mur après avoir refermé la porte. Ce gars était trop… tout. Bref trop parfait pour être honnête. Ses parents la renieraient si elle se dévergondait ! Oui, elle n’était plus pucelle, juste par défi et elle l’avait beaucoup regretté ensuite. C’était le jeu de la séduction qui lui plaisait, pas les conclusions ! Autant se débarrasser de ça, et vite !
Nuit d’insomnie ? Elle n’était pas à une près. Au matin, sa décision était prise. Bagages faits, elle hésita entre un mot ou une preuve de fin de non-recevoir. Les deux ?

*Les deux, c’est mieux !*

À la hâte, elle gribouilla :

Max, tu es un mec super, j’en suis certaine. Moi, je suis une salope patentée. Tu mérites mieux. Bon vent !

En catimini, elle guetta son arrivée dans le hall. Dès qu’elle fut certaine qu’il la voyait, elle se jeta sur le premier venu auquel elle roula un patin formidable avant de courir à son taxi en criant assez fort :

Merci pour cette nuit !


Le chauffeur se demande toujours pourquoi cette jeune femme pleura sans cesse dans sa voiture.

Trois mois plus tard.

Un oreiller ? Une couverture ? Un Whisky ? Bien sûr. Quelle marque ?

La routine. Au fond d’elle-même Ysaline était triste. Elle se remettait mal de la scène jouée. Peut-être que ce garçon en valait vraiment la peine ? Elle ne cessait d’y penser depuis Singapour. Elle avait trouvé des renseignements à son sujet, tous très probants hélas. De quoi l’affliger davantage.
Le pire arriva : il était dans cet avion !
Le vol fut un calvaire de récriminations…
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Ysaline de Bettancourt
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Re: Turbulences

Message par Max Von Falkenberg le Dim Sep 22 2013, 11:48

Max se sentit presque malade en lisant le mot…encore plus en assistant, très malgré lui, à son petit spectacle.  Le chanceux qui eut droit à ses attentions de dernière minute resta là, sidéré, bouche-bée et ravi jusqu’à ce qu’une autre femme ne lui assène un sacré coup de sac et le ramène à la réalité…Lui, fut incapable de bouger. C’était absurde mais ça lui faisait un mal affreux…
 
" Max, tu es un mec super, j’en suis certaine. Moi, je suis une salope patentée. Tu mérites mieux. Bon vent !"
 
Ouais, sans doute…, murmura t’il en fixant la porte par où elle avait disparu, bon vent à toi…
 
Ça lui ressemblait peu, ce genre d’angoisse silencieuse qui faisait mal au cœur et mettait en déroute ses idées. Ça avait été juste un bon moment…à peine le début de quelque chose qui aurait pu être sympa, si elle n’avait choisi de fuir. Pourquoi ? Il ne le saurait sans doute jamais…pourtant il n’avait rien à se reprocher…
 
Eho ! Toi…reviens sur terre ! Ça fait dix minutes que je cause et toi, tu bayes aux corneilles !
 
Ce rappel d’attention suivi d’une bourrade peu délicate le fit définitivement retomber dans la réalité. Lev se fichait de lui en le considérant d’un œil hilare.
 
Quoi !?, grogna t’il.
 
T’es foutu, mon pote, air rêveur, manque d’appétit, surdité confirmée…t’es amoureux, c’est ça !
 
Fiche moi la paix !
 
Ça a frappé dur, cette fois…raconte ! Blonde, rousse, brune ?...Tu l’as rencontrée où ?
 
D’habitude, il n’avait aucun mal à se livrer à Lev, après tout, il était son meilleur ami, confident, quasi frère, mais là, ça lui restait coincé en travers la gorge. Et déjà trois mois que ça durait. C’était comme s’il l’avait dans la peau ! Il y pensait le jour, en rêvait la nuit. C’était grave…très grave. Trop même.
Le jour même de sa défection, Max s’était livré à une enquête dans toutes les règles de l’art. Découvrir son identité ne lui avait pas pris longtemps, il connaissait trop de monde partout comme pour ne pas trouver qui lui fournirait l’info nécessaire :  Ysaline de Bettancourt. Le reste fut facile. L’adorable créature avait fait un art du mensonge ou était dingue et y croyait ferme. Soit, il pouvait la comprendre un peu, après tout, lui aussi, reniait de son état sorcier, du trop d’amour filial qui l’étouffait…Non, finalement il ne la croyait pas folle. Curieusement, ils avaient trop de points en commun…
 
C’était un coup vache. Il avait presque réussi à ne pas penser à elle pendant 24 heures de suite et se croyait en bonne voie de guérison quand, déjà installé à sa place dans le vol Djakarta-New York, sa voix lui parvint aussi clair que si elle lui parlait. Il ne fut pas long à l’apercevoir, tout sourires et douceur, s’enquérant sur les souhaits d’un vieux couple assis deux places devant lui. Elle ne pouvait pas le rater, à moins de l’avoir déjà vu. Bingo ! Son sourire se figea et elle pâlit un coup. Bien fait. Il sourit :
 
Un whisky double pour moi, mademoiselle, si cela ne vous dérange pas, bien sûr !
 
Ce fut l’autre assistante qui s’en chargea. En toute évidence, la miss n’avait aucune envie de le voir de près.  Faute de mieux, il s’enfila le whisky et essaya de penser à autre chose. Difficile. La cabine n’était pas énorme, il l’avait tout le temps dans les alentours.
Il la perdit de vue lors de l’escale à Abu Dhabi, ce qui le mit d’humeur morose.
Le déjeuner venait d’être servi quand un remous suspect se produisit. Une autre assistante de vol, non aperçue jusque-là, entra dans la 1ère Classe poussée par un barbu, l’air pas commode qui  leur largua un discours éloquent sur l’impérialisme et autres aménités du genre, pour finir en leur communiquant qu’il s’agissait là d’un détournement d’avion. Et comme pour donner un exemple méritoire, assena un coup de crosse de son arme au premier à portée de main…
 
Max crut que son crâne allait éclater. Le sang lui coulait dans les yeux et il eut un mal fou à saisir la suite des évènements, sauf qu’il y eut du grabuge, un coup de feu claqua et lui, minablement, partit dans les vapes. À son retour à ce bas monde, il avait la tête posée sur les genoux d’une Ysaline en émoi. Elle lui épongeait le front , souriant et pleurant en même temps.  Tout était fini presque aussi vite que commencé. Les pirates de l’air avaient été rapidement soumis, il s’agissait de débutants maladroits.
 
Ça…va contre les statistiques, dit-il, bêtement, Moustica et terroristes…
 
Ils retournaient aux Émirats. La tête lui faisait mal, mais il tint bon, elle était là, pas question de rater l’opportunité.
 
Allez, pleure pas…ça fera une bosse, rien de plus…ça a fait moins mal que te voir partir…t’aurais dû me dire, tout simplement…Ysaline de Bettancourt…t’en veux pas , tu es la plus belle menteuse que j’ai jamais rencontrée…Et…si on reprenait…sans trop se mentir ?...Je suis aussi un salaud…tu vois, on se vaut, l’un l’autre…Non, j’ai pas le crâne fêlé…c’est normal, chez moi…suis comme ça… mais si tu m’embrassais…suis sûr que ça irait mieux…Bien sûr que j’en profite…suis sonné mais pas encore idiot…
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Re: Turbulences

Message par Ysaline de Bettancourt le Dim Sep 22 2013, 11:54

Éconduire les types trop entreprenants était une habitude pour Mademoiselle de Bettancourt. Il est vrai qu’elle aimait provoquer les sentiments des mâles mais n’avait jamais ressenti de réelle attirance pour aucun d’eux, sauf… pour Max Von Falkenberg. Elle lui avait fait un fameux pied-de-nez et s’en voulait encore même après 3 mois d’intense activité. Et il occupait le siège 3B, zut !

Un whisky double pour moi, mademoiselle, si cela ne vous dérange pas, bien sûr !

Pas du tout ! On vous l’apporte de suite !

Derrière le rideau, Ysaline se passa les deux mains sur le visage en se mordant les lèvres.

Ça ne va pas, ma chérie ?

Jenny aide-moi s’il te plait. Occupe-toi du 3B. Il veut un double Chivaz.


Tu le connais, c’est ça ?


C’est un pervers qui a failli m’avoir ! Fais attention !


Ysaline et Max s’ignorèrent longuement.
À l’escale d’Abu Dhabi, Ysaline mena une lutte intérieure entre son envie de fuir et celle de rester à son poste. Elle préféra finalement rester mais fut, hélas, assez distraite. Trop, en tout cas, pour rater certains signes avant-coureurs de catastrophe. Si elle avait été au top jamais cela ne serait arrivé et des terroristes ne seraient pas passé inaperçu, foi d’Ysaline qui les flairait d’ordinaire comme on sent les cafards dans un placard. Quand elle perçut les revendications de derrière son rideau, elle verdit carrément :

OUVREZ LE POSTE DE COMMANDE ! CHIENS D’IMPÉRIALISTE vous allez réaliser ce que c’est que de nous bafouer !

Le coup d’œil jeté de derrière son rideau faillit la faire hurler. Ce salaud venait de frapper Max.

*Espèce de…*


Une vraie furie se dévoila, armée d’un bout de bois, le terroriste rigola :

Tu vas me taper avec ton ridicule…

L’expelliarmus le désarma illico et si un tir se produisit il ne causa aucun dégât. Le gars et la fausse hôtesse prise en soi-disant otage furent vite maîtrisé ensuite. Il ne resta à Ysaline que d’appliquer des oubliettes aux témoins de sa courte intervention puis à courir secourir le seul blessé de l’affaire.

JE m’en occupe ! Jenny, la trousse de secours, vite. Oh, mon Dieu ! Max, Max !

Elle l’installa du plus confortablement possible, lui posa la tête sur les genoux et entreprit de le débarbouiller avec délicatesse. Impossible de ne pas pleurer.

Max, tu m’entends ? Tout va bien. Les méchants sont sous contrôle. Comment tu te sens ? Dis-moi quelque chose... Max… ?

Un discret revigor sortit son prince des limbes. Il ironisa :

Ça…va contre les statistiques, Moustica et terroristes…

On dira que… nous attirons les emmerdes. Là, on retourne aux Emirats, ça fera du foin mais comment te sens-tu vraiment ?

Allez, pleure pas…ça fera une bosse, rien de plus…ça a fait moins mal que te voir partir…

Je ne pouvais pas faire autrement...


T’aurais dû me dire, tout simplement…Ysaline de Bettancourt…t’en veux pas , tu es la plus belle menteuse que j’ai jamais rencontrée.

Ça la fit sourire d’être percée à moitié à jour. Et, d’un côté, cela lui plut qu’il ait assez enquêté sur son compte.

Pas plus menteuse que vous, Von Falkenberg richard humanitaire dévoyé !

Il profita honteusement de sa situation de blessé en réclamant seconde chance et baiser.
Les passagers applaudirent quand ils s’embrassèrent enfin, certains hommes crurent même bon de feindre un malaise afin d’être traité pareillement.

Le débriefing fait, la compagnie aérienne récompensait l’efficacité de son personnel par une semaine complète de vacances à ses frais, où que le veuillent ses employés.

Un test ? Allez savoir ce que mijotait Mademoiselle de Bettancourt :

Ça te dit d’aller en France ?... Oui, chez mes parents… T’as peur ?... Tu y comprendras bien des choses…

Pas d’avion cette fois ! Ils fabriquèrent un portoloin !
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Re: Turbulences

Message par Max Von Falkenberg le Dim Sep 22 2013, 11:57

Qui ne tente rien n’a rien, dit-on par là. Rien de plus vrai, en tout cas. Max était heureux. Il s’en sortait avec un coup au crâne mais aussi avec la plus belle fille qui soit. Que l’objet de sa convoitise en reste là aurait tenu du rêve. Il ne s’en plaindrait pas. Pas d’histoire simple et c’était très bien ainsi.
 
La compagnie aérienne récompensa ses employés avec une semaine de vacances. Une merveilleuse aubaine, mais si Max s’était imaginé se la couler en douce dans les plages du Golfe Persique, il fut servi.

Ça te dit d’aller en France ?
 
Il n’avait aucune intention de se rendre en Europe mais si elle le demandait, il la suivrait au bout du monde. Elle désirait se rendre chez ses parents. Il détecta une certaine malice dans sa question quand elle voulut savoir si l’idée lui faisait peur.
 
De quoi ? Ils mordent pas, je parie !...Oui, sans doute je vais comprendre pas mal de choses…s’ils ressemblent à ma propre famille, je pige tout d’avance !...Non,ceux-là, on les laisse pour plus tard !
 
Compte tenu de leur succès pour s’attirer des problèmes dès qu’ils se trouvaient ensemble dans un avion, l’usage de la magie s’avéra préférable.  Un portoloin les mena rapidement et sans risques à la destination voulue.
 
Hôtel particulier, banlieue cossue de la Région Parisienne. Bon chic bon genre.  Ysaline semblait un peu nerveuse. Si Max comprenait quelque chose, c’était ça ! Retrouver une famille dont on a fui pour n’en faire qu’à sa tête n’est pas toujours facile.
L’accueil fut mitigé. M. et Mme de Bettancourt auraient préféré, le plus sûr, retrouver leur fille, à seules et non pas flanquée d’un gars inconnu au bataillon. Max se sentit passé au scanner. Surtout de la part de Madame, au sourire pincé. Elle le jaugea des pieds à la tête, impitoyable, voulant sonder son âme, découvrir son identité , arbre généalogique complet et relevé bancaire  si possible.  Monsieur avait l’air plus commode et son sourire bon enfant semblait vouloir excuser l’attitude analytique de cette mère-poule en puissance. Ysaline procéda aux présentations dans la règle de l’art puis argumentant avoir à se rafraîchir disparut, le laissant seul face au Tribunal supérieur.
 
Où avez-vous rencontré notre Ysaline, M.Von…
 
Max, je vous en prie, Madame, s’empressa t’il de dire en bon français, nous nous sommes rencontrés lors d’un vol entre Dar El Salam et Kigali, où on n’est jamais arrivés. Cela fait six mois, de cela…
 
Ça leur donnerait  de quoi penser. S’en suivit le traditionnel interrogatoire, voilé de bonnes intentions et politesse, sur sa propre famille et bien sûr, très important, sur ses activités.
 
Mon père est un érudit allemand reconnu dans le monde sorcier et moldu, ma mère est anglaise,  j’ai trois sœurs, mariées, une ribambelle de neveux et nièces, malheureusement pas de chien ni de chat, car pas le temps, je voyage beaucoup pour affaires la plupart du temps, d’autres par loisir.
 
Pas de noms ni déclinaison de titres, s’ils voulaient en savoir plus, qu’ils s’arrangent.  Madame surtout, réclamait, mine de rien, plus de détails. À savoir s’il avait une vie secrète et innommable, une femme et enfants cachés quelque  part. Il s’en sortit, sans départir de son air angélique, destiné à attendrir le plus endurci.  L’énumération de certains de ses loisirs fit tiquer ce public si attentif.  Les sports extrêmes n’avaient décidément pas la côte, tout au plus admettaient ils faire du ski et encore…Le retour d’Ysaline mit du piquant à la séance quand elle avoua,  avec perverse satisfaction, être elle aussi fan de ces sports tant dénigrés par Papa et Maman, les surprotecteurs.
 
À l’heure de la récré, ils purent sortir prendre de l’air dans le magnifique jardin de la résidence.
 
La Sainte Inquisition faisait à peine mieux, rigola Max, mais je comprendrais si tu veux rester chez toi quelques jours…Oui, la famille c’est important…Euh, pour moi ?...Je me passe très bien de les voir…Non, pas de grosse dispute, j’ai tout simplement filé…Je vois mon père de temps en temps…je m’entends bien avec lui…tu le connaîtras, un de ces jours…les autres aussi, si tu y tiens…et te sens d’esprit kamikaze !
 
Papa de Bettancourt avait été délégué pour les ramener au bercail . Max suivit le mouvement en se sentant comme un scarabée rare sous la loupe de l’entomologiste de service mais s’il le fallait…il s’y pliait de bonne grâce. Tout pour les beaux yeux d’Ysaline…
 
*T’es fichu, mon vieux !*
 
Oui, mais pour la première fois de sa vie, parfaitement ravi de l’être.
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