Le monde du Fleuve: perdus

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Le monde du Fleuve: perdus

Message par Max Von Falkenberg le Mar Avr 07 2015, 13:30

Ils avaient encore discuté, le soir venu. Mise à point, dit-on. Megan Reese ne s’était pas trop fait prier pour rejoindre leurs rangs. Le compte était bon, le reste serait, supposait-on, facile à exécuter. Ginnungagap invoqué, ils rejoindraient le Village, contacteraient leurs amis de « là-bas » pour bâtir un plan infaillible, monter une expédition vers Dieu sait où, remettre les pendules à l’heure puis rentrer victorieux et satisfaits.
 
*Et bien sûr, ça va marcher…tu veux rire, mon vieux !*

Max écouta les avis éclairés des uns et des autres sans vouloir faire part de son morose pessimisme, mais il s’y était engagé et tiendrait parole. On irait donc se perdre dans quelque dédale temporel pour faire valoir le bon droit de la raison et la justice.
Ysaline viendrait avec lui, c’était la seule chose qui l’intéressait pour le moment, le reste : les lendemains incertains dans un monde étrange et ce qui viendrait avec, on verrait sur place en essayant de se débrouiller au mieux.
Et ils avaient marché sur la plage, se voulant optimistes et positifs, en critiquant un peu par ci par là, question de dénouer la conscience et se convaincre d’agir le plus correctement du monde. Laisser, encore une fois, leurs enfants, même si en de très bonnes mains, pesait lourd sur leurs états d’âme et finit par faire tomber un peu à plat l’enthousiasme du départ dont les préparatifs furent plutôt mornes avant d’aller dormir. Merci la potion d’Alix,  Max plongea dans un bienfaisant sommeil sans rêves en serrant contre lui son Ysaline adorée…
Drôle de rêve, alors qu’il n’était pas censé d’en faire…Des barrissements ! Oui, c’était bien ça…Il devait avoir des éléphants dans le coin. Max s’en ficha, c’était son rêve…il était peut-être au Serengeti . Après tout, pourquoi pas ? Il avait toujours aimé cet endroit. C’était si réel qu’il pouvait sentir l’herbe tendre piquant sa peau…et les rayons du soleil qui tapait dur et même les sons lui parvenaient distinctement…des cris, ben oui, ça gueulait ferme, et puis ces sanglots prolongés, hachés de mots semblant à une prière et encore les barrissements s’approchant…
 
Par notre Seigneur, lève-toi…lève-toi…ces monstres se ruent sur nous !!!

On le secouait, on lui criait dessus et ce n’était pas Ysaline. Max émergea rudement des profondeurs de son rêve et ouvrant les yeux décida que le rêve devait se poursuivre. Ce qu’il venait de voir, l’espace d’un instant ne lui convenait pas du tout comme réalité mais on le secoua de nouveau, avec insistance, l’implorant de se lever.
 
Non mais, c’est quoi ça !?, gronda t’il en se redressant malgré tout, c’est…QUOI ÇA ???, et  cette fois, il avait hurlé comme un dément en contemplant le spectacle le plus extraordinaire qu’il lui ait été donné de jamais contempler, …MAMMOUTHS !?
 
Créatures de l’enfer…c’est notre fin, si proche…Dieu ayez pitié de nous !
 
Interloqué, Max essaya de raisonner mais cela s’avérait bien difficile. Curieusement, les énormes bêtes poilues venaient de changer de direction et se dirigeaient vers le Fleuve…un énorme fleuve aux eaux paresseuses, aux berges herbeuses où s’affairait une gentille foule rapidement dispersée par l’irruption des mammouths…
 
La potion m’a fait un drôle d’effet…Ysaline !...Je vois des mammouths…
 
Ah ! Ça s’appelle comme ça…mammouth…je n’avais jamais entendu pareil nom !
 
Force fut de se tourner vers celui qui venait de parler,  apparemment le même qui l’avait si bien secoué.  Un bonhomme brun, pas trop grand et plutôt trapu, qui, mis à part le fait d’être nu comme un ver, gardait assez de dignité comme pour se présenter.
 
Gaius  Fabianus !
 
Moment de flottement, Max venait de réaliser se trouver dans le même simple appareil que son interlocuteur de fortune, ce qui était tout de même assez embarrassant à l’heure des circonvolutions sociales.
 
Euh…enchanté…mais est-ce que vous avez une idée de…OÙ ON EST ???
 
Au paradis !, assura l’autre avec conviction, au paradis des bienheureux, celui que nous a promis notre Seigneur…enfin, c’est du moins ce qu’il me semble…nus comme à notre naissance, purifiés par la mort…élus par notre Dieu pour cette éternité délectable…
 
MORT !?...Suis pas mort, moi ! Je dormais avec ma femme…et…enfin, suis pas mort, j’en suis sûr…*Et qu’est-ce que t’en sais !?*…c’est quoi ce bordel ?...Paradis ? Mammouths, un centurion…on est à poil…ce fleuve…lequel ? Le Zambèze ?...Non trop large…pas le Nil non plus…l’Amazone ?...La végétation correspond pas…, il soliloqua encore un moment sans que le centurion ne l’interrompe avant de se lever et regarder son compagnon d’infortune qui lui arrivait un peu plus haut que l’épaule,…on est pas au Paradis mais dans un beau merdier !
 
Une déclaration pareille sembla atteindre profondément le cher homme dont les larmes ne tardèrent pas.  Max se gratta la tête avec entrain en se demandant à quelle sorte d’embrouille innommable il devait faire face là. Un petit tour d’horizon l’informa de la non-présence de son Ysaline pas plus que de quiconque d’autre de sa connaissance, pas plus que du moindre sac d’équipement…Les histoires que racontait Louis de son arrivée au monde du Fleuve lui revinrent comme une révélation.
 
*IL a ressuscité nu, au bord d’un fleuve immense et comme lui Achille et les autres…et ce que disait Achille sur les Dieux…ces maudits farceurs qui se la jouent à leur guise…*
 
Quelques jurons bien sentis plus tard, il se reprit assez comme pour dévisager Gaius qui n’avait pas bougé de sa place et le considérait interdit à travers ses larmes.
 
Arrête de chialer…ça n’arrange rien…on est dans des sales draps…
 
Je suis mort et revenu à la vie…ce ne sont pas des sales…c’est la Volonté de Dieu !
 
*Pitié, un illuminé de la première heure !* T’es mort où et quand, Gaius ?
 
En Bretagne, combattant les Celtes sous le règne de Claude…et toi…tu es un Barbare du Nord ?
 
T’es rapide aux déductions, toi…ben non, suis pas un Barbare…de mon temps c’était déjà civilisé chez moi…puis on s’en fiche un peu…Faut chercher de quoi se vêtir, voir ce qui se passe…manger quelque chose…enfin, faut s’organiser …mais c’est quand même quelque chose…tu te rends compte, on parle et on se comprend…malin, leur jeu…
 
Gaius le regardait, suspicieux, sûr ou presque qu’il avait tout simplement perdu la tête.
 
Pourquoi on se comprendrait pas ? La langue de Rome se parle dans tout l’empire, assura t’il très imbu de soi, tout le monde sait ça !
 
Il ne pouvait tout de même pas lui avouer tout de go que l’empire romain n’était plus qu’un lointain souvenir, que sa suprématie avait tristement décliné et autres misères dont le pauvre Gaius, à l’âme sensible, n’avait aucun besoin de connaître, pour le moment.
 
T’as raison…, il s’éloigna au petit trot suivi du centurion.
 
Sur la berge du fleuve, les mammouths se désaltéraient et broutaient les feuilles tendres des arbres alentours, ce qui avait fait fuir les gens qui s’y trouvaient auparavant et qui à présent s’agglutinaient à l’abri des rochers. L’espoir fait vivre, dit-on. En apercevant tout ce petit monde craintif Max fut presque sûr d’y trouver Ysaline.
 
*ILS nous ont déménagé pendant notre sommeil…Elle doit être là !*
 
Il se fichait un peu des autres : Michael, Alix, Erik et Megan…la seule qui importait à ses yeux était sa femme chérie. Arrivé près des rochers, avec Gaius à sa suite, il commença à s’époumoner comme un fou appelant Ysaline à tout azimut, ce qui eut l’heur de déranger les colosses poilus qui interrompirent leur activité pour regarder de leur côté en s’agitant.
 
S’ils nous foncent dessus…, se permit de dire le romain en le prenant par le bras, tais-toi, par pitié…ils s’agitent !!!
 
Je dois retrouver ma femme…YSALINE !!! YSALINE !!!
 
Quelqu’un, dès l’abri rocheux lui lança une pierre pour le faire se taire, et le rata d’un poil, ce qui le fit reconsidérer sa tactique pour le bonheur de Gaius qui, sans plus, l’empoigna pour l’entraîner vers les autres.  Une vingtaine de personnes. Nus, affolés, interdits, confus. Et pas d’Ysaline. Pas plus que de Michael, Alix, Erik ou Megan…Vingt inconnus à poil, aussi paumés que lui et le centurion…
Chaque histoire était différente. Seul point commun : la mort. Sauf pour Max, lui il était convaincu de ne pas avoir trépassé mais en fin de comptes cela revenait du  tout au même. Par quelque obscure manigance d’une force supérieure, il se trouvait perdu dans un temps incertain, dans un endroit absurde, avec des gens morts bien avant qu’il ne soit né et un troupeau de mammouths. Épouvantable dérision. Que fallait-il comprendre ? Toutes époques mêlées, on les jetait en vrac dans un décor dément et à eux de faire avec…
Mais il savait bien, d’avoir écouté des histoires concernant la situation que même dans la plus méchante parodie de ce jeu sans nom, ceux qui l’organisaient, avaient veillé à un minimum d’équité en créant les fameuses Pierres à souhait. Bien sûr personne d’autre n’en avait la moindre idée mais Max, lui, savait mais ne pouvait pas, tout bonnement, leur en parler, faudrait en trouver une comme le ferait n’importe qui, sans savoir…
 
Dieu ne nous abandonnera pas !, prêchait Gaius, dans son infinie miséricorde…

Trêve de sermons, centurion…Dieu a d’autres chats à fouetter, à nous de nous débrouiller…faudrait trouver à manger, de quoi faire un feu…se vêtir ne serait pas si mal…et tout ça, si possible avant la nuit…alors…on se bouge…
 
Tu commandes bien…tu étais soldat aussi ?...Un général peut-être ?, voulut savoir le romain qui le suivait comme son ombre.
 
Ben non, Gaius…moi, c’est l’humanitaire… ça veut dire que je m’occupe de gens mis en détresse par les guerres…Oui, Gaius, de mon temps, les guerres, ça manque pas…en fait, c’est toujours à la  mode…Oui, Gaius, je crois en Dieu…au même que toi, oui…Je viens de ce que vous appeliez Germania…et non, on ne vit plus dans les bois attendant à  attaquer les Romains…on va à Rome en vacances…pas grave, mon vieux…j’ai 20 siècles d’avance, pas grave…j’en connais qui étaient plus en retard…

Gaius ne pigeait rien mais s’en fichait, il lui était sympathique ce grand barbare farfelu qui, mine de rien, savait se faire obéir et mena son singulier troupeau vers un curieux amoncellement de pierres et gravement leur dit de prier en se montrant humbles pour faire leurs demandes.
 
Tu veux qu’on prie à…ÇA ?, s’insurgea Gaius en bon chrétien de la première ère, nous n’adorons pas des fausses idoles…tu es un païen !
 
Je suis un chrétien pratique…allez, vas-y…tu verras bien…les voies du Seigneur sont impénétrables, Gaius !

Le soir venu, tous vêtus, la socialisation devint plus aisée. Qu’un bon feu flambât rendait les choses plus faciles et qu’un semblant de tambouille y cuise, délia même les langues. On fit un bilan sommaire. On se présenta et comme prévu…ça faisait variété !  Max était le seul à venir du 21ème siècle. Les autres représentaient une panoplie de l’humanité étalée  dans la palette du temps, tous siècles mêlés, une cacophonie de savoir, de pensées, de critères et bien entendu, la mort n’ayant rien arrangé, ça faisait étal des mêmes défauts que du vivant.
 
*Demain…ça va se chamailler comme si rien n’était et au besoin, ils s’entretueront…*

On ne leur en laissa pas l’embarras de régler leurs différences, l’attaque les prit tous au dépourvu. Troupe à cheval, armée de gourdins et lances de bois à bout de silex.
Gaius démontra être un vaillant guerrier, même si seulement armé d’un bâton et des cailloux, Max s’arrangea à la comme on peut en remerciant son dur apprentissage sur les quais et autres lieux peu fréquentables alors qu’il courait le monde avec Lev. Là, c’était du dur chacun pour soi et le nombre dépassant, il n’eut pas de honte à chercher son salut dans la fuite.
 
Aux bois !!! Aux bois !!!, hurlait Max en galopant vers les arbres avec Gaius sur les talons.  
 
Cavalcade éperdue. En s’arrêtant, il n’y avait qu’eux deux. Ils s’étaient internés dans les bois et on ne les avait pas suivis mais ils avaient perdu tout ce que la Pierre leur avait octroyé, hormis ce qu’ils avaient sur le dos. Gaius se laissa tomber au pied d’un arbre et entama une litanie de lamentations, Max s’éloigna de quelques pas, agacé, suffisamment énervé par ses propres misères comme pour consoler son compagnon de mésaventure.
Au bout d’un moment, le centurion se tut, vraisemblablement accablé par l’inutilité de ses plaintes et se levant, alla rejoindre Max qui semblait éperdu dans ses mornes réflexions.
 
Quel est donc cet endroit de misère où on nous pourchasse et nous tue comme à des bêtes sauvages ?
 
Pas le Paradis, Gaius, de ça, tu peux en être sûr…Ici, c’est se battre ou mourir…ça ne doit pas trop te changer de ton temps aux légions…remarque je peux comprendre que tu sois mort dans l’espoir de la rédemption éternelle et que tomber ici soit un véritable choc…mais se lamenter ne sert pas à grand-chose, faut agir…

Gaius soupira profondément comme si cela lui posait la colle de sa vie mais finit par agréer la logique incontournable du raisonnement. S’il avait songé que mourir dignement signifierait une placide retraite, il en était pour ses frais mais une vie de rude soldat romain lui avait tanné le cuir. Reprenant contenance, ce fut lui qui conseilla de faire le bilan de leurs possessions, ce qui fut rapidement réglé. Il avait une pointe de lance dérobée aux agresseurs et Max un briquet sauvé de la débâcle. Ce n’était pas le genre d’équipement qui les mènerait trop loin. Ils en vinrent aux questions. Faute de mieux et vu que le temps ne manquait pas, cela alla bon train, d’autant plus que réfléchir à fond de caisse faisait oublier la faim qui leur tordait les tripes.
 
M’est avis, dit Gaius, que ces gens doivent avoir un campement bien établi, pas trop loin d’ici…ils semblaient organisés, avaient des chevaux et devaient nous espionner depuis un moment…t’es-tu rendu compte qu’ils ne nous sont tombés dessus qu’après nos prières au tas de cailloux ?

Oui, en effet, admit Max, j’y avais pas pensé…mais ça tient la route, ton idée…, surtout que certains récits faits par les Historiques l’orientaient exactement dans ce sens-là : des pillards organisés tombaient sur les « nouveaux » pour en faire des esclaves obligés à « prier » la Pierre au profit de leurs nouveaux Maîtres, tu sais, Gaius…rien n’a vraiment changé…il y a toujours un profiteur et un profité…On devrait aller voir si on le retrouve, leur campement…t’as rien de mieux à faire, non ?
 
Qui sont-ils ?
 
De prime abord, ce ne sont pas des pacifistes acharnés voulant réunir un troupeau d’adeptes pour la prière du soir…
 
Gaius sembla un peu dépassé par son humour amer, il n’allait pas s’en excuser, la débilité de la situation menaçant de le dépasser aussi. Laissant le reste de questions pour plus tard, les deux hommes se mirent en chemin vers l’orée du bois et avancèrent, merci la clarté lunaire, vers l’endroit où ils s’étaient réunis, près de la Pierre.  Il ne restait aucune trace de la lutte inégale qui s’y était déroulé. Pas un cadavre, et Dieu sait si les gourdins avaient fait des victimes. Rien. Les lieux étaient d’un calme absolu, les mammouths semblaient avoir migré vers d’autres près plus tranquilles.
 
Allons demander à la Pierre…comment que quoi ?...À manger, ça te dit ?...de l’équipement, des armes…un cheval, on verra bien ce que Ça nous donne…Gaius, Dieu dit « aide toi que je t’aiderai » comme quoi…faut mettre un peu d’inventive…allez, bouge-toi…
 
D’après le bon d’Alpha, les Pierres, de son temps, donnaient selon l’époque du quémandeur. La donne avait quelque peu changé. L’équipement d’exploration que Max demanda s’avéra plutôt chiche et démodé, mode 21ème siècle, pour ce qui était armes ce fut du genre pathétique à moins de considérer un couteau à beurre comme arme mortelle, s’ils s’étaient attendus à avoir des fringants coursiers, ils en restèrent sérieusement pour leurs frais, compte tenu des deux bidets au regard triste qui leur échurent. Gaius avait retrouvé sa mise de centurion, ce qui ne les avançait pas plus.
 
Super…pas de glaive, pas d’épée mais ça oui…le beau panache de plumes rouges…on ira loin avec ça…pardon, veux pas t’offenser…ma femme trouverait ça super pour les poussières…Franchement, Gaius…utile, ce qu’on dit utile, c’est pas trop…mais ça te donne de l’allure !
 
Le centurion l’octroya d’un regard teinté d’indécision avant d’éclater d’un rire sonore, dénigrant d’un coup la tragique incongruité de la situation. Il riait comme un dingue, se tapant les côtes, faisant cliqueter joliment son attirail.  Absurde, insensé, son rire brisa pourtant l’angoisse, emporta l’incertitude et pendant les minutes qui suivirent Max se joignit à lui dans un éclat d’hilarité incongru mais magnifiquement libérateur.
 
Ok…on peut continuer à rigoler et ameuter la contrée mais ce serait mieux si on fichait le camp !

On va vers où ?, voulut savoir Gaius en s’installant en selle.
 
Sud…c’est toujours bon aller vers le Sud…ça me fait penser aux vacances…

Gaius ne voyait pas le rapport mais faute d’alternatives judicieuses, piqua le flanc de sa monture. Max suivit…
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Max Von Falkenberg

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Re: Le monde du Fleuve: perdus

Message par Erik Nielsen le Lun Avr 13 2015, 06:52

Les meilleurs plans échouent avant même d’être essayés. Preuve en était ce qu’Erik subissait. Il avait escompté une « gentille » balade afin de protéger les historiques dérobés : tout foirait. Non seulement il avait quitté son Opaline adorée sans adieux mémorables, mais se retrouvait nu comme un ver, séparés du groupe, dans un environnement pour le moins étrange.
Celui qui l’aida à se relever s’appelait Ragnar Lodbrog, de quoi assommer Erik davantage :
 
Le roi viking qui a envahi Paris et l’Angleterre ??         
 
Tu es bien le premier qui me remet ! Tu es qui, quoi, toi ? Je t’ai déjà croisé ?

Erik Nielsen. J’ai entendu parler de tes exploits en mon siècle, le 20ème.  Tu es une légende !  
 
Tu es mort où, comment ?

Je ne suis pas mort, du moins je ne pense pas. On… les dieux m’ont enlevé en échange d’amis…
 
Ils ont de la chance, tes amis ! Toi, moins. Viens, faut te vêtir dignement. Après tout, on est dans le même drakkar. On est presque en famille, toi et moi !  
 
À pas lents, conversant amicalement, ils se dirigèrent vers la pierre à souhaits d’une sorte de village composé de cabanes style rustique. On rigola un peu sur leur passage car, malgré la peau de bête prêtée en hâte, la nudité d’Erik était perceptible. Il s’en ficha :
 
Parlant famille, tu n’as pas vu de nouveaux gars par ici ? Des gars dans mon genre, des femmes aussi. On leur a pris 6 captifs ; j’ignore où sont passés mes copains, mon frère...
 
Il n’avait vu personne, était tombé par hasard sur Erik alors qu’en repérage pour une chasse au grand gibier. Arrivés à la Pierre sacrée, le viking dit :
 
Ce tas de cailloux délivre ce que l’on veut pour autant ne pas dépasser certaines limites.
 
Je suis au courant, te fatigue pas. Ceux que j’ai aidé à s’expatrier m’ont raconté beaucoup.  
 
Les vœux étaient souvent exhaussés d’entrée de jeu. Erik ne désirait pas se vêtir de suite. Il aurait voulu sa baguette mais se doutait qu’autant rêver. Un automatique ? Utopie.  Il lança à toute fin utile :
 
Toi, qui que tu sois, écoute ma supplique, je t’en prie. Permets-moi d’obtenir des défenses efficaces pour résister à ce monde.
 
Avant que Ragnar ait réagi, Erik lui piqua son grossier couteau avec lequel il s’entailla la paume de la main. Sang et prière firent des miracles.
 
Le prix du sang ? Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ! s’ahurit Lodbrog.

Ne t’emballe pas. Là c’est juste parce que je suis nouveau. Inutile de sacrifier votre bétail ou des humains. Ce truc fait ce qu’il veut quand il veut.
 
Cependant sa tenue en cuir résistant fut très satisfaisante, ainsi qu’un arc parfait et des lames affûtées.
 
Je crois que nous allons bien nous entendre, mon frère, conclut le roi en lui passant un bras autour des épaules.  Suis-moi, le Conseil sera sûrement ravi de te connaître.
 
Lodbrog était revenu à la vie depuis environ cinq ans. Il s’était vite hissé dans la hiérarchie existante en n’hésitant pas à massacrer ses opposants pour y parvenir. Déboussolé, comme la plupart, en débarquant près du fleuve, il avait en vain cherché sa parenté. Le Walhalla promis n’aurait pas dû ressembler à cela.  Une transition, une erreur ? Il l’ignorait mais faisait avec.  Rassemblant à ses côtés les plus sages ou ingénieux, il avait érigé une micro société où l’on s’entraidait plutôt que s’entretuer, autant que possible. Selon ses dires, l’environnement était très hostile. Outre les bêtes horribles qui hantaient ces lieux, maints barbares tentaient par tous les moyens d’asservir les autres humains.  
Dans la cabane la plus longue était implanté le Conseil. Erik y rencontra cinq personnes d’époques confondues, de quoi faire fonctionner les méninges en déplorant l’absence d’un dictionnaire ou d’internet.
 
*Où diable suis-je tombé ?*
 
Très enthousiaste, Ragnar fit des présentations rapides :
 
Voici, Erik, le plus récent jamais croisé, dans tous les sens du terme. Il est aussi jeune que nous, mais en sait fatalement plus long. Erik, voici Samuel, un Canadien explorateur du 17ème ;  partant de gauche : Daniel, un anglais du 18ème, écrivain ; Nicolas, astronome polonais du 15ème ; le dernier homme est Finch, très fin en comportement ; pour terminer voici ma femme, Joséphine… plus qu’une reine pour moi. Leurs avis, à tous, m’importent énormément.  
 
Euh… enchanté ? se contenta Erik passablement sonné face à tant de célébrités.
 
Mes amis, déclara Ragnar en appuyant ses deux puissantes mains sur les épaules de Suédois, ce gaillard est notre sauveur !  Avec des amis, il a réussi à soustraire certains d’entre nous d’ici !
 
Aussitôt l’intérêt général s’éveilla. Questions, questions, questions, Nielsen crut devenir fou.  
 
STOP ! hurla-t-il, paumes sur les oreilles.
 
On se calma sous l’insistance de Ragnar. Erik put alors respirer :
 
 Ce que vous souhaitez est impossible. Mes amis et moi, nous avons sans le savoir, mis les pieds dans un jeu où les dés sont truqués. Nous en payons le prix actuellement.  
 
Mais vous aviez bien une idée, un plan, sur comment revenir chez vous, non ? demanda Nicolas.  
 
Oui… et non… vu ce que la première idée a donné, je doute de tout maintenant.  Néanmoins, je sais qu’il existe autre chose que ces terres-ci dont un village très civilisé. Son maire nous a parlé d’une forteresse qui dirigerait tout. Si on la prend, peut-être que…
 
J’adore ce garçon, rigola Ragnar en le forçant à une accolade d’ours. J’adore les raids aussi. Sus à la forteresse, le débat est clos !
 
Personnellement, le viking escorta son lointain homologue jusqu’à ses appartements privés.
Un large lit à sommier de sangles avec matelas de foin frais l’abriterait.

Tu veux une femme pour te tenir chaud ? Tu peux avoir celle que tu veux sauf Joséphine…
 
Non merci, s’empressa Erik. Mon Opaline m’attend chez nous, elle m’étriperait. Merci quand même.  
 
Avant de refermer la porte en demi-rondins, Ragnar se tourna, souriant :
 
Repose-toi, mais n’essaye pas de filer en douce, hein ?
 
Un clin d’œil plus tard, Erik put soupirer à l’aise de solitude. Ralala, dans quel guêpier était-il tombé ?
Ces gens avaient l’air de compter sur lui pour un truc dont il ignorait le début. D’accord, Neil avait causé d’une hypothétique forteresse où résideraient les manipulateurs de ce monde. Mais…   
 
*je me taille dès que possible…*  
 
En attendant, il s’allongea, ne dormant que d’un œil au cas où.
On lui laissa une paix royale, au moins ça. Quelques heures plus tard, il sortit de sa chambre ne s’étonnant pas trop d’y trouver en faction un garde assis au sol. On se toisa.
 
Où tu vas, je vais. Ordre du roi.  
 
Pas de souci. Erik avait toujours été de bonne composition.  
Un banquet était en cours dans la maison longue. Apparemment, des chasseurs avaient fait mouche et on en profitait.  Son arrivée déclencha une curiosité telle qu’un silence s’établit.

NOTRE SAUVEUR ! l’accueillit Ragnar les bras ouverts. Viens, viens mon frère, joins-toi à nous. Buvons à la santé d’Odin, du Christ, de tous les dieux imaginables !  
 
Ce fut… chaleureux, étrange aussi. Déguster du diplodocus n’est pas commun mais goûteux, telle une vache.
 
Ça manque de végétaux mais les récoltes sont chiches dans ce coin, déclara le roi assis à sa gauche. J’étais fermier, jadis…

Je sais, dit Erik. Un fermier navigateur ayant envie de nouvelle terres à exploiter. Vous fertilisez, amendez le sol ?
 
Serais-tu fermier aussi ?  
 
Un peu… Avec ma femme, on a une… euh… auberge avec de beaux terrains. Elle tient un restaurant, cuisine pour les autres quoi. Moi, je gère un peu, je suis surtout… médecin.   
 
Ban ! Une claque renversante dans le dos faillit lui envoyer le nez dans son écuelle en bois.  
 
Les dieux nous aiment pour t’avoir envoyé ! Viens, viens…
 
Hissé de force hors de la table, Erik ne put que suivre, traverser la salle et aller dehors.
 
On n’a qu’un rebouteux avec nous. Pour moi, c’est un âne : les cas graves meurent chaque fois. Dans cette hutte, il se prend pour un sorcier. J’en ai connu un bien meilleur appelé Hippocrate mais un idiot l’a trucidé par inadvertance. Il a disparu, comme tous les défunts.  

T’en fais pas, il n’a été que déplacé.
 
Arrêt sur image, prise au collet.  La poigne de Ragnar était terrible :

Tu es sûr de ça ? Dis-moi, dis-moi !
 
Secoué comme un prunier que faire d’autre que de balbutier :
 
Je ne sais que ce que l’on m’a raconté ! Dans cette ligne temporelle créée de toute pièce, on ne meurt pas vraiment, on est déplacé.
 
L’étau se desserra.
 
MAGNIFIQUE ! Magique ! Merci, mon frère, merci de cette excellente nouvelle !
 
Un baiser sur le front plus tard, Erik fut propulsé dans une hutte très enfumée.  Là, des corps en souffrance sur des paillasses sales. Un homme vêtu d’une longue chemise, genre bure, touillait une mixture dans la marmite suspendue au-dessus des flammes du foyer central.
A l’entrée fracassante du roi, l’espèce de moine quitta sa tambouille pour s’incliner profondément.
 
Eudes le Germain, voici Erik qui prétend posséder l’art de guérir. Je vous laisse mais soignez-moi ces cas de pestilence ou tuez-les, que l’on soit débarrassé de leurs miasmes et gémissements dérangeant tout le monde. Œuvre bien, Erik. Mais (clin d’œil) ne file pas.  
 
Prisonnier sans l’être, le Suédois accomplit ses petits miracles avec les moyens du bord. Sa baguette manquait certes. Néanmoins, la magie sans opérait un peu quand même. Les plaintes cessèrent bientôt et, vidé, Erik sortit respirer l’air frais de l’extérieur.
S’il pensait avoir la paix : raté. On l’empoigna gentiment pour le ramener à la maison longue où, apparemment, on avait beaucoup causé hors de ses oreilles.  
 
Assieds-toi, Erik du futur. Jusqu’ici tu n’as pas menti, m’a-t-on rapporté. J’ai convaincu une trentaine d’hommes à nous suivre dans ton raid. Il serait temps de nous révéler l’emplacement de la forteresse.  
 
Eh merde ! De tous les mensonges, la vérité est toujours le plus dur à avaler. Péniblement, Erik déglutit :
 
Je n’en sais rien, c’est exact. On m’a dit que ce lieu voyageait. Il se pose puis s’évapore.  
 
BALIVERNES ! cria Nicolas. Cet homme, celui que tu appelles frère, te raconte n’importe quoi !

Et pourtant… elle tourne, non ? ne se démonta pas Erik.
 
Si figure devait s’allonger, celle de Copernic toucha les planches. Silence… Puis éclats de rire. Ragnar s’en frappait les cuisses :
 
Bien dit, mon frère ! Même si je ne la comprends pas, l’allusion a fait mouche. On part donc en aveugle ?  

Je le suis autant que toi, Ragnar. Laisse-moi y aller, même seul. Je dois retrouver mes compagnons. Ensemble nous sommes capables de grandes choses.
 
Je n’en doute pas. Mais tu penses que je vais rater ça ?? Jamais ! (rire) Le conseil reste ici. Demain, on selle les chevaux. Sus à nos ennemis, sus aux dieux !
 
Ils ne furent qu’une vingtaine à rallier leur roi explorateur. On chevaucha des contrées arides, sauvages, pourfendit sans remords les adversaires. Erik ferma les yeux sur certaines rapines, on posa des questions, beaucoup de questions. Pas de photos à exposer hélas, juste des descriptions.
Enfin, après cinq jours d’errances, un paysan causa :
 
Au Sud, un homme-lion aux techniques inédites…
 
Grand, fort, et blond… Erik souhaita que le miracle s’accomplisse.  
On galopa sans négliger les haltes aux montures. Erik soigna avec sauge, écorce de bouleau, mousse, écorchures, coupures et autres. Puis il y eut la plaine. Une bataille y faisait rage.
Deux hordes s’affrontaient sans merci. Au beau milieu :
 
MICHAEL !!!
 
Ragnar tenta de le retenir, Erik lança le cheval dans la mêlée. Des corps tombèrent sous ses traits dévastateurs, qu’en avait-il à cirer puis que ces personnes allaient renaître ? Il se rapprocha en hurlant le nom de son frère à tout azimut. Il se rapprocha mais un coup traître faucha son cheval. Quelle chute !  En boulant, son arc se brisa, sa colonne aussi. Il ne lui resta qu’à fixer le ciel et les yeux semblables aux siens :
 
On… on se revoit… plus loin, pardon.   
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Re: Le monde du Fleuve: perdus

Message par Michael De Brent le Lun Avr 13 2015, 10:43

Le temps était venu de payer la dette contractée. La Voix avait demandé Kieran mais l’opposition avait été farouche, alors ce serait œil pour œil, dent pour dent. Six pions importants de ce jeu débile avaient quitté la partie par leurs bons soins, la logique incontournable de l’Entité menant la ronde voulait que ce soient six à réintégrer les rangs désertés. On avait dûment débattu l’affaire avant de se livrer aux préparatifs conséquents…
Mais on avait omis un détail primordial : quand on se mêle au Jeu d’autrui, ce sont ses règles qui priment…
Michael en eut la confirmation à son réveil.  On le secouait, doucement d’abord avec plus d’énergie ensuite.
 
Achille…ami perdu longtemps…Savoir incomparable de Bouddha a rendu à nous…ACHILLE !
 
Un peu sonné par ces divagations sonores, les secousses et surtout la découverte des alentours, Michael tarda un peu à réagir. Après ce fut se rendre compte d’être nu comme au jour de sa naissance, à l’ombre d’un bel arbre, allongé sur l’herbe tendre d’un pré et qu’un chinois vêtu d’une tunique safran se penchait sur lui en souriant, ravi.
 
Euh…je ne suis pas Achille !
 
Tu es…moi te connaître bien !, assura l’autre, coup sur le crâne, sûr…déboussolé encore ! Viens, prend soin de toi…idées revenir…
 

Pas trop convaincu pour autant, Michael s’était assis, en se massant le crâne sans trouver la moindre bosse. La vérité de sa situation lui tomba dessus, éclatante et son premier réflexe fut de maudire copieusement sa malchance. Le chinois écouta, sans interrompre ce flot de jurons furieux, hochant philosophiquement sa tête chauve.
 
ILS nous ont eus…misérables !
 
Compatissant, le chinois se lança dans une mise à jour à rallonge que Michael n’écouta que d’une oreille, trop occupé à détailler les lieux en cherchant Alix et les autres du regard, mais il n’y avait pas trace de sa femme chérie pas plus que du reste de l’expédition. Ce n pouvait être plus clair : CEUX qui menaient le Jeu n’entendaient pas laisser que des intrus fassent les choses à leur façon et bien entendu s’étaient pris la liberté de s’en mêler pour fausser la donne.
Le chinois parlait encore, racontant une fuite éperdue lors de laquelle il avait perdu tout contact avec ses amis. Et de nommer les Historiques au grand complet plus l’homme du futur et sa femme.
 
Ça,  j’ai compris…je connais tes amis,  ils sont ailleurs…et nous on est là à leur place…, son explication quelque peu incohérente sur un jeu pourri, des Dieux absurdes et autres détails trouva oreille attentive chez l’asiatique souriant, tu comprends…je dois chercher ma femme…mon frère, mes amis…
 

Temps pour tout, assura l’autre en lui tapotant l’épaule compatissant, je suis Tsang, moine, voyageur, guérisseur et historien à la recherche de l'Ultime Vérité de la doctrine bouddhique, toi venir avec moi…pas rester ici, danger…grands dangers…
 
*Comme quoi on cherche tous quelque chose !* Où allons-nous ?
 
Abri !, dit le moine tout en déroulant partie de son vêtement et le tendant à Michael, toi te couvrir…femmes pudiques !
 
Il  enroula le tissu à la comme on peut, supposant que cela pouvait aller jusqu’à trouver mieux alors que Tsang récupérait le panier laissé tomber dans l’émoi de la rencontre et qui était empli d’herbes diverses et champignons.
 
Moi faire cueillette pour cuisine et potions, expliqua le moine en se mettant en route, chance aujourd’hui… monde étrange le nôtre, tu sauras, tenant compte de la mine intéressée de sa trouvaille du jour, il s’étendit en explications qui furent loin de rassurer Michael sur ces alentours inédits.
 
Il était question de bandes organisées qui pillaient ce qui leur tombait sous la main, réduisant à l’esclavage ceux qu’ils capturaient vivants, expédiant ad padres qui leur résistait. Rien ne semblait avoir beaucoup changé depuis le séjour des Historiques.
La conversation allait bon train quand soudain le brave moine lui ordonna, en hurlant, de se jeter à terre, ce qu’il fit sans le penser deux fois alors que quelque chose d’énorme les survolait en laissant entendre des sinistres claquements et des cris aigus. Michael osa lever à peine la tête et ce qu’il vit lui glaça le sang : une énorme bestiole au bec dentu, ailes de cuir racorni et longue queue.
 
Créature de l’enfer !, expliqua Tsang, elle décime nos troupeaux…attaque homme parfois…serres faire énorme mal…
 

*Et moi qui croyais que ces bestioles ne mangeaient que du poisson !*…Il y en a beaucoup, comme ça ?
 
Tsang soupira et voyant la bête de cauchemar s’éloigner se leva aussitôt imité par Michael qui se livrait à des frénétiques réflexions.
 
Quelques-unes, admit le chinois, et si ce n’était que ça…Il y a d’autres créatures, comme on n’en a jamais vu ni de mon temps ni du tien !...Regarde là-bas, dans le fleuve !
 
Michael oublia ce qu’il venait de remarquer sur l’étonnante façon de parler du moine, tantôt à l’envers, et là…un parfait à l’endroit, en découvrant ce que l’autre lui montrait. D’énormes créatures  baignaient dans les eaux paresseuses  allongeant leurs longs et graciles cous vers la végétation tendre de la berge.
 
Par Merlin…mon fils a une collection de ces bestioles…des jouets…mais qu’on me pende si je sais le nom de celles-là…en tout cas, ce ne sont pas des gros canards !
 

 Le plat visage du moine se fendit d’un sourire amusé.
 
Selon Arthur…un des nôtres, ce seraient de Brachiosaures…il sait un tas de choses, lui !
 
Michael passa outre cette allègre allusion à son ignorance et serrant son précaire vêtement emboîta le pas au moine en se demandant dans quel genre de farce débile ils jouaient.  Le Ptérodactyle, de celui-là il savait le nom, ne revint pas faire de la rase motte le temps que dura leur petite balade. Et Michael put s’éblouir à son aise d’un paysage où toutes époques de l’évolution confondues réussissaient un ensemble extraordinaire. Si les Brachiosaures faisaient trempette dans la rivière, des mammouths laineux paissaient placides comme les deux vaches qui le faisaient un peu plus loin en compagnie de quelques moutons et trois chèvres sous l’œil vigilant d’un  bonhomme grassouillet  aux cheveux ébouriffés qui en les voyant, courut vers eux en se lamentant de la perte d’un agneau enlevé par la bête volante.
 
C’est Alexandre, dit Tsang en guise de présentation, je crains qu’il n’ait été de beaucoup meilleur écrivain que berger…Alexandre…un nouveau !
 

Le dénommé Alexandre s’arrêta, essoufflé en considérant le nouveau d’un œil suspicieux en disant :
 
T’es allé aux champignons et voilà ce que tu nous ramènes…une nouvelle espèce ?...Pas de nom, l’ami ?
 

Michael…anglais, 21ème siècle !, à son avis, cela devrait largement suffire pour le moment.
 
Marrant, l’anglais, moi suis français du 19ème, riposta l’autre avec humeur, bon…vais rentrer le bétail…saleté de bestiole…encore un de mes agneaux…et cet abruti  de Sigmund qui ne fait rien à part parler de la mère de tout le monde…
 
Il s’éloigna en pestant, se prenant comme un pied pour rassembler son petit troupeau. Un peu plus loin s’élevaient  des constructions informes d’assez misérable allure.  Cinq cabanes, un enclos et un peu en retrait une Pierre à souhaits en tout ressemblante à celle connue au Village des Rescapés.  Sans demander l’avis de son guide, Michael se dirigea résolument vers la Pierre qui, une fois les dévotions dûment faites,  exhaussa  ses prières. Aucune arme à feu, il s’y était attendu mais à sa surprise, l’Autel local lui livra un beau coutelas rapidement dissimulé. Pas question de trop attirer l’attention !
Peu après, Michael fit connaissance avec tous les membres de la petite communauté. Très petite communauté. Le bilan fut vite fait.
 
*Deux écrivains, un moine, un psy, un barde et deux femmes…m’étonne qu’ils soient encore vivants !*
 
Il y avait une explication notable pour cela. Ils avaient fait partie d’une plus grande et prospère communauté, régie de main de maître par un certain Jules César qui avait bâti le village à l’image d’un camp romain. Les pillards avaient été mis en échec et la paix régnait dans la mesure du possible mais cela n’avait duré que trop peu. César avait disparu lors d’une attaque et la communauté avait sombré dans le chaos. Quelques-uns avaient élu de s’en éloigner et vivre à l’écart à l’orée des bois.
 
*Et de tous les endroits possibles, je tombe sur la colonie littéraire quitte à me faire psychanalyser par Freud…suis foutu !*
 
Mais apparemment il était le seul à le penser. Les autres voyaient en son arrivée une promesse de jours meilleurs, après tout il semblait bien être le seul  à ne pas être enclin à la contemplation,  la philosophie ou autre activité de l’esprit, lui, c’était le gars tout en muscles, apte pour le combat, le seul qui pourrait, au cas où, se battre pour sauver leurs précieuses peaux. Comme quoi, en un clin d’œil et sans débats, la communauté le déclara, d’emblée, défenseur du bled.
 
Merci de votre confiance, en effet je sais me battre mais je n’ai pas l’intention de rester ici…je dois retrouver ma femme, mon frère, mes amis, nous avons une mission à accomplir et…
 

Vous resterez !, riposta vivement le dénommé Sigmund, c’est votre devoir que de prendre soin des plus faibles…votre conscience doit vous le dicter…
 

On va se passer de la séance psy…ma conscience est mon affaire, je ne resterai que le temps d’assembler un équipement digne de ce nom et je ne vous vois pas en essayant de m’en empêcher !
 

M. Dumas grommela quelque chose, Beltram le barde en rajouta une couche, Sir Arthur Conan Doyle se contenta de faire allusion à la bravoure d’un soldat. Tsang resta sans parti pris, pour le moment, et personne ne se dérangea de demander leur avis aux femmes.
 
Arbitraire de ta part c’est !, assura Tsang en hochant la tête, toi…notre Pierre…venir, partir…Achille lui jamais penser…
 
Je ne suis pas Achille, moine…désolé pour vous mais je ne resterai pas ici…quiconque veut m’accompagner est le bienvenu !
 
Évidemment du côté des écrivains, psy et barde on n’entendit que des  grondements outrés. Une des femmes, de remarquable laideur adoucie par l’éclat malicieux de son regard, vint prendre place aux côtés du moine, abandonnant ainsi les casseroles qui l’occupaient jusque-là.
 
Nous te suivrons…celle-ci n’est pas une vie. Je suis Léontine d’Aubray, brûlée pour sorcellerie en place de Grèves sous le règne du Roi François 1er… j’ai bien connu Achille…et ses amis…Tsang m’a dit que…
 
Ils vont bien, à sauf…C’est pour eux que je suis ici…
 
C’est en ce moment que se passa quelque chose qui lui donna de quoi penser : le Dr. Freud l’ouvrant à nouveau pour pérorer à nouveau, Michael agacé pensa au Bloclang et l’éminent père de la psychiatrie moderne resta là, à ouvrir et fermer la bouche comme carpe hors de l’eau, sans émettre le moindre son.
 
*WOW ! ÇA marche !*
 
Cette découverte lui donna un regain d’énergie pour plaider sa cause. Léontine lui servit une écuelle de goûteux ragout qu’il dévora sans vouloir savoir de quoi il s’agissait. Freud demeura muet, par la force des choses et les autres se remirent à le regarder de travers sans toutefois oser piper mot.
Le séjour de Michael  dans la communauté de la plume et l’esprit, dura trois jours qu’il occupa, comme dit, à compléter son équipement.  Tsang et sa compagne faisaient de même  et le reste se morfondait dans la morosité.
Leur départ se fit sans peine ni gloire. Ils partirent, tout simplement, sans un regard en arrière. Direction plein Sud, sans hésiter.
Il y avait des bons jours et des moins bons. Parfois ils arrivaient à marcher deux journées entières sans faire de rencontres, à d’autres ils en faisaient et alors c’était une affaire tenant nettement de la chance. Il y avait amis et ennemis. Malheureusement dans ce monde tortueux les derniers faisaient foule tandis que les autres étaient plutôt rares, mais ce fut ainsi que, peu à peu d’autres se joignirent à eux, peu importaient où ils allaient, très rares étaient ceux qui avaient un endroit précis où se rendre mais tous cherchaient un abri, un refuge où se sentir en sûreté.  À tous et chacun, Michael décrivit ceux qu’il cherchait mais personne ne les avait vus.
Une attaque surprise tourna mal pour les pillards qui ne s’étaient pas attendus à rencontrer de la résistance.  Battus, ils furent dépouillés de leurs possessions, ce qui incluait une demi-douzaine de bonnes montures.  Michael distribua armes et chevaux entre les meilleurs combattants du groupe et on reprit le chemin.
Il s’interdisait de céder au désespoir, à avoir des doutes, à pressentir le pire. Quelque part dans son for interne, Michael savait qu’Alix allait bien et qu’elle ne resterait pas croisée de bras en attendant qu’il apparaisse tout seul, il en allait de même pour Erik, il le connaissait, son frère. Quoiqu’il en soit ils finiraient par se retrouver.
Mais il ne s’imagina jamais que ce serait de la sorte.  Le combat faisait rage. Il venait d’abattre un robuste pillard armé d’une hache de guerre dont il s’empara et s’apprêtait à pourfendre un autre adversaire quand un cri inattendu arrêta son geste !
 
MICHAEL !!!
 
Il pouvait à peine donner crédit à ses yeux. Sa monture lancée à fond, son frère fonçait vers lui, l’air délirant de joie.
 
ERIK !!!...Atten…
 
Quel coup traitre. Fauché en pleine course le cheval  s’effondra, propulsant brutalement Erik par-dessus ses  oreilles. Vilaine chute. Assommant son adversaire, Michael délaissa le combat pour courir auprès de son frère, étonné d’abord, affolé de suite en ne le voyant pas se relever.
Erik gisait sur le dos, conscient. Les yeux grands ouverts, dilatés de surprise.
 
Erik…petit frère…Erik…parle-moi ! Dis-moi…ERIK !!!
 
Il sembla faire un effort énorme mais parvint à esquisser un sourire et essaya de parler.
 
Tout va aller bien…On va te soigner…tu me raconteras après…Erik…, mais il savait que quelque chose allait affreusement mal, tout va aller…bien, on retrouvera les autres…
 
Son frère le fixa d’un regard étonnamment serein.
 
On… on se revoit… plus loin, pardon.
 
Non ! Non ! Erik !...pas ça, bon Dieu…pas ça !!! ERIK !!!
 
Il resta là abasourdi, engourdi d’une douleur inimaginable, étranger à ce qui se passait autour de lui, fixant le vide qui avait pris la place de son frère jusqu’à ce qu’une main forte sur son épaule le fasse revenir à la réalité. Le combat était terminé, des inconnus s’y étaient mêlés…ceux qui venaient avec Erik…
 
C’était un magnifique garçon…il me manquera !

 
C’EST MON FRÈRE !, hurla Michael en se relevant d’un bond pour faire face à l’inconnu, mon frère…Maudit monde, maudits Dieux…
 

On est du même avis…Je suis Ragnar, j’étais ami d’Erik…Nous te cherchions !
 
Ouais…je le cherchais aussi…et…les autres…vous les avez… ?
 
Geste de déni. Pendant un instant, ils restèrent là à se dévisager, cherchant à se deviner.
 
Tu es un bon guerrier !
, dit enfin Ragnar, j’ai besoin de bons guerriers…nous allons vers le Sud, soumettre la Forteresse des Dieux.
 

*Diable, de quoi lui a parlé Erik ?* Je ne sers aucun autre que moi-même, répliqua t’il, plein de morgue, nous pouvons être alliés, parce que cela m’arrange mais je ne serai jamais ton subordonné !
 
Le Viking eut un sourire en coin.
 
Erik m’en a touché deux mots…Il t’admirait, tu sais…mais avec de la chance, nos chemins se croiseront de nouveau, Erik m’a assuré qu’en ce monde, on ne meurt pas mais qu’on est déplacé…
 
*Ouais…sûr…à l’autre bout d’un monde dont on ne sait rien…*
 
Fusionnés, le groupe de Michael et celui de Ragnar, constituaient une force d’attaque contre laquelle on réfléchissait deux fois avant de se mesurer. Leur avancée vers le Sud ne rencontra pas d’énormes embûches. On les craignait, leur réputation d’implacables les précédait.
Les provisions devant être constamment renouvelées, on se devait de pêcher et chasser. Voler aux plus démunis que soi n‘entrait pas en cause, avec les pillards on s’y prenait autrement, dépouillés de tout, ils pouvaient  remercier leur chance d’avoir la vie sauve. Mais au fur et à mesure qu’on avançait vers le Sud, les rencontres se firent plus rares,  la végétation changea aussi et la faune croisée semblait plus normale, à part quelques mammouths en perpétuelle migration que personne ne songea chasser compte tenu qu’il y avait des proies plus faciles à saisir.
Curieusement, cette marche sans but apparent ne semblait gêner personne.  Perdus pour perdus, ici ou ailleurs, cela revenait du tout au même. À chaque jour suffisant sa peine, le soir venu, on bivouaquait à la bonne franquette, racontant des histoires à rallonge sur des raids téméraires, découvertes incroyables et combats épiques. Michael passait pour un grand laconique mais on respectait son silence. Qu’aurait-il pu raconter d’ailleurs ? Ses démêlés avec Voldemort ? Avec Eridan ? Avec les narcotrafiquants colombiens ? Avec les Triades chinoises ?
 
Pourquoi es-tu là ?, demanda Ragnar, un de ces soirs, Erik parlait peu mais j’ai cru comprendre que c’était pour sauvegarder la vie d’un gamin…payer une dette ou quelque chose de semblable.
 
Le gamin est mon fils et oui, il s’agit d’une espèce de dette…sauf que je ne vais rien payer mais tirer une paire de choses au clair…Ragnar, t’es-tu demandé pourquoi tu es ici au lieu d’avoir gagné le Walhalla ?
 

Oui, il y avait réfléchi mais comme tout superstitieux à l’ancienne n’y voyait que la volonté de son Dieu de service. Il pensait à une deuxième chance, à un recommencement…Il avait une nouvelle femme, des nouveaux guerriers, des nouvelles découvertes à faire, des nouveaux alliés, ce qui lui convenait parfaitement.
 
*Entre pourrir pour l’éternité et ça, je choisirais ça aussi… mais suis pas mort, Alix…suis pas mort !*
 

Il y pensait en s’endormant, il en rêvait et avait l’idée dans la tête en se réveillant pour une nouvelle journée mais parfois se demandait s’il n’avait pas tort d’y croire. Erik était mort, son corps avait disparu comme tant d’autres…était-il, lui aussi pris dans ce cercle infernal de mort et renaissance ? C’était à en devenir fou…
 
Les éclaireurs  les avaient détectés en fin d’après-midi et là, les signalaient en s’installant près de la suivante Pierre à souhaits, la seule en vue depuis cinq jours de marche à travers une zone aride. Un petit groupe. Une vingtaine d’âmes, tout au plus, celui qui semblait diriger était un bédouin, aux dires de Chapuis, l’ex-légionnaire. Un grand bédouin accompagné d’un autre portant un casque à plumes rouges, chose assez inédite fallait l’admettre.
 
Il y a de l’eau…la Pierre…on attaque ?
 
En tout cas, on ne lambina pas en chemin, sauf que les drôles de bédouins leur donnèrent du fil à retordre et il fallut appliquer de la force brute pour en venir à bout. Dépassés largement en nombre et sans doute pas d’humeur suicidaire, les meneurs du groupe soumis furent traînés face à Michael et Ragnar.
Un coup de main hargneux découvrit leurs têtes et là Michael resta comme deux ronds de flan en découvrant qui se cachait sous les plis de tissu sombre.
 
Bon sang, Max…tu pouvais pas faire signe !?...
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Re: Le monde du Fleuve: perdus

Message par Max Von Falkenberg le Jeu Avr 16 2015, 23:56

Au mépris des siècles, la bonne entente régnait. Enfin, c’est juste une façon de voir les choses. Max prenait son mal en patience et Gaius Fabianus en profitait, parce qu’il aimait parler, le bonhomme, en se fichant allègement ou peut-être mal interprétant  les longs silences résignés de son compagnon d’aventure.
 
Suis tombé dans la boue…transpercé…blessé,  j’avais peur, tu sais…je demandais de l’aide…mais qui t’aide alors que tous sont fous ?...Alors j’ai prié…
 
Oui, c’est bien, commenta Max distraitement en regardant ailleurs, le bruyant soupir du Romain le fit se retourner, agacé, quoi ?...Tu priais, c’est bon, ça sert tout le temps…
 
Suis mort !, couina l’autre, c’est là que je suis mort !
 
Oui, je sais…t’as une idée de combien de fois tu m’as raconté ça depuis qu’on se connait ?...Écoute, te vexe pas, l’histoire et moi, ça fait deux…Pense positif, arrête de tourner autour de ta mort, c’est malsain…Passe la page, tu as une nouvelle vie, profites en ! 
 
Drôle de nouvelle vie !, marmonna Gaius en pétrissant la pâte obtenue du mélange de farine, eau et sel, j’ai vu comment on la préparait…il me manque quelque chose mais sais pas quoi…
 
*Il dit la même chose tous les jours !*
 
Pourquoi ne trouve t’on plus de Pierres ?, voulut savoir Gaius.
 
Vais savoir, moi !...Peut-être qu’on est hors de la route des Pierres, au cas d’en avoir une… *En tout cas, j’aimerais bien une pizza, moi !*
 
La chance leur souriait ! Du moins, c’est ce qu’ils voulaient penser.  L’avant-veille, ils étaient tombés en plein dans une bataille rangée. Apparemment sûrs de leur fait, quelques Pillards avaient attaqué un groupe réduit  qui se déplaçait à cheval et à dos de chameau. Mal leur en prit. Le chef de cette singulière caravane n’était autre que Richard Plantagenet, connu aussi comme Richard Cœur de Lion. La petite troupe bien organisée, para l’attaque et battit de plate couture les assaillants, non sans pertes.  Le vaillant roi d’Angleterre frappé à mort par une flèche, s’enfuma sous les yeux consternés de ses gens. Et ceux de Max et Gaius.
 
*Et merde…enfin un soldat et il se fait descendre !*
 
Comme toujours, aussitôt constatée l’acéphalie du commandement, avait commencé la dispute pour la place de chef. La brutalité en vogue en ces temps incertains eut le dessus sur le côté civilisé des prétendants. S’en suivit une belle échauffourée dans laquelle ils s’entretuèrent sans merci. Restaient quelques paumés sans parti pris, des chevaux, les chameaux et des provisions. Max et Gaius qui n’avaient rien à cirer des malheurs d’autrui, étaient prêts à suivre leur chemin mais tant de désarroi les obligea à reconsidérer  leur décision. Du reste se changea le centurion.
 
Mais qu’est ce qui t’a pris de leur dire que j’étais un bon chef ?
 
Tu l’es, je sais…tu sais te faire obéir et ces gens n’ont aucune idée…ils sont perdus !
 
Nous aussi, je te fais remarquer…Gaius, je ne suis pas un meneur d’hommes !
 
Le centurion haussa les épaules avec un sourire en coin.
 
On leur dit pas, tu fais comme si…Ils ont des provisions, des chevaux…des chameaux, qu’ils ont pris à un autre groupe…Un peu pillard aussi  leur chef !
 
À la guerre comme à la guerre semble être la devise du moment,  laissa tomber Max, tous contre tous…
 
Le reste vint tout seul. Il s’efforça à  voir ces gens comme ses réfugiés et appliqua les mêmes règles qui marchaient si bien au Campement. Tous purent le constater lorsqu’ils trouvèrent une Pierre.
 
À partir de maintenant, vos demandes doivent être faites en fonction du groupe, fini l’individualisme…Mesdames, les quatre femmes présentes levèrent le nez, vous n’avez guère besoin de plus de toilettes, on a tous besoin de provisions, médicaments, couvertures, tentes…
 
Cela outragea la gent féminine entre laquelle se comptaient Pauline Borghèse, seule Historique notable. Elle protesta en bonne et due forme mais Max ne se laissa pas émouvoir, qu’elle tente par la suite de le séduire n’arrangea rien, il  resta immuable.
 
Tout serait bien plus agréable, minauda t’elle, tu es un bel homme, jeune et vigoureux…et j’ai toujours aimé les blonds !
 
*Tu veux rire…tu courais après tout ce qui bougeait !* Désolé, suis marié !
 
Tu es mort, imbécile, mort et revenu à la vie…elle s’en fiche ta femme !
 
Tu ne dirais pas la même chose en connaissant Ysaline…et si je suis vraiment mort, suis un mort fidèle, affaire close !...Voyons, tu viens du 18ème-19ème siècle…provisions de bouche !
 
Et ainsi de suite. La Pierre octroyant ses dons selon l’époque du demandeur, il fallait adapter les souhaits. Malheureusement, il était le seul à venir des temps modernes, à lui de mettre à jour leur trousse premiers secours.
Ceux qui savaient chasser, le faisaient, d’autres pêchaient, le reste s’occupait à de corvées diverses et personne ne restait sans rien faire.
 
Tu vois…tu t’y prends comme un vrai Consul !, rigolait Gaius, mais tu as l’air toujours triste…c’est pas facile d’assumer, je sais…mais il le faut…c’est une nouvelle vie !
 
Gaius, c’est moi qui t’ai dit ça…mais c’est pas pareil pour moi…c’est pas une nouvelle vie, c’est la suite de la mienne…si je suis là c’est parce que ces ploucs qui jouent aux Dieux se foutent de moi…ma femme me manque…elle devrait être avec moi…mais je suis sûr qu’où qu’elle soit elle cherche à me rejoindre…
 
Ce doit être une femme extraordinaire pour que tu l’aimes tant…

Oh oui !...Mon Ysaline est unique !
 
Le lendemain en fin d’après-midi, après une longue avance en terrain plutôt aride ils arrivèrent face à une Pierre, un peu plus grande que les autres croisées, établie dans une espèce de oasis luxuriant, avec un magnifique point d’eau, grand comme un petit lac, qui leur permit de se désaltérer, abreuver les bêtes et se baigner.
Max  accommoda le bois, á lui de faire et entretenir le feu ce soir-là. Il fouilla ses poches à la recherche du briquet, sans le trouver, il jura sans retenue, pensant que pour une fois sa baguette aurait été la bienvenue pour lancer un Incendio…et les brindilles prirent automatiquement feu dans un crépitement rassurant.
 
*HEIN !?...Magie… ?...Suis capable de faire de la magie sans baguette ?...*
 
Cette découverte le laissa pensif le reste de la soirée mais le rapport des éclaireurs au matin suivant eut l’heur de distraire ses pensées : on amorçait une zone pas aride…mais carrément le désert en soi. Nouveaux ordres fusèrent, on se préparait en conséquence pour une traversée des dunes. Vêtements adaptés, grandes provisions d’eau et nourriture. Gaius enfila sa tenue de bédouin du désert mais insista pour se ficher son casque de centurion sur la tête, ce qui lui donnait une allure un peu genre épouvantail plumé.
 
Ok, c’est bon pour moi…tu ressembles à un guide pour touristes, repérable à deux lieues…
 
En tout cas, ça marchait. On les repéra et on leur tomba dessus sans préavis. Il faut avouer que les vigiles devaient bayer aux corneilles car ils ne virent le danger que quand il fut trop tard. On se défendit, sans trop de conviction les uns, rageusement les autres, entre lesquels Max et son centurion, mais on les réduisit brutalement, compte tenu de la supériorité de nombre et savoir-faire avec les armes. Max envoya quelques sorts mais une brute l’assomma presque et fin de la résistance.
On les traîna de mauvaise façon, lui et les autres, face vers la tente principale. Max jurait sur tous les tons jusqu’à l’instant où on le jeta à genoux devant les deux hommes qui tenaient vraisemblablement lieu de chefs de la horde et qu’on lui arrachait le pan de tissu qui lui couvrait la tête, pour alors il avait reconnu l’un d’eux et n’en revenait pas de le trouver, déjà, en si haute position de commandement…quoiqu’en y pensant bien, il n’avait pas chômé en chemin non plus.
 
Bon sang, Max…tu pouvais pas faire signe !?
 
Il en avait des bonnes, celui-là !
 
Qu’est-ce que tu voulais ? Que je porte un étendard à mon nom ?...Peux me relever, Excellence ?
 
Dès permission accordée, il déplia sa grande carcasse et releva le centurion à demi dans les vapes, sous l’œil amusé de l’autre chef en place, qui semblait se marrer pour de bon. Michael, puisque ce n’était autre que lui, procéda aux présentations. Ragnar Lodbrog,  viking de son état, avec sa légende pour patenter ses faits présents, comme quoi, le brave homme ne semblait pas prêt à changer ses bonnes vieilles habitudes.
 
Sache que je ne suis pas gré de me plier à ta loi, Ragnar…ni à celle de quiconque, c’est à titre informatif, mes gens seront traités avec tous les  égards qu’ils méritent, et compte tenu de notre apport à la croisade, je serai maitre de mes décisions !

Cette déclaration déclencha une crise d’hilarité chez le Viking, ce qui pouvait signifier n’importe quoi mais apparemment la compagnie de De Brent avait arrondi quelques angles dans ses élans belliqueux. Suivant les bons conseils de son compagnons d’armes, Ragnar opta pour laisser que chacun se débrouille avec les siens tant que la cohésion prime.
 
C’est bon Gaius, vont pas nous faire la peau…, rassura Max au centurion qui reprenait bien que mal ses esprits.
 
Béni soit Dieu dans son infinie miséricorde !
 
Et Odin, et Merlin et tout ce qu’il faudra…maintenant va calmer les esprits échauffés des nôtres, rassure les, je vais m’entretenir avec ces deux-là…Oui, un d’eux est un de mes amis perdus…
 
Michael l’attendait sous sa tente. Il lui offrit à boire et se raconta un peu. Au moment de parler de son frère, sa voix s’enroua et Max ne retint pas un hoquet horrifié, mais se reprit le mieux qu’il put.
 
Désolé, mon vieux ! …Mais si ça marche comme nos Historiques disaient…on le retrouvera…*COMMENT !?*
 
Michael semblait partager ses doutes, somme toutes logiques et préféra passer à autre chose de moins illusoire. Ils discutèrent organisation, intégration des groupes.
 
Ils s’adaptent, d’uns mieux que d’autres mais en principe ça marche…mais à la fin tous s’y plient, faute d’alternatives…là, ils ont un motif assez puissant pour rester unis…C’est un axiome universel, Michael : donne aux hommes un ennemi commun, et ils s’unissent…là, on court après une chimère, tant qu’il n’y a pas mieux…

Ragnar lui, demandait toujours des explications sur la fameuse Forteresse  dont, en fin de comptes, personne ne savait trois fois rien. Mais bien entendu, on tut les trois quarts de ce rien si affligeant et la campagne se poursuivit sous des augures incertains.
Après un séjour confortable de quelques jours dans l’oasis à se ressourcer et accumuler des provisions suffisantes on entama la traversée du désert en évitant de se déplacer pendant les heures les plus chaudes, quand un soleil de plomb semblait vouloir tout calciner sur place.
Au deuxième jour de la traversée, ils firent douloureusement connaissance avec un nouvel ennemi : le grand ver des sables qui, sans qu’ils comprennent les préavis, goba  deux hommes et un chameau de charge au dos duquel voyageait la belle Pauline.
 
J’ai vu des éclairs, avoua Gaius contrit, le sable semblait onduler…mais on sait jamais…les mirages, vous savez…les bêtes ne semblaient même pas nerveuses…et puis tout à coup, cette chose affreuse…une gueule énorme  et dentue…et hop, avalés, partis…, il en pleurait, le brave homme, remué, c’est quoi ça ?
 
*Une épreuve de plus !*…Un ver des sables…savais pas que ça existait…*Inspirés, les Dieux, ils copient  le cinéma moldu maintenant !*…On était arrivés aux rochers…c’est les retardataires qu’il a gobés…

Action, réaction. Le lendemain ils se déplaçaient en longeant le plus possible les rochers  et dès que les vigiles apercevaient  des éclairs, on galopait à fond de train…résultat, le ver goba encore  deux cavaliers et leurs montures.
 
Il est plus rapide que nous…ou…ça le gêne décidément qu’on galope sur son terrain…
 
Le lendemain, on y alla en douceur, une fois éclairs aperçus, on maintint une cadence de marche rapide mais pas paniquée et on se mit à l’abri sans être attaqués. Max eut droit à une énorme accolade du Viking, et  à être nommé frère d’armes, alors qu’il n’avait qu’ouvert la bouche. Gaius fut à point d’entamer une séance de louanges au Seigneur que Max sut freiner à temps en connaissant la capacité d’épanchement du romain.
Deux jours plus tard, les éclaireurs annoncèrent qu’ils atteindraient très vite une zone boisée, très différente au désert.
Extraordinaire changement. Brutal en fait. Comme tranchée au couteau la frontière entre sables brûlants et forêt humide se définit comme un mirage, sans l’être. Ils pénétrèrent donc sous les voûtes de verdeur, à l’abri du soleil de plomb. D’énormes insectes bourdonnaient dans l’air lourd de senteurs, des fleurs géantes ouvraient leurs corolles  aux couleurs extraordinaires alors que d’autres  faisaient claquer des dents pointues, menaçantes et que  des singes maraudeurs  laissaient entendre leurs cris perçants  dans les hautes branches et profitaient de la moindre inattention pour chiper ce qu’ils pouvaient…en tout premier lieu le casque emplumé du centurion !
 
Génial…du Sahara en Amazonie…avec variations !...Je t’avais dit, Gaius, ça finirait tôt ou tard par attirer l’attention…

La magie continuait d’être opérante mais tant Michael comme Max en firent très discret usage jusqu’au jour où un des hommes de Ragnar tombant de son cheval effrayé par un des singes se cassa un bras de vilaine façon.
 
On doit faire quelque chose…le pauvre bougre en a plus que son compte…fracture ouverte…On peut arranger ça très vite…oui, je sais, ça me ressemble mal mais là…tu veux rire ? Avec Ysaline, j’ai élargi mes connaissances sur sorts de guérison *Enfin…un peu !*…pas de potions à l’appui, mais on fera au mieux…je t’explique…
 
Michael suivait doctement ses indications, et lui faisait de son mieux avec ce qu’il savait quand une apparition soudaine  coupa court tout agissement…
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Re: Le monde du Fleuve: perdus

Message par Erik Nielsen le Mer Mai 06 2015, 07:39

Eh merde !
Au moment même où il retrouvait Michael, il se cassait la figure… Enfin… fort de sa foi dans les dires des historiques et autres voyageurs, Erik ne connut ni crainte, ni douleur.
Le réveil fut aussi brutal que la 1ère fois, sauf que…

*Wow ! Suis où là ? Au 25ème siècle ?*
 
Allongé sur un siège sans support apparent, dans une sorte de bocal immaculé, Erik secoua sa tête blonde.  

Ne bouge pas Erik, tu repars très vite.
 
Hey, vous êtes qui ?
 
Il distinguait mal avec toute la blancheur lumineuse environnante.
 
Manakiel. Ton allié ici. Tu en as un autre, une très charmante dame ailée…
 
KEY ? Key est ici ?
 
Entre ici et là, ce qui est très mal perçu par les hautes instances. Elles détestent les interférences. Je ferai tout ce qui est possible, elle aussi. Sois à l’écoute. Déplace-toi sud-est. Les lunes, surveille les lunes.    
 
Vlam, renvoi.
 
On en faisait des rêves étranges en ces lieux. Avait-il vraiment entrevu Michael avant de partir ? Au moins ceux d’ici n’avaient pas menti : on mourrait et renaissait.  
Nu à nouveau n’était pas commode du tout.  Il faisait froid, voire très froid, hélas, dans ce coin de… euh ??? Dolomites ? Enfin, peu importait. Manquait de bol quand même, non ?
Comment se situer, croiser les siens ?
Habilement, avec la végétation des environs, il se tressa un pagne et des semelles à lanières puis reprit sa route à travers la forêt. S’il n’avait pas halluciné, Manakiel l’avait ressuscité.
 
*Il aurait pu au moins me renvoyer près d’un caillou à souhaits !*    
 
Il marcha longuement.
Assoiffé, épuisé, il chopa lourdement. Un rebord de pierre ?
Plein d’espoir, il fouilla, creusa encore et encore l’humus moisi, puis s’émerveilla en découvrant peu à peu les contours d’une sorte d’arche solide. Cet assemblage semblait vierge depuis… des lustres.  Ceci provoqua-t-il cela ? Erik pria :
 
À boire, de grâce ! Et si c’est pas trop demander, vêtements, défenses et nourriture seraient plus que bienvenus, par pitié !
 
Seigneur, quelle manne !  Manakiel, Key, les deux, étaient-ils derrière cette provende, ou était-ce la virginité de la pierre qui entraînait pareille profusion ? Toujours est-il qu’il but à satiété, se nantit d’un équipement parfait comportant des rations pour plusieurs jours, une arbalète, ses carreaux,  et autres armes blanches en sus.  Il se compara à Rambo en s’harnachant.
La boussole lui indiqua le sud-est.
Pourquoi cette direction qui ne correspondait pas aux récits révélés ?  
Il s’en ficha, traça sa route à grands coups de machettes.  
La nuit tomba, aussi soudaine que ce qu’il avait déjà pu constater. Sa tente dressée, il observa le ciel. Ni boréal, ni austral, celui-ci comportait deux lunes distinctes, une troisième se distinguait à peine.
 
* Les lunes, surveille les lunes* lui revint la voix de Manakiel.  
 
Qu’est-ce que cela signifiait ?
Il ne pigeait pas, se coula sous la toile à l’abri des coulis givrant des hauts plateaux, et écrasa quelques heures bien au chaud.  
Petit déjeuner frugal, autant faire durer le plaisir sans savoir de quoi le reste serait fait.
 
*Bah, perdre un peu de poids ne gêne pas… Opaline me nourrit trop bien !*
 
Opal, leurs enfants… Michael, Kieran… Angoisses, regrets.  
Il chassa la noirceur en sacrifiant un peu d’eau à de rapides ablutions. Toute la journée, il suivit la boussole. Crevé, il se figea soudain.
 
*De qui se moque-t-on ici ???*
 
Nom d’un gnome, ces pierres ! N’étaient-ce pas les mêmes que celles de la veille ?  Complètement à la masse, il plia les genoux, au bord des larmes. Ou le magnétisme des lieux était faussé, ou c’était lui qui déconnait. Dans le ciel, les lunes naissaient, à peine situées différemment dans l’immensité céleste.   
Force fut de constater qu’il avait tourné lamentablement en rond.
Réfléchir dans pareille situation n’était pas aisé. La déprime guettait. Un bon feu le régénéra bientôt, de même que la ration de viande en sauce avec pâtes.
Le lendemain, histoire de concrétiser ses craintes, Erik partit de nouveau en exploration. Bingo ! Le soir venu, il arriva exactement au même endroit.
Inutile donc de se fatiguer bêtement. Que cherchait-on, à le faire devenir chèvre ?  
De nuit en nuit, il observa le ciel, notant, relevant les détails. La journée, après dévotions au caillou, il allait se geler au petit ruisseau découvert en s’y étalant avant de débusquer – en vain – du gibier.  
Un soir, il constata l’alignement parfait des objets célestes.  Son imagination prit-elle le dessus ou bien distingua-t-il réellement des constructions ?
Il en était loin. Trois journées complètes, à l’horizon du sud-est, il les distingua. Impossible de franchir son périmètre, malheureusement.

*Je dois probablement pourrir ici jusqu’à ce que quelque chose, quelqu’un survienne…*
 
Le soir-même, alors que la forteresse se dissolvait dans les limbes, il soupirait en regardant les flammes de son petit foyer, pensant à son Opaline et leurs jumeaux, lorsqu’un craquement lui fit relever la tête.  Arbalète au poing, il fit front, mais :
 
ERIK !?...Erik Nielsen !?...C’est bien toi?
 
Cette voix ? Était-ce possible ?
 
M… Megan ?
 
Elle n’était pas seule. Deux drôles de chats se tenaient à distance pendant leurs retrouvailles.  Les surveillant du coin de l’œil, après embrassades fraternelles, Erik capta l’essentiel des mésaventures des femmes qui étaient – les veinardes – restées groupées.  
 
…Moi ? Ben je suis mort !... Mais ça n’a pas duré. Ça m’a séparé de Michael que je venais de retrouver, si je n’ai pas rêvé…  
 
Meg en raconta des choses ! Mais, avant tout, elle désirait le ramener aux autres.  
Leur campement n’était pas très loin. Par sécurité, se méfiant de ces lieux qui faisaient n’importe quoi, Nielsen emballa quelques trucs avant de suivre la guide flanquée de félins.  
On le célébra comme un héros, dont il ne se sentait pourtant pas l’étoffe.
Campement succinct, pitance chiche et pitoyable, l’escorte de ces dames manquait franchement de débrouille.  Si ses amies furent enthousiastes, l’accueil des mâles fut… réfrigérant. D’autant qu’Erik ne l’ouvrait pas trop, insistant surtout à ce que ce groupe revienne à son caillou.  

C’est une sorte d’arche, Meg l’a vue. Elle vous comblera, j’en suis certain.  
 
Si les filles agréèrent, ceux du village moins, hormis Cromwell.
 
Suspectaient-ils un piège ?
 
Capitaine Phillips que redoutez-vous ? Les chats ne m’ont pas bouffé, vous non plus. N’en auriez-vous pas marre des fayots ?
 
Ils rassemblèrent leurs trucs, et firent machine arrière.  
Erik était heureux et triste. Lindsay ressemblait tant à Opaline !  Ça faisait un mal de chien.  
 
Voilà, c’est ici que je me suis établi depuis quelques jours maintenant, confia-t-il près du feu ravivé.
 
S’adressant plus à ses proches qu’aux autres, il avoua :
 
On m’a dit que Key serait ici…  je sais pas, je sais rien, souvent je crois avoir rêvé tout ça… Oui, Alix, je l’ai vu, du moins je crois…. Non Ysaline, je n’ai pas vu Max. L’homme entrevu dans un tube – Manakiel - m’a parlé du sud-est au lieu du sud habituel… il a dit aussi de regarder les lunes… ah, vous l’avez vue aussi…  Donc, la fortersse était bien là. Dites-moi Mr. Firth, ces alignements lunaires sont fréquents ?  
 
L’idiot de scribouillard n’en savait trop rien. L’état du ciel l’avait dérangé, comme beaucoup au village puisque signant un déplacement étrange de leurs origines.  
 
Toutes les prières matérielles furent exhaussées, sans restriction, à part un char d’assaut, of course.
Qu’en auraient-ils eu à cirer, du reste ?  
Au lever du jour, on empaqueta le plus possible. Les chats ne tenaient plus en place. Les suivre était nécessité…               
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Re: Le monde du Fleuve: perdus

Message par Michael De Brent le Jeu Mai 07 2015, 13:04

On ne s’ennuyait pas en ce bas monde. On n’était pas tous les jours à sa joie, ça non. Pas du tout, même. Surtout Michael. Lui, il en avait carrément ras le bol. Il se remettait mal de la mort d’Erik. Un autre qui déplorait ce triste fait était Ragnar.
 
Je m’entendais si bien avec ton frère…Il était si…, et la litanie des innombrables vertus du cher disparu démarrait, façon de lui faire remarquer qu’il était à peu près nul.
 
Erik s’entend bien avec tout le monde, c’est un chic type qui ne se fait pas de problèmes, il s’adapte, voit le bon côté de tout…et non, je ne lui ressemble pas …
 
Faudrait faire avec ! L’apparition de Max et sa troupe détendit l’ambiance.  Ragnar sembla agréer les façons de l’Allemand, qui une fois ses conditions acceptées, fit ce qu’il savait faire le mieux : organiser. Son groupe en était la preuve. Ragnar, homme avisé et d’esprit assez novateur, ne douta pas à exiger qu’il en fut de même pour le reste de sa petite armée.
 
Ce désert, disait Ragnar, il effraye mes gens…beaucoup parlent de rester ici…
 
C’est leur choix mais ils resteront seuls…à la merci de ce voudra leur tomber dessus, notre seul avantage est le nombre, l’union…nous séparer n’entrainerait que difficultés et misères pour ceux qui resteraient en arrière et qu’on ne reviendra pas chercher…
 

Ce sont mes gens…
 
Tout comme si c’étaient les miens, trancha Michael, ou ceux de Max…On va vers l’avant et on ne retourne jamais en arrière, pas dans ce monde, Ragnar, ici ne s’appliquent plus les mêmes lois que chez nous…Tu peux le dire à tes gens !
 
Le Viking n’aima pas du tout son attitude   mais se garda bien de trop protester, Michael était le meilleur soldat et Max l’organisateur par excellence, il avait intérêt à rester  en bonnes relations avec eux, même si ça lui virait le foie.
Ce fut Tsang, le moine avec sa sagesse discrète qui se chargea de mettre les pendules à l’heure avec une simple potion de sa composition.
 
Mettre gouttes dans eau…tous boire, esprit en paix, eux agréer…plus peur…tout aller bien !
 
Manipulation des masses ? Au point où on en était, cela devenait un détail presque insignifiant. Après tout, les obliger à suivre sauverait des vies, du moins c’est ce que Michael espérait en laissant Tsang agir. Il n’avait touché mot ni à Max et encore moins à Ragnar.
La traversée  du fameux désert fut loin d’être une partie de plaisir. En fait, cela ressembla assez à un cauchemar  dès que le ver des sables commença à sévir, gobant impunément quelques bons éléments, une jolie femme, un chameau et quelques chevaux. La panique menaçait de s’instaurer mais Max trouva l’astuce qui s’avéra d’une simplicité étonnante.
Au désert succéda la jungle. Sans transitions, on passa des sables brûlants à la forêt dense et tout ce qui allait avec. La plupart accueillit ce changement avec joie, mais Michael savait que la beauté envoûtante des lieux cachait  mille dangers, tapis dans l’ombre, silencieux ou bruyants comme ces insectes qui leur bourdonnaient dans les oreilles à longueur de journée et dont les piqûres ne tardèrent pas à causer des ennuis. Malaises, fièvre. Éruptions cutanées. Le tout avec une virulence innée.  Les mêmes symptômes étaient présents dans leur ligne de temps mais mettaient plus longtemps à se manifester. Les médicaments que Max et lui avaient accumulé ne suffisaient pas, Tsang, encore et toujours lui, fut de précieuse aide en concoctant des préparations avec les herbes locales, qui parvinrent à enrayer ce qui semblait déjà un début d’épidémie.
Tout comme Max, il  avait  aussi découvert que sa magie pouvait se canaliser sans baguette. Magie primaire, naturelle, atavique, induite par la pensée.
 
*Retour aux sources…on devient basiques…ce qui est déjà mieux que rien !*
 
Et ça aidait, dans la mesure du possible, en toute discrétion, parce que même au milieu de ce petit monde en apparence docile, il valait mieux ne pas se mettre trop en évidence avec des étranges manifestations magiques.
 
Tous les strates sociaux sont là…différentes époques, mais ils ont quelque chose en commun…ils ont toujours craint la magie…alors pas besoin de se faire envoyer au bûcher improvisé…
 
Tsang avait sa petite idée, sa femme, Léontine ses soupçons, mais solidaires, ils se turent, les aidant au mieux lorsqu’il ne restait d’autre ressource que l’employer.
La fracture du bras de ce pauvre bougre méritait toute leur attention. Max qui en savait un peu plus que lui en sortilèges de guérison, donnait une explication quand soudain un petit son de clochettes, très distinct se laissa entendre, précédant de peu une apparition qui eut l’heur de les laisser bouche bée.
 
KEY !?...C’est toi !?...
 
Elle avait grandi, n’était plus la gracieuse petite fée qui l’avait sauvé d’Azkaban, face à eux, flottant tranquillement dans l’air humide, avec des belles ailes frétillant à son dos, se tenait une délicieuse jeune fille au sourire malicieux.
 
Tu connais beaucoup de fées, Michael ?...Bien sûr que c’est moi…sauf que là, j’ai eu un mal fou à vous trouver…Bonjour, Max…Oui, je suis là parce qu’on m’a invoquée, elle fit une petite moue boudeuse en ajoutant, pas toi, Michael…toi, tu m’as oubliée mais…, elle sourit, ravie, une fois qu’on est la fée de quelqu’un…c’est pour toujours et me voilà !
 
Tu…peux nous sortir d’ici ?, c’est beau être ébaubi, faut rester pratique, ou du moins nous réunir avec…
 

Avec un soupir éthéré et un petit geste de la main idem, elle alla se poser sur une souche.
 
Non, je ne peux pas…Croyez-moi, cette situation est bien plus compliquée qu’elle ne le semble…vous vous êtes fourrés dans un drôle de pétrin…Il y a…, et elle fit un petit signe aléatoire vers le haut, des Forces Supérieures qui décident autrement…mais ça, vous l’avez sans doute déjà remarqué…
 

Ouais…Erik est…
 
Erik va bien…Alix va bien…Ysaline aussi…et Megan est avec elles…avec eux, je devrais dire…Erik les a rejointes…
 
Où sont-elles…ils…enfin…comment on fait ?...On est dans cette forêt…et…
 
Max en rajoutait une couche, répétant les mêmes questions, oubliant leur pauvre patient qui en voyait des vertes et des pas mûres, jusqu’à ce que la petite fée le prenne en pitié et d’un petit coup de baguette remette son bras en forme pour après l’arroser de poudre dorée avec un soupir.
 
Il ne se souviendra de rien…
 
Jolie variante des Oubliettes…mais dis-nous, Key…où sont-elles…où sont nos femmes ?
 
Nouveau soupir, alors que du bout de sa baguette traçait : S-E sur l’herbe.
 
Sud-Est !?...Mais…
 
C’est ce qui est, Michael, on ne peut pas changer la donne…vous avez un bon allié…mais aussi un ennemi très rusé qui fera tout son possible pour vous mettre , comme disent ces chers mortels, des bâtons dans les roues…
 
C’est Alix qui t’a appelée…c’est elle, non ?
 
Petit sourire en coin, déni enjoué.
 
Ta femme est trop pragmatique pour penser aux fées comme première option…non, c’est Samantha qui l’a fait…ils se font, eux aussi, un sang d’encre mais tous vont bien… tes enfants sont en Australie…c’est mignon, les kangourous et les koalas…ah !, il faut que vous soyez attentifs aux lunes…c’est tout ce que je peux vous dire…mais là, je dois m’en aller…
 
Ses petites ailes frémissaient vigoureusement et elle s’élevait vers le faite des arbres.
 
Attends…ne disparais pas…pas encore…dis leur…
 
Je sais, je sais, chantonna t’elle en se diluant dans l’air avec un étincellement doré.
 
Michael en aurait pu pleurer mais se remit à soupirer à fendre l’âme, imité par Max qui arborait un sourire béat. Le blessé, lui, dormait, pacifique.
 
Au moins, on sait que tout baigne…Erik vit, a retrouvé les filles…on doit aller vers le Sud-Est…les lunes…qu’est-ce qu’elles ont, les lunes?
 
N’étant, ni l’un ni l’autre du genre contemplatif et encore moins amateurs d’astronomie, ils avaient regardé les lunes comme tous et chacun. Elles étaient là, au nombre de trois, point c’est tout. C’était déjà assez dérangeant en avoir trois au lieu de la seule connue, comme pour en plus s’en préoccuper. Or là…
 
C’est peut être mon idée mas là, elles sont plus éclatantes que normal…même la troisième est plus visible…
 
Max fit remarquer qu’elles étaient alignées, mais ayant, tout comme lui, séché les cours de la prof. Sinistra avec grande assiduité, les secrets des astres leur échappaient allègrement. Le seul, à leur avis qui pouvait savoir quelque chose était Tsang.
Ils le trouvèrent justement en regardant le ciel, d’un air rêveur.
 
Trois en ligne…grandes choses se passer…extraordinaire moment…regarder, attentifs…
 
Faute de mieux on s’y mit. Et alors, ça arriva…
 
Par Merlin…regardez-moi ça !!!
 
Elle flottait, au-dessus des nuages, dans les nuages. Irréelle et pourtant massive: La Forteresse. Imposante illusion.
 
Pas mirage, avertit Tsang, vraie…vois et mesure, et cela en lui passant les jumelles  qu’il tenait d’Alpha, toi voir…
 
Et Michael vit. Vraiment trop réel pour être un simple mirage, avec les jumelles ultra performantes,  héritage du futur, il pouvait  voir presque chaque contour de la massive construction, malgré la distance, qui s’affichait clairement dans un coin de la lunette. Distance en ligne droite, sans obstacles, sauf qu’entre eux et le mirage, il y a avait une dense forêt pluviale.
 
*67 kilomètres…rien que ça !*
 
Il n’était pas le seul à voir le mirage, à part Max qui lui arracha pratiquement les jumelles, tout le monde voyait quelque chose, là, à l’horizon alors que le jour se mourait en douceur pendant quelques minutes avant de chuter brutalement dans la nuit, effaçant ineffablement l’illusion.
Ragnar qui n’avait pas raté le spectacle se pointa, excité comme une puce, accompagné de sa Joséphine. Michael avait encore un peu de mal à associer l’exquise ex-femme de Napoléon avec la souriante et comblée épouse du Viking, qui pour les effets était aussi enthousiaste que son mari.
 
Nous l’avons vue…c’est notre but…dès demain nous serons en chemin…Nous sommes nombreux, nous sommes forts…
 
Et ceux qui sont là-bas, sont des Dieux, Ragnar…et si pas des vrais Dieux, avec assez de pouvoir pour nous faire la partie très difficile…, il se passa de plus de détails pour ne pas semer plus de panique que  nécessaire, avec une notoire crainte des pouvoir divins, ça commençait à drôlement suffire.
 
Ce soir-là, Tsang refit une discrète distribution de potion calmante pour tout le monde,  ce qu’il ajouta aux boissons des deux sorciers  demeura son secret, mais cette nuit-là Michael dormit comme pas depuis longtemps, du sommeil du juste, sans soubresauts ni cauchemars.
Avancer dans la forêt avec pareille caravane demandait quelques efforts de logistique. On se défit en efforts, un sortilège par ci, un autre par là et surtout, bienfait de la généreuse Pierre, les belles machettes qui bien maniées par Hugh, qui avait coupé de la canne à sucre  au Queensland, Julio qui avait fait de même à Cuba et Max qui savait faire de tout, on ouvrait la brèche et on avançait !
Bien sûr 67 km dans ces conditions représentent le double, voire le triple, surtout quand on tomba dans les marécages.
 
Il faut trouver un passage…ces eaux sont infestées de Merlin sait quoi…chez nous je dirais alligators, serpents d’eau et autres variétés…mais là, on s’attend au pire…
 
Max eut la bonté de lui rappeler qu’étant plutôt amazonien, le décor offrait sans doute aussi  des piranhas, anacondas et autres délices du genre.
 
Merci, mon pote, c’est fou ce que ça remonte le moral…
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Re: Le monde du Fleuve: perdus

Message par Max Von Falkenberg le Dim Mai 10 2015, 11:16

Bonjour, Max !
 
Euh…salut !, la surprise peut rendre bête mais, même en sachant qu’elles existaient, c’était sa première fée…personnellement.
 
Apparemment, pas le cas de Michael, en fait s’il comprit bien, la dénommée Key était bel et bien LA fée  de De Brent. Bon, il y a des gens qui ont leur entraîneur personnel, pourquoi pas leur propre fée ?
Petite mise à jour sympa, mine de rien un petit reproche, puis les nouvelles. Les bonnes d’abord : Erik allait bien, très bien même et avait retrouvé les filles, qui allaient aussi très bien et se trouvaient dans des alentours boisés aussi, vers le Sud-Est…À bon entendeur !  L’optimisme qui battait de l’aile depuis un bail, connut un soudain regain d’énergie, juste avant de se crasher dramatiquement contre la rudesse des mauvaises nouvelles : on s’en sortait pas si facile et en plus un ennemi plutôt tordu les avait dans la  mire, sans compter que des Forces Supérieures s’en donnaient à cœur joie avec leurs misères.
 
*Bref, on est dans la merde jusqu’au cou, sans espoir de nous en sortir de sitôt !*
 
Le temps qu’ils digèrent l’énormité de leur disgrâce, la jolie fée raccommoda leur patient, au moins il aurait de quoi se réjouir. Repris leurs esprits on se lança à la ronde de questions. Key en répondit quelques-unes avant de reprendre la voie des airs et les abandonner avec  leur lot de doutes.
 
Enfin…au moins on sait qu’elles vont bien, ne sont pas seules…qu’Erik vit…c’est plutôt rassurant, admit Max en revenant  à la réalité, elles nous cherchent…on les cherche, on va tous dans la même direction…on finira bien par se tomber dessus…
 
Encore sonné, Michael reprit, quasi mot pour mot mais eut l’heur d’ajouter quelque choses sur les lunes mentionnées par la fée.
 
Les lunes ?...Sais pas moi…l’astronomie n’a jamais été ma tasse de thé…enfin, on voit qu’il y en a trois…
 
C’est peut être mon idée mas là, elles sont plus éclatantes que normal…même la troisième est plus visible…, remarqua De Brent, l’air intensément concentré.
 
Ouais…pour ce que ça nous avance !
 
Triste, l’ignorance. Heureusement qu’il y avait le moine bouddhiste, qui lui, savait, enfin, avait une idée. Selon lui les lunes alignées étaient synonyme de grandes choses à se passer…et on eut droit à une énorme révélation.
 
Ben dites donc…ils savent leur truc, ces Dieux…bel effet, un château fort flottant dans les nuages, imposant…
 
Michael, rapide et consciencieux, étudiait le phénomène à l’aide des jumelles ultra futuristes. Il énonçait les données affichées et serait resté là à se prélasser dans la contemplation s’il ne lui avait arraché le fameux artefact. Vue de près, façon de dire,  la Forteresse était encore plus extraordinaire, écrasante de pouvoir et sans aucun doute de puissante magie…
Puis, en question de secondes, c’était fini. La nuit tomba et on resta là à se demander ce qui suivrait.  Ce qui suivit dans l’immédiat fut une avalanche de questions, idées, suppositions, augures…et bien sûr Gaius et ses miracles.
 
Non, mon pote…c’en est pas un, c’est une…euh…manifestation, disons une illusion optique…c’est recherché…une histoire de miroirs ou truc dans le genre qui permet qu’on ne puisse l’apercevoir que sous certaines conditions !

Le centurion ne pigea pas grand-chose mais se déclara satisfait et alla répéter cette savante version à qui voulait l’entendre.
 
*On en aurait besoin, d’un bon miracle…mais là…À croire que même Dieu nous a oubliés !*
 
Ce qui ne tarda pas à être quasi confirmé, quand après deux journées  très dures à avancer dans cette jungle dense, on arriva…aux marécages.
 
*Génial…c’est quoi ça !? Le Pantanal en version maudite ?*
 
Michael avait déjà sa petite idée sur la biodiversité des lieux, mais Max, ponctuel et lapidaire se sentit dans le besoin d’en rajouter une couche. Il ne se sentait pas d’humeur aimable et encore moins l’esprit de raconter à ces braves gens une fable sympa sur ce qui les attendait, donc il ne se priva pas d’étendre les connaissances sur les possibles fléaux à venir.
Les faits étaient là, plus clair, impossible. Les fameux bâtons dans les roues dont avait parlé la fée. Un cauchemar en toutes règles, un piège cruel, sans raffinements, quel besoin !
 
Merci, mon pote, c’est fou ce que ça remonte le moral !, marmonna Michael à son adresse.
 
Pas de quoi, mais vaut mieux savoir à quoi s’en tenir, non ?...Faudra rester ici en attendant de trouver un passage, tant qu’on a un lopin de terre ferme sous les pieds, c’est plus facile à gérer !
 
Bien entendu, il fallait encore concilier les avis divers qui fusaient à qui mieux-mieux. Ragnar le premier, voulait avancer envers et contre tout. La vision de la Forteresse avait ravivé ses envies de conquête.
 
Écoute, Lodbrog , je doute beaucoup que tu aies connu un endroit pareil dans ta vie d’avant…Celui-ci n’est pas un marais inoffensif , s’y aventurer au petit bonheur la chance équivaut à un suicide, compris ?, laissant le viking avec le mot à la bouche, Max se tourna vers les hommes réunis autour d’eux,  on a besoin de volontaires  ayant une certaine expérience en exploration et surtout pas froid aux yeux.
 
Il en dégota trois qui devaient faire l’affaire. Un conquistador espagnol, un aventurier suisse et un navigateur anglais. Bien sûr, chacun avait sa petite idée de ce qu’on devait faire et voulut s’imposer avec plus ou moins d’arrogance. Gaius leur ferma le clapet en disant que Max était le chef et qu’on n’en parlait plus.
Ragnar insista pour être de la partie,  mais Max assura qu’on ne partait pas en expédition, simplement en mission de reconnaissance.  Michael appuya la motion, ravi de se défaire du viking pour un moment.
 
Si on est pas de retour dans trois jours…alors tu peux envoyer nous chercher…mais en attendant, vous ne bougez pas d’ici ! Trois jours, Lodgrog…ni plus ni moins, d’accord ?
 
Ragnar ne fut pas spécialement content de recevoir des ordres mais finit par accepter de voir partir la petite troupe au petit jour.
Ils avançaient en file indienne, avec l’eau  jusqu’au poitrail des montures,  se crevant  les yeux à force de scruter la flotte pour découvrir quelque menace immergée, comme l’énorme anaconda  qu’un opportun Repulso fit passer de large, ou les crocodiles qui les guettaient, sournois, et Dieu sait quoi encore qu’ils ne voyaient pas mais devinaient.
On parlait peu, chacun à ses propres réflexions, ravalant la crainte que suscitait cet étrange et hostile monde aquatique. Après ce qui leur sembla une éternité, ils  se retrouvèrent en terrain relativement sec. On respirait un peu plus à l’aise,  et le conquistador fut de l’idée de s’égayer un peu pour explorer cette langue de terre qui s’allongeait, merveilleusement hors de l’eau.  Il partit avec le suisse, Michael fit de même avec l’anglais et Max avec Gaius collé à ses basques.
 
Sec…c’est sec, jubilait le centurion, et ça va loin…regarde, jusque là-bas où on aperçoit  ces grands arbres…Arriver jusqu’ici n’a pas été si terrible…on pourra amener les autres et…

Pas encore…on va pas rameuter tout le monde pour trouver après qu’on va nulle part…et puis regarde…le temps change…

Et pour changer, il changea en question de minutes. La brise se transforma en rafales violentes, moutonnant l’eau tantôt paisible, précédant de peu la pluie, qui s’abattit furieusement sur la nature, déjà assez noyée.  Éclairs et foudre complétèrent rapidement ce scénario de catastrophe en cours. Gaius se signait, en priant, sa monture soudain affolée par un éclat de tonnerre particulièrement intense, se cabra, le désarçonnant pour s’enfuir éperdue.  Max sauta vivement à terre pour porter secours à son ami, fait que son cheval profita pour se sauver à toute vitesse.
 
Ça va, Gaius ?...Rien de cassé ?
 
À part l’amour propre, le romain était d’une pièce, même si un peu secoué. Ils étaient là, au milieu de nulle part à affronter les éléments déchainés, en se demandant  vers où se diriger quand Michael fit son apparition à bride abattue leur criant de courir vers les arbres, ce qu’ils firent sans poser des questions.  Course éperdue vers un arbre énorme qui défiait la tempête. Arrivé avant eux, Michael grimpait déjà aux premières branches, sa monture avait filé mais il semblait ne pas s’en soucier le moins du monde. Ils comprirent très vite la raison.
Le tourbillon  se dirigeait droit sur eux. À peine s’ils eurent le temps de s’accrocher de toutes leurs forces et de prier. Le vortex dément ravageait, dominait, détruisant, engloutissait tout sur son passage mais par quelque miracle de dernière minute, ne passa pas directement sur leur refuge de fortune mais les secoua passablement.
 
J’ai cru ma dernière heure venue, avoua Gaius en tremblant encore, mais…qu’est-ce qu’on fait maintenant ?...Où sont les autres ?

Michael secoua la tête. Il n’avait su atteindre le suisse et l’espagnol, quant au navigateur anglais, il avait choisi d’aller dans une autre direction.
 
Génial…nous voici sur un arbre perchés, nos provisions sont parties avec nos chevaux et si vous regardez bien…l’eau monte…

Nous allons mourir !, gémit le romain.
 
Pas encore, Gaius…pas encore…cet arbre est solide…et nous ne sommes pas seuls !
 
Au-dessus de leurs têtes un vacarme assourdissant défiait pluie et vent.  Mais ils auraient du temps pour penser à la chasse,  avant il fallait affirmer leur abri et pour cela s’installèrent dans un large palier entre branches, où le feuillage dru de cet ancêtre de la nature, les protégeait assez efficacement de la pluie. Assommés de fatigue et émoi, ils finirent par s’endormir, indifférents à tout.
Le plus sinistre des craquements les tira abruptement de ce  sommeil si bien gagné. La tempête faisait toujours rage, et leur arbre, celui qui leur avait semblé si solide et immuable, en prenait pour son grade.  D’autres craquements prémonitoires s’en suivirent, et tout à coup leur abri commencer à se pencher…dangereusement.
 
Il…s’est déraciné !, hurla Max, on tombe…montez…montez !
 
Comme des singes affolés, ils grimpèrent à l’aveuglette alors que l’arbre magnifique basculait dans les flots démenés…et flottait…La faune habitant les branches se débattait en plein émoi. On se bousculait pour se mettre à sauf.  Singes, oiseaux, petites bestioles, et des plus grosses aussi sautaient, mordaient, griffaient…
Et puis, jaillissant de nulle part un énorme fauve atterrit sur leur branche. Gaius hurla et Max trop surpris lâcha prise et aurait basculé si Michael ne l’avait retenu. Mais le fauve, un plutôt étrange animal, moitié tigre moitié lion n’avait vraisemblablement aucune intention de les attaquer…au contraire, il laissa entendre un doux feulement avant de s’approcher de Max et lui donner un petit coup de tête, puis de patte, comme un gros chat en quête de câlin.
 
MIRACLE !!!, cria Gaius, MIRACLE !!!
 
Oui…tu peux le dire…Miracle…alors c’est vrai…Ils avaient vraiment ces bêtes extraordinaires…je crois qu’Isabel m’a dit le nom de la leur…mais m’en souviens pas…Arte…sais plus, un truc dans le genre…, il caressa la grosse tête posée sur ses genoux, incroyable...ce doit être un signe…la fée a bien parlé d’un allié, non ?...Dis, ma belle, tu vas nous aider à nous en sortir ?
 
Elle ne trouva pas un radeau, ni vit terre mais savait partir à la chasse et revenait toujours avec quelque proie. Gaius s’avéra expert pour piller des nids, et en cherchant un peu, ils découvrirent que cet arbre donnait des fruits juteux et très savoureux…et on flottait toujours, au gré du vent…et puis un jour, poussés par un courant chaque fois plus fort, aboutirent à ce qui était en toute évidence un fleuve…
 
On va trop vite, là !...On va trop viiite !!!
 
Le romain était toujours la voix d’alarme, la plupart des fois, sans raison mais là, il fallut y croire…l’Arbre voguait à vive allure dans un courant de plus en plus violent. Michael et Max échangèrent un regard navré. Ils avaient bien reconnu les rapides précédant une chute d’eau…et compte tenu de la vitesse…ce n’était sans doute pas une petite cascade de rien du tout…
C’était bien le cas…
On lui tapotait les joues,  des voix par trop connues l’enjoignaient de se réveiller. Max ouvrit les yeux. 
 
Erik !!!...Meg !!!...Qu’est-ce qu’il s’est passé ?...Oui…la chute…l’arbre… Mais où est Ysaline !?...Elle est là, non ?

On le rassura gentiment sur le sort de ses compagnons de voyage, sur leur santé, sur leur chance. Tant mieux s’ils s'étaient bien tirés du plongeon mais il n’y avait qu’une chose qui l’intéressait.
 
OÙ EST YSALINE !?, s’énerva t’il en se redressant et écartant ses amis, pourquoi elle n’est pas là ?

Silence gêné, échange de regards désolés.  Gaius, ruisselant accourait, suivi de Michael flanqué de son Alix, radieuse. Max se sentit flancher misérablement.
 
Où est –elle ? OÙ EST-ELLE !?
 
Ce fut Meg qui le mit au courant de la disparition d’Ysaline…et là, il devint carrément fou…
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Max Von Falkenberg

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